Est-il encore temps de monter dans l’ascenseur social ?, par Emmanuel Quilgars

Billet invité.

J’ai toujours aimé Henry Miller. Ce n’était pas le genre d’homme à prendre l’ascenseur social. Dans Virage à 80, un court texte de la fin de sa vie, il écrit ceci : « Ce sont les petites choses qui comptent – pas la renommée, ni le succès, ni la fortune. En haut de l’échelle la place est rare, tandis qu’en bas on est des foules à tenir ensemble sans se bousculer et sans personne pour vous emmerder. » Miller était un sage : il avait compris que l’ascension sociale n’est pas un paisible voyage, mais un combat acharné contre soi-même et les autres.

De nos jours, rares sont les personnes qui renoncent ainsi à leur ticket pour les sommets. Il vaut mieux d’ailleurs ne pas s’en vanter : c’est rarement perçu comme un choix éthique mais au mieux comme un manque pathétique d’ambition, au pire comme un comportement déviant, anti-social, aux limites de la pathologie mentale.

Il faut dire qu’aujourd’hui, à la différence des générations précédentes, l’aspiration à la réussite prend les apparences d’un véritable sauve-qui-peut. C’est compréhensible, du reste : l’époque est tellement désespérée, l’avenir si sombre, que chacun veut – pour soi-même ou sa progéniture – l’assurance d’une planche de salut. Face à la déliquescence inéluctable de l’Etat-providence, on sait bien que les services de base comme la santé, l’éducation et la retraite vont devenir des luxes et que, dans ces conditions, il vaut mieux prendre les devants. Autrement dit, l’ascenseur social, c’est un peu le canot du Titanic : c’est la seule façon de ne pas sombrer quand le pays fait naufrage. Et évidemment, comme pour le Titanic, il n’y aura pas de place pour tout le monde. Vae victis !

Reconnaissons que l’expression « ascenseur social » est une excellente métaphore. Elle donne une image édulcorée de la mobilité sociale, comme si celle-ci n’était qu’une question technique et que toute panne supposée du moteur pouvait être réglée avec trois serrements de boulons comme n’importe quel problème mécanique. Elle suggère de plus un trajet rapide, uniforme et sans heurt, à l’image du parcours paisible que suivra l’heureux impétrant – à l’image aussi des qualités dont il devra faire preuve dans sa carrière : confiance, efficacité, et promptitude dans l’action. Enfin, c’est une métaphore dont le sens figuré se réalise dans le sens propre : on imagine très bien que celui qui aura pris l’ascenseur social aura le droit de monter tous les jours dans une cabine aseptisée pour rejoindre son bureau en haut d’une tour. En comparaison, il est vrai, « escalier social » ferait un peu pue-la-sueur, un peu laborieux. Quant au « téléphérique social » (un engin pourtant censé aller beaucoup plus haut qu’un simple ascenseur), il embarque bien trop de monde pour être attractif : l’ascension sociale, pour être exemplaire, doit être réservée à une minorité.

C’est d’ailleurs une nécessité structurelle : même si on le voulait, tout le monde ne pourrait pas monter dans l’ascenseur. Les postes de direction, de management, de recherche, etc., sont par définition en nombre limité, tandis qu’il faudra toujours une main-d’œuvre abondante et mal payée pour exécuter les mille et une taches ingrates indispensables au bon fonctionnement du capitalisme. D’autre part, parmi les happy few de l’ascenseur, tous n’arriveront pas au sommet : la plupart descendront aux étages intermédiaires, beaucoup même ne graviront qu’un palier. Mais ce n’est déjà pas si mal – et, du reste, chacun est prié de nourrir des ambitions raisonnables, en rapport avec ses capacités réelles. Il est inutile de nourrir des rêves de grandeur démesurés : l’ascenseur n’est destiné à vous convoyer qu’à la place que vous méritez, pas plus haut. C’est ce qu’on appelle l’« allocation optimale du capital humain ».

Il ne faudrait pas voir cependant dans l’ascenseur social uniquement un outil de gestion de ressources humaines à l’échelle d’un pays. Il a aussi – voire surtout – une fonction idéologique : car en figurant une circulation, même minimale, d’une classe sociale à l’autre, il accrédite l’idée que l’accès aux fonctions importantes n’est pas seulement une affaire de naissance mais aussi de mérite, et légitime de ce fait la représentation hiérarchique de la société. On comprend du coup pourquoi l’adhésion de l’opinion publique au modèle de l’ascenseur social est si importante pour l’idéologie dominante : d’une part, elle garantit l’adhésion à un modèle de société inégalitaire et, d’autre part, elle individualise les parcours et affaiblit les sentiments d’appartenance de classe et de solidarité collective. En effet, pourquoi s’identifier à un groupe donné, à une catégorie – les ouvriers, les prolétaires, etc. – puisque, de toute façon, on va s’en extirper et être aspiré vers le haut ? Et si ce n’est pas moi, ce sera donc mon fils…

En effet, la mobilité sociale s’envisage surtout comme un processus intergénérationnel. Elle est porteuse d’une promesse : « Le fils ira plus haut que le père. » Ce qui donne, du point de vue du père : « Mon fils ira plus haut que moi. » Cette promesse d’ascension par la descendance, le discours de légitimation de l’ordre établi doit l’entretenir indéfiniment : ce qui importe, c’est que le père maintienne sa confiance dans la société et ses mécanismes de promotion interne, de façon à ce que sa participation à ladite société soit la plus loyale possible (ne serait-ce que pour une raison intéressée : préparer le terrain au fils), alors même que son propre sort peut lui sembler injuste. Le succès escompté du fils sera pour le père à la fois une consolation, une justification et une revanche – même si, compte tenu des contraintes insurmontables de la biologie humaine, il lui faudra parfois se projeter post mortem pour se représenter le fils dans toute sa gloire. De ce point de vue, l’ascenseur social apparaît comme une forme sécularisée de l’espérance eschatologique, à la différence que la rétribution de la vie bonne et l’avènement de la justice (sociale, en l’espèce) ne sont pas remises à un lointain Jugement dernier, mais intégrées dans le prolongement immédiat de l’existence personnelle – à portée de vue, donc –, via sa progéniture.

Au cœur du dispositif, bien sûr, il y a l’école, soumise à une double exigence : d’une part, opérer une sélection parmi les élèves dont elle a la charge, en vue de la grande distribution des postes à l’âge adulte ; d’autre part, faire en sorte que cette sélection soit juste, ou du moins apparaisse comme telle auprès des parties prenantes, notamment les inévitables perdants du processus. Le concept d’« égalité des chances » articule à merveille ces deux objectifs : car en promouvant le principe d’une compétition équitable entre les élèves – une sorte de concurrence libre et non faussée au niveau scolaire –, où chacun est supposé bénéficier de chances égales de réussite, il légitime de ce fait l’inégalité des conditions qui en résulte nécessairement ; les loosers n’ont qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes, qu’à leur manque de détermination, de travail ou de talent.

C’est donc par une mise en concurrence des enfants – dès leur plus jeune âge, pour favoriser l’intériorisation précoce des normes de sélection – que sont triés ceux qui bénéficieront de l’ascenseur social. La méthode peut paraître brutale aux âmes sensibles, mais on nous assure qu’une telle compétition est inévitable (« Par quoi la remplacer ? ») et que, surtout, suffisamment régulée, elle offre aux enfants de pauvres les mêmes opportunités de succès que les enfants de riches. « Ah bon ? – Absolument. » Car l’État, dans sa grande sagesse, a prévu des mécanismes pour veiller au bon fonctionnement du libre jeu de la concurrence scolaire. Par exemple, pour limiter le monopole des enfants des milieux favorisés sur le marché des diplômes de grandes écoles, il a récemment fixé sur ce marché un « quota » de 30 % de boursiers.

Ce faisant, l’on admet certes implicitement que, durant les quatorze années qui ont précédé l’accès à ces prestigieuses institutions (à bac +2), l’école n’a pas été capable de neutraliser les effets de l’origine sociale dans l’acquisition du savoir (ou, du moins, dans l’acquisition d’un savoir conforme aux exigences standardisées des concours). Mais, après tout, n’est-ce pas là faire preuve de réalisme ? Il est temps d’abandonner les vieilles lunes et de renoncer à fixer à l’école des objectifs inatteignables. Il faut se concentrer sur ce qu’elle peut réellement faire : « traiter différemment des gens différents ». D’ailleurs, ne nous méprenons pas : même avec des quotas, le principe concurrentiel dans la sélection des élèves n’est pas abandonné, loin de là ; il est simplement perfectionné, affiné, customisé, ajusté à cette humanité spécifique que sont les catégories populaires.

Il suffit de se référer à ce que disait en octobre 2009 Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur, à propos du recrutement des grandes écoles : « L’ascenseur social est bloqué, justement parce que nous ne savons pas faire évoluer nos concours […]. Si les grandes écoles se penchaient sur le problème de la reproduction sociale qui est la leur, sans doute auraient-elles un travail à faire sur les épreuves de sélection. » Autrement dit : les concours actuels, parce que socialement discriminants, ne sont pas assez concurrentiels ; pour rendre le marché scolaire plus juste, il faut donc pallier cette discrimination qui fausse la compétition entre élèves et définir des critères de sélection qui corrigent les désavantages concurrentiels dont souffrent les enfants des milieux défavorisés. Il se trouve d’ailleurs que la ministre avait déjà son idée sur ce que pourraient être ces nouveaux critères : selon elle, les concours devraient prendre en compte « la personnalité, la valeur, l’intensité du parcours » du candidat.

On peut donc imaginer que, dans un système idéal, les boursiers soient soumis à un double processus d’évaluation : d’une part, ils devront se soumettre aux épreuves traditionnelles de leur discipline, afin de vérifier leur compétences intellectuelles. Mais ils seront également jugés en fonction de critères psychologiques, comportementaux et biographiques, à travers l’examen de leur « personnalité » (et donc de leur plus ou moindre grande conformité aux valeurs et à l’éthos spécifiques des grandes écoles) et de leur « parcours » (étant entendu que, plus le candidat aura eu à franchir d’obstacles, plus sa trajectoire de vie sera notée positivement, conformément aux représentations stéréotypées du « combat pour la vie »). Les boursiers étant loin d’être homogènes dans leurs performances, nul doute que cette double procédure permettra de les hiérarchiser avec une précision toute scientifique, à la fois entre eux et relativement aux autres candidats, entre les différentes grandes écoles et au sein de chacune d’elles, sur le plan académique et sur le plan personnel, au niveau de leurs réalisations et au niveau de leurs potentialités, etc.

En définitive, l’« ouverture sociale » des grandes écoles vise autant à assurer, par des mesures de discrimination positive, la visibilité des enfants des milieux populaires au sein de l’élite, de façon à entretenir l’image d’une société ouverte et mobile, qu’à universaliser le principe de concurrence comme principe organisateur du monde social – principe qui paraîtra d’autant plus légitime qu’il sera appliqué dans la pratique de façon sophistiquée et concernera, via la prolifération des critères de sélection, tous les aspects de la personne. Or, si ce principe de compétition universelle entre les individus est aujourd’hui indispensable à l’idéologie dominante, c’est qu’il soutient, en dernier ressort, le mantra essentiel de l’ordre néolibéral : les riches sont riches parce qu’ils le méritent – et son corollaire : les pauvres sont pauvres parce qu’ils le méritent. Nous sommes supposés nous réjouir que, grâce à la politique d’« égalité des chances » mise en œuvre par l’Etat, ce ne sont pas seulement les fils de riches, mais également des fils de pauvres, qui pourront toucher des gros salaires, des primes, des bonus, des stock-options, etc. Mais qu’en est-il du sort de tous ceux qui n’auront pas pris l’ascenseur social et qui continueront chaque jour à emprunter l’escalier de service ? Un voile pudique est jeté sur ces rebuts, coupables jusqu’à leur mort de n’avoir pas su saisir la chance qui leur aura été offerte d’échapper à leur condition.

Or l’ordre néolibéral se caractérise non seulement par de fortes inégalités, mais surtout par un accroissement de ces inégalités – par une dynamique inégalitaire. Or le principe concurrentiel permet justement de justifier les inégalités à la fois dans leur principe et dans leur essor. D’une part, les inégalités sont justes en soi, car la distribution des postes entre les individus s’opère selon le principe « égalitaire » de la concurrence libre et non faussée (qu’on appelle « égalité des chances » à l’école), au bénéfice des « bonnes » personnes (les personnes méritantes, travailleuses, etc.), et au détriment des « mauvaises » (celles qui, par leur médiocrité, leur comportement inadapté ou leur mauvaise volonté, se sont en quelque sorte exclues d’elles-mêmes du jeu). D’autre part, l’amplitude et la structure des inégalités ne sont pas non plus arbitraires, car déterminées – indépendamment des individus – par la situation à un moment donné de l’économie et du marché du travail, régis eux aussi par la concurrence : c’est elle en effet qui, dans l’allocation des ressources, privilégie certains secteurs d’activité (ceux offrant la meilleure rentabilité du capital) et, à l’intérieur de chaque secteur, certaines professions (« créatrices de valeur »). Il ne faut pas s’étonner alors si les écarts de revenu ne cessent d’augmenter, entre les différents métiers, entre smicards et PDG, etc. : l’accroissement de ces écarts résulte tout simplement d’une meilleure application du principe de concurrence, d’un perfectionnement continu dans sa mise en œuvre. Autrement dit : la société est de plus en plus inégalitaire parce qu’elle est de plus en plus juste.

Par voie de conséquence, la mobilité sociale elle-même change de signification. Dans le paradigme réformiste d’après-guerre – un ordre inégalitaire mais à dynamique égalitaire –, l’amélioration progressive des conditions de vie, de travail, de revenu, etc., des milieux populaires (par les « conquêtes sociales », la politique de redistribution de l’Etat-providence et le développement des services publics) était censée rendre possible l’homogénéisation culturelle du corps social (« par le haut »), prélude à l’homogénéisation des niveaux scolaires (« par le haut » également). Dans ce contexte, l’ascenseur social que prenait telle ou telle personne à titre individuel préfigurait et symbolisait le mouvement ascendant de toute la classe : c’était à la fois une réussite personnelle pour l’individu concerné (selon le canon de la « méritocratie républicaine »), mais aussi une victoire de la société sur elle-même, capable dans les faits d’enrayer la fatalité des déterminismes sociaux, grâce justement à sa régulation des inégalités réelles. Ainsi, la mobilité sociale justifiait la dynamique égalitaire du système inégalitaire.

En régime néolibéral, la financiarisation de l’économie, la remise en cause des « acquis sociaux » et le détricotage des services publics (dont l’école) aboutissent à une dégradation des conditions de vie, de travail, de revenu, etc., des catégories populaires ; il n’est alors évidemment plus question d’une quelconque homogénéisation culturelle de la société, laquelle est vouée au contraire à se fragmenter indéfiniment en territoires, communautés et clientèles antagonistes. Dans ces conditions, la mobilité sociale n’a pas de signification collective particulière, si ce n’est celle de conforter un ordre qui sanctifie la réussite individuelle : elle consacre la victoire de l’individu contre sa classe d’origine, dont il est parvenu par ses mérites propres à conjurer les pesanteurs. Elle est la preuve qu’il n’y a pas de fatalité sociale et que, « quand on veut, on peut », en dépit des obstacles sur son chemin – ou plutôt grâce à ces obstacles, car ce sont eux en définitive qui permettent au talent de se révéler à lui-même. Et plus s’accroît la distance du « ghetto au gotha », plus sont jugées méritantes les personnes qui parviennent à franchir cette distance : une amélioration continue de l’écrémage social (en qualité, si ce n’est en quantité) suppose donc une augmentation continue des inégalités. La mobilité sociale vient ainsi conforter la dynamique inégalitaire du système inégalitaire.

Dans le monde d’aujourd’hui, tout un chacun est prié d’intérioriser le principe de la concurrence généralisée et de faire sien les préceptes du darwinisme social. Il faudrait presque se réjouir d’être soumis tout au long de sa vie à une succession ininterrompue d’épreuves et de contre-épreuves, d’étalonnages et de mesures, de classements et de comparaisons. On notera toutefois que la contrainte de la compétition permanente se fait de moins en moins pressante à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie sociale. Tout en haut, par contraste, le sort des fils de riches apparaît en effet beaucoup plus doux. D’abord, quand on est déjà au sommet de l’échelle, il s’agit moins que s’élever que de se maintenir, ce qui finalement demande moins d’efforts. Mais, surtout, l’on dispose d’emblée des atouts indispensables pour s’imposer sans difficulté dans la compétition sociale, tout en ayant la possibilité de s’y soustraire en cas d’échec. Autrement dit, l’on gagne à tous les coups. L’école, en particulier, n’est pas un couperet terrifiant. D’une part, le capital économique, social, culturel, etc., se convertit tout naturellement en capital scolaire, en vertu des mécanismes bien connus de la reproduction sociale. D’autre part, même si l’on échoue aux grandes écoles et que l’on se retrouve simplement titulaire, par exemple, d’un minable diplôme de droit, les réseaux d’influence et la solidarité de classe vous garantiront malgré tout un accès aux positions rémunératrices : dans le petit monde des nantis, en effet, où chacun se renvoie l’ascenseur, le carnet d’adresses vaut mieux que le carnet de notes. Enfin, dans le pire des cas, l’on peut décider de renoncer aux études pour se consacrer à des activités philanthropiques ; l’on vivra alors de ses rentes, judicieusement placées en actions, bons du Trésor et titres immobiliers – ou investies sur des comptes off-shore en Uruguay ou à Singapour. Dieu merci, la concentration du capital, garantie par une fiscalité idoine (suppression des droits de succession, bouclier fiscal, etc.), reste quand même le meilleur moyen d’assurer l’avenir de sa descendance ! C’est autrement plus sûr que les aléas du parcours scolaire.

On voit pourtant qu’il y aurait là un formidable chantier à ouvrir pour les ingénieurs de la mobilité sociale, qui pourraient s’atteler à réguler la descente de la même façon que la montée. Après tout, si l’ascenseur social est la carotte des classes moyennes et populaires, pourquoi le toboggan social ne serait-il pas le bâton des classes supérieures ? De la sorte, le processus de circulation sociale serait maîtrisé dans sa totalité. Et puisque l’école détermine, par des méthodes proactives, les individus qui s’élèvent, pourquoi pas aussi ceux qui chutent ? On aimerait ainsi que le gouvernement nous présente ses mesures pour nous assurer que les rejetons de bonne famille finissent bien dans la misère s’ils sont nuls en classe. Y a pas de raison ! Pourquoi ne pas se fixer des objectifs ambitieux, du type « 30 % de fils de Polytechniciens chez les non-diplômés » ? Une telle n’annonce n’aurait rien de démagogique, pourvu qu’elle soit correctement expliquée à l’opinion : il faudrait la présenter comme le pendant de l’« égalité des chances », une sorte d’« égalité des infortunes », destinée à faire mieux fonctionner le toboggan social. Au concours des grandes écoles, par ailleurs, le critère d’« intensité du parcours » devrait s’appliquer littéralement à tous les candidats. Par exemple, un fils de Polytechnicien ne devrait pas se contenter de réussir le concours de l’X : il devrait être mieux classé que son père. En cas d’échec, ou en cas de réussite à un concours inférieur type Centrale Nantes, le fils indigne serait rétrogradé directement à l’UTC Compiègne – histoire d’accélérer sa déchéance et de laisser sa place à un candidat plus méritant. Sur ce modèle stimulant, toute une panoplie de mesures pourraient être ainsi mises en place pour « traiter différemment des gens différents » : à classe de seigneurs, critères de seigneur, n’est-ce pas ?

Mais cessons de rêver et revenons aux choses sérieuses. Il est temps de finir et nos conclusions ne sont pas très réjouissantes. Que dire ? La symbolique de l’ascenseur social a été récupérée par le discours néolibéral et s’accorde très bien aux représentations idéologiques du nouvel ordre social. Elle conforte la compétition entre les individus, en particulier entre les enfants à l’école, grâce au concept sous-jacent d’« égalité des chances » (c’est-à-dire la mise en œuvre, dans le cadre scolaire, du principe de la concurrence libre et non faussée). Elle invite à considérer la société comme un agrégat d’individus hétérogènes destinés à être en permanence différenciés, classés, hiérarchisés, etc., en fonction de leurs « mérites » propres – au détriment des représentations en termes de destin collectif ou de solidarité de classe. Elle justifie une prolifération des critères de comparaison, d’évaluation, d’étalonnage, etc., dans la vie sociale – une sorte d’hypertrophie totalitaire de la mensuration –, censée garantir la scientificité de la sélection et s’appliquant à tous les aspects de la personne (sa personnalité, ses valeurs, son passé, etc.). Elle s’avère in fine compatible avec un accroissement des inégalités réelles : si l’ascenseur social fonctionne pour moins de personnes qu’auparavant, c’est qu’il fonctionne mieux, ne convoyant désormais que ceux qui le méritent vraiment et s’étant débarrassé des passagers clandestins qui l’encombraient jadis. Enfin, son mouvement ascendant va jusqu’à symboliser – involontairement – la vérité profonde de la société : une fois atteint le sommet, il n’y a pas de descente possible, car la classe dominante assure sa pérennité dans le temps par d’autres principes et d’autres procédés que ceux organisant la mobilité sociale – c’est-à-dire : en assumant son destin collectif et en faisant jouer la solidarité de classe.

Monter dans l’ascenseur social, ce n’est pas seulement vouloir, pour soi-même ou ses enfants, une vie meilleure : c’est, dans ses rêves de réussite les plus secrets, rejoindre la classe des seigneurs et jouir de leurs privilèges – le premier d’entre eux étant justement celui de ne plus être soumis à l’impératif de l’ascension sociale et de vivre dans un monde de pairs et d’égaux. Dans un monde, en somme, où il n’y a plus à prendre d’ascenseur social. Quel beau mouvement dialectique : en fin de compte, l’ascenseur social comprend aussi sa propre négation ! Nous pourrions toutefois ajouter – ultime remarque – qu’appartenir à la classe des seigneurs présente également quelques risques. Surtout aujourd’hui. Vu la manière dont nos « élites » gèrent le pays et les conséquences de la crise financière, il n’est peut-être pas très judicieux de vouloir à tout prix les rejoindre au sommet de l’État, de l’Entreprise ou de la Banque. Il est préférable par prudence de se contenter de positions intermédiaires. Une révolution est si vite arrivée ! L’ambitieux parvenu trop haut pourrait ainsi se retrouver la tête sur le billot sans trop savoir pourquoi. Pour le coup, le seul ascenseur social qu’il aura pris, ç’aura été celui pour l’échafaud.

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110 réflexions sur « Est-il encore temps de monter dans l’ascenseur social ?, par Emmanuel Quilgars »

  1. Bien, un ascenseur ça sert à monter et à descendre aussi…c’est comme le pendule…la seule chose qui peu nous sauver c’est l’effet cliquet !
    Avec les mutations technologiques à venir on comprend assez vite que la révolution est dans le travail…
    Le travail de masse, peu qualifié va de plus en plus être automatiser et disparaître ici en Europe. Plus besoin donc d’avoir des armées d’écoliers à 30 par classe obligés à bien écouter des consignes qu’ils devront suivre ensuite dans le monde du travail. Pire il est admis et démontré que l’école telle qu’elle est aujourd’hui détruit la créativité.
    Il faut de l’innovation pédagogique pour suivre l’innovation technologique. Or tout le monde est perdu, même l’élite…ce qui a le mérite de mettre tout le monde sur le même plan.
    Il faut s’attendre donc à une révolution au niveau pédagogique, un fossé de plus en plus grand va se creuser.

    1. @ Jus de Pomme dit : 26 juillet 2010 à 08:57

      Vos formules ne m’ont pas laissé insensibles. J’en approuve certaines, alors que d’autres m’incitent à les nuancer dans un sens opposé.

      Ainsi, quand vous dites « Bien, un ascenseur ça sert à monter et à descendre aussi…c’est comme le pendule…la seule chose qui peu nous sauver c’est l’effet cliquet ! », je suis tenté de vous poser cette question :
      Comment voyez-vous la mise en place d’un cliquet sur l’épuisement des ressources naturelles telles que les énergies fossiles et les métaux ?

      Je crois que le cliquet existant est un cliquet anti ascension. Cela revient à dire que la consommation moyenne par habitant de la planète ne sera probablement jamais plus élevée que celle que nous connaissons actuellement. L’ascenseur social est à mon avis très lié à l’ascension des consommations d’énergies primaires qui ont atteint un pic.
      Comme nous devons réduire drastiquement nos consommations d’énergie, nous devons donc nous organiser pour réduire notre soif s’ascension sociale et la compenser par une soif d’ascension morale, domaine dans lequel nous observons une très nette régression dans toutes le couches sociales. C’est là que nous n’aurions jamais dû abandonner le cliquet anti régression. Or nous l’avons cassé le jour où nous avons de fait laissé s’installer dans les esprits et dans les actes « il est interdit d’interdire » le seul cliquet permettant à la société de ne pas régresser dans l’échelle de l’humanisation.

      Quand vous dites « Il faut de l’innovation pédagogique pour suivre l’innovation technologique. Or tout le monde est perdu, même l’élite…ce qui a le mérite de mettre tout le monde sur le même plan. »

      Je partage tout à fait cette formulation car je pense qu’il faut revenir aux fondamentaux antérieurs, en réapprenant le b a ba aux enseignants d’abord. Le monde enseignant à atteint son niveau d’incompétence en croyant s’élever au dessus de ses prédécesseurs alors qu’il s’est enfoncé par un excès de prétention.

      Où ont conduit les nouvelles méthodes de lecture, la théorie des ensembles, les référentiels bondissants… ? Il suffit d’entendre Alain Bentolila déclarer « Aujourd’hui, mes étudiants français de licence de linguistique sont pour un tiers environ incapables de mettre en mots leur pensée de façon cohérente et explicite »

    2. Merci pour vos réactions.
      En fait, je parlais d’effet cliquet au niveau qualitatif et pas quantitatif. Il faut un saut qualitatif dans tout: éducation, nourriture, santé et relations humaines ….

  2. @ Pierre Girard

    « La vérité c’est que Leibniz, ridiculisé par Voltaire, avait raison : nous vivons probablement dans le meilleur des mondes possibles, compte tenu de nos errements… je suis convaincu que notre monde actuel est la somme totale des pensées, efforts, actions d’une humanité qui est en gros pleine de bonne volonté. » Ken Wilber

    Pardonnez-moi pour l’arriérisme de ma pensée, même si je partage un peu le reste de votre commentaire mais pour un moderne comme Ken Wilber le meilleur des mondes vient forcément de son temps, de son savoir, des nombreux livres qu’il vend aussi aux autres bref d’une plus grande SOMME de gens qui fonctionnent automatiquement.

    Je me demande d’ailleurs si la SOMME totale des nombreuses pensées et actions machinales de notre monde moderne pourra suffire, vous savez l’égo spirituel de l’homme moderne est aussi
    un singe très malin, la preuve les plus pseudo-spirituels de notre temps c’est-à-dire des gens très connus comme Ken Wilber et compagnie ne semblent guère plus produire de paroles plus autres.

    Détruisons une autre idole et l’homme actuel en réclamera tout de suite une autre à l’image. C’est la démocratie, le libéralisme, le socialisme, le capitalisme, le communisme et je ne sais quoi encore de mieux demain pour faire le bien de l’homme.

    @ Emmanuel Quilgars

     » c’est rarement perçu comme un choix éthique mais au mieux comme un manque pathétique d’ambition, au pire comme un comportement déviant, anti-social, aux limites de la pathologie mentale. »

    Dans un monde de fous plus nous tournerons le dos à toutes ces fausses valeurs de vie sans
    trop tarder quand même et mieux nous nous porterons, dans le cas contraire ils en pousseront
    davantage en bas lorsque les événements se précipiteront de nouveau. Et oui les gens de notre temps ont toujours encore un peu de mal à accepter que l’histoire puisse prendre un tour plus différent.

     » il avait compris que l’ascension sociale n’est pas un paisible voyage, mais un combat acharné contre soi-même et les autres.  »

    Plus je violente intégralement mon être pour réussir seulement ma vie matérielle, et plus je violente paradoxalement et intégralement tout le corps social d’une société, tel est surtout mon nouvel évangile de conduite, de religion ou pas et de travail en société. Ce sont nos choix de vie !

    J’attends d’ailleurs la prochaine idole de plus du monde moderne ! Celui qui contrôle l’Enseignement et L’information contrôle la plupart des esprits et des coeurs d’une société.

    Quand bien même il y aurait de nouveau une révolution sanglante et d’autres violences sociales de plus dans les cités cela n’y changera rien les ami(e)s, au contraire ils n’attendent que ça afin de pouvoir mettre davantage la bride et le licol aux êtres pour le tout sécuritaire de plus mondial.

    Au sujet de l’enseignement c’est sans doute encore l’esprit du cow boy et de l’éleveur de bovins qui veut ça sur terre. La conformité de ce dressage de masse étant à terme certifiée par l’apposition symbolique d’une marque sur la main (pour les “ manuels ”) ou sur le front (pour les “ intellectuels ”), indispensable sauf-conduit et passe-droit pour un monde reposant principalement
    que sur des relations commerciales, où nul ne peut ni acheter, ni vendre – c’est-à-dire survivre – s’il n’a de qualification, ou s’il ne possède pas encore sur lui un meilleur carnet d’adresse …

    Car dans le meilleur des mondes de l’homme, c’est-à-dire celui de Ken Wilber la vie de l’homme sur terre ne se résume plus qu’à faire tourner plus longtemps un moteur à deux temps : « acheter ou vendre ». Le nom de ce moteur est « COMMERCE MONDIAL », et pour faire marcher le COMMERCE MONDIAL, il faut bien évidemment une plus grande SOMME d’EGOS réunis et qualifiés.

    Et ils firent subir, génération après génération, pour tous, petits et grands, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, à tous le même conditionnement sociétal pour que nul ne puisse un jour se passer d’eux, c’était comment dire la nouvelle tradition humaine mis en place dans le meilleur des mondes se disaient-ils tous entre-eux. Comment vais-je pouvoir faire demain pour pouvoir survivre et être encore moins jugé en société ? En se montrant si âpres au gain partout, que préfèrent surtout CHOISIR en premier les êtres de nos jours ?

     » Vae victis ! »

    Oui malheur aux vaincus d’un bord où d’un autre, à vrai dire ils avaient déjà perdus le ciel et la nature à vouloir trop gagner le monde pour les seules choses terrestres.

  3. Merci pour cet excellent billet !

    « Aux qualités qu’on exige d’un chien, connaissez-vous beaucoup de maîtres qui soient dignes d’être adoptés ? » (Beaumarchais)

  4. Intéressant comme toujours par ici…
    Si je regarde mon cas personnel, celui de ma famille:

    4 grands parents d’origine (très) modeste. Ils ont eu 10 enfants, nés entre les années 20 et 40. Niveau d’études CAP au maximum, ils se sont répartis dans toutes les classes, du simple employé de base jusqu’à la finance (par mariage, certes), en passant par le niveau intermédiaire.
    Mon père ayant abandonné ses études est entré au bas de l’échelle dans une petite banque pour finir directeur d’un département. 9 sur 10 ont eu une carrière et une vie plus confortable que leurs parents, la 10ème, handicapée, a vécu sur « la solidarité » nationale. Aucun d’entre eux n’a jamais manqué d’emploi.
    Ils sont (étaient pour certains) les premiers défenseurs de ce système qui leur a réussi et constituent la base électorale du régime actuel.

    Ma génération (nous sommes 6), née dans les années 60, a conservé la répartition.
    Ceux d’en haut ont fait fructifier leur position, ou ont eu les moyens d’essayer et de choisir leur voie.
    Les « intermédiaires » ont fait des études et ont des parcours en dents de scie, avec des trous.
    Le fils d’employé est au RSA.

  5. « Le fond de ma réflexion est souvent adossé à cette pensée simple : La nature est de droite et la société des hommes de gauche. C’est une évidence ».
    Cette réflexion d’un commentateur me laisse perplexe lorsque j’observe le parcours de l’homme depuis le début des civilisations.

    Nonobstant, la problématique de l’ascenseur social devrait probablement, dans peu de temps, faire partie de nos soucis mineurs. La perspective de bifurquer vers une organisation sociale plus égalitaire, respectueuse de l’environnement, ménageant l’avenir semble malheureusement s’éloigner.
    La raréfaction des ressources (accélérée géométriquement par les besoins des pays émergents) devrait nous conduire dans moins de 10 ans à la pénurie. Elle va s »accompagner de désastres écologiques majeurs (2 marées noires cataclysmiques en cours aujourd’hui, inondations en Chine,…). Même le gulf stream pourrait pâtir de la situation dans le golfe du Mexique.
    Les terres cultivables (surexploitées) régressent alors que la population s’accroît.
    L’urbanisation démultiplie les risques naturels.
    La santé des populations régresse elle aussi, notamment sous l’effet de la pollution (En France, par ex, le cancer prospère et les nappes phréatiques sont de moins en moins potables.
    Partout les Etats sont contestés, fragilisés, voire attaqués par des forces hostiles diverses qui gagnent du terrain (Mexique, Pakistan,..). Les grandes manœuvres de l’occident aboutissant dans le mur (Irak, Afghanistan,…).

    Tout ceci alors que les moyens financiers pour faire face vont se raréfier (la bulle de l’immobilier non résidentiel va éclater,…).

    J’ai beau chercher, je ne vois ni solutions immédiates, ni des raisons d’être optimiste. Ce qui ne constitue pas un motif suffisant pour ne pas se servir de son bulletin de vote.

  6. S’il s’agit simplement de remplacer ceux qui sont dans l’ascenseur parce qu’ils ont un billet blanc par ceux qui ont un billet rouge, je crains fort que cela ne change pas grand chose pour ceux qui restent au rez de chaussée, surtout si le liftier ne sait pas manier sa nacelle… en général ça produit quelques soubressauts!

  7. Encore un billet qui spirale autour de la notion d’égalité, pourtant pas si mal définie par la déclaration de 1789 reprise par le préambule de la dernière constitution.

    La devise de la République Française est: « Liberté, égalité, fraternité ». Comme nous le savons tous, elle résume les deux lectures courantes qu’en font les français, celle de gauche: « égalité, fraternité, liberté »; celle de droite: « liberté, fraternité, égalité ». La plupart d’entre nous peuvent lire de droite à gauche ou de gauche à droite, selon son humeur (ou son intérêt) du moment.

    Il est vrai qu’aujourd’hui on assiste à une certaine dérive vers la formule: « individualisme, égalitarisme, communautarisme »…

  8. Etant réaliste, (pendant 15 ans j’ai essayé de me hisser avec ce fichu ascenceur sociale, en vain), j’ai décidé de prendre un « TAPIS SOCIAL HORIZONTAL » comme on peut trouver à Paris dans le métro, le tapis roulant horizontal qui nous amène plus vite à l’autre bout du couloir….

    J’ai donc pris (en un an) un tapis roulant horizontal….
    qui m’a amené à tout vendre, à ne plus avoir de dettes (remboursement d’appart aux banques, emprunt pour rénover les fenetres, les facades etc…) et à acheter une péniche que j’ai retapé…
    Bref à avoir une vie différente, alternative, j’oserai dire « décroissante » même si ce n’est pas « décroissantiste » (cf un autre article)

    Je ne sais pas si c’est la solution idéale. JE DIS BIEN QUE JE NE SAIS PAS SI C’EST LA SOLUTION IDEALE.
    Mais pour l’instant tout se passe pas trop mal.

    Etant donné que je ne paye presque plus rien en frais fixe (enfin presque plus rien, il me reste encore la nourriture, l’assurance auto (une seule auto) et de la peniche, la sécu…. et le fuel)
    (pour l’eau potable et l’électricité je suis comme on dit autonome)
    Bref je ne suis pas obligé de travailler comme un fou.
    J’ai découvert que j’avais du temps pour moi, ma femme et mes enfants

    Je vis chichement de ma passion, (je suis à la maison des artistes) alors qu’avant étant obligé de gagner dignement ma vie pour subvenir à tous les frais fixes, j’étais obligé de me vendre à des métiers qui me plaisait moins.

    C’est vrai la vie est un peu plus au jour le jour, pour la retraite on ne se fait pas d’illusion, mais vu comme ça se dégrade (et même si ce n’était pas le cas), je crois que je préfère vivre Ma vie avec ma famille maintenant, qu’hypothétiquement plus tard quand l’état nous aura donné notre droit au repos, s’il le voudra toujours bien…

    Vu le nombre croissant de ceux qui abandonne la vie « imposée » par l’ETAT pour vivre « différement »
    (en roulote, en yourte, à pied en étant accueilli dans des éco quartiers, pour faire des tours du monde etc…)

    Je crois maintenant qu’il y a un autre ascenseur qui se matérialise, c’est celui de

    « VIVRE DIFFEREMENT SA VIE »

    1. Cela fait quinze ans que je vis à la marge moi aussi et je constate en regardant autour de moi que mon aventure même si parfois elle a été délicate à mener, ne souffre d’aucun regret , riche du temps ou j’ai pu en portant plus d’attention aux autres m’en témoigner à moi-même.
      Aujourd’hui je m’apprêtes à faire un pas supplémentaire et curieusement la peur ne me tient plus compagnie…
      Il faut un certain courage et deux doigts d’inconscience pour relever la tête, mais après pas de doute on voit beaucoup mieux ce qui se présente à nous.
      Bonne route.

  9. « Autrement dit : la société est de plus en plus inégalitaire parce qu’elle est de plus en plus juste. »
    & dit autrement: la société est de plus en plus égalitaire parce qu’elle est de plus en plus injuste…
    …égalitaire en chute libre ?
    Pourquoi s’en faire? De toute façon, dans 100 ans on sera tous morts, dixit un capitaliste notoire…
    Dans la même veine, la citation suivante:
    J’ai presque 100 ans, et je n’ai pas d’ennemis… ils sont tous morts.(Citations de B. le Bovier de Fontenelle)
    Relisons « Les héritiers » de BOURDIEUX (qui était issu d’une famille de métayers…)
    Réécoutons FERRé. qui nous rappelle que notre avenir se construit avec nos mains, nos esprits & nos coeurs (sauf que, LéO, toi tu as l’éternité, mais nous, tu vois, dans 10.000 ans; c’est perhaps un peu longuêt…) http://fr.lyrics-copy.com/leo-ferre/il-ny-a-plus-rien.htm

    1. Il n’y a plus rien http://www.dailymotion.com/video/x1e3zh_leo-ferre-il-n-y-a-plus-rien_music

      Et ce rien, on vous le laisse !
      Foutez-vous-en jusque-là, si vous pouvez
      Nous, on peut pas
      Un jour, dans dix mille ans
      Quand vous ne serez plus là
      Nous aurons tout
      Rien de vous
      Tout de nous

      Nous aurons eu le temps d’inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse
      Les larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles
      Les bêtes enfin détraquées
      La priorité à gauche, permettez !

      Nous ne mourrons plus de rien
      Nous vivrons de tout

      Et les microbes de la connerie que nous n’aurez pas manqué de nous léguer
      Montant
      De vos fumures
      De vos livres engrangés dans vos silothèques
      De vos documents publics
      De vos règlements d’administration pénitentiaire
      De vos décrets
      De vos prières, même
      Tous ces microbes juridico-pantoufles
      Soyez tranquilles !
      Nous avons déjà des machines pour les révoquer

      Nous aurons tout

      Dans dix mille ans

    2. Merci.

      « le désordre c’est l’ordre, sans le pouvoir… »

      PS: j’ai moi aussi mis Bourdieu dans mon panthéonilcule, mais par égard pour le roi Léo, je n’oserais pas ajouter un X à son patronyme…

  10. Il est de ce fait infiniment rassurant de voir qu’au sommet de la pyramide, avec 17 milliards d’euros sous la main, on finit par ne plus pouvoir offrir les cadeaux qu’on veut à son photographe chéri et qu’on se fait mettre sous tutelle par sa propre fille. Y aurait-il plusieurs dimensions et quelques points selle ?

  11. Un petit additif amusant.

    Même nos moralistes du Show-Biz (Musique, cinéma, télévision, littérature de masse, journalisme, politique (?)…) – qui se mettent complaisamment en avant dans toutes sortes de spectacles caritatifs – déploient des trésors d’imagination pour promouvoir leurs rejetons, de plus en plus nombreux à occuper le devant de la scène avec papa ou/et maman, grand-papa ou/et grand-maman.

    La perméabilité de toutes ces catégories d’élites, lorsqu’il s’agit de promouvoir leurs bambins, n’est possible que parce-que la classe dirigeante est relativement homogène et solidaire. Ceci permet aussi une excellente transversalité : le politique écrit, le sportif fait de la politique, l’acteur devient réalisateur, le fils du politique fait de la musique, le musicien devient homme d’affaire, l’homme d’affaire fait de la musique, le troubadour vole la milliardaire, l’acteur a la police à disposition,…
    Ouf, j’arrête ; je finis par m’embrouiller…

    Par application du principe de précaution et par instinct de conservation, cette classe aux commandes est d’autant plus hermétique que les perspectives des générations futures se dégradent avec la conjoncture : la famille avant tout !
    Nous restent les humoristes (car ces joyeux larrons aiment se tirer dans les pattes)… et la perspective que, peut-être, la crise engloutira tout.

    1. C’est vrai, la circulation des élites est horizontale (à comparer à la verticalité de l’ascenseur social) : d’une certaine manière, elles ont le privilège d’échapper à l’hyper-spécialisation de l’enseignement contemporain (qui va de pair avec la liquidation de la culture humaniste et l’élimination des matières ringardes type histoire, etc.) et peuvent encore se permettre d’être généraliste…

    2.  » Par application du principe de précaution et par instinct de conservation  »

      C’est cela leur conception du progrès, de la liberté, de l’évolution, l’instant de conservation à tous prix ne plus vouloir laisser passer autre chose de trop dérangeant, leur parole passera mais pas du tout la votre, la parole de l’homme de plus en plus confisquée, inutile, car tout ce qui est valable dans une société aussi bien dans l’édition et la publication des livres, il faut qu’il y est quand même un minimum de rentabilité en retour.

  12. La classe sociale des dominants serait-elle la dernière à disposer d’une réelle conscience de classe? A se voir, agir comme telle et à faire fonctionner le jeu des solidarités.
    Au sein des milieux populaires, cette conscience a été détruite par l’idéologie et les nouvelles conditions d’existence. Fragmentation et précarisation des parcours, mode de vie petit-bourgeois érigé en idéal désirable. L’impossibilité d’atteindre ce dernier entrainant l’intériorisation d’une image dégradé de soi. Et la peur.
    La société contemporaine est une société en morceaux. Pour ceux qui se trouvent et/ou se perçoivent dans une position sociale intermédiaire, l’angoisse de voir l’ascenseur social les conduire vers les étages inférieurs n’est-elle pas devenue plus prégnante que la volonté d’ascension? D’où l’école qui n’est plus qu’un espace de compétition ou l’acquisition du savoir et de l’autonomie de la pensée sont devenus secondaires.
    Il me paraît en tous cas urgent de revenir à de véritables aspirations collectives. Comment faire? Les structures politiques existantes sont obsolètes, leur capacité d’agir sur le réel factice, ils ne faut pas compter sur elles pour y parvenir.
    Un monde à réinventer. Pour remplacer la peur par l’espoir et la volonté de se battre ensemble. Que chacun soit de nouveau capable de voir le véritable ennemi.
    Les dominants, eux, savent qui sont leurs adversaires potentiels. Et comment préserver leurs privilèges en nous exploitant.

    1. « La classe sociale des dominants serait-elle la dernière à disposer d’une réelle conscience de classe »?
      Je pense que vous voyez juste, idem en ce qui concerne le reste de votre réaction.

    2.  » Un monde à réinventer. Pour remplacer la peur par l’espoir et la volonté de se battre ensemble. Que chacun soit de nouveau capable de voir le véritable ennemi.
      Les dominants, eux, savent qui sont leurs adversaires potentiels. Et comment préserver leurs privilèges en nous exploitant. »

      Un monde nouveau ne peut advenir lorsque les nombreux rouages mis en place pour le faire fonctionner conditionnent toujours autant le monde médiatiquement. Nous pouvons déjà en parler un peu aux autres, mais n’allez pas y perdre totalement votre pensée et votre espoir si un jour et Face à ce terrible constat il ne faut bien sur pas baisser les bras, il faut encore chercher tout seul ou pas apprendre à viser juste, l’aspect dominant et très conditionnant de la vie ne se trouve pas seulement qu’à l’extérieur de nous, si ça se trouve pour certains le plus grand ennemi de l’homme ce n’est plus du tout le capitalisme mais encore autre chose qui recherche encore autant à conditionner les êtres en société, la peur de tout perdre voilà tout.

    3. Je suis allée hier visiter le château de Josselin…La Duchesse n’était pas présente ce jour là !
      La visite de 1/4 heure coûte 8 € et il y avait un monde fou….On nous fait visiter que le RDC car, le premier étage est occupé par la famille De Rohan, la salle à manger qui est encore utiliser par les châtelains, la bibliothèque et le bureau de travail.
      Il faut comprendre que tout cela signifie plus rien….
      Il ne faut pas voir tout « à l’ancienne ».
      Même si la situation est très difficile et ne représente pas moins de grandes opportunités.
      Il faut oublier cette histoire d’ascenseur social et tout le reste qui est en panne, les classes et leur noblesse ! Il faut valoriser l’intelligence, la créativité et l’espoir.

    4. @jus de pomme

      Chacun pouvait entrer à Versailles librement sous le quatorzième Capet, à la seule condition de déposer toute arme à l’entrée… On pouvait même se soulager dans les couloirs! J’imagine qu’on ne peut plus dans la salle à manger de ces pauvres Rohan. Tout fout le camp…
      Quoique 8 Euros les vespasiennes, ça fait un peu cher le pipi sur les feuilles d’or!

    5. @jus de pomme

      Si c’est du 15é degré, bravo.

      Sinon, votre petit bréviaire de la soumission et vos histoires de duchesses ne mérite même pas de réponse.

    6. Je partage entièrement votre vision. Et ces phrases m’évoquent le livre de Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard où il décrit la fin de la haute société sicilienne tout comme le film fait par Visconti. La phrase culte est je crois (il faut que tout change pour que rien ne change). La classe dominante est prête à la casse (des encombrants) pour que rien ne change pour elle. Tout comme la société sicilienne sa disparition est une mort annoncée seule la date est inconnue. Il y a des morts lentes, soudaines, douloureuses, misérables, injustes, etc…
      @ Jérémie
      « si ça se trouve pour certains le plus grand ennemi de l’homme ce n’est plus du tout le capitalisme mais autre chose qui recherche encore autant à conditionner les êtres en société, la peur de tout perdre ».
      Cette idée m’a souvent traversé l’esprit et elle m’interpelle fortement, mais accepter de tout perdre c’est aussi gagner autre chose de nouveau car il est dit quelque part dans la Bible que l’on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres je crois.

    7. à Souvarine,
      tout est une question de degré…comme vous dites, même pour le jus de pomme !
      A moins que sous vos airs de Souvarine on ne trouve une véritable souveraine…au pire une Duchesse.
      Ceux qui ne souffrent de la critique, même du manant, sont-ils vraiment de bon conseil ?
      A méditer….hic

    8. @jus de pomme

      Je ne réponds pas à une critique qui n’en est pas une. Je ne demande pas mieux que de voir ce que j’avance contesté, mais à condition que cela soit fait à l’aide d’arguments, d’une démonstration. Or, d’arguments vous n’en avez aligné aucun.
      Vous assimilez ce que j’appelle la classe dominante à la vieille noblesse (où ai-je écrit ça???), puis vous postulez qu’il ne faut plus tenir compte de la division de la société en classes (en quel honneur?), que l’époque est bien compliquée mais qu’il faut s’en satisfaire puisqu’elle est pleine d’opportunités (de quoi parlez-vous?) et qu’il faut valoriser l’intelligence, la créativité ainsi que l’espoir (dois-je comprendre que je valorise la bêtise, la routine et le désespoir ?). J’appelle ça du charabia. Sans rapport véritable avec ma modeste contribution.

      « A moins que sous vos airs de Souvarine on ne trouve une véritable souveraine…au pire une Duchesse. »
      Quant à ce genre d’allusion, vous ne me connaissez pas alors évitez.

    9. @Jeremie

      Vous semblez penser qu’une grande partie du problème est en nous. Que c’est notre « servitude volontaire » qui permet au capital tyrannique de se maintenir.
      Le travail sur soi et l’attitude que l’on observe au quotidien envers les autres est certainement louable, mais pour moi la solution ne peut passer que par la prise de conscience et l’action collective qui n’est pas assimilable à l’addition des comportements individuels. Un individu seul et isolé ne peut rien. Quant à la façon de s’y prendre, je n’ai pas la prétention d’apporter de réponses clés en main.

      @MARIANGE

      Je n’ai pas lu ‘le guépard’. J’ai vu le film de Visconti il y a bien longtemps et j’en garde un souvenir plutôt vague.
      Etrangement, sans avoir lu le livre, je pense souvent à la phrase si connue que évoquez. Dans son apparente simplicité et à condition de lui donner le sens qu’il faut, elle dit beaucoup de notre monde et de la façon dont s’y opère la reproduction sociale et de la domination qu’elle perpétue.

      Cordialement

    10.  » Vous semblez penser qu’une grande partie du problème est en nous. Que c’est notre « servitude volontaire » qui permet au capital tyrannique de se maintenir. »

      C’est en effet le grand conditionnement intérieur et extérieur des êtres qui permet d’entretenir tout cela à la fois.

      « Le travail sur soi et l’attitude que l’on observe au quotidien envers les autres est certainement louable, mais pour moi la solution ne peut passer que par la prise de conscience et l’action collective qui n’est pas assimilable à l’addition des comportements individuels.  »

      Vous pouvez essayer de nouveau votre approche mais vous verrez ça ne marchera pas, je dirais même que le fait de vouloir souvent prêcher l’action collective ne favorise pas toujours mieux un réel déconditionnement concret des êtres, bien au contraire. Vous semblez même vouloir balayer d’un revers de main mon propos afin de pouvoir mieux imposer l’approche de votre solution, tout en reconnaissant autre chose à votre insu enfin à chacun sa conception du changement.

       » Un individu seul et isolé ne peut rien.  »

      C’est bien ce que je pensais vous en avez bien perdu la foi, ça fait parti aussi des nombreuses idées reçues du monde comme de la foule, un individu seul et isolé ne peut plus rien pondre de mieux maintenant.

       » Quant à la façon de s’y prendre, je n’ai pas la prétention d’apporter de réponses clés en main. »

      C’est vrai vous n’avez pas cette prétention, mais par contre ça vous dérangerait peut-être si demain cela pouvait venir d’un individuel seul et isolé aussi pauvre et riche soit-il d’ailleurs, rassurez-vous je ne pense pas du tout à moi, pourquoi ne plus vouloir croire à l’impensable et
      à l’inimaginable comme dans l’histoire de notre monde ? En quoi cela serait-il donc autant dérangeant que cela puisse venir d’un individu seul serait-ce donc autant impossible, à croire
      que oui pour beaucoup de modernes.

      Voyez-vous c’est peut-être aussi à cause de gens comme vous que plus personne n’ose enfin bref, rassurez-vous ma parole ne passera pas mais la votre si, enfin vous connaissez l’histoire, il faut que ça change et surtout avant l’heure …

  13. Il y a une prémisse au raisonnement qui est fausse. La concurrence ne peut pas etre le fondement d’une société.
    Ce fondement c’est l’échange. Pas seulement dans le commerce evidemment. Chaque personne singulière echange tout avec les autres personnes singulières, du plus proche dans la famille au plus lointain. Le systeme d’échange est lui normalisé, et il évolue au gre des conditions historiques. Sans ce systeme pas de societe. Ce systeme est construit par la classe dominante de maniere plus ou moins explicite et toujours de façon a proteger sans que cela en ai l’air la classe dirigeante. Il est équitable tant que les gens sont contents de leur sort.
    Le systeme d’échange actuel en bout de course est celui dit bourgeois, donc de la révolution 1789 et de l’humanisme. La révolution a servi a remplacer les nobles par les bourgeois, l’humanisme a remplacer le transcendant divin par le transcendant homme, par etat providence (si ça c’est pas du curé ….) interposé. la démocratie est le dernier avatar de ce système moribond. Dans un systeme bourgeois ce qui compte c’est la valeur, pas la liberte, la fraternite ou je ne sais quelle idee de bien social.
    Dans un système actuel ou les singularites des personnes ne peuvent plus s’exprimer on se trouve dans une societe paranoiaque ou le seul moyen de se singulariser est soit sur son propre corps (tatouage piercing sexualite etc ) ou soit en grimpant dans la hierarchie. D’ou l’individualisme forcene de tous correspondant a l’idéologie, le racisme, antisemitisme renaissant et autres mouvements anti-singularisation. Car les personnes ne peuvent rien faire d’autre que grimper, toute difference dans le mode de vie devenant une tare chatiee durement. Voir les problemes des gens du voyage aussi.
    La convergence est telle, l’uniformisation est telle que le mouvement intrinseque de l’histoire pousse a la divergence, qui est apparue car le systeme en eduquant le peuple a genere sa propre contradiction, tout un chacun pouvant intellectuellement prouver que ce systeme est contre la liberte en asservissant les etres aux objets par la consommation; que l’égalite est un mythe que le systeme essaie de sauver (pecresse), et que la fraternite est un leurre puisque ce systeme fait la guerre a tous les autres sytemes sociaux en les diabolisant (encore du curé). Et donc la laicite tant hannonnee est une vaste blague, le systeme etant tout autant religieux (mais sans le dire) que les précédants. Cette sacralisation de l’homme (les droits UNIVERSELS de l’homme) et de l’état s’effondre, la république n’en ayant jamais etee une implose.
    La concurrence est donc le résultat de ce systeme ideologique qui tourne extrémiste par neo-liberalisme interposé. La concurrence de tous contre tous, mais pas avec les memes moyens est bien un mode d’échange. C’est l’expression de la paranoia mise en place depuis plus de 200 ans. Le systeme n’est interesse que par la valeur generee par les échanges. C’est cette valeur que veut capter le bourgeois. Les valeurs associées par double langage à l’humanisme ne servent qu’à noyer les poisson, et servir l’impérialisme du modèle démocratique. En sacralisant l’homme, on le rend nombriliste, ce qui va a l’encontre meme du message humaniste d’égalité de fraternite etc etc… C’est donc depuis les premisses historiques que ce systeme a ete le contraire de ce qu’il dit etre par marketing politique et presse pravda.
    Comme tout un chacun ici et ailleurs ne remet pas en cause ideologiquement ce qu’est la république et l’humanisme car tous nous avons grandi dedans. Et c’est donc de force que ce systeme qui a tout changé pour surtout ne rien changer implose.
    Par exemple apporter la démocratie chez les musulmans est vu comme normal, bon, bien etc… Mais comment faire accepter un modele ou l’homme est un dieu, donc arrogant, imbu de lui-meme (ce qu’est l’occidental pour les autres) a des societes qui ont l’humilité de dire que l’homme ne suffit pas et que le transcendant est du domaine divin. Surtout qu’avec la destruction de la planete en guise de dieu c’est plutot raté. Les preuves memes que le modele ideologique occidental est foireux sont données aux autre societes. Tout cela fini en guerre coloniale bien evidemment.
    Les gvnmnts ne servent qu’a organiser cette course a la valeur par la concurrence exacerbee et ils en sont eux-meme des objets d’echanges qui doivent rapporter plus de valeur (par l’augmentation de la dette) et couter moins cher pour maximiser le benefice. Tout cela est normal, républicain et humaniste, si vous voulez bien retourner aux sources ideologiques mises en place depuis la renaissance.
    L’état providence disparait car une entreprise qui doit generer des profits (ce que sont les etats actuels, geres comme des entrepises) n’assure plus l’équité. Il perd toute legitimite car il a perdu l’autorite qu’il avait il n’y a pas si longtemsp en faisant ce qu’il disait. Sans autorité il en est réduit aux expédients.
    Le systeme peut il perdurer? Bien sur, tant qu’idéologiquement on ne remet pas en question les idées républicaines (bourgeoises) et les idées humanistes.
    Proner la république et l’humanisme actuellement c’est faire le jeu des néo-libéraux. Dur dur ….

    1. Bah l’humanisme s’est transforme en humanitarisme comme disait Grenier, il ne « concoit plus l’homme dans ses limites pour les dépasser, mais dans ce qu’il a de commun a tout les hommes », donc a son corps souffrant ainsi qu’a son cerveau psychologique. Il ne faut pas lutter contre la republique et les droits de l’homme, il faut lutter contre le contre sens, le syllogisme, contre l’analyse reductrice. Pour moi, il y a du bon dans les droits de l’homme et dans la republique. La France c’est le pays ou la vie est considere comme la technologie la plus adaptee a la vie, le pays du fromage et du vin, le pays de l’anarchisme, le tombeau des celtes, entre beaucoup d’autre choses.

      Ce qui me gène, c’est que la fraternité telle que la concevaient les lumieres n’a pour seule base que la loi du cœur, hors sans nature, pas de coeur ; la liberté est le souvenir de la possibilité reste entière de pouvoir transformer la puissance en actes, ce qui n’a pas beaucoup de sens dans une société du rêve. L’égalité est seulement de droit et de devoir, ce qui n’a plus de sens au dela d’une complexité législative limite.

      On a pas besoin de combattre la république, elle a déjà plus de jambes et plus de bras, et c’est un fauteuil automatique qui la porte, et des bras mécaniques qui la font agir. Pour ce qui est des droits de l’homme, il faut toujours les défendre, car c’est une sagesse primordiale, comme disait un personnage de Tolstoi dans Guerre et Paix ( le pretre au debut, je sais plus son nom)  » notre seigneur enseignait deja les droits de l’homme, cela n’a rien d’une idee nouvelle » ( et la suite devait être en substance : Et se battre pour eux c’est comme se battre pour le plaisir de se battre).

  14. Le blocage de l’ascenseur social n’est il pas lié aussi à la baisse de la pondération du « statut social » dans notre définition du « bonheur » au profit du temps libre ? d’où une moindre implication personnelle, d’autant que les effets collatéraux sont légions : stress, divorce, cancer…et n’empêchent pas les licenciements, …pour ceux qui trouvent un job.

    De plus les tentations extérieures multiples, beaucoup plus accessibles, détournent notre énergie: internet, sport, jeux video (un virus terrible chez les ado+), sexe, loto, bagnole, sorties…

    A la question  » Temps ou Argent » ? Les pauvres choisissent argent et les riches temps…

  15. @ souvarine

    « La classe sociale des dominants serait-elle la dernière à disposer d’une réelle conscience de classe »?
    Cette phrase est bien vue… elle me fait penser à ce que disait Michel Serre, à savoir que nous avons basculé dans une époque ou la populace, dont nous sommes, apparait comme de loin plus smart et avertie que les classes dominantes

    @ taotquin

    et celles-ci :

    « Nous sommes tous des exceptions à une règle qui n’existe pas » je crois que c’est de Pessoa

    ou cette autre, hélas infiniment plus belle en arabe (chaque langue voit le monde différemment…)

    De l’amour nous sommes issus.
    Selon l’amour nous sommes faits.
    C’est vers l’amour que nous tendons.
    À l’amour nous nous adonnons. Ibn’ Arabî

    et une petite dernière

    Aucun homme ne met en doute la réalité de sa propre existence: je suis conscient d’exister. C’est pour lui une vérité absolue. L’évidence immédiate d’un tel principe existentiel l’enracine, par le coeur de sa nature, dans un roc de permanence. Par contraste aussi, elle déploie l’éphémère devant son regard au passage du temps. Nietzsche

    1. @Pierre Girard

      Que la populace comme vous dites soit plus ‘smart’ que la classe dominante, je n’en sais rien, mais plus avertie, c’est le contraire de ce que j’écris dans mon commentaire.

      Ce que je voulais dire, c’est que l’atomisation des milieux populaires et la disparition d’une conscience de classe qui n’en est que la conséquence se concrétisent dans une société où les dominés luttent entre eux dans une absurde compétition. Ce qui les empêchent de comprendre le rapport de domination réel qui s’exerce sur eux.
      En quelques mots, cela s’appelle diviser pour mieux régner.

  16. Il est dans la fonction d’un ascenseur de monter et de descendre.

    En ce qui concerne l’ascenseur social, il est surtout vu comme un moyen de s’élever et s’il a pu monter plus de candidats qu’il n’en a descendu, c’esr essentiellement parce que, pendant un temps, il y avait plus de places aux étages supérieurs.
    Beaucoup montaient, un petit nombre descendait.
    Pour ceux qui visent le haut de l’échelle, un autre moyen de monter, le risque de descendre brutalement aux étages inférieurs était plus faible qu’il ne l’est aujourd’hui.
    En haut, il restait toujours quelques places car leur nombre était EN CROISSANCE et quand même quelques uns disparaissaient.
    Même tout en haut, l’individu reste mortel.
    Avec la fin de la croissance, qui s’était amorçée avant que tous ne voient cette fin, les places devenaient plus rares, la pente plus rude et certains, surtout des héritiers, prenaient un chemin plus rapide pour arriver au sommet.
    Le mythe de l’ascenseur social en a donc pris un coup.

    La question qui mérite d’être posée est : pourquoi tant de concitoyens ont entrepris cette ascension, ou en ont révées pour eux mêmes ou pour leurs descendants.

    Plus on approche du sommet, moins la vie est bonne.
    Là-haut, comme dans l’ascension, la concurrence fait rage, les places difficiles à tenir et l’air n’y est pas aussi pur que l’on pouvait l’espérer.

    La vérité, c’est que tous les critères qui président à cette ascension sont du domaine du QUANTITATIF et que les critères d’une bonne vie sur terre sont du domaine du QUALITATIF.

    Pour lutter contre le capitalisme finissant il ne faut pas rester sur son terrain priviliégié : l’accumulation de choses (marchandises, illusions de toutes natures) mais faire en quelque sorte un pas de coté.

  17. C’est bien de parler du mécanisme d’ascension social, certes ont a bien compris que c’était une histoire a dormir debout.

    Par contre qu’en est il du PARACHUTAGE social, c’est a dire de la partie transversale du mécanisme.

    est ce que l’ascenseur social n’as pas deja été remplacer par un parachutage horizontal. Car le problème avec cette ascenseur c’est qu’il faut impérativement placer sa progéniture encore un peut plus haut, se qui ressemble plus a du parachutage.

    J’ose même pas imaginer la commision européenne dans 20 ans, ont risque une cosangination fatal. 🙂 🙂

  18. L’ascenseur social est cassé, cela fait même un bon moment qu’il est cassé, symptome de la panne : des caissières de supermarché ou des ouvriers à la chaine avec BAC+2 / 3 / 4 ou 5 ou encore des manifestations où tout incident est toujours la faute « de bandes isolés de casseurs », jamais un signe de révolte populaire face à l’ordre établi dans la terminologie médiatique bien pensante…

    Autre symptome de la panne du système : des cohortes de jeunes font des études en sciences humaines, très peu travailleront effectivement dans ce domaine, certains ne travailleront jamais d’autres comme ouvriers, à coté de cela certains domaines ont des demandes criantes : en Belgique, des professions aussi diverses que boucher, tourneur-fraiseur, informaticien (tous niveaux), ingénieur ou kiné sont en pénuerie (http://www.onem.be/D_Opdracht_W/Werknemers/T125/InfoFR.pdf),bref ici comme ailleurs les métiers techniques ou manuels n’ont pas la cote dans la vision que la société a d’elle même à l’heure où la domination de l’esprit et du mental est annoncée comme qualitativement supérieure aux métiers manuels ou techniques et cela indépendamment des révenus qui peuvent être gagnés dans ces métiers.

    Un boucher, un informaticien ou un kiné ont la possibilité de devenir entrepreneurs, de prendre l’initiative de passer dans un des autres groupes qui se partage les revenus du travail, mais cela se fait peu, la Belgique reste en mal d’entrepreneur, peut-être parce qu’être un « petit patron » est encore une fois faiblement valorisé socialement par rapport à « l’espoir » d’être cadre intermédiaire dans une multinationale ? J’ai au contraire le sentiment que c’est une porte ouverte dans l’ascenseur pour qui a envi de « jouer » dans ce jeu là.

    Le dysfonctionnement de l’ascenseur social n’est pas dû au seul fait du système scolaire organisé pour promouvoir un certain type d’étude, il est aussi accompagné d’une grille de lecture qui met des valeurs différentes selon certains critères qui n’ont rien à voir avec l’argent gagné par les métiers exercés, à moins que les jeunes cherchent dans les sciences humaines une réponse à la question de savoir comment décoder le monde qui les entours ?

    1. Vous pointez un aspect souvent négligé, je trouve. En effet, un certain nombre de savoir et de métiers ont été massivement déprécié. On peut s’étonner qu’une société dévalorise à ce point des activités très utiles et que l’on peut trouver très sympa (relation client, relationnel, compétences techniques..). Mise à part le rôle de l’école qui, très souvent, déprécie certain savoirs, je me demande aussi quelles sont les causes d’une telle « vision » collective. J’avais vu, je ne sais plus où,
      un « intellectuel » américain (je ne sais plus exactement) en science humaine qui avait arrêté tout pour réparer des motos (sa passion) par ce que, très grossièrement, c’était plus agréable de faire des choses concrètes (Il a écrit des bouquins)!

      En revanche, globalement, les causes de la situation de l’emploi semble plus lié au système même puisque tous les pays riches sont confrontés à la précarité ou au chomâge de masse. Il y a toujours ce fameux chiffre de la répartition de la valeur ajouté entre le travail et le capital… A compétence égale, les salaires ont baissé aussi et la précarité a augementé…

  19. A choisir entre l’échelle sociale et l’échelle de Jabob je préfère de loin faire le choix de l’échelle de Jacob, même si je sais bien que ce n’est plus du tout ça que les gens préfèrent entendre de nos jours pour se sentir plus en sécurité en société.

    Bien avant la naissance de Karl Marx bien des gens méconnus ou pas s’étaient déjà penchés sur tout ce que nous sommes en train de nous dire sur la crise, je le répète ce n’est pas seulement la crise du capitalisme cela affecte également beaucoup l’esprit des gens du socialisme, que le socialisme ne soit plus guère en vigueur et en réussite de nos jours dans les têtes.

    Pour y remédier il nous donc alors jeter uniquement la pierre sur le capitalisme.

  20. Allé, je me lance, façon de parler bien sur …. 🙂

    Pour conclure, en tout en se qui me concerne. Le constat de l’acsenceur social semble plutot déplorable, sachant que tout un chacun tentera de position sa progéniture au pied de celui ci.

    Sachant que le chomage est en augmentation et que les rejetons sont en augmentation, les places risques de devenir de plus en plus cher. Je pense que le parachutage reste, aujourd’hui, l’unique solution.

    Le problème résultant de cette décision est que le sélection naturelle n’est plus de mise, de la a dire que notre civilisation est en de mauvaises mains, des mains puériles, mais des mains de succeseur.

    Certes une poule ne fera qu’un cop ou une autre poule. Lorsque l’ont parle de l’espéce humaine il en va vraiment differement. Les loups ne font pas des loups, mais tout aux plus de bon chien de garde.

    M’enfin que vaux une troupes de chien de garde face a une troupe de loup prés a en découdre ?

    Les révolutions sont faites par les loups pour les loups. La meute restant toujours plus protectrice que les hordes de servitudes.

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