Le Credit-default Swap (V) Ce qu’a à en dire la « science » économique

Le Credit-default Swap (I) Définition
Le Credit-default Swap (II) Positions de « couverture » et positions « nues »
Le Credit-default Swap (III) La crise grecque
Le Credit-default Swap (IV) La formation du prix de la prime

J’ai évoqué les rehausseurs de crédit et le Credit-default Swap comme deux exemples d’interprétations fautives de la formation du prix d’un produit financier, pour attirer l’attention ensuite sur les catastrophes qui peuvent en découler. C’est en raison de préjugés d’ordre idéologique dans son élaboration que la « science » économique s’est montrée incapable de fournir les outils analytiques qui auraient permis de comprendre le comportement de certains instruments financiers et d’interpréter alors correctement la formation de leur prix.

Dans un saisissant contraste avec l’économie politique qui prévalut jusqu’au dernier quart du XIXe siècle et dont la prétention à la scientificité, dans le cadre d’une science « morale », était dans son cas justifiée, la « science » économique s’est épanouie sous la houlette du milieu financier qui lui a prodigué son soutien et l’a encouragée à générer un « savoir » qui serve ses intérêts et ignore les sujets et les approches susceptibles de le fâcher. La production de la théorie économique se faisait à l’origine dans le cadre des départements d’économie universitaires, elle s’est déplacée ensuite – tout particulièrement aux États-Unis – vers les écoles de commerce, qui se trouvent davantage encore dans la sphère d’influence des milieux financiers.

C’est ainsi que s’évanouirent du champ de la pensée économique les questions qui lui étaient centrales au XVIIIe puis au XIXe siècle mais qui irritaient ses sponsors : la propriété privée comme objet d’étude disparut des manuels d’économie, les conflits d’intérêt entre les classes sociales furent ignorés car ramenés au rang d’illusion produite par le cerveau d’énergumènes mus par le ressentiment et incapables de comprendre le caractère naturel de la division sociale du travail, la spéculation – en faveur de laquelle les milieux financiers s’étaient si vaillamment battus : obtenant de haute lutte dans le dernier quart du XIXe siècle l’abrogation des lois qui l’interdisaient jusque-là – fut qualifiée de mirage : elle n’était rien d’autre nous dit-on qu’un artefact fruit d’une compréhension déficiente du mécanisme de la formation des prix.

C’est bien entendu une autre représentation qui est proposée ici, où la « science » économique se révèle comme un discours dogmatique tentant de masquer qu’il est mis au service des intérêts du milieu de l’argent à qui il offre une rhétorique d’autojustification et cachant son incapacité à rendre compte de situations réelles sous un grand renfort d’équations édifiant un univers mythique, dont il nous est affirmé avec reproche que c’est notre mauvaise volonté seule qui interdit qu’il se réalise un jour pour notre bonheur à tous.

Dans le monde tel qu’il est et non tel qu’il devrait être au pays de Cocagne de l’homo oeconomicus, chacun sait ce qu’est un prix spéculatif et comment son apparition perturbe et déséquilibre un marché jusqu’à entraîner éventuellement sa disparition. C’est pourquoi fut très salutaire la saine colère qui envahit Laurence Parisot devant une évaluation du risque auquel est exposée l’économie française, fondée sur les manœuvres de spéculateurs pariant sur sa chute. Elle réagit à l’aveuglement délibéré des économistes comme tout représentant de l’opinion publique et si elle ne rejeta pas explicitement le comportement des spéculateurs, elle refusa tout au moins d’accepter que l’image qui émerge de leur comportement collectif soit interprétée comme un compte-rendu véridique du monde tel qu’il est.

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