La deuxième mort de Bernard Maris

Ouvert aux commentaires.

Le magazine Marianne publie sous la plume d’Hervé Nathan un article intitulé : Tout le monde n’est pas Bernard Maris. Il y est question du fait que la confrérie économique ne permettra pas la répétition de l‘« anomalie Maris » : un économiste grandi au sein du sérail et faisant le grand écart entre une remise en question radicale de la « science » économique en tant qu’« Oncle Bernard » dans les colonnes de Charlie Hebdo et par ailleurs membre du comité monétaire de la Banque de France.

Vous souvenez-vous de l’automne 2008 ? C’était une époque où les étudiants des grandes universités américaines quittaient les cours de « science » économique et déclaraient à la presse : « On nous a assez vendu de salades, ça suffit ! » Et la presse commentait : « Il faudra renouveler le corps des enseignants en économie : la « science » économique a échoué, il faudra ouvrir les universités à des enseignants dispensant un savoir économique authentique ! »

Que s’est-il passé ? Les charlatans ont resserré les rangs : aucun dissident n’a été nommé aux nouveaux postes, l’accès leur a au contraire été barré, une fois pour toutes l’espèrent-ils.

Qu’auriez-vous fait à leur place ? L’histoire me rappelle celle de cet article que j’avais rédigé à l’époque où j’étais jeune professeur à Cambridge, quand j’avais écrit au rédacteur en chef de la revue « scientifique » à laquelle j’avais soumis un article, que je l’avais reconnu sous les traits du « commentateur anonyme » qui avait refusé mon texte et qu’il ne l’avait pas rejeté parce qu’il était mauvais mais parce qu’il était bon, et qui, au lieu de se récrier : « Monsieur, je ne vois absolument pas de quoi vous parlez ! », avait eu la franchise de me répondre d’un cynique : « À la guerre comme à la guerre ! »

La science économique aura bien lieu mais ce ne sera ni au sein des facultés de « science » économique et autres écoles d’économie ou de gestion, ni dans ces fondations pour « une nouvelle science économique » financées par les mêmes banques qu’autrefois et au sein desquelles se cooptent les mêmes chevaux de retour.

Oui, je sais, une chaire a été créée à mon intention dans une université mais c’est au sein d’une faculté de Droit (Stewardship of Finance, Vrije Universiteit Brussel) : le Droit, l’un des lieux, avec la sociologie, la physique, l’anthropologie, la science politique, où une véritable science économique est en train de naître, bien à l’abri des économistes.

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57 réflexions sur « La deuxième mort de Bernard Maris »

    1. Désolé mais même FL a été atteint par la redoutable épidémie de crétinisme gauchisant qui lui ôte pour l’instant le discernement que nous apprécions chez lui. Il a même cédé à cette insupportable posture avant-gardiste qui consiste à vouloir de tout son noble coeur éclairer la pauvre masse de tous ceux -l’essentiel de « nous »- qui n’étaient pas capables de trier le bon grain de l’ivraie ce dimanche. Donc c’est pas seulement les imaginaires sociétaux qu’il va falloir décoloniser, mais aussi les comportements intellectuels et politiques.

      1. Tout à fait d’accord. Cette posture d’aristocrate du savoir édifiant les masses commence à dater et frise le ridicule.

        Réduire la réaction de millions de Charlie à un réflexe d’obéissance aveugle sur injonction politique et médiatique me semble pour le moins réducteur. N’oublions pas qu’avant ce dimanche de nombreuses manifestations spontanées ont eu lieu, et je suis persuadé qu’elles auraient eu lieu même sans appel politique et sans aucune propagande médiatique.

        J’ai personnellement éprouvé un besoin presque physique de descendre dans la rue pour voir des gens, pour me sentir simplement être bien avec des gens, et si possible beaucoup, beaucoup beaucoup de gens.

        Cependant, si l’existence d’un « traquenard » médiatico-politique est probable (le vieux Le Pen est tombé dedans, tout bien comme il faut! ), il ne peut être qu’une conséquence opportune de ce merveilleux mouvement de foule, et en aucun cas sa cause..

        Les « français », la foule, la masse sont non seulement des veaux (ou dévôts), refrain connu, mais les « français », la foule, la masse conditionnée ne seraient rien de plus qu’une « bourgeoisie éduquée qui contemple ses propres puissances et s’abandonne au ravissement d’elle-même »
        Et puis quoi encore ?

      2. Bonsoir,
        Comment pouvez-vous être sûre que les « français » seraient descendus dans la rue..
        Et en même temps si vous, vous y étiez pour les raisons que vous évoquez je ne peux rien en dire car vous nous l’avez très bien dit.
        Amitiés

      3. Eh bien ! Moi je suis entièrement d’accord avec ce crétin de Lordon, l’on appréciera la délicatesse de votre post. Et je suis prêt à défiler avec une pancarte « Je suis crétin ».
        C’est le votre d’esprit qui est à décoloniser.

      4. @ Macarel : La question n’est pas tant que il y ait ou il n’y ait pas crétinisme. Le résultat de la prose lordonienne, auto-taraudeuse et auto-affutante, c’est qu’elle se visse tellement toute seule qu’on ne peut rien bricoler soit-même avec cela.
        Ce type de discours, d’une valeur littéraire et argumentative intéressante, certes, ne laisse néanmoins aucune place à une forme de réciprocité entre lui et ses lecteurs. Il ne reste qu’à s’admirer entre drapés dans le refus de la colonisation. « So what ». Cela ne mène pas beaucoup à une forme de croissance pour celui qui l’écoute. C’est une des composantes du vecteur « monde-diplo » qui fait qu’après une vingtaine d’année à avoir cru en ce type de prose ciselée (Claude Julien, Bernard Cassen, Serge Halimi,…). C’est intéressant d’approfondir le pourquoi, maintenant que j’ai un peu de recul.

      5. @macarel

        1. J’ai pas dit que Lordon était un crétin, mais qu’il avait choppé la grippe; dans ce qu’il reste du NPA -qui sera à ce train bientôt chez Dieudonné (faut les voir faire a danse du ventre autour du Hamas par exemple « au nom de la lutte du peuple palestinien »…) et ailleurs (dans toute les analyses politiques qui délaissent le COMBAT pour l’auto-accusation : relisez la presse et le Net sous cet angle-là…) c’est devenu une maladie chronique. Lordon lui saura se reprendre c’est sûr (un spinoziste ne cède pas aux affects tristes -ou alors cela devient un Triste Sire).

        2. Un type dans la foule, cela s’applique à tous (sauf au dieu de Leibniz qui sera donc ce dimanche descendu sur notre bitume en la personne de FL) c’est Fabrice à Waterloo; pour ma part je faisais mon Fabrice en évitant de faire mon Jacques non à Paris mais dans une ville moyenne de province; je n’y ai donc pas tout vu, j’y ai vu trop peu à mon goût (et c’est déjà suspect cette attente non?) de musulmans présents comme tels (j’avais décidé de défiler à leurs côtés), j’y ai vu un sociotype majoritaire mais aussi de la bigarrure et surtout pour l’essentiel un moment d’unité collective, de lien politique en acte que rien n’aurais su réduire à ce moment. Tout ça sans exaltation, assez tranquille en somme. Mais costaud, solide, prêt à mouiller le maillot.

        3. Lorsque j’aurais un peu de temps et de courage je ferais un papier sur le dévoiement des instruments critiques que nous ont légués les grands maîtres du soupçon. Fallait pas les mettre entre toutes les mains, ces allumettes-là.

      6. Bonjour

        Je suis bien d’accord avec timiota 15 janvier 2015 à 00:10
        « Ce type de discours, d’une valeur littéraire et argumentative intéressante »
        j’ajoute que c’est un vrai régal de lire Lordon, la forme et le fond.
        Dans son texte il y a un sacré cheveux dans la soupe quand il écrit :
        « Tout porte à croire que le cortège parisien, si immense qu’il ait été, s’est montré d’une remarquable homogénéité sociologique : blanc, urbain, éduqué. »
        Où était-il donc pour écrire un truc pareil ?
        dommage . . .

      7. Votre expression de ‘crétinisme gauchisant ‘ , sans même lire les commentaires qui s’y rapportent, me font penser à ces gens qui d’un bon mot, tentent de réduire une pensée qui se déploie.
        Tout le monde a un cerveau, vous aussi, donc l’utiliser en silence sans faire de commentaire absurde sur Lordon…
        La manifestation de dimanche -sans mot d’ordre clair ! – avait peut-être des motivations pour un début de catharsis chez qui ont participé. ET des motivation aussi… chez ceux des politiques qui l’ont encouragé.

      8. Je suis en tout point d’accord avec ce qu’a écrit F.Lordon, qui me confirme dans mon ressenti intuitif des événements: ne pas participer au bain de foule du dimanche que je percevais ( par ma présence aux rassemblements spontanés du jeudi soir dans ma ville)
        comme tellement étranger aux multiples manifestations( revendicatives ou politiques) auxquelles j’ai participé depuis 6O années.

      9. @th M

        Je voudrai pas vous faire la même réponse qu’à Macarel…

        « Crétinisme gauchisant » c’est pas du tout un bon mot… ça s’inscrirait plutôt dans une ancienne et vénérable tradition, entre « maladie infantile du communisme » et « crétinisme villageois ». Mais c’est un raccourci frappant je l’espère pour désigner la dégradation d’une partie de la pensée critique qui ne sait plus assumer son héritage conceptuel et politique -en gros celui des Lumières- parce qu’elle est contaminée par une utilisation sans discernement de catégories comme celle de la « causalité », du « dévoilement », de « l’autre » -contaminé par une incompréhension des outils critiques issus des démarches herméneutiques inspirés de Marx ou de Nietzsche. D’où l’étrange tératologie, drôle de pandémonium où l’universalisme semble devenu le stade suprême de l’impérialisme, l’émancipation un diabolique processus d’aliénation et de négation de soi, où l’autre est posé comme tel, sans discernement ni réciprocité, où un parti comme le Hamas devient l’équivalent d’une avant-garde révolutionnaire, où le propos des dominés devient suivant les besoins et sans souci de contradiction à la fois symptôme et discours etc. Sur ce dernier point, comparez avec la clarté et la cohérence d’un Barthes lorsqu’il note que la notion « d’idéologie dominante » est un non sens ou un pléonasme, puisqu’il ne saurait y avoir « d’idéologie dominée » au sens ou le dominé est comme tel privé de soi et de pensée propre (c’était son époque sous influence marxiste). Crétinisme gauchisant c’est la maladie qui affecte un gauchisme déboussolé, sans repères ni perspectives historiques, incapable d’assumer son héritage et de désigner qui sont ses alliés et qui sont ses ennemis, en particulier lorsque ceux-ci peuvent appartenir au camp de ceux qui ont pu être humiliés par l’histoire. Donc lorsque Lordon déplore un cortège trop blanc, trop urbain, trop éduqué (un peu comme lui donc = début de haine de soi, ce qui chez un revendiqué spinoziste fait tâche, non?), comme s’il s’agissait là de trois vices ou trois tares -eut-il préféré que la retenue coupable des mêmes les cantonnât à la maison de peur de trop blanchir la manif?) je trouve qu’il nous fait un bel accès de crétinisme. Cela n’enlève rien à l’excellence de ses analyses par ailleurs, mais là 1) c’est inutle, Mr l’enfonceur de portes ouvertes; 2) c’est simplement con.

      10. Pour résumer:

        1) Le phénomène commenté est plutôt d’un genre nouveau

        2) L’excellent praticien sociologue pose immédiatement du sens sur la chose, afin de tenter de la réduire dans le cadre d’un « déjà vu » (la bourgeoisie…)

        3) Les commentateurs adhèrent ou non à l’analyse (à son sens et/ou à sa qualité littéraire).

        4) Cependant, les commentateurs ici présents expriment leur « ressenti intuitif » (moi le premier) plutôt de de tenter de contrer pied à pied les arguments du « doc »

        On a donc pour résumer: le journal de 20 heures (1), l’intello de service (2), les piliers de comptoir (3) et le débat passionné (4). Manque plus que la tournée du patron qui achèvera (peut être) de mettre tout le monde d’accord.

        C’est si délicieusement français

        Et la Raison dans cette Histoire ? Ne nous inquiétons pas: de véritables scientifiques s’en occuperont sans doute (après l’apéro) avec la distance requise à l’objet (historiens, anthropologues…)

    1. Merci!
      Très intéressant aussi, de Bernard Maris sur ce même site: « Le suicide du libéralisme économique »
      http://www.alternatives-economiques.fr/le-suicide-du-liberalisme-economiqu_fr_art_166_17960.html
      Extrait de ce riche et très résumé parcours de la théorie économique libérale:

      le marché n’est jamais spontané, il est toujours une construction extra-économique. Les lecteurs de Karl Polanyi n’avaient cependant pas attendu Grossman et Stiglitz pour s’en rendre compte.

      Fin de l’article:

      Il n’y a plus de modèle économique de la société. Plus d’explication économique à l’économie.
      Reste à comprendre pourquoi, malgré une telle lucidité, la prégnance du principe concurrentiel reste aussi forte. Autrement dit, pourquoi, paradoxalement, la faillite du modèle théorique a propulsé au zénith l’idéologie économique libérale.

      Par ailleurs Bernard Maris a eu des mots très durs pour le dernier prix de la banque de Suède Jean Tirole:

      « Les théoriciens de l’économie industrielle (c’est la spécialité de Tirole) sont une secte, dont l’obscurantisme et le fanatisme donnent froid dans le dos. Il n’est pas difficile de repérer le taliban sous l’expert, et le fou de Dieu sous le fou de l’incitation »

      http://www.marianne.net/Tout-le-monde-n-est-pas-Bernard-Maris-_a243823.html

      1. Merci pour le texte « le suicide du libéralisme économique ». Comme quoi les maths sont très utiles en économie: elles permettent de démontrer de manière définitive que le libéralisme économique est un non-sens à tous les étages (disclaimer: je suis mathématicien, mais pas économiste ;-). Cela va à l’encontre du discours économique hétérodoxe pour qui les maths en économie sont (toujours) néfastes. Or dans ce cas-ci, ce qui est problématique, ce ne sont pas les maths, puisqu’elles clarifient le débat, mais le fait que la corporation des économistes ne semble pas parvenir à tirer les conclusions qui s’imposent de leurs propres travaux. C’est une question sociologique (Paul?). Mon hypothèse serait plutôt une forme de paresse intellectuelle et affective: il est n’est pas si facile de se former à de nouveaux outils après 20 ans de carrière, ni d’accepter que les milliers d’heures passées à réfléchir menaient en fait à un cul de sac (échec!). Il y a sans doute aussi un réflexe de défense corporatiste ou de classe là-dedans.

      2. @Mathieu
        Il y a sans doute aussi un réflexe de défense corporatiste ou de classe là-dedans.

        Je dirais que c’est ça la « base »!, le « point de vue », au sens propre! La vue dépend du point où l’oeil se trouve.
        Si en plus la société récompense pour ça, le cercle des amis…

  1. La science économique aura bien lieu à partir des disciplines scientifiques que chacun aura goût et plaisir à développer, c’est votre message et celui de notre regretté Bernard Maris
    Depuis que vous m’avez fait connaître François Roddier, je me suis épris de la thermodynamique que je connaissais de par ma formation, mais vue sous l’angle de la biologie et de l’évolution du vivant elle apparaît bien plus féconde.
    La thermodynamique peut s’appliquer directement à l’économie sans bien entendu minimiser l’apport des autres disciplines.

    1. Le problème c’est qu’en cas de panique et d’improvisation, scientifiques ou pas, l’heure est à la survie et souvent à l’égoïsme, et donc aussi au système économique qui en découle…

    2. Ne pas oublier que les lois de la propriété ont infiniment plus d’importance, dans notre monde, que celles de la thermodynamique! (sinon il serait simple de piloter au mieux l’économie)

      1. Rhàà, Dominique Gagnot, vous n’en loupez quand même pas une !

        Les lois de la thermodynamique sont des lois physiques.
        Les lois de la propriété sont des lois de la connerie humaine.

        Alors, qu’est-ce qui a le plus d’importance ? Si vous vous référez à Einstein sur la comparaison entre les deux, alors je vous comprends mieux ! 😉

      2. Faites moi plaisir, étudiez la thermodynamique de l’évolution et je pense que vous vous dégagerez de cette obsession que la prise de possession public des ressources peut tout arranger.
        Je ne dis pas qu’elle ne peut advenir, mais elle sera la conséquence d’une nouvelle vision de la société, et cela tout ensemble.

      3. Désolé, mais je ne vois pas comment vous pourrez intervenir sur des choses que vous ne possédez pas!
        La loi de la thermodynamique agit en fonction des décisions humaines, et non l’inverse, comme vous le souhaiteriez!
        Si ceux qui possèdent décident de tout détruire, par exemple, je vois mal au nom de quoi vous pourriez les en empêcher.

        Conclusion: nous devons reprendre la propriété des ressources (au moins à l’échelle du pays, en attendant que les autres fassent pareil…) pour ensuite les gérer de manière thermodynamiquement responsable.

        Sinon vous pourrez seulement intervenir à la marge (ok, c’est toujours ça de pris)

        Les lois de la connerie humaine supplante toutes les autres, comme le montre l’histoire.

      4. Mon imagination, ma créativité ma volonté d’entreprendre, etc… je ne les possède pas?
        Idem pour chacun d’entre nous.
        Ce sont des ressources aussi importante que l’argent ou les matières premières, elles ne s’usent pas et leurs effets peuvent se partager.
        Tirer une conclusion est la meilleure manière de ne pas avancer

      5. Ce sont des ressources aussi importante que l’argent ou les matières premières

        Réalisez quand même que sans la terre qui est à votre disposition, les ressources collectives du pays encore développé que vous habitez et sans allocations retraite, l’imagination ne suffirait pas. Tant mieux pour vous, mais votre situation est loin d’être généralisable.
        La conscience politique, préalable indispensable à l’action, est donc indispensable…

      6. Ma situation n’est pas généralisable tout comme la vôtre.
        La terre n’est pas à notre disposition, j’ai conscience que je dois la rendre dans un meilleur état que je l’ai reçue, et je n’ai que ma petite maison ainsi que ma petite parcelle qui se trouve au jardin collectif sur laquelle je n’ai aucun droit de propriété.
        L’important étant de savoir ce qu’il faut engendrer avec cet ensemble comme par exemple la visite de la classe de mon petit fils au jardin à laquelle j’ai pu expliquer le défi de l’agriculture du 21 emme siècle.
        C’est peut-être en essayant d’essaimer la réalité de la vie, des lois physiques et biologiques (comme le dit Olivier Brouwer) qu’on arrivera à la conscience politique.
        Activités sans conscience de la réalité de la vie, des lois physiques et biologiques n’est que ruine de l’âme.

  2. À la guerre comme à la guerre !

    ou encore

    entre soi

    Je viens de si loin que j’ignorais que la sociologie était un sport de combat ! J’ai donc appris ici que l’anthropologie aussi : franchement c’est pas évident vu de la plage.
    http://www.maxpo.eu/pub/maxpo_dp/maxpodp14-3.pdf
    Ma résolution 2015 avec « Et maintenant que vais-je faire? » comme musique de fond: en faire bon usage dans mon créneau. A ma connaissance une des caractéristiques du soliton est qu’il est imprévisible.

  3. Les économistes sont, dans leur large majorité, des idiots utiles de la classe politique, de la couche dirigeante, celle qui est assise sur les sources du capital. Donc rien ne changera. C’est comme en politique: les gens votent tous les cinq ans, mais en dehors de la déception qui en suit, rien ne change, sauf les précarités – elles gagnent en amplitude, à coup sûr. Si l’on veut explorer autre chose, il faut effectivement sortir du cadre conventionnel, de l’espace enfumé, pour respirer, s’oxygéner – cela donne des idées. Mais cela a un prix: on est assez seul sur le plateau.

  4. @Morice
    Le dernier paragraphe (et d’autres) de l’article sur Keynes serait très différent si les économistes du passé (comme Keynes) et les contemporains reconnaissaient que la limite de leur science repose sur la capacité de la planète à fournir les ressources sur lesquelles reposent cette exploitation économique et financière, de concevoir que ces ressources sont limités, qu’une gestion très spécifiques doit en être faite pour en éviter l’épuisement, ils découvriraient soudainement des bases et fondations solides sur les quelles appuyer des théories qui seraient tout autre que celles existantes à ce jour.
    Dans l’économie actuelle il n’y a pas de fondations ou de règles tangibles n’importe qui disposant du levier de l’argent peut faire n’importe quoi par opportunisme pour les uns ou encore en planifiant soigneusement pour les autres en sachant que tout obstacle est fait pour être contourné.sans réelles conséquences, ce qui n’est absolument pas le cas si vous tenez compte de la disponibilité des ressources.
    La disponibilité des ressources et la qualité de l’environnement sont des notions complètement absentes de ces théories économiques du passé et c’est en fonction de ces critères que dorénavant les règles économiques doivent être réécrites.
    Tenir compte de ces notions de base ouvrirait tout un champs de solutions devant un avenir qui semble à l’heure actuelle bouché et ténébreux.
    Les conclusions du dernier paragraphe qui sont un aveux d’impuissance face à la névrose de l’accumulation seraient certainement très différentes..

    1. Ah, oui, à quand le prix de la banque de Suède à la mémoire d’Alfed Nobrel décérné à « pachamama » … ou au moins à ceux qui auraient su le mieux s’en faire les intercesseurs.

    2. Cela s’explique par le fait que jusqu’à récemment (60 ans), on pouvait considérer les ressources illimitées, et la planète indestructible. Et aujourd’hui, à titre individuel, personne n’a intérêt a considérer que ce n’est plus le cas, sauf pour en tirer profit.
      La solution passerait par une gestion collective des ressources (voir le lien sous mon nom…), mais au train ou vont les choses, nous serons tous morts avant.

    3. ces ressources sont limités, qu’une gestion très spécifiques doit en être faite pour en éviter l’épuisement

      J’entends ça un peu partout et je ne comprends toujours pas ce que peut bien signifier de gérer des ressources limitées pour en éviter l’épuisement !
      Quel que soit le rythme d’extraction des ressources, elles sont limitées, elles ne peuvent que s’épuiser.
      Le pétrole, le charbon, le gaz sont les premiers concernés en ce qui concerne l’énergie et sans énergie point de transformation, point de production.
      Sauf à envisager l’exploitation de sources extra terrestres par exemples certains astéroïdes, mais l’expérience récente et toujours en cours d’accostage d’un astéroïde a pris un certain nombre d’années et nous sommes loin d’en espérer une exploitation . . .

      1. @ RV
        En principe, toutes les ressources sont renouvelable c’est une question de temps.
        Tout est le résultat de l’interaction complexe de plusieurs écosystèmes qui en bout de ligne maintiennent un équilibre disons viable, la capacité des écosystèmes a des limites et des règles à respecter pour maintenir notre espace vitale, changer les règles ou ingrédients de base d’une recette n’arrêteras pas l’action des écosystèmes mais produira quelques choses d’autres probablement non compatible au maintien de la vie.
        Que c’est-il produit pour qu’en quelques dizaines d’années le taux de CO2 dans l’atmosphère passe à 400 ppm alors qu’il n’avait jamais dépassé 300 ppm depuis plusieurs centaines de milliers d’années auparavant?
        N.B. Encore s’il n’y avait que le CO2, mais il y a tout un cortège de produits chimiques qui suit et qui n’existait même pas avant l’air industriel.
        Tirer vos conclusions.

      2. ces ressources sont limités, qu’une gestion très spécifiques doit en être faite pour en éviter l’épuisement
        J’entends ça un peu partout et je ne comprends toujours pas ce que peut bien signifier de gérer des ressources limitées pour en éviter l’épuisement !

        Les énergies fossiles sont épuisables et ne se renouvelleront pas, nous n’avons d’autres solutions que le 100% solaire mais dans un système comme le nôtre c’est impossible.
        Il faudra utiliser le reste des énergies fossiles pour arriver au tout solaire.
        Comment, il n’y a pas de programme c’est en avançant qu’on trace la route.

      3. à Alain Audet

        En principe, toutes les ressources sont renouvelable c’est une question de temps.

        Oui bien sur, mais nous sommes bien obligé de raisonner à quelques centaines d’année . . . pour que les processus naturels produisent du pétrole il faut quelques centaines de milliers d’années ! et puisque le propos est bien de réduire nos émissions de CO² si nous voulons conserver un écosystème qui nous soit adapté . . . pourquoi projeter un renouvellement, fut il si lointain ?

        à Michel Lambotte

        nous n’avons d’autres solutions que le 100% solaire

        D’une part vous auriez pu nommer aussi le vent et les énergies de la mer et la géothermie et les barrages, mais surtout, quel est réellement le bilan CO² d’un panneau solaire à durée de vie +- de 20 ans ? Le bilan du processus industriel actuel est ouvert, on trouve dans la littérature des études assez contradictoires . . . suivant d’où l’on parle !
        Utiliser le reste des énergies fossiles (au rythme actuel) est en contradiction avec la nécessité de réduire nos émissions de CO² en dessous d’un certain seuil.

        Je serai tenté de modifier

        ces ressources sont limités, qu’une gestion très spécifiques doit en être faite pour en éviter l’épuisement

        par « ces ressources sont limités, qu’une gestion très spécifiques doit en être faite pour en éviter le dépassement d’un certain seuil d’émission de CO² (et autres gaz à effet de serre) »
        Leur épuisement est inéluctable à l’échelle historique de la durée de vie d’une civilisation humaine.

        Alors, si, il peut y avoir un, ou des programmes.
        Il faudrait modifier nos processus industriel . . . la fameuse « transition » écologique, pour bientôt produire de l’acier, de l’aluminium, des plastiques en émettant moins de CO²

      4. @RV
        Vous avez parfaitement raison, j’aurais dû dire au lieu de 100% solaire 100% renouvelable, veuillez m’en excusez. On ne m’y reprendra plus.
        Renouvelable pris dans le sens qu’elles sont la conséquence du système terre ouvert sur l’infini.
        Il puise son énergie du soleil pour la rejeter dans le noir de l’espace en actionnant sa machine biologique. Il n’y a pas de mouvement ni d’activité sans puisage de chaleur dans une source chaude et rejet dans une source froide.
        A mon sens, c’est de cela qu’on doit s’inspirer.

        Ceci dit, le pétrole, le charbon et le gaz naturel nous sont donnés une fois pour toutes, elles ont été crées à une époque où la vie puisait sa ressources dans l’excédent de CO2;
        De 3000ppm environ durant l’ère carbonifère à 300ppm au début des feuillus, à un certain moment, il a bien fallu recycler le carbone.
        Comme le disait Jean Marie Pelt, la vie évolue en recyclant ses déchets, et si nous faisions de même?

  5. Il y a une théorie économique dont la justesse pourrait nous sauver : le processus de destruction créatrice à la Schumpeter. Selon cette théorie fort inspirée de Darwin, les biens et services, ainsi que les acteurs économiques, sont constamment remplacés par d’autres plus performants, et finissent par disparaître dès qu’ils deviennent obsolètes.

    Appliquée au cas sociologique de la « Sainte Eglise Economique Orthodoxe », elle signifie qu’il ne faut pas chercher à détruire la théorie classique erronnée de l’intérieur, en suivant le cursus classique (ce qui est au demeurant impossible vu l’efficacité des filtres installés par la Sainte Inquisition doctorale en économie pour excommunier les impies) mais simplement la laisser mourrir d’elle même lorsqu’elle sera rendue manifestement obsolète par d’autres théories extérieures plus explicatives et opérationnelles.
    Selon la destruction créatrice, ces nouvelles théories ne peuvent être développées qu’en dehos des tenants du monopole dominant.
    Les Saints Dogmes économiques ne disparaîtront que lorsque leurs derniers Religieux mourront, comme c’est d’ailleurs le cas pour bien des théories académiques obsolètes.

    Un vieux sage m’a dit un jour que si on ne parvenait pas à abattre un obstacle, il fallait le contourner ! Laissons donc les juristes, sociologues, psychologues, physiciens et autres contourner l’obstacle de l’économie académique orthodoxe. Le temps fera le reste.

    Un ex-doctorant excommunié.

  6. La perte de Bernard Maris est inconcevable.
    Il était un des rares à avoir les idées assez claires et généreuses pour faire naître une autre science économique et pas seulement la bouillie pour les chats servie par les mercenaires.
    En plus de son humanisme – sa gentillesse, parfois féroce- sa lecture était et restera un véritable plaisir par sa clarté et et sa vigueur. Sa voix radiophonique ajoutait au texte les inflexions moqueuse ou persiflantes, pleine de vie mais jamais porteuse de méchanceté.
    Se faire le héraut de Keynes, avoir compris la richesse de sa pensée -non exempte de contradictions, naturellement- n’est réservé qu’à une élite. Il en était. ( Un autre aussi, je ne l’oublie pas. Et s’il vous est inconnu, suivez mon regard.)

    D’autres viendront, des disciples, sans doute, qu’ils se fassent vite connaître. Un vide est à combler.

    1. Il était unique dans les gros médias, jouant avec les limites de ce qu’il était « politiquement correct » de dire sur les plateaux que tout le monde regarde…

      1. Je serai tres inquiet le jour où Lordon plaira aux bourgeois et leurs petits. Quelle chance nous avons de pouvoir lire cet impudent génie.

  7. Maris a été le premier economiste que j’ai lu suite a la crise de 2007, peut-être parceque il était un vulgarisateur génial, puis Lordon le technique brillant (cité par Maris), enfin Jorion. Je me souviens acheter Charlie juste pour ses éditos et ses journal d’un economiste en crise. Il va manquer terriblement. La présence de certaines personnes est extrêmement importante pour l’équilibre. Pour moi il fait partie de celles-là.

    1. Merci ! Marie-José B.
      Intelligence du propos, savoir & transmission, gentillesse, fluidité de la parole, sensibilité, lucidité. Quel malheur, pour nous tous, quoi qu’on en dise, d’avoir perdu un tel homme.

    2. @marie-josé bofill
      Merci pour ce lien! J’ai dit plus haut que j’approuve entièrement le texte de F Lordon cité en début des commentaires.Certes, je ne change pas d’avis sur l’ambigüité des réactions. Mais j’espère qu’en faisant circuler sur la toile les idées d’oncle Bernard Maris nous éviterons la deuxième mort ( médiatique) de celui qui avait écrit avant d’être assassiné cette formule sublime » La laïcité, ou la fraternité anonyme ». C’est désormais à ce concept que je rattache l’émoi collectif des foules, tombé sur le peuple comme une épidémie positive , en réponse au réflexe de meurtre?

  8. M’est avis que la première science à développée est celle qui expliquera l’incroyable résistance de l’empire des idées fausses.

    Songez qu’avant le cher Oncle Bernard, Galbraith a, lui aussi, passé sa vie à expliquer que la prétendue « science économique » n’était qu’un charlatanisme au service des dominants. Puis Maris et quelques autres, et… les dominants dominent toujours plus.

    La seconde, la systémique, et notamment sa partie opérationnelle, celle qui s’occupe de trouver la pichenette à donner aux systèmes les mieux établis pour les enrayer.

  9. Toute mort, naturelle ou non, entraîne une perte, parfois irréversible, comme celle des sages dans les cultures orales. On sait que le livre est notre mémoire et aussi un instrument de diffusion de la pensée. Si Diderot reconnaissait qu’un « bon dessin vaut un long discours », ce dernier est indispensable à l’explication, à la compréhension. Bernard Maris était un formidable débatteur et transmetteur d’idées neuves. Il est un des rares économistes à avoir vraiement lu et donc compris, Yvan Illich, François Partant, Jacques Ellul, Nicholas Georgescu-Roegen, ce dernier qui est ostracisé par tous les économistes ou presque est celui qui a introduit dans l’analyse économique les lois de la thermodynamique (il avait une vrai culture scientifique) et à en tirer les conséquences. Si Steve Keen l’avait lu, il aurait pu se passer de la bonne moitié de son livre, L’Imposture économique, car dès les années 1960, Georgescu-Roegen avait démonté les erreurs de la sciences économiques classiques. Mais qui se rappelle que Schumpeter le voulait comme collaborateur, que Paul Samuelson a encensé son travail, même si ensuite il l’a laissé de côté, car la bioéconomie de Georgescu-Roegen est une véritable révolution dans cette « science ».
    Merci à Lambotte de rappeler l’importance de la Thermodynamique.

  10. je voudrais signaler que toutes les facultés d’économie ne se valent pas: je suis en doctorat de politique économique à l’Université de Bourgogne, à Dijon, et c’est une faculté très hétérodoxe qui supporte mal de devoir assurer aussi des cours de « sciences économique » qui sont demandés, et apportent des financements.
    C’est une école post-keynesienne. On y travaille sur Bernard Schmitt, Augusto Graziani, le circuit, la Modern Monetary Theory, la monnaie endogène, etc.
    En troisième cycle on a des étudiants, souvent étrangers, qui viennent d’autres facultés, plus orthodoxes, et c’est un véritable plaisir voir combien ces enseignements font voler en éclats des présupposés « évidents », et bien enracinés idéologiquement, et comment la rigueur intellectuelle démonte un à un ces présupposés/préjugés souvent d’origine néolibérale

  11. Après que l on ait enterré le corps de B Maris , et que la ministre est enterré son esprit ,on chasse en meute dans l orthodoxie économique contre F Lordon , pour memoire, relisons quelques vérités qu aimait a répeter l ami Bernard : »Parmi les croyances orthodoxes illusoires, on trouve aussi celle selon laquelle l’offre crée la propre demande : ceci serait vrai dans une société de troc ou dans le monde-fiction monétariste où la monnaie n’aurait pas d’incidence sur le fonctionnement de la production et du commerce. Or, on sait grâce à Keynes que la monnaie n’est pas neutre et créé une rupture radicale avec les sociétés de troc car elle introduit le temps dans l’échange : je peux décider de conserver l’argent plutôt que de racheter immédiatement un bien. Avec cette possibilité de différer l’achat dans l’avenir, de préférer détenir de l’argent pour lui-même, la monnaie introduit une autre possibilité fondamentale: celle du déséquilibre entre l’offre et la demande.

    l’abus de mathématiques inutilement difficiles permet aux économistes de clôturer leur champ, de faire plus sérieux, et d’affirmer leur supériorité sur les «littéraires». «Qui n’a pas compris le côté ludique de l’économie mathématique n’a rien compris à l’économie»,

    l’économie doit se nourrir des autres sciences sociales, car sans la sociologie, la psychologie, l’anthropologie, l’histoire l’économie est un leurre.

    Comment fabrique-t-on le gâteau est une question, mais comment on partage le gâteau en est une encore plus importante, car il n’y a de problème économique que parce qu’il y a de la rareté.

    «pourquoi l’humanité s’est-elle condamnée à claquer des dents «dans les eaux glacées du calcul égoïste» (la formule est de Marx).

    Bernard Maris était en guerre contre cette vision réductrice et utilitariste du monde et de nos vies, et nous rappelait sans cesse que la valeur peut naître du désintéressement, du plaisir, de l’inutile. Il soulignait par exemple que l’humanité est la seule espèce à protéger ses faibles (contre la loi de Darwin), à prolonger la vie des gens «inutiles» comme les personnes âgées. L’économie ne peut pas être une physique car précisément l’humanité est la seule espèce à être altruiste.

    «Le réel est sale. Il sent le bidonville et la souffrance. La pauvreté, pour tout dire. Les équations permettent de se boucher le nez». Bernard Maris

  12. Démonstration éclatante des thèses d’Oncle Bernard, et cause finale de sa mort : comment on devient un terroriste.

    Le libéralisme imbécile et criminel produit la misère, la misère anesthésie la raison et « le sommeil de la raison engendre des monstres ».

    (Oh purée! : « Il suffisait qu’on le cajole, qu’on le prenne dans les bras pour qu’il se calme. » De tous ces morts, au final, qui est responsable!?)

    1. Merci Agnes, et merci Reporterre.net, pour ce petit article très fort.

      Et vous voyez qu’une des choses dites, c’est l’évolution des mosquées avec l’influence grandissante des salafistes.
      Je reviens donc sur ce débat indispensable à favoriser au sein des instances et du public musulmans, que j’évoquais sur ce blog le 10 janvier.
      L’intellectuel palestinien Sami Aldeeb fait valoir que le Coran s’est modifié, de sa version mecquoise des origines, à la version médinoise, celle du temps où Mahomet avait le pouvoir, et qui d’après Aldeeb n’est pas compatible avec notre conception des droits fondamentaux, à la différence de la première. Historiciser le Coran, c’est un défi pour les consciences musulmanes, que certaines ont commencé de relever.
      Il y a ici, à mon avis, une vraie priorité pour l’État de droit!

  13. J’aimais d’autant plus Bernard Maris que nous avions fait nos études ensemble au même lycée, ce qui a toujours eu pour effet de rapprocher les âmes, surtout après un certain âge. Il m’avait récemmment adressé un petit bonjour, par personne interposée de ma famille, que ne n’aurai jamais l’occasion de lui rendre…
    Aussi ai-je pensé lui faire ici, en guise d’adrieu irrespectueux comme il l’aurait aimé, une de ces farces qui auraient amusé l’auteur du « Journal d’un économiste en crise » que j’ai si souvent cité sur certains blogs: c’est la reprise de mon « pan sur le bec » à son intention, à l’occasion de sa longue chronique « J’ai viré ma cuti » en plusieurs parties. Il aura mis longtemps à se décider… mais a fini par publier dans Charlie Hebdo, le mercredi 9 avril 2014, en page 6, son « coming out » sur la sortie de l’euro:
    Qu’on me permette de rappeler ici quelques extraits de cette chronique (Partie 1) sur le sujet :
    ———————————————————————- —
    « JE VIRE MA CUTI » (Partie 1), par Bernard Maris, le mercredi 9 avril 2014:
    Sous titré:
    J’ai voté oui à Maastricht, oui au traité constitutionnel.
    Aujourd’hui, je pense qu’il faut quitter la zone euro.
    « Il n’est jamais trop tard (même s’il est bien tard) pour reconnaître qu’on s’est trompé. J’ai cru, pauvre nigaud, qu’une monnaie unique nous mettrait sur la voie d’une Europe fédérale. (Pourquoi une Europe fédérale et non la « France éternelle » d’ailleurs? Parce qu’une Europe unie me semblait plus civilisée que le reste du monde…)
    Donc monnaie unique, pouvoir régalien de battre monnaie supra nationale, tout ça conduisait à un État fédéral. Idiot. Les États conservant l’autonomie fiscale , il n’y avait pas de budget fédéral. Dès lors, au lieu de s’unir, à cause de la monnaie unique, les États allaient se lancer dans une concurrence fiscale et budgétaire: ils allaient organiser leur budget à leur manière, sous le parapluie de l’euro… De sorte que les emprunts en monnaie unique n’empêchaient pas la séparabilité des dettes: une dette grecque vaut du fromage [et de l’huile d’olive!], une dette allemande, des machines-outils [et des voitures]… Chacun son truc.
    Les français ont également payé affreusement la politique de l’euro fort.
    Une monnaie forte est faite pour les prêteurs (les rentiers), une monnaie faible pour les emprunteurs (les ménages, les entreprises… en bas de l’échelle de production, si leurs produits sont en concurrence).
    L’euro fort a détruit l’industrie française. D’autres facteurs ont aidé: la nullité des patrons français, l’insuffisance de la recherche, le transfert massif des « intelligences » (sic) vers la finance au détriment de l’industrie.
    Soit on reste dans l’euro – et on accepte qu’il n’y ait plus aucune industrie en France… – soit on sort de l’euro et on sauve ce qui peut être sauvé.
    Mais si on sort de l’euro, tout se casse la gueule, non ?
    Eh non… (À suivre) »
    ———————————————————————- —
    Au prochain numéro, c’était le cas de le dire !

    En attendant cette suite (ci-après), qu’il me soit permis de livrer ma petite déception à l’écoute de l’émission « Mots croisés » à laquelle Oncle Bernard participait à la même période:
    Relancé par Yves Calvi citant cette « partie 1 » et lui demandant avec insistance: vous vous prononcez donc pour la sortie de l’euro?…
    on entendit Bernard bredouiller: heu… l’euro de Merkel, en tous cas !
    Et pourquoi donc?… Parce que l’Allemagne n’a pas la même structure démographique que nous, et donc, pas les mêmes intérêts… de sa population vieillissante dans un euro fort !
    Quoi?… ont du s’interroger tous les pépés et mémés devant leur télé (tel Coluche à propos du nouvel OMO!) il y a un intérêt pour nous à l’euro-fort et on ne nous le disait pas ?
    C’était plus qu’il n’en fallait pour que les autres reprennent la parole et qu’on oublie cette fausse sortie qui ne tenait décidément pas ses promesses…
    Car, enfin, outre que la monnaie forte n’a d’intérêt que pour riches retraités rentiers ayant recours à la capitalisation et désireux, de surcroît, de la dépenser à l’étranger, il y avait bien autre chose à dire de la part d’Oncle Bernard…
    Car, comme l’indiquent les chiffres, où est donc la prétendue « locomotive » allemande avec une croissance (à peine évoquée) restée si peu éloignée de zéro, malgré ses efforts de compétitivité externe par une « politique de l’offre » draconienne et se nourrissant du marché captif de la zone euro-mark? Cela seul devrait inquiéter, après la mise en avant de ce mot d’ordre du MEDEF adopté par Hollande dans sa conférence de presse de début d’année.
    Sans se transformer en trublion, on pouvait en effet perturber cette noble assemblée des Woerth, Le Guen, Goulard, et Aghion présents sur le plateau, en faisant le parallèle social avec la distribution du patrimoine:
    Depuis qu’ils nous vantent tous les « succès » de l’orthodoxie allemande (y compris, sans en faire état, son faible taux de propriétaires de leur logement), quel est le bénéfice d’une telle politique… pour la grande majorité d’un peuple dont on constate que son patrimoine médian, au total, s’avère si faible qu’il est le dernier de la zone euro, et accroît tant les inégalités que la médiane y est quatre fois plus faible que la moyenne, contre deux fois seulement en France ?

    Était-ce donc ta nouvelle qualité de membre du Conseil Général de la Banque de France qui « pour trop prévoir les suites des choses, n’osent rien entreprendre » (Molière, Les Fourberies de Scapin, acte III, scène 1), t’incitait ainsi à faire profil bas ?
    Mais si Bernard n’a guère développé sa thèse en direct dans l’émission « Mots croisés » rapportée ci-dessus, sans doute était-ce, dira-t-on, pour en réserver la primeur aux lecteurs de sa chronique suivante dans Charlie hebdo, où il écrit en effet le mercredi suivant, sans citer aucune source :
    —————————— —————————— ——————
    JE VIRE MA CUTI (Partie 2)
    » Le sophisme de BENOIST APPARU
    Avant d’envisager de sortir de l’euro, il faut réfuter le sophisme de Benoist Apparu. Sur une chaîne de télé, il dit : « La dette française est de 2000 milliards (dont 1300 milliards sont détenus par des étrangers). Sortir de l’euro dévalue l’eurofranc (la nouvelle monnaie) de 25 %. Automatiquement, on doit 400 milliards de plus. Autrement dit, un budget annuel de l’Etat. Donc on ne peut pas sortir, CQFD.
    Sauf que c’est faux. La dette, le jour où l’on sort de l’euro, n’est plus libellée en euros, mais en eurofrancs. Donc on doit illico 2000 milliards d’eurofrancs. Et on rembourse en eurofrancs émis par la Banque de France.
    Le 15 août 1971, Richard Nixon a aboli la convertibilité du dollar, pourtant garanti urbi et orbi 35 dollars l’once d’or…
    Pour passer en douce de l’euro à l’eurofranc, encore faut-il que les dettes publiques françaises dépendent de juridictions françaises. Est-ce le cas ? Oui, à 93 %. 93 % des contreparties de la dette, des OAT (Obligations Assimilables du Trésor, les bons entre cinq et cinquante ans émis par le Trésor et garantis par l’Etat), sont de droit français.
    Il n’en va pas de même pour les banques et pour les entreprises : elles sont endettées pour 300 milliards d’euros, et sont soumises au droit luxembourgeois, au droit britannique et, pour certaines, au droit des îles Caïmans.
    Donc il faudrait refinancer les banques et les entreprises en eurofrancs, afin de leur permettre de rembourser leurs dettes…
    Mais alors … l’inflation ? »
    Charlie Hebdo, mercredi 16 avril 2014, page 6 (A suivre)
    —————————— —————————— ——————–
    Or, cette démonstration si inspirée, tout comme sa conclusion annoncée le mercredi précédent, est intégralement tirée (jusque dans ses justificatifs) d’un ouvrage qui venait de paraître « CASSER L’EURO POUR SAUVER L’EUROPE » (Editions LLL, dépot légal avril 2014), plus particulièrement dans la partie qu’y développent les quatre auteurs (Franck Dedieu, Benjamin Masse-Stamberger, Béatrice Mathieu, Laura Raim) :

    » Le député UMP de la Marne BENOIST APPARU…
    sur le plateau de France 2, lors d’une émission [antécédente] « Mots croisés », prend la parole et propose sur le ton du maître d’école « un petit calcul très simple » à peu près en ces termes:
    « La dette française se monte à 2000 milliards d’euros… Sortir de l’euro actuel pour choisir un franc dévalué de 25% renchérit d’autant notre dette. Il faudra rembourser 400 milliards d’euros supplémentaires du jour au lendemain ».
    Et voilà, CQFD… Benoist Apparu, lui, sait.
    Et pourtant… Un État peut à discrétion modifier le libellé de sa dette sans en affecter sa valeur nominale. En d’autres termes « un emprunt d’État remboursable à 1000 euros sera remboursé 1000 euro-francs » résume Jean-Pierre Gérard, ancien membre du Conseil monétaire de la Banque de France [dont Bernard Maris est membre du Conseil général, depuis sa nomination par l’actuel président du Sénat Jean-Pierre Bel].
    Ainsi les États-Unis quand, le 15 août 1971, le président Nixon décide unilatéralement de suspendre la convertibilité du dollar en or, pourtant garantie mordicus à tous les créanciers sur la base de 35 dollars l’once…
    « Pour changer de monnaie en cours de route, un État doit s’assurer que ses dettes dépendent bien de sa juridiction » prévient Thomas Lambert
    Réponse: oui… 93% des OAT bénéficient de la rassurante estampille « made in France ».
    Les choses se compliquent en revanche pour les obligations en euros émises par les entreprises et les banques.
    « Au total, environ 300 milliards d’euros détenus posent problème » calcule Thomas Lambert ».
    Une solution consisterait à négocier les dettes des entreprises… en euros. Alternative beaucoup plus avantageuse: la monnaie commune [et non unique] mélange des monnaies dévaluées (euro-peseta, euro-franc…) avec des monnaies réévaluées (euro-mark, euro-florin…) »
    C’était la partie: La dette ne va-t-elle pas exploser ? (pp. 204-208)
    Suit, quelques pages plus loin, la partie:
    « L’inflation ne va-t-elle pas faire son grand retour ? »
    Chapitre « La vie après la monnaie unique » dans « Casser l’euro… » (Ed. LLL, dépot légal avril 2014), référence qui ne sera citée par oncle Bernard que plusieurs numéros plus tard.
    On comprend que notre oncle Bernard ait été géné aux entournures par la question abrupte d’Yves Calvi dans « Mots croisés », s’agissant pour lui d’éléments de réponse à donner qu’il venait à peine d’assimiler…
    Ce plagiat qui ne dit pas son nom état d’autant plus regrettable que les auteurs plagiés ont pris soin, pour leur part, de donner toutes leurs sources, dont SAPIR et, plus particulièrement, FRÉDÉRIC LORDON pour le détail d’architecture d’une monnaie commune dont la description figure dans son dernier livre, à peine antécédent:
    » LA MALFAÇON « , Sous-titre: « Monnaie européenne et souveraineté démocratique » (Ed LLL, dépôt légal mars 2014)
    Ainsi peut-on lire des dits auteurs, dans leur partie « De la monnaie unique à la monnaie commune », ce résumé fidèle:
    « Comme dans le SME, les monnaies nationales européennes sont définies selon un taux de change fixe mais ajustable… par rapport à l’euro.
    En revanche, la convertibilité interne (entre monnaies nationales européennes) s’effectue au seul guichet de la BCE,
    au taux fixe en vigueur… La convertibilité directe entre monnaies ne peut plus s’effectuer.
    La convertibilité dite « externe », par exemple entre l’euro-franc et le dollar, s’effectue en deux temps: d’abord une conversion « de guichet » via la BCE à taux fixe euro-franc / euro, puis une conversion « de marché » euro / dollar. L’euro continue de flotter sur les marchés des changes internationaux, mais son cours est relativement stable puisqu’il bénéficie d’un effet de péréquation entre les États membres.
    Et les auteurs de citer London:
    – l’absence de marché des changes [interne] sera toujours plus efficace contre les effets de mouvement de capitaux que n’importe quel dispositif de contrôle des capitaux.

    Ce n’est pas la première fois que Lordon fut ainsi spolié par Maris, à pareille date de printemps:
    Il suffit de consulter son « Dehors l’Allemagne » dans sa chronique sur France inter, en avril 2010: http://www.franceinter.fr/blog […] -allemagne
    A comparer avec le billet « pionnier » de Lordon sur son blog, un mois auparavant:
    http://blog.mondediplo.net/201 […] re-c-est-l
    Mais Lordon ne fut jamais invité, ni à « Mots croisés », ni à « C’est dans l’air ».

    Salut Bernard,… et défense de rire!

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