Archives de catégorie : Sciences cognitives

Dilemme des maisons d’édition

Relisant des passages de mon livre Principes des systèmes intelligents (1989) en vue de mon exposé à Fleurance samedi dans le cadre du Marathon des Sciences, « Vérité(s) », je me dis que ce livre n’a sans doute pas eu le destin qui lui convenait en étant publié chez Masson (maison d’édition aujourd’hui défunte) dans la collection « Sciences cognitives » en compagnie de deux autres ouvrages intitulés Génie cognitif et Acquisition du savoir pour les systèmes experts.

M’interrogeant sur le cadre qui aurait davantage convenu, je pense à une collection qui se serait appelée plutôt « Choses aujourd’hui totalement inclassables mais qui trouveront un jour leur place et auront alors un bel avenir ». La difficulté ayant été dans ce cas-là de découvrir une maison d’édition disposée à intituler une collection d’un nom aussi inhabituel.

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Lucy et moi

Vous avez peut-être vu ce film de Luc Besson appelé « Lucy » (2014), avec Scarlett Johannson devenant de plus en plus super woman, à mesure qu’elle « utilise davantage son cerveau ».

Le film est basé sur cette légende urbaine qui veut que nous n’utilisions qu’une partie de notre cerveau (dieu sait d’où ça sort ? du fait que nous avons beaucoup de neurones et sommes souvent pris la main dans le sac d’être très peu intelligents ?).

Ce qui n’empêche que, consultant tout à l’heure un manuel d’Intelligence Artificielle en vue de rédiger un papier sur le thème

Quand vous êtes à la recherche de financement, c’est « IA ». Quand vous embauchez, c’est « Machine Learning ». Et quand vous programmez, c’est « régression logistique »

au moment où j’ai lu trois pages d’équations entrecoupées d’expressions décrivant tout cela comme « optimisation convexe », « descente de gradient » ou « convergence efficiente », j’ai très distinctement senti (non sans une certaine jouissance) se remettre en marche avec de minuscules craquements, certaines parties de mon cerveau qui n’avaient pas servi depuis plusieurs années 😀 .

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Université catholique de Lille, Paul Jorion : « Déclarer l’état d’urgence pour le genre humain ? », Le transhumanisme – Retranscription

Retranscription de Université catholique de Lille, Paul Jorion : « Déclarer l’état d’urgence pour le genre humain ? », 2eme de six conférences, Le transhumanisme est-il la nouvelle religion d’une technologie triomphante ?, le 11 décembre 2018. Merci à Eric Muller ! Les premières minutes manquent. Le transhumanisme y est situé dans plusieurs traditions de la pensée occidentale, qui se chevauchent partiellement : l’individualisme, l’« esprit des Lumières ». Ouvert aux commentaires

[… ] Parfois, les auteurs renvoient à des penseurs, par exemple Jean-Jacques Rousseau, ou Nicolas de Condorcet sur la notion de perfectibilité, c’est-à-dire de la capacité de l’homme à se perfectionner lui-même – une réflexion qui est parfois fondée d’ailleurs sur un parallèle avec la domestication – nous avons domestiqué certains animaux pour en tirer parti ; les chiens pour le plaisir de les avoir avec nous à la chasse ou défendre nos maisons, les cochons pour les manger et les vaches pour les manger ou en tirer du lait. Ces espèces ont connu une évolution tout à fait particulière : la vache ne ressemble plus fort à l’auroch – sauf par quelques traits extérieurs – le cheval que nous avons aujourd’hui n’est plus le cheval sauvage que nous connaissions autrefois. La domestication est un processus qui conduit à une évolution des espèces, et certains penseurs ont attiré l’attention sur le fait que nous avons produit une sorte d’auto-domestication de notre propre espèce : nous avons créé des caractères chez nous qui ressemblent fort à ceux que nous avons produit chez les animaux domestiques, et on peut imaginer que la perfectibilité, le perfectionnement soit du même ordre chez nous, et que nous puissions continuer à nous développer par les moyens que la technologie nous offre, de la même manière que nous avons pu le faire pour d’autres choses autour de nous. Et là, bien entendu, ma réflexion aujourd’hui sera autour de certaines difficultés, de certains dangers, de certaines questions qui se posent à nous – parfois même dans l’urgence – autour de ces questions.
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Piqûre de rappel : La mémoire d’ANELLA (1988-1989), le 13 septembre 2009

Le billet de Marc Peltier que je viens de mettre en ligne : De l’intelligence artificielle produite par des méthodes optiques, où il a l’amabilité de rapprocher cette découverte faite à UCLA de mes propres recherches me donne envie de faire un parallèle entre « Le réseau profond considéré était un graphe pur, abstrait, autrement dit, de l’information », et le « réseau mnésique » d’ANELLA, lui aussi un « graphe pur, abstrait ». J’espère en faisant cela faire avancer la discussion de manière générale sur la question soulevée : « masses d’information confrontées et intelligence produite ».

Dans un de mes premiers billets, en 2007, Le robot lacanien, je parlais d’ANELLA (Associative Network with Emergent Logic and Learning Abilities), réseau associatif aux propriétés logiques et d’apprentissage émergentes, projet d’intelligence artificielle que j’avais créé pour British Telecom en 1988 et 1989, disant que j’avais retrouvé une disquette contenant le programme. Je n’étais pas tout à fait sûr de mon coup, les dates ne correspondaient pas (1992 au lieu de 1988) et le style de programmation non plus (QuickBasic au lieu de GWBasic) et passant un peu de temps sur les fichiers le mois dernier, j’avais dû déchanter : ce n’était pas ça, simplement une tentative ultérieure de créer une base de données en arrière-plan du logiciel.

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L’illusion gagne du terrain

Ouvert aux commentaires.

P.S. Pourquoi ma mauvaise humeur ? Parce que vouloir régler les comportements par l’illusion, c’est se fonder sur une théorie psychologique de bazar : « La conscience réalise l’intention par la volonté », alors que nous conduisons en pilote automatique, avec la conscience en inspecteur des travaux finis.

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LE PISTOLET ET LA PIOCHE #15, « DEVENONS-NOUS DES MACHINES ? » PAUL JORION RÉPOND, LE 29 MAI 2018 – Retranscription

Retranscription de « DEVENONS-NOUS DES MACHINES ? », le 29 mai 2012. Merci à Olivier Brouwer ! Ouvert aux commentaires.

Interviewer (Pascal Hérard) – Les algorithmes d’apprentissage automatisé, ceux qui sont basés sur les réseaux de neurones, la question qu’on se pose, parce que ça va être en lien avec ce dont on va parler, est-ce qu’ils sont proches des processus mentaux du cerveau humain ? Ou est-ce que c’est totalement différent ? Est-ce que le cerveau humain travaille d’une manière similaire, parallèle, à ces réseaux de neurones et ces algorithmes d’apprentissage, ou est-ce qu’on est vraiment sur quelque chose qui n’a rien à voir ?

Paul Jorion – Mais je crois qu’on ne connaît pas la réponse. Ce qu’il y a, c’est que, dans les toutes premières techniques d’intelligence artificielle, on a mis l’accent sur des méthodes mathématiques qu’on connaissait, des tentatives de formaliser la logique, des choses de cet ordre-là, et on avait misé [sur le fait] que l’intelligence artificielle allait fonctionner en fonction de ce que nous pensions, de manière générale, sur le calcul. Continuer la lecture de LE PISTOLET ET LA PIOCHE #15, « DEVENONS-NOUS DES MACHINES ? » PAUL JORION RÉPOND, LE 29 MAI 2018 – Retranscription

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The Chinese Room’s Secret, L’Homme 150, 1999 : 177-202

Paul Jorion, Le secret de la chambre chinoise, L’Homme 150, 1999 : 177-202

Désormais également en anglais ici.

À partir d’une observation de Jean Pouillon, il est montré, à la fois de manière déductive et en se fondant sur des données expérimentales, que la conscience ne dispose pas d’un pouvoir décisionnel. Son rôle se cantonne à transmettre des instructions au corps en fonction de l’affect qu’engendre et qu’évoque la perception. L’existence du langage permet aux sujets humains de produire un discours d’auto-justification de leurs faits et gestes. Celui-ci ne reflète cependant en aucune manière les mécanismes psychiques effectivement à l’oeuvre, son seul impact consiste à influencer l’affect de celui qui le tient (en tant que parole ou que « parole intérieure »), comme celui de ceux qui l’écoutent. Le couple « corps » et « âme » se trouve ainsi validé, mais les responsabilités qui leur sont traditionnellement reconnues doivent être réattribuées entre un corps qui décide et agit et une âme qui rétro-agit sur le mode de l’affect simplement.

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Le (non-)rôle de la conscience

Ouvert aux commentaires.

Timiota me signale un article récent (14 novembre 2017) en anglais intitulé Chasing the Rainbow: The Non-conscious Nature of Being, par David A. Oakley et Peter W. Halligan. Dans cet article est défendue la même thèse que celle que j’avais développée dans un article publié en 1999 dans la revue L’Homme intitulé Le secret de la chambre chinoise : du rôle non-causal de la conscience, et dont j’avais résumé l’argument dans Le dernier qui s’en va éteint la lumière (2016 : 143-150).

J’avais consacré un billet à ce sujet, au tout début du blog (14 avril 2007). Je le reproduis ici.

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« Effects of LSD on music-evoked brain activity », bioRxiv, Jun. 25, 2017

© Matti Klarwein (1932 – 2002)

« Effects of LSD on music-evoked brain activity » par Mendel Kaelen, Romy Lorenz, Frederick S. Barrett, Leor Roseman, Csaba Orban, Andre Santos-Ribeiro, Matthew B. Wall, Amanda Feilding, David Nutt, Suresh Muthukumaraswamy, Robin Carhart-Harris, Robert Leech, bioRxiv, Jun. 25, 2017

The Moody Blues : « Om » (1968)

The Trip (1967), film de Roger Corman, musique par The Electric Flag, featuring Mike Bloomfield (1943 – 1981)

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Je (après-demain) est un autre

Si vous avez lu Le dernier qui s’en va éteint la lumière, vous avez vu l’importance que j’attache pour expliquer notre paralysie devant la perspective d’extinction du genre humain au fait, bien connu des psychanalystes, que nous sommes incapables de nous représenter – et d’avoir peur – d’un avenir quelque peu lointain.

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Être honnête n’est bon ni pour vos finances, ni pour votre santé !

Certaines données obligent à mettre en perspective les affirmations péremptoires du type « Le capitalisme nous a tous enrichis » ou « Le capitalisme fait que nous vivons plus longtemps ». Le Financial Times, rassemblant des statistiques américaines, montre sur un graphique que si l’espérance de vie des plus riches s’est allongée aux États-Unis au cours des trente dernières années, elle a diminué pour les plus pauvres.

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Qu’est-ce qui fait de nous qui nous sommes ? Nos penchants ou les impondérables ?

D’un événement, on peut dire, quelle que soit sa nature, qu’il est possible ou impossible, nécessaire ou contingent. La certitude s’attache au nécessaire (ce qui arrivera toujours) et à l’impossible (ce qui ne peut pas arriver), l’incertitude, au contingent (ce qui arrivera ou non) et au possible (ce qui peut arriver).

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La liberté de choisir ou de vivre sa préférence pour le mot « choisir » ou le mot « vivre »

J’ai choisi dans Le dernier qui s’en va éteint la lumière, de développer un modèle de la conscience que j’ai proposé pour la première fois dans un article publié en 1999 dans la revue L’Homme, intitulé « Le secret de la chambre chinoise ». Dans cet article, je tire les conséquences de la découverte par le psychologue Benjamin Libet que ce que nous appelons notre « intention » de poser un acte n’intervient qu’après que cet acte a été posé. Le retard avait été calculé par Libet comme étant d’une demi-seconde mais des études récentes ont montré que le délai pouvait se monter jusqu’à dix secondes. Des mots comme « volonté » ou « intention » perdent du coup le sens que nous leur attribuons habituellement ; la question se pose même s’il convient encore de les utiliser.

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Krishnamurti et « Le dernier qui s’en va éteint la lumière », par Patrick Outil

Billet invité.

La lecture du livre de Paul Jorion « Le dernier qui s’en va éteint la lumière » m’a inspiré cette réflexion.

Selon des recherches récentes sur le fonctionnent du cerveau, l’action échappe à la volonté, je ne maîtrise rien. C’est une illusion de mon conscient qui croit que le moi contrôle tout alors qu’il n’est en fait qu’une caisse enregistreuse. La réalité ne me parvenant qu’après avoir agi (1\2 seconde à 10 secondes) sous-entend que je ne maîtrise pas la décision de cette action. Il arrive que nous ayons la perception d’une action à venir (intuition) celle-ci survient très peu de temps avant que nous n’agissions, c’est une image un peu floue qui en fait est la perception fugace du vrai présent et qui nous semble être un futur. Il est donc possible de court-circuiter l’action de l’inconscient. Devons nous entendre qu’il faut percevoir tout ce que nous sommes, conscient et inconscient, et pour quelle fin ?

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