Archives par mot-clé : anthropologie

Le scandale des faux Hommes des Cavernes ! (1987)

Le scandale des faux Hommes des Cavernes ! a paru dans L’Âne Le magazine freudien, 30, 1987 : 22.

Un scandale de plus secoue les Philippines pourtant déjà durement éprouvées ces mois derniers. Particularité curieuse cependant de ce scandale récent : il est ethnologique ou plutôt, politico-ethnologique : les Hommes des Cavernes du Président Marcos seraient faux ! Résumons les faits : le 8 juillet 1971, le monde ébahi apprenait par la presse que l’on venait de découvrir à Cotabato dans l’île de Mindanao, une tribu de vingt-quatre Hommes, Femmes et Enfants des Cavernes, les Tasaday, vivant encore à l’Âge de Pierre. En décembre de la même année, un ethnologue nommé Carlos (sans parenté avec le terroriste) déclare à l’équipe du National Geographic qui s’est dépêchée sur les lieux : « Selon des estimations récentes, ils ont vécu une existence séparée pendant 500 à 1 000 ans ».

Continuer la lecture de Le scandale des faux Hommes des Cavernes ! (1987)

Partager :

Cambridge University VI. End Game

J’aurai le statut d’enseignant à proprement parler à l’Université de Cambridge de 1979 à 1984. Le système est celui de la « tenure » (titularisation) : au bout de cinq ans, votre cas est revu et vous êtes alors soit recalé (ce qui n’est qu’exceptionnellement le cas) soit nommé à titre définitif. Nous sommes trois à être nommés simultanément en 1979, nous serons cependant recalés tous les trois en 1984.

Margaret Thatcher est devenue premier ministre en 1979. Les conservateurs anglais accumulent les accusations envers les sciences humaines, censées saper l’édifice social, et ont leur éradication à leur programme. Une conversation que j’eus dans ces années-là situe bien le climat de l’époque. Il faut savoir qu’une université comme Cambridge ou Oxford est une confédération de collèges créés à différentes époques, qui par un roi, une ville, une église, un philanthrope, etc. L’admission des étudiants se fait par l’intermédiaire d’un collège qui, moyennant finances, veille à leur assurer le gîte et le couvert et, last but not least, leur réussite aux examens dans le cadre de l’université proprement dite, organisation indépendante des collèges, dirigée elle par son Sénat et l’assemblée des enseignants. Ces derniers peuvent être recrutés par l’université où ils dispensent un cours ex cathedra, par un collège où ils prodiguent des leçons particulières (« tutorial ») à ses étudiants, ou, le plus souvent, par les deux à la fois. Continuer la lecture de Cambridge University VI. End Game

Partager :

« Les nervures du chaos » ou une physique sociale de Durkheim à Lacan (1988)

« Les nervures du chaos » ou une physique sociale de Durkheim à Lacan a paru dans Synapse, mai 1988, n°44 :…

Vous devez être connecté pour lire le contenu complet de l'article. Vous pouvez vous abonner ici

Partager :

Castaneda et Newton (1985)

Castaneda et Newton

A paru dans L’Âne Le magazine freudien, 1985, 22 : 23

Pourquoi l’anthropologie ne nous dit rien des Sauvages que nous ne sachions déjà.

La longue expérience de l’enseignement qu’eut Hegel transparaît dans des remarques telle celle-ci : « … les auteurs, les prédicateurs et les orateurs sont considérés tout particulièrement intelligibles quand ils parlent de choses que leurs lecteurs ou auditeurs connaissent déjà par cœur ». Continuer la lecture de Castaneda et Newton (1985)

Partager :

Jamais l’Intelligence Artificielle n’égalera le génie humain ! La preuve !

Grégory Maklès m’envoie ceci (nous réfléchissons beaucoup lui et moi depuis La survie de l’espèce [2012] à un univers de robots nous ayant entièrement remplacés) :

Je lui réponds : “C’est la preuve ultime qu’aucune IA n’égalera jamais le génie humain !” Souvenez-vous en effet du prix Eurovision 1974 :

P.S. Ne vous méprenez pas : je considère véritablement qu’ABBA furent des génies de la chanson de variétés, et la culture populaire vaut bien la culture savante des zélites. “Rien d’humain ne m’est étranger !”, ce n’est pas la devise de l’anthropologue : c’est sa vocation !

Partager :

« Paul Jorion est un homme raisonnable (il n’est pas fou) », le 9 août 2019 – Retranscription

Retranscription de « Paul Jorion est un homme raisonnable (il n’est pas fou) », le 9 août 2019. Ouvert aux commentaires.

Bonjour, nous sommes le vendredi 9 août 2019 et aujourd’hui, ma petite vidéo s’intitulera « Paul Jorion est un homme raisonnable (il n’est pas fou) ».

Qu’est-ce qui m’a fait penser à vous faire un petit exposé de ce type-là ? C’est un ensemble de choses. J’ai en particulier réfléchi hier. Il s’est fait que j’ai appris la mort, comme nous tous, de Jean-Pierre Mocky quelques minutes avant de devoir sortir. Et donc, j’ai mis deux lignes, je suis revenu un peu plus tard et j’ai complété avec les idées qui m’étaient venues par la suite. Et, Jean-Pierre Mocky, vous le savez, c’est quelqu’un qui a fait de l’excellent cinéma. On a dit souvent à propos de ses films que c’était fait par un fou et, à ce moment-là, tout le monde pouvait dire : « Non, regardez, c’est Jean-Pierre Mocky. Regardez ce qu’il a déjà fait. Ce n’est pas un fou ! C’est quelqu’un de très raisonnable mais qui choisit, à certains moments, de parler de certaines choses de telle et telle manière ». Parce que, vous le savez, il y a toujours un message. C’est un message toujours d’une grande humanité. Il emploie tous les moyens qui sont à la disposition des gens qui n’ont pas beaucoup de pouvoir, c’est-à-dire la dérision, l’ironie, se moquer des imbéciles comme ce monsieur, vous avez dû le voir, qui est devenu viral. C’est-à-dire qu’il y a 2 cinglés de partisans de Trump dans une réunion et ce monsieur habillé en vert ne peut pas s’empêcher d’éclater d’un fou-rire qu’il n’arrive pas à arrêter. On voit bien que c’est de bon cœur. Il se dit : « J’ai affaire à des cinglés », mais là, de vrais cinglés. Il suffit de les voir avec leur casquette « Make America Great Again ». Manifestement, des suprémacistes blancs qui n’osent pas s’appeler de cette manière-là, en particulier.

Continuer la lecture de « Paul Jorion est un homme raisonnable (il n’est pas fou) », le 9 août 2019 – Retranscription
Partager :

L’actualité de la crise: un plan de sortie de route, par François Leclerc

Billet invité

UN PLAN DE SORTIE DE ROUTE

Est-il nécessaire d’attendre de connaître dans le détail les modalités du nouveau plan Européen pour estimer qu’il ne tient pas la route  ? Non, car ce qui en est déjà connu suffit pour le démontrer.

En premier lieu parce que l’enveloppe financière de 500 milliards d’euros prévue (hors FMI, qui pourrait apporter jusqu’à 220 milliards supplémentaires) fait impression mais équivaut approximativement à ce qui serait nécessaire de mettre sur la table, si l’Espagne-Portugal et l’Irlande entraient à leur tour dans la tourmente. C’est donc un fusil à deux coups qui a été chargé, là où il une arme automatique serait nécessaire.

En second, parce qu’une mesure importante qui auraient donné un squelette à ce plan qui en manque singulièrement, qui était évoquée depuis hier, a finalement été écartée lors de la réunion des ministres des finances des 27 : l’émission d’obligations par la Commission, garantis par les Etats.

En troisième et surtout, parce que le plan ne va permettre que de gagner du temps, qui risque d’être payé très cher. Car le schéma d’aide à la Grèce est reproduit quasi à l’identique, sur ses deux jambes et en plus grand: mêmes modalités de financement du nouveau plan et mêmes mesure drastiques annoncées, assorties d’un identique calendrier d’application irréaliste. Les marchés vont donc avoir toutes les raisons de réagir en se cabrant, comme ils l’ont déjà fait vis à vis de la Grèce. De considérer que d’autres défauts seront inévitables, au fur et à mesure de l’application du plan, en raison du fait qu’il va précipiter les pays qui en bénéficieront dans la dépression économique.

Le plan a été taillé a minima, semble-t-il sous la pression des Allemands, l’insistance avec laquelle Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont fait valoir leur total accord n’ayant pas d’autre raison que de masquer… leurs désaccords. Paradoxalement, en raison de ses modalités, il a plus de chances d’amplifier la crise européenne que de la stopper.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Si Barack Obama a téléphoné à deux reprises en trois jours à Angela Merkel, manifestant ses inquiétudes et pressant son interlocutrice d’agir, ce n’est pas sans un sérieux motif. Pour quelle raison les soubresauts d’un petit pays européen comme la Grèce, et même de quelques autres en supplément, seraient susceptibles de mettre en danger, comme un gouverneur de la Fed l’a exprimé, le redémarrage économique des Etats-Unis qui fait l’objet de voeux fervents ?

Il faut une fois de plus regarder du côté des banques et de leurs relations systémiques pour le saisir. L’exposition du système bancaire américain à celui de l’Europe – qui vient de montrer sa fragilité – est en réalité une inconnue, en raison une nouvelle fois de l’opacité du marché des produits dérivés, et en particulier des CDS. En conséquence, après avoir exporté en Europe leur crise financière, les Américains craignent maintenant que les Européens leur rendent la pareille, tel l’arroseur arrosé.

La BCE détient une des clés de la situation, afin de calmer le jeu dans l’immédiat. Car ce que les marchés attendent – ils ne se privent pas de le faire savoir – c’est qu’elle engage un programme d’achats d’obligations d’Etat sur le marché secondaire, c’est à dire aux banques pour appeler les choses par leur nom. Celles-ci veulent se désengager sur la pointe des pieds d’un marché obligataire qui n’est plus le refuge qu’il était. Le marché (les mégabanques, pour continuer d’appeler les choses par leur nom) veut laisser les Etats et la BCE régler entre eux la crise de la dette publique et s’en laver les mains. Ils savent en effet que le risque est grand pour eux d’être mis à contribution demain, à l’occasion de restructurations d’ampleur de la dette, qu’ils pressentent inévitables.

Curieusement, Olli Rehn, commissaire européen aux affaires économiques, s’est fait dans la nuit le porte-parole de la BCE pour annoncer que des achats de dette souveraine allaient être entrepris.

Que ce soit d’un côté à l’autre de l’Atlantique ou bien entre les Etats et les mégabanques, le même jeu continue, qui consiste à tenter de se prémunir de la contagion des miasmes de l’autre.

Partager :

Crise et sciences humaines

Cet entretien avec Mathieu Simonson, qui a eu lieu en septembre dernier, m’était sorti de la tête. Il a refait surface hier. J’y aborde des questions déjà couvertes mais d’autres aussi dont j’ai rarement l’occasion de parler. C’est une transcription, donc un peu « brut de décoffrage ».

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la finance, vous qui venez à la base de l’anthropologie et des sciences cognitives? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à ce secteur-là ?

D’abord mon intérêt s’est développé pour le formation des prix. J’ai fait mon premier travail de terrain – j’étais très jeune, j’avais vingt-cinq ans – dans l’île de Houat, en Bretagne, en France. Et là, c’est un peu accidentel, c’est en regardant mes données, que je me suis aperçu que l’explication classique de la formation des prix – en particulier pour les poissons, les crustacés que ces pêcheurs vendaient – bref, que la loi de l’offre et de la demande ne fonctionnait pas, qu’elle n’expliquait pas du tout la formation des prix. Alors je me suis demandé d’où venait cette loi de l’offre et de la demande, et pourquoi elle était admise aussi universellement, puisque dans le premier cas qui se présentait à moi ça ne fonctionnait pas. Alors ça m’a intéressé. A l’époque l’anthropologie économique était essentiellement d’inspiration marxiste. L’analyse de Marx ne fonctionnait pas pour expliquer la société de Houat, et je suis allé chercher un peu partout pour voir si il y avait des explications de la formation des prix telle que je la voyais. Et l’explication que j’ai trouvée qui était la plus proche, c’était celle, très ancienne, d’Aristote. Alors je me suis intéressé à la formation des prix de manière générale. J’ai travaillé ensuite en Afrique, comme socio-économiste pour la FAO (Food and Agriculture Organization), donc pour les Nations Unies, et là, j’ai récolté beaucoup de données sur les marchés de poissons en Afrique Occidentale. Et je me suis aperçu que la théorie d’Aristote expliquait beaucoup mieux la formation des prix que toutes les théories alternatives. J’avais donc un grand intérêt pour la question du prix, avant même de m’intéresser à la finance. Le passage à la finance, lui, il s’est fait de manière assez accidentelle. Bon c’est anecdotique, je veux dire, ce n’est pas un calcul de ma part. Ce qui s’est passé c’est la chose suivante: c’est que j’ai reçu un jour un coup de téléphone de Laure Adler qui travaillait pour France Culture et qui m’a demandé justement de faire une série d’émissions sur les sociétés de pêcheurs. Mais, à l’époque, c’est-à-dire en 1988, je faisais tout à fait autre chose, je travaillais sur l’intelligence artificielle. Et elle m’a dit “Est-ce que vous pouvez faire une série d’émissions sur les pêcheurs ?”. Je lui ai dit “Non, je ne m’intéresse plus du tout à ça en ce moment”. Elle m’a dit, “Qu’est-ce que vous faites ?”. Je lui ai dit : “Eh bien je travaille sur l’intelligence artificielle”. Elle m’a dit “Bon, faites une série d’émissions là-dessus plutôt ». Donc, en 1988, j’ai fait une série d’émissions pour France Culture sur l’intelligence artificielle. Et là, un banquier français a écouté les émissions, l’été suivant, quand il y a eu une rediffusion. Il a demandé à me rencontrer parce qu’il était très enthousiaste sur ce que j’avais présenté dans ce programme, et au bout de quelques conversations, il m’a proposé de venir travailler avec lui dans la banque où il était, c’est-à-dire la Banque de l’Union Européenne. Et, bon, j’avais l’occasion à ce moment-là de tester ma théorie de la formation des prix dans un tout autre univers. J’étais passionné. Et donc j’ai commencé à faire ça… ce que j’ai fait pendant dix-huit ans.

Continuer la lecture de Crise et sciences humaines

Partager :