L’unité du genre humain

Emma Raducanu and Leylah Fernandez with their trophies at the end of the match. Photograph: Corey Sipkin/UPI/Shutterstock
L’un des premiers grands débats qui agitèrent l’anthropologie sociale fut celui qui opposa dans la seconde moitié du XIXe siècle les membres de deux sociétés savantes : ceux de l’Anthropological Society of London et ceux de l’Ethnological Society. Les “anthropologues” étaient polygénistes : pour eux les races humaines étaient autant d’espèces distinctes ; les “ethnologues” étaient eux monogénistes : les races humaines étaient les variétés inter-fécondes d’une seule espèce.

Le débat faisait rage *, les “anthropologues” avaient pris le parti des confédérés sécessionnistes dans la Guerre civile américaine, les “ethnologues” s’étaient rangés aux côtés des unionistes abolitionnistes. Le monogénisme l’emporta grâce à la victoire du modèle darwinien de l’évolution des espèces, renforcé ensuite par la génétique naissante. L’unité psychique du genre humain devint le mot d’ordre de l’anthropologie.

D’où la satisfaction d’un anthropologue devant la photo hier des finalistes féminines de l’US Open. À gauche sur la photo, Leylah de père Équatorien et de mère Philippine ; à droite sur la photo, Emma de mère Chinoise et de père Roumain.

* Voir ici Le dilettantisme comme art de vivre, un panorama de l’anthropologie britannique.

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15 réflexions sur « L’unité du genre humain »

  1. Peut-être aussi.. le caractère universel du tennis ? Le premier sport qui a fait des femmes des stars.
    L’unité psychique du genre humain à vouloir frapper dans une petite balle, le plus vieux sport du monde : le jeu de paume qui comptait des joueurs pros en sortie du Moyen Age (des traditions comparables chez les aztèques et mayas je crois..). Plus très à la mode aujourd’hui, encore moins parmi les jeunes..
    L’une est canadienne, l’autre anglaise. Un joueur de tennis parcours la planète, c’est un citoyen du monde qui joue 20 tournois dans une dizaine de pays chaque année, et s’entraine souvent loin du pays dont il a la nationalité, pour raisons sportives ou fiscales.
    Sauf erreur, Leylah est un produit de Floride maturée dans un pur projet familial, et Emma celui des grammar schools anglaises soutenu par sa fédération.
    Dans ce sport, on trouve bien des types de parcours, et les 2 ont joué cette finale sur le plus grand court du monde (22000 places), dans la ville-monde, dans le tournoi qui a la concurrence la plus rude, donc le plus difficile à gagner..
    Leylah classée 73ème a battu 3 top 5 dans son parcours, et Emma 150ème, sort de 3 matchs de qualifications pour remporter le tournoi sans avoir perdu un seul set, parcours improbable, et exceptionnel : du jamais vu dans l’histoire.
    Peut -être une signe du renversement du monde, ou plus simplement d’une plus forte concurrence dans le tennis féminin..

    1. Merci, pour ce magnifique bilan comptable. Il ne manque que la côte des bookmakers pour finir de gâcher la photo.

      Victoire du métissage ; abatardissons nos pseudo-races, nos enfants n’en seront que plus magnifiques et étincelants de santé!

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      1. Vous avez parfaitement raison. Souligner des parcours de sportives féminines, vraiment jamais vus sur 1 siècle de compétition de tennis hommes et femmes confondus, et leur diversité d’efforts pour y accéder à un si jeune âge, nuit à la photo.
        Ces joueuses, ou joueurs pour la plupart ont la citoyenneté de la petite balle. Comme en golf . C’était là où je voyais l’unité psychique du genre humain.
        Plus que des traits physique, ou des origines qu’elles dépassent, j’y trouve une meme passion, volonté de se dépasser, souffrir (renseignez-vous sur les sacrifices depuis 4 ou 5 ans d’âge pour parvenir à ce niveau) pour “jouer” (le tennis est un “game” jeu d’adresse avant d’être un sport) contre une adversaire qui a fait des efforts comparables, et vivre une meme vie de citoyen (très privilégié) du monde.
        Je m’en moque de son passeport canadien, son origine équatorienne, ou ses jolis traits (je suis grand-père) je suis juste heureux qu’elle soit une joueuse exceptionnelle qui réussit, et qui plus est semble sympathique.
        La passion, le sport de mon point de vue ont ce caractère universel.
        Je pensais que sur le dernier millénaire, l’humain partageait une “même unité psychique”, un meme gout pour le jeu avec la petite balle.
        De là à affirmer que la toute jeune start-up Raducanu à peine lancée, a fait bien mieux que la multinationale établie Osaka ou Barty, je dois manquer imagination..
        Vous y voyez des minorités métissées. J’y vois des athlètes, des bosseuses et des passionnées qui – vous avez raison – ont eu des parcours extremement méritoires.

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        1. Votre champs lexical en dit long: “start-up”, “multinationale”, “Leylah est un produit”, “concurrence”, + tout le vocabulaire de la “win” et du coaching et des chiffres, des classements, …
          S’il y a une unité psychique à trouver dans la compétition sportive ce n’est certainement pas dans le jeu à la baballe, il faut remonter plus loin, et à l’époque on cours, on saute, on jette divers objet contondants et on joue à la bagarre. Accessoirement le sport est exclusivement masculin, les esclaves et les métèques sont interdits de participation aux premiers jeux olympiques. Ça ressemble plus à de l’entraînement entre deux guerres et à montrer les gros bras pour impressionner l’adversaire. Mais ce n’est plus le cas me direz-vous.
          https://www.defense.gouv.fr/actualites/articles/jo-de-tokyo-2020-les-sportifs-de-l-armee-de-champions-decrochent-40-des-medailles-francaises
          Vous vous moquez de leurs passeports et pourtant c’est vous qui les invoquez dans votre premier message. C’est bien normal puisque la compétition sportive est le terrain de jeux favoris des nationalistes entre deux retours à l’unité psychique. Alors je suis heureux de voir ces deux jeunes femmes, que naguère on aurai nommé spuriae, radieuses d’avoir participé et faire un pied de nez aux nationalistes imbéciles qui remplissent les stades secouants leurs étendards guerriers pour lesquels tant d’hommes on perdu la vie.

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          1. Pardon d’avoir été un piètre sportif admiratif, et d’avoir longtemps suivi ce jeu, fait de chiffres.
            Oui quand on a leur resultats passés, accomplir cela est exceptionnel. L’adversité compte.
            A mon age je m’enthousiasme encore devant ces performances, pas le spectacle, mais la quantité de boulot, de don aussi que cela représente.
            Relisez-bien : je caricature les termes de start up, je parle aussi de raisons fiscales.
            Je suis d’accord avec votre dernier message..
            Mais les sports types olympiades grecques, ont été oublié longtemps, le jeu de paume se pratiquait à l’epoque de l’escrime c’est juste, simplement la paume est la source du tennis et on la pratiquait, on s’extasiait devant l’adresse des joueurs il y a 500 ans.
            Quand je vois qqn face à moi qui aime taper dans la baballe, j’y vois qqn qui partage une passion. Ses origines moins.
            Et j’insistais sur citoyen du monde, pas sur leur passeport, c’est pas grave..

            Une petite histoire : jamais à l’école un prof ne m’a rappelé mes origines, questionné parfois mais sans aller loin. Elles ne sont pas visibles. Les autres élèves se moquaient parfois, mais ça ne me touchait pas.
            La 1ère fois c’était un supérieur dans une ONG, il y a 25 ans, et c’est arrivé régulièrement en entreprise depuis, en me disant que si ma famille aujourd’hui disparue, était restée dans ce coin bien pauvre et peu développé, je ne serai pas là.
            J’y ai vu qqn qui voyait moins un collaborateur, dans le même bateau, que le parcours d’immigré de ma famille, et qui est là parce qu’on a bénéficié de la situation en France.
            Dejà c’etait oublié qu’avant de partir, ça allait très bien pour mes ancetres mais il ne pouvait pas le savoir , que l’histoire, et les crises ça change les parcours. Ensuite, ils en ont bavé, et j’avais fait les memes efforts que les autres pour etre dans cette boite avec la scolarité, les experiences, et j’avais les memes ideaux.
            Plus que mes racines, j’ai toujours voulu etre comme tout le monde, ma famille aussi.
            Etre déclassé, en baver, vouloir vivre comme les autres, c’est le parcours habituel.
            Donc avoir des racines ça permet d’avoir des repères pour tenir. Ca construit l’identité.
            Est-ce qu’il faut toujours les rappeler ? Moi ça me gene.
            Un vrai debat : faut-il voir en l’autre ses origines, sa couleur ?
            Ou simplement qu’il est à l’image de soi, et ce qu’on a en commun ?
            Je vous l’accorde pour défendre des droits les choses visibles, ça aide.
            Je pensais que depuis longtemps, on ne faisait plus de différence, mais on m’a dit recemment que ne pas voir un opprimé quand je vois une personne noire, mais juste une personne, c’est le debut du racisme.
            Je m’interroge, que faut-il penser ?

            1. Comme généalogiste amateur, je dois vous dire que le métissage est inévitable, voire même mathématique. Pour voir ce qu’a pu donner à travers l’histoire la trop forte consanguinité, il n’y a pas lieu de révérer l’idée de race, mais bien de promouvoir la diversité et le métissage. La défiance doit changer de camps, la consanguinité est le premier symptôme de la peur du déclassement social (premier au sens où il est séculaire et précède la naissance même de l’individu).
              https://cultea.fr/les-habsbourg-espagnols-quand-la-consanguinite-entraina-leur-chute.html
              Pour ce qui est de la culture, on peut avoir des racines multiples (pardonnez le pléonasme), nous ne sommes pas des carottes; c’est même là que devrait percoler le fameux “vivre ensemble”; dans des individus multiculturels.
              Enfin concernant le sport vous aurez remarqué que j’utilise le terme “compétition sportive” et pour en faire la critique, mais c’est aussi et surtout son champ lexical qui me gène. D’après Gramsci “L’hégémonie idéologique et culturelle précède la victoire politique”, or le champ lexical que nous utilisons (ironiquement ou pas) est très symptomatique de l’hégémonie culturelle dans laquelle nous vivons.
              Ainsi donc, mon seul véritable conseil, à votre endroit, c’est de faire attention aux termes qu’involontairement vous utilisez car il n’y a pas de changement possible dans notre monde sans changement lexical et culturel. Il faut faire entendre nos idées jusque dans nos choix de vocabulaire. Ces deux jeunes femmes toutes souriantes ne sont pas dans la compétition, elles sont dans la rencontre; elles n’ont pas fait des performances, elles ont donné le meilleur d’elles mêmes sans compter; etc…

              Bonne fin de soirée!
              MG

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              1. Merci de vos réponses.
                Je vois aussi que pour vous ce debat concerne l’intégration / multiculturel.
                Vraiment je me questionne. Plus le temps passe, plus je me demande.
                “c’est même là que devrait percoler le fameux “vivre ensemble”; dans des individus multiculturels.”
                Si vous voulez en dire plus ?
                Je penchais comme E. Todd pour une vision française où l’on constate justement la mixité dans les mariages, etats civils.. Aller de l’avant pour faire société, construire ensemble, aurait permis de se mélanger, plus facilement que dans les sociétés multiculturelles. Depuis quelques années je m’interroge, le multiculturalisme semble mieux marcher, enfin je ne sais pas.

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                1. Bonjour,
                  Vaste sujet…
                  juste une précision, je parle d’individu multiculturels et vous de société, c’est très différent.
                  Certain diront qu’on déplace les frottements à l’intérieur de l’individu, mais si on ne lui impose pas de se déterminer par une éducation inadapté, c’est, il me semble, préférable à la juxtaposition de communautés hermétiques sur un territoire avec un intérêt commun susceptible de disparaître, entraînant la dislocation de la société faute d’autres liens de plasticité.
                  Il faut effectivement promouvoir le mélange si on veut favoriser le vivre ensemble, c’est ma vision de généalogiste. Il y a bien longtemps que l’on évite des guerres par le mariage (pas pour rien si le symbole du mariage est l’alliance).
                  Bonne journée
                  MG

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  2. Ouais bon montrer l’unité du genre humain avec ces relents de perfections, de mérite et sacrifice et de performance exceptionnelles, moi à vrai dire ça ne parle pas, ça m’ennuie même au plus haut point. Je baille.

    Depuis longtemps cette unité on la trouve dans les usines, dans les champs et au fonds des décharges et des bidonvilles , jusque dans les queues de la soupe populaire partout sur Terre. Non ?

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  3. COucou,

    Alors ils en sont ou les catastrophistes professionnels ?

    Comment il disait le prof au college de france, “tous parents, tous différents”.
    De la controverse de valladolid au tournoi de new-york de tennis.
    Un sacré raccourci !

    Si le départ des usa de l’afganistan pouvait être le début d’une période de paix, d’un recul de la violence étatique, d’un progrés du dialogue démocratique de part le monde …

    On peut rever .

    Bonne journée

    STéphane

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    1. un p’tit tour de Baloo et puis s’en va ! J’aime bien , au moins il ne nous abreuve pas de considérations : nous sommes tous ronchons ! 😂 🤣 😁

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