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La manipulation du cours des actions

Le site Nanex nous offre ces très belles images de manipulation du cours des actions sur les marchés boursiers américains.

On pourrait imaginer que l’on n’ait pas affaire ici à du High Frequency Trading opéré par des ordinateurs suivant les commandements d’un algorithme, qu’on ait affaire par exemple à des êtres humains très bien synchronisés, comme ceux, par exemple, que l’on a vu à l’ouverture des derniers Jeux Olympiques en Chine, mais quand on lit que 15 000 offres d’achat distinctes ont lieu en 11 secondes, le doute se dissipe : ce sont bien des machines qui font ça.

Notez qu’on ne voit pas sur ces images d’offres de vente, uniquement des offres d’achat. Autant pour la légende urbaine qui veut que le High Frequency Trading procurerait à ces marchés de la liquidité.

Notez aussi, qu’en proposant ainsi d’acheter pour annuler cette offre aussitôt, on peut faire varier le cours de 10 %. Autant pour la légende urbaine qui veut que les cours sur les marchés boursiers sont encore déterminés par l’offre et la demande et reflètent une « vérité » des prix. Ou pour celle qui veut que les marchés boursiers ne sont pas entièrement corrompus par la fraude… Ceci dit, vous serez d’accord, c’est très joli !

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L’actualité de la crise: le temps des expédients va venir, par François Leclerc

Billet invité.

LE TEMPS DES EXPÉDIENTS VA VENIR

Le monde financier n’est plus ce qu’il était. Il fait preuve désormais d’un alarmisme permanent, après s’être si longtemps réfugié derrière une impassibilité de façade. Voire une morgue sans égal dont la justification fait plus que jamais défaut. Un comble pour des financiers.

Un jour, c’est l’échéance du remboursement à la BCE de 442 milliards d’euros par les banques de la zone euro qui est fébrilement attendue, son dénouement n’apportant aucun soulagement sur le marché interbancaire qui continue depuis à se tendre.

Immédiatement après, ce sont les nouvelles du marché obligataire, où se présente l’Espagne dont la notation risque d’être dégradée par Moody’s, qui sont redoutées. Ainsi que l’annonce, sans attendre, du retour de la Grèce sur ce même marché plus tard dans le mois.

En toile de fond, les mauvais indices qui se multiplient aux Etats-Unis lui font surtout beaucoup douter de la reprise américaine, et craindre une prochaine récession qui, additionnée à celle qui est attendue en Europe, ne pardonnerait pas. Même en Chine, des indices font état d’une baisse de la production manufacturière.

Cela n’en finit plus.

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L’actualité de la crise: de conciliabules en bricolages et en tâtonnements, par François Leclerc

Billet invité.

DE CONCILIABULES EN BRICOLAGES ET EN TÂTONNEMENTS

Une nouvelle série de réunions internationales au plus haut niveau format G20 est en préparation dans les antichambres. Des ministres des finances et des présidents des banques centrales, en Corée du sud les 4 et 5 juin, puis des chefs d’Etat, à Toronto les 26 et 27 juin. A croire que la tenue de ces rencontres obéit à une loi étrange : moins elles aboutissent à des décisions pratiques, plus elles se multiplient. Comme si toute une énergie devait leur être dépensée, consacrée à la difficile rédaction d’un communiqué final aussitôt classé que publié.

De quoi sera faite l’unité de circonstance qui va être affichée ? Deux grands sujets vont former la trame publique de ces réunions : la quadrature du cercle d’une réduction des déficits publics n’affectant pas la croissance, toutes deux présentés comme salvatrices, et l’ajustement international des mesures de régulation financière, dont les chefs d’Etat ont besoin de se prévaloir, puisque les marchés sont par ailleurs les maîtres incontestés, voire même revendiqués. Un troisième sujet sera certainement évoqué, mais pas nécessairement depuis les tribunes : la fragilité toujours très grande du système financier et bancaire, comme la crise européenne vient de l’illustrer.

De toutes les voix qui commencent à s’exprimer à propos du danger que représenterait un arrêt brutal des aides publiques à la relance de l’économie, en raison de réductions budgétaires trop précoces au nom de la lutte contre les déficits, une mérite d’être mise en exergue. Celle de Wen Jiabao, le Premier ministre chinois. « Certains disent que l’économie mondiale est déjà repartie et que nous pourrions arrêter les mesures de soutien, mais je considère ce jugement trop hâtif », a-t-il estimé à Tokyo devant le patronat japonais. « La crise de la dette dans quelques pays européens pourrait entraver la reprise économique de l’Europe (…), le taux de chômage aux Etats-Unis ne baisse pas ». Prédisant que « Nous devons nous préparer à des difficultés », il a assuré que la Chine en tirait sans attendre les conséquences, faisant en sorte « de rester en alerte et de prendre des mesures avec calme (….) afin d’éviter une nouvelle baisse de la croissance ».

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L’actualité de la crise: le temps des discrets conciliabules, par François Leclerc

Billet invité.

LE TEMPS DES DISCRETS CONCILIABULES

Les marchés sont nerveux, les gouvernements sont inquiets, voici venu le temps des conciliabules, qui ne contribuent pas à leur tour à rassurer.

Ne sachant plus à quoi s’en tenir, les analystes sont à la recherche fébrile de l’indice ou du taux qui cette fois-ci annoncera à temps que le lait va à nouveau déborder, brutal et irrésistible. La volatilité qu’ils constatent du côté des marchés est en soi un indice de la crainte qui s’y est installée et qu’ils partagent.

Mais quel sera le signal qui leur permettra d’anticiper ? Afin de se replier à temps de positions avancées et hasardeuses, ou au contraire de se préparer à faire de bonnes affaires (car, comme en tant de guerre, une crise financière aiguë est une opportunité à ne pas manquer pour profiter des meilleures occasions).

En attendant, de nerveuses et massives transhumances de capitaux sont signalées quasi quotidiennement, du marché des actions à celui des obligations d’Etat et réciproquement. Manifestant un bel opportunisme ou la recherche du meilleur et incertain refuge, au choix. Pêle-mêle, toutes les raisons de cette situation sont données. Mais c’est la crise européenne qui a la vedette, allez savoir si elle va s’accélérer ou se tasser! Les paris, toutefois, se prennent très majoritairement en faveur de la première hypothèse.

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Les marchés tentent de se refaire… non sans succès !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je suis souvent épaté par la ténacité et la témérité des marchés. À peine avait-on décrété la Bourse américaine en mode « baissier », qu’elle a tenté hier de se refaire.

Et avec quelle obstination : malgré un mauvais départ hier en ouverture – très rapidement corrigé – et une longue érosion durant toute la séance, elle est quand même parvenue à terminer au finish en hausse de 1,25 %.

Bon, le profil de la journée est un peu suspect, mais qui s’en inquiétera : on était vendredi et chacun est rentré chez soi. Aujourd’hui, c’est samedi : jour de barbecue, on a d’autres choses en tête !

© Dow Jones

Ah ! ces marchés américains : il y a sûrement quelque chose qu’ils ont compris, et nous pas encore. Voilà un exemple à suivre ! Plutôt que ces vilains pisse-vinaigre d’Allemands.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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BFM Radio, lundi 17 mai à 10h46 – Que vaut une action quand les marchés sont nerveux ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Que vaut une action quand les marchés sont nerveux ?

Dans un autre moment fort de la crise, en septembre 2008, la question s’est posée : que vaut une reconnaissance de dette ? En principe, bien sûr, elle vaut le montant qu’elle mentionne, mais quand les choses tournent mal, ceux qui ont promis de rembourser cessent de disposer nécessairement des sommes promises. S’ils ne remboursent pas, la reconnaissance de dette se révèle a posteriori valoir tout simplement zéro franc, zéro centime. Ou bien, on « restructure » – c’est l’option qui a souvent été évoquée récemment à propos de la Grèce – le débiteur se retrouve devant ses créanciers et leur dit : « Je vous dois autant, mais la somme dont je dispose est beaucoup plus faible. Je vous propose de vous rembourser au prorata de ce que j’ai ». Une reconnaissance de dette se renégocie alors comme une fraction de la somme due, « soixante-sept centimes de l’euro », par exemple. La valeur d’une reconnaissance de dette, c’est donc un montant qui se situe entre celui de la somme prêtée et zéro. Et ce qu’elle valait effectivement ne sera connu qu’a posteriori.

On se souvient que quand AIG, la compagnie d’assurance américaine, remboursa rubis sur l’ongle les banques qui avaient contracté auprès d’elle des CDS, des Credit-Default Swaps, cela suscita un beau scandale. C’est que c’était maintenant le contribuable américain qui réglait l’ardoise, et qu’il lui semblait logique que les banques créditrices doivent se contenter seulement d’une fraction des sommes promises. C’est à la même époque d’ailleurs que certains déposants fortunés découvrirent avec horreur que leur banque ne leur avait offert en échange de leur dépôt qu’une reconnaissance de dette et qu’en cas de pépin le montant qui leur serait remboursé était plafonné à 70.000 et ensuite à 100.000 euros.

Demandons-nous alors – dans la même optique – ce que vaut une action. La question n’est pas sans intérêt : on pouvait la lire en filigrane dans les auditions qui ont eu lieu au Congrès américain la semaine dernière à propos du « flash crash », le krach-éclair du 6 mai à la Bourse de New York. Une action est une reconnaissance de dette d’un type particulier. Je rappelle en deux mots que l’indice Dow Jones perdit en quelques minutes près de 1.000 points, avant de rebondir de près de 700. Aucune anomalie n’a pu être décelée dans le fonctionnement du marché : la baisse était simplement la conséquence des mauvaises nouvelles de la journée. Le NASDAQ, le marché des sociétés technologiques, a quand même décidé d’annuler les transactions portant sur 286 compagnies dont le cours, après 14h40, avait baissé de plus de 60 %. Eric Noll, « executive vice-president » du NASDAQ, expliquait devant la Commission du Congrès qu’il était de leur devoir d’annuler les transactions quand, je le cite : « le prix d’exécution cesse de refléter un marché authentique ». On peut en déduire que le seuil entre un marché authentique et un marché de contrefaçon se situe sur cette barre des 60 %. On ne sait pas ce qu’en penseront ceux dont la vente à – 59 % a été confirmée ou ceux dont l’achat à – 61 % a été invalidé – enfin eux, ou leurs avocats

Quand le cours grimpe, les nouveaux acheteurs drainent l’argent de l’économie pour le placer là. Quand il baisse, ceux qui ont vendu cher comptent leurs sous avec délectation et ceux qui ont acheté cher, eux, se mordent les doigts. Le prototype de toutes les bulles financières, c’est donc bien la Bourse. Quand le cours des actions est élevé, tous ceux qui en possèdent sont contents : leur fortune, c’est la cote la plus récente multipliée par le nombre de titres qu’ils détiennent. Est-ce que ce calcul est valide ? Non : la vraie valeur de leurs actions, c’est le cours auquel ils revendront chacune d’elle (et pas nécessairement au même prix) et ceci, c’est beaucoup plus vague : cela se situe quelque part entre zéro et l’infini. Quand les marchés sont nerveux et comme les événements du 6 mai l’ont bien mis en lumière, la valeur réelle d’un portefeuille boursier est très difficile à déterminer.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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La Bourse : carnet d’ordre, cotation, liquidité et stupidité, par Frédéric 2

Faisant suite au précédent billet, nous allons aujourd’hui déterminer comment pour une action donnée les ordres de vente et d’achat sont rapprochés afin d’établir les transactions puis le cours. Nous serons alors armés pour revenir au sujet initial, à savoir parler des nouvelles places de marché puis au final commencer à commenter les événements évoqués dans mon premier billet.

La description détaillée qui est faite ici est valable pour le système NSC (Nouveau Système de Cotation) d’Euronext qui a remplacé le système CAC (Cotation Assistée en Continu) en 1995 dont le nom est à l’origine du célèbre indice français CAC40. Néanmoins, si on peut laisser de côté les points de détail, les grandes lignes restent valables pour l’ensemble des places dirigées par les ordres. Nous avons vu qu’aujourd’hui plus aucune place ne peut se targuer d’être uniquement dirigée par les ordres, elles sont toutes mixtes à des degrés divers.

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L’actualité de la crise: ils ont inventé la crise perpétuelle…, par François Leclerc

Billet invité.

ILS ONT INVENTE LA CRISE PERPÉTUELLE…

Après la téléconférence des ministres des finances du G7 de la fin de la semaine dernière, présentée de la manière la plus anodine possible une fois révélée de Tokyo, ceux de l’Eurogroupe vont se retrouver une nouvelle fois à Bruxelles lundi matin. Avec une grosse question à l’ordre du jour : comment stopper la chute brutale de l’euro, qui a repris ?

Ils vont devoir faire face à une situation paradoxale : les marchés, après s’être inquiétés de l’ampleur des déficits publics et avoir réclamé des mesures énergiques pour les diminuer, craignent maintenant que ces mêmes mesures n’entravent la croissance économique…

Wolfgang Schäuble, le ministre allemand, vient de prévenir dans le Spiegel qu’il va plaider pour la mise en place d’un « programme concerté » de réduction des déficits budgétaires. Angela Merkel a appelé les membres de la zone euro à « mettre de l’ordre dans leurs finances publiques » et à « améliorer leur compétitivité ». Mais les Allemands sont en retard d’un train, une nouvelle fois.

Dénoncer la simple spéculation sans en chercher les raisons, comme ils s’y tentent, sans les combattre, c’est se résoudre à perdre d’avance la bataille qui est désormais engagée à l’échelon supérieur. Exit la Grèce, bonjour l’Europe. Crier au diable ne l’a jamais fait renoncer. C’est lui qui imprime sa marque aux événements, reléguant les gouvernements – à la tête des Etats – dans un rôle subalterne qu’ils cherchent à nier contre toute évidence.

Jean-Claude Trichet, président de la BCE, qui cultive le genre mesuré et ferme, vient de reconnaître que les marchés se trouvent « dans la situation la plus difficile depuis la deuxième guerre mondiale, voire depuis la première (…) Nous avons vécu et vivons des temps véritablement dramatiques » a-t-il poursuivi, révélant que, la semaine dernière, « les marchés ne fonctionnaient plus, c’est presque comme  au moment de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 ».

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La Bourse : modèles de marché, par Frédéric 2

Billet invité

Aujourd’hui, je vous propose non pas une destination particulière (Londres, New-York ou Paris) mais un panorama global des différentes places de marché sur la planète. Tout cela nous sera fort utile pour comprendre ultérieurement l’usage qu’en font les asset managers, les banques d’investissement et les hedge funds pour le montage de leurs stratégies d’investissement. Au final, cela nous permettra d’éclairer les événements relatés dans mon précédent billet, peut-être pour certains sous un nouveau jour.

Nous allons donc aborder les différents modèles de négociation qui sont présents au sein des différentes bourses de la planète. Le modèle de négociation établit la manière dont les ordres de bourse (à l’achat et à la vente) sont rapprochés afin d’établir les transactions qui se traduiront ultérieurement par des échanges fermes entre les acteurs au travers d’une série d’intermédiaires plus ou moins complexe. De ces transactions, la cote du titre est déduite.

Afin d’éclairer les faits présentés antérieurement, nous laisserons de côté le marché au fixing et nous nous limiterons ici au marché actions cotées en continu, c’est-à-dire le marché actions des grosses entreprises (pour Euronext, toute société faisant partie d’un des indices Euronext et toute société donnant lieu à au moins 2 500 transactions/an est cotée en continu). Le marché action à cotation continue est bien entendu le plus médiatique. Lorsque vous entendez parler de la bourse à la télévision ou à la radio, c’est systématiquement de celui-ci dont on parle. De même, les grands indices boursiers comme le CAC40, l’Euronext-100, le DAX, le FTSE-100 (généralement appelé Footsie), le NASDAQ-100 et le célèbre Dow Industrials (généralement appelé Dow Jones) se réfèrent tous à ce marché. Il est donc essentiel de comprendre comment ce dernier fonctionne.

En fait, il n’existe pas un mais des modèles de négociation. En clair, toutes les bourses ne fonctionnent pas de la même manière. Néanmoins, au fil des fusions / acquisitions entre marchés boursiers et des ventes / achats des systèmes informatiques de cotation continue, on peut dire que les choses se sont grandement simplifiées. A titre d’exemple de fusions / acquisitions, on peut citer la fusion en 2000 des bourses d’Amsterdam, Bruxelles et Paris pour former Euronext, la fusion d’Euronext avec le BVLP (la bourse de Lisbonne et Porto), et enfin la fusion d’Euronext avec le NYSE de New-York pour former NYSE-Euronext. Le développement et la mise au point d’un système informatique de cotation continue n’est pas une chose aisée et coûte surtout très cher. Aussi, les premiers à avoir développé et mis au point de tels systèmes ont vite dominé le marché mondial. Ceci a grandement restreint le nombre de systèmes informatiques de ce type et donc par voie de conséquence le nombre des modèles de cotation.

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L’actualité de la crise: les démiurges malfaisants à l’oeuvre, par François Leclerc

Billet invité.

LES DEMIURGES MALFAISANTS A L’OEUVRE

Il avait pu sembler aux gouvernements européens qu’ils avaient gagné un répit prolongé, les faits viennent de les détromper. Non seulement la crise continue, mais elle a repris une mauvaise tournure en cette fin de semaine. Deux signes qui ne trompent pas : l’euro continue d’être très attaqué sur les marchés et les cours des valeurs financières (les banques) font un nouveau grand plongeon. Seuls, les taux obligataires sous surveillance renforcée et interventions de la BCE restent stables, mais à un niveau qui reste très élevé. Ce n’est pas encore tout à fait la Bérézina, mais ce n’est pas du tout le soleil qui se lève sur Austerlitz. Les marchés sont tenaces et ont les moyens de le faire savoir.

Les gouvernements grec, espagnol, portugais, et même italien, continuent de donner des gages en annonçant de nouvelles mesures d’austérité, mais les marchés n’en ont cure, car c’est l’euro qu’ils ont pris pour cible dans l’immédiat, en attendant de voir jusqu’où la BCE est prête à aller dans son soutien au marché obligataire. Certains annoncent que le tour de la livre sterling ne devrait pas tarder à venir, ces rumeurs continentales étant alimentées par les réactions qu’a suscité le refus britannique de participer au plan de sauvetage européen…

Qu’attendent donc les marchés, ces intervenants que l’on n’ose même pas identifier par leur nom, et qui aspirent au rôle de démiurges malfaisants ? Ils doutent d’abord de l’issue de la partie qui s’annonce : la réduction des déficits et la baisse de la demande des Etats sur les marchés obligataires, à laquelle ils poussent avec acharnement. Car déjà s’installe l’idée, chez ceux qui en ont encore les moyens, que pour être politiquement jouables les sacrifices vont être étalés dans le temps.

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La Bourse : le krach du 6 mai 2010, par Frédéric 2

Billet invité

L’actualité récente de la bourse a rappelé que les cours boursiers pouvaient varier fortement d’une séance à une autre et au sein d’une même séance. Rappelons-nous les faits.

Tout d’abord le jeudi 6 mai, au cours d’une séance nettement baissière (environ 2,7% de baisse) le Dow Jones Industrial Average (appelé également Dow Industrials et souvent appelé le Dow Jones), un des indices boursiers majeurs du NYSE, le principal marché boursier américain (et du monde) a chuté brusquement à partir de 14h38 heure locale, (20 h38 heure de Paris) de 10553 points à 9883.6 points soit une baisse de 6,3% en relatif par rapport au dernier cours avant chute (plus de 9% par rapport au cours d’introduction). Le cours plancher de la séance a été atteint à 14h46 heure locale soit en 8 minutes. Une fois le cours plancher atteint, le cours est remonté tout aussi brusquement jusqu’à un cours de 10489 points atteint à 14h57, soit en 9 minutes une hausse de 6.1% en relatif par rapport au plancher. Le cours a ensuite fortement oscillé autour de cette valeur jusqu’à la clôture à 16h00 (22h00 heure de Paris). Cette brutale chute constatée durant la journée du 6 Mai constitue de loin la plus grande chute intraday (c’est-à-dire au cours d’une même séance) de l’histoire de cet indice créé en 1884. La remontée qui a suivi cette chute tient également le record.

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Comment déconstruire un krach

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ont été entendus hier devant le sous-comité du Congrès américain pour les services financiers, Mary Schapiro, la présidente de la SEC (Securities & Exchange Commission), le régulateur des marchés boursiers américains, Gary Gensler, le président de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), le régulateur des marchés américains à terme, et Robert Cook, directeur des opérations boursières à la même SEC.

On leur a demandé d’expliquer ce qui s’était passé lors du « flash crash », le krach éclair de jeudi dernier à la Bourse de New York. L’explication qu’ils en ont donné est la même que celle que je vous ai offerte vendredi dans ma vidéo Le temps qu’il fait. Quand je vous ai dit ce qui s’était passé selon moi, je n’avais pas accès à l’enregistrement des centaines de millions d’opérations qui avaient eu lieu ce jour-là – comme la possibilité en est donnée à ces officiels, j’offrais une explication à partir de ma simple connaissance du fonctionnement des mécanismes boursiers. Si je pensais pouvoir le faire, c’est que je n’avais décelé aucune anomalie dans le mouvement de baisse ayant provoqué un krach de près d’une dizaine de pourcents. La seule chose qui me semblait requérir éventuellement une explication, c’était – comme je l’ai signalé alors – le rebond ensuite de près de sept points. Sur ce rebond, je n’ai vu poser aucune question et rien ne me laisse penser que la SEC ou la CFTC planchent à son sujet en ce moment. J’ai envisagé que ce soient les ordres associés à des prix anormalement bas qui ont alors relancé la machine, et c’est apparemment à partir de cette hypothèse (même s’ils ne la formulent pas explicitement) que tous raisonnent. Un rebond de 7 % après une chute de 10 % reste quand même assez étonnant par sa vigueur et je n’exclus pas personnellement l’hypothèse du coup de pouce à la remontée.

Donc, il ne s’est rien passé de spécial, en tout cas à la baisse : les ventes se sont accélérées en raison des événements en Grèce et du refus de Jean-Claude Trichet de recourir à l’assouplissement quantitatif (Gensler a utilisé l’image des turbulences sur un vol d’avion), les prix ont baissé, le mouvement s’accélérant du fait de la liquidité de plus en plus raréfiée quand on s’éloignait à la baisse du prix d’ouverture (les « trous d’air », l’expression n’est pas neuve pour décrire ces cas-là), jusqu’à ce que soient décelées à nouveau de bonnes occasions à saisir (sans, ou avec coup de pouce).

Le plus étonnant je dirais, c’est la mécompréhension du mécanisme boursier que révèlent les questions que pose son fonctionnement normal au profane et dont les questions des parlementaires américains sont représentatives. « La chute de 10 % résulte-t-elle d’un acte terroriste ? », les déposants ont dû répondre sans rire : « Non ». Résulte-t-elle de la confusion par un opérateur de chiffres en millions avec des chiffres en milliards ? Non : aucun doigt gourd au bataillon. Était-elle due au High Frequency Trading ? Bien sûr que non : ces programmes scalpent – comme on dit dans le jargon – des centimes, et quand les prix bougent de manière significative comme c’était le cas jeudi, ils sont sans objet et se sont d’ailleurs volontairement mis hors-course.

Et voilà donc un mécanisme que l’on a raffiné pendant cent cinquante ans d’essais et erreurs pour être sûr que les cotations bougent le plus possible, pour que la jouissance des parieurs soit maximale, et à propos duquel on s’étonne qu’il puisse arriver un jour que tous les joueurs parient sur le même cheval ou – dans ce cas-ci – que vu la catastrophe qui se dessine sur l’euro, tous s’accordent à penser que la meilleure stratégie dans les dix minutes qui viennent soit de vendre. Que ces parieurs soient des êtres humains ou des machines que l’on a programmées pour qu’elles jouent comme des hommes est bien entendu indifférent.

J’ai eu un jour l’occasion de montrer dans une simulation, qu’un marché boursier n’évolue dans une zone de stabilité que dans un seul cas de figure : quand la moitié des intervenants pense que le prix est à la hausse et qu’il faut acheter, et l’autre moitié, qu’il est à la baisse et qu’il convient de vendre. Imagine-t-on vraiment qu’une telle condition soit facile à réunir en mai 2010 ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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France Culture, Journal de 12h30, lundi 10 mai 2010

Je commente le plan européen, ainsi que le « flash-krach » de la Bourse de New York, jeudi dernier.

Vous pouvez écouter mon intervention ici (à partir de 9min45 et ensuite de 15min59).

Transcription :

Radio France (RF) : – Est-ce que vous êtes convaincu par ce plan de sauvetage adopté la nuit dernière ?

Paul Jorion (PJ) : – Il fallait faire quelque chose et ils ont compris qu’il fallait se réunir et prendre des mesures qui au moins impressionneraient « les marchés » comme on dit. Alors on a sorti la grosse artillerie, et on a réuni une somme potentielle de 750 milliards d’euros, donc c’est très impressionnant et apparemment les marchés sont impressionnés.

RF : -Vous appelez ça « la Grosse Bertha »

PJ : Oui c’est ce que j’appelle « la Grosse Bertha ». Ceci dit le cadre lui-même, comprendre ce qui est en train de se passer, apparemment on n’a encore fait aucun progrès. Apparemment les banques centrales et les ministres des finances sont sur la même longueur d’onde je dirais avec la finance, mais on n’a pas encore compris le cadre dans lequel ça fonctionne, en particulier on n’a pas encore compris apparemment comment fonctionne la dette publique.

RF : -C’est-à-dire ?

PJ : – C’est-à-dire qu’on fait le calcul de la dette publique en faisant le calcul entre le déficit et les dettes par rapport au PIB, or en situation de récession, le PIB baisse et donc le calcul montre une somme qui est exagérément grande Par contre quand tout va bien puisque c’est calculé par rapport à du PIB tout a l’air d’aller bien et on se désintéresse de la dette. La dette évidemment il faut la rembourser quand ça va bien, il ne faut pas la rembourser quand ça va mal. Quand ça va mal, les seuls gens vers lesquels on peut se tourner, ce sont les contribuables, ce sont ceux qui n’y sont pour rien absolument dans ce genre de crise, c’est à eux qu’on demande de payer, c’est toujours la même chose, ça se termine toujours en « austérité » et en plan de « rigueur » vis-à-vis des peuples, c’est eux à qui on demande de payer. Ce n’est pas le moment de s’occuper de la dette. Le calcul est mal fait. Le cadre tout entier est un cadre erroné. Il faut cesser de poser les problèmes dans ce cadre là.

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Le temps qu’il fait, le 7 mai 2010

Le « mystère » de la bourse de New York
L’ère du semblant
Un vent de panique
Les avantages sociaux et les retraites en France
Les politiques et la crise

Un article publié samedi (8 mai) dans le Wall Street Journal confirme l’analyse du plongeon de la Bourse de New York jeudi, que j’offre dans la vidéo : Computer Trading is Eyed. Il n’y a pas eu erreur humaine mais krach.

NB : Je dis à un moment : « Les banques fédérales… », au lieu de « Les banques centrales… »

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Max Weber et la Bourse, par Pierre de Larminat

Billet invité.

Lecteur occasionnel et fort distrait du blog de Paul Jorion, j’y ai aperçu au fil de mes visites différents appels à interdire la spéculation. Le billet invité d’Olivier Brissaud me fait prendre la plume. Forcément, quand j’entends parler d’interdiction de spéculation ou de bannissement de produits financiers je ne peux m’empêcher de penser en même temps à La Bourse, de Max Weber, que j’ai traduite et qui vient d’être publiée chez Allia. Avec ce texte, publié originellement en deux livraisons en 1894 et 1896, Max Weber intervient dans le débat houleux qui animait la vie parlementaire et politique en cette fin de dix-neuvième siècle allemand.

La crise mondiale de surproduction agricole se traduisait par de fortes fluctuations de prix des matières premières sur les bourses allemandes, ce qui nuisait aux intérêts économiques des grands propriétaires des domaines prussiens qui exerçaient alors le pouvoir politique auprès de l’empereur Guillaume II, malgré leur importance économique faiblissante. Or leur mémoire était marquée par des crises et scandales boursiers récents et parfois retentissants. Ainsi, le défaut de paiement de l’Argentine faillit faire tomber la Barings et fit disparaître un tiers des capitaux allemands qui avaient été investis dans ses emprunts. Des banquiers avaient été pris dans des affaires où ils spéculaient avec les titres de leurs clients et un corner sur le rouble avait récemment été organisé par la Russie pour discipliner les intervenants sur le marché des changes. En outre, il n’existait pas de réglementation boursière uniforme sur le territoire du Reich et les règles coutumières en usage étaient, sans surprise, plus favorables aux opérateurs professionnels qu’à leurs clients. Il était donc facile pour les groupes conservateurs de stigmatiser les professionnels de la finance puisque la dépravation morale de ce groupe de statut était manifeste, et d’accuser les marchés d’être à l’origine des maux qui frappaient l’agriculture allemande.

Max Weber, qui ne portait pas les Junkers dans son cœur, puisqu’il considérait qu’ils étaient responsables de la polonisation de l’Allemagne orientale à cause de leurs politiques de rémunération et de recrutement dans leurs grands domaines agricoles, trouvait dans l’agitation parlementaire qu’ils orchestraient matière à poursuivre son combat sur un autre terrain.

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