Archives par mot-clé : Charlie Hebdo

Le dixième et le onzième, par Timiota

Billet invité.

Abasourdis, hébétés par le sang lourdement versé, ainsi sommes-nous en ce lendemain. Mais contrairement aux attentats de janvier où la glose sur Charlie Hebdo s’est greffée sur l’acte barbare lui-même (la série d’actes, à vrai dire), ici le tableau est hélas simplifié. Nul doute que des musulmans soient « statistiquement » dans les victimes, d’ailleurs (cruauté de cette expression aujourd’hui).

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« Qui est Charlie ? » d’Emmanuel Todd, par Lazarillo de Tormes

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Je commencerai par une image un peu brute de décoffrage, celle que je visualise du travail de Todd et que j’utiliserais si je devais raconter le livre en quelques mots à ma nièce de 16 ans, elle qui n’en a entendu que la cacophonie que vous savez. Dans un laboratoire, un scientifique en blouse blanche observe un groupe de rats enfermés dans une cage. Au début de l’expérience, les rats reçoivent des rations adaptées à leurs besoins, ils sont dotés de personnalités inviduelles et s’articulent en groupe par des règles de vie en société. Progressivement les rations sont réduites, le scientifique observe les conséquences de la pénurie grandissante, et la réorganisation sociale qu’elle génère : la soumission des faibles, l’adoubement par les forts, les alliances de circonstance, les exclusions, l’agressivité de l’action suivie par celle de la réaction… L’expérience s’arrête, le scientifique constate, explique le déroulement et extrapole l’évolution de la situation en fonction de deux scénarios extrêmes.

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Pourquoi ont-ils voulu tuer Charlie ?, par Serge Boucher

Billet invité.

Posons une hypothèse originale : les jihadistes ne sont pas des imbéciles. Illuminés, fanatiques, porteurs de croyances assez improbables sur les volontés de Dieu et la vie après la mort, tout cela, peut-être, mais pas stupides. Interprétons leurs actions comme réfléchies, s’appuyant sur des choix tactiques et stratégiques cohérents au vu de leur vision du monde, et étudions-les pour tenter de discerner leurs véritables buts.

Si l’on se donne la peine de réfléchir en ces termes, la première chose qui saute aux yeux est que la lutte contre l’islamophobie (dans son sens consacré en occident, à savoir « racisme anti-musulmans ») ne fait pas partie des objectifs des jihadistes. Il était trivial de prédire que les attentats de janvier allaient augmenter l’hostilité envers les musulmans de France, comme cela a été le cas presque partout après des attentats similaires, et comme cela s’est effectivement passé. Les exécutants comme ceux qui les ont incités à agir de la sorte devaient s’y attendre.

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Une Pax laica d’urgence, par Ioana-Noemy Toma

Billet invité.

On a entendu bien des opinions concernant la liberté d’expression et ses limites, exprimées après les horribles attentats de Paris de ce mois de janvier.

Tandis que les urgences humanitaires ne cessent de croître, il semble que le futile s’insinue dans les débats. La majorité semble ignorer un cheval de Troie des plus anciens dans la cité humaine : le mythe surnaturel (contrairement aux affirmations, il n’est pas né une fois avec les premiers humains, mais des dizaines de milliers d’années plus tard). Malgrè l’évolution de la connaissance humaine, on tarde à tort à classer la religion pour ce qu’elle est en réalité, à savoir un accident de l’imagination humaine, facilement demystifiable et corrigeable, ayant sa place dans les archives de l’histoire humaine et non pas dans les préoccupations journalières d’une société humaine éclairée.

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Catharsis ou tout répressif ?, par Annie Cyngiser

Billet invité.

« Baisse du taux de chômage en France !… Charlie recrute – tenue et gilets pare-balles fournis »

… Voilà ce que des amies inspirées n’ont pas proposé au journal, malgré mon insistance.

Une telle Une n’aurait-elle pu, en hommage à la tradition satirique de « Charlie », satisfaire des esprits endeuillés et révoltés? Des esprits encore sous le coup d’une sidération devant la violence qui a éclaté sur « le sol de la république », et qui découvre avec effroi et stupeur les brutales contradictions que celle-ci a engendrées : inégalités, injustices, absence de solidarités, en dépit de la trilogie, hélas toute symbolique, aux frontons des bâtiments publics. Une réalité qui nous revient en boomerang au visage à travers l’assassinat de « porteurs de liberté ».

Les medias découvrent le mal des banlieues, courent aux reportages, lancent des SOS aux sciences humaines (tiens plus « d’experts » ?!) tandis que profitant d’un élan compassionnel et réunificateur, des gouvernants qui ont contribué à pervertir, voire à anéantir, les valeurs de la république, regrimpent dans les sondages. Tandis que s’annoncent à l’horizon des mesures répressives tout terrain.

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Trends – Tendances, Des choses qui ne vont pas de soi, jeudi 15 janvier 2015

A paru le 15 janvier dans la version imprimée du magazine Trends-Tendances.

Des choses qui ne vont pas de soi

En matière d’économie, je pense telle et telle chose. Et en matière de technique financière, telle et telle autre. D’autres pensent différemment de moi sur ces sujets. Nous ne sommes pas d’accord et je considère qu’ils ont tort. Mais je ne pense pas qu’ils méritent la mort pour autant.

Cette dernière remarque de ma part paraîtra incongrue au lecteur : bien sûr qu’ils ne méritent pas la mort pour être d’un autre avis que le mien !

Mais la chose ne va hélas pas de soi : penserai-je de même s’il s’agissait d’un autre sujet que l’économie ou la finance ? S’il était question de religion par exemple ?

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« Vivre ensemble » : Nous devons savoir d’où nous venons pour savoir qui nous sommes, par Pascal

Billet invité.

CHANTS POUR LES PETITS

Paroles de Lucie Delarue-Mardrus

MON OMBRE

Mon ombre est un petit nègre,
Qui me suit toujours partout
En rampant comme un toutou
Un peu maigre.

Né là-bas au pays du rhum,
Dans la case de l’oncle Tom,
Me lécher les pieds, c’est son rôle.
Avoir un nègre Ah ! que c’est drôle !

Il y a nos Monstres mais il y a aussi nos Fantômes. Ces Fantômes sont ces images véhiculées dans notre enfance par la société, la culture familiale et le milieu social. Ils font partie de la construction de notre représentation du monde, c’est notre passé conscient ou inconscient. Certains de ces Fantômes pourront grandir jusqu’à faire partie de nos Monstres. Mais d’autres, resteront là, tapis dans l’ombre de notre mémoire. Ils participent des nombreux filtres qui modifient notre perception du monde. Dans notre mémoire, le passé n’est parfois pas si loin.

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Et si le moment Charlie était beaucoup plus qu’une marche d’un jour ?, par Jean-Paul Vignal

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Les horribles assassinats de 17 personnes du 7 au 9 janvier ont suscité en France et dans le monde une émotion légitime dont la manifestation le plus emblématique a été la marche républicaine du 11 janvier à Paris. Ils relancent aussi tragiquement le débat sur l’origine du terrorisme islamiste et notamment l’intérêt pour la thèse de Samuel Huntington sur le choc des civilisations, qui, a priori, a l’avantage séduisant de fournir une explication  logique dans le contexte de l’irrésistible ascension des mouvements fondamentalistes musulmans telle qu’elle est présentée par les media occidentaux.  Elle a par contre l’inconvénient d’être plus descriptive qu’explicative, et d’être fondée sur un concept flou, qui a bien du mal par exemple à expliquer pourquoi la plupart des conflits armés dans le monde opposent des « semblables » à l’intérieur des civilisations telles que définies par Samuel Huntington.

Il est bien possible que ce soit une grille de lecture pertinente dans le temps très long, quand l’humanité se languira d’avoir enfin trouvé des solutions durables à ses problèmes  matériels de survie, au même titre que certains estiment que l’ultime conflit humain pourrait être la guerre des sexes, quand la procréation sera maitrisée au point de pouvoir être « same sex ». Mais en attendant ces jours lointains, les conflits humains s’expliquent plus par des conflits d’intérêt bassement matériels que par de hautes raisons religieuses, philosophiques ou morales, qui, quand elles sont invoquées, sont plus des alibis que des causes réelles.  En clair, le désespoir des laissé-pour-compte et des exclus de la globalisation heureuse explique sans doute beaucoup mieux que la lecture des textes religieux leur recours à la violence.

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Va falloir… , par Zébu

Billet invité.

Va falloir alors dire – et faire – d’arrêter de s’approvisionner en pétrole chez les Saoudiens, arrêter de leur vendre des armes, arrêter aussi d’être passif vis-à-vis de la politique menée actuellement par Israël, etc.

Va falloir défendre coûte que coûte que l’islam est compatible avec la démocratie, enseigner l’arabe dans le système éducatif pour éviter que ce ne soient les pires des mosquées qui le fassent, financer nous-mêmes ces mosquées pour éviter l’argent des Saoudiens (again), arrêter de considérer les Français ‘d’origine’ comme tels, accepter que ces Français puissent aussi comme tous les autres participer à la construction de ce ‘nous’.

Va falloir aussi arrêter de soutenir les dictateurs aux lunettes noires quand les islamistes arrivent au pouvoir par le vote…

Va falloir… Vaste programme, comme disait l’autre !

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Sommes-nous en guerre ?, par Roberto Boulant

Billet invité.

Sommes-nous en guerre ? Oui. Bien sûr.

Pas entre nous Français, surtout pas entre ‘communautés’ comme voudraient le faire croire les boutes-feu de tous bords, mais notre pays, nos armées, font la guerre dans quasiment toute l’Afrique sub-saharienne et en ce moment même, l’armée de l’air bombarde l’Irak après avoir bombardé la Libye sous la présidence Sarkozy.

Je ne me place pas là sur le terrain juridique. Je n’en ai pas les compétences et puis surtout, il est évident que le droit international peut être tordu dans tous les sens par les grandes puissances. J’en veux pour preuve l’exemple de l’invasion de l’Irak en 2006, qui est typiquement une guerre d’agression, interdite par les conventions internationales. Nonobstant, messieurs Bush junior et Blair peuvent dormir sur leurs deux oreilles, ils ne risquent certainement pas d’être traduits devant un tribunal (et ça n’est pas de l’anti-occidentalisme primaire, les Russes ou les Chinois font exactement la même chose).

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Les fanatiques et nous : le court et le long terme, par Roberto Boulant

Billet invité.

L’avantage de connaître les événements historiques, c’est qu’on en connait la fin. Aujourd’hui nous savons qu’il eut été préférable de mettre un coup d’arrêt aux prétentions territoriales de M. le Chancelier Hitler, non pas en septembre 39, ni même lors de l’invasion des Sudètes, mais dès mars 36, lorsque le IIIème Reich réoccupa la Rhénanie (et pour se faire mal, les archives nous apprennent que la Wehrmacht avait l’ordre de se retirer immédiatement en cas de mouvements des troupes françaises. En 36, l’emprise du NSDAP n’était pas encore totale et cela aurait été un sérieux revers pour l’image de ‘prophète’ que se construisait patiemment Hitler).

Je cite cet exemple, non pas pour le plaisir de l’uchronie, mai pour poser la question suivante : face à des adversaires fanatisés, vaut-il mieux être ferme sur ses valeurs dès le départ, ou bien au contraire, est-il préférable d’essayer de négocier en lâchant un peu de terrain ?

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« Keep on truckin’ ! », par Olivier Brouwer

Billet invité.

Des gens, à Paris, sont morts parce qu’ils faisaient leurs courses. Il faut dire – circonstances aggravantes, presque une provocation, apparemment, pour certains – qu’ils étaient juifs. Une femme est morte parce qu’elle était policière et parce qu’elle était « au mauvais endroit au mauvais moment ». Un homme est mort pour avoir nettoyé les locaux de Charlie Hebdo.

Pour ma part, ce qui s’est passé ces derniers jours m’a fait comprendre que (presque) n’importe quand, à quelque endroit que je sois, je peux être « au mauvais endroit au mauvais moment », et, même si je ne suis pas policier, essuyer une balle perdue. Je n’ai pas peur – il me semble, si j’ai une quelconque lucidité à ce sujet. Mais, si je peux aller chez des bons médecins quand je me sens pas bien et faire attention aux voitures quand je traverse la rue, il pourra arriver que je sois dans une situation qui est tout simplement hors de contrôle. Des gens, à Verviers, ont témoigné que même dans leur propre maison, pendant la fusillade, ils ne savaient plus où se mettre, ne se sentant plus en sécurité nulle part.

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FANATISME, par François-Marie Arouet

Billet invité.

On entend aujourd’hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et cruelle. C’est une maladie de l’esprit qui se gagne comme la petite vérole. Les livres la communiquent beaucoup moins que les assemblées et les discours. On s’échauffe rarement en lisant : car alors on peut avoir le sens rassis. Mais quand un homme ardent et d’une imagination forte parle à des imaginations faibles, ses yeux sont en feu, et ce feu se communique ; ses tons, ses gestes, ébranlent tous les nerfs des auditeurs. Il crie : « Dieu vous regarde, sacrifiez ce qui n’est qu’humain ; combattez les combats du Seigneur », et on va combattre.

Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances : il pourra bientôt tuer pour l’amour de Dieu.

Il y a des fanatiques de sang-froid : ce sont les juges qui condamnent à la mort ceux qui n’ont d’autre crime que de ne pas penser comme eux ; et ces juges-là sont d’autant plus coupables, d’autant plus dignes de l’exécration du genre humain, que, n’étant pas dans un accès de fureur, il semble qu’ils pourraient écouter la raison. Il n’est d’autre remède à cette maladie épidémique que l’esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal : car dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l’air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d’être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 16 JANVIER 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 16 janvier 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le vendredi 16 janvier 2015. Et je crois que c’est la première fois que je me dis que je vais faire cette vidéo mais que je n’arriverai peut-être pas du premier coup à dire ce que j’ai véritablement envie de dire. Et à quoi ça nous renvoie, cette inquiétude ? C’est au fait que, eh bien, nous sommes essentiellement spectateurs de notre propre vie, que notre conscience est quelque chose qui vient après coup, qui vient après la bataille, et qui peut constater, je dirais, ce qui s’est passé. Et dans les cas défavorables, ce qui s’est passé, c’est un champ couvert de morts. Et les nouvelles qui tombent, en ce moment, de Belgique, c’est des choses aussi de cet ordre-là.

Alors, qu’est-ce que nous faisons ? Eh bien, nous constatons après coup, et nous mettons ça en scène comme quelque chose que nous avons décidé d’une manière ou d’une autre. Nous sommes très bons, nous sommes excellents à écrire des romans, des romans où des personnages prennent des décisions, et puis, voilà, font des choses en fonction des intentions qu’ils ont, etc., et ça c’est un mythe que nous avons construit pour nous rassurer sur le fait que la conscience qu’on a, c’est quelque chose qui est « sur le siège du conducteur », comme disent les Anglais, qui est quelque chose qui dirige l’action que nous constatons.

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IL N’Y A PAS DE DROIT A L’INDIFFÉRENCE, par François Leclerc

Billet invité.

Peut-on s’en tenir à la déferlante qui a submergé les villes de l’hexagone, puis à l’annonce du tirage mirobolant de 7 millions d’exemplaires de Charlie Hebdo, ce « journal irresponsable » dont les rescapés ne capitulent pas ? Sur le pavé, la devise tant galvaudée de la République – « Liberté, Égalité, Fraternité » – a trouvé une illustration que nul n’aurait imaginée, mais que peut-on attendre pour la suite ? Que valent ces valeurs si unanimes si elles ne se concrétisent pas dans la vie de tous les jours ?

Si la volonté de vivre ensemble s’est massivement exprimée, l’unité nationale n’a pas été réalisé. Ceux qui ne s’y sont pas reconnus sont restés à part, pensant que ce n’était pas leur place, tout d’abord ces nombreux habitants des banlieues défavorisées restés chez eux.

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