LE TEMPS QU’IL FAIT LE 16 JANVIER 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 16 janvier 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le vendredi 16 janvier 2015. Et je crois que c’est la première fois que je me dis que je vais faire cette vidéo mais que je n’arriverai peut-être pas du premier coup à dire ce que j’ai véritablement envie de dire. Et à quoi ça nous renvoie, cette inquiétude ? C’est au fait que, eh bien, nous sommes essentiellement spectateurs de notre propre vie, que notre conscience est quelque chose qui vient après coup, qui vient après la bataille, et qui peut constater, je dirais, ce qui s’est passé. Et dans les cas défavorables, ce qui s’est passé, c’est un champ couvert de morts. Et les nouvelles qui tombent, en ce moment, de Belgique, c’est des choses aussi de cet ordre-là.

Alors, qu’est-ce que nous faisons ? Eh bien, nous constatons après coup, et nous mettons ça en scène comme quelque chose que nous avons décidé d’une manière ou d’une autre. Nous sommes très bons, nous sommes excellents à écrire des romans, des romans où des personnages prennent des décisions, et puis, voilà, font des choses en fonction des intentions qu’ils ont, etc., et ça c’est un mythe que nous avons construit pour nous rassurer sur le fait que la conscience qu’on a, c’est quelque chose qui est « sur le siège du conducteur », comme disent les Anglais, qui est quelque chose qui dirige l’action que nous constatons.

Et ce qui me rend un petit peu inquiet, effectivement, ce sont les vidéos, les quelques vidéos que je viens de regarder, que vous me recommandez souvent de regarder en disant : « Regardez ce que ce personnage a pu dire, c’est très bien ! », etc. Et moi je regarde ça – je vais un peu vous décevoir en le disant – avec une certaine consternation, parce que j’entends surtout et je vois surtout des… je dirais des platitudes énoncées d’un ton solennel. La différence avec ce qu’on entend d’habitude, c’est la solennité, mais le niveau de l’analyse ne me paraît pas extraordinaire. Oui, j’entends beaucoup de parallèles avec des choses qui se sont passées autrefois, entre 1940 et 1945, ou pendant la Révolution française, ou ceci, cela, des tentatives de mettre un peu d’ordre dans ce que nous constatons, alors que, en fait, ce que nous voyons surtout, à mon sens, c’est surtout du désordre. Ce que nous voyons en ce moment, c’est l’irruption du désordre, et ce désordre est, je dirais, général. Dans mon bouquin : Misère de la pensée économique, j’ai attiré l’attention sur trois types de désordres qui découlent de notre absence de maîtrise sur ce qui se passe : le désordre écologique, environnemental, le désordre lié au fait que la complexité d’un monde de plus en plus mécanisé, de l’irruption de l’ordinateur dans notre vie est quelque chose que nous n’arrivons pas à maîtriser, et puis ensuite ce système financier, économique, dont on nous dit qu’il a créé des miracles, qu’il a rendu tout le monde très riche, etc., et qui est essentiellement une machine à concentrer la richesse, hors de contrôle, un bolide sur des rails dont on ne sait pas comment l’arrêter.

Alors, qu’est-ce que nous pouvons faire ? Eh bien, il y a quand même une distinction entre deux types de positions. Il y a quand même la position d’extrême-droite, [celle] des gens comme Hayek, Friedman, etc., en disant : « Surtout, ne pas y toucher, tout ça finira par s’arranger », et puis, je dirais, le courant de gauche ou d’extrême-gauche, la philosophie de type « Keynes », qui consiste à dire : « Nous n’avons peut-être pas le contrôle absolu sur ce qui se passe, mais essayons au moins d’utiliser le contrôle que nous pouvons, sans ossification, sans fossilisation, sans tentative de mettre tout ça dans un cadre bureaucratique qui là, à ce moment-là, dépassera, je dirais, en inadéquation, ce qu’il faudrait faire vraiment.

Alors, qu’est-ce qu’on peut dire, si moi je critique les autres qui essayent de tirer des conclusions de ce qu’on voit ? Il y a un processus, il y a un processus de type physique qui est un mouvement centripète dans nos sociétés, et un mouvement centrifuge. Il y a deux tendances qui sont en train de se combattre, celle qui essaye de ramener vers une certaine unité, et celle qui conduit à l’éclatement.

Et alors voilà, dans ce qui s’est passé dimanche dernier, il y a la tentative, je dirais, centripète, qui consiste à essayer de ramener vers le centre, à dire : « Nous sommes tous ensemble ! », et alors on crée une unanimité, mais une unanimité dont, comment dire, les critiques, ceux qui disent « Je ne suis pas Charlie », peuvent critiquer en disant : « On n’a quand même vu, dans ces rassemblements, qu’un certain type de personnes, des gens qui sont allés à l’école, essentiellement, des gens qui sont blancs, des gens qui, voilà, qui appartiennent à une certaine classe socio-économique. On n’a pas vu, on n’a pas vu tout le monde ».

Et effectivement, effectivement, nous vivons dans des sociétés où les forces centrifuges existent aussi. Nous sommes arrivés à constituer des équilibres au sein de nos sociétés, et ça c’est Michéa qui a attiré l’attention là-dessus, il a raison, sur le fait que nous n’avons pas appris facilement ! Ou, comme disait Nietzsche : « c’est avec le fer rouge qu’on apprend ! » C’est dans nos propres guerres de religion que nous avons appris comment établir une certaine paix entre les religions, que nous avons appris qu’il ne faut plus parler de sacrilège ou de blasphème, parce que ça, c’est le meilleur moyen de massacrer les autres et de donner aux autres l’envie de nous massacrer nous, mais, voilà, il y a un brassage, nous sommes allés envahir d’autres pays, nous avons fait venir chez nous d’autres personnes, et nous ne pouvons pas leur reprocher à eux d’avoir une notion du sacrilège dont nous nous sommes débarrassés il y a quatre siècles, au prix de l’écœurement, parce que nous en avons eu marre de nous massacrer l’un l’autre dans l’horreur comme nous l’avons fait.

Alors, voilà, nous sommes dans un monde où nous constatons après coup ce qui se passe et nous essayons de mettre un peu d’ordre là-dedans, et je ne crois pas que ce soient les grands discours qui puissent vraiment arranger les choses. Quand les gens vont spontanément manifester, tous ensemble, et certains en ont parlé sur mon blog en disant : « J’y suis allé, mais un peu à contrecœur, j’y suis allé pour la fête, pour les enfants, parce qu’il est important qu’ils soient là, dans des choses qui rassemblent, mais en me posant des questions moi-même sur la raison pour laquelle j’étais là. » Ça, je dirais, c’est important. C’est important. C’est important qu’avec le peu que nous puissions faire, avec notre conscience qui arrive après la bataille, que nous fassions quand même le maximum. Et le maximum, c’est d’essayer de vivre ensemble. Parce que nous n’avons pas le choix ! Nous n’avons pas [d’autre] choix que de vivre ensemble, ou alors de ne pas vivre du tout. Mais la compréhension que nous en avons, c’est difficile.

Qu’est-ce qui nous a amenés là ? Je crois qu’il y a une difficulté. Il y a une difficulté essentielle au fait que nous sommes un animal politique, comme disait Aristote, c’est-à-dire que nous vivons, nous vivons ensemble, mais c’est pas sans problèmes. Il n’y a pas, je dirais, il n’y a pas de solution absolue au problème. Si on regarde d’autres espèces qui sont proches de nous : les gorilles, les chimpanzés, ce ne sont pas des sociétés sans histoires, ce ne sont pas des sociétés où il n’y a pas d’injustice, ce ne sont pas des sociétés où tout se passe, je dirais, « comme dans un rêve ». Si, on peut dire que les bonobos sont plus pacifiques que les chimpanzés auxquels ils ressemblent beaucoup. Mais tout ça n’est pas simple. Qu’est-ce qui s’est passé ? Je pense à cette réflexion de Saint-Just, Louis Antoine de Saint-Just, qui est un de mes penseurs préférés, qui dit qu’avec nos institutions, nous nous sommes forcés dans un cadre où nous nous conduisons entre nous, entre groupes d’entre nous, entre groupes humains, nous nous conduisons avec la férocité qu’on ne rencontre dans la nature qu’entre les groupes fondés sur les espèces. Nous sommes arrivés, par un processus de pseudo-domestication, à nous conduire entre nous, les uns vis-à-vis des autres, avec la férocité que le lion a vis-à-vis de la gazelle. Est-ce que c’est un progrès ? Euh, probablement pas, probablement pas. C’est à ça que nous sommes arrivés, et c’est ça, je dirais, le drame dans lequel nous sommes. Nous considérons, nous avons la démocratie, nous sommes très fiers de la démocratie, nous avons raison d’en être fiers, nous avons raison de combattre pour la maintenir, mais cette démocratie elle-même, elle repose sur un principe, un principe qui est douteux, à mon sens, qui est vraiment douteux dans son principe même, qui est celui de la concurrence de tous vis-à-vis des autres. Nous considérons que celui qui gagne a raison d’une certaine manière. Et même si nous ne souscrivons pas, comme c’est le cas des gens qui regardent ici le Blog de Paul Jorion, à cette idéologie qui consiste à dire que le gagnant emporte la mise, et que, si quelqu’un a droit à un bonus de 200 millions d’euros, c’est parce qu’il a un talent qui représente ça, même si nous ne souscrivons pas à ça, nous acceptons le principe de la concurrence de chacun avec tous les autres. Nous acceptons qu’il y ait des notes qui soient données aux enfants dans les écoles, nous acceptons que quand on se présente pour un boulot, il y ait là une sorte de jury qui va décider, oui ou non, si [nous l’obtenons] ou pas. En fonction, en principe, de la compétence, de l’expertise, etc., mais pour des tas d’autres facteurs différents. Nous acceptons que nous sommes dans une société où chacun est en concurrence avec les autres, et que celui qui gagne, d’une certaine manière, il a raison, et que celui qui perd, d’une certaine manière, il a tort. Nous ne tenons pas compte du fait que nous n’avons en réalité aucune maîtrise sur ce qui est en train de se passer. Le principe, ça reste, vae victis, malheur aux vaincus. Nous continuons à vivre, dans cette perspective du « malheur aux vaincus ».

Il faudra un jour triompher sur ça. Malheureusement, le temps presse et est-ce qu’on y arrivera jamais ? Nous pouvons faire mieux que faire confiance à l’autorégulation, nous pouvons prendre des décisions dans la bonne direction, mais est-ce que le problème qu’on nous a… que la création nous a donné – et je ne pense pas à ça dans un sens religieux du tout, mais – le fait que nous soyons là, est-ce que ça veut dire que les problèmes que nous avons en face de nous soient des problèmes solubles ? Nous pouvons faire mieux, dans certaines circonstances. C’est mieux : c’est mieux d’aller tous marcher ensemble, en disant : « Voilà, on va vaincre ce qu’on est en train d’observer. » Est-ce qu’il est possible de le faire d’une manière qui ne soit pas « contre quelqu’un, quelque part » ? Je ne sais pas. La tâche qui nous est donnée au moment où nous naissons, ce n’est pas une tâche facile ! Et surtout, à mon sens, nous ne sommes pas équipés de la manière idéale pour le faire. Ce serait pas mal, si nous avions une conscience qui pouvait prendre les décisions. Ce ne serait pas mal si nous pouvions avoir des intentions, et puis après, les réaliser selon un programme. Ce que les psychologues nous disent maintenant, c’est que notre intention arrive une demi-seconde, et même jusqu’à dix secondes après la décision que nous avons véritablement prise, que notre corps a véritablement prise. Jusqu’à dix secondes de retard !

Alors, nous faisons ce que nous pouvons. Nous sommes épouvantés ou non par les décisions que nous avons prises, et nous essayons de rattraper ça. C’est-à-dire qu’en fait, notre corps prend une décision. Toutes ces humeurs produisent quelque chose ensemble, qui est une sorte de rattrapage, et là encore, après la bataille, nous pouvons dire : « Est-ce que ça s’est bien passé, oui ou non ? » Est-ce que ça veut dire qu’il ne faut rien faire ? Non ! Non. Mais il faut savoir que nous sommes mal équipés, mal équipés, pour essayer de résoudre les problèmes qui nous ont été donnés. Alors, est-ce qu’on peut les ignorer, est-ce qu’on peut baisser les bras ? Bien entendu, non ! Mais, comment dire, il y a là quand même, je dirais, un peu de circonstances atténuantes pour nous. Si on n’arrive pas à faire beaucoup mieux, c’est, d’une certaine manière, parce que les outils nous manquent. Il ne nous ont pas été donnés, pas par quelqu’un ou par quelque chose, mais par ce processus de la vie qui a produit, en aboutissement d’un processus, des gens comme nous, qui faisons ce que nous pouvons.

On dit en américain : « Keep on truckin’ ! » Continuez, continuez à vous battre. C’est ce que nous faisons, mais je ne pense pas que les platitudes solennelles sont la manière d’en sortir. Il faut être, je dirais, plus réaliste que ça.

Voilà. Allez, à bientôt !

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26 réflexions sur « LE TEMPS QU’IL FAIT LE 16 JANVIER 2015 – (retranscription) »

  1. Une pensée double de l’humoriste Pierre Desproges :
    Demain, j’irai vivre en Théorie, parce que en Théorie tout ce passe bien.

  2. J’apprécie ce texte et je voudrais souligner ceci : c’est qu’il existe deux axes de la réflexion qui sont aujourd’hui entremêlés de façon à créer une impasse. D’une part le rassemblement de la population témoigne d’un refus de se laisser imposer un commandement au nom d’un absolu quel qu’il soit ; c’est la raison qui se dresse contre la sujétion à toute Loi. Les européens ne sont pas prêts à soumettre la raison à la foi. Ils ne veulent manifestement pas renier leur histoire et renoncer à la conquête de la liberté comme valeur suprême. Mais l’autre argumentation dénonce que la dite raison s’est inféodée au pouvoir d’une liberté arbitraire, celle de l’individu pour lui-même, et donc à ses limites c’est-à-dire à son intérêt et à son pouvoir qui se traduit par la privatisation de la propriété aux dépens de sa fonction sociale, l’accumulation capitaliste et l’asservissement d’autrui par le salariat et le mépris le plus éhonté des peuples colonisés par le capitalisme. C’est une dénonciation de la mutilation de la raison réduite à justifier des rapports de force. J’imagine que si l’on renonçait à fonder l’économie sur la privatisation et l’accumulation, et que l’on inscrive l’échange dans le respect d’autrui autrement dit la réciprocité, le monde entier accueillerait les occidentaux comme des bienfaiteurs au lieu de les mépriser. J’imagine aussi que si la raison s’occupait de fonder les rapports humains autrement qu’en termes de force, elle s’ouvrirait les espaces que se réservent les seules autorités d’institutions religieuses archaïques. Effectivement, Paul, les représentations succèdent à nos décisions prises en fonction de nos sentiments éthiques, et c’est une découverte importante qui remet en cause bien des idées reçues ; je dis des sentiments éthiques et non pas des réflexes conditionnés parce que nous sommes tous nés dans des structures sociales (l’alliance et la filiation) qui engendrent naturellement ces sentiments, immédiatement scellés et reproduits par le langage. (Tous les hommes naissent …) L’espoir est à la portée de tous !

    1. Bonjour,

      Vous avez créé une typologie des formes élémentaires de réciprocité. Serait-il possible ; un peu à la façon dont Balzac tissait la comédie humaine à coup de jonction communicantes, d’envisager l’institution consciente d’un réseau d’interconnexions complexes, qui au total, construirait un réseau de réciprocités dans lequel chaque personne éprouverait le sentiment de justice relativement à sa place dans le réseau.

      Pour le dire autrement, l’analyse des réciprocités concrètes, peut-elle devenir une technique d’intervention sociale?

      Prenons un exemple.

      Le mouvement de l’agriculture paysanne développe les Associations pour le Maintien de l’Agriculture paysanne. Assurément, les AMAP nous libéreront progressivement de la nourriture mortifère produite par l’agro-industrie, elles participeront à la création de cet aspect du bien commun que constitue une alimentation saine pour tous. Par contre, outre le fait que peu d’AMAP sont spécifiquement organisées pour répondre aux besoins alimentaires des plus démunis, la réflexion sur la place du « travailleur agricole en amap » n’ a guère été abordée.

      Construire des AMAP solidaires demande d’aller au-delà des mots, et d’examiner avec soin comment se construisent ou se déconstruisent les réciprocités concrètes.

      Ainsi, la nouvelle charte des AMAP (2014) détaille avec précision les réciprocités nécessaires entre les « amapiens » et le « paysan en amap », elle passe totalement sous silence les réciprocités entre les deux catégories de membres qu’elle reconnaît, et celle, ignorée dans la charte, du « travailleur agricole en amap ». Ainsi, la version 2003 faisait encore du « respect des normes sociales par rapport aux employés de l’exploitation, y compris le personnel temporaire », l’un de ses principes généraux, alors que la charte 2014 ne fait plus aucune allusion au personnel employé dans les AMAP, tout en prenant pour principe d’être « attentif aux conditions sociales de l’activité agricole » (principe 1.5).

      Ce contournement de l’analyse des enjeux politiques concrets liés au système des relations de réciprocités est directement lisible dans les attendus de la rédaction de la charte de 2014.
      […]
      Progressivement, les AMAP se sont affirmées comme des acteurs importants de l’économie sociale et solidaire. ceci ne fait pas débat.
      Les discussions ont porté sur la façon d’écrire cette expression, avec ou sans majuscule. Le choix a été fait de ne pas mettre de majuscule. Il ne s’agit pas seulement d’une subtilité de style mais bien d’un choix politique. Ecrire « Economie Socile et Solidaire » avec des majuscules, nous inscrit dans une dynamique institutionnelle et donc, indirectement, à une adhésion aux orientations prises depuis plusieurs années pour cadrer ce « secteur ». Le débat aurait été trop long et difficile pour dégager un consensus sur l’institutionnalisation de L’ESS. Par contre ne pas mettre de majuscule désigne alors une orientation politique plus large et en évolution, un mouvement qui n’appartient à personne.
      […]

      Le chemin vers la charte des AMAP (Document présenté à l’AG du MIRAMAP les 15 & 16 mars 2014, Ribecourt)

      Pouvons nous envisager de travailler concrètement les réciprocités?

      Après deux générations, le groupe social des agriculteurs en AMAP et le groupe social des « coopérateurs » Amapiens auront sans doute stabilisé leurs positions sociales réciproques.
      car de fait, par la transmission de leurs exploitations, ainsi rendues viables, les agriculteurs auront pérennisé leur statut social, tandis que les Amapiens auront participé à la construction locale d’un style de vie durable, dans un environnement durable … dont il pourront transmettre l’habitus à leurs héritiers. Par contre, qu’en sera- il du groupe social des travailleurs agricoles en AMAP?

      S’il serait odieux de spolier l’agriculteur paysan de « ses » terres, ne devrions-nous pas néanmoins nous poser, dès aujourd’hui et dans la perspective des générations futures, la question de la construction des réciprocités entre des « communautés amapiennes » et le groupe des travailleurs agricoles ?

      Sur cet exemple, votre boite à outil permet, il me semble, d’envisager l’internalisation de réciprocités, par exemple en s’appuyunt sur la création d’un commun éducatif, lequel réduirait progressivement, les antagonismes hérités de structures inégalitaires…

      1. Dans cette même intervention, Paul Jorion dit :

        Nous considérons, nous avons la démocratie, nous sommes très fiers de la démocratie, nous avons raison d’en être fiers, nous avons raison de combattre pour la maintenir, mais cette démocratie elle-même, elle repose sur un principe, un principe qui est douteux, à mon sens, qui est vraiment douteux dans son principe même, qui est celui de la concurrence de tous vis-à-vis des autres.

        Voilà qui invite à considérer l’alternative développée déjà par Aristote qui soutenait que le motif du vivre ensemble, le motif initial, c’est de s’entraider par bienveillance car la réciprocité de bienveillance permet de construire des valeurs communes (l’amitié, la responsabilité et la justice). La genèse de ces valeurs humaines c’est le fondement de la cité. La matrice initiale de ces valeurs est la metadosis, le partage.

        Mais cette perspective est embrumée quelques lignes plus loin par le manque d’outils nécessaires:

        Mais il faut savoir que nous sommes mal équipés, mal équipés, pour essayer de résoudre les problèmes qui nous ont été donnés. Alors, est-ce qu’on peut les ignorer, est-ce qu’on peut baisser les bras ? Bien entendu, non ! Mais, comment dire, il y a là quand même, je dirais, un peu de circonstances atténuantes pour nous. Si on n’arrive pas à faire beaucoup mieux, c’est, d’une certaine manière, parce que les outils nous manquent.

        Les outils ?
        La question nous pourrions la reprendre ainsi : le système capitaliste parce qu’il intègre toutes les activités humaines s’est mis à l’abri d’une contestation frontale. En l’attaquant frontalement on détruirait en même temps les acquis de la science entremêlés par la logique du profit et de surcroît les avantages sociaux arrachés par les luttes populaires. Personne n’ose l’envisager. Le dépassement du système capitaliste ne peut être que progressif. Mais d’autre part qui que ce soit qui voudrait offrir à ses concitoyens une alternative locale ne peut espérer aller bien loin sans être écrasé par la réaction du système capitaliste tout entier. Il y a de quoi être circonspect. Mais les outils nous manquent-ils ? Quels outils permettraient de dépasser ces contraintes ?

        Vous apportez alors un élément de réponse concret…
        Si les réseaux sociaux de réciprocité se développent de façon consciente cela signifie qu’ils créent à volonté les sentiments de justice et de responsabilité. Je dis bien ils créent. La chose importante ici c’est que l’on ne part pas de valeurs acquises par l’éducation, la religion, l’expérience empirique, la prédestination etc., dont l’efficience est mise à l’épreuve de la réalité adverse jusqu’à épuisement des forces, mais que les sentiments de justice et de responsabilité naissent de la réalité, du moment qu’elle est mobilisée par la réciprocité. Nous pouvons considérer la réciprocité comme un outil, comme une technique d’intervention sociale. Et probablement comme un outil infaillible : les valeurs créées s’accroissent au fur et à mesure de son usage au lieu de s’user. De surcroît cet outil peut être utilisé par tout le monde.

        En admettant que les AMAP s’accordent sur le principe de réciprocité, vous posez la question du rapport des propriétaires et des ouvriers. Pourquoi limiteraient-elles la réciprocité à la catégorie des propriétaires ? Une telle limite enfermerait le principe de réciprocité dans une identité collective et soumettrait les valeurs aussitôt recréées au service du pouvoir de cette identité collective! De Charybde nous irions à Scylla ?

        Il faut donc affronter la question de la propriété. Dans le cadre de la réciprocité, la propriété est définie par sa fonction sociale et le travail de l’agriculteur nécessite qu’on lui attribue le moyen de production nécessaire en propriété. D’ordinaire les communautés reconnaissent la propriété individuelle pour toute les productions qui peuvent être assumées par chaque producteur et sa famille et considèrent comme communs les espaces qui peuvent être mis plus rationnellement en exploitation collective (pâturages, forêts, cours d’eau, lacs, étangs…). La question qui se pose est que la propriété dans le système capitaliste n’est plus définie par sa fonction sociale. La propriété a été retirée de la responsabilité de la communauté et privatisée : son propriétaire n’est plus tenu de respecter sa fonction sociale mais peut en disposer à son gré y compris la détruire ou l’utiliser à des fonctions anti-sociales pour peu qu’il y trouve son profit. En France, la vente d’une propriété est soumise aux prérogatives de l’Etat qui a droit de préemption et qui accorde la priorité à d’autres agriculteurs et à défaut à la commune mais l’Etat entend protéger l’accumulation du capital. La terre peut changer de statut et l’entreprise agricole peut devenir une entreprise capitaliste dont le but n’est pas de satisfaire une production destinée à la consommation raisonnée d’une population donnée mais au profit de ses actionnaires.

        Le statut de l’ouvrier agricole dépend de la définition que l’on donne de la propriété : inaliénable ou privatisable. Si elle est inaliénable, sa fonction sociale ne peut être dénaturée. Dès lors, l’ouvrier agricole comme le propriétaire a un statut à son tour inamovible, qui ne peut pas être détourné ou disqualifié. Son travail reçoit une compensation ou si vous voulez un équivalent de réciprocité. C’est bien le partage des bénéfices qui donne sa part à chacun et qui engendre en chacun le sentiment de justice voire d’amitié. Si la propriété de la terre est privatisée et qu’elle peut faire l’enjeu de spéculation, il en est alors de même du travail de l’ouvrier : il suit la même évolution. L’ouvrier agricole ne peut être protégé que par des lois sociales décidées par le pouvoir économique et politique du système capitaliste mais son sort est celui que nous lui connaissons : la précarité et le minimum vital.

        Si le tournant des AMAP est comme vous le dites conscient alors il est un précédent. Mais à la condition donc que la question que vous soulevez soit aussi traitée du point de vue de la réciprocité ! Dans ce cas cela voudrait dire que les AMAP se constituent en réseaux de réciprocité concrète en se dotant d’un outil théorique rationnel capable de soutenir le débat avec celui de l’économie capitaliste. Il se trouve que les candidats à accumuler du pouvoir sont aujourd’hui plus nombreux à perdre la partie qu’à l’emporter ce qui laisse sur le terrain de plus en plus de gens démunis prêts à se demander s’il ne vaudrait pas mieux bâtir l’avenir sur une autre base que celle du pouvoir économique.

      2. Sur la réciprocité Olivier 69 peut vous donner un coup de main .

        Je m’étais un peu  » cogné » avec lui sur le caractère nécessaire et/ou suffisant de la chose .

        Anecdote complètement hors de sujet sur le caractère « inaliénable » de la propriété publique : une voie publique ( hors les chemins ruraux qui sont une propriété privée de la commune ) est inaliénable . Sauf quand un brave paysan agriculteur a la charrue un peu vagabonde en limite d’assiette de ladite voierie .

  3. Notre conscience ne prend pas les décisions, elle les explique avec 1 ou 10 secondes de retard, soit. Cela n’a aucune importance, elles sont prises de toute façon.
    Qu’elles dépendent d’un processus hormonal, inconscient, ou de quoi que ce soit d’autre, celui-ci est influencé par des facteurs comme l’éducation, les rapports aux autres, nos expériences, nos peurs, nos rêves, nos pensées et tout ce avec quoi nous les alimentons.*
    Dire que nos décisions ne nous appartiennent pas n’est pas vrai (au moins partiellement), et surtout ne peut pas être un motif à l’inaction.**

    Que la vague qui arrive soit immense ne peut pas être une cause de découragement. L’important c’est d’agir pour des valeurs que l’on estime élevées. Le reste suivra. Si nous le méritons, et avec un peu de chance.

    On respire.. Et on y retourne !

    * C’est peut-être ça le karma, cet ensemble de forces qui nous lient et nous fondent, toutes ces pensées gravées dans la matière.
    ** La non-action étant une forme d’action pour se libérer de tous ces liens.

  4. Le temps qu’il fait c’est aussi le nucléaire qui glisse dans l’oubli gentiment jusqu’à ce qu’un nouvel accident nous occupe quelques semaines …
    Je propose à tous d’écouter l’excellentissime émission de Ruth Stégassy sur France-culture hier samedi 17 janvier 2015 de 7h05 à 8h ; il s’agit là des suites de Tchernobyl en Corse .
    Où l’on apprend qu’en 20 ans , en Isère , les cancers de la thyroïde ont augmenté de 800 % (huit cent )…
    Cordialement .

  5. Une question me hante en permanence. Comment peut on s’imaginer qu’on peut éternellement et impunément aller bombarder des populations arabes qui ne nous avaient rien fait?

  6. l’esprit « colonial » est toujours vivace (et le PS est héritier de la SFIO !) : « nous sommes les civilisés » que des femmes, enfant se prennent des bombes: il faut réagir certes, mais « çà » dépend …ce ne sont que des « arabes » après tout….! la mentalité a-t-elle vraiment changée ? protégeons Notre Uranium, Nos matières premières, Notre pétrole etc…

    En respect de la Constitution, ce 13 janvier, l’Assemblée nationale s’est prononcée par vote sur la prolongation de l’intervention française en Irak débutée en septembre dernier (seule abstention du Front de Gauche). A l’inverse, l’opération « Barkhane », déclenchée le 1er août 2014 pour prendre la suite de l’opération Serval au Mali se poursuit actuellement, sans que sa prolongation n’ait été votée par le Parlement, donc en violation de la Constitution. Survie dénonce le « deux poids, deux mesures » en matière de politique extérieure de la France et appelle les parlementaires à réagir…
    http://survie.org/francafrique/article/operation-barkhane-le-prolongement-4853

  7. « platitudes solonnelles »……oui, et ce qui est inquiétant, à mon sens, c’est le rôle du citoyen en tant spectateur passif des évenements. Un rassemblement sous forme d’éruption émotionnelle ne sert pas à grand chose, cela sera toujours un feu de paille. Ca sert au gouvernement Hollande de redorer (temporairement) son blason.
    Des sociologues me disent qu’il faut penser et instaurer un nouveau « contrat social », un « projet de société »………
    Moi je crains que le nouveau projet de sociéte sera le Traité Transatlantique (TTIP), avec des conséquences incisives non seulement pour la consommation, mais aussi pour l’emploi, pour la géstion des chômeurs et des pauvres, pour la liberté et marge de manoeuvre des gouvernement nationaux……Bref, on ira vers une totale américanisation de l’Europe, tout en conservant les poussièreuses « élites » à la francaise. Cela fera un bon coctail. Ce sont des « lendemains qui chantent », comme disait l’autre.

    1. Et oui, la France (l’europe en général) est sous obédience américaine.
      On ne va pas tarder à s’en rendre compte un peu plus clairement… et ça va pas faire du bien !!

  8. Une piste de réflexion est de repérer dans l’actualité l’importance des rentes improductives oligarchiques et intermédiaires. Elles sont accaparées par des minorités et bloquent ou freinent le développement durable et démocratique.Elles sont motivées par la cupidité. Ce sens s’oppose à celui retenu par Schumpeter. Pour l’innovation schumpeterienne, il vaut mieux parler d’investissement.
    La rente financière sous ses diverses formes (bancaire, cambiste, actionnariale, antifiscale…) est aujourd’hui la principale.
    La rente de désinformation lui est liée, notamment en économie politique
    La rente de pollution devient de plus en plus importante.

    Les rentes traditionnelles sont toujours présentes.
    Les rentes dictatoriales sont diverses: bureaucratiques-partidaires comme en Chine, intégriste comme le Wahabisme saoudien, terroriste comme Al Qaïda…
    Cette liste est très partielle.
    La lutte pour le développement durable démocratique passe par l’amenuisement du poids de ces rentes improductives et vous y contribuez.

  9. Peut-etre bien qu’à force de penser et de réfléchir à posteriori à tous les evenements de la vie, nous façonnons aussi notre « corps décidant » selon la morale que nous nous donnons, et construisons au long cours de la vie.
    Ce n’est donc pas sans espoir, s’il s’agit juste un temps de retard entre l’action et la conscience, si l’action suit une règle que nous avons construite patiemment; raison de plus pour penser et éduquer les gens en développant l’esprit critique.

  10. Petite réflexion autour de l’attachement.
    Examinons notre conscient. Quelque chose en nous essai d’exister, par tous les moyens, quelque chose en nous s’attache, à parfois trois fois rien pour exister. La peur de ne pas être en est la cause, et pour être nous construisons une image de nous même à laquelle nous nous attachons, nous échafaudons une représentation. Pas un n’y échappe, c’est l’égo, le moi qui construit cet attachement, il lui est indispensable de croire qu’il est. La vie entière est une quête d’exister. Pour cela nous avons dans nos sociétés mille et un moyen, qui sera pour chacun sa façon d’être. Ce peut-être la vertu, la maison, l’argent, le plus élevé étant probablement Dieu ou l’Etat. Car on abandonne un attachement si un plus élevé se présente. Un intellectuel sera attaché à la dialectique, un autre à la rhétorique, celle-ci permettra à ce dernier de conquérir les foules et de peu à peu conquérir le pouvoir de l’état. Un artiste sera attaché à la représentation de ses œuvres et s’il est exposé au « Centre Pompidou » se sera la consécration (s’il est Français). Que reste t-il à ces gens qui grandissent dans des zones de non droit, des zones ou pas grand-chose ne pousse, pour exister : monter des coups, exercer un pouvoir sur une zone ou bien se faire une certaine idée de la représentation de Dieu, se sentir investi d’une mission par la figure la plus élevée qui soit pour l’ego. Un caricaturiste aura le sentiment d’exister en se moquant de ce qui fait l’ego de l’autre, Dieu, ou Jésus, ou le Pape, ou un Président, quoi que ce soit, c’est une lutte d’ego à ego, donc une illusion et un immense malentendu. Le problème est en nous, c’est l’attachement, nous sommes attaché à l’image de nous même, préoccupé par celle-ci. Et chacun ayant une préoccupation différente mettra tout en œuvre pour parvenir à la réalisation de celle-ci. Il faut donc mettre un terme à l’attachement et pour y parvenir il faut comprendre ce qui est. Seule la compréhension des faits permet de s’en extraire.

  11. En lisant le Siné mensuel hors série consacré à Charlie, je me suis rendu compte qu’eux-même faisaient un peu de prosélytisme athéiste, ce qui dévalorise leur travail de mise à nu des pouvoirs qui s’appuient sur le sacré et la violence symbolique. Pour illustrer, il y a un petit dessin qui semble anodin par rapport aux autres qui montre Dieu avec une pancarte « je ne suis pas Charlie; je n’existe pas ». C’est une forme de prosélytisme athéiste contreproductif qui me semble nettement moins futé que la loi de 1905. Pour dénoncer les pouvoirs, ce que font les humoristes et les poètes, le plus efficace est de n’être soi-même derrière aucun drapeau.
    Est-ce que cette loi aurait besoin d’un dépoussièrage ou bien est-ce qu’elle est toujours aussi pertinente pour organiser notre vivre ensemble?

      1. Extrait du billet : Charlie Hebdo : être ET ne pas être, par Alain Farel

        Liberté :

        La liberté est un des fondements de notre république. Elle est intangible, non négociable. Mais, elle n’autorise pas à faire n’importe quoi, auquel cas vivre ensemble devient impossible. « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789). Alors, même si nous en défendons le droit, est-il sensé, dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, de heurter les croyances intimes de millions de personnes au nom d’une salubre rigolade

        Extrait d’un commentaire au billet :

        Compliqué d’isoler ce fragment de l’article 4 de la DDH89 des 16 autres qui la constituent sans ajouter à la confusion ; ils devraient s’interpréter les uns par rapport aux autres. Et le droit, la loi, devraient, c’est le principe, demeurer le dernier recours, l’exception ; tout ce qui n’est pas interdit est autorisé … Beaucoup de conditionnel

        La déclaration « solennelle » platement posée :

        Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789
        Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.

        En conséquence, l’Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre suprême, les droits suivants de l’Homme et du Citoyen.

        Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

        Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

        Art. 3. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

        Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

        Art. 5. La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.

        Art. 6. La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

        Art. 7. Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu’elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la Loi doit obéir à l’instant : il se rend coupable par la résistance.

        Art. 8. La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.

        Art. 9. Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

        Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

        Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

        Art. 12. La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

        Art. 13. Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

        Art. 14. Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

        Art. 15. La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

        Art. 16. Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution.

        Art. 17. La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.

        On a connu de pires platitudes …

    1. @François C,
      Je ne défends pas les culs-bénis et suis bien client de Charlie ou Siné. Il n’en demeure pas moins que l’athéisme est aussi une croyance qui ne donne pas le droit de persécuter les autres croyants. Chacun de nous a besoin d’une place dans un cadre fraternel.
      Etre athée ne me pose pas de problème, je suis plutôt du genre mi-sel des agnostiques qui se déclarent incompétents, comme Hubert Reeves, mais se déclarer de façon véhémente athée dans un journal satyrique qui prétend dénoncer tous les pouvoirs qui se cachent derrière le sacré me semble relever de la même démarche que celle qui est dénoncée, et donc très improductif.

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