« Keep on truckin’ ! », par Olivier Brouwer

Billet invité.

Des gens, à Paris, sont morts parce qu’ils faisaient leurs courses. Il faut dire – circonstances aggravantes, presque une provocation, apparemment, pour certains – qu’ils étaient juifs. Une femme est morte parce qu’elle était policière et parce qu’elle était « au mauvais endroit au mauvais moment ». Un homme est mort pour avoir nettoyé les locaux de Charlie Hebdo.

Pour ma part, ce qui s’est passé ces derniers jours m’a fait comprendre que (presque) n’importe quand, à quelque endroit que je sois, je peux être « au mauvais endroit au mauvais moment », et, même si je ne suis pas policier, essuyer une balle perdue. Je n’ai pas peur – il me semble, si j’ai une quelconque lucidité à ce sujet. Mais, si je peux aller chez des bons médecins quand je me sens pas bien et faire attention aux voitures quand je traverse la rue, il pourra arriver que je sois dans une situation qui est tout simplement hors de contrôle. Des gens, à Verviers, ont témoigné que même dans leur propre maison, pendant la fusillade, ils ne savaient plus où se mettre, ne se sentant plus en sécurité nulle part.

Alors, j’ai décidé, à à peine 47 ans, de commencer à préparer mon départ, au cas où. Le fait d’avoir beaucoup réfléchi, ces dernières années, sur la situation, sur comment ça se passe vraiment, d’avoir été énormément sur le Blog de Paul Jorion, ça me permet de voir venir le bazar, mais ça ne me protège en rien. Et peut-être que c’est ça que je recherchais inconsciemment, une protection par la compréhension des mécanismes. S’il ne restait que 10 000 humains sur terre, ce serait super que ce soient justement des lecteurs du Blog de PJ ! Il y aurait beaucoup plus de chances qu’ils redémarrent le bazar en faisant beaucoup moins de conneries que ceux qui les ont précédés… Malheureusement, la probabilité que ce soit le cas est infinitésimale.

Mais à présent, vivons, vivons le plus intensément possible ! Ça a été la réaction de cette jeune femme belge sortie indemne de l’épicerie casher. Paul Jorion ne dit rien d’autre d’ailleurs : « Keep on truckin’ ! »

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