Le dixième et le onzième, par Timiota

Billet invité.

Abasourdis, hébétés par le sang lourdement versé, ainsi sommes-nous en ce lendemain. Mais contrairement aux attentats de janvier où la glose sur Charlie Hebdo s’est greffée sur l’acte barbare lui-même (la série d’actes, à vrai dire), ici le tableau est hélas simplifié. Nul doute que des musulmans soient « statistiquement » dans les victimes, d’ailleurs (cruauté de cette expression aujourd’hui).

La volonté de faire la terreur avant son point culminant au Bataclan s’est déroulée dans ces quartiers du dixième et du onzième, quartiers qu’on qualifie encore de populaires. Et de fait, même si la « gentrification » a gagné le quai de Jemappes, sur le canal Saint Martin, les rues de Charonne, d’Oberkampf, ou ces autres voies aux noms charriant notre histoire (rue de la Fontaine-au-roi, Bds Voltaire, Richard Lenoir, Beaumarchais), ces quartiers disent quelque chose dès le premier regard : c’est là qu’est notre melting-pot, celui « qui marche » bon an mal an, celui où le kebab et le magret voisinent, la high-tech et la couture, des zestes d’industrie concrète encore dans Paris. Et cette mixité est aussi vécue par les journalistes nombreux qui passent du temps, travaillent ou vivent dans ces quartiers.

S’attaquer à ces terrasses de café là, c’est aussi un signe à prendre : c’est bien « ce qui marche », dans notre façon de faire monde. Quel mérite à ce que les quartiers chics du 16ème semblent « marcher » avec les ressources qui y sont et toute tension sociale évacuée par l’entre-soi des bourgeoisies diverses qui y vivent ? Assez peu. En revanche, c’est par un travail permanent des habitants et des actifs de ces quartiers, un savoir-faire invisible, que ces lieux maintiennent l’urbanité dans la diversité.

Nous savons ainsi ce pour quoi la ville vaut la peine d’être vécue. Voilà un idéal invisible, mais de ceux qui doivent néanmoins nous faire tenir bon, nous faire tenir à la dignité de tous.

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44 réflexions sur « Le dixième et le onzième, par Timiota »

  1. De « notre façon de faire monde » à notre façon de faire le monde.
    C’est un signe positif certe que certains quartiers de Paris vivent la mondialisation heureuse. C’est bien sûr à cultiver. Toutefois ça me semble presque anecdotique aujourd’hui devant l’abîme qui ouvre.
    Il faut s’interroger sur notre façon de faire le monde ailleurs.
    Notre façon de faire le monde dans les banlieues.
    Notre façon de faire le monde en Afrique, au moyen orient…
    Les outils de la domination s’appellent
    OMC, évasion fiscale, paradis fiscaux, corruption, accords commerciaux bi- ou multilatéraux…
    Les outils de frustrations passent via le net.
    Humiliez un homme, vous le transformerez en loup.

    1. Il faut essayer (je dis bien essayer) d’analyser ce qui vient de se passer avec sang-froid. Les analyses distancées sont préférables et, justement, le site du MAUSS a publié le 30 octobre un excellent texte de Didier Hane sur ce sujet. Tous ceux qui veulent oeuvrer à une compréhension du phénomène du terrorisme d’origine islamiste et à la réalisation de propositions raisonnables doivent lire ce texte:
      http://www.journaldumauss.net/?Attentifs-ensemble

      Hélas, les propos guerriers des chefs du gouvernement français (notamment Valls plus agressif que Hollande) laissent peu d’espoir à un arrêt de l’escalade de la violence.

      1. Dans une période très douloureuse,un message d’un
        jeune de 17 ans. »Aimez-vous les uns les autres ».!!!
        Commençons par aimer toutes les victimes.Et continuons,élargissons.Il a raison….
        Celles et ceux qui ont VRAIMENT connu la guerre le
        savent.Rien de pire,de plus traumatisant à jamais.
        Sachons nous aimer dans la résistance,et la résistance
        à toute forme de guerre.Et d’abord la fraternité.Et le
        véritable noyau de la fraternité suppose une LAICITE
        bien comprise , vivante et pour tout dire pleinement
        naturelle.Un « bien commun » forgé en France dont nous
        pouvons être fiers.A partager sans restriction!

      2. Très bon article de Didier Hane mais tu l’as mal lu alors que Hollande et Valls l’ont bien lu s’ils l’ont lu…
        Je souscris en tout et je te remets la citation de Michael Walzer que Hane cite et approuve, et moi itou :
        « Comment la gauche devrait-elle répondre à ces groupes islamistes ? Elle doit soutenir les efforts militaires, notamment ceux qui visent à mettre fin au massacre des infidèles et des hérétiques. Après cela, je veux bien envisager une politique qui se concentrerait sur l’endiguement de l’islamisme plutôt que sur une guerre (ou une succession de guerres) ayant pour fin de le détruire. C’est un feu qui devra s’éteindre de lui-même. »

      3. Le texte mérite lecture en effet .
        Je n’y ai pas lu , comme vous , que la force était à totalement proscrire .

  2. Toujours content de vous lire et Merci à Jorion de laisser le commentaire ouvert.

    Timiota, c’est encore empreint de posture morale votre propos, ça souligne des évidences un peu gentillettes et n’aide personne (urgence du moment). Si on souhaite aujourd’hui le meilleur à chacun, à chacun de ceux qui le méritent, c’est de la nouveauté du champ de bataille et de la ligne de front qu’il faut parler : plus celle de grand papa (vous le savez bien sûr), aujourd’hui disséminée absolument partout donc nulle part : tous cibles et combattants. Faire entrer cela dans le nouveau sens commun de la guerre permettra de la mener (ou de la perpétuer à l’infini, c’est le risque, mais il faut faire avec le réel et pas les idéalités peuplées de bons sentiments), en particulier de sortir de la position de victimes expiatoire les innocents que nous ne sommes pas (ça se cherche mon truc, mais je veux dire : 1. c’est là; 2. faut pas subir; 3. la puissance de l’ennemi est justement de nous avoir assigné le rôle de cibles victimes désarmées -c’est la puissance de la terreur engendrée, première arme des projets de domination; 4. Faut renverser la vapeur positivement, dans la tête et dans les corps : se préparer aux analyses et aux postures d’une nouvelle forme de combat -la paix n’étant que l’ombre au revers de la guerre, bref il n’y a de paix qu’armée, svp ne sortez pas de cela.)

    Nb : pour éviter les jets de salives sans intérêt, je ne perds en effet pas une demi-seconde à tenter de rapporter le truc qui s’est passé à une quelconque causalité socioquelquechose ou autre; je laisse cela aux idiots utiles des assassins.

    1. Oui, développez, ordonnez.
      Je suis tomber dans la moraline faute de savoir conclure autrement.
      Le démontage et retour au bifurcations est une des façons de faire mieux, mais démarrer sur du sang n’est pas facile.

    2. je ne suis pas certain d’avoir bien compris votre post-scriptum.
      Le socio quelque chose, l’analyse socio-politique par exemple serait superflue ? N’est-ce pas pourtant ce qui permet de prendre la distance critique nécessaire pour éviter le moralisme que vous dénoncez ? La morale elle-même n’est pas superflue, si toutefois l’on en apprécie la dimension sociale, comme le milieu dans lequel nous évoluons en tant que la société se donne des normes collectives lesquelles sont d’abord des valeurs, discutées puis partagées lorsqu’elles s’incarnent dans les institutions. Distinguer un bien et un mal à propos des sujets qui se présentent eu égard aux affaires de la Cité, est donc le lot de toute société, sans cette distinction essentielle, la civilisation disparaît. L’analyse socio- n’est donc pas étrangère à la morale, puisqu’elle-même ne se départit pas de l’analyse des valeurs à partir desquelles des choix sont réalisés. L’analyse socio nous aide à ne pas nous leurrer sur nos propres intentions, sur nos comportements, comme les conséquences de nos actes individuels et collectifs. Parce que le sentiment individuel n’est pas séparable du fonctionnent des institutions qui constituent notre mémoire et notre environnement humain, au même titre que l’existence de nos proches. Et donc nous permet d’y voir plus clair, pour faire les choix les plus appropriés. C’est à dire discutés en raisons.

      Sur le corps de votre commentaire proprement dit, je tique aussi sur « paix armée ». A la suite de l’hôte de ce blog et de beaucoup de ceux qui y réfléchissent tout haut il m’apparaît au contraire que l’urgence de notre époque c’est de changer de paradigme, et je précise, un nouveau paradigme qui vaudrait pour toute l’humanité.
      Ce qui implique notamment de neutraliser les éléments guerriers qui sont logés aux coeur de nos représentations et donc de nos institutions. « nos » représentations, c’est à dire celles désormais partagés de gré ou de force par tous les humains qui peuplent cette planète embarqués dans une aventure commune à la vie à la mort (si nous poursuivons dans l’impasse). Ainsi de la violence systémique générée par un capitalisme qui concentre les richesses. Ainsi de la logique de prédateur opportuniste propre à notre espèce qui aujourd’hui bute sur les limites de l’exploitation des ressources naturelles. Ainsi de la complexité générée par les technologies numériques et la robotisation. Trois aspects d’une même question indécomposable.
      Pourtant vous évoquez la guerre diffuse, partout et nulle part, vous partez donc d’une bonne prémisse, mais vous n’en tirez pas toutes les conclusions logiques.

      1. Merci Pierre-Yves pour ces précisions.
        C’est en effet curieux de « vouloir » ramener la paix, tout en faisant l’impasse sur les véritables origines (liées au pétrole?) de ces éternels conflits. Bizarre, bizarre…

  3. Le « barbare » est celui qui balbutie, qui blablate… celui dont le « civilisé » ne connaît pas pas la langue, qu’il ne comprend pas. Mais le « barbare », lui, connaît très bien la langue du « civilisé », il le comprend, il connaît ses pôles d’intérêt, ses croyances…
    Et en effet, en l’affaire, les cibles ont été bien choisies, symboles subtils de la réussite et de l’argent, nos divinités modernes…

    1. Oui, j’évoque ici ou là le livre « La grande histoire du monde arabe » de Dominique Reynaert, dans le genre facile à lire et faisant néanmoins synthèse de qui a considére qui comment dans les N empires qui se sont succédés autour de la méditerranée jusqu’à nos jours.

  4. Daesh est un cancer.
    Plus on attend, plus il y aura de métastases, y compris chez nous.
    Irak, Syrie. Demain le Liban, le Sinaï est atteint…
    Les pays arabes et du Maghreb sont d’autant plus fragiles que le tourisme comme source de revenu est visé. Le pétrole aussi est un enjeu majeur.

    Les frappes aériennes c’est comme la radiothérapie non ciblée. C’est insuffisant. Çà tue quelques cellules au hasard mais ce n’est pas assez focalisé.

    Il faut une intervention au sol.

    Problème; comment recruter – et financer – 100 000 hommes, en Europe et ailleurs (les militaires diront si c’est 50 000 ou 200 000)

    1. L’intervention massive de puissance qui symbolisent le colonialisme prolongé par l’exploitation capitaliste, on connaît, c’est l’Afghanistan, c’est l’Irak. Résultat: des peuples qui se jettent dans les bras de ceux qui résistent. La crise du « socialisme réel », depuis son effondrement, a ouvert la voie aux « fous de Dieu » . Les peuples ont horreur du passé colonial.
      Il ne suffit pas de pleurer un jour et bombarder les villages le lendemain. Il faut mettre arrêter la machine infernale de la guerre, qui depuis longtemps déjà se fait en notre nom et au seul bénéfice des classes dominantes.
      A lire et faire circuler d’urgence:
      VOS GUERRES, NOS MORTS
      http://www.anti-k.org/2015/11/14/vo

      1. Il ne sert à rien de pleurer sur le lait renversé
        Maintenant qu’on a ouvert la boîte de Pandore il arrêter la progression.
        Que serait-on devenu en 45 si les américains, les russes, les anglais…n’étaient venus se battre pour nous, avec nous ?
        Peut-on tourner le dos et regarder ailleurs en disant c’est pas mes oignons ?
        On aura quand même les conséquences de cette folie; des attentats, des millions de réfugiés et une déstabilisation durable et catastrophique des pays de la région.
        Les tambouilles politiciennes sont hors jeu.
        Autant la guerre de 14-18 répondait à un schéma de guerre de classe, autant les guerres idéologiques sont des enjeux de l’humanité. Le nazisme, les Khmers rouges, le fascisme prétendument islamique transcendent les clivages habituels.

    2. Les troupes au sol sont déjà sur place, les kurdes, même que tout le monde reconnaît qu’il font du très bon boulot.
      Mais pour qu’elles puissent faire, il faudrait que le Sultan Erdogan et sa soldatesque cesse de les massacrer et que ce bel occident arrête de fermer les yeux sur ses crimes.

  5. Question: La maire de Paris prend des mesures pour protéger les parisiens, alors qu’elle a pour habitude, tout comme Sarkozy, Valls Belkacem, de passer du bon temps, avec beaucoup de zèle à la clé, au parc des princes aux cotés du président du PSG alias Nasser, représentant de la famille qatari au club.Or, cette famille finance le terrorisme islamiste, celui-la meme qui frappe en France.Drole de monde dans lequel ceux qui s’érigent en protecteur sont complices des bourreaux, et en sont de fait, les complices.Au passage, n’oublions pas que l’hebdomadaire Marianne a révélé que l’emir du qatar a financé le divorce de Sarkozy avec Cécilia, à hauteur de 3 millions d’ euros.Et, ensuite ce monsieur intervient dans les médias, pour dénoncer les auteurs d’actes financés par ses amis.Une pierre a ajouté à la déstabilisation, par l’UMP et le PS de la Lybie, Syrie et consort, ainsi qu’à l’armement de pays finançant l’islamise radical, tel que l’Arabie Saoudite et le Qatar.

  6. Je comprends l’état de choc, mais je crois qu’il est urgent de ne pas céder au déconomètre qu’il a inévitablement tendance à mettre en surchauffe.
    Parler de mixité pour le dixième et le onzième est assez pathétique.
    Tout au contraire, ces deux arrondissements ne sont mixtes, ni par leurs résidents, ni par les gens qui viennent s’y amuser. Mixtes les places de la Bastille et de la République? De qui se moquent-t-on? Tout au plus quelques visiteurs rares des 19e et 20e, souvent cantonnés aux alentours des grandes gares.
    Seuls les commerces y sont mixtes.

  7. Nos dirigeants ne veulent rien comprendre : toute guerre prépare les conditions de la suivante.
    Le traité de Versailles en 1920, a préparé l’ascension d’Hitler au pouvoir, et la “revanche” allemande.
    La création d’Israël en 1948 (certainement dans une bonne intention qui était pour l’Europe, l’Allemagne en particulier, de “se racheter” des crimes abominables commis par les nazis envers les juifs) en Palestine au détriment des palestiniens (Nakba), a objectivement préparé les conditions du bordel qui sévit aujourd’hui dans tout le Moyen-Orient et qui menace la paix mondiale.
    Ce n’est pas en repartant en guerre contre les effets des injustices, que nous mettrons fin au cycle des guerres qui s’enchaînent implacablement, sinon : en effet, si pour réparer une injustice nous en créons chaque fois une nouvelle, le cycle des guerres ne pourra que continuer jusqu’à ce qu’il cesse par faute de combattants. L’humanité aura alors disparu de la planète…

    « Le dernier qui s’en va éteint la lumière. »

    http://www.pauljorion.com/blog/2015/11/14/le-dernier-qui-sen-va-eteint-la-lumiere-chapitre-11-la-guerre-encore-et-toujours-seule-solution-envisagee-pour-les-questions-compliquees/

    1. La première cause de mortalité dans le monde ce sont les maladies infectieuses, ensuite les cancers…
      Les guerres arrivent en 40è position

      1. 500 000 morts en 50 ans en France par accidents de voitures (et camions et motos).

        Où est l’armée qui nous défendit de cet ennemi intérieur ?

        Pourquoi la police n’a-t-elle jamais mis les responsables en prison, l’automobile ?

        500 000 morts évités. Quelle efficacité potentielle !

        Nous ne sommes pas protégés (antienne connue, excluante de l’agression automobile).

        Delphin

        Il faudrait ajouter les victimes passées, actuelles et à venir par les sournois oxydes d’azote, particules fines, aromatiques, ainsi que le CO2.

        Là, le bilan explose. Non, décidément, nous ne sommes pas protégés.

      2. Peut être aujourd’hui, mais vous négligez le soliton des « cavaliers de l’apocalypse », la guerre, la maladie, la famine, qui finissent par s’auto alimenter.

      3. Vendredi les morts par balle, i.e.de guerre, sont montés sur le podium de la journée en France, derrière les maladies cardiovasculaires et les cancers. Prés d’un mort sur dix dans ce pays est mort assassiné à.Paris ce jour là.

    2. Pasque tu t’imagines que les Arabes ou les Arabes et les Perses ont besoin des Juifs au milieu pour se foutre sur la gueule ?

  8. Hébétés, abasourdis, certes. Mais aussi condamnés à réfléchir. Nous sommes confrontés à des effets, donc à des conséquences. Les causes en sont-elles circonscrites ou inhérentes au système socioéconomique dans lequel nous sommes assignés à résidence ? Je penche plutôt pour la deuxième hypothèse.

    Un système est un système, autrement dit un ensemble de composantes liées entre elles par des interactions. Certains systèmes sont mis en place pour accomplir une finalité bien définie. D’autres poussent comme des émergences. Leur finalité se dégage du fait de leurs résultats.
    Le système socioéconomique mondial s’est bâti de bric et de broc au cours des siècles. Il est malade puisqu’il multiplie les événements dramatiques. C’est du moins ce que beaucoup pensent. Mais c’est quoi la finalité que l’on peut lui attribuer en fonction de ses résultats ?
    Elle a deux faces. La première, celle que ses laudateurs font briller, c’est « le progrès », même si par certains côtés, le mot semble inapproprié.
    La seconde, soigneusement camouflée, est la dominance de deux classes d’acteurs qui mettent le système à leur service pour accumuler les avantages et les privilèges matériels : les acteurs politiques et les acteurs financiers. Leurs moyens d’action sont continuellement développés et mis en œuvre par eux de concert.
    Si l’on considère que le système est malade, c’est lui qu’il faut traiter et le remettre en question dans son ensemble.
    Si le système est considéré comme valable, il faut proposer aux populations qui souffrent des anesthésiques et du spectacle pour les faire penser à autre chose.
    Le problème est que ceux qui ont le pouvoir de revoir et amender le système sont justement ceux qui en profitent et se goinfrent.

    Le système, tel qu’il est, réunit toutes les conditions pour que de tels événements tragiques se reproduisent et prolifèrent et il est évident qu’aucune tentative de correction sur le fond ne sera entreprise.

  9. En aparté du drame absolu et de la souffrance intolérable, est-il possible de commenter… ?
    Je ne parlerai pas des faits… Ce ne serait donc que ce monde des échanges marchands qui serait le lien de la tolérance et de l’acceptation des différences. Le faire commerce comme liant ? C’est en effet fragile, un échange monétaire pour nous civiliser. L’homme s’est perdu dans les méandres du fétichisme de la marchandise. Les puissances de l’argent sèment un chaos qu’elles contiennent, une immanence propre à leur état, des forces libérées par ce contrat social qui en découle. Des forces en profond déséquilibre pouvant alimenter le bien comme le mal. Je ne veux choquer personne, je m’interroge…

    1. Dans la fixation du prix, il y a le souhait que le système se reproduise égal à lui-même : j’accepte de payer un peu plus cher pour que le vendeur survive. Certes ce n’est pas la règle qui préside à la boboisation par l’ouest de ces quartiers, mais c’est le lien entre « commerce » et son univers du haut impitoyable et néo-libéral, et « commerce » de la rue, avec le sens de l’ancien français : « une personne au commerce agréable ». Notre savoir-vivre peut ne pas déboucher sur des horreurs post-coloniales et des boucheries, les déviations et cliquets sont plus loin, là où le néo-libéralisme « fait système ». L’urbs reste un humus avec de la biodiversité à tout point de vue.

    2. Sujet du dogme ultra-libéral : L’Individu est un mot armé d’une barre de fer qui continue inutilement de frapper le cadavre de la personne qu’il vient d’assassiner. Oui, notre condition humaine est de revivre sans cesse, absurdement cette violence, en une étrange et longue séquelle : Est-ce ainsi que les Hommes survivent – et que naît leur conscience ? L’atrocité de cet acte de guerre pourrait nous aider à ôter ce mot de notre vocabulaire…
      Les Saint-jean bouche d’or qui titrent « C’est la guerre » quand, manifestement, C’est la paix que nous cherchons – et d’abord dans l’imbroglio de nos manies, avec nous-même – sont en premier lieu des destructeurs de la beauté : Qu’ils soient patron de presse ou intellectuel servile, publicitaire, ou mystifiés religieux déséquilibrés armés de Kalachnikov…
      Merci, Timiota pour votre hommage à cette beauté; A l’instar des trop nombreux corps meurtris et péris de ce vendredi, ne pas nous laisser simplement prendre en otage par les propos du couple damné président/premier ministre français, qui ne sont que les trés-haut-placés-parleurs du financement des intérêts vulgaires de cette destruction.
      A l’inverse, d’une sortie du conformisme et de la prudence congénitale qui a fait à F. Hollande enfilé si vite le costume de son prédécesseur Mr Narkosy (…et ainsi de suite ), tentons de continuer à tendre la main à toutes les victimes de cette violence dans nos rues d’ici, et le plus loin que nous le pouvons.

  10. « S’attaquer à ces terrasses de café là, c’est aussi un signe à prendre : c’est bien « ce qui marche », dans notre façon de faire monde. Quel mérite à ce que les quartiers chics du 16ème semblent « marcher » avec les ressources qui y sont et toute tension sociale évacuée par l’entre-soi des bourgeoisies diverses qui y vivent ? Assez peu. En revanche, c’est par un travail permanent des habitants et des actifs de ces quartiers, un savoir-faire invisible, que ces lieux maintiennent l’urbanité dans la diversité. »

    Hélas, maintenir ou développer l’urbanité dans l’unité et la diversité n’est pas forcément bien vu par tout le monde.

    En certains endroits des communautés d’échange, qu’il s’agisse d’un simple blog, d’une ville, d’un pays ou du monde dans son ensemble, cela peut gêner certains opposants internes ou externes partisans d’uniformité totalitaire.

    Ces lieux où naissent des évolutions constituent forcément des points de fragilité où ceux qui n’admettent pas qu’il faut de tout pour faire un monde, peuvent avoir intérêt y un introduire des troubles facteurs de déstabilisation et d’affaiblissement facilitant alors l’implantation du régime dont ils rêvent.

      1. Je me demande toujours pourquoi parmi des enfants qui ont eu des vies identiques ou presque, certains vont plonger à corps perdu dans un mode de vie « compétition » tandis que d’autres seront définitivement en mode « coopération ». Est ce qu’il n’y a pas en nous, profondément enfouis, deux façons incompatibles de voir le monde ? L’une faite de volonté de contrôle, de système de pensée hors sol, l’autre d’empathie, de capacité d’adaptation ? Ces positions sont si fortes, si peu capables de changement qu’elles divisent des familles, des couples.

        « Ceux qui n’admettent pas que… » comme dit jducac se reconnaissent et marchent ensemble.

  11. Ce que disait Bashar Al Assad en 2013 n’était pas idiot :
    « Si les Européens livrent des armes, l’arrière-cour de l’Europe deviendra [un terrain] pour le terrorisme et l’Europe en paiera le prix », a affirmé le président syrien dans un entretien à paraître mardi dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung.

    « Des terroristes reviendront [en Europe] avec une expérience du combat et une idéologie extrémiste », a assuré M. Al-Assad.

    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2013/06/17/009-assad-avertissement-europeens-armement-rebelles-entrevue-g8.shtml

    1. Les Assad n’avaient pas besoin des armes des occidentaux pour nous envoyer Carlos et les autres ou surarmer le Hezbollah, mettre la main sur le Liban. Daesh est l’allié des Assad, sa seule arme politique, sa seule chance de survie, point. C’est dés avril 2011 qu’il aurait fallu armer et financer massivement les rebelles et structurer l’armée de libération syrienne, quand les Assad ont commencé le grand massacre.

  12. Tout d’abord, je souscris à ce qu’ont écrit Xavier37, Macarel, Rémi, Esope.
    Et je réponds à MerlinII : Non Daesh n’est pas un cancer, c’est notre Golem. Nous l’avons créé, façonné, alimenté. Et il nous a échappé, tout comme ces combattants formés par l’armée US et qui sont aussitôt passés dans l’autre camp.
    Ensuite, je reprends des idées du forum de « Die Zeit ». Chez les kamikazes, l’islam est un moyen et non une fin. La fin, c’est la libération de leurs pays (faire cesser les bombardements); l’islam est ce qui permet de recruter et, pour le kamikaze, de s’assurer un avenir dans l’au-delà en se sacrifiant pour une juste cause. Beaucoup de gens se sont sacrifiés pour une juste cause, n’hésitant pas à mettre leur vie en jeu. Depuis toujours et sans motif religieux. Pensons aux tout récents kamikazes kurdes.
    Un autre lecteur du forum insiste sur les actions des occidentaux en Syrie, et particulièrement sur les attaques par drones, censés éliminer des combattants, mais assassinant en réalité beaucoup de civils innocents. Nos pays ont prétexté les droits de l’homme pour s’en prendre au régime syrien et créé, armé, des groupes d’opposants qui se sont avéré être des ‘fous de dieu’… qui se retournent maintenant contre nous, car on leur en a donné les moyens. Selon certaines informations (à vérifier, bien entendu), ils sont de plus en plus soutenus par la population syrienne, dans la mesure où les exactions du régime syrien étaient atroces et où les bombardements occidentaux et russes font aussi beaucoup de victimes civiles. Après tout, mieux vaut la paix avec l’EI que la guerre avec les autres, peuvent-ils penser.
    Comment se sortir de l’impasse ? Il y aurait plusieurs pistes. Tout d’abord convaincre les responsables US de cesser leur politique expansionniste de type hégémonique. Ce sera difficile. Ensuite, cesser les bombardements et renforcer les discussions avec toutes les parties prenantes. Ces discussions pourront aboutir à une action terrestre commune pour arrêter les fous de tous bords. Politiquement, je ne pense pas que ces pays soient mûrs pour la mise en place de régimes démocratiques comparables aux nôtres. Il y aura des étapes intermédiaires.
    Pendant ce temps, à l’intérieur de nos pays, il faut nous assurer de rendre inoffensifs ceux qui nous menaceraient, en les isolant le temps qu’il faudra. Une loi très précise et très limitative pourrait être votée à cet effet. Pas besoin de restreindre les libertés de toute la population … à moins que le pouvoir aient d’autres intentions, moins avouables (cf Naomie Klein).

  13. Reportage:
    une voisine raconte avoir vu, plusieurs fois, le « jeune homme », rapporter, lourdement chargé, des armes…

    Faudra lui donner une médaille… pour ne pas avoir été « délatrice ».

  14. Pardon d’avance…

    Alors que pour beaucoup (sur les médias de masse, discours des partis dominants, intellectuels-les etc, comme par exemple hier sur le « service public » de F2, dans « On n’est tous solidaire ») il serait question de rechercher « l’unité » la plus dépolitisée, a-politisé possible, dans le recueillement, d’une par, devant nous aider à faire un deuil, dans les ou la solution/s, d’autre part, à apporter pour que plus jamais cette horreur se reproduise, mais surtout dans un cran de plus dans « l’État de guerre », « d’urgence », de surveillance, et militarisation des moyens comme finalités… puis dans la continuité de la même grille de lecture, fausse, des événements en tant que causes et conséquences, aborder une approche par l’aspect des symboles culturels, etc ciblés, et du public victime, est intéressant.

    Mais alors l’approche peut nous faire sombrer dans le cynisme, celui de la vulgarité, du voyeurisme, jusqu’à l’indécence, que « l’ennemi » sans gène, « diabolisé », mais se sevrant volontiers des nôtres « uses et coutumes » « occidentales », faiblesses dans leurs aspects les plus « immorales » selon celle qu’il n’a pas, suivant nos « valeurs », serait content d’explorer tôt ou tard… Afin de nous y confronter, de nous y faire nous affronter, de nous plonger encore dans ces « injonctions contradictoires » que nos « systèmes » complexifient à souhait… son « jeu » se construit… Et c’est sans manquer de respect ni de confédérations pour ces victimes, les blessées, leurs proches et familles, a qui j’ai déjà exprimé mes profondes condoléances et m’excuse par avance de pouvoir froisser… à nouveau, que je me propose de questionner l’horreur que beaucoup voudraient nous voire ignorer. S’il est une guerre à mener et pas plus militarisée parce que menant inexorablement et sempiternellement à l’escalade toujours plus atroces des prochaines, des ressentis, des fantasmes, des peurs… autant oser affronter d’abord celles peurs, fantasmes, internes, et autant oser regarder en face nos « monstres »…

    Intéressant ne serait-il pas de savoir si ces victimes, leurs proches, étaient plus politisées et sur quels bords, par rapport à notre population la plus modeste, diversifiée, désespérée, s’abstenant de voter, parce aucunement représentée institutionnellement, politiquement, démocratiquement, et, parce que trahie par les alternances, l’Europe, haïe même par une certaine partie du tripartisme, alors qu’il paraîtrait qu’un « symbole populaire » qu’elle fréquenterait avec des gens mieux lotis,, qui n’est autre qu’un temple du foot, fut visé dans ces attentats… ?

    D’autre part. Comment étaient-elles et sont-elles perçues par ces abstentionnistes, subissant encore les contrôles aux faciès, les discriminations à l’embauche, aux logements sociaux, le refus du droit de vote de certains membres de leurs familles, la suppression de repas de substitution, et de la gratuité de la cantine scolaire pour d’autres membre de leurs famille, culture, culte, au chômage, subissant de payer plus cher que d’autres les cadeaux faits sans contreparties aux patrons et actionnaires que peut être cette « gentrification »… même si ces victimes sont aussi issues de la diversité, ce partant du principe d’une part que la « méritocratie » ne sert que les systèmes pyramidaux, les plus injustes et inégalitaires qui existent, d’autre part que la « gentrification » en question est un système fonctionnant sur le même principe que la « méritocratie », mais se confrontant depuis l’accroissement relatif d’accueil de réfugiés-es, à des inquiétudes pour leurs places privilègiées … ?

    Déjà que définir un stade de lieu devenu « populaire » dans la capitale, dont le prix des places autant que les moyens de transports, de parking pour s’y rendre, pour stationner, et ceux des loyers de l’agglo, autant que son manque de logements sociaux, ne sont pas à la porté des plus modestes (s’abstenant) exclus en banlieue, voire dans les milieux ruraux, sont cruellement manquants pour les logements sociaux, n’est-ce pas un peu trop « simpliste » que de ranger le public du foot dans le milieu social « populaire » et « culturel »… ? N’est pas trop « simpliste » pour être vrai… ?

    D’autre part, le « culte » voué à ce sport, par ces victimes massacrées sur ce lieu, n’est-il pas corrélable à leur degrés de résignation, « morale », de manque d’indignation quoi… et politisée ou pas… d’ailleurs…. devant tant de scandale dans ce milieu corrompu (FIFA, UEFA exonérée d’impôts au prochain euro2016) et par rapport aux détenteurs du club de foot parisien (le Qatar) finançant le terrorisme d’un coté, d’autres structures assoc, fondations plus opaques, et exploitant jusqu’à la mort de l’autre coté, des centaines et bientôt milliers d’esclaves népalais… ?

    Après personnellement je ne sais pas quel est le degré de porosité, d’inter-action, etc, sociale, politique, etc, entre les victimes du stade, et celles du Bataclan. Donc je ne parlerais pas plus du cas de ces dernières.

    1. Bien sur qu’il peut être objecté à cette vulgaire approche, une atteinte à la liberté d’expression, mais aussi à un droit au secret du bulletin vote déposé dans l’urne (comme autres garantis de secret, par le verrou de Bercy, celui des affaires, celui défense, etc) dans nos « démocraties »… Mais alors qu’il est question pour beaucoup « de va t’en guerre » de porter atteinte à bien d’autres libertés citoyennes, de vies privées, numériques, etc, de droits d’informer de manière indépendante, de droits de savoirs, au nom d’un « état de guerre » et « d’urgence » au nom d’un combat contre un ennemi terrifiant, et d’occulter ces atteintes faite à nos libertés et droits, en les faisant juger non par l’indépendance de la justice, mais par une justice « sanctuarisée » et administrative, oscillante suivant des intérêts politiques donc, qu’elle est alors le degrés d’hypocrisie, de démagogie, d’immoralité, d’injustice, d’inégalité, nous étant rejeté dessus comme opprobre, que nous accepter de cautionner quand il vient d’un déséquilibre de rapport de force ne cherchant qu’à maquiller des intérêts aucunement généraux…?

  15. Un article de Anna Luyten dans « Le Vif »:
    L’expert en antiterrorisme Peter Knoope met l’Occident en garde. « Une grande partie du monde nous hait. Ils appellent néocolonial ce que nous qualifions de progrès. » « On pense encore toujours qu’on doit démocratiser et que nos progrès laïques sont pertinents dans un monde où la majorité des gens sont antioccidentaux. Cela m’inquiète » déclare Peter Knoope. Jusqu’à l’année passée, il était directeur de l’International Centre for Counter-Terrorism.
    Lors d’un voyages diplomatiques il a entendu une remarque dans une série de conversations : « La majorité des gens d’ici sont antioccidentaux ». Le propos venait d’un Français rencontré au Niger. « Car ce n’est pas uniquement le cas au Niger, c’est pareil au Nigéria, au Tchad, au Cameroun, dans toute l’Afrique subsaharienne et dans de grandes parties de l’Asie. »
    Il se rappelle d’un autre incident à l’ambassade chinoise de Pretoria, il a lu un dépliant destiné aux citoyens de la République sud-africaine : « la Chine est contente que l’humiliation séculaire de la dominance barbare européenne ait enfin pris fin. »
    « Nous n’avons pas idée de ce qui est en train de se développer. La colère, l’insatisfaction, les sentiments antioccidentaux. Sous ce petit groupe de gens mobilisés par l’EI prêts à recourir à la violence barbare, il y a une mer de personnes qui comprennent bien pourquoi ils font ça. »
    Le caractère global du terrorisme est inédit et pas comparable à d’autres vagues » explique Knoope. « C’est comme un lit à eau. Vous poussez dessus d’un côté et ça remonte de l’autre côté. Ces dernières années nous ont appris cela. »
    « Nous devons réaliser que nous ne pouvons plus imposer notre modernité à nos anciennes colonies. Nous devons faire preuve de suffisamment d’humilité pour réaliser que la modernité n’est pas attirante pour tous. Ensuite, rechercher des solutions de justice et de bonne gouvernement. Regarder ce que génère la tradition et comment elle peut être enrichie de nouveaux éléments, regarder derrière soi. Ces gens doivent organiser leur société depuis leur propre histoire et tradition. Leur particularité est dans leur passé, pas dans le nôtre. Nous pensons qu’après les mouvements de libération et la lutte pour l’indépendance -le colonialisme est tout à fait aboli. Nous l’avons laissé tomber, mais les gens à qui cela est arrivé, non. Dans leur conscience et histoire collective, c’est une partie importante de leur identité. »
    « Il est important de bien se rendre compte que beaucoup de membres de Boko Haram et de l’IE nous considèrent vraiment comme nos ennemis. Nous ne sommes pas bons, c’est là leur conviction sérieuse. Ils sont persuadés que les Occidentaux essaient de marginaliser les musulmans, de les humilier, de les abaisser et que nous ne leur concédons pas de position juste et légitime. On les assassine au Moyen-Orient, en Tchétchénie et en Bosnie, on les laisse se faire torturer à Guantanamo. Dès qu’un musulman se présente à la frontière d’un pays, on le sort et on l’humilie. Et à présent, il y a une affluence de musulmans qui quittent la Syrie et l’Irak pour l’Europe. On sait comment ça se passe. C’est comme ça qu’on alimente cet historique d’humiliation. Il faut en tenir compte par rapport à l’afflux de réfugiés ».
    Knoope tire une grande leçon de l’histoire : « La solidarité générationnelle joue un rôle beaucoup plus important que ce que l’on croit. La colère de gens à propos de ce qu’on a fait à leurs parents est beaucoup plus grande que la colère ressentie par les parents à propos de ce qui leur est arrivé. Cette fureur traverse les générations. Ce qu’on est, est principalement inspiré par un sentiment de solidarité avec les parents. Il ne faut pas y toucher, car alors on atteint les gens dans leurs valeurs les plus profondes et ça peut s’avérer explosif. »

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