Archives par mot-clé : économie politique

Lille, Association française d’économie politique, le 4 juillet 2019

Je pourrais vous parler de la qualité des communications présentées, je pourrais vous parler – dans le même esprit – d’un bon mot qui circule ici que « économiste hétérodoxe » est synonyme de « louseur », en vous rappelant que, n’étant pas économiste, je ne me sens nullement concerné *. Je préfère du coup – dans un esprit bon enfant cette fois – vous faire partager plutôt ma contribution à la dimension festive de l’événement.

La valse (air à 3 temps)
* Faisant un peu d’histoire hier, j’ai suggéré à la fin du premier exposé que les dissidents se fassent appeler « économiste politique orthodoxe », ce qui serait parfaitement cohérent au vu des faits. Soulignant involontairement l’étendue du malentendu entre les économistes et moi, l’intervenant a fait comprendre à la salle qu’il pensait que je me moquais de lui.
Partager :
Email This Post Email This Post

Saint-Etienne, Conférence de l’hôtel de ville : « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie » (II) La science économique

Je publie en feuilleton la retranscription (merci à Éric Muller !) de ma très longue conférence le 29 novembre 2018. Ouvert aux commentaires.

GD : La deuxième question que je voulais poser à Paul, c’était que son livre parle beaucoup de la science économique. Il parle notamment de la création du Mont Pèlerin en 1947, et de savoir comment l’économie en tant que science s’est constituée autour de ce qu’on appelle en épistémologie un domaine convexe, c’est-à-dire que elle s’est autonomiser. D’ailleurs vous prenez des auteurs comme Smith, ils étaient d’abord des philosophes et puis petit à petit l’économie, en même temps que la société, s’est développée dans le cadre du capitalisme, mais la pensée économique elle même est devenue autonome, et aujourd’hui ça a atteint son acmé, je crois, quand… par exemple, si on revient sur la question financière, quand Fama a eu, en 2013, le prix Nobel d’économie. C’était l’idée que les marchés financiers étaient autorégulateurs. Continuer la lecture de Saint-Etienne, Conférence de l’hôtel de ville : « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie » (II) La science économique

Partager :
Email This Post Email This Post

« Science » économique : Les orthodoxes et les hétérodoxes

Je viens de regarder la vidéo produite par le Xerfi : Économistes néo-classiques contre hétérodoxes, où André Orléan et Olivier Favereau commentent l’excommunication des économistes dans leur genre par Jean Tirole, récent récipiendaire d’un Prix Nobel d’économie décerné par des économistes dans son genre à lui.

J’ai déjà évoqué cette question dans un récent Le temps qu’il fait, plus précisément le 30 janvier, et j’ai rappelé que, n’étant pas un économiste, il s’agit d’une question qui ne me touche pas directement, et que quand M. Quatre…r, correspondant à Bruxelles du quotidien Libé…n, écrit quelque chose du genre (je cite de mémoire) : « Jorion, un économiste ? Ah ! Ah ! », je ne peux que le complimenter de restaurer ainsi la vérité dans ses droits.

Ceci dit, comme rien de ce qui est humain ne m’est étranger (*), j’aimerais faire les remarques suivantes sur ce que l’on entend dire dans cette vidéo.

Continuer la lecture de « Science » économique : Les orthodoxes et les hétérodoxes

Partager :
Email This Post Email This Post

ALTERÉCHOS.be, Paul Jorion : La crise, l’économie sociale, N° 335, mars 2012

Dans la revue belge AlterÉchos.

Julien Winkel : Le sociologue, anthropologue et économiste Paul Jorion était à Bruxelles début mars. Il a accepté de répondre à quelques questions à propos de la crise, de l’économie sociale.

Paul Jorion commence à être bien connu du public belge. Né à Bruxelles le 22 juillet 1946, ce sociologue, anthropologue et économiste a beaucoup fait parler de lui suite à la publication en 2007 de « Vers la crise du capitalisme américain », un ouvrage où il annonce la crise des subprimes qui aura lieu quelques semaines plus tard. Parallèlement à cela, c’est également au travers de son blog (www.pauljorion.com), au sein duquel il analyse avec d’autres la crise économique actuelle, que l’homme connaît également aujourd’hui une certaine notoriété. Le 9 mars dernier, il a donné à l’ULB un exposé (« De quoi demain devrait-il être fait ? ») faisant partie d’un cycle de conférences organisées par l’EPFC dans le cadre de ses formations en gestion d’entreprise d’économie sociale. L’occasion pour lui de répondre, en marge de cet événement, à quelques questions, de parler d’économie sociale et, pour Alter Echos, de tenter de comprendre ce qu’il entend quand il parle de « capitalisme à l’agonie ».

Alter Echos : On parle encore et toujours de crise, même si celle touchant la zone euro peut donner l’impression de se calmer un peu. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Paul Jorion : On essaie de gagner du temps, de l’ordre de six mois, mais rien n’est arrangé. La plupart des banques sont insolvables, la Banque centrale européenne (BCE) vient d’ailleurs d’y injecter un millier de milliards d’euros, qui devrait les maintenir à flot. Que vont-elles faire de cet argent ? Probablement rien, elles vont le garder en réserve. Cela va leur permettre d’éponger leur insolvabilité qui est cachée, dont on n’a jamais rien voulu dire. La seule chose positive, c’est qu’on est arrivé à imposer une décote sur la Grèce aux marchés [NDLR les créanciers privés de la Grèce ont accepté une décote de 53,5 % sur leurs titres obligataires dans le cadre d’un échange de titres ayant eu lieu début mars]. Mais tout ça, c’est du niveau de la rustine améliorée, ce ne sont pas des solutions. Des solutions, on n’en a pas…

Continuer la lecture de ALTERÉCHOS.be, Paul Jorion : La crise, l’économie sociale, N° 335, mars 2012

Partager :
Email This Post Email This Post

LA « VALEUR » (II) LE CONCEPT DE « VALEUR » NE SERT QU’À UNE SEULE CHOSE : JUSTIFIER UNE « SCIENCE » ÉCONOMIQUE QUI NE SOIT PAS UNE « ÉCONOMIE POLITIQUE »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

David Ricardo (1772-1823), qui fut avec Adam Smith (1723-1790) le plus grand penseur de l’économie politique à quoi s’assimila la « science » économique à ses débuts, cherchait à fonder la valeur. Et ceci bien qu’il ait déjà indirectement démontré qu’il n’y en avait aucun besoin. En octobre et novembre 1815, alors qu’il s’apprête à rédiger l’ouvrage qui deviendra son fameux On the Principles of Political Economy and Taxation, et dont le sujet sera la répartition du surplus de la production entre la rente qui revient au propriétaire foncier, le profit qui revient à l’industriel et le salaire qui revient au travailleur, il ne mentionne à aucun moment la nécessité d’une théorie de la valeur. C’est l’économiste Piero Sraffa qui attirera notre attention sur cette curiosité au siècle suivant (Sraffa 1951 : xiv ; trad. fr. : 70).

À cette époque, Ricardo est à la recherche d’un « point fixe » qui lui permettra de mesurer la valeur : un instrument de mesure de la valeur, un étalon. C’est du côté du travail qu’il cherchera, mais en vain : rien de ce qu’il pourra découvrir de ce côté-là ne présente la stabilité requise.

Ricardo écrit en 1823 dans le brouillon d’une lettre à John Ramsay McCulloch (1789-1864) qui deviendra son principal disciple : « La valeur relative des deux marchandises varie… Pouvons-nous dire que les proportions du capital employé aient changé de quelque façon, ou la proportion du travail ? Certainement pas, rien n’a été modifié si ce n’est le rapport de répartition entre employeur et employé… – ceci, et ceci seulement constitue la cause du changement de valeur relative » ; et il conclut : « Le fait est qu’il n’existe aucune mesure de la valeur absolue qui puisse être reconnue à tous égards comme suffisamment adaptée » (Sraffa 1951 : xlvii ; trad. fr. : 104-105).

Continuer la lecture de LA « VALEUR » (II) LE CONCEPT DE « VALEUR » NE SERT QU’À UNE SEULE CHOSE : JUSTIFIER UNE « SCIENCE » ÉCONOMIQUE QUI NE SOIT PAS UNE « ÉCONOMIE POLITIQUE »

Partager :
Email This Post Email This Post

L’HUMANITÉ DIMANCHE, « Partage de la richesse : on a besoin de radicaliser Marx ! », LE 17 JUIN 2011

L’Humanité Dimanche m’a demandé un petit texte sur l’actualité de Karl Marx. Au cas où vous n’auriez pas acheté l’hebdomadaire, voici ce que j’ai écrit.

Dans Le capitalisme à l’agonie, je parle de Karl Marx, en l’appelant : « celui dont on a effacé le nom ». Bien sûr, on sait encore qui il est mais je parle là essentiellement de lui dans le cadre de la « science » économique et il est vrai qu’on y a effacé son nom pour une raison bien simple : parce qu’il avait eu le mauvais goût de compléter sa réflexion économique d’un projet révolutionnaire. Il avait dit, comme on sait : « Les philosophes n’ont jusqu’ici qu’interprété le monde, il s’agit maintenant de le transformer ». Cela a déplu énormément : un  besoin se faisait sentir à la fin du XIXe siècle, celui de justifier ce que faisaient les financiers dans leur pratique, et plus particulièrement l’inflexion qu’ils étaient en train de donner à leurs activités en les centrant de plus en plus sur de la spéculation pure et simple, sur ce que je distingue dans ce qu’on appelle de manière un peu vague « la spéculation », comme étant des paris sur les fluctuations de prix.

Le capitalisme, c’est le partage biaisé de la richesse que l’on peut créer quand on rassemble des ressources naturelles, du minerai, le soleil, la pluie, et du travail, humain ou machinique. Partage biaisé parce qu’une part disproportionnée de la richesse va au capitaliste, le détenteur du capital, qui est simplement l’ensemble des ressources qui manquent là où elles sont nécessaires pour produire ou pour consommer, en raison d’une définition particulière de la propriété privée.

Marx dit du capitalisme qu’il est mortel, et de cela, on n’a absolument pas voulu entendre parler dans les endroits qui comptent : dans les banques, à la tête des industries. Alors, on a encouragé des économistes – et certains se sont montrés particulièrement enthousiastes à la tâche – à produire un discours qui aurait deux finalités : premièrement que l’on n’évoque plus jamais la fin du capitalisme, et deuxièmement, qui ferait en sorte que cette fin n’advienne jamais. Comme on a pu le constater en 2008, les économistes se sont beaucoup mieux acquittés de la première tâche que de la seconde.

Continuer la lecture de L’HUMANITÉ DIMANCHE, « Partage de la richesse : on a besoin de radicaliser Marx ! », LE 17 JUIN 2011

Partager :
Email This Post Email This Post