LE SAUVETAGE DE L’EURO N’A PAS EU LIEU

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le sauvetage de l’euro n’a pas eu lieu : hier, par la voix de son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, l’Allemagne a jeté l’éponge. M. Schäuble a dit qu’il n’y avait aucune urgence et qu’on pouvait réfléchir posément à la mise au point d’une nouvelle stratégie. Une autre manière de dire : « Advienne que pourra ! » L’oraison funèbre de la zone euro telle qu’on l’aura connue, à seize, a été prononcée par Olli Rehn, le commissaire aux affaires économiques et monétaires de la zone euro : « La crise est toujours là. Nous connaissons une trêve depuis deux ou trois jours mais nous ne pouvons pas nous permettre la moindre complaisance ». L’histoire retiendra qu’il rejetait lui la capitulation ; il est apparemment de la race des capitaines qui choisissent de couler avec leur navire.

Quand la zone euro a commencé de se défaire il y a un an, lorsque la situation de la Grèce a été connue, et que les projecteurs se sont immédiatement tournés vers le Portugal et l’Espagne, il est devenu évident que ce serait le pays le plus riche des seize qui – en dernière instance – devrait sauver tout le monde. Pourquoi ? Parce que dans un premier temps, les États sauvent les banques et comme elles sont insolvables, ils se noient en tentant de les sauver (voir le cas de l’Irlande dont on parlait moins il y a un an mais qu’il a fallu sauver en catastrophe à l’automne dernier), et que dans un deuxième temps, c’est aux États encore debout de tendre une main secourable à ceux qui tombent les uns à la suite des autres.

Quand la Grèce est tombée, l’Allemagne a fini par dire oui, du bout des lèvres. Quand ce fut le tour de l’Irlande, elle a dit qu’il s’agissait plutôt du genre de question dont le Fonds Monétaire International devrait s’occuper. Depuis, elle s’est attelée à mettre au point une solution qui entrera en vigueur en 2013, c’est-à-dire lorsqu’on pourra, après la bataille, faire le décompte des morts et des vivants. L’Allemagne s’est faite une raison, elle a faite sienne la philosophie du « en bien ou en mal, tout finit par s’arranger ! »

Mr. Schäuble aura donc connu son « moment Paulson », du nom de Henry « Hank » Paulson, le Secrétaire au Trésor de la deuxième administration Bush, qui jeta l’éponge le 14 septembre 2008 quand le représentant de la Barclays confirma que sa banque était prête à reprendre Lehman Brothers – à condition que ses actionnaires approuvent l’opération dans les jours qui suivraient. Le soleil se levait sur Tokyo et il était déjà trop tard.

L’hémorragie que provoqua la faillite de Lehman Brothers, et qu’il fallut étancher en déversant près de deux mille milliards de dollars et d’euros, fait que l’histoire pose déjà un regard sévère sur le « moment Paulson ». Mais que pouvait faire d’autre le ministre des finances américain ? On sait aujourd’hui – depuis que la Federal Reserve, poussée dans ses derniers retranchements, a dû révéler les chiffres – que dans le cas de Bear Stearns, qui avait elle été sauvée au printemps par son rachat par JP Morgan Chase, les titres rachetés à la firme par la Federal Reserve Bank de New York n’étaient qu’une infâme camelote. On a également appris le mois dernier que Bear Stearns était impliqué à l’époque dans une affaire de manipulation du prix de l’argent-métal sur le marché des Exchange-Traded Funds. Nous ne le savons que depuis quelques semaines mais il est difficile d’imaginer que Paulson ne l’ait pas su lui à l’époque. Il a déclaré alors sans la moindre ambiguïté : « Une opération de sauvetage comme celle qui vient d’avoir lieu pour Bear Stearns ne pourra pas être répétée ».

On sait maintenant que Lehman Brothers truquait ses comptes grâce à une entourloupe au doux nom de « Repo 105 », déguisant en ventes effectives à la fin de chaque trimestre des mises en pension de titres, et clamant à la face du monde qu’elle réduisait l’effet de levier dans son financement, alors qu’elle se contentait de doper sa combine. Cela aussi Paulson devait le savoir : on nous montre à nous les bilans officiels des sociétés mais un ministre des finances a accès aux vrais chiffres et quand tout s’écroule, apparaît en surface quelle est la part de ces chiffres qui découle d’un travail honnête et celle qui s’obtient par la fraude ordinaire. Quel que soit son degré personnel de cynisme, on est toujours surpris.

Que va-t-il se passer maintenant ? L’effet domino va suivre son cours et les pays en faillite restructureront leur dette. Les banques allemandes et françaises encaisseront la décote de la dette grecque ; les banques britanniques et néerlandaises, la décote de la dette irlandaise ; les banques espagnoles encaisseront la décote de la dette portugaise – la goutte qui fera déborder le vase en ce qui les concerne, et ainsi de suite, car chacun doit de l’argent à tous les autres. Il faudra avoir le cœur bien accroché dans le secteur bancaire. Les banques allemandes prendront un sacré coup mais on a dû faire les comptes à Berlin, et le calcul est facile à faire : sauver les banques allemandes coûtera toujours moins cher que de sauver toutes les banques de la zone euro plus la dette souveraine de tous les pays dont elles relèvent. Au bout du compte, la notation AAA de l’Allemagne devrait en sortir indemne, alors que si elle s’engageait dans les jours qui viennent à sauver l’Espagne (dont coût à vue de nez, 950 milliards d’euros, soit davantage que le montant actuel de la cagnotte européenne : les 750 milliards du Fonds Européen de Stabilité Financière), la notation de son risque de crédit serait menacée.

Hier, la zone euro a basculé officiellement dans le chacun pour soi. Mais quel était le choix qui s’offrait à M. Wolfgang Schäuble ? Guère meilleur que celui auquel était confronté M. Henry Paulson il y a deux ans : Charybde ou Scylla. Y a-t-il moyen de faire autrement ? Oui, si l’on remet en question des choses jugées fondamentales quant au statut de la propriété privée. À cela, la zone euro et ses majorités parlementaires libérales n’est pas encore prête. On en reparlera sur le champ couvert de morts, après qu’auront été quelque peu déblayés les décombres.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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152 réflexions sur « LE SAUVETAGE DE L’EURO N’A PAS EU LIEU »

  1. J’avoue avoir du mal à bien comprendre ce qu’il va se passer lorsque les dettes seront restructurées. Si ce sont celles de banques, cela voudra-t-il dire que les placements qu’elles ont vendues seront revus à la baisse ? Cela concernera-t-il en premier lieu les assurances vies et le patrimoine des classes moyennes ? Cela va-t-il avoir un impact en retour sur l’économie réelle ou bien cela ne fera-t-il que remettre quelques compteurs à 0, avec une rééquilibrage du patrimoine moins en défaveur des plus jeunes (en référence aux analyses de Louis Chauvel) ?
    Si ce sont celles des états, cela voudra-t-il dire aussi que le profit des banques sera si ce n’est diminué au moins ralenti ? Avec les mêmes questions ?

  2. @ chris06.

    Vous avez tout à fait raison, mais cette oligarchie doit bien voir que le systême est devenu fou de la cave au grenier.
    Warren Buffet, Bill Gate et quelques autres peut-être semblent pencher dans cette direction ; motivés par la peur ? Sais pas , mais nous sommes à l’époque des extrêmes ,et ça vaut pour les changements. Ben Ali pourrait peut-être en témoigner.

    1. cette oligarchie doit bien voir que le systême est devenu fou de la cave au grenier.

      Malheureusement, j’en doute…

      Ben Ali pourrait peut-être en témoigner.

      Posez vous la question: Ben Ali se noyait il dans la bile il y a quelque mois?

  3. http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20110119.REU9785/la-dette-grecque-sera-reechelonnee-juge-un-conseiller-de-merkel.html

    « L’économiste a prévenu qu’en cas de rééchelonnement, Berlin devrait prendre des précautions pour éviter que d’éventuelles garanties allemandes aient un impact budgétaire incompatible avec la limitation des déficits prévue par la Constitution.
    Selon une réforme entrée en vigueur au début de cette année, l’Allemagne doit ramener son déficit structurel à 0,35% du produit intérieur brut (PIB) d’ici 2016. »

    L’arroseur arrosé, en quelque sorte …

    1. L’économiste a prévenu qu’en cas de rééchelonnement, Berlin devrait prendre des précautions pour éviter que d’éventuelles garanties allemandes aient un impact budgétaire incompatible avec la limitation des déficits prévue par la Constitution.

      Tain, on rêve ! J’me pince à l’os…C’est une farce en 3D pour after de fête de la bière de proctologue de l’économie pour trous du cul de politicards décatis-cadents, une pantalonnade ubuesque et surréaliste, de l’intromission rectale de drosophiles à l’échelle des éthers d’univers parallèles, des divergences d’opinions (Meinungsverschiedenheiten ! ) pour encombrement de diverticules à manifestations constipantes préludes de péritonite wagnérienne, de l’ensorcellement à gogo pour zozos procrastinateurs et prosternés devant des totems nationaux de pâte à sel, du suicide en direct m’sieur dame ! de l’euthanasie au ralenti !
      Et après ça, faites pas d’soucis ! zaurez du Grand Guignol qui tâche de la boucherie Sanzos ! du plomb pour de l’or ! et de l’acier ! de l’uranium ! appauvri, pi d’l’enrichi ! et du déboitage d’articules ! pi du démembrement ! du fragmentaire ! du lacérage ! du décolletage à l’ancienne sur matière vive ! de l’explosif ! du qui saigne et qui gicle ! du bubon qui pète ! de l’anthrax bien chaud qui fait boum ! de l’abcès qui s’complique ! zen voulez ? zen aurez ! ça mûrit, ça murit… des pleines couveuses qu’on en a ! On sait faire, comptez sur nous ! Ya d’l’expert en pagaille ! pi du r’tour d’expérience ? Bôôah ! en veux tu en voilà ! ya qu’à s’baisser…
      Séquence keskonsmarre…

    2. Mouaaaaaahhhhhaahh !!

      Excellent.

      Si seulement Desproges t’avais connu …

      Sur le ‘fond’ (que nous atteignons, à moinssss que nous soyons déjà en train de creuser), c’est ri-gou-reu-se-ment la vérité : on ne rigole pas (on ne badine pas dirait-on ici) outre-rhin avec la Konstitution.

      Karlsruhe.
      Ville de bientôt 300 000 habitants, en Bade-Wurtenberg.

      Ce qui est bien avec la crise, c’est qu’on réapprend notre géographie …

  4. For Europe:

    1. The European Parliament or ECB has to be given fiscal authority and give the national governments a check for maybe 1,000 euro per capita to be used for general purposes.

    2. This new fiscal authority would also provide deposit insurance for all the euro banks and lend to member banks on an unsecured basis.

    3. It would also regulate and supervise the banks.

    4. The new fiscal authority fund jobs for anyone willing and able to work at a fixed wage, which, via market forces, would become the minimum wage.

    Here is a quote from the good Federal Reserve Bank Chairman, Ben Bernanke, on 60 Minutes for support:

    SCOTT PELLEY: Is that tax money that the Fed
    is spending?
    CHAIRMAN BERNANKE: It’s not tax money.
    The banks have accounts with the Fed, much the same way that you have an account in a commercial bank. So, to lend to a bank, we simply use the computer to mark up the size of the account that they have with the Fed.

  5. Nulle ne peut prédire le moment de la chute, pas même les plus érudits d’entre-vous.
    Depuis 3 ans, nous attendons tous avec plus ou moins de peurs mêlés de fascination morbide la fin de notre propre agonie et chaque jour, nous nous étonnons encore que le système continue et que la terre puisse encore tourner.
    Qu’a t-on à gagner d’un tel désastre annoncé ? Si ce n’est l’espoir d’un monde meilleur…mais avant cet avènement, n’avez vous pas peur des convulsions de l’enfantement ? car à vous lire, il semble que le paradis de justice et de démocratie citoyenne que nous appelons tous maladroitement de nos vœux ne soit encore qu’un lointain eldorado, une chimère de plus.
    Quelle attitude adopter devant le chaos annoncé ? doit-on se réfugier dans des grottes au fond des vallées montagneuses et désertiques, doit-on flamber les derniers euros que nous avons en poche avant que toutes les valeurs ne s’écroulent ? A l’heure annoncée, je voudrais bien savoir ce que vous aimeriez faire ?
    Imaginez un instant que demain matin, l’euro et le dollar s’écroulent et ne valent plus rien, quel sera le programme de votre journée ?
    Au plaisir de vous lire…

    1. Pour l’instant, la BCE maintient l’euro système. Quand Weber sera la par contre…

      Si l’Europe éclate, les pays membres vont reprendre leur souveraineté monétaire et vos euros seront transformes en franc, la banque centrale française imprimera tous les francs nécessaire au sauvetage des banques, au moins pour garantir les dépôts bancaires.
      En espérant que les mesures d’austérité s’arrêteront aussi.

      Pour le dollar et l’euro, pour l’instant, ils sont en hausse.
      Tout le monde fait du resserrement monétaire. Ça entrainera une nouvelle dépression mais la valeur de la monnaie augmentera, ce qui toujours le cas en déflation.

      Ne prenez pas au pied de la lettre le ton apocalyptique de ce blog.

  6. Bonsoir PAUL

    C’est donc la fin du rêve européen? Tout cela pour ne pas avoir unifié en une seule entité l’ensemble du sytème bancaire. Les banques ont pris les états en otage, elles savent que si elles tombent (elles ont tout fait, même ce dont nous ne sommes pas encore au courant pour se retrouver dans cette situation), l’euro tombe aussi et là ce serait terrible. Que ceux qui souhaitent sa chute ou l’abandon de l’euro se posent la question de savoir avec quoi nous allons acheter nos matières premières dont le pétrole. Cela finira en carnage.

  7. Vous parlez de décombres et de morts de façon allusive et abusive, ou bien si vous le pensez vraiment précisez s’il vous plait votre raisonnement.
    Merci

    1. Toujours vouloir prolonger le status quo et feindre de résoudre les problèmes : vers où croyez vous que ce genre de politique nous a mené par le passé, où croyez vous que cela nous mène dans l’avenir?

    2. Bonsoir MONMON

      C’est ma foi assez simple à entrevoir.

      Deux cas de figure.

      – L’euro subsiste mais perd pour ne pas être trop pessimiste le quart de sa parité par rapport au dollar. L’effet imédiat se traduira par un litre de gazoil entre € 1,70-1,80. Tout ce qui se paye en dollar prendra 25% ainsi que les prêts contractés par les états auprès du F.M.I.
      C’est donc la fin des haricots pour l’Europe avec tout le bordel social qui en découlera en plus.
      Merci à PAUL pour l’admirable peinture de BRUEGEL.

      – L’euro disparait et là c’est la vision la plus pessimiste contrairement à ce qu’en pense Marine.
      On va se faire bouffer tout cru les uns après les autres.

      Le premier cas de figure est un moindre mal, car, enfin, l’Europe serait obligée d’être construite.
      Une seule armée, une seule diplomatie, une seule banque au service du peuple d’Europe.

    3. @p.jorion
      Votre image est démoniaque mais je ne crois pas à l’enfer si ce n’est à celui qu’historiquement l’espèce humaine n’a cessé de s’infliger à elle même et qui n’était jamais nécessaire au sens inéluctable et physique du terme. La loi de la pesanteur n’est pas l’enfer!
      La magie qui hante nos esprits seule nous poussera à cette extrémité et j’aurais espéré que vous précisiez les mécanismes de cette infernale magie appliquée à la finance mathématisée.
      Désolé pour mon absence totale d’humour noir et merci pour votre référence picturale. J’espère en tous cas que les guerres de religions, références sans doute du tableau , ne sont pas le processus que vous imaginez

    4. Une seule armée, une seule diplomatie, une seule banque au service du peuple d’Europe.

      erratum : au service des USA ! …

      et, on ne décrête pas d’en haut « un seul peuple » : ça, c’est une dictature …

      les peuples y travaillent, à partir de la base, et des réseaux associatifs …referendum lorsqu’une
      décision importante doit être posée …

  8. Bonjour M. Jorion,

    je me suis aperçu en lisant votre blog que ce qui m’intéresse dans votre travail c’est :

    – la volonté pédagogique,
    – l’absence de pessimisme ou d’optimisme mais plutôt une vision tragique du réel.

    Ce dernier point vous est souvent reproché , mais toute démarche scientifique n’est-elle pas perte de repères en devenir pour ceux qui préfèrent croire que savoir ?

    Merci pour votre travail.

    1. Et en plus, entendu ce matin sur France Inter, un blogueur Tunisien est entré au gourverment……et si l’histoire traversait la méditérannée.

    2. ButDuBlog,

      Vu votre pseudo, vous devez avoir plus d’idées au sujet du but de celui-ci.
      Pas de pessimisme, pas d’optimisme et beaucoup de commentaires qui se tirent une balle dans le pied en ne cherchant même pas une solution.
      Quand vous avez mal à l’estomac, que faites-vous?
      – aller chez le médecin
      – prendre un médicament qui devrait vous soulager
      – faire une prière pour que cela passe
      – aller lire sur Internet, ce qu’on en dit
      – aller chez le guérisseur
      – rien faire en attendant que cela passe
      – visiter une voyante
      – changer d’habitation pour se rapprocher d’un hôpital comme le ferait un hypocondriaque

      L’ordre des propositions ne peut être influente sur votre réponse.
      Ce que vous pouvez faire c’est de choisir plusieurs options en les classant.
      :-))

    3. Bonsoir,

      plutôt que une « vision tragique » du réel je dirais une « vision clinique » du réel : toucher du doigt l’innomable, l’examiner aux poils de moustache, tel un felin devant un drôle de monceau de chairs.

      cordialement

  9. Dans son petit traité sur la finance moderne, Pierre-Noël Giraud raconte à ce sujet une petite histoire édifiante.

    La scène se déroule au temps des tsars, dans une chambre sur cour du quartier juif de Simferopol (Crimée). Moïshe, incapable de trouver le sommeil, se tourne et se retourne dans son lit. Rachel, sa femme, finit par lui demander:

    « – Qu’as-tu, mon cher ami, qu’est-ce qui te tourmente ainsi?

    – Je ne veux pas t’inquiéter, dit Moïshe.

    – Si, dis-le-moi, je veux tout partager avec toi.

    – Connais-tu Samuel, notre voisin d’en face?

    – Bien sûr, je le connais.

    – Eh bien, je dois lui rendre 1000 roubles demain matin, et je ne les ai pas.

    – Ce n’est que cela? dit Rachel.

    Elle se lève, ouvre la fenêtre et appelle Samuel dans la nuit, à travers la cour endormie.

    – Samuel, Samuel!

    – Que se passe-t-il, crie Samuel, surgissant à sa fenêtre, très inquiet. Les Cosaques? Un pogrom?

    – Non, Samuel, rassure-toi. Tu connais mon mari, Moïshe?

    – Oui, je le connais, bien sûr!

    – Tu sais qu’il te doit 1000 roubles?

    – Et comment! Il doit me les rendre demain. J’y compte bien, car j’en ai absolument besoin.

    – Eh bien, mon cher Samuel, il ne te les rendra pas, car il ne les a pas.

    Rachel ferme la fenêtre, se recouche et dit à son mari:

    – Dors maintenant, c’est lui qui ne dort pas. « 

  10. Bonjour Monsieur Jorion

    Mais que pouvait faire d’autre le ministre des finances américain ?

    Il est admis, semble-t-il, par la preuve apportée via le câble de WikiLeaks, dont vous avez précédemment parlé, que les responsables de la classe dirigeante US était parfaitement informés de la banqueroute et la mise en place de la fraude du système banquier tout entier.

    Ce qu’aurait dû faire le ministre des finances étasunien :

    – C’est permettre à la justice d’établir le constat de faillite frauduleuse.
    – La saisie de tous les actifs, issus de cette fraude, qu’ont empoché actionnaires et investisseurs qui connaissaient préalablement le risque spéculatif.
    – Nationaliser intégralement et refondre le système bancaire.

    Ça n’aurait pas empêché l’existence des créances pourries mais ça aurait eu pour effet d’empêcher les actionnaires de continuer à se répartir des dividendes insensés, basés sur un chiffre d’affaire constitué essentiellement par le pillage légalisé du denier public et des contribuables.

    Maintenant, d’autres questions restent aussi posées :

    – Que peuvent faire les ministres des finances des nations européennes ?
    – Que peut faire le peuple pour voir appliquée la justice et empêcher l’hécatombe qui se dessine peu à peu ?

    Bien à vous – Philippe

  11. ‘Le sauvetage de l’euro n’aura pas lieu’
    Oh que si l’euro sera sauvé, n’ont seulement il le sera car l’Europe est en guerre et l’euro est son arme mais il sera le fossoyeur de nombreux pays.
    ‘Ce serait le plus riche qui devrait sauver tout le monde’
    Plus exactement le plus riche ne sauve personne mais il appauvrit les plus faibles et va en profiter car sortir de l’euro n’est pas une option pour les faibles coincés entre l’arbre et l’écorce, les pays financièrement puissants vont se faire payer très très cher l’aide qu’ils offrent en ce moment, il ne faut pas oublier de quoi se nourrit le capitalisme, il n’est pas question pour des pays comme l’Allemagne de laisser aux faibles une porte de sortie à moins d’un très gros dédommagement, l’Europe c’est la guerre est les faibles trinquerons.

  12. Je crois « qu’ils » ont définitivement conclu de nous prendre pour de parfaits abrutis :

    NEW YORK (Reuters) – Morgan Stanley a fait état jeudi d’un bond de 60% de son bénéfice trimestriel, la hausse des commissions perçues dans l’activité gestion de fortune ayant compensé la baisse des performances dans les produits obligataires.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20110120.REU9841/morgan-stanley-voit-son-benefice-bondir-de-60-au-4e-trimestre.html

    Une hausse des commissions de l’activité gestion de fortune ou juste le blanchiment des faux dollars émis par la FED et reversés comme dividendes ? Le pire, c’est que ça ne semble étonner aucun chroniqueur boursier « officiel » qui semblent trouver tout ça très normal…

  13. Encore une fois une question de nigaud, mais je me demande si, à regarder des chiffres qui sont reliés à une sphère tellement lointaine, on ne ratait pas une lecture plus efficace du présent.

    Euh, j’essaye de m’expliquer. Quand on parle d’argent pour moi, je reviens à une valeur d’échange, qui suppose au moins une possibilité d’échange. Il s’agit de flux, les chiffres en absolu peuvent être gondflés par de la circulation sons aobjet; donc, àmes yeux, Seuls les flux ont une réalité, me semble-t-il, et encore faut-il que ces flux correspondent à un tranfert de matières, à la rigueur de service.

    Or là, entre les bilans des banques, les actifs, la Fed, le trésor américain, la BCE, je ne vois pas beacoup de tels flux : d’où une suspicion immédiate de jeu, de communication, de dialectique, … parlons-nous vraiment de richesses ? On achète ce dont on croit qui aura de la valeur, une créance ou un actif, non pas pour ce qu’il représente, mais pour ce qu’on pourra en tirer à le revente d’un gogo futur. Cette crise existerait-elle si la communication financière n’existait pas ?

    La finance parle d’économie réelle, ce qui revient à dire qu’elle s’auto-proclame économie irréelle. Mais si elle est irréelle, est-elle réellement dangereuse ?

    Ce qui n’empêche pas d’acter le chacun pour soi, détecté par notre merveilleux tenancier, et annoncé d’ailleurs depuis longtemps, selon la ligne de plus grande pente que, sans surprise, les politiques n’ont pas su surmonté.

  14. Bj Mr Jorion,

    Heureusement que ce que vous écrivez est sur votre blog, et non dit dans une réunion, car vous vous feriez agresser.
    En effet, beaucoup de gens préfèrent entendre les fausses bonnes nouvelles, que les vraies mauvaises.
    Mais que faire ? Que dire de plus ?

    La mauvaise route était droit devant et nous l’avons prise. Il y a bien eu des intersections pour changer les choses, mais nous avons choisi d’aller tout droit.
    Cette mauvaise route était crise financière, économique, monétaire, commerciale, protectionnisme et crise diplomatique, et guerres.
    Nous en sommes au protectionnisme. C’était une fois de plus, la seule chose à ne pas faire.
    Maintenant, Le chemin est tout tracé vers des crises diplomatiques.
    Et plus tard, sûrement des guerres, si ce n’est la guerre.

    Nous sommes puissants (capable de détruite en quelques heures, ce que la nature a construit en quelques milliards d’années). Fragile, car incapable de faire passer un message vrai, même dans notre entourage, sans se faire cataloguer de pessimiste, défaitiste, dépressif et j’en passe.

    Les mensonges ont encore de beaux jours devant eux, et même s’ils sont rattrapés par la réalité, d’autres prendront la place.

    Je vous souhaite beaucoup de courage Mr Jorion.
    Continuez de nous informer, vous et Mr Leclerc, car sachez que beaucoup de gens vous préfèrent à TF1, même si ce n’est malheureusement pas encore la majorité.

    Cordialement

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