L’actualité de la crise: le FMI a pris date, par François Leclerc

Billet invité.

LE FMI A PRIS DATE

De rebondissements en rebondissements, tous les enseignements des tests islandais et grecs sont loin d’avoir été encore tirés.

Dans le cas de la Grèce, il était déjà apparu que la démonstration qui était recherchée par les pays leaders de la zone euro avait abouti à une profonde crise de l’euro qui n’était pas dans les tablettes. On s’aperçoit que, dans celui de l’Islande, le test qui y est mené pourrait également avoir des effets imprévus et se révélant préoccupants pour le Royaume-Uni.

Dans un éditorial daté du 26 février, intitulé « Plus de corde raide », le Financial Times revient sur cette dernière crise, après avoir fait depuis plusieurs semaines campagne auprès des gouvernements britannique et hollandais en faveur d’une solution négociée et d’apaisement avec les Islandais.

Le journal en vient à s’inquiéter, devant l’échec des négociations qu’il analyse comme étant le reflet d’une intransigeance malvenue des premiers, des conséquences inattendues que celle-ci pourrait avoir pour eux. S’inquiétant que, dans leur insistance à présenter faussement l’attitude islandaise comme un futur défaut de payement (assimilant le désaccord sur les modalités de remboursement d’une simple dette à un remboursement de dette souveraine sur le marché), ils contribuent finalement à créer des tensions sur les marchés obligataires, qui pourraient se retourner contre eux et surenchérir leur propre dette.

On a donc l’impression de voir rejouer le même film  !

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Es brennt in Europa !

(Traduction allemande par Johannes Finckh de mon Feu en la demeure)

Meine Damen und Herren von der Europäischen Behörden, ich richte mich an Sie : Es brennt in Europa !

Sie werden Griechenland nicht retten indem Sie es auffordern, die Beamtengehälter zu senken. Sie werden Griechenland nicht retten indem Sie es ermutigen, den Steuerbetrug zu bekämpfen. Sie werden es auch nicht retten, indem Sie eine … Sammelbüchse schaffen (man fällt da ins Lächerliche) Es ist dafür viel zu spät. Und jedenfalls liegt das Problem nicht hier.

Am 3. Februar nahm ich an der Fernsehsendung « Le Débat / The Debate » auf France 24 teil. Wenn Sie englisch sprechen, hören Sie bitte, was ich sagte als die Diskussion sich darüber festfrass, ob die Wirtschaftsstatistiken Griechenlands gefälscht wurden oder nicht, oder, wenn Sie nicht englisch sprechen, lesen Sie, wie ich meine Intervention zusammenfasse :

Ich sage, es gibt ein neues Spiel mit den CDS (Credit-Default Swaps). Dieses Mal geht es nicht um 1) Bear Stearns, 2) Lehman Brothers, 3) Meryll Lynch, sondern um 1) Griechenland, 2) Portugal, 3) Spanien. Was die Finanzmärkte jetzt tun erinnert an die Operation von George Soros, der das britische Pfund 1992 schwächte (wenn man dann bedenkt, dass die Erneurung der Wirtschafts“wissenschaft“ in seinen Händen liegt!)

Ihre so mühselig vereinte Sammelbüchse für Griechenland wird in wenigen Stunden vom Sturme weggefegt, und Sie werden dann sofort vier weitere brauchen: eine für Portugal, eine für Zypern und eine für Irland und eine viel grössere als die vier zusammengenommen für Spanien.

Sie werden dann eine Atempause von ein paar Tagen bekommen, weil dans folgende Opfer nicht zur Eurozone gehört, es geht um das Grossbritannien. Es geht nicht um zu hohe Gehälter : Es handelt sich um Dominos, und so wie Lehman Brothers an dem Tag in den Himmel geschrieben wurde, an dem Bear Stearns fiel, so wird sich der Name Portugals am selben Tag im Firmament eintragen, an dem Griechenland seine Schulden nicht zahlen wird.

Also, was tun ? Die Projektoren auf die Ursache richten. Auf die todbringende Kombination der Notationen der öffentlichen Schuld der Staaten und die nackten Positionen der Credit-Default Swaps, diese Wetten, die von Leuten gemacht werden, die kein Risiko eingehen, die aber das systemische Risiko schaufelweise schaffen, mit einem einzigen Ziel: enorme persönliche Gewinne.

Es ist Zeit, meine Damen und Herren, das Verbot der Wetten über Preisschwankungen zu erwägen.

Entgegnen Sie mir nicht, das sei kompliziert: das ist es nicht, und das steht schon kleingedruckt in der amerikanischen Buchhaltungsnorm FASB 133.
Sagen Sie mir nicht, das würde « die Liquidität beeinträchtigen » darauf antworte ich gewöhnlich, dass die Wetter Liquidität nur für andere Wetter schaffen, und das hat somit keine Wichtigkeit, aber heute antworte ich etwas Anderes : « In diesem Stadium der wahrscheinlichen Desintegration der Eurozone : die Liquidität kann uns gleichgültig sein! »

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L’actualité de la crise: Zorro est arrivé !, par François Leclerc

Billet invité.

ZORRO EST ARRIVE !

La crise du déficit public monte inexorablement, apparaissant de plus en plus sans solution au fur et à mesure que le temps passe et qu’il faut passer des mots aux actes. Tous les gouvernements occidentaux sont placés devant un même dilemme, passé les rodomontades de tribune : comment réduire leur déficit sans plonger franchement dans la récession ?

L’un cherche à associer les républicains à de très impopulaires décisions, mais il n’y parviendra pas, sa stratégie bipartisane étant dans l’impasse dans tous les domaines, à propos de la régulation financière comme de la réforme de la santé. Les autres, en Europe, se sont pris les pieds dans le tapis avec leur démonstration ratée en Grèce, ne parvenant qu’à déclencher une crise majeure de l’euro, à la faveur d’une spéculation qui semble appelée à prendre de l’ampleur.

Figés dans une rigueur doctrinale qui ne les emmène nul part, les Européens s’avèrent incapables, eux aussi, de faire face aux remises en cause qui s’imposent et s’essayent une fois de plus à un vain jeu de constructions institutionnelles à propos de la gouvernance économique. Les Britanniques, quant à eux, jouent les prolongations en attendant des élections qui risquent de se terminer dans la confusion, sans vainqueur et avec deux vaincus. La coalition allemande au pouvoir étant en ce qui la concerne comparée au règne de la discorde.

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Le temps qu’il fait, le 26 février 2010

La bulle du conformisme, par Manuel Maria Carrilho

Feu en la demeure

Philippe Maystadt veut combattre la spéculation

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La bulle du conformisme, par Manuel Maria Carrilho

Ceci n’est pas un billet invité. Manuel Maria Carrilho ne sait pas que je publie ici sa tribune libre parue mercredi dans le quotidien portugais Diario de Noticias. La raison pour laquelle je reproduis cette tribune libre, vous la comprendrez en la lisant. La traduction est de François Leclerc.

La bulle du conformisme, par Manuel Maria Carrilho

Et si, comme beaucoup le prédisent, et comme les signes les plus récents le confirment, nous étions loin, peut-être même très loin, de la sortie de la crise complexe qui a commencé en 2008 ?

Aussi inconfortable que soit cette idée, il serait prudent d’y réfléchir. Car il est de plus en plus clair qu’il n’y aura pas d’issue à la crise tant que les facteurs qui y ont conduit n’auront pas été traités de manière substantielle. En premier lieu les facteurs financiers, mais également ceux qui sont d’ordre économique, social et culturel. Cela aurait du être évident, mais cela ne s’est pas produit.

Nous vivons ainsi dans le plus grand des paradoxes, qui est d’attendre la solution à la crise de la reprise des mécanismes qui l’ont produite. Nous devons regarder bien en face ce paradoxe, afin de comprendre la nature du problème auquel nous sommes confrontés. Celui-ci alimente la plus importante et la plus méconnue des bulles dans laquelle nous vivons, celle du conformisme.

Alimenté par la cupidité des spéculateurs, la désorientation des gens, l’incapacité des dirigeants politiques et l’engourdissement des masses, cette bulle a résisté à toutes les crises, condamnant le monde à ne pas voir d’autres issues que celles qui ont précisément mené à la situation dans laquelle nous nous trouvons.

De ce point de vue, les premiers mois de 2010 ont été très inquiétants : après les banques en 2008 et les entreprises en 2009, la crise atteint désormais les États. Ce qui n’est peut-être pas surprenant, compte tenu du fait que, au niveau mondial, il été dépensé plus de deux mille milliards d’euros pour tenter de relancer l’économie, conduisant les Etats à s’endetter à des niveaux jamais vus, avec des conséquences probablement inédites.

Le problème est que, entre-temps, les bourses ont repris vie, les produits financiers ont été à nouveau utilisés et les bonus ont été multipliés. Cela n’a pas été d’une grande aide pour l’économie réelle et la vie des gens. Les lueurs de la reprise qui ont été aperçues n’ont rien changé à la réalité du chômage, d’autant qu’elles ont elles-mêmes disparu.

Le plan d’Obama patine, les contradictions et les symptômes d’impuissance découlant de l’absence d’un gouvernement économique se multiplient au sein de l’Union européenne. Le G20 s’avère timoré et peu efficace (des mesures sont en préparation… pour 2012), les promesses de refondation du capitalisme sombrent du simple fait de leur vacuité, le socialisme n’a jamais été aussi silencieux qu’aujourd’hui.

Cette accumulation d’impasses montre combien il est urgent de percer la bulle du conformisme et de s’opposer à l’idée, que, en dehors d’elle, il n’y a pas d’alternative. Ce qui est nécessaire, c’est de regarder en direction de ceux – et ils sont nombreux- qui proposent d’autres voies. Parce que, aujourd’hui, ce ne sont pas les idées ni les options alternatives qui manquent. Ce qui fait défaut, c’est la capacité politique de les entendre, d’en discuter et éventuellement de les suivre.

Paul Jorion est un de ceux que l’on devrait écouter. Economiste et anthropologue, il a une vaste expérience du monde financier. Il a publié des travaux importants anticipant la crise et ce qui s’est passé, et a suggéré plusieurs propositions qui méritent l’attention de tous. Au cœur de la crise, il voit l’état de sauvagerie dans laquelle on a laissé la finance évoluer dans les dernières décennies, sous couvert d’une myriade de règlements, qui, contrairement à ce qui était prévu, ont au contraire favorisé toutes les formes d’abus et les dérives les plus hallucinantes.

Comparant la finance à la politique, il soutient qu’il faut faire en manière de finance ce que la démocratie représentative a représenté pour la politique, c’est à dire domestiquer son état naturel, la civiliser par le biais de l’adoption d’une « constitution » qui réglemente son fonctionnement. Une constitution qui doit être simple et efficace : avec des milliers de banques éparpillées dans le monde entier, ainsi qu’avec la prolifération des institutions et des produits financiers, les réglementations détaillées sont inutiles et contre-productives. Ce qui s’impose, c’est d’établir de grands principes dont l’application rigoureuse puisse être facilement contrôlée par tous et dans tous les domaines.

Par exemple, si l’on prétend replacer au cœur de l’économie la banque, et empêcher qu’il soit spéculé avec l’argent des déposants, il faut rétablir une séparation claire entre banque de dépôt et banque d’investissement. Si l’on veut empêcher l’économie de casino, il faut interdire la spéculation sur les fluctuations de prix, etc. Au delà de mesures dont les effets s’épuisent, aussi indispensables soient-elles, c’est de règles comme celles-ci – bien d’autres étant suggérées dans le même esprit – que le monde a besoin. De véritable règles instituant le changement, qui vont nous sortir de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons.

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Feu en la demeure !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

English version here.

Messieurs, Dames, des instances européennes, je m’adresse à vous : il y a feu en la demeure !

Vous ne sauverez pas la Grèce en lui enjoignant de baisser le salaire de ses fonctionnaires. Vous ne sauverez pas la Grèce en l’encourageant à combattre la fraude fiscale. Vous ne la sauverez pas non plus en créant une… cagnotte (on tombe ici dans le dérisoire !). Il est beaucoup trop tard pour tout cela. Et de toute manière, le problème n’est pas là.

Le 3 février, je participais à l’émission « Le Débat / The Debate » sur France 24. Si vous parlez l’anglais, écoutez je vous en prie ce que je dis quand la discussion s’enlise sur le sujet de savoir si les statistiques économiques de la Grèce ont été bidouillées oui ou non, et si vous ne parlez pas l’anglais, lisez s’il vous plaît la façon dont je résume mon intervention :

Je dis qu’il y a à nouveau un petit jeu sur les Credit-Default Swaps (CDS). Cette fois, ce n’est plus 1) Bear Stearns, 2) Lehman Brothers, 3) Merrill Lynch, c’est 1) Grèce, 2) Portugal, 3) Espagne. Ce que font en ce moment les marchés financiers n’est pas sans rappeler l’opération de George Soros qui coula la livre britannique en 1992 (quand on pense que le renouveau de la « science » économique est entre ses mains !)

Votre cagnotte pour la Grèce, si péniblement rassemblée, sera emportée par la bourrasque en quelques heures, et il vous en faudra immédiatement quatre autres : une autre pour le Portugal, une pour l’Irlande, une pour Chypre et une beaucoup plus grosse que les quatre autres mises ensemble, pour l’Espagne.

Vous aurez alors quelques jours pour reprendre votre souffle parce que la victime suivante ne fait pas partie de la zone euro puisqu’il s’agira du Royaume-Uni.

Il n’est pas question de salaires trop élevés : il s’agit de dominos, et de la même manière que le nom de Lehman Brothers était écrit dans le ciel le jour où Bear Stearns est tombée, le nom du Portugal s’inscrira au firmament le jour où la Grèce fera défaut sur sa dette.

Alors que faire ? Tourner les projecteurs vers la cause. Vers la combinaison mortifère des notations de la dette publique des États par les agences de notation et les positions nues des Credit–Default Swaps, ces paris faits par des gens qui ne courent aucun risque mais qui créent du risque systémique à la pelle, dans un seul but : d’énormes gains personnels.

Il est temps, Messieurs, Dames, d’envisager l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix.

Ne m’objectez pas que c’est compliqué : ce ne l’est pas, c’est déjà écrit en filigrane dans la norme comptable américaine FASB 133.

Ne me dites pas que cela va « affecter la liquidité » : à ce reproche, j’ai l’habitude de répondre que les parieurs ne créent de la liquidité que pour d’autres parieurs et que cela n’a donc aucune importance, mais aujourd’hui, j’ajouterai autre chose : « À ce stade-ci de désintégration probable de la zone euro : la liquidité, on s’en fiche ! »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Dames du temps jadis

Vous vous souvenez de Jacqueline François ? Et d’Yvette Giraud ? De Tohama alors ?

Non ? Elles étaient pourtant les chanteuses préférées de mon père. Ça veut dire quelque chose. Et en plus, il ne devait pas être seul à les aimer.

Bon, alors voilà : pour vous rafraîchir un peu les idées, et par la grâce de YouTube…

Jacqueline François

Yvette Giraud

Tohama

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L’actualité de la crise: la dette ou comment s’en débarrasser, par François Leclerc

Billet invité.

LA DETTE OU COMMENT S’EN DEBARRASSER

Olivier Blanchard, chef économiste du FMI, vient d’annoncer la couleur dans une interview accordée au quotidien italien La Repubblica : « l’assainissement (des finances publiques) sera extrêmement douloureux », prédit-il. Il détaille ensuite ses modalités : des efforts devront être accomplis pendant 10 à 20 ans, faits de sacrifices sur les salaires, de réduction des dépenses sociales et d’augmentation des impôts.

Sa vision dramatique n’est cependant pas sans arrière pensée, quelques jours après la publication d’une note de recherche, cosignée, qui a fait grand bruit et dans laquelle il est évoqué la possibilité de relever aux environs de 4% le taux d’inflation considéré comme admissible dans les sociétés occidentales. Alors que la norme édictée par les banques centrales est actuellement de 2%. Car, si sa suggestion devait être retenue – ce qui est dans l’immédiat impensable – cela créerait quelques marges de manoeuvre pour concevoir et mettre en oeuvre de nouveaux plans de relance publics, totalement à contrepied de l’ire du moment, qui veut que la lutte contre les déficits publics est la tâche urgente et prioritaire pour les gouvernements. Que cela soit suffisant est une autre affaire, c’est l’intention qui compte  !

Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, vient d’ailleurs de dire tout haut ce que chacun murmure tout bas  : « … la reprise dans notre principal marché d’exportation, la zone euro, semble avoir calé ». Il a aussi estimé que la petite flambée des prix enregistrée au Royaume-Unie allait retomber, évoquant si nécessaire la reprise du programme de rachats d’actifs, interrompu alors que l’enveloppe initiale de 200 milliards de livres a été dépensée.

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Jusqu’où la folie ?, par Corinne Lepage

On pouvait lire il y a quelques jours dans un article publié dans The Guardian :

David Jane, responsable du placement en actions chez M & G – qui contrôle plus de 170 milliards de £ au nom de petits investisseurs – précisait qu’il en coûtait désormais seulement 1 £ par jour pour spéculer sur 1 million £ de devises.

Les sommes en cause font frémir.

Quotidiennement, le montant global échangé sur les marchés des changes (ndlr : Forex en anglais, contraction de Foreign Exchange) oscille autour de 4 « trillions » de dollars, 90% étant de la spéculation pure.

Les taux d’intérêt historiquement bas permettent en effet aux spéculateurs de faire des paris valant plusieurs milliards d’euros à un coût proche de 0.

« Vous pouvez actuellement vendre à découvert des euros pour un coût quasi nul puisque le cost of carry ou coût prélevé sur les positions maintenues ouvertes a chuté. C’est l’une des conséquences inattendues de l’assouplissement quantitatif (en anglais : quantitative easing) et de l’action des banques centrales à travers le monde visant à maintenir les taux d’intérêt bas », souligne David Jane.

Cette situation est gravissime car elle permet de mettre en péril non seulement la Grèce mais derrière elle toute la zone euro, sans que ceux qui spéculent ne courent en réalité de véritables risques.

Ainsi, grâce à l’endettement que les gouvernements leur ont fait consentir, les citoyens européens ont non seulement permis la spéculation qui se retourne aujourd’hui contre eux, mais les taux très bas de la banque centrale alimentent encore davantage la spéculation.

Jusqu’où faudra-t-il aller pour qu’enfin des mesures coordonnées soient prises par le G20 ou a minima par l’Europe pour que les spéculateurs perdent et les États, c’est-à-dire les citoyens, gagnent ?

Pourtant, les possibilités existent. D’abord, une solidarité européenne autour de la Grèce par un emprunt gagé par les Européens, qui ferait baisser les taux d’emprunt de la Grèce. Ensuite et surtout, réglementer très strictement les ventes à découvert, ce qui pourrait se faire dès lors que la volonté politique l’exigerait. Mais en est-il ainsi ? Les traders londoniens dominent le marché, les cinq premiers acteurs du marché des devises en 2009 ont été la Deutsche Bank, Union de Banques Suisses (UBS), Barclays Capital, Royal Bank of Scotland (RBS) et Citibank. On peut donc douter d’une quelconque volonté de s’opposer sérieusement à de tels intérêts.

Et pourtant, dans une situation où la crise économique ne cesse de croître – malgré la méthode Coué ambiante –, il est plus qu’urgent d’intervenir pour sauver la zone euro et commencer à prendre de vraies mesures pour soumettre le système financier aux besoins de l’économie et à l’intérêt du plus grand nombre.

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Et si la croissance ne revenait pas ?, par Jean Chamel

Billet invité.

Et si la crise que nous traversons actuellement marquait la fin d’une époque, celle de la croissance économique ? Non parce que le capitalisme aurait perdu la raison en se dévoyant dans une financiarisation devenue incontrôlable, ni même parce que des ressources naturelles de plus en plus rares imposeraient une limite infranchissable à l’expansion de l’économie (ce que nous ne contestons pas), mais plus prosaïquement parce que nos vieilles nations, dites industrialisées, arriveraient au terme d’un long processus de transition économique.

Telle est la thèse que nous souhaitons défendre. Pourquoi en effet, de tous les changements, aussi bien économiques que sanitaires, démographiques, sociaux ou politiques, qui ont marqué la transformation de notre société au cours des derniers siècles, la croissance des activités économiques devrait être le seul qui n’admette point de limites ? Les taux de mortalité et de natalité, dont la décroissance décalée est bien connue sous le nom de transition démographique, ne peuvent descendre jusque zéro, au même titre que les taux de fécondité.

Figure 1. La transition démographique

Inversement, les taux d’alphabétisation ou d’urbanisation ne peuvent évidemment dépasser la barre des 100%. On peut tout aussi bien évoquer d’autres limites à des phénomènes plus difficilement quantifiables : la marche vers l’égalité des sexes ne peut franchir la frontière de l’égalité absolue, de même que la démocratisation ne peut aller au-delà d’une répartition parfaite de l’exercice du pouvoir entre les citoyens (dans l’un et l’autre cas, ces représentations sont, il est vrai, bien sommaires). N’y aurait-il donc aucune borne au phénomène d’expansion de l’économie ?

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L’actualité de la crise : coup au coeur, par François Leclerc

Billet invité.

COUP AU COEUR

La rédaction d’une chronique sur l’actualité de la crise implique-t-elle de savoir conserver en toutes circonstances son sang froid ? Sans doute est-il admissible – aux lecteurs d’en juger – de laisser de temps en temps apparaître, en dépit de la distance que veut cet exercice, l’humeur de celui qui s’y astreint.

Un certain Angel Gurria est à l’origine de cette sortie. Secrétaire général de l’OCDE – à ce titre responsable du grossier maquillage qu’opère cette organisation internationale avec sa liste bidon de paradis fiscaux – il vient de commettre une déclaration emblématique (comme l’on dit maintenant). Emblématique de quoi ? D’une prétention à régenter le monde, au nom d’on ne sait quelle légitimité.

« Les projets de réforme sociale qui se débattent sont plus nécessaires que jamais », a-t-il affirmé en Espagne, où il est question, à côté d’autres mesures sur la « flexibilité du travail », de reporter l’âge légal de la retraite de 65 à 67 ans, afin de sauvegarder le système de sécurité social mis à mal par le vieillissement de la population (que l’on découvre subitement).

Le point de vue d’Angel Gurria aurait pu passer inaperçu, s’il n’avait pas ajouté afin d’appuyer son affirmation que « Ce n’est pas seulement une question de responsabilité, mais de signaux (…) Les agences de notation sont en train de regarder ce que nous sommes en train de faire ». Montrant qu’elles ne sont pas aveugles en tout, ce qui est déjà une consolation.

L’OCDE se fait ainsi l’interprète des agences de notation, mais de qui ces agences sont-elles à leur tour l’interprète ? Quel scénario injouable cherchent-elles à accréditer ?

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Le linge sale… très sale, qu’on lave en famille

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On entend beaucoup dire ces jours-ci, à propos de la Grèce et des contournements du « pacte de stabilité et de croissance » de la zone euro que Goldman Sachs lui a permis d’opérer : « Comment est-ce possible qu’un établissement financier vende un produit et parie ensuite sur sa mauvaise performance ? » Et il faudrait ajouter : « Au risque de couler la Grèce – et dans son sillage, par un effet de dominos : le Portugal, l’Espagne… et l’ensemble de la zone euro ».

Mon premier début de réponse, je le propose sous forme d’une autre question : « Comment est-ce possible que Mr. Alan Greenspan, président de la Federal Reserve de 1987 à 2006, gardienne des taux d’intérêt américains, puisse être dans un premier temps l’ange gardien du crédit immobilier américain, et devenir ensuite dans un second temps – quand il a échoué dans sa tâche – le conseiller d’un hedge fund, Paulson & Co, qui a gagné 23,5 milliards de dollars en pariant sur l’effondrement de la valeur des titres de ce même crédit immobilier ? »

Et la réponse intégrale est celle-ci : parce qu’on peut gagner beaucoup d’argent en vendant cher de la camelote, et qu’on peut aussi gagner beaucoup d’argent en s’assurant ensuite contre les dégâts provoqués par cette camelote. Beaucoup d’argent dans un sens, beaucoup d’argent dans l’autre sens.

« Ces gens n’ont vraiment aucune dignité ? », direz-vous. Non : ni dignité, ni honneur, ni morale. Ils sont les homo oeconomicus, que la « science » économique n’a pas arrêté de nous vendre comme le nec plus ultra depuis cent cinquante ans : ils sont « rationnels » et dans une seule dimension : celle du profit. Avez-vous jamais entendu dire que l’homo oeconomicus ait une dignité, un honneur, une morale ? Soyons sérieux : si c’était le cas, comment voudriez-vous décrire son comportement à l’aide d’équations et de courbes ?

Pourquoi en reparler aujourd’hui ? Parce que l’on commence à comprendre ce qui s’est passé en Grèce. Parce qu’ un article paru sur le site de l’agence Bloomberg ce matin nous fait comprendre pourquoi la Société Générale a été la principale bénéficiaire du sauvetage de l’assureur américain AIG à l’automne 2008 : parce que Goldman Sachs lui avait vendu les CDO (Collateralized–Debt Obligations – voir le glossaire) les plus vérolés qui soient : Davis Square Funding Ltd.’s DVSQ 2006-6A capital ayant perdu 77,7 % de sa valeur. Si la France s’est fâchée à cette occasion, on ne peut que l’en féliciter, mais comme on ne l’a pas su, c’est qu’on n’a pas voulu nous le dire : on a une fois de plus lavé le linge sale en famille.

Notre espèce a inventé la démocratie pour que nous apprivoisions notre comportement politique mais nous avons pendant ce temps-là laissé la loi de la jungle présider à nos comportements économiques. J’écrivais le 28 août dernier que « L’extraterritorialité morale de la finance n’a que trop duré ! », je n’ arrête pas de le répéter depuis.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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La démesure magnifique

Le très beau commentaire de Jean-Pierre Voyer sur le « bricoleur américain » m’a renvoyé à mes propres souvenirs et à ma propre ambivalence envers les « iouessofé » et mes douze ans d’Amérique (« les États-Unis » pour les puristes), comme ayant toujours été le pire de l’Europe multiplié par cent, et le meilleur aussi multiplié par cent également : l’environnement volé, combiné à l’esprit « pionnier » (mort en Europe : englué dans le train-train minable) produisant la démesure magnifique. Le pire est haïssable bien sûr, le meilleur, admirable.

Pour ceux qui l’auraient raté : le commentaire de Voyer :

Ce que vous appelez le bricolage prend chez les Américains du nord une dimension inconnue en France (nous sommes loin de la tondeuse à gazon). Ainsi, un ouvrier soudeur (à 9$ de l’heure ce qui à l’époque – il y a trente ans – était sans comparaison avec les salaires européens) possédant un grand terrain sur lequel il avait édifié sa maison, fut pris soudain par l’envie de pêcher ; il achète un vieux Caterpillar, le retape, se creuse un immense étang, l’alevine, puis pêche. Quand les bricoleurs français en seront là… Ce qui caractérise l’Amérique du nord, c’est la puissance et le « ne douter de rien ». J’espère qu’ils nous étonneront encore.

L’un de ses fils, ouvrier lui aussi, avait un avion. Son autre fils jouait de la guitare et était scientologue. Une de ses filles était folle de négritude, se coiffait afro et avait épousé un noir. Son autre fille est celle que j’ai connue et qui avait du sang indien comme ses frères et soeur. La bourgade où elle naquit avait pour nom M’pah pah.

Bonne chance à eux de toute manière, ils en auront bien besoin.

Nous aussi d’ailleurs.

Eddie Cochran

Gene Vincent

Bill Haley

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BFM Radio, lundi 22 février 2010 à 10h46

Le fossé qui se creuse

Un fossé inquiétant est en train de se creuser. J’ai vu la semaine dernière des chiffres très alarmants. Des chiffres économiques effrayants, on en voit tous les jours, mais là, il s’agissait d’autre chose : il s’agissait des chiffres d’un sondage américain de l’Agence Rasmussen. Les chiffres les plus récents confirment une tendance de plus en plus marquée au fil des mois : une défiance de la population envers ceux qui la représentent et la gouvernent. À peine un peu plus d’un Américain sur cinq (21 %) considère aujourd’hui que la classe politique représente les citoyens ordinaires. Plus inquiétant encore – si l’on peut dire – est le fait que la classe politique n’en est absolument pas consciente : quand on interroge ses membres, près des deux tiers d’entre eux (63 %) considèrent qu’ils représentent le peuple de manière satisfaisante.

Plus intéressant encore est le fait que les anciens clivages politiques ont cessé de jouer : les électeurs qui se sont enregistrés comme démocrate ou républicain (c’est la manière dont on procède aux États-Unis) sont très proches les uns des autres sous ce rapport. Le « populisme » dirigé contre les politiciens est devenu en Amérique le courant massivement majoritaire, regroupant entre les deux tiers et les trois quarts de la population. Au point que l’institut de sondage Rasmussen l’a débaptisé de « populiste » pour l’appeler désormais : « mainstream », autrement dit : « courant dominant ».

Quelles sont les causes de cette perte de confiance massive ? Le sentiment qu’il existe une collusion entre la classe politique et le monde financier. La crise a été perçue par le public comme une faillite retentissante de l’establishment financier, qui en sort décrédibilisé. Or la classe politique semble avoir pris fait et cause pour le monde de la finance. Quand on demande aux Américains si la classe politique constitue un groupe d’intérêt poursuivant ses propres objectifs, 71 % répondent désormais que oui.

Observe-t-on quelque chose de similaire en Europe ? C’est difficile à dire : je n’ai pas vu d’enquête d’opinion à ce sujet. Un sondage IFOP – Le Monde publié le 19 janvier, mené en parallèle en France et en Grande-Bretagne, faisait apparaître, comme aux Etats-Unis, une désaffection massive – et du même ordre de grandeur dans les deux pays – envers le monde de la finance et de la politique aujourd’hui confondus.

Quels enseignements peut-on en tirer ? Ils sont de deux types. Il faut tout d’abord constater que la désaffection de la population envers la classe politique a atteint la cote d’alerte. On a connu des périodes où le fossé s’était creusé de cette manière et ce furent des périodes de très grande instabilité. Scott Rasmussen, le directeur de l’agence, observe à propos de ce sondage que le rejet de leurs gouvernants par les Américains atteint sans doute le niveau qu’il avait lors de leur guerre d’indépendance au XVIIIe siècle. La deuxième remarque est plus positive : les majorités qui sont en train d’émerger dans des pays occidentaux très différents les uns des autres, comme les Etats-Unis, la France ou la Grande-Bretagne, exigent que la finance – et peut-être même l’argent – joue dans notre monde un rôle plus limité que celui qu’on lui a vu jouer dans les années récentes. Ce sont des majorités de l’ordre de 70 %, voire même de 80 %, et qui frôlent donc maintenant l’unanimité.

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Tout est lié, par Corinne Lepage

Billet invité.

Peut-on rapprocher la polémique sur le GIEC et les perspectives climatiques et le renforcement de la prise de pouvoir par le système financier du reste du monde ? A mon sens, oui. Ce rapprochement ne s’impose pas dans la mesure où les climato-sceptiques semblent tirer leur force des « erreurs » du GIEC, ce qui prouverait que le problème est endogène au GIEC. Je ne le crois pas un instant. Sans doute, des erreurs ont été commises par le GIEC sur la date éventuelle de disparition des neiges éternelles ou sur la reprise comme argent comptant des évaluations du gouvernement des Pays Bas lui-même quant au risque de submersion de son territoire. Mais cela ne change rien au problème de fond. De plus, les climato-sceptiques n’ont à aucun moment produit des documents présentant une explication crédible des phénomènes constatés et de surcroît, en toute hypothèse, chacun ne peut qu’admettre que la sortie de l’économie pétrolière est inévitable en raison de la réduction des réserves disponibles.

Dès lors, l’emballement médiatique climato-sceptique a d’autres origines évidemment qu’une discussion honnête sur les changements climatiques. Ils traduisent la reprise en main, après l’échec de Copenhague auquel ils ont très largement contribué, du lobby pétrolier (étatique via l’Arabie saoudite qui comme par hasard a « sorti » le « climategate » à Copenhague en privé) et de tous ceux qui ont spéculé et continuent à le faire sur le pétrole. De plus, les Etats, pour cacher leur incompétence, ont tout intérêt à réduire aujourd’hui l’importance du sujet, d’où le gain en terme d’image du débat sur la réalité d’un phénomène qui a mobilisé toute la planète voici 2 mois.

Le rapprochement entre la tentative, assez bien réussie, de déstabilisation des efforts en faveur d’une économie sobre et l’aggravation de la crise économique sous l’effet de la rapacité et de la perversité de certaines banques, agences de notation et autres acteurs du système financier est à opérer sous plusieurs angles :

• D’abord, la faiblesse des Etats qui sont, dans un cas comme dans l’autre, « baladés » par ceux qui, sans aucun état d’âme, – à l’instar de Hugh Hendry, gestionnaire du fonds Eclectica claironnant à propos de la spéculation de la Grèce : « nous allons gagner des millions ». Et, alors parient sur la ruine et la disparition des autres comme s’ils n’étaient pas concernés.

• Les liens croissants entre les politiques climatiques et le système financier, que ce soient les dérives du marché des quotas, la spéculation sur le prix du pétrole ou l’utilisation des fonds souverains d’origine pétrolière et des pétro-dollars.

• Le maniement de la presse comme outil de désinformation autant que d’information en l’absence de la capacité réelle de disposer d’outils efficaces assurant l’indépendance politique et économique des médias.

Cela signifie que si la crise est systémique, la réponse doit l’être également. Nous n’en sortirons qu’en rassemblant des sujets apparemment sans rapport entre eux mais qui traduisent la même prise de pouvoir et les mêmes conséquences pour l’immense majorité.

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Ce qu’il reste de pouvoir au peuple, par zébu

Billet invité.

Un bref moment, une lueur d’espoir qu’une régulation possible de la finance puisse voir le jour brilla : ce fut le jeudi 21 janvier 2010, quand le Président américain Barack Obama fit savoir qu’il entendait s’attaquer aux géants de la finance. Il soutint en effet la proposition de Paul Volcker, ancien Secrétaire au Trésor, d’interdire aux banques de réaliser du trading pour compte propre et de réduire la taille des établissements financiers, afin d’éviter que cette taille justement ne serve d’alibi aux ‘TBTF’ (Too Big To Fail).

Après un (court) moment de réelle inquiétude (où les ‘valeurs financières’ plongèrent en bourse), les ‘marchés’ reprirent leurs activités, ‘business as usual’. Car il s’avéra rapidement que les conditions qui auraient pu permettre de faire passer cette (timide, mais prometteuse) réforme n’existaient plus : les démocrates avait perdu un siège au Sénat. Et comme le Président Obama s’escrimait à obtenir un accord à tout prix, même médiocre, qui relève donc d’un ‘bipartisanisme’ d’autant plus prégnant que la majorité manquait aux démocrates, la ‘Volcker Rule’ fut donc mort-née, étouffée par le cordon ombilical d’un système politique américain grippé, que seul l’exécutif américain aurait pu couper pour laisser vivre cette initiative.

Car le passage en force contre le filibustage au congrès d’une telle proposition de loi, toujours possible bien que relevant de l’utilisation de l’arme ‘nucléaire’ de la jurisprudence de la Cour Suprême, ainsi que l’utilisation d’Executive Orders par le Président (comme par Roosevelt dans les années 30) ne furent pas utilisés : la régulation financière attendra.

Qu’un homme comme Paul Volcker, ancien Secrétaire au Trésor, estimé, peu porté à jeter ‘le bébé avec l’eau du bain’, républicain, monétariste, du haut de ses 82 ans, ne puisse même pas initier réellement une présentation d’un projet de loi de ce niveau en dit long sur la puissance des lobbies en cour à Washington. Wall Street avait suffisamment payé les errements de la période Roosevelt selon elle, avec notamment le Glass Steagall Act, pour accepter que le moindre retour à un semblant de régulation ne se fasse jour.

Dont acte : système verrouillé, pour l’instant.

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L’actualité de la crise: la Grande Crise s’auto-alimente, par François Leclerc

Billet invité.

LA GRANDE CRISE S’AUTO-ALIMENTE

Une constatation s’est déjà imposée : la Grande Crise est sortie de son état aigu, au moins provisoirement, pour entrer dans une phase chronique. Ce que l’on peut traduire par durable et installée. A poursuivre son observation – prenant un peu de recul face à la succession à cadence rapprochée de ses épisodes – on peut désormais également comprendre qu’elle s’auto-alimente. En d’autres termes qu’elle ne se poursuit pas uniquement parce qu’il n’a pas été fait face aux causes initiales de son déclenchement, mais aussi parce que les tentatives d’y remédier sont en elles-mêmes porteuses de sa poursuite et de son approfondissement. En ce sens, elle se reproduit.

Une conclusion s’impose alors : faute d’une reconfiguration en profondeur du capitalisme financier, pouvant aboutir à sa remise en question car il s’y oppose, la Grande Crise est devenue endémique. Pour s’en débarrasser, il n’y a d’autre issue que d’en faire autant d’un système financier parasitaire qui continue de s’accrocher à un corps social de moins en moins sain. Dont il est ressentit qu’il est vital de le préserver par un nombre grandissant de ses acteurs.

Afin de mettre en évidence ce phénomène de pérennisation désormais bien enclenché, tout peut partir d’une autre constatation, qui ne souffre pas discussion. Trois bulles financières distinctes coexistent actuellement, les deux dernières étant les produits d’une tentative inachevée et inopérante de faire face à la première. La bulle-mère est celle des actifs toxiques, qui est fort loin d’être résorbée. Les actifs y sont parqués dans ces bad banks de fait que sont les banques centrales, dans de discrets Special Purpose Vehicles, ou bien au fin fond des bilans mêmes des établissements financiers zombies, où ils sont très progressivement dépréciés.

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Joe Stack (1956 – 2010)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Si vous lisez la presse américaine aujourd’hui, vous constaterez que la grande préoccupation, c’est de savoir si Joe Stack qui a planté son petit avion dans l’immeuble du fisc à Austin – Texas, faisant deux morts (lui y compris) et de nombreux blessés, était de gauche ou de droite. Joe était-il plutôt Tea Party avec son souci constant durant sa vie de payer le moins d’impôts possible – voire pas du tout ? Ou bien était-il plutôt communiste, comme le ferait penser sa transposition ingénieuse du « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » en un crédo capitaliste : « de chacun selon sa crédulité, à chacun selon sa cupidité » ?

Si l’on lit la proclamation qu’il laissa sur la toile, on découvre surtout un gars qui en a trop bavé, et qui se trouve un beau jour au bout du rouleau. Dans les moments de désespoir, ou bien le déclic finit par se faire, qui relance cahin-caha la machine à vivre, ou bien il n’a pas lieu, et comme Joe Stack, on se flingue. Lui, comme les pharaons, n’a pas voulu partir tout seul.

Rien de très politique au sens classique dans ce qu’il écrit : qu’il ne faut pas croire ce qu’on vous raconte à l’école parce que ce n’est pas de cette manière-là que ça marche, parce que les dés sont pipés. Que quand on n’est pas né au bon endroit, on a beau battre des ailes, on n’arrivera jamais à voler. Et il illustre sa thèse par des « éléments de contexte », comme le fait qu’il ignora le conseil donné par une vieille dame de suivre son exemple : de bouffer de la viande pour chat plutôt que de faire comme lui pendant plusieurs années et ne manger que du pain et du beurre de cacahuètes.

Il écrit aussi :

Je me souviens avoir lu à propos du krach boursier qui précéda la « Grande » crise qu’il y eut de riches banquiers et hommes d’affaire qui sautèrent par la fenêtre quand ils se rendirent compte qu’ils avaient merdé et avaient tout perdu. Le progrès accompli dans notre beau pays en 60 ans est tout à fait admirable puisqu’ils ont découvert depuis comment résoudre cette légère difficulté économique. Maintenant, ils se contentent de voler la classe moyenne (à qui on ne demande pas son avis – les élections sont une farce) pour se refaire, et on revient au « business as usual ». De nos jours, quand les riches se plantent, ce sont les pauvres qui paient pour leurs crimes… une solution à la fois propre et astucieuse.

A lire cela, on en vient même à se demander si Joe Stack n’était pas carrément fou.

Vous ne croyez pas ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le Soir, samedi 20 février

L’article m’avait été présenté comme un « entretien ». C’est assez différent à l’arrivée. Enfin bon.

Austérité ou croissance, le dilemme de l’Europe de Dominique Berns

Un spectre hante l’Europe : l’austérité budgétaire. Face au vieillissement, suffirait-il de réduire les déficits publics au moment où l’Union a besoin de croissance ? Débat.

le retour à la discipline budgétaire, tel est le mot d’ordre un peu partout en Europe. Il y a plusieurs mois, Berlin a donné le ton : un amendement constitutionnel a été voté, qui prévoit qu’à partir de 2016, le déficit public fédéral ne pourra dépasser 0,35 % du PIB en moyenne sur le cycle économique. Peu commenté alors, ce nouveau standard met la pression sur les autres États membres de l’Union, depuis que la spéculation s’est déchaînée contre l’État grec, désormais condamné à se financer à des taux bien plus élevés.

L’austérité

budgétaire

tous azimuts…

La Grèce est le coupable idéal, parce qu’elle a maquillé ses comptes et s’est exemptée de consolider ses finances publiques malgré la baisse des taux dont elle a profité après son entrée dans l’euro. Les ministres des Finances de la zone euro ont, en début de semaine, demandé à Athènes des efforts supplémentaires. Mais ce pays n’est pas le seul concerné.

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Le temps qu’il fait, le 19 février 2010

@rrêt sur images
« À quoi servent les économistes ? » Les Cahiers, Le Cercle des Economistes, PUF – Descartes & Cie, 2010
La Grèce
L’interdiction des paris sur les fluctuations de prix

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