Feu en la demeure !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

English version here.

Messieurs, Dames, des instances européennes, je m’adresse à vous : il y a feu en la demeure !

Vous ne sauverez pas la Grèce en lui enjoignant de baisser le salaire de ses fonctionnaires. Vous ne sauverez pas la Grèce en l’encourageant à combattre la fraude fiscale. Vous ne la sauverez pas non plus en créant une… cagnotte (on tombe ici dans le dérisoire !). Il est beaucoup trop tard pour tout cela. Et de toute manière, le problème n’est pas là.

Le 3 février, je participais à l’émission « Le Débat / The Debate » sur France 24. Si vous parlez l’anglais, écoutez je vous en prie ce que je dis quand la discussion s’enlise sur le sujet de savoir si les statistiques économiques de la Grèce ont été bidouillées oui ou non, et si vous ne parlez pas l’anglais, lisez s’il vous plaît la façon dont je résume mon intervention :

Je dis qu’il y a à nouveau un petit jeu sur les Credit-Default Swaps (CDS). Cette fois, ce n’est plus 1) Bear Stearns, 2) Lehman Brothers, 3) Merrill Lynch, c’est 1) Grèce, 2) Portugal, 3) Espagne. Ce que font en ce moment les marchés financiers n’est pas sans rappeler l’opération de George Soros qui coula la livre britannique en 1992 (quand on pense que le renouveau de la « science » économique est entre ses mains !)

Votre cagnotte pour la Grèce, si péniblement rassemblée, sera emportée par la bourrasque en quelques heures, et il vous en faudra immédiatement quatre autres : une autre pour le Portugal, une pour l’Irlande, une pour Chypre et une beaucoup plus grosse que les quatre autres mises ensemble, pour l’Espagne.

Vous aurez alors quelques jours pour reprendre votre souffle parce que la victime suivante ne fait pas partie de la zone euro puisqu’il s’agira du Royaume-Uni.

Il n’est pas question de salaires trop élevés : il s’agit de dominos, et de la même manière que le nom de Lehman Brothers était écrit dans le ciel le jour où Bear Stearns est tombée, le nom du Portugal s’inscrira au firmament le jour où la Grèce fera défaut sur sa dette.

Alors que faire ? Tourner les projecteurs vers la cause. Vers la combinaison mortifère des notations de la dette publique des États par les agences de notation et les positions nues des Credit–Default Swaps, ces paris faits par des gens qui ne courent aucun risque mais qui créent du risque systémique à la pelle, dans un seul but : d’énormes gains personnels.

Il est temps, Messieurs, Dames, d’envisager l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix.

Ne m’objectez pas que c’est compliqué : ce ne l’est pas, c’est déjà écrit en filigrane dans la norme comptable américaine FASB 133.

Ne me dites pas que cela va « affecter la liquidité » : à ce reproche, j’ai l’habitude de répondre que les parieurs ne créent de la liquidité que pour d’autres parieurs et que cela n’a donc aucune importance, mais aujourd’hui, j’ajouterai autre chose : « À ce stade-ci de désintégration probable de la zone euro : la liquidité, on s’en fiche ! »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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387 réflexions sur « Feu en la demeure ! »

  1. @ Jean Luc

    Heu, z’auriez pas de la Nautamine ?
    J’ai attrapé le mal de mer en montant et descendant dans les commentaires !

  2. Bonsoir,

    vous ne pensez pas que supprimer les CDS risque de coûter trés cher au systéme et ainsi provoquer une nouvelle crise financiére ?

    Cordialement

    1. Ca, Babypouf, c’est intéressant comme remarque d’incompréhension et d’ignorance.
      Car le système financier a failli s’effondrer complètement et il a fallu que des gros banquiers et tous les plus grands politiques se concertent un week-end afin que le lundi une riposte soit trouvée pour le “business as usual”

      Messieurs Jorion et Leclerc : il me semblerait INDISPENSABLE de créer une rubrique “historique succinct de la crise” afin que les lecteurs puissent découvrir TOUT ce que l’on a voulu leur cacher.

      CECI ME SEMBLE INDISPENSABLE.

  3. Bonsoir

    Bon courage dans votre engagement Paul Jorion. Il faut en effet interdire les paris sur les fluctuations de prix des actions, des obligations,des devises
    Et ce serait déjà la solution pour sauver l’euro au delà de la crise financière plus globale.
    Je pense que vous commençez à faire évoluer la vision des gouvernements en Europe
    En tant qu’européen je souhaiterais que l’Europe sorte renforcée de cette épreuve , même si contenu de la situation je ne fais pas trop d’illusions.
    Peut être faut-il penser, au delà de la bataille europénne immédiate, aux efforts supplémentaires futurs pour circonscrire la spéculation aux EU et au RU ?

  4. http://www.youtube.com/watch?v=zeFvALCiJtI

    « En attendant que les Shadoks se lassent de pomper et que le plan Shadok rate, les Gibis sont partis en vacances à la campagne… Et les Gibis s’amusaient. Tandis que pendant ce temps-là, les Shadoks, eux, pompaient … pompaient … pompaient. Ils pompaient le matin. Ils pompaient le midi. Ils pompaient le soir. Et quand ils ne pompaient pas, ils rêvaient qu’ils pompaient, ce qui revient exactement au même car la Cosmopompe avait été spécialement étudiée. Mais plus ils pompaient, plus il n’y avait rien qui sortait. Et le Professeur Shakoko était inquiet. D’autant plus que la planète Shadok recommençait à se déformer et donnait des signes de désaggrégation imminante »

    1. Chers Shadoks.

      Je devais être dans la phase la plus importante d’apprentissage des valeurs (5/6 ans) lorsque je les regardais à la télé.
      Je ne m’étonnes donc plus d’avoir des facilités pour reconnaître une pompe à finance…

      Par contre, mes parents ont souvent été surpris par mon langage restreint : ga zu bo meuh

  5. Je viens d’envoyer le lien de l’appel de P. Jorion en date du 25/2 aux députés de Loire Atlantique, je pense que chaque lecteur peut le faire pour son département, la manipe est très simple, on recueille les noms sur le net, on se rend sur le site de l’assemblée, on y trouve l’adresse courriel de l’assemblée voir une autre car les députés ont presque tous un blog. Je vais faire la même chose pour les députés européens du 44 et si j’ai du temps, les membres de la commission des affaires économiques.
    Un modeste citoyen parmi d’autres

  6. Je ne voudrais pas casser l’ambiance sur un article qui totalise plus de 300 commentaires, (ce qu’onc ne vit de mémoire de crapaud rouge), mais dès lors que l’on promeut l’interdiction de parier sur les fluctuations de prix, se pose la question de savoir comment éviter que les spéculateurs se rabattent sur les “dark-pools”. Dans cet article, Laurent Pinsolle écrit: “On y voit bien l’intérêt des institutions financières, qui y gagnent un nouvel instrument de spéculation, protégé et secret, échappant à la réglementation.” Mais il dit aussi qu’il “est hallucinant que rien ne soit fait pour fermer les dark pool par exemple.” Est-ce vraiment si simple ? Cela dit, tant qu’à mordre la poussière sous le diktat des financiers, autant que ce soit en leur faisant la guerre…

  7. “La paix universelle se réalisera un jour non parce que les hommes deviendront meilleurs mais parce qu’un nouvel ordre, une science nouvelle, de nouvelles nécessités économiques leur imposeront l’état pacifique.” Anatole France.

    Un peu d’espoir pour Pôle Emploi 😉

  8. @ Paul Jorion

    Je vous lis aujourd’hui sur le fil “On a reçu ça”: http://www.pauljorion.com/blog/?p=1930#comment-61303

    Votre définition de l’extrème droite est-elle donc tellement restrictive que vous ne lui faites même pas le crédit de l’intelligence?
    Je constate, comme vous le savez, quelques coupes dans certains de nos commentaires. L’astucieux caviardage de l’une de mes dernières réponses à frédéric sur le fil présent, où je lui parlais justement de cette intelligence de l’extrême droite, me pose aussi problème. Certaines coupes sont bien sûr acceptables, et même nécessaires -quand elles concernent des outrances verbales-, car elles permettent à votre blog de rester un lieu sérieux).

    Pour en avoir sûrement déjà été victime vous-même, vous savez qu’une coupe dans l’expression d’une pensée ou même dans mon cas d’une simple opinion, est une violence faite à la personne. Dans les exemples que j’ai dit avant, j’aurais préféré voir mes mots sans outrance publiés devant tous et recadrés par vous en commentaire, plutôt que de les voir disparaître. Je ne me serais même pas justifié ou défendu; vous êtes chez vous sur ce blog et il est normal, en tant qu’hôte, de se plier à vos règles.

    Vous n’avez pas bien sûr à vous faire le porte-voix de ceux que vous souhaitez combattre. Cependant, mésestimer leur intelligence, ou vouloir rester sourd à leur parole est une erreur. Je le dis d’autant plus facilement que je me sens très proche des combats que vous menez. C’est une erreur d’utiliser les armes que certains utilisent contre vous. Lorsque je cite certaines personnes, ou que je pointe leur intelligence, je ne pense pas non plus en être le porte-voix. Mon idée est de les mettre à jour, dans un combat honnête.

    Je me trompe peut-être: derrière la radicalité ( http://www.pauljorion.com/blog/?p=1930#comment-17202 ), vous semblez pourtant très souvent jouer les violons du centre. Si c’est vrai, pourquoi pas. Si c’est faux, je vous ai mal lu (et puis bien sûr, comme une alouette ne fait pas toujours le printemps, une Corinne Lepage – que vous accueillez ici depuis peu- ne fait pas toujours le centre). Mais pourquoi une extrémité a alors le droit à l’expression chez vous ( http://www.pauljorion.com/blog/?p=8350#comment-59772 entre autres), et pas l’extrémité inverse (montrez moi où pour me convaincre un peu)?
    L’intelligence est partagée par beaucoup, en petits morceaux émiettés. Je continue à venir chez vous en trouver une part. Nous essayons tous de recoller les morceaux épars. Derrière les noms que vous citez (le lien que j’ai mis en tête), derrière les noms qui signent chez nous les extrêmes, ou bien la gauche, ou la droite, ou le centre, il y a surtout des hommes et des femmes qui ne cherchent qu’à comprendre. Le mot de “réconciliation” ne doit pas nous faire peur en ce moment de crise, car il pourrait être l’arme puissante et pacifique que nous recherchons tous, au delà des clivages politiques aveuglants et stériles.
    N’est-il pas intéressant d’essayer de faire de votre blog un endroit où réunir ces morceaux, plutôt que d’entretenir la commune ignorance qu’ils ont les uns des autres?

    PS: prenez s’il-vous-plaît le temps de me répondre comme vous le faites pour d’autres. En quelques mots rapides s’il le faut. Que vous publiiez ce commentaire ou non, dans son intégralité ou non, m’importe peu. Ce qui m’importe c’est la réponse que vous pourrez m’apporter. Merci encore pour votre travail. J’aurai toujours plaisir et avantages à vous lire.

    1. L’intelligence dans l’extrême-droite est un paradoxe, c’est aussi un danger : des esprits faibles se laisseront séduire précisément par elle. J’ai suffisamment parlé du philosophe H, l’un des plus grands et qui apporta la peste non seulement à la philosophie mais à l’ensemble du monde autour d’elle. C’est pourquoi les thèses de l’extrême-droite n’ont pas leur place ici.

      Vous citez pour justifier votre proposition de « réconciliation » avec l’extrême-droite, les propos d’un commentateur se faisant l’apologue du communisme. Votre exemple est mal choisi : ce commentateur s’est plaint de l’exclusion d’un trop grand nombre de ses commentaires et a annoncé qu’il n’interviendrait plus. C’est la peste en général qui n’a pas sa place dans le monde de demain. Ne perdons pas notre temps avec elle ici.

    2. @Paul,
      Votre proposition “pas de paris sur la fluctuation des prix” sera considérée comme extrémiste par le milieu financier ! De là, vous risquez de vous faire traiter de gauchiste par cette engeance ! D’ailleurs quand l’oligarchie financière cataloguera ses détracteurs de cette manière pour cette proposition, il ne devrait plus faire aucun doute pour les gens que le capitalisme était un système pensé et légitimé scientifiquement par des extrémistes. Le problème des extrémistes est qu’ils peuvent aussi écrire des choses intelligentes, mais la matière de leur travaux, ici l’économie politique dans son sens libéral aboutit, les conduit forcément à confondre un être humain avec un agent économique pour finir par nier toute humanité en dehors de ce cadre.

    3. “L’intelligence dans l’extrême-droite est un paradoxe” : je le sais par expérience, pour avoir vécu 20 ans sous l’autorité d’un père d’extrême-droite et catho intégriste. Dans la maison on trouvait Minute, Rivarol et l’Homme Nouveau. C’était un brave type mon père, affable, humain, et en avance sur l’opinion de son temps quant aux méfaits du progrès. Des gens dans le besoin venaient souvent le voir, il les aidait de son mieux. C’était un homme responsable et avisé, pas prétentieux pour deux ronds, et de très bonne compagnie envers ses invités. Rien à redire, finalement, sauf que ses opinions étaient exécrables. Le pétrole des Algériens ? “Ils n’en avaient pas besoin !” Le Front Popu ? “Il a foutu la m…!” La torture en Algérie ? “Ils n’avaient qu’à pas désobéir !”

      Mais ce n’est pas pour raconter ma vie que j’ai écris ce commentaire. J’ai lu celui de Jean-Luc où il dénonce “la grande machine à produire du Même” : en quelques mots, il s’est placé au cœur de l’idéologie anti-œcuménique d’extrême-droite. Ce qui est terrible, c’est qu’il exalte les différences comme je le fais moi-même, mais en niant qu’elles puissent coexister dans le même espace sous peine d’en venir à se fondre dans “le Même”. Mais du point de vue humaniste, tous les humains sont déjà “le Même” de par leur nature, une nature qui les conduit à produire des cultures diversifiées. “Le Même” est donc déjà là. Ce n’est pas une conséquence des idéologies gauchistes, mais une donnée première de l’expérience, au demeurant facile à vérifier pour peu que l’on connaisse quelques étrangers. Aussi, quand l’interlocuteur n’accepte pas une prémisse aussi fondamentale, il n’y a pas de “conciliation” ni de “dialogue” possible.

    4. Comme le chante le groupe Zebda : “Non, il n’y a pas d’arrangement”. Toutes les idées ne se valent pas. Certaines sont pourries et Paul a bien raison de le souligner et de préserver ceux qu’il appelle les “esprits faibles”.

    5. Je tiens ceci de mon père, déporté résistant Falkensé:

      Il faut de “tout” pour faire une société, mais cette même société doit faire qu’un de ses “tout” ne puisse devenir pensèe unique ou dogmatisme.

      Ce blog, faisant société, il est normal que Paul mais aussi l’ensemble des intervenants veillent, notre démocratie laïque est à ce prix.

    6. Ce n’est pas la peste qui nous délivrera du choléra.
      Une bonne hygiène nous prévient contre les deux, merci Mr Jorion pour ce difficile travail de prophylaxie ; attention cependant à l’extrême-centre (lol)…

    7. @ Crapaud Rouge

      Je suis d’accord avec vous …et vous ne l’êtes pas avec moi …il doit y avoir un malentendu quelque part.

      Attention: je dis “d’accord avec vous”, sauf en ce qui concerne l’endroit où vous dites que je me suis placé! Ce n’est pas d’une grande importance, mais pour faciliter les échanges sur le blog je préférerais qu’on me situe ailleurs. Et plutôt nulle part, si cela est possible.

      Le premier malentendu:
      Pour les questions que je posais à Jorion, il s’agissait pour moi d’éclaircir un sujet qui me chiffonnait depuis peu. Dans les débats politiques, j’apprécie la position qu’avait Voltaire: “Je hais vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les exprimer”. Je ne suis pas pour la mise au ban. Comme j’avais repéré une parole extrémiste parmi nous, et que je voyais qu’on ne rendait pas la pareil à l’autre extrême, je posais mes questions honnêtement, sans arrières pensées. Je suis pour la réconciliation des hommes, contre la victoire des extrémismes.
      Jorion m’a répondu. Rideau. Sujet suivant.
      (J’ai eu droit à une petite gifle avec “votre proposition de réconciliation avec l’extrême droite” -alors que je parlais de celle avec les gens qui pouvaient être séduits par elle- mais ce n’est vraiment pas grave, et surtout c’est de ma faute; j’aurais dû être plus clair.)
      Face à Voltaire, on peut lui préférer Saint-Just: “Pas de liberté pour les ennemis de la liberté”. Disons que je prends le risque de me ranger derrière Voltaire, pour laisser s’exprimer Saint-Just.
      Je comprends en vous lisant que cette position peut amener bizarrement de l’ostracisme sur celui qui veut combattre l’exclusion.
      C’est un risque à prendre, hélas, si on veut tenir ferme cette ligne de conduite de l’ouverture aux autres.

      Le deuxième malentendu:
      Je me relis: “Moi, ça me plaît toujours quand j’entends des gens fiers de leurs origines et du lieu qui les a vu naître (ou qu’ils se sont choisi), et prêts à les défendre contre la grande machine à produire du Même (que cette machine soit “mondialiste” -même marché économique-, ou “altermondialistes” -même humains, égaux et sans différences de culture ou de race).
      Quand l’autre sera moi, quand il n’y aura plus d'”étrangèreté” à découvrir ailleurs, le monde sera tout petit. Et il sera encore plus petit, quand je serai seul, dupliqué à l’infini de six milliards de mêmes (et non pas “6 milliards d’autres”, ce projet proprement orwellien de Yann Arthus-Bertrand sur le site du même nom – YAB se fait, par les photos de ces gens souriant du même sourire, l’idiot utile de ce système qui écrase l’autre que moi-même). Ce jour-là, quand YAB aura fini son recensement, il ne me restera que mes yeux, mes six milliards d’yeux pour pleurer sur la “diversité” que me chantaient les altermondialistes, sur une “musique du monde” signée Manu Chao ou Youssou N’Dour, et moulinée façon Real World Records par Peter Gabriel.”

      Je parle de tout cela avec d’autant plus d’aise que Manu Chao (et avant la Mano), Youssou N’Dour (et surtout Zebda, que cite ensuite Enrique) sont dans ma discothèque depuis très très longtemps, qu’il me reste un souvenir de Peter Gabriel en 1980 à l’Hippodrome de Pantin et que j’apprécie le travail de YAB.
      – Je ne dis pas que ceux-là sont la “machine”, je dis qu’ils la servent sans s’en rendre compte.
      – Je ne dis pas que cette “machine” résulte d’une volonté d’un groupe d’agir contre l’humanité, je dis que c’est une “machine” sans chauffeur.
      – Je ne nie pas que les différences “puissent coexister dans le même espace”, puisque mes questions à Jorion prouvaient tout le contraire.

      Je crois comme vous à l’humanisme, et que cette nature humaine qui est ce que nous avons en partage a, comme vous le dites bien, produit des cultures diversifiées. Ce “Même” dont je parle n’a rien à voir avec cela (et si je reprends sans le savoir des termes utilisés par d’autres que je combats, tant pis; je n’ai pas l’intention de leur abandonner les mots, pour me priver d’argument face à eux). J’explique.

      Il y a un “mondialisme” qui ne devrait même pas être discuté. C’est ce tropisme instinctif des hommes qui, depuis au moins notre ancêtre Lucie, cherchent à se rejoindre et à se mélanger sur toute la surface du globe. L'”altermondialisme” de ce phénomène naturel à l’homme serait le replis sur soi et la xénophobie.

      Et puis il y a un autre mondialisme, qui est la volonté de “mondialisation” des échanges marchands. Pour faciliter cela, il est nécessaire que se fabrique un consommateur unique. C’est contre ce phénomène que s’élèvent les altermondialistes.

      Ce que je remarque, c’est que l’hommage à la différence, chez les altermondialistes, passe souvent par une traduction des cultures humaines, et par leur folklorisation. C’est un moyen pour eux de faire entendre ces cultures, mais qui a son revers.
      J’ai un exemple précis. Petit, je suis allé à un concert d’un jeune breton qui avait décidé de faire le travail magnifique de sauvegarde de la culture de ses ancêtres. Il s’appelle Alan Stivell. Ce travail n’a commencé à être entendu, et à obtenir le succès que lorsqu’il a décidé de le mettre au goût de l’époque. Gros succès …et grosse trahison, dont il a toujours été conscient. La culture bretonne est devenue audible lorsqu’elle a été transformée en “World Music”, destinée à ce consommateur unique qui se fabrique.

      Ce qui fait le prix d’une culture, c’est qu’elle n’est pas compréhensible directement par tout le monde. Il faut faire le travail d’aller vers elle pour la comprendre. Une sorte de respect à lui rendre.
      Les différences sont de la richesse, à la seule condition de rester des différences.
      La contradiction est qu’il y a une autre richesse à aller chercher dans le mélange des cultures, dans la réunion des hommes.

      Voilà où se place le dilemme, dans notre monde où mondialisme et mondialisation s’accélèrent de façon incontrôlable (pour le mondialisme) et incontrôlée (pour la mondialisation). C’est la question éternelle de moi face aux autres, de la communauté face au monde. Comment toujours préserver les deux parties? Comment faire que l’une ne gagne pas sur l’autre? (je rejoins Jeannot14 et Dup ci-dessus).
      C’est sur ce terrain que je plaçais ma défense de la parole de la jeune polonaise, dans la suite de mon texte.

      J’aimerais que nous en reparlions un jour ici, si ça n’a pas déjà été fait (peut-être est-ce un débat clos?)

  9. @ Paul Jorion

    J’ai la réponse à ma question (mon exemple était finalement bien choisi …jusqu’à ce qu’il s’exclut de lui-même, par manque d’intelligence). Merci.
    Vous avez raison, ne perdons pas notre temps.
    Mise au point faite, je vous suis.

  10. Bonsoir
    Serait-il possible que ce soit encore plus grave : le néolibéralisme économique dans sa course folle ne serait-il pas en train de s’emparer de pays entiers?
    Jusqu’à présent, il s’abritait ou se cachait derrière la façades de gouvernements plus ou moins conscients, complices ou non. Mais c’était encore trop pour ceux qui veulent tout financiariser.

  11. Quand on entend des hommes politiques et des journalistes connus et reconnus découvrirent en 2010 le terme de “Credit Default Swaps”, ça laisse rêveur….
    Heureusement qu’il existe des gens compétents sortant des sentiers battus qui s’expriment sur le net.

    A la lumière d’un tel blog, par la parodie, on peut raisonnablement dire:
    “Finance sans conscience n’est que ruine de l’Humanité”

  12. M.Jorion,

    Que pensez-vous de “l’enquête” de l’Expansion de février (que je n’ai pas lu…) qui affirme que le “naufrage des finances publiques de la GRECE ne saurait avoir lieu avant 2019, celui de l’ESPAGNE entrevu pour 2022 et celui du PORTUGAL en 2067” (cf. l’article ahurissant “un naufrage financier est-il imminent en Europe” du 13/02 lu sur investir.fr)

    Veuillez m’excuser si cette question a déjà été évoqué dans l’un des 365 commentaires ci-dessus !

  13. Merci Paul de crier haut et fort.

    Je lis ici et là sur le net, ailleurs aussi (depuis peu) des relais de tes efforts pour faire entendre que rien n’est terminé, ni de la supercherie des menteurs ni des effets dominos qu’impliquent la surenchère des faux-semblants, des manipulateurs et des profiteurs.
    Où faudra-t-il que tout cela s’échoue pour que la prise de conscience rende possible l’inversion de l’inéluctable ? Existe-t-il des raisons de croire que rien n’est impossible ? Je voudrais tellement y croire…

    Merci Paul de crier encore plus haut, nous serons plus forts.

    1. Ceci n’a rien à voir avec la discussion mais
      Pourquoi avez-vous choisi “l’ami de Loba” comme pseudo ?

    1. “Par conséquent, l’empressement actuel à réduire les dettes publiques des Etats est suspect, voire très suspect.
      Et l’anthropologue d’aller un peu plus loin encore en se demandant si les ultralibéraux ne cherchent pas leur revanche en imposant la diète forcée aux gouvernements ”

      Accélération de la privatisation complète…???
      Cela irait dans leur sens de pensée démente de pouvoir financier total.

      Ou guerre.
      Ils se savent protégés par le fameux besoin créé du “nerf de la guerre”.

      Dans tous les cas, comme la sphère financière n’a qu’un et unique but, et aucune coordination par individualisme obligatoire, ils seraient capable de faire sauter la planète pour un dollar de plus.

    2. Je reformule pour être précis :

      Ils ont DEJA failli faire sauter la planète pour un dollar de plus.

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