L’actualité de la crise: de conciliabules en bricolages et en tâtonnements, par François Leclerc

Billet invité.

DE CONCILIABULES EN BRICOLAGES ET EN TÂTONNEMENTS

Une nouvelle série de réunions internationales au plus haut niveau format G20 est en préparation dans les antichambres. Des ministres des finances et des présidents des banques centrales, en Corée du sud les 4 et 5 juin, puis des chefs d’Etat, à Toronto les 26 et 27 juin. A croire que la tenue de ces rencontres obéit à une loi étrange : moins elles aboutissent à des décisions pratiques, plus elles se multiplient. Comme si toute une énergie devait leur être dépensée, consacrée à la difficile rédaction d’un communiqué final aussitôt classé que publié.

De quoi sera faite l’unité de circonstance qui va être affichée ? Deux grands sujets vont former la trame publique de ces réunions : la quadrature du cercle d’une réduction des déficits publics n’affectant pas la croissance, toutes deux présentés comme salvatrices, et l’ajustement international des mesures de régulation financière, dont les chefs d’Etat ont besoin de se prévaloir, puisque les marchés sont par ailleurs les maîtres incontestés, voire même revendiqués. Un troisième sujet sera certainement évoqué, mais pas nécessairement depuis les tribunes : la fragilité toujours très grande du système financier et bancaire, comme la crise européenne vient de l’illustrer.

De toutes les voix qui commencent à s’exprimer à propos du danger que représenterait un arrêt brutal des aides publiques à la relance de l’économie, en raison de réductions budgétaires trop précoces au nom de la lutte contre les déficits, une mérite d’être mise en exergue. Celle de Wen Jiabao, le Premier ministre chinois. « Certains disent que l’économie mondiale est déjà repartie et que nous pourrions arrêter les mesures de soutien, mais je considère ce jugement trop hâtif », a-t-il estimé à Tokyo devant le patronat japonais. « La crise de la dette dans quelques pays européens pourrait entraver la reprise économique de l’Europe (…), le taux de chômage aux Etats-Unis ne baisse pas ». Prédisant que « Nous devons nous préparer à des difficultés », il a assuré que la Chine en tirait sans attendre les conséquences, faisant en sorte « de rester en alerte et de prendre des mesures avec calme (….) afin d’éviter une nouvelle baisse de la croissance ».

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Chant d’une alouette, par rienderien

Billet invité. Le billet sur le travail de Jean-Luce Morlie a suscité beaucoup de commentaires de votre part. Voici une variation sur le même thème

Chant d’une alouette

En ces temps de bouclier mental, pourquoi parler de politique alors que tous les dirigeants sont sous la nano-botte de la finance, et pourquoi parler d’économie alors que tout le monde s’accorde à dénoncer l’irresponsabilité des banques. Irresponsabilité que les banques reconnaissent cyniquement avoir provoquée, mais qui ne change pas pour autant l’essentiel du fonctionnement de la finance, ce qui permet encore toutes les spéculations et autres spoliations. Des richesses érigées sur les ressources de l’humanité, aux prix volés du sang, de la sueur et des larmes de nombreuses générations depuis de nombreux siècles, aujourd’hui rassemblées dans les paradis fiscaux. Tant que les ressources semblaient infinies, le capitalisme, après avoir usé de l’esclavagisme et du colonialisme pour s’affirmer, promettait un capitalisme juste et propre où chacun y trouverait une place. Dans cette illusion, nos démocraties aseptisées, menées par les « Droits de l’Homme », devaient immanquablement nous conduire dans un monde meilleur. A ce jour, les ressources bientôt épuisées affolent le capitalisme dont le but premier est de mettre la main sur tout ce qui est vital pour sauver sa peau. Le retour de tous les extrêmes du ciel et de la terre est en ordre de marche, ce qui occupe bien les peuples à se détester, pendant qu’une chape de plomb nous tombe dessus.

L’évolution technologique nous fascine, nous sidère, elle nous devance, nous suivons sans mot dire. Tu cliques ou tu claques ! Mais cette évolution technologique, à la recherche du degré zéro défaut pour un profit maximum, ne permet plus d’intégrer une large majorité de la population dans ses capacités et aspirations d’êtres humains. Dans ce monde, monde riche à la pointe de tous les savoirs, point de salut pour ces inadaptés, que les origines sociales, leurs natures, leurs vies, leurs choix, mettent à l’écart, ne correspondant pas aux normes imposées par le profit. Face à l’impossibilité de se fondre dans ce flux de technologie impitoyable réservé aux plus forts, aux plus riches, les inadaptés sont éliminés par la faim, les guerres, la pauvreté, les suicides, les maladies, la marginalité, le silence et l’oubli.

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BFM Radio, lundi 31 mai à 10h46 – La faute à pas d’chance ou la faute à quelqu’un ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je ne sais pas si vous avez remarqué comme moi, l’évolution insensible qui se fait dans les esprits dans la représentation que l’on se fait des causes premières de la crise. Au départ, je veux dire en 2007 ou en 2008, on a surtout été impressionné par sa soudaineté : le coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Il est vrai que ça n’avait pas été une bonne idée de faire signer des contrats de crédit au logement d’une trentaine pages, et rédigés en anglais, par des emprunteurs latino-américains. Il est vrai aussi que ça n’avait pas été une bonne idée de fixer le montant du prêt en comptant seulement sur la hausse du prix de l’immobilier due à une bulle, en se disant que si les choses tournent mal, autrement dit que l’emprunteur ne puisse pas rembourser, on pourra se refaire facilement en opérant la saisie du logement et en le remettant en vente.

Mais enfin, cela relevait plus de l’esprit « tête de linotte » que du grand banditisme. Si quelqu’un évoquait la fraude, il était toujours rassurant de se dire – comme l’avait fait remarquer Kenneth Galbraith à propos de la crise de 1929 : qu’on découvre énormément de fraude en période de crise parce que personne ne veut être le lampiste et que du coup les langues se délient. On est à la recherche des coupable et les chances augmentent, par conséquent, qu’on en découvre. Il ne s’agirait donc pas d’un regain de la fraude, mais d’une hypersensibilité à la possibilité-même de celle-ci.

Mais il s’est fait que le secteur financier a refusé d’endosser pleinement sa responsabilité dans l’origine de la crise. Dans les mois qui ont suivi la chute de Lehman Brothers, il a tenté de reprendre le pouvoir qui lui avait brièvement échappé par une mise de fonds sans précédent : un million de dollars par parlementaire, par membre du Congrès, si l’on en croit le président Obama, qui en est réduit de son côté à quêter cinq dollars par ménage américain pour contrer l’offensive.

Ayant lamentablement échoué dans son attaque frontale contre le milieu financier, l’administration américaine s’est tournée vers les seules tactiques ouvertes à celui pour qui le rapport de force est défavorable : harceler l’ennemi par tous les moyens possibles.

Le résultat, on l’a vu lors de l’audition des dirigeants de Goldman Sachs devant la sous-commission d’investigations du Congrès américain, le 27 avril : Mr. Lloyd Blankfein, le P-DG de la firme, a joué à l’anguille, tandis que, face à lui et sans se démonter, Carl Levin, président de la dite sous-commission, posait nonchalamment le coude sur un énorme dossier, et dit en substance à son interlocuteur : « Cause toujours mon lapin : j’ai là 980 pages d’accusations ».

Et la question se pose alors à propos de l’épaisseur du dossier : « Faute à pas de chance », apparaissant sous un jour défavorable en raison d’une hypersensibilité toute conjoncturelle à la fraude, « ou bien faute à quelqu’un » ? Comme nous ne savons pas ce que contiennent exactement ces 980 pages, nous serions sans doute restés dans l’expectative. Mais il n’y pas que la justice pour intenter des procès, il y a – et surtout aux États-Unis – les journalistes de la presse financière et les blogueurs : rien que de connaître l’épaisseur du dossier leur a donné des ailes, ils remplissent aujourd’hui à la vitesse grand V les blancs dans nos explications. Leur acte d’accusation à eux est d’ores et déjà beaucoup plus volumineux que celui de l’Administration, et rien ne permet de penser que leur effort soit près de faiblir.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Dennis Hopper (1936 – 2010)

Le metteur en scène, auteur et acteur (avec Peter Fonda, Jack Nicholson, Karen Black) de Easy Rider, le taré sadique de Blue Velvet (David Lynch), l’homme à la bombe de Speed, c’était lui. Oui, je sais, il a appelé deux fois à voter pour Bush le jeune. Venant de lui, ça faisait tout particulièrement mal. Quoi qu’il en soit, nous avons été nombreux à nous reconnaître dans Easy Rider.

1971 ou 1972 — Mes copains ont un jour déboulé chez moi en fin d’après-midi : « Steppenwolf passe à Amsterdam ce soir ! Il FAUT qu’on y aille ! » J’étais le seul à avoir une voiture – pas une Rolls, pensez-vous : une deuch’ sang de bœuf. Amsterdam, de Bruxelles, c’est quand même une trotte, mais je n’avais pas le choix. Arrivé là, j’étais crevé : j’ai dormi sur le sol du Paradiso la plus grande partie de la soirée. Je me souviens m’être vaguement réveillé pour Born to Be Wild, le morceau de bravoure de la bande-son d’Easy Rider. Et après, il fallait rentrer. J’avais un oncle qui habitait à Leiden. Je ne sais plus si c’est cette fois-là qu’on a tous dormi chez lui. We were young and carefree.

Blue Velvet – David Lynch

Steppenwolf – Born to Be Wild

La Paradiso – Amsterdam

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Donations : objectif atteint pour mai

L’objectif 2 000 € a été atteint durant la nuit du 20 au 21 : la somme récoltée pour mai se monte aujourd’hui 31 mai à 2 545 €.

Si je prends la peine de vous le signaler par un flash spécial, c’est que nous ne sommes que le 21. Avec une belle constance, les 2 000 € correspondent de mois en mois à 150 donateurs et vous êtes plus nombreux que d’habitude à faire une donation.

Je ne vais pas interférer avec le système tel qu’il est en ce moment car il a atteint sa maturité et fonctionne parfaitement mais je maintiendrai ce billet (tenu à jour) « près de la surface », parmi les derniers publiés, jusqu’à la fin du mois.

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L’actualité de la crise: le temps des discrets conciliabules, par François Leclerc

Billet invité.

LE TEMPS DES DISCRETS CONCILIABULES

Les marchés sont nerveux, les gouvernements sont inquiets, voici venu le temps des conciliabules, qui ne contribuent pas à leur tour à rassurer.

Ne sachant plus à quoi s’en tenir, les analystes sont à la recherche fébrile de l’indice ou du taux qui cette fois-ci annoncera à temps que le lait va à nouveau déborder, brutal et irrésistible. La volatilité qu’ils constatent du côté des marchés est en soi un indice de la crainte qui s’y est installée et qu’ils partagent.

Mais quel sera le signal qui leur permettra d’anticiper ? Afin de se replier à temps de positions avancées et hasardeuses, ou au contraire de se préparer à faire de bonnes affaires (car, comme en tant de guerre, une crise financière aiguë est une opportunité à ne pas manquer pour profiter des meilleures occasions).

En attendant, de nerveuses et massives transhumances de capitaux sont signalées quasi quotidiennement, du marché des actions à celui des obligations d’Etat et réciproquement. Manifestant un bel opportunisme ou la recherche du meilleur et incertain refuge, au choix. Pêle-mêle, toutes les raisons de cette situation sont données. Mais c’est la crise européenne qui a la vedette, allez savoir si elle va s’accélérer ou se tasser! Les paris, toutefois, se prennent très majoritairement en faveur de la première hypothèse.

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Le travail, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

Depuis longtemps déjà,  les linguistes (1) écartent  l’hypothèse selon laquelle notre mot pour « travail » dériverait  de la forme nominale « tripalium »  : un instrument de torture utilisé par les Romains et que le manuscrit du Concile d’Auxerre (582) produit encore sous la forme de « trepalium » ; quant à la forme verbale supposée, « *trepaliare » elle n’a jamais été rencontrée. L’échange d’un « e » pour le « i » de « tripalium » pourrait justifier le treballar catalan,  mais ne rendrait pas compte de la série de transformation en « a » pour les autres langues romanes  – travailler (fr.) trabajar (esp.) travagliare (it.) trabalahar (port.). Pour rendre compte du « a », Walter von Wartburg -1932 – écartait le « tripalium », avancé par quelques prédécesseurs, et privilégiait l’origine dans le latin « trabes » (poutre), lequel donnera par la suite  le « trevail », soit la machine consistant en l’assemblage de deux poutres parallèles (la travée), laquelle servait à entraver bœufs et chevaux lors du  ferrage.  Si le treballar catalan ne peut être relié aux souffrances du tripalium, l’étude de ses usages morpho-syntaxique en catalan médiéval montre assurément son affinité avec certaine formes de pénibilité. De plus, d’une façon générale, la recollection de von Wartburg (2) atteste que vers les 12e et 13e siècles, les formes lexicales associant « travail » et l’une ou l’autre forme de douleur sont  abondantes. La présence d’affects négatifs anciens attachés à la notion de travail est donc manifeste, il suffisait aux linguistes de puiser dans le répertoire des « poutres ecclésiastique » de « trabécule / trabéation »  (en référence à la toge de cérémonie ornée de poutres), mais aussi à la « poutre de gloire » (trabes doxalis) laquelle sanctifier l’origine païenne d’une consonance doloriste bien venue, quitte à s’emmêler les pieux restons utiles.

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« La crise financière est-elle en passe de ruiner la démocratie ? », le dimanche 30 mai de 10h30 à 12h00

Débat : Avec les interventions de Paul Jorion (anthropologue et sociologue), Jean de Maillard (magistrat) et Guillaume Duval (Directeur du journal Alternatives économiques). Le débat sera animé par Pierre Rancé.

Dans le cadre du congrès annuel de CAP21, au Théâtre Déjazet, 41 bd du Temple, 75 003 Paris.

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Le temps qu’il fait, le 28 mai 2010

Je fais le bilan de l’année écoulée en réexaminant les prévisions que j’avais faites dans un entretien à « Parlons net », sur France Info le 5 juin 2009.

La conversation avec Éric Woerth, alors ministre du Budget, aujourd’hui ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique.

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Quimper, salle du Chapeau Rouge, le jeudi 27 mai à 20h00

« Comment en est-on arrivé là ? »

Vous étiez, paraît-il, 250. Vu du podium, vous constituiez en tout cas un auditoire impressionnant.

La conférence – ainsi que le débat – ont été filmés et seront postés sur Dailymotion, je vous tiendrai informés.

Merci aux commentateurs et lecteurs du blog, qui sont venus se présenter : cela me fait toujours très plaisir d’attacher un visage à un pseudo et de vous parler de vive voix. J’en profite pour ajouter que ceux d’entre vous dont la proposition d’un billet invité n’est pas retenue ne doivent pas se décourager : la raison le plus souvent est la saturation de l’information sur un sujet d’actualité.

L’enregistrement du Temps qu’il fait aura lieu dans l’après-midi.

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Prendre le taux d’intérêt au sérieux ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand une banque vous prête de l’argent, elle vous communique le taux d’intérêt qu’elle exigera de vous. Il y a à ce taux trois composantes : la base, c’est le coût de financement, le taux d’intérêt dont elle s’acquitte elle-même sur cet argent qu’elle va vous prêter (si la banque « inventait » l’argent qu’elle vous prête, ce coût serait de zéro ; malheureusement pour les banques, ce n’est pas le cas). Le deuxième composant, c’est son profit. Le troisième composant, c’est la prime de risque : c’est la partie qui tient compte du fait que certains ne rembourseront pas et ce qu’elle vous réclame comme prime de risque résulte d’une évaluation statistique des gens comme vous faisant ce même type d’emprunt, etc.

Sur un exemple : la banque vous prête de l’argent sur une certaine durée, disons cinq ans, elle n’emprunte pas elle-même cet argent pour cinq ans, elle l’emprunte pour trois mois, ou pour un mois, et elle renouvelle cet emprunt à chaque échéance de trois ou de un mois, elle « fait rouler » son prêt. Il y a là un coût pour elle, coût moins élevé en général (à moins que la courbe des taux ne soit « inversée », ce qui arrive parfois) que d’emprunter elle-même sur cinq ans pour vous prêter cet argent. Disons, coût de financement pour la banque : 1,25 %, profit : 0,75 %, prime de risque dans votre cas 3 %, Donc, total : 5 %. Sur un exemple historique récent : les prêts européens à la Grèce. Coût, disons : 1,5 %. Prime de risque : 0 %, puisque les pays européens garantissent solidairement le prêt. Taux d’intérêt réclamé : 5 %. Donc profit : 5 % – 1,5 % = 3,5 %. Je ne plaisante pas bien entendu, c’est vraiment comme ça que ça s’est passé.

Jusqu’ici, la prime de risque n’a pas été prise très au sérieux par les banquiers : les compagnies d’assurance sont obligées de faire de réelles provisions mais les réserves que les banques constituent sur les prêts qu’elles accordent ont toujours été jusqu’ici d’un montant plus ou moins symbolique. Si ce composant « prime de risque » compris dans le taux d’intérêt avait été pris au sérieux, on n’en serait pas là : si un grand nombre de défauts se produisaient simultanément en raison d’une mauvaise conjoncture économique, on se tournerait vers les réserves qui ont été constituées et – si le calcul a été fait correctement – l’argent qui compense les défauts serait là. Au lieu de cela, ce « coussin » s’est ajouté de fait à la marge de profit et a été distribué en dividendes et en bonus aux dirigeants de la banque.

Ceci pourrait changer, pas de manière dramatique peut-être mais au moins au niveau des principes, si une mesure envisagée par le FASB (Financial Accounting Standards Board), le bureau américain des normes comptables financières, était mise en application. La mesure du revenu net dû aux intérêts (net interest income) au bilan va devoir tenir compte des réserves faites pour un non-remboursement éventuel et la somme calculée devra se retrouver effectivement en réserves. Jusqu’ici, le net interest income était essentiellement calculé à partir du taux d’intérêt global.

Une remarque de David Reilly, le journaliste qui analyse la mesure proposée dans le Wall Street Journal de ce matin : pour continuer comme avant de présenter à leurs actionnaires un chiffre impressionnant de net interest income, les banques vont être tentées de réduire les réserves qu’elles constituent sur les prêts qu’elles accordent.

Décidément, on n’est pas près de perdre les bonnes habitudes dans le secteur bancaire.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Trends – Tendances, jeudi 20 mai 2010

L’entretien est maintenant disponible en format pdf ici.

« On ne règle pas tout en un week-end ! »

Robert van Apeldoorn : La mise en place des dispositifs de sauvetage européens entraîne une austérité assurée pour la Grèce, plus d’austérité pour l’Espagne et le Portugal. Ne craignez-vous pas que ce tour de vis sera également opéré dans toute la zone euro ?

Paul Jorion : C’est un problème idéologique. On aurait pu penser que la crise constituait une critique du programme sous-jacent du traité de Lisbonne, qui est nettement libéral. Mais on assiste à un raisonnement inverse : les difficultés encouragent plutôt les pays à tirer la conclusion qu’il faut réduire les avantages sociaux et faire progresser l’approche libérale. Les populations ne sont pas prêtes à embrayer, à faire ces sacrifices. Car, dans leur conscience, il y a l’idée que le problème est né dans le secteur bancaire, et pas chez elles. Il est donc difficile de vendre le raisonnement d’un sacrifice nécessaire, car on aurait vécu au-dessus de nos moyens. La population voit que c’est la finance qui est le problème. Cette crise est très pédagogique. A la différence des précédentes, il y a eu un grand travail d’explication, réalisé par les télévisions, les médias.

Vous y avez contribué avec vos livres…

Je ne suis pas le seul, mais les journalistes ont bien relayé les analyses. Mon blog attirait 40.000 visiteurs par mois en octobre 2008, au plus fort de la crise bancaire. Il arrive maintenant à 300.000 visiteurs. Les gens veulent comprendre.

Les mécanismes mis en place à l’échelle européenne pour aider les pays à se financer sont-ils une bonne solution ?

Disons qu’ils règlent un problème de liquidité. Comme l’a écrit récemment Paul Krugman, on confond un problème de liquidité avec un problème de solvabilité. Le premier est aisé à résoudre rapidement, mais pas celui de la solvabilité. Mais voilà : dans les sciences économiques, on utilise des tours particuliers. Lorsqu’un problème est trop compliqué, on le simplifie, en pensant ainsi l’avoir réglé. Cela me rappelle un jeu de mon enfance, où il fallait déplacer des cases de couleur. Ici, pour aider la Grèce, on demande à l’Irlande, Malte ou Chypre de prêter de l’argent, alors qu’ils n’en ont pas les moyens. Ce n’est pas en glissant les cases que l’on va trouver une solution.

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L’actualité de la crise: banques qui rient, banques qui pleurent, par François Leclerc

Billet invité.

BANQUES QUI RIENT, BANQUES QUI PLEURENT

C’est en passe d’être réalisé : une loi de régulation financière va être dans les semaines à venir promulguée par Barack Obama, après un rapprochement des textes successivement adoptés par la Chambre des représentants et du Sénat qui va permettre d’encore en édulcorer l’ensemble. Les mégabanques ont d’ores et déjà remporté aux Etats-Unis une écrasante victoire dont elles entendent se prévaloir, dans le monde entier, afin de poursuivre leurs jeux délétères. Il n’y a pas à tergiverser, mais à s’interroger sur ses conséquences.

Avec l’appui de l’administration – en dépit de quelques batailles menées par des agences de régulation et d’escarmouches à portée limitée – et avec le soutien qui ne s’est pas démenti, sauf à l’occasion d’alertes qui n’ont pas duré, d’un Congrès miné par le lobbying et la corruption, les mégabanques viennent d’illustrer le fameux « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». La gloire n’était qu’accessoire, elles se contenteront de la victoire. Seuls quelques élus auront tenté de sauver l’honneur, sans succès.

Durant ces mois de travail législatif, Barack Obama n’aura cessé de mettre en scène son courroux et sa détermination pour masquer qu’il n’entendait pas mettre la bride sur le cou au capitalisme financier dont il est en réalité, avec son administration, partie largement prenante. Justifiant l’utilisation du concept d’oligarchie pour qualifier le pouvoir qu’il représente, certains préférant le terme de ploutocratie.

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Naître une girafe

On a reparlé récemment de Terrence Malick, parce que son nouveau film The Tree of Life, qui devait être présenté à Cannes, et sur lequel on comptait beaucoup, n’était pas prêt.

J’ai vu The Thin Red Line en Californie à l’époque où il est sorti (1998). Un de mes fils me rendait visite à cette époque, et nous l’avons vu ensemble. Nous en sommes ressortis rompus : quel extraordinaire documentaire sur l’espèce à laquelle nous appartenons lui, vous et moi-même.

Pour ceux qui n’ont pas vu le film : il s’agit de la bataille de Guadalcanal dans l’Océan Pacifique (1942-43) et Malick, dans sa croisade anti-Hollywood, a voulu filmer cela de la manière la plus réaliste qu’on puisse imaginer.

Ceux qui ont vécu ce genre d’événements « extrêmes » pourront nous dire si le metteur en scène a réussi ou non à rendre le climat de l’homme dans ses pires moments, et dans ses meilleurs bien sûr, puisqu’ils viennent malheureusement en général ensemble (comme quand le personnage incarné par Sean Penn oublie tout de l’importance que pourrait avoir à ses yeux sa propre vie pour aller rechercher l’un de ses camarades tombé en première ligne).

Notre espèce, pour le pire et le meilleur. Quoi qu’il en soit, et tant qu’à naître sur cette planète, j’aurais préféré, et de loin, naître une girafe.

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L’actualité de la crise: le marché a toujours raison mais ne dit pas en quoi…, par François Leclerc

Billet invité.

LE MARCHE A TOUJOURS RAISON MAIS NE DIT PAS EN QUOI…

Avec un bel ensemble, toutes les bourses européennes, japonaises et américaines viennent à nouveau de louper une grosse marche. De son côté, l’euro continuait de descendre par rapport à toutes les monnaies, à l’exception de la livre anglaise. Dans le monde entier, les dirigeants s’alarment de la situation de l’Europe, depuis Pékin et Tokyo jusqu’à Washington. Timothy Geithner, secrétaire d’Etat Américain au Trésor, est à nouveau dépêché en ambassade auprès des Allemands, des Britanniques et de la BCE, à peine finie sa mission à Pékin. Barack Obama s’entretient une fois encore au téléphone avec Angela Merkel.

Plus la crise européenne se poursuit, moins son issue s’éclaire, plus elle acquiert une dimension internationale.

Pour tous, les sujets d’inquiétude sont en effet multiples. La chute de l’euro et la perspective d’une récession européenne viennent freiner les ambitions commerciales de tous ceux qui voient dans le développement de leurs exportations la seule opportunité de développer leur croissance. Le danger d’une déstabilisation du système bancaire européen, provenant de défauts jugés inévitables de certains des pays de la zone euro, pourrait menacer le système bancaire américain et déclencher un nouveau cataclysme, sévère rebond d’une crise qui ne manque pas d’occasions à cet égard.

Le Peterson Institute for International Economics estime que les banques américaines seraient globalement exposées à hauteur de 1.500 milliards de dollars dans l’Union européenne. Citigroup, pour sa part, évalue à 190 milliards de dollars l’exposition des cinq plus grandes banques américaines à la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et l’Espagne.

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Note sur le bancor

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Keynes s’était déjà penché plusieurs fois sur la question monétaire. Son premier livre en 1913 est consacré à la devise indienne : Indian Currency and Finance. En 1930, il publie le Treatise on Money. Il se cantonne cependant jusque-là dans l’analyse, sans s’aventurer dans le domaine de l’application des conclusions auxquelles il aboutit.

Quand la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne en 1939, Keynes participe dans son pays à la réflexion sur la transition vers une économie de guerre. Lorsque les hostilités débutent en 1940, les Américains restent prudemment en retrait : ils n’interviennent pas lorsque le Danemark et la Norvège sont attaqués en avril, ni ne s’engagent aux côtés de la Grande-Bretagne et de la France lorsque le Benelux et la France sont envahis en mai 1940. La raison en est simple : l’opinion publique américaine ne suivrait pas Franklin D. Roosevelt. Les rangs du parti républicain comptent une minorité importante de membres d’origine allemande, demeurant favorables à leur mère-patrie, tandis que les rangs du parti démocrate comptent eux des gens de gauche aux yeux de qui la politique impériale de la Grande-Bretagne ne vaut guère mieux que le national-socialisme allemand. La vente par l’Amérique d’armements en grande quantité à la Grande-Bretagne, dont un tiers ne parviendra jamais à l’acheteur, les navires étant coulés par les U-boots, permettra à Roosevelt de préparer l’opinion. Lorsqu’intervient l’attaque sur Pearl Harbor en décembre 1941, le peuple américain tout entier est désormais prêt à l’entrée en guerre et le président américain a derrière lui pour le soutenir, une opinion publique quasi-unanime.

La position des Britanniques durant la période qui s’étend de mai 1940 à décembre 1941, est que la Grande-Bretagne constitue le front avancé d’une alliance antifasciste implicite. Durant ces dix-neuf mois, la Grande-Bretagne considère comme inéluctable l’intervention à terme des États-Unis à ses côtés et, dans cette optique, se voit comme son poste avancé. Elle suppose que cette conception est partagée par le voisin américain et attend de celui-ci des avances financières à son effort de guerre. Keynes en particulier considérera toujours une telle solidarité comme allant de soi. Cette conviction inébranlable, associée à sa légendaire confiance en lui-même, explique le culot dont il fera preuve durant les négociations avec les Américains.

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L’actualité de la crise: combustions lentes, par François Leclerc

Billet invité

COMBUSTIONS LENTES

Lorsque l’on quitte un instant les cimes de la finance et de l’économie pour s’intéresser à l’étage du dessous, dont on ne parle pas assez, que peut-on observer ? Que le feu y couve, de manière moins spectaculaire mais avec d’importants effets potentiels. Comme s’il se confirmait qu’il y avait eu plusieurs départs du feu, signe incontestable qu’il n’a pas été accidentel, et surtout qu’il n’est pas éteint.

Est-ce un prétexte pour reparler de ces bombes à retardement que sont les marchés hypothécaires résidentiel et commercial, aux Etats-Unis ou dans les pays qui ont le plus succombé au démon de la promotion immobilière, comme l’Espagne ? C’est un peu tôt encore pour le faire, il faut attendre encore.

Ou bien pour remettre sur le tapis le marché des LBO (leveraged buyout), cette technique à fort effet de levier qui consiste à financer l’acquisition d’entreprises par l’endettement, en leur faisant ensuite supporter le poids du remboursement des dettes contractées ? Un nombre de plus en plus grand d’entre elles n’y parvenaient plus et les banques ont du procéder à des refinancement, afin de ne pas constater d’importantes pertes, vu la dimension des opérations. Le cap difficile est pour l’instant doublé en Europe, grâce à l’afflux de liquidités qui a permis d’y procéder sans encombre. On verra par la suite, quand les nouvelles échéances surviendront et si la récession se précise.

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« Focus stratégique » à Montréal, le 22 avril 2010

Mon exposé à Montréal, au Focus stratégique, le 22 avril

Pour ceux qui n’ont pas lu mon billet à l’époque, la double anecdote par laquelle je fais débuter ma conférence se trouve ici : Grande tragédie et petit drame.

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Europe 1, « Les mots pour le dire », samedi 22 mai à 12h13

Dans le cadre de Les mots pour le dire de Pierre-Louis Basse sur Europe 1, j’ai été son invité pour Le temps de le dire, le « billet d’humeur » à 12h13.

Le podcast est ici. (De 8min03 à 24min00).

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