Dennis Hopper (1936 – 2010)

Le metteur en scène, auteur et acteur (avec Peter Fonda, Jack Nicholson, Karen Black) de Easy Rider, le taré sadique de Blue Velvet (David Lynch), l’homme à la bombe de Speed, c’était lui. Oui, je sais, il a appelé deux fois à voter pour Bush le jeune. Venant de lui, ça faisait tout particulièrement mal. Quoi qu’il en soit, nous avons été nombreux à nous reconnaître dans Easy Rider.

1971 ou 1972 — Mes copains ont un jour déboulé chez moi en fin d’après-midi : « Steppenwolf passe à Amsterdam ce soir ! Il FAUT qu’on y aille ! » J’étais le seul à avoir une voiture – pas une Rolls, pensez-vous : une deuch’ sang de bœuf. Amsterdam, de Bruxelles, c’est quand même une trotte, mais je n’avais pas le choix. Arrivé là, j’étais crevé : j’ai dormi sur le sol du Paradiso la plus grande partie de la soirée. Je me souviens m’être vaguement réveillé pour Born to Be Wild, le morceau de bravoure de la bande-son d’Easy Rider. Et après, il fallait rentrer. J’avais un oncle qui habitait à Leiden. Je ne sais plus si c’est cette fois-là qu’on a tous dormi chez lui. We were young and carefree.

Blue Velvet – David Lynch

Steppenwolf – Born to Be Wild

La Paradiso – Amsterdam

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55 réflexions sur « Dennis Hopper (1936 – 2010) »

  1. Dennis Hopper et Peter Fonda superbes de glamour insolent…Jack Nicholson impec…Bonne musique, belles motos, magnifiques paysages…

    Au total un film sans histoire, et, il faut bien le dire (à mon humble avis) sans grand intérêt…
    Mais le mythe l’emporte sur tout le reste, et c’est aussi bien.

  2. Un sentiment de liberté.
    C’est important le sentiment, ce n’est pas forcement réel ça peut juste etre un ressenti très fort au demeurant. Le sentiment de se faire avoir non plus par un système mais par des gens bien réel, eux !

  3. Heureusement que la mythologie est vivace (espérons qu’il y avait une station-service tous les 150Km dans les grands espaces américains car en général on ne fait que le tour du quartier avec ce genre d’engin : consommation et position de conduite diabolique) !
    Aujourd’hui, on voit les mêmes, bourgeois âgés travestis en « méchants » garçons, qui se la jouent libertaire : sinistre !

  4. Ah ! La moto, les Harleys, c’est grisant une poignée pour accélérer, le kick qui fait partir le moteur, le contre braquage pour prendre les virages, effet physique Coriolis des repères relatifs, un coup de talon sur le bitume pour rééquilibrer la bécane qui se couche, l’air chaud des routes en plaine, puis rafraichissant quand on passe dans les forêts.

    Faire quand même gaffe aux gamelles qui peuvent faire très mal.

    1. Ah le bruit du V-twin « panhead » de l’époque à la sonorité proche de l’Atalante qui s’éloigne dans la brume !

      « Good vibrations » aux senteurs d’huile surchauffée, la sous-vireuse de Milwaukee était le contraire d »une moto pratique, mais elle avait le charme d’une aristocrate en déroute sur le boulevard du crépuscule.

      « Le film a été tourné à la cocaïne et monté au sabre d’abordage » avait écrit François Forestier, le classant dans son irrésistible rubrique « nanars ».

      Il n’empêche, la musique est excellente et Jack Nicholson succulent.

      Ce qui est marrant, c’est que toute une génération l’a transformé en apologie du voyage, alors que le mot de la fin qui revient à Peter Fonda lors du dernier bivouac avant la tragédie résume tout: « on s’est paumés ».

      Inutile d’aller chercher ailleurs ce bonheur qui (peut-être) n’existe qu’en nous.

      Mais tout de même: vent debout, abandonnant une société policée pour se jeter dans l’eau de source et dormir sous les arbres, juste un instant, … ajoutant le constat de l’errance fondamentale (sans compter la mémorable « scène du cimetière »), ça laisse des traces…de gomme brûlée et de senteurs de cannabis mais aussi d’une certaine part de rêve d’animalité libérée sans violence selon le proverbe indien: « Sois sage et sauvage ».

      Fin d’une époque, fin de la démesure, fin de partie. A nous l’austérité.

      Alors, encore une fois: « BORN TO BE WILD!, tram blam, tram blam », et même si c’est des bêtises….

      Je préfère l’époque des Hippies à celle des traders.

      Padonnez-moi, Prince si je, suis foutrement moyenâgeux.

      Amicalementao à tous

    2. Oui, un peu, il y a une poésie motocyclette à la Steinbeck qui s’associe au bricolage, au cambouis, au démontage des cylindres, soupapes et autres pistons pour voir le miracle cinétique d’une bécane bien réglée qui se cabre pour manger de l’asphalte. Mais faire gaffe quand même, il y a des murs et des fossés…

    3. Ceci dit la moto façon easy rider est assez pépère, des jeunes déjà retraités cultés sur leur selle de cuir.

      J’en ai une autre expérience, cross ou route, un peu moins assis sur les certitudes de l’american way of life.

      J’ai plus chevauché des japonaises que des américaines, ou anglaises type Norton.

      Les italiennes Ducati sont des merveilles de châssis.

    4. Ceci dit, le sujet de ce billet, au delà de la moto, c’est la musique Steppenwolf dopée aux hormones, la moto n’en étant qu’une forme. Eh oui, nous sommes mus par des hormones, c’est raide de le constater.

    5. « Le miracle cinétique », voilà qui sonne agréablement tout en évoquant… euh… je n’ai pas prévu de fin de phrase.

      Le miracle cinétique, merci fnur!

      « L’homme est un miracle sans intérêt » (Jean Rostand)

      Voilà pour le rapport à l’économie, pour qu’on ne s’offusque pas de nous lire hors sujet, nous rappelant que la tenue de ce blog nécessite un peu de tenue, que diable! 🙂

  5. Moi qui ai 20 ans de moins que la bande d’Easy Rider, quand je vois les agitations de pseudos révoltés des acteurs en présence et que je constate ce qu’ils sont devenus, je constate que ce film est le symbole de la faillite totale de toute une génération.
    Égoïste et irresponsable.

    1. Toute une génération?
      Vous vous laissez abuser par les mythes répandus par les publicistes. Les « rêves » et la « rebellion » que prétend décrire ce film, plutôt chiant il faut l’avouer, n’étaient partagés que par une minorité… Et les grands manipulateurs et bénéficiaires de ces fantasmes sont toujours au pouvoir, maintenant comme à l’époque. Le reste est littérature. Et bonne musique!

  6. Miroir mon beau miroir.

    Impossible de vous suivre tout à fait dans votre panthéon Monsieur Jorion.
    N’étant pas un homme. N’ayant pas votre âge. N’ayant pas investi la culture states comme
    le cardo et le decumanus de mes intersections intimes (Je concède pourtant volontiers ne pas y avoir totalement échappé, puissance culturelle oblige)…

    A qui adressez-vous ces billets, ces réflexions?
    Quelle image vous faites-vous de votre lecteur?
    Qui souhaitez-vous embarquer avec vous si un tel souhait vous anime?

    Ce sont des questions qui me trottent dans la tête.
    Probablement parce que sur ces points là « je » ne m’y reconnais pas. Mouah. Ce n’est pas un reproche notez bien car faut-il seulement s’identifier? Et l’identification, son importance fonctionne-t-elle comme un signe de pertinence du discours? A mes yeux non. Arf. En disant ça, je sens bien que ça n’est pas si simple.

    A qui vous adressez-vous?

    A la société française, la société européenne? Qui serait une société vieillissante où les hommes vivraient, vivent? dans une sorte de mirage américain, brume chaude du bitume brûlant de la route 66? (Image virile soit dit en passant).
    J’y vois une part de vérité.
    Surtout quand je suis le discours de quelques experts en économie des plateaux télé et que je devine de quelle histoire ils sont issus eux-mêmes à titre personnel, tous rétroviseurs dehors. Un peu fêlé le rétroviseur aussi. Ceux-là qui sont plus royalistes que le roi, plus libéraux que les EU … au nom du rêve américain?

    Dennis Hooper est mort. Un extrait d’Easy rider.

    Est-ce une métaphore pour dire qu’un monde meurt, en faire prendre conscience à travers soi, ce monde capitaliste, et avec lui ses mythes, au récit desquels vous avez pu vibrer à l’occasion dans votre vie d’homme, et avec vous vos lecteurs, qui seraient, sont?, à l’image d’une société vieillissante qui doit faire le deuil d’une histoire d’amour et de désir!, deuil d’un monde, un monde aussi bien intime que disons extérieur à soi? Ou bien d’un monde dont on doit s’émanciper pour naître à soi-même?

    Est-ce un biais par lequel exprimer quelque chose de parfaitement particulier, personnel à vous-même et qui fonctionnerait comme un prétexte?

    Les deux mon capitaine?

    Ce qui me paraît ressortir de la forme que prend votre blog, c’est le lien qui peut exister ou pas entre la petite histoire, l’expérience personnelle (la vôtre ou celui du lecteur qui s’y reconnait) et la grande histoire, comment l’intime (le vôtre etc) peut trouver sa résonance dans les échos du monde voire comment cet intime filtre ce qui lui parvient du monde extérieur à partir de lui-même, comment l’individuel rejoint le collectif, ou pas et comment affronter nos propres représentations permet peut-être de nous projeter plus loin.

    Alors, si je ne m’identifie pas à vous du point de vue de vos références personnelles, liées à votre vécu, je m’identifie à ce parti pris (enfin ce que je crois qu’il est).

    Et je crois également que les transformations sont conditionnées au dialogue qui s’opère en nous du point de vue de nos héritages et représentations.
    En ça j’attends de la scène publique qu’elle se fasse le théâtre de ce dialogue et vois d’un mauvais oeil les tendances politiques qui cherchent à éviter ce dialogue en brouillant la perceptions des clivages, en faisant croire à l’unilatéralité, et au caractère hors-sol des idées.
    Ces clivages existent, au moins dans nos esprits, ce n’est pas en les niant qu’on les dépasse (si tant est qu’on doive les dépasser) car nous, citoyens, avons besoin de ce dialogue pour en prendre conscience, les dépasser ou les consolider ou envisager de les transformer, et au-delà envisager de faire des choix. Me semble-t-il. Car nous sommes enracinés dans des histoires et soumis à des discours qui fondent nos représentations, nous fondent, nous ne vivons pas hors sol. Même si nous l’ignorons parfois.

    1. jutement, même si rien à voir, autre gueule d’atmosphère, amicalement:
      radiohead street spirit

    2. Bonsoir Gueule d’Atmosphère,
      Et bien j’ai aimé votre commentaire. J’espère que Paul Jorion vous répondra.
      Ce n’est pas sûr. C’est un peu ce que j’ai à reprocher à ce blog. Le peu de réponses aux questions posées à la base et aux auteurs. Peur de répondre? Le trop peu de temps n’est pas une réponse « honnête » puisqu’on ne crée pas un blog ou forum en laissant les lecteurs sur leur faim
      Une réponse demande parfois du temps pour être complète.
      Personnellement, j’ai, à un an près, le même âge que Paul.
      Choc de générations avec la vôtre? Très certainement.
      Perso, je suit très souvent sur des forums depuis longtemps, je peux dire que les situations ont beaucoup évolué. Il y a peut-être moins de recherche à connaître l’autre, recherche qui est devenue plus celle du prédateur que d’échange. On ne dialogue plus. On démolit l’autre et sa pensée avec lui.
      Que vous ne vous sentiez pas en sync avec ce que dit Paul, est normal.
      L’économie n’intéresse pas tout le monde. La politique, la démocratie emmerde plus qu’elle ne passionne.
      Il y a très probablement un peu de nostalgie d’une époque pour notre génération.
      « La Belle époque » est toujours celle de sa jeunesse.
      La motivation aujourd’hui, il faut l’avoir en soi. Elle ne vient plus par l’extérieur, par les événements qui nous entourent. Comme vous dites « un monde dont on doit s’émanciper pour naître à soi-même? ». Très juste.
      Que dire comme conclusion?
      Réinventez tout cela.
      ou
      Bonne journée ou bonne chance?

    3. Quand je lis un commentaire comme le vôtre, ça me conforte : ça me donne le sentiment d’une œuvre collective qui s’accomplit. Parce que votre remarque me semble compléter les miennes : j’ai mis mes petits bouts de verre dans le kaléidoscope et vous ajoutez les vôtres, et les images qui vont se créer seront encore plus belles, plus étonnantes. Ce que je mets dans des billets comme ceux-là, c’est un peu ma réponse à Robespierre : « Non, ça ne peut pas être la Vertu ou la Terreur, il faut un monde nouveau mais où la variété des points de vue, la variété de ce qu’on trouve beau ou moche soit possible ».

      Parfois je ne réponds pas aux questions parce que j’ai peur de couper court à la discussion : je préfère voir ce que diront les autres.

    4. @ l’enfoiré,
      avec une moyenne de plus de 50-100 commentaires par article, répondre à chaque interrogation des lecteurs nécessiterait, pour les auteurs du blog, une consommation de stupéfiant reléguant celle du disparu Hopper au rang d’amateurisme. Ils finiraient en plus par appeler à voter Sarkozy en 2012 et 2017. Et celà nous laisserait forts maris.
      Soyons donc modestes vis à vis de nos commentateurs éclairés, et laissons nos réflexes consuméristes et égotistes aux tenants d’un capitalisme que nous pourfendons tous. 🙂

    5. @ gueule d’atmosphère,

      J’aime beaucoup ce que vous avez écrit.
      Votre sentiment sur le blog de Paul Jorion, une belle variation sur le miroir, où vous avouez au départ ne pas voir votre reflet. Vous ne réclamez pas cette identification et vous cherchez à lire l’image qui se forme ici, image d’un homme ou peut-être d’une génération. Ou peut-être prétexte à autre chose, à mettre l’intime en résonance avec les échos du monde: « affronter nos propres représentations permet peut-être de nous projeter plus loin. » Vous retrouvez alors votre reflet, mais ce que vous tend Paul Jorion, vous dites que ce n’est plus un miroir. C’est un théâtre de dialogue. C’est un lieu de représentation. Et vous y êtes représentée. Vous parlez des clivages nécessaires, sans lesquels tout n’est que monologue, « unilatéralité », reflet du même
      …et le « beau miroir » du début finit brisé.

      J’aime ensuite la réflexion de Paul Jorion. Ces bouts du miroir que vous avez brisé, ce sont des petits morceaux de verre colorés que vous avez ajouté aux siens, non pas pour fabriquer un reflet aux choses, mais pour servir au kaléidoscope de « variété possible ». Une oeuvre collective émouvante, et mouvante.

      (j’ai appris, en lisant une jolie phrase, deux mots nouveaux: cardo et decumanus)

    6. Ce qui de nous est ou résonne chez les autres.

      C’est un peu l’âme, ce fourre-tout.

      Dans les échafaudages de mon bien aimé Bernard Stiegler, il y a « l’individuation psychique et collective », concept qui se veut traduire cette tension au bord de laquelle est écrit votre message, nos consciences à la fois émergentes (« protendues » vers les projets qu’on préparé leur passé) et réceptacles des bruissements de tous les passés, des rétentions (primaires, secondaires, tertiaires, arrêtons là).

      Nécessité aussi de l’intermittence, d’alterner du « sérieux » et du « tout le reste ». Utile jachère qui redonne le goût de la cerise à la saison venue, en fournissant au neurone son quota de volatilité.
      Mieux vaut ne pas demander à P J s’il le fait consciemment.

      Et aussi recadrer les libérations de l’époque dans une forme de carcan sociétal que décrit H Marcuse dans L homme unidimensionnel …(que je n’ai pas- encore- lu, je l’avoue)

    7. Bonjour Paul et Arnaud,

      Tout d’abord merci à Paul. Il faut dire que j’ai suscité d’un tantinet forcé, la réponse. Je sais très ce que c’est de lire et répondre à des commentaires.
      Figurez-vous que j’ai été modérateur pendant un an sur Agoravox. En plus, je continuais à produire des articles hebdomadaires et je commentais au mieux en fonction de ma propre expérience.
      C’est presque du « full time ». Mais quand on aime, on ne compte pas.
      Modeste, je le suis devenu pour garder la qualité avant la quantité. Qualité qui demande de la recherche, beaucoup de recherches.
      Ce que j’ai aimé, c’est parlé d’économie sur un billet qui n’en est pas un pour suivre gueule d’atmosphère.
      La réflexion sur ce genre de sujet est bien plus complexe que de dire, je jette le capitalisme.
      Cela correspondrait à couper la jambe quand on a mal au genou. Vous parlez de réflexes consuméristes. Je ne pourfend pas le capitalisme, je lui assigne de l’humour en plus.
      La preuve.
      J’ai 40 ans de numérique derrière moi. La vision devient moins partisane.

      Gueule d’atmosphère,

      Pour faire comprendre la situation de manière imagée de la situation.
      Imaginons une course automobile spéciale.
      Sur la piste, il y a 4 voitures: une Ferrari avec toutes la technologie de pointe (=les marchés), une Bentley avec tout le confort (les politiques), une familiale style Peugeot (une famille de bourgeois) une voiture du peuple la Volkswagen (celle de la population de la classe moyenne) et une petite voiture chinoise (vendue dans les pays en voie de développement).
      Sur les gradins, il y a les visiteurs, les fans (les spéculateurs).
      Derrière un micro, il y a les commentateurs (les gens comme Roubini).
      Qui va gagner?
      Les pronostiques sont ouverts…

      🙂

    8. La 5ème voiture est arrivée en retard, bien sûr.
      Elle avait déjà beaucoup de kilomètres au compteur quand elle a atteint la piste aux étoiles. 😉

    9. Répondre ou ne pas répondre. That is the question. Pas très sûre d’apporter grand-chose. Amicalement à chacun :
      @ Jean-Luc- Très rassurant votre billet. La concision n’étant pas mon fort, votre synthèse convient parfaitement. Merci du retour.
      @Roma – Radiohead, j’aime beaucoup!
      @ L’Enfoiré- (je te réponds en partie seulement pour ne pas trop tartiner mon post et je vois en plus que tu viens d’en ajouter deux! Je lirais après).
      Mais les questions économiques et politiques ne me désintéressent pas, tout au contraire! Emparons nous de ces questions, ne les abandonnons pas aux seuls « savants ». Lesquels font preuve pour un certain nombre d’entre eux de compromission, d’aveuglement et de rigidité intellectuelle si dommageables pour nous, qu’il est bon de se rappeler à eux.
      D’ailleurs quand d’autres voix s’élèvent pour pointer les incohérences, alors c’est le moment je crois de comprendre quelque chose. Les aspérités, les résistances sont une partie du sens je pense. Surtout quand l’aspérité c’est nous et nos réalités quotidiennes.
      Pour ce qui est du choc des générations : je ne sais pas dans quel sens le développer car je ne sais pas très bien ce que tu mets derrière ces mots et encore faudrait-il que je puisse définir en quoi je représenterais une génération. Disons que je devine une génération née pendant ou au sortir de la Deuxième Guerre mondiale et qui a grandi dans l’image d’une Amérique vertueuse pleine de promesses d’avenir et de liberté ; je fais l’hypothèse parmi les gens de cette génération d’un certain déni des problèmes par crainte d’avoir à se construire de nouveaux repères. La question de l’âge me parlait du point de vue d’une sorte de retour sur soi, entre la nostalgie d’une époque, de soi dans cette époque, ce qu’on a investi de soi en matière de désir notamment, et la perte, réelle ou fantasmée. Et comment ce retour permet peut-être d’accepter la perte. Pour construire autre chose.
      @ Arnaud-
      Cette question, malgré les apparences, n’appelait pas forcément une réponse en commentaire et visait une réflexion bien au-delà de mon nombril. Mais je trouve honnête et intéressant d’avoir ce retour sur soi, car on en n’a pas toujours conscience mais je pense que nos actions et nos pensées sont largement téléguidées par ce nombril. A mon sens, avoir conscience de ses représentations, c’est s’offrir la possibilité de faire un pas de côté, de laisser la réalité ou les autres faire irruption dans notre subjectivité, pour imaginer d’autres champs des possibles.
      @ Paul Jorion
      J’aime bien cette image du caléidoscope.
      Et donc, Robespierre … J’avoue qu’il y a des têtes que j’aimerais bien voir coupées…
      Symboliquement!!
      Ce que je comprends du couple de la Vertu et de la Terreur c’est cet écueil qui consisterait à croire qu’on peut rationaliser, uniformiser et ordonner absolument les esprits et les cœurs, et ce au nom d’une cause morale. Comme si c’était possible ! Comme si c’était souhaitable !
      Je n’ai pas suffisamment d’appuis intellectuels pour développer. Disons que je vois l’altérité comme ce qui permet que tout ne soit pas confondu. Avant après, d’un côté de l’autre, ici là-bas, intérieur, extérieur, lui et moi et eux etc..
      Je pense que le processus de création dépend de cette altérité, ainsi que la capacité à choisir.
      @ Timiota- /Bernard Stiegler. Je n’ai pas tout compris. C’est l’occasion de fréquenter sa pensée.

    10. Gueule d’atmosphère,

      L’économie ne peut pas te désintéresser, elle fait partie de notre vie de tous les jours.
      J’ai bien aimé cet article
      Comme pour beaucoup de connaissances on dit « …… est trop importante pour la laisser aux professionnels »;
      Il en est de même de la démocratie, de l’indice de notre liberté, de nos potentiels, de ce qui nous motive. En fait, beaucoup de choses doivent rester dans notre assiette et ne pas passer sur la bosse de notre indifférence comme on le voit trop souvent.
      Comment peut-on s’intéressant à se créer une pomme pour la soif, si c’est s’en désintéresser par après et faire confiance, pieds et poings liés, à son agent de change ou son banquier.
      Bien sûr on ne peut être spécialiste en tout et qu’il faut faire un peu confiance à ceux dont c’est l’occupation majeure.
      On est passé malheureusement à être cloisonné dans des tubes de la connaissance. Des tubes qui ne se reconnaissent plus. J’ai une profonde admiration pour les gens qui font les liens, des vulgarisateurs comme on en trouve encore.
      Oui, l’informatique a été mon baba. Mais je n’ai jamais joué avec les particularités pour garder un esprit de la généralité avant tout. Ce qui permet l’interopérabilité. Avec un peu d’humour, je dirais que j’étais aussi bon et aussi mauvais en tout.
      En informatique, aussi, on se réfugiait derrière des vocables, des notions qui peuvent paraître dans les connaissances de gourous. Les PC ont cassé cette aparté. Je n’y vois pas d’inconvénient si cette science ne devienne plus qu’un outil pour aller plus loin. Mon acquis que l’on ne pourra me prendre, c’est d’avoir pu voir cette construction en l’espace de près d’un 1/2 siècle.
      Maintenant, je m’attarde à tout le reste. L’étude de la Bourse, de économie, cela a été à une époque donnée.

    11. @ L’enfoiré

      Oui, j’aime beaucoup la transversalité des savoirs.
      Pour des raisons personnelles j’ai eu à recommencer des études et j’ai découvert combien
      il était très intéressant d’être mis en difficulté dans un nouveau domaine,
      retrouver l’humilité de celui qui ne sait pas, combien c’était libérateur aussi
      de partir d’une certaine ignorance mais une fois adulte et débarrassée du complexe
      du « je ne sais pas ». Accepter de ne pas savoir c’est faire de la place dans son esprit
      pour autre chose. Et puis j’ai eu à me poser la question de ce qu’est un « savoir ».
      J’ai pu faire dialoguer ma formation de base avec cette nouvelle formation et
      je dois dire que ça a donné plus d’amplitude…à tout, bien au-delà de la seule dimension
      professionnelle. Ca m’a surtout donné le sentiment de ne pas avoir à être subordonnée au savoir.
      Alors sur les questions d’économie je rame pas mal du point de vue de la mécanique (et des références) ce qui rend difficile la lecture des analyses. Mais je sais reconnaître un discours scientifique cloisonné et j’ai pris l’habitude de me questionner sur les enjeux propres à chaque discipline, leurs limites, et surtout leur valeur politique.
      J’apprécie beaucoup les discours économiques qui contextualisent, mettent en perspective, (historique, sociologique, philosophique etc..) et restaurent l’importance
      du projet et de l’implication citoyens ainsi que celle des valeurs humanistes. Et ce dans un langage accessible mais sans sacrifier à la la rigueur intellectuelle! Donc il est primordial qu’il existe des lieux d’interaction entre les discours mais à destination du citoyen ou avec le citoyen. Des lieux de débat quoi.
      Ca nous redonne un certain libre-arbitre même si nous avons à réinventer un certain nombre
      de choses.

      Je suis allée faire un tour sur ton blog, quelle prolixité!!
      Allez mes neurones sont saturés pour la soirée.

      Bien à toi

  7. Quelque fut son rôle, Dennis Hopper, mélange de glace et de chaleur, dégageait une substance vide que la conscience du spectateur se mettait d’emblée à habiter ; influence mimétique, c’est sans doute ça le charisme, mais là libre à nous : D. H n’inspirait de ce coté aucun respect car la plupart de ceux qui le possède en abuse plus qu’à leur tour (plaisir douteux de fasciner). D. Hopper était un vrai pro, ce que j’aimais en lui. On en parlerait encore au présent, ou encore comme si toujours vivant, dans un futur antérieur, car les acteurs comme lui donnent tant d’eux-mêmes à la nuit de la salle des rêves, à la lumière factice de l’écran, en retour nous mettant à la rue à notre vraie place, la dimension précaire.
    A Wenders qui lui demandait, qu’est ce qu’il y a de plus difficile à faire au cinéma ? D. Hopper répondait ; « être seul ».

  8. C’est bien joli, mais nous sommes des sangliers qui foncent tête baissée, même dans les mouvements de recul.

  9. Denis Hopper, sublime de folie dans Apocalypse Now.
    Pour le reste… Un artiste talentueux peut être un con réac, ça c’est vu souvent, et alors ?

    1. Je suis bien content que john wayne ne vivait plus au temps de Bush junior, dans la bétise il aurait fait des dègats

  10. merci Paul !

    mon premier réflexe a été de revoir la scène ou dennis hopper pleure sur la chansons de Roy Orbison « in dream’s » dans blue velvet.

    Elle se trouve justement dans un de tes extraits…. je conseil ce passage (vers la fin) à ceux qui n’ont pas vu le film

    quel magnifique psychopathe 🙂 !!!

  11. Que ceux qui ont connu le Paradiso, temple païen qui portait bien son nom, lèvent la main !

    Ceux qui faisaient le voyage à Amsterdam, terre libre à l’époque et où l’on pouvait s’en étourdir.
    Celles qui le firent au nom de l’affranchissement de leurs corps, quand il fallait encore sauter les frontières.

    Le Paradiso a fermé ses portes depuis longtemps, symbole non pas d’une époque mais du droit au rêve et à l’insouciance pour ceux qui l’ont fréquenté.

    1. On avait bien compris qu’il y avait comme un nuage qui empêchait Paul de se souvenir s’il était passé au retour par Leiden ou pas ! Le Paradiso existe encore et il y a toujours des concerts.

      J’aime ce blog qui mêle les « posts à messages », didactiques et parfois doctrinaux au journal intime. Cela donne au texte des respirations. De plus quels que soit les goûts qui s’expriment on découvre d’autres sites, et le réservoir à souvenirs inépuisable de youtube !

    2. J’ai connu le Paradiso avec sa croix de néon. Quel souvenir…
      Le temps où je brulais mes vingt ans. Je croyais les avoir pour toujours, riant de ceux qui pleuraient leur jeunesse enfuie en contemplant quelque photo muette et puis, malgré avoir entendu cet avertissement résigné mille fois, je me suis tourné et le jeune homme de feu s’est transformé en statue de sel transformant les sourires conquérants du matin en grimaces de douleur d’articulations rancunières.
      Le Paradiso, Amsterdam, le Meldweg, Police, Bowie, Joe Jackson, Men at Work, et Palmer dans les oreilles.
      Toute une jeunesse en folie entre pilule et sida, entre années grises et retour du siècle de Hugo.

    1. Un petit accès de déprime ? A quoi bon ?
      On reste au lit, alors, et on attend…. en regardant un bon film.

    2. Ce livre est un très bon éclairage sur la faculté qu’a l’Argent de s’affranchir de tout, en l’occurrence de la religion par la religion. L’homéopathie financière ?? terme déjà employé ici.

  12. Pour des gens plus jeunes, Robert Knepper, autrement dit « T-Bag » le psychopathe de Prison Break, fait figure d’honnête successeur potentiel.

    Easy Rider et Apocalypse Now sont des films entrés dans l’histoire du cinoche.
    Le premier affiche la rupture avec le mythe Peace & Love et le second l’indicible démence des guerres coloniales.
    Blue Velvet est plus confidentiel et sa complice Isabella Rossellini est devenue gentiment déjantée avec les vidéo éducatives « Green Porno ».
    http://www.youtube.com/watch?v=T-V621BxHZQ

    A part ça, je n’ai pas été contrôler ses bulletins de vote.

  13. Ben Crapaud, j’ai vécu en Hollande, Calvin n’y est pas le principe, faut arrêter le fétichisme d’un départ déterminé historique. Descartes a vécu en Hollande la plus grande partie de sa vie ?

    Calvin est un dingue qui a su entrainer du monde. Mais des givrés, il y en a à profusion, et ils réussissent, du moins sur le plan matériel, compte en banque solvable, j’entends…;

    1. Continuant ma lecture de Weber, voici sur quoi je tombe :

      Si pareil frein de la consommation s’unit à pareille poursuite débridée du gain, le résultat pratique va de soi : le capital se forme par l’épargne forcée ascétique 1. Il est clair que les obstacles qui s’opposaient à la consommation 1193] des biens acquis favorisaient leur emploi productif en tant que capital à investir. Doit-on ajouter que la force d’un fait de cette nature échappe à toute évaluation exacte? En Nouvelle-Angleterre le rapport est si net qu’il n’a pas échappé au coup d’œil d’un historien aussi pénétrant que Doyle 2. Mais en Hollande, pays qui pourtant ne fut assujetti à un strict calvinisme que sept années durant, l’absolue simplicité de mœurs des cercles les plus strictement religieux, qui allait de pair avec la possession d’énormes richesses, porta jusqu’à la démesure le goût de l’accumulation capitaliste.

      Pour ce qui est du capitalisme moderne, à son origine se trouvent plusieurs « départs de feu », et l’un est la Hollande. Ce n’est pas du fétichisme.

  14. Toute la problématique revient à savoir pourquoi l’on est tenté de suivre des corniauds, les sujets supposés savoir faisant les spéculations du présent.

  15. La constat est triste, simplement triste. Pas d’espoir, renforcé par toutes les approches confortant la tristesse des lieux. Le neurone est mort.

  16. D.Hoper et l’american dream symbolisent une culture remettant en cause l’ordre ancien européen. le renouveau par rapport à un continent cadastré entièrement depuis des siècles et quadrillé par les maréchaussées.
    ici même la cueillette d’un champignon c’est règlementée… ici, il y a peu, il était impossible de prendre sa moto et faire 421,72 km sans tomber sur un poste frontière avec des gardes armés de fusil semi-automatiques ou, pour la version présente, sans croiser quinze fourgons de gendarmerie.
    le rêve américain c’est celui des grands espaces, celui d’avoir le droit d’être armé (vive la NRA) et de se défendre face à l’arbitraire, celui d’une terre où l’état est réduit au strict minimum, d’une terre où il n’a qu’un seul édifice royal et il est à hawaï… nous européens sommes des animaux d’élevage. nous méritons bien nos AAA comme on dit et même HAHAHA.

    easy rider c’est un homme qui se bat pour sa liberté, qui n’a pas envie de dire ‘vous’ à un mec en costard, qui ne sait peut-être pas vraiment pourquoi il convoit de la ‘drogue’ mais il le fait quand même parce qu’il sait que ‘ça gène beaucoup’ (par exemple ceux qui recrutent des tueurs pour l’armée en l’occurence).

    et pour l’aspect L.S.D y a t il des yuppies parmis nous…? à mon avis l’histoire retiendra que c’est bien de californie qu’une culture d’hommes libres a envahi le monde… que les portes de la perceptions ont été enfoncées… que la domination de l’homme par l’homme a pris un sérieux coup en pleine tête.

    sans la californie quid de mai 68? –> peanuts?

    l’arbitraire d’un roy bien éduqué vallait-il mieux que la justice d’une république de parvenus grossiers?

    cordialement

    1. Un roy bien éduqué? Lisez le « portrait » du Canard de la semaine dernière, à propos des chemises rouges… Le roi de Thailande, 85 ans aux prunes, à l’hosto, est tout simplement le monarque le plus riche du monde selon Forbes, loin devant la reine d’Angleterre (15eme) et les cheikhs du Golfe… Hélas, son fils ne se passionne que pour son caniche, et pas pour le pouvoir.

  17. Et aussi les chiffres :
    120 films comme acteur, 7 œuvres réalisées, 5 mariages et 4 enfants, et un enterrement.

    Je dis respect.

  18. un petit présent pour les maitres des lieux, désolé je ne connais pas la balise youtube alors le lien sera ‘brut de pomme’. une parabole sur l’industrie du disque que D.Hoper n’aurait pas forcément renié… et qui ma foi, s’applique à beaucoup d’autres je suppose!

    Cyanide Breath Mint [Beck]:

    Definitely this is the wrong place to be
    There’s blood on the futon, there’s a kid drinking fire
    Going down to the sea, they got people to meet
    Shaking hands with themselves, looking out for themselves
    When they ask you for credit, give them a branch
    When they want you to get it, chew on the grass
    I know, I know ’cause they told me to tell you
    There’s nothing to tell you, there’s nothing to sell you
    In the afternoon, riding the scapegoat
    Burning equipment decomposing
    Cool off your jets, take off your sweats
    I got a funny feeling they got plastic in the afterlife
    When they want you to cry, leap into the sky
    When they suck your mind, like a pigeon, you’ll fly
    I know, I know it’s the positive people
    Running from their time, looking for some feeling

  19. De son propre aveu : « Entre 28 et 38 bières par jour et 3 grammes de coke…. ». Voir le Zapping d’aujourd’hui.
    Comme « Bush le jeune » ou « à que Johny »dans leur jeune temps?
    Mort à 74 ans. Il y a donc des ‘trucs » qui conservent plus surement que le trottoir ou l’usine….

  20. Une grande partie de l’œuvre de Hopper exprime la nostalgie d’une Amérique passée, ainsi que le conflit entre nature et monde moderne. Ses personnages sont le plus souvent esseulés et mélancoliques ( wikipedia).

    Non ce n’est pas Denis mais Edward, mort depuis 1967, mais qui nous a laissé une œuvre fascinante, qui résonne encore étrangement dans cette actualité chaotique…

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