Chant d’une alouette, par rienderien

Billet invité. Le billet sur le travail de Jean-Luce Morlie a suscité beaucoup de commentaires de votre part. Voici une variation sur le même thème

Chant d’une alouette

En ces temps de bouclier mental, pourquoi parler de politique alors que tous les dirigeants sont sous la nano-botte de la finance, et pourquoi parler d’économie alors que tout le monde s’accorde à dénoncer l’irresponsabilité des banques. Irresponsabilité que les banques reconnaissent cyniquement avoir provoquée, mais qui ne change pas pour autant l’essentiel du fonctionnement de la finance, ce qui permet encore toutes les spéculations et autres spoliations. Des richesses érigées sur les ressources de l’humanité, aux prix volés du sang, de la sueur et des larmes de nombreuses générations depuis de nombreux siècles, aujourd’hui rassemblées dans les paradis fiscaux. Tant que les ressources semblaient infinies, le capitalisme, après avoir usé de l’esclavagisme et du colonialisme pour s’affirmer, promettait un capitalisme juste et propre où chacun y trouverait une place. Dans cette illusion, nos démocraties aseptisées, menées par les « Droits de l’Homme », devaient immanquablement nous conduire dans un monde meilleur. A ce jour, les ressources bientôt épuisées affolent le capitalisme dont le but premier est de mettre la main sur tout ce qui est vital pour sauver sa peau. Le retour de tous les extrêmes du ciel et de la terre est en ordre de marche, ce qui occupe bien les peuples à se détester, pendant qu’une chape de plomb nous tombe dessus.

L’évolution technologique nous fascine, nous sidère, elle nous devance, nous suivons sans mot dire. Tu cliques ou tu claques ! Mais cette évolution technologique, à la recherche du degré zéro défaut pour un profit maximum, ne permet plus d’intégrer une large majorité de la population dans ses capacités et aspirations d’êtres humains. Dans ce monde, monde riche à la pointe de tous les savoirs, point de salut pour ces inadaptés, que les origines sociales, leurs natures, leurs vies, leurs choix, mettent à l’écart, ne correspondant pas aux normes imposées par le profit. Face à l’impossibilité de se fondre dans ce flux de technologie impitoyable réservé aux plus forts, aux plus riches, les inadaptés sont éliminés par la faim, les guerres, la pauvreté, les suicides, les maladies, la marginalité, le silence et l’oubli.

Pendant que le capital aux manettes des bio-technologies nous formate à ses besoins à force de compétition, de concurrence indispensable via la croissance, promesse de richesse, ils (les pauvres) savent bien que c’est sur leur dos que repose cette croissance. « Travailler encore plus, plus longtemps et moins cher ».

Du travail digne pour faire œuvre de vie : les places sont limitées et déjà réservées. A ce jour, seule une classe d’initiés peut y accéder, avec néanmoins un solide réseau de gens influents et influençables. Mais pour combien de temps ? Nous avons déjà des savants, médecins, ingénieurs, cadres aux prix d’ouvriers qualifiés, voire moins. Viendra l’heure où cette classe jusqu’alors privilégiée, et qui tend à le rester, rejoindra avec des mots et des actes les cris de souffrance qu’elle entendait hier au loin, mais qui aujourd’hui sont sous ses fenêtres, voire chez elle. Voter a peu de sens dans un système où seule la croissance est salutaire, car la croissance ne vit que pour le profit, et le profit a pour conséquence d’enrichir quelques-uns et d’appauvrir les autres. C’est ainsi que le travail né de ce système est pour une bonne part d’entre nous souvent pénible, ingrat, vicié, destructeur, dénué de sens, polluant, abrutissant, appauvrissant.

Que vaut notre liberté d’expression quand on ne peut pas aller plus loin que son supermarché ou son potager pour les plus chanceux ?

Que vaut l’égalité quand elle est subordonnée à un système où nos vies valent moins que du papier ? Identités, richesses, propriétés, diplômes.

Que vaut la fraternité quand quelques-uns s’accaparent la totalité des richesses de la terre et du ciel ?

Que vaut notre riche civilisation, alors que nous laissons à leur sort des êtres humains qui fuient la guerre, la misère, pendant qu’un milliard d’êtres humains ne mangent pas à leur faim, alors que nous stérilisons la planète par notre façon de vivre dispendieuse pour faire marcher le système ?

Viendra peut-être un jour, par instinct de survie, où nous ferons comme ces animaux sauvages devenus fous qui, chassés de leurs habitats et privés de nourriture, ravagent les cultures et menacent les populations.

Viendra peut-être un jour où la bête humaine sera saisie de compassion envers elle-même.

Reste que les crises sont des leviers pour changer de cap et inventer des rêves nouveaux.

Pour l’heure, après m’être exprimée sur le blog de Paul Jorion que je remercie ainsi que ses participants pour le plaisir des analyses et échanges qu’on peut y lire, je suis contrainte pour ma survie, comme beaucoup, de rassurer les marchés avec mon caddy et de parier sur des lendemains plus justes en attendant la vague salutaire qui nous sortira de cet apnée mortelle.

Partager :

67 réflexions sur « Chant d’une alouette, par rienderien »

  1. Nous sommes trés largement majoritaires,partout dans le monde ,nous les spoliés.
    L’Histoire montre qu’à chaque période de confrontation,l’issue est au bénéfice des « masses »..
    Cette fois ,c’est selon:
    –accepter et se livrer au syndrome de stockholm ?
    –utiliser lis moyens et les idées exprimés ici entre autres (avec ceux des Stiglitz,Krugman,Lordon…)pour diffuser et nourrir nos compatriotes. Ceci pour qu’ils puissent,hors les urnes pseudo démocratiques, dire et ensuite faire cesser cet esclavage du 21e siècle.?
    Les dernières années,avec internet,on voit ce qu’il est possible de réaliser.
    La confiance en nous devrait s’établir et nous serions prêts à faire mettre en application les Idées Justes dans un Programme de Justice.

  2. Exact.
    Lire « la tentation de l’innocence » de Pascal Bruckner qui reprend l’essentiel de ce que vous avez dit et annonce la catastrophe de l’après-monde des boomers.

  3. J’ai aimé votre fresque digne d’un poème romantique .

    J’ai moins apprécié votre conclusion qui occulte tous les combats que des peuples ou de simples individus conduisent par le monde , avec leurs propres histoires , leurs mots , leurs limites , leur courage .

    Il suffirait donc de consommer (je ne cesse d’écrire que le consommateur tue le citoyen ) au présent , et de parier ( Ah le pari !…) paresseusement sur l’avenir , en se contentant de semer à tous vents , tel le symbole du vieux Larousse s’époumonant sur les graines de pissenlit ?

    Non : il faut à la fois les graines ET l’engagement sans laiser à d’autres le soin de les détriure ou de les dénaturer .

    1. s’il convient de manger pour vivre et non de vivre pour manger,

      ne se peut-il décliner :
      à l’adresse du simple consommateur : il convient de consommer pour vivre et non de vivre pour consommer,
      mais plus encore à celle des économistes, gestionnaires et autres financiers : il faut (gagner) de l’argent pour vivre et non vivre pour (gagner) de l’argent

  4. Bravo chère Madame pour cette jolie diatribe,
    mais à défaut de vous, de nous, faire du bien en tant que bon français râleurs, vous ne faites que répéter des lieux communs connus de beaucoup depuis la nuit des temps.
    L’exploitation de l’homme par l’homme sous toutes ses formes est une constante depuis l’aube de l’humanité; les manipulations propagandistes des sorciers, puis des religieux, maintenant des professionnels de la mal nommée « information »n’ont toujours servi qu’à renforcer la main mise d’un petit nombre de profiteurs sur l’ensemble du système de production des richesses.

    Qu’on les nomme clergé, noblesse ou bourgeoisie; apparatchicks ou membres du congrès;chefs ou mandarins,etc. Il ne s’agit que d’une propension égoïste intrinsèque à la »nature » humaine.
    Quant à la croissance supposée salutaire, ce n’est que l’exploitation irréfléchie des ressources d’une planète dont nous oublions presque toujours que c’est la seule que nous avons pour l’instant.

    Mais ceci n’est pas pour proner un pessimisme de mauvais aloi, l’espoir est toujours l’unique solution et l’action, si elle semble parfois désespérée, est toujours porteuse d’effet, même et surtout au niveau de votre sphère personnelle, avec parfois grace aux moyens actuels une portée bien plus grande, Monsieur Jorion en est la preuve.

    Restons positifs, regardons la jeunesse, et si notre espèce n’est pas capable de se respecter elle même, sa disparition sera l’avènement d’une prochaine. Tout ceci sans parler de transhumanisme qui est un autre et vaste débat rarement évoqué.
    Keep going and stay hopeful.
    Salutations à tous et excellente semaine.

  5. Le langage des oiseaux s’apprécie de préférence le matin. Leur envol est un vrai réconfort !

  6. Entièrement d’accord avec toute cette analyse, et malgré mon ironie méchante parfois sur mon blog, totalement confiante dans une solution fondée par les peuples eux-mêmes pour se sortir de cette dictature des élites financières et politiques (car, nous doutons pas, elles sont complices et elles donnent les feux verts qui permettent ce grand n’importe quoi…).
    Si j’étais jeune, je voudra

  7. je poursuis…
    Je voudrais m’exprimer sur le deux poids deux mesures entre les grandes fêtes du Rugby arrosées, sur le champ de mars, à Paris et l’interdiction des apéros géants, sur ce même champ de mars, et des possibles rassemblements positifs d’une jeunesse qui cherche à créer son unité… d’accord, un peu dangereusement, mais qu’était Woodstock sinon la place où on a pu utiliser des substances illicites sans compter…?
    Déjà, il était urgent à cette époque là pour la jeunesse du monde de se fédérer… on préfèrerait bien sûr une issue plus « constructive » aux apéros géants que le séjour à l’hôpital, mais bon, c’est un début de retour à un grand Peace and love, à un goût pour les retrouvailles festives si propre à la jeunesse…
    Attention cependant les jeunes, l’alcool est un tue l’amour… ce sera mon dernier mot sur cette actualité brûlante…

    1. Dans les apéros géants, l’alcool est vendu et les taxes vont à l’état.

      Ce qu’il faut faire maintenant c’est donc acheter l’alcool, le tabac, les voitures, etc et ne pas s’en servir.

      Quant on disait que le monde marchand a totalement occulté la valeur d’usage par la valeur d’échange, beaucoup ne l’ont pas cru.

    2. Dans les apéros géants, il aurait fallu trouver un autre terme peut être, tout le monde ne boit pas de l’alcool. Mais la différence que j’y voie c’est que lors « d’apéros géants » les êtres humains peuvent de nouveau se rencontrer, parler, échanger leurs points de vue, développer, et …. réfléchir et s’éclairer en dehors des médias, et à mon humble avis c’est bien pour cela que notre « gouvernement » essaie de les interdire car il y a là quelque chose que risque de leur échapper et pourrait être la base d’un grand mouvement de concertation libre en face à face. Lors de match de foot ou autre, nos concitoyens ne sont là que pour le sport, l’alcool pour certains, et les coups pour d’autres et ce n’est pas ici que les hommes réfléchissent à un avenir meilleur et c’est bien pour cela que notre gouvernement et les médias subordonnés encouragent ces rassemblements. Il vaut mieux offir au peuple ce type de loisirs où il pourra rugir à souhait et se défouler – et vider son cerveau – là la vrai rencontre entre individus est impossible. Les services d’ordre sont à l’oeuvre, quand le match est fini, rentrez chez vous y’a plus rien à voir.

  8. Je ne saurais mieux dire, nous sommes beaucoup à sentir que la fin d’un monde est proche. Je transmute patiemment le contenu de mon caddy dans mon potager intérieur. Les produits sont moins nombreux, c’est vrai, mais bien meilleurs pour la santé…merci pour votre billet.

  9. Bonjour !

    Le dernier chapître m’interpelle …et me renvoie à m’interroger sur le titre du billet .
    Je propose le « CHANT DU CHIEN QUI SE LAISSE MOURIR SUR LA TOMBE DE SON MAITRE ».
    Et surtout pas le « CHANT DU CYGNE ».
    Bel exemple d’un SOUMIS, Mme ou Mlle RIEN DE RIEN.
    Et pourtant, il y a l’étincelle de survie dans votre billet … La vôtre ! LA VOTRE !!!
    Et pourtant , « rien de rien « , ce n’est pas « rien ». De même que « Rien moins rien »…
    Alors, On crève tous résigné … Et on attend quoi ???? Le déluge… !!!
    Sans moi !!! Je n’aime pas votre attitude …
    Vous n’êtes pas assez consciente … Il manque du temps … et des épreuves…. à passer, endurer !!! Pour passer à l’action …
    Vous souhaitez passer à l’action ???
    Que proposez vous ??? J’ATTENDS ….
    A vous lire…. Très vite !!!
    Bonne journée …

    Pour d’autres :

    Stiglitz, Lordon, Jorion , Leclerc sont là pour nous aider !!!
    Mais pensons et agissons comme Yakolev, Naes, bégarie-couteau, Loire, Galula, trinquier et Mahan comme ne citer que ceux là !!!!

    1. Vous avez devinez, j’aime beaucoup les chiens et tous les animaux, enfant je me prétendais « la reine des animaux ».
      C’est pourquoi toute métaphore qui utilise l’animal pour disqualifier l’être humain m’est désagréable.
      J’apprécie néanmoins votre colère et les colères qui rejoignent les miennes sur le blog de Paul Jorion, où l’on voit poindre une vague d’insoumission que chacun devine suivant son point de vue.
      Bonne journée à tous

    2. L’oiseau s’en va, la feuille tombe
      L’amour s’éteint, car c’est l’hiver.
      Petit oiseau, viens sur ma tombe
      Chanter, quand l’arbre sera vert.
      (Théophile Gautier)

    3. ne pas oublier CHOMSKY aussi; il est passé et s’est arrêté à Paris ce samedi (à réécouter émission Daniel Mermet FRANCE INTER 15 HEURES LE 31/06/2010

  10. Cher Monsieur,
    Vous écrivez :
    « cette évolution technologique, à la recherche du degré zéro défaut pour un profit maximum, ne permet plus d’intégrer une large majorité de la population dans ses capacités et aspirations d’êtres humains »
    Il y a des gens (Nicolas Baverez par exemple !) qui explique exactement le contraire sans plus avancer de preuves…

    Pourriez-vous étayer votre propos (que je partage, mais c’est anecdotique) plus qu’il ne le fait?
    Merci !

    1. L’actuelle fécondité artificielle produite par l’industrie, chose basée sur les images et la mémoire répétées au gré de la disponibilité de l’énergie, la fusion entre l’homme et la machine, tout cela ruine les capacités de création qui sont des vertus proprement humaines et dégrade en effet ses possibilités de réalisation. Oui, Mme Rienderien a rédigé un très beau et juste texte.

    2. Une hypothèse, que nous soyons désormais « Hors Sol » :

      En mettant à notre disposition à tous, l’énergie qui nous libère des taches physiques, le progrès a, petit à petit, fait de nous des Martiens sur Terre.

      Notre journée d’homme ou de femme en 2010, ne contient plus rien de palpable qui nous relie directement aux nécessités de la survie.

      Alimentation, mobilité, chauffage, vie, mort, communication, soins, culture….. Arrivent jusqu’à nous bien mâchés par une multitude d’intermédiaires et sous des formes tellement codées que l’usage premier, simple et nécessaire, n’est plus très facile à distinguer.
      Nous avons créé un certain nombre de monstres qui ont prit une vie propre, nous fascinent et auxquels tout le monde est finalement prêt à sacrifier énormément.
      Si demain, un inventeur génial trouvait un moyen de transport en commun gratuit pour tous, il devrait pour s’imposer commencer par tuer le monstre automobile, et cela ne serait pas simple.

      L’embêtant, c’est l’impossibilité de revenir en arrière. Ce n’est pas parce que ici ou là, des petits élans nostalgiques se manifestent que le cours de l’histoire change de cap. La diversité des êtres vivants, des cultures, des agricultures, des langues, bref d’absolument tout, diminue du fait des hommes, sur toute la terre, depuis des siècles et le rythme accélère.

      Chaque génération s’éloigne un peu plus, comme si un cliquet consciencieux empêchait toute descente ou reprise de contact. Seuls, bien souvent, des évènements ponctuels intenses, naissances, morts, émotions vitales, constituent des occasions d’éprouver des sensations de base, d’être soi. Mais c’est tous les jours qu’il faut avoir les idées claires !

      C’est là qu’est l’os : Notre vécu à tous, ne nous permet plus d’appréhender correctement le monde qui nous entoure. Qu’importe notre bonne volonté ou notre capacité de compréhension, c’est le hard ware qui pose problème. Nous ne voyons plus le monde qu’au travers des monstres que nous avons créé, nous sommes « hors-sol ».

      Qu’alors y faire ? Prendre soin des enfants, tenter de leur donner des clefs pour qu’ils se fassent leur propre idée du monde, le plus directement possible. Travailler de ses mains, cultiver, élever pour garder le contact…
      Ne pas voir trop grand….

      J’ai la chance d’accueillir depuis plusieurs années une famille Tzigane qui vient se reposer chez nous entre ses tournées de spectacles équestres. Il y a chez eux une indépendance viscérale, une clairvoyance et une sérénité inatteignables pour nous, les gadjos. Ils ont su garder intacte en eux cette part d’humanité libre qui nous manque tant aujourd’hui.

  11. J’aime bien ça:

    Varvalia Lodenko

    Devant nous s’étend la terre des pauvres, dont les richesses appartiennent exclusivement aux riches, une planète de terre écorchée, de forêts saignées à cendre, une planète d’ordures, un champs d’ordures, des océans que seuls les riches traversent, des déserts pollués par les jouets et les erreurs des riches, nous avons devant nous les villes dont les multinationales mafieuses possèdent les clés, les cirques dont les riches contrôlent les pitres, les télévisions conçues pour leur distraction et notre assoupissement, nous avons devant nous leurs grands hommes juchés sur leur grandeur qui est toujours un tonneau de sanglante sueur que les pauvres ont versée ou verseront, nous avons devant nous les brillantes vedettes et les célébrités doctorales dont pas une des opinions émises, dont pas une des dissidences spectaculaires n’entre en contradiction avec la stratégie à long terme des riches, nous avons devant nous leurs valeurs démocratiques conçues pour leur propre renouvellement éternel et pour notre éternelle torpeur, nous avons devant nous les machines démocratiques qui leur obéissent au doigt et à l’œil et interdisent aux pauvres toute victoire significative, nous avons devant nous les cibles qu’ils nous désignent pour nos haines, toujours d’une façon subtile, avec une intelligence qui dépasse notre entendement de pauvres et avec un art du double langage qui annihile notre culture de pauvres, nous avons devant nous leur lutte contre la pauvreté, leurs programmes d’assistance aux industries des pauvres, leur programmes d’urgence et de sauvetage, nous avons devant nous leurs distributions gratuites de dollars pour que nous restions pauvres et eux riches, leurs théorie économiques méprisantes et leur morale de l’effort et leur promesse pour plus tard d’une richesse universelle, pour dans vingt générations ou dans vingt mille ans, nous avons devant nous leurs organisations omniprésentes et leurs agents d’influence, leurs propagandistes spontanés, leurs innombrables médias, leurs chefs de famille scrupuleusement attachés aux principes les plus lumineux de la justice sociale, pour peu que leurs enfants aient une place garantie du bon côté de la balance, nous avons devant nous un cynisme tellement bien huilé que le seul fait d’y faire allusion, même pas d’en démonter les mécanismes, mais d’y faire simplement allusion, renvoie dans une marginalité indistincte, proche de la folie et loin de tout tambour et de tout soutien, je suis devant cela, en terrain découvert, exposée aux insultes et criminalisée à cause de mon discours, nous sommes en face de cela qui devrait donner naissance à une tempête généralisée, à un mouvement jusqu’au-boutiste et impitoyable et de reconstruction selon nos règles, loin de toutes les logiques religieuses ou financières des riches et en dehors de leurs philosophies politiques et sans prendre garde aux clameurs de leurs ultimes chiens de garde, nous sommes devant cela depuis des centaines d’années et nous n’avons toujours pas compris comment faire pour que l’idée de l’insurrection égalitaire visite en même temps, à la même date, les milliards de pauvres qu’elle n’a pas visités encore, et pour qu’elle s’y enracine et pour qu’enfin elle y fleurisse. Trouvons donc comment le faire, et faisons le.

    Antoine Volodine, Des anges mineurs. Editions du Seuil

  12. Oui et alors ? on laisse tomber ?
    Pas un mot sur la manière d’élever les jeunes pousses.
    Pas un mot sur l’art.
    Pas un mot sur la résistance et la dissidence.
    Pas un mot sur le partage.
    Pas un mot sur la bonté.
    Pas un mot sur le courage.
    Et l’humour ?
    Alors oui, dans ce cas, on peut dire « qu’ils ont gagné ».
    Le dernier paragraphe m’a littéralement scié les bras.

    1. bonjour,

      @ Rienderien
      @ Octobre

      C’est vrai que la situation n’est pas réjouissante.
      Si bien que, pour en sortir, il faudra de l’espérance et du courage.
      Que celui qui n’en n’a jamais manqué jette la première pierre….
      Mais je parie que les pierres ne seront pas nombreuses à voler !
      Et que tous les autres prodiguent un peu de chaleur et d’amitié à celles et ceux qui en ont besoin.
      Baisser les bras est effectivement jouer contre notre camp, contre nous-mêmes.

      Amicalement à tous.

  13. merci pour votre article Rien de rien.
    Je n’aurais su mieux dire.
    Cependant je regrette la citation du « capital aux manettes des bio-technologies ».
    Pour deux raisons. Premierement cette association aboutit à une condamnation en bloc des biotechnologies et ça me semble une erreur, qui plus est non étayée. (de même que celui qui a déjà été fait ici sur les nanotechnologie).
    Elle sous entend également que cette dépravation de l’économie est subordonnée à une maîtrise scientifique et technologique ce qui n’est à mon avis pas le problème (même si le HFT est à bannir par exemple).
    Alors que c’est un problème « ontologique » du système-capitalisme comme votre billet l’expose bien.

    Cordialement.

  14. Pas difficile de prévoir que ce billet va avoir un gros-gros succès tellement il résume bien et sans prétention la triste situation actuelle . Mais voter aura un sens si cet acte se fait en masse . Sans se laisser encore avoir par les promesses de ceux qui font si mauvais usage d’un pouvoir qu’ils se repassent à tour de rôle depuis quarante ans : internet est un des meilleurs moyens pour sortir de cette addiction .

    1. Souvenirs…souvenirs…

      Me rappelle tout le groupe de Mickaël Yaouank, Les Aventuriers, Gilles Le Tennier et Michel, Ti Beudeff à l’Ile de Groix… c’était un de leurs tubes à tous, et on chantait des chansons de marins « Adieu, cher camarade… » « Jean-François de Nantes », et on parlait breton … »Ki du…chien noir! »
      Et on buvait du chouchen et des bolées de cidre… etc. soirées de chansonniers à n’en plus finir dans les ports et la campagne bretonne… à l’époque du festival de Kertalg… je ne sais pas s’il a encore lieu… il ne me semble pas…

      Bon, ben, je suis moins que « rien de rien » ce soir, même si ce sont de bons voire très bons souvenirs… mais comme le temps a passé vite…et comme la vie était « poétique ».
      Voila, ce que ça évoque « Le chant de l’alouette » pour moi… c’est peut-être pour ce côté « breton » que je croise près d’ici souvent…

  15. Le cri d’une conscience qui s’eveille, comme tant d’autres mais qui l’exprime bien. Comment les unifier pour contredire les siècles de mutilation intellectuelle de l’individualisme social qui nous a été vendu ?

    1. Pas besoin de s’unifier pour se mettre en action.
      C’est beaucoup plus simple, et n’oubliez pas :
      L’union fait le troupeau !

  16. « Le problème n’est pas les mauvaises actions faites par de mauvaises personnes, mais le silence des bonnes personnes » Martin Luther King

    Même si je fais ce que je peux autour de moi pour « éveiller » les consciences, je me sens également un peu impuissant à un niveau plus large. Il serait grand temps que des intellectuels dignes de ce nom se mettent ensemble et prennent position fermement en faveur du peuple, sinon je crois que ce sera la violence qui dominera.

    « Hope for the best but prepare for the worst » Le Dalaï Lama

  17. TrichLa BCE attend désormais des Etats une réelle discipline budgétaire
    lundi 31 mai 2010, 11:56Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a annoncé que la BCE attend désormais une réelle rigueur budgétaire des pays de la zone euro à Vienne lors d’un séminaire de la Banque centrale autrichienne. La BCE a toujours appelé les Etats à respecter une certaine discipline budgétaire, a rappelé M. Trichet, mais cela n’a pas pu être appliqué ces dix dernières années, soit par non respect des engagements de certains pays, soit par défaut de contrôle entre les différents membres de l’eurogroupe.et n’a toujours rien compris…

    Et les dettes de casino des banksters qui comptent à présent pour environ 50 pct des dettes d’état??
    Un détail……sans doute?

  18. Face a l’hydre démographique, productiviste et financière qui détruit dans sa fuite éperdue l’air le sol et la mer est –il sage et efficace de trop insister sur un monde qui ne serait que nuages de sauterelles orchestré par quelques dragons aux fins de se partager les derniers morceaux de choix ? Assurément non et Olivier Messiaen dont j’écoute le quatuor pour la fin du temps , en ce moment, me le confirme, nous n’en sommes pas là et d’ailleurs ce « Là » n’a rien a à voir avec la catastrophe que nous vivons , cela est à ne point perdre de vue .

    Dans les coulisses si nous faisons l’inventaire parmi les outils matériels et immatériels à dispositions, il n’y a pas que le rebut et ceux-ci nous sont certainement plus accessibles que ne l’était au Moyen –age un repas de volatile (réservé aux puissants) pour les laboratores condamnés souvent à ne consommer que la partie racines (sous terre) des légumes.

    La volatilité accessible évoquée n’est pas celle de la bourse ,mais celle du savoir que nous offre, par exemple, l’outil Internet . Cette volatilité, est sans limite elle se meut comme une otarie sacrée dans ce nouvel espace sans frontière et sans suzerain qui déploie son pouvoir infini de dématérialisation.

    Dématérialisation le mot est lâché appelé à un bel avenir qu’il est ! Et tout azimuts
    Mais quoi faire à la place ? Qu’en faire ? Ceci pour conclure ce commentaire badin » un peu court jeune homme » en forme d’introduction.

  19. Il fallait que j’intervienne. Désolé.

    Je suis issu d’une longue tradition ouvrière.
    Des grand-pères ébénistes, puis mécanicien, père travaillant le bois pour l’industrie métallurgique avant de devenir ingénieur, j’ai suivi les mêmes traces. J’étais dans le milieux, les outils étaient mes compagnons. Outils que nous nous passons de pères en fils. Vous dire si nous savons pouvoir compter sur leur utilité.
    J’ai aussi pris le train en marche des outils électroniques. Au point de les démonter et les réparer.
    L’électricité n’a rien de sorcier. Puisque je l’ai apprise à l’école.
    Certes, juger d’un bon ciseau à bois peut parraître bizarre si on le rapproche du fait de juger d’un bon ordinateur.
    Pourtant… c’est exactement la même chose.
    L’outil doit vous permettre, tout comme une bonne bêche (si si : il y en a de mauvaises), d’atteindre votre but plus facilement. L’effort profite alors d’un effet de levier, diraient certains économistes…
    Ainsi, rien ne m’horripile plus qu’un ciseau qui s’émousse trop vite et cisèle le bois de façon moins précise.
    Rien ne m’horripile plus que d’attendre après un ordinateur alors que j’ai besoin de sa réponse dans l’instant. Pressé..??? non, en droit d’obtenir que l’outil soit utile car efficace.

    Dans votre texte, je retrouve une réflexion, un appel que j’avais déjà lu quelque part.
    Le progrés va « trop vite ». Vous ne le maîtrisez plus. Ou, en tout cas, son pouvoir semble vous échapper.
    Moi qui râle contre la lenteur de certains ordinateurs… Et, par conséquent, ai appris à les optimiser pour gagner en vitesse…
    Tout comme j’ai appris à reconnaître un ciseau à bois fait d’un métal résistant…
    Vous voyez là la contradiction…

    Maintenant, concernant l’UTILISATION d’un outil.
    Je vous renvoie à Einstein et ses citations devenues célèbres. Pauvre de lui se rendant compte que son outil allait servir à mieux tuer…

    Ce blog porte sur l’utilisation de l’argent, non…???

    1. Légère précision, néanmoins.
      Vous semblez par la suite continuer votre raisonnement en parlant de « privilégés ».
      Ceci peut aussi amener à se poser certaines questions.

      Il me semble, et j’ai pu le vérifier lorsque j’ai donné des cours d’informatique, qu’il ne faut pas refuser le progrés, et en tout cas, ne pas en avoir peur.
      Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ne puissent comprendre mes explications. Même si elles sont parfois maladroites, je ré-explique autrement.
      Ainsi, ne faut-il pas confondre complexité et richesse.
      Certains raisonnements mathématiques sont complexes. Un ordinateur est riche, et il vous semble complexe car il contient beaucoup de circuits. Mais pris un par un…

      Il arrive que certains économistes et financiers s’amusent à mélanger ces deux dimensions. Mais c’est parce que cela leur sert…

    2. pardon yvan mais j’interviens aussi. comme vous l’avez écrit je dirais que vous êtes issu d’une tradiition de techniciens plutôt que d’ouvriers. d’ailleur aujourd’hui il n’y a guère de différence si ce n’est une certaine instruction.

      pour ce billet je trouve la conclusion terrible de soumission comme je tentais de le faire remarqué à vigneron dans cette discussion: http://www.pauljorion.com/blog/?p=12242#comment-82104

      oui sortir d’un tel système coute cher, mais il n’y a pas de petite lutte. une action absurde en apparence mais fermement entreprise peut conduire notre entourage à s’intérroger, ne serait ce que ça. en chemin il est toujours possible de rectifier le tir, l’important c’est de commencer à mon avis.

      c’est comme lorsque l’on est plongé dans l’obscurité, au départ vous cherchez à toucher quelque-chose, puis à partir de là vous pouver espérer trouver la lumière (ce qui n’est pas garantie dans la situation présente).

    3. Méthode.
      Je vous confirme. Vous n’avez rien compris. Et je ne peux vous le reprocher.

      Lorsque j’ai écris tradition, ce n’est pas par passéisme. Bien au contraire.
      Mais une tradition de se méfier de l’argent. Et préférer le travail.

      Vous ne pouvez pas comprendre. Ce n’est pas grave. Ce doit être une question d’éducation.

      Chacun ses valeurs.

    4. yvan,

      je ne sais pas si vous êtes un expert comme j’apprécie vos analyses et vos bons mots, mais nous avons pu mesurer ces derniers temps toute l’étendue de l’incompétence de ceux qui se prétendent comme tels, et donc seuls à comprendre. pourtant nous sommes tous dans le même bateau. simplement ‘ouvrier’ n’est pas ‘technicien’. il y a même ouvrier spécialisé entre les deux statuts, on dit o.s.

      on ne peut pas toujours ménager la chèvre et le chou. question d’honnêteté.

      et ce sera mon propos sur ce blog si les maitres de lieux m’en laisse le loisir, car je crois que le système joue notamment de nos contradictions morales en envoyant sans cesse message et contre-message pour nous anesthésier et nous soumettre. précisément, il semble que l’avenir soit dans le fameux et si impétueux ‘hors sujet’.

      quand à se méfier de l’argent je ferais plutôt confiance à la >tradition< chrétienne pour le coup.

      ()

  20. Nous vivons dans un monde où le « système » nous enseigne que dans un groupe de gens honnêtes, il est de notre « intérêt » d’être malhonnête. Cachons l’information, mentons, fraudons! Tout cela est profitable.

    Si je devais pointer du doigt un coupable, je le trouverais probablement en chacun de nous, notre démon commun : la peur. Avant de pouvoir penser à faire la paix avec les autres, il nous faut trouver un moyen de faire la paix avec nous-mêmes.

    Je doute que ce soit possible en l’état actuel des choses. En conséquence, je doute qu’une quelconque mesure, qu’un quelconque « nouveau système » puisse être salvateur. Bref, j’ai peur. Et c’est là qu’est tout le cercle vicieux. La peur viole la loi de l’entropie. Elle se nourrit d’elle-même et se renforce, dans une rotation de motivation et de dépit.

    La crise n’est pas conjoncturelle, elle est structurelle. Elle n’est pas systémique, elle est humaine.

    Ceci dit, si nous parvenons à passer de « 2 pas en avant, 3 pas en arrière » à « 3 pas en avant, 2 pas en arrière », ce sera déjà plutôt pas mal.

    1. Je suis d’accord avec vous. La crise est humaine car nous avons laissé des DÉSÉQUILIBRES se mettrent en place. Beaucoup d’entre nous ne sont plus à leur place. Nous avons banni le sacré et, de ce fait, nos vies se sont vidées de la symbolique qui donnait un sens à la Vie. Le vide spirituel règne, la matière s’est faite reine.

      On peut disserter en long et en large, se perdre dans des terminologies savantes à n’y plus rien comprendre, digresser à l’infini, cela ne changera pas le constat suivant: nous nous sommes appauvris humainement parlant, nous tendons vers la dispersion, nous sommes en train de passer à côté de l’ESSENTIEL.

      Crise financière soit, mais avant tout, crise humaine: Qu’avons-nous fait de nos vies? Qu’allons-nous faire maintenant, sachant que DÉSÉQUILIBRES = CRISES ?

  21. Si nous admettons que nos dirigeants sont tous inféodés à un système de prédation des richesses , alors comment changer le système , puisque la démocratie ne nous donne comme alternative que le choix entre OMO , Persil ou Bonux ?

  22. Est-il concevable d’imaginer l’humanité créer un monde plus juste avec des humains plein de défauts, d’émotions, avec des limites physiques et cognitives ?

    Ou faut-il regarder une autre radicalité, celle due à la science qui transformerait l’humain en « trans-humain », en « post-humain » ? Un trans-humain serait-t-il plus humaniste avec ses semblables ?

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme

    Cette radicalité ne m’enchante pas et c’est la vraie épée de Damoclès sis au dessus de nos têtes. La machine est en marche et pour certains le changement d’ère sera « trans-humain » ou ne sera pas …l

  23. Ah, çà ira,çà ira:
    Débuts de révolte en Grece

    « Reconnu dans un restaurant, l’ex-Premier ministre Karamanlis a été interpellé par une femme en ces termes : «Honte à toi, tout ce que tu sais faire, c’est bouffer.» Il y a quelques semaines l’ancien président du Parlement Apostolos Kaklamanis a dû se réfugier dans les toilettes d’un café pour fuir les «félicitations» de la foule à propos des menées de son parti. « 

  24. @ rienderien,

    j’ai lu et relu votre texte, et je n’y ai trouvé que les mots habituels, en forme de ritournelle: le monde est inégalitaire et injuste et il serait juste et bon qu’il ne le soit pas. Une chanson qui fait du bien, le chant d’une alouette qui n’a pas la prétention de faire le printemps. On a envie de vous applaudir à la fin.
    On a aussi envie de vous demander: Et alors?…

    Coluche avait une façon très concise de faire le même constat:
    « Dieu a dit: je partage en deux: les riches auront à manger, les pauvres auront de l’appétit. »
    Pourquoi « Dieu »? Peut-être pour insister sur l’aspect immuable et sempiternelle de la chose, sur laquelle vous insistez aussi.
    Et alors?…
    Alors Coluche a donné à manger aux pauvres.

    Il m’arrive d’avoir un sentiment étrange lorsque je passe des soirées de discussions entre amis, des soirées où nous constatons le monde comme il va. Le même sentiment que j’ai à vous lire.
    Connaissez-vous « Le désert des Tartares », le roman étrange de Dino Buzzati?
    Voilà ce sentiment:
    Je me demande si nous n’avons pas un plaisir immense à nous poster sur les remparts du fort Bastiani, cette redoute au milieu de la plaine. Nous observons le monde dans l’attente d’un combat que nous désirons et que nous redoutons. Un combat qui n’aura jamais lieu, pour ne pas en gâcher la promesse; pour que la réalité ne vienne pas détruire les « rêves ».
    « Inventer des rêves nouveaux » écrivez-vous. Je ne peux plus lire une telle suite de mots sans sourire, pardon. Laissons ces « rêves » aux marchands d’espoir en gros, aux bateleurs d’estrades, aux politiques en campagnes électorales permanentes. Ce qui s' »invente » est de l’ordre du réel.
    Ne restons pas dans l’attente de « la vague salutaire ». Pour ne pas vivre comme le « Zangra » de Jacques Brel, sortons du désert des Tartares…

    —————

    « …
    -faites attention de vous en aller dès que vous le pourrez, attention de ne pas attraper leur folie.
    – Je ne suis ici que pour quatre mois, dit Drogo, je n’ai pas la moindre intention de rester.
    -Faites tout de même attention, mon lieutenant, dit le petit vieux. C’est le colonel Filimore qui a commencé. De grands événements se préparent, a-t-il commencé par dire, je me le rappelle très bien, il y a de cela dix-huit ans. Oui  » des événements « , disait-il. C’est là le mot qu’il a employé. Il s’est mis en tête que le fort est très important et que quelque chose doit arriver. Du côté du désert, probablement. Personne ne viendra, bien entendu, mais le colonel dit que les Tartares sont toujours là. Faites attention, ajouta-t-il presque suppliant, c’est moi qui vous le dis, vous vous laisserez envoûter, et vous finirez, vous aussi par rester : il n’y a qu’à regarder vos yeux. »
    (Dino Buzzati « Le désert des Tartares »)

    —————

    ZANGRA

    Je m’appelle Zangra et je suis lieutenant
    Au fort de Belonzio qui domine la plaine
    D’où l’ennemi viendra qui me fera héros
    En attendant ce jour, je m’ennuie quelquefois
    Alors, je vais au bourg voir les filles en troupeaux
    Mais elles rêvent d’amour et moi de mes chevaux

    Je m’appelle Zangra et déjà capitaine
    Au fort de Belonzio qui domine la plaine
    D’où l’ennemi viendra qui me fera héros
    En attendant ce jour, je m’ennuie quelquefois
    Alors, je vais au bourg voir la jeune Consuelo
    Mais elle parle d’amour et moi de mes chevaux

    Je m’appelle Zangra, maintenant commandant
    Au fort de Belonzio qui domine la plaine
    D’où l’ennemi viendra qui me fera héros
    En attendant ce jour, je m’ennuie quelquefois
    Alors, je vais au bourg, boire avec Don Pedro
    Il boit à mes amours et moi à ses chevaux

    Je m’appelle Zangra, je suis vieux colonel
    Au fort de Belonzio qui domine la plaine
    D’où l’ennemi viendra qui me fera héros
    En attendant ce jour, je m’ennuie quelquefois
    Alors, je vais au bourg, voir la veuve de Pedro
    Je parle enfin d’amour mais elle de mes chevaux

    Je m’appelle Zangra, hier trop vieux général
    J’ai quitté Belonzio qui domine la plaine
    Et l’ennemi est là, je ne serai pas héros.

    (Jacques Brel)

  25. @ rienderien & yvan

    Restaurer savoir-vivre/savoir-faire
    Vous à l’hyper, comme moi = misère symbolique, « omo ou bonux », tout sauf le plaisir de l’outil compris pour ce qu’il fait et comment je peux me l’approprier.
    Dans ce cadre, il ne faut pas arrêter les techniques (bio/nanos) des gens qui y fabriquent des savoir-faires. Sinon, obscurantisme, et catastrophe pour tous.

    En revanche, le volet « culturel » des techniques : savoir-vivre& « support de mémoire » , c’est cela qui nous laisse (ou non) une place à nos individualités.
    Chamanisez Windows (ou Linux) et il vous sera beaucoup donné. Même aux simples. Laissez le s’imbiber de vilains chiffre Excel, laissez le langage ajouter tout superlatif qu’il voudra pour faire croire que « plus » = « mieux », et il vous sera beaucoup pris. Misère symmbolique. (tracez sur Google)

    Tout ce que je/tu/nous manipulons devrait être re-regardé au prisme des savoir-faire, valeurs « de réciprocité », potentiel pour faire vivre un « milieu associé ».
    Exemple d’absurdité soluble si on considère ces aspects :
    transports « en commun » ; il y a la plupart du temps assez de voitures au point X ou vous vous trouvez pour vous transporter en un point Y puis Z jusqu’à votre but. Mais juste cette bêtise : le stop, on n’ pas confiance, c’est pas commode (pas d’arrêtr au bord de la route, pas facile de savoir qui veut quoi, sécurité…; ). Croyez vous que dans un monde qui aurait mis la possibilité de faire du stop au centre de ses préoccupations, on en serait là ?
    La voirie serait différente, il y aurait une vitre « pour se parler », des puces RFID permettraient de tracer les efforts positifs de chacun pour transporter d’autres (et sécuriser).
    Alors, effectivement, il y a des bifurcations et peu de retour en arrière. Ce qui nous fait des vitres aujourd’hui est l’ensemble des industries culturelles, qui veut nous faire cracher au bassinet et récupèrera tous les modèles d’émergence, tous les « méristèmes sociaux » de facebook ou autre,… sauf si nous gardons notre vue de « chamaniser » le monde, de garder la possibilité de voir l’autre dans le dipositif technique, voire dans le langage lui-même (je fais allusion à ce que Jorion raconte sur la linguistique et l’Organon d’Aristote, qui dit de façon un peu oubliée le double côté psychologique et linguistique du langage, ce qui aurait évité de réinvinter un truc tordu (et quelquefois rentable) appelé psychanalyse) . Allez zou, j’arrête de digresser, je vais me faire agresser…

    1. Oui, Thomas,

      Cuba a bifurquée, mais si seule.

      Tant mieux pour une certaine musique de Buena Vista Social Club ou de Reuben Valdez.
      Très dur pour les cubains, en revanche, puisqu’ils vivent une dissonnance, entre représentation
      (la voiture comme mode de vie américain) et la réalité.

      Dans ce que j’esquisse, c’est effectivement la confiance dans le « tissu » qui est un des points durs.

      Ceci dit, chacun sait qu’en montagne un peu paumée, lorsque l’effort a « chamanisé » les relations des uns et des autres entre eux et à l’environnement, le stop marche bien.

  26. Pour mettre en perspective la notion d’égalité et de liberté.

    Que les hommes soient inégalitaires entre eux c’est assez classique, c’est d’ailleurs un problème que l’on ne règle jamais vraiment, un problème qui revient toujours sur la table, un problème à traiter encore et encore. Au problème éternel de l’inégalité vient maintenant se surajouter de manière criante le problème de la liberté de l’homme par rapport à son environnement. Ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’à partir du moment où la Terre est finie et que l’attraction terrestre est une force énorme, la liberté des hommes est limitée. L’égalité quant à elle n’est pas limitée, sinon par nous-mêmes.

    Il me semble que les limites à la croissance confrontent maintenant les hommes aux libertés qu’il se sont octroyés. La civilisation mondiale est maintenant confrontée à elle-même, et si elle veut durer elle va devoir apprendre à partager de manière égalitaire ce qui peut l’être. Il faudra qu’elle arrive à déterminer ce qui peut être partagé pour ne pas compromettre son propre avenir et puis il faudra qu’elle réussisse à partager. Les problèmes se superposent et se révèlent. En fait, les limites à la croissance nous confronte à des problèmes que nous avions cachés.

    Il va de soi que l’hélico privé n’est pas légitime car il est évident qu’il n’est pas généralisable mais tout indique qu’il en va de même pour le voyage en avion et la voiture solo. Le tragique de la situation actuelle est que certains peuvent se sentir pauvre tout en ayant une voiture (ce qui est un luxe), et ce moyen de transport est par ailleurs nécessaire pour ces personnes pour pouvoir travailler. Certains sont donc coincés dans une pauvreté bien que leur niveau de vie ne soit pas facile, pas durable et pas généralisable. L’Etat devrait aiguiller et aider les gens qui se retrouvent dans de telles situations inextricables, pour plus de sens.

    1. Limiter les mobilités, modérer la « distribution », apporter de la vertu, évaporer les frustrations, faire oublier que le monde terrestre est une prison, résoudre la souffrance qui découle de tout ça, vous voyez ça comment en pratique ?

  27. Rien de Rien, apres l’alouette voici un renfort de poids:
    l’abeille ,
    Ca me rappelle que j’adore le vol du bourdon . Si quelqu’un le trouve dans une version plus « virevoltante » qu’il n’hésite pas à la communiquer au reste de la ruche!

  28. Le ciel est, par-dessus le toit,
    Si bleu, si calme!
    Un arbre, par-dessus le toit,
    Berce sa palme.
    La cloche, dans le ciel qu’on voit,
    Doucement tinte.
    Un oiseau sur l’arbre qu’on voit,
    Chante sa plainte.
    Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
    Simple et tranquille.
    Cette paisible rumeur-là
    vient de la ville.
    Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
    Pleurant sans cesse,
    Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
    De ta jeunesse ?

    Verlaine

  29. L’évolution technologique n’est rien par rapport à la vénalité qui dirige l’homme.

    « Même le nucléaire ça pourrait être bon, mais connaissant les hommes vaut mieux pas » (Jean-Marc Reiser – Philosophe français né d’un péché de la chair et mort d’un cancer des os, selon Pierre Desproges).

    Quels que soient les géniaux inventeurs, utopistes pour la plupart, ils sont suivis par ceux dont le rêve est d’empiler les piscines sur des paquebots, à n’importe quel prix.

    Une vanne de sécurité coûte-t-elle cher ? Nous parierons sur la chance.

    Et voilà le tripalium de fond:

    http://www.livestream.com/wkrg_oil_spill?utm_source=lsplayer&utm_medium=embed&utm_campaign=footerlinks

    Effroyable confrérie humaine aux aspirations de pacotilles: rappelons que pour cette espèce si peu sapiens, le bonheur était prétendument atteint par la diminution du temps de trajet entre A et B. La joie suprême résidant en la somme de plaisirs supposément réalisables en B lorsque l’on se trouvait en A et vice-versa.

    Cette période de l’histoire terrestre est décrite dans les manuscrits de la conscience universelle comme sidérante, d’une absurdité inouïe. De nos jours, il arrive encore que les habitants de X-tao disent à leurs enfants: « Si tu continues, tu finiras comme la terre ».
    Cette simple évocation suffit en général à calmer les esprits les plus déchaînés!

    Amicalementao à tous depuis les arbres et les nuages

  30. La biche brame au clair de lune
    Et pleure à se fondre les yeux :
    Son petit faon délicieux
    A disparu dans la nuit brune.

    Pour raconter son infortune
    A la forêt de ses aïeux,
    La biche brame au clair de lune
    Et pleure à se fondre les yeux.

    Mais aucune réponse, aucune,
    A ses longs appels anxieux !
    Et, le cou tendu vers les cieux,
    Folle d’amour et de rancune,
    La biche brame au clair de lune.

    Maurice ROLLINAT, Les Refuges

  31. j’ai assisté à la conférence à Quimper « c’est arrivé demain… » et fait une transcription sur mon blog, merci pour la pédagogie! Sonam

  32. Ca me fait penser à de vieux intellos en train de se lamenter autour d’un verre….mais quand va-t-il finalement venir ce Robin des Bois ?…. Pourvu qu’il ne soit pas trop violent ou dérangeant parce-que nous devrions le « crucifier  » comme Jésus, Ghandi……

    1. Je me suis toujours dit que si un Jésus devait arriver dans notre monde il finirait vite en prison …

      A ce propos, je conseille vivement la reportage d’ARTE : Corpus Cristi, L’origine du christianisme et L’apocalypse. Très éclairant.

  33. « C’est ainsi que le travail né de ce système est pour une bonne part d’entre nous souvent pénible, ingrat, vicié, destructeur, dénué de sens, polluant, abrutissant, appauvrissant. », asservissant donc, n’est-ce pas ? C’est la servitude moderne, et volontaire qui plus est : c’est triste.

    Merci pour ce texte, pour ce qu’il dit et pour la manière dont il le dit. Il y avait en le lisant un parfum que je n’arrivais pas à déterminer…et à la fin il se dévoile : féminin.

Les commentaires sont fermés.