L’actualité de la crise: le marché a toujours raison mais ne dit pas en quoi…, par François Leclerc

Billet invité.

LE MARCHE A TOUJOURS RAISON MAIS NE DIT PAS EN QUOI…

Avec un bel ensemble, toutes les bourses européennes, japonaises et américaines viennent à nouveau de louper une grosse marche. De son côté, l’euro continuait de descendre par rapport à toutes les monnaies, à l’exception de la livre anglaise. Dans le monde entier, les dirigeants s’alarment de la situation de l’Europe, depuis Pékin et Tokyo jusqu’à Washington. Timothy Geithner, secrétaire d’Etat Américain au Trésor, est à nouveau dépêché en ambassade auprès des Allemands, des Britanniques et de la BCE, à peine finie sa mission à Pékin. Barack Obama s’entretient une fois encore au téléphone avec Angela Merkel.

Plus la crise européenne se poursuit, moins son issue s’éclaire, plus elle acquiert une dimension internationale.

Pour tous, les sujets d’inquiétude sont en effet multiples. La chute de l’euro et la perspective d’une récession européenne viennent freiner les ambitions commerciales de tous ceux qui voient dans le développement de leurs exportations la seule opportunité de développer leur croissance. Le danger d’une déstabilisation du système bancaire européen, provenant de défauts jugés inévitables de certains des pays de la zone euro, pourrait menacer le système bancaire américain et déclencher un nouveau cataclysme, sévère rebond d’une crise qui ne manque pas d’occasions à cet égard.

Le Peterson Institute for International Economics estime que les banques américaines seraient globalement exposées à hauteur de 1.500 milliards de dollars dans l’Union européenne. Citigroup, pour sa part, évalue à 190 milliards de dollars l’exposition des cinq plus grandes banques américaines à la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et l’Espagne.

De leur côté, Les marchés continuent de se manifester sans équivoque, sans que l’on comprenne exactement pourquoi. Craignent-ils le niveau atteint par la dette publique en Europe, et pour quelle raison vu qu’elle est la plus faible de tout le monde occidental ? Redoutent-ils la perspective d’une entrée de la région dans une longue récession économique ? Réagissent-ils, qui plus est, à la mesure allemande d’interdiction sur son territoire de certaines spéculations financières ?

Le marché à toujours raison, certes, mais qu’exprime-t-il avec tant d’insistance ? Qu’il faut couper brutalement les déficits à l’allemande, ou ne pas faire obstacle à la relance, comme vient le demander Tim Geithner en Europe, qui a besoin de celle-ci aux Etats-Unis pour réduire la dette ? La réponse est qu’il semble vouloir tout à la fois, signe de l’impasse dans laquelle la crise générale est en train d’entrer, en venant à demander l’impossible. On retrouve d’ailleurs ces mêmes exigences contradictoires, ce même flou qui laisse pantois dans les communiqués du FMI. Qui se traduisent toutefois, sur le terrain, par l’énoncé des mêmes conditionnalités avec lesquelles sa réputation s’est bâtie.

Au coeur des inconnues qui se manifestent depuis maintenant des mois se trouvent des interrogations sur la politique suivie par le gouvernement allemand. Seule stratégie qui s’est affirmée, alors que chez les autres elle brille par son absence. A ce titre critiquée, tant en raison de ses atermoiements que de ses surprises, de son rigorisme et de ses conséquences, si celui-ci devait l’emporter. Avec comme seule certitude que l’euro, à ce régime, ne tiendra pas les chocs à venir, fruits de cette stratégie considérée intenable. De fait, les Allemands sont déjà enlisés à Bruxelles, Herman van Rompuy, président de l’Union européenne et José Barroso, président de la commission, prenant leurs distances avec leur plan.

Sur la lancée de la crise grecque, et de l’exemple qu’elle a donné, les gouvernements européens brûlent leurs premières cartouches sur le front de l’austérité, entraînés par les Allemands. Les Britanniques s’y lancent, les Grecs, les Espagnols et les Portugais en tirent de nouvelles, les Italiens s’y engagent, les Français commencent à s’y risquer. Les Allemands, de leur côté, tiennent à montrer l’exemple en alliant le geste à la parole.

Mais il apparaît de plus en plus que chaque pays à ses propres problèmes à résoudre, réclamant des mesures particulières. Les Espagnols, suivants sur la liste selon les mauvaises augures, doivent faire face à leur bulle immobilière et à l’état catastrophique qui en a résulté de leur réseau de caisses d’épargnes, qui par son importance représente la moitié du système bancaire du pays.

Le FMI se fait désormais pressant à leur égard, il vient de réclamer ce qu’il appelle non sans euphémisme « un rééquilibrage en douceur de l’économie », avec un programme en trois points : consolidations du budget et du secteur bancaire pour les deux premiers. Le troisième est lui seul décrit dans le détail, consistant à “rendre le marché du travail plus flexible pour favoriser l’emploi et sa redistribution entre secteurs”, le coût du licenciement devant être abaissé “au moins aux niveaux moyens en vigueur dans l’Union européenne”, l’indexation des salaires avec l’inflation abolie, et la fixation des salaires « décentralisée ».

Voilà une feuille de route sans ambiguïtés. Sans détour, elle exprime la crainte que l’Espagne voit très prochainement son tour venu d’être attaquée par les marchés. Car les commentateurs lui font porter, en raison d’un fort soubresaut de la crise des caisses d’épargne, la responsabilité de la poursuite de la chute de l’euro.

Les Italiens, de leur côté, viennent sur le devant de la scène et reconnaissent tardivement que leurs régions du mezzogiorno sont financièrement à bout de souffle alors que se profile un fédéralisme fiscal qui ne pourra qu’accentuer les déséquilibres régionaux et que leurs collectivités sont minées par la bombe à retardement d’emprunts toxiques à hauteur de plus de 33 milliards d’euros. Un collectif budgétaire de 24 milliards d’euros sera adopté mardi, comprenant « des sacrifices très lourds, très durs », selon Giani Letta, le bras droit de Silvio Berlusconi.

Les Allemands continuent de discrètement tenir à bout de bras leur réseau de banques régionales et annoncent avec plus d’ostentation 10 milliards de coupes budgétaires sur leur budget de l’année prochaine. Les Anglais, qui font face au plus important déficit public de toute l’Union européenne, viennent d’annoncer 6,2 milliards de livres de coupes budgétaires pour commencer, en attendant fin juin la divulgation d’un nouveau projet de budget pour l’année fiscale en cours (qui se termine en mars prochain).

Enfin, cette énumération serait incomplète si l’on ne faisait état de la situation dans de nombreux pays dits de l’Est, où le retrait des capitaux de l’Ouest a brutalement retiré le tapis de sous leurs pieds, amenant la BERD a procéder à une augmentation de capital de 10 milliards, afin d’augmenter ses investissements et de partiellement s’y substituer.

La crise européenne n’est pas uniquement une crise de la dette publique, comme elle est présentée abusivement. Elle résulte d’une combinaison de celle-ci avec la poursuite de la crise de la dette privée, rendant son approche d’autant plus compliquée. C’est d’ailleurs ce qui explique que le gouvernement allemand cherche à appuyer sa politique de diminution à marche forcée des déficits publics par des mesures de régulation de la finance, bien placé pour apprécier les dégâts qu’elle a causés dans leur propre système financier et pour savoir qu’ils ne sont pas résorbés. Cherchant à ce qu’au moins cela ne s’aggrave pas.

Il y a beaucoup de duplicité dans l’utilisation de l’une pour masquer l’autre.

Sans doute faut-il le redire, la volte-face opérée par la BCE en s’engageant dans le financement du déficit des Etats a comme principal objectif d’à nouveau sauver le système bancaire européen par ricochet. L’objectif est de le prémunir des conséquences du défaut des pays qui ne peuvent parvenir à se financer sur les marchés, car cela le secouerait durement. Dans l’urgence et presque la débandade, le choix a été fait de venir une nouvelle fois à son secours, avec comme conséquence de rendre encore plus douloureux – et aléatoire – l’accomplissement de l’objectif fixé dès le départ : faire payer le coût de la crise non pas aux pollueurs mais aux pollués.

Dans un article publié lundi matin par le Financial Times, Wolfgang Münchau met en doute la solvabilité de l’ensemble de l’Union européenne, prenant en compte non seulement le niveau atteint par la dette publique de ses membres, mais aussi les engagements tous confondus qui y ont été pris, tant envers les Etats que les établissements bancaires. Il en tire comme conclusion la grande fragilité de l’ensemble. Rappelant l’état du système bancaire européen, il fait en particulier état de la situation des banques allemandes et françaises, qui sont loin d’avoir réglé le problème posé par les actifs toxiques qu’ils détiennent. Les Allemandes en possédant, selon le Bafin (l’organisme régulateur), pour une valeur de 800 milliards d’euros à elles-seules, un énorme montant encore sous-estimé selon Wolfgang Münchau.

Dans ces conditions, provocateur, il se demande quelle sera la note que les agences pourront bien attribuer à la structure chargée de gérer le plan de sauvetage européen, la SPV (Special Purpose Vehicle) dont le fonctionnement fait toujours débat et qui n’a pas encore été crée. Au final, il ne voit pas comment l’édifice pourrait ne pas s’écrouler comme un château de cartes, faute d’une croissance salvatrice, à l’émergence de laquelle la politique allemande s’obstine à tourner le dos, si les banques n’apurent pas leurs bilans.

Venant ajouter à la confusion ambiante, mais tirant sur une autre cible, Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI, estime pour sa part dans une interview à La Tribune de mardi qu’il est nécessaire que la BCE « clarifie sa communication »; afin de convaincre les marchés qu’elle continuera, « si nécessaire », à acheter des obligations d’Etat. Il met en garde contre le risque que “sous la pression des marchés, certains pays fassent du zèle dans l’austérité”. Tout le contraire, en somme, de la politique préconisée par les Allemands.

Enfin, Simon Johnson, ancien chef économiste du FMI et pourfendeur aux Etats-Unis du projet de loi sur la régulation financière, développe une toute autre analyse dans un article co-signé avec Peter Boone et publié dans le Telegraph. Il considére qu’une restructuration de la dette des pays les plus fragiles doit être organisée et un changement de destination des fonds européens du plan de stabilité financière opéré. Afin de les utiliser non plus pour sauver les Etats mais les banques qui payeront les pots cassés, après avoir du consentir à une décote de leurs créances. Car cela coûtera moins cher et créera une porte de sortie sans cela introuvable.

Toutes ces analyses divergent sur la stratégie à adopter mais ont donc en commun de mettre en doute la viabilité de celle que les Allemands tentent d’imposer. La dynamique de la crise se chargera de dénouer ce noeud, mais dans la douleur car ce n’est pas au final un débat d’idées. Dans l’immédiat, l’euro continue de baisser, le marché interbancaire de donner des signes de défiance accrue entre les établissements, sans que rien ne parvienne à arrêter la glissade continue du premier et ne vient contribuer à rétablir la confiance entre les seconds.

Le dossier de la taxe financière revient pour sa part à la surface, la commission de Bruxelles ayant semble-t-il l’intention de le réactiver, avec comme objectif de réunir ainsi le financement permettant d’octroyer des garanties au banques ou de créer des bad banks provisoires, voir d’aider au démantèlement organisé d’établissements, via des fonds nationaux.

Dans un mois, le sommet de Toronto des 26 et 27 juin risque d’être agité à ce sujet, il est prévu qu’il ne sera pas conclusif. C’est pourquoi celui de Séoul, qui le suivra en novembre prochain, est déjà dans la ligne de mire de ceux qui veulent faire avancer ce dossier, les Allemands en première ligne, les Français très restrictifs. Il y a en effet de la dénonciation de la distorsion de la concurrence dans l’air, les canadiens étant opposés à une telle mesure et les Américains venant d’inscrire dans leur projet de loi, par Sénat interposé, l’interdiction de toute aide gouvernementale aux banques en cas de problèmes de celles-ci ! En Europe, les débats promettent d’être tumultueux sur le montant et l’assiette de la taxe. Qu’en pense l’Institute of International Finance, le lobby des mégabanques ? Il n’est pas opposé dans son principe à une telle taxe, mais à la condition qu’elle ne soit pas préventive, car elle fortifierait alors l’aléa moral…

Pour mieux saisir la partie qui est en train de se jouer, il est intéressant d’observer de plus près le marché obligataire, là où se retrouvent pour y chercher leurs financements les Etats, les collectivités locales, les entreprises et les établissements financiers. Il est en panne ces derniers temps, le volume global des émissions ayant chuté. Les entreprises et les banques peinent désormais pour attirer les investisseurs. L’inquiétude monte à ce propos de partout, car si ce grippage devait se poursuivre, il atteindrait les émetteurs privés, banques et entreprises, ainsi que les collectivités. Une crise du crédit bancaire ne suffisant pas, une autre du crédit obligataire se profile.

Une interview au Financial Times de lundi de Corrado Passera, le patron d’Intesa Sao Paulo (une banque commerciale fleuron du système bancaire italien), apporte un éclairage au dossier. Moins parce que celui-ci s’oppose aux position défendues par l’Institute of International Finance (IIF), sur des sujets aussi chauds que l’interdiction des structures hors bilan ou l’utilisation obligatoire de chambres de compensation pour les produits dérivés, mais parce qu’il réaffirme que le plus important dans ce qui est attendu du Comité de Bâle sont les règles régissant la liquidité disponible des banques, qui doit selon lui être très renforcée. Stephen Green, le PDG de HSBC qui préside l’IIF, défend pour sa part l’idée que les ratios de liquidité doivent pouvoir être modifiés par le régulateur (on devine que c’est à la baisse). A l’arrivée, l’enjeu s’exprime en milliards de d’euros et de dollars, ceux que les banques devront aller chercher sur le marché pour se conformer à la réglementation – dite de Bâle III – quand elle sera adoptée.

L’accès dans les meilleures conditions au marché obligataire est vital pour tous ceux qui s’y rencontrent, il est en passe de devenir l’objet d’une compétition farouche. La crise européenne en est un des épisodes, rien de moins. Les marchés – juge et partie quand on considère les mégabanques qui en sont d’éminents membres- ne font qu’exprimer leurs priorités et intérêts en faisant pression sur les Etats pour qu’ils diminuent leurs ponctions sur le marché obligataire.

Mais il est une autre approche instructive de la crise de la dette publique, qui concerne les Etats-Unis, la mise à nu d’un mécanisme essentiel de base de la gestion de la dette américaine. L’Etat et les mégabanques américaines ont partie liée dans la défense d’une activité financière très profitable à n’entraver à aucun prix : la spéculation sur les produits dérivés. D’où la plus visible des carences de la loi qui va être adoptée. La raison en est que l’Etat américain a un besoin vital : les investisseurs américains, qui contribuent au financement de la dette publique pour un tiers de son volume, doivent pouvoir continuer à faire leurs affaires afin de continuer à jouer le rôle qui leur est dévolu par le Trésor: assurer à court terme le roulement de la dette.

Leur en laisser les moyens, c’est un prêté pour un rendu. Lire à ce propos l’analyse éclairante de la structure de la dette fédérale sur le blog d’Onubre Einz intitulé “Economie et crise aux USA”.

Les américains disposent ainsi d’un mécanisme donnant de la souplesse à la gestion de leur dette publique, faisant appel pour la financer en premier lieu aux investisseurs américains, qui achètent des obligations à court terme, avant de restructurer ensuite leur dette dans des obligations à long terme auprès des investisseurs étrangers ou des “trusts”. Ce n’est pas le cas des Européens, qui dépendent des marchés plus étroitement, expliquant qu’ils font en priorité les frais de la crise de la dette publique.

Mais le dispositif stratégique américain, qui pourrait s’inscrire dans celui relatif à la sécurité nationale du pays, résistera-t-il longtemps si la croissance économique n’est pas au rendez-vous ? A bien y regarder, d’où vient le danger principal, des Chinois ou des investisseurs américains eux-mêmes ? Dans une envolée assez audacieuse, Larry Summers, le conseiller économique de Barack Obama, vient de mettre sur le même plan la sécurité nationale, le changement climatique planétaire et la réduction du déficit budgétaire comme autant de problèmes « qui ne sont pas insolubles ». Ajoutant devant son auditoire d’étudiants de Washington :”La première mesure est de faire tout ce que nous pouvons pour permettre la reprise”. C’est exactement ce que les Européens ont dit, avant de devoir en faire leur deuil.

Où trouver un tel gisement de croissance ? S’inscrivant dans l’orthodoxie du moment, Robert Zoellick, président de la Banque Mondiale, croit le déceler dans l’exportation. A propos de l’Europe, dit-il, “Il ne s’agit pas que d’avoir une austérité à toute épreuve, mais de trouver des voies durables vers la prospérité”. Où doivent-ils les chercher, selon lui ? “Ils ont besoin de saisir les occasions venant de la croissance dans les pays en développement pour éviter leur propre décennie perdue”. En d’autres termes, il n’y a de salut que dans l’exportation, nous revoilà en vue du même butoir. Quand allons-nous entendre que, pour y parvenir, il faut réformer le système monétaire international ?

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155 réflexions sur « L’actualité de la crise: le marché a toujours raison mais ne dit pas en quoi…, par François Leclerc »

  1. Je reviens sur la fin de votre billet et la coincidence de la visite ‘européenne’ de Tim Geithner,
    grand expert en matière de stress-tests, qui préconise le meme exercice pour l’Europe: on a vu ce que cela donné avec un ‘bon à valoir’des plus minces lors de la dernière réunion Ecofin de 2009.

    Je trouve que vous avez grandement raison, mais l’illusion absolue est de penser, comme le ministre des Finances allemands (i.e sur la taxe financière ) que ce problème puisse trouver sa solution lors du prochain G20, le FMI entre autres devait avoir rendu sa copie, que fait ou qu’a fait le FSB ? le ministre des Finances canadien a fait comprendre à Mme Merkel en fin de semaine dernière qu’en raison de la relative stabilité du système bancaire canadien, elle pouvait elle aussi oublier la ‘taxe financière’.

    Quand on vient de voir le déroulement du débat sur la régulation financière américaine, et la manière dont le meme Geithner en fin d’année dernière leur a autorisé le ‘mark to model’ au lieu du ‘mark to market’ pour éviter que l’on constate qu’elles sont insolvables, on se demande s’il n’y aurait pas lieu d’envisager une réforme à l’échelle européenne du système bancaire et financier, qui permettrait de ‘dégeler’ le crédit et toute les activités bancaires liée au ‘crédit export’, priorité
    parmi les priorités de la non-rentrée en récession de l’eurozone ?

  2. Bonjour ma tribu, Brice Couturier vient d’associer dans “le grain à moudre”, l’internet à la tribalité, car l’on y recherche toujours ce qui nous ressemble, et l’on forme donc des clans, ou des tribus au lieu de se confronter à l’autre !

    Critique très très forte, puisque dans la vie réelle il est bien connu que tous se mélangent.

    1. Critique connue et plutôt faible. Trouvez-moi des militants de gauche qui discutent souvent avec des militants de droite, et l’on pourra en reparler…

    2. Comme tout support de mémoire, Internet est un “pharmaka”, c’est la dose qui fait le poison.

      Je pense que nous allons voir un régime de 5 à 20 ans assez déprimant où les “bonnes” initiatives ne marcheront pas bien, et se casseront la figure (c’est la tendance pour Agoravox : la qualité n’y est plus).

      Ce n’est que dans quelques décennies (2040 ?) qu’on aura réinventé un “format” qui fait la part belle au “milieu associé” qu’est l’Internet, un peu comme le Livre relié n’est pas né du codex sur parchemin ou du rouleau sur vélin du jour au lendemain. Un “bookiscaphe”, qui plonge dans la toile et vous rapporte les meilleurs repères pour vous orienter dans la lecture, ou autre fantasme….

    3. Oui internet fait peur aux “zélites médiatiques” car il semble moins contrôlable et dilue les média traditionnels. Un monde change…

  3. http://www.usatoday.com/money/economy/income/2010-05-24-income-shifts-from-private-sector_N.htm

    Paychecks from private business shrank to their smallest share of personal income in U.S. history during the first quarter of this year, a USA TODAY analysis of government data finds.
    At the same time, government-provided benefits – from Social Security, unemployment insurance, food stamps and other programs – rose to a record high during the first three months of 2010.

    1. L’article apporte au moins un bel exemple de la théorie aristotélicienne des prix : “Les plus défavorisés paient plus cher biens et services pour une qualité souvent inférieure. A Bombay, montre Prahalad, les habitants riches d’un quartier résidentiel paient 35 fois moins cher leur eau que ceux d’un bidonville ; ils ont accès à des prêts à des taux 60 fois moins coûteux que ceux pratiqués dans les quartiers pauvres.”

    2. @yvan : “C’est beau, la solidarité.” : oui, d’autant plus qu’elle sera financée par les contribuables. Pour eux, c’en est fini de l’individualisme…

  4. @Daniel – 25 mai 2010 à 21:23 et suite à votre post du 21 mai 2010 à 11:12

    En effet, le passage de 10$ à 150$ est le fait de l’innommable mais pas seulement, il est aussi le fait de l’inenvisageable (limites physiques). Faire la part des choses est compliqué mais tout indique que le premier signal soit venu de l’inenvisageable. Sinon, je suis d’accord avec vous pour dire que le système ne peut plus fonctionner tel quel et qu’il faut mettre un terme au capitalisme prédateur.

    Quand baril s’est envolé de 20$ à 80$ sur la période 2000-2006, on peut considérer qu’il s’agissait essentiellement du jeu de l’offre et de la demande, quand on est passé de 80$ à 150$ sur la période 2007-2008, on peut considérer que la finance a essentiellement joué. Quoiqu’il en soit, la première hausse de 400% jusqu’en 2006 a été un véritable coup de massue pour l’économie réelle (pêcheurs, agriculteurs, camionneurs, transporteurs). Les hausses qui se sont répercutées à toute l’économie réelle ont alors affecté sensiblement les dépenses des ménages. L’endettement a explosé jusqu’au point où les ménages qui ont atteint les limites du crédit ont commencé à limiter leurs dépenses discrétionnaires. Les habitations excentrées ont commencé à perdre de la valeur. Le cercle soi-disant vertueux de la consommation futile a alors été mis à mal.

    Vous avez dit que la crise a été causée par l’insolvabilité croissante, c’est selon moi prendre le problème à l’envers. La baisse du pouvoir d’achat mondial a été une conséquence de la crise. Pendant les émeutes de la faim qui ont touché de nombreux pays, les gens sont descendus dans la rue à cause de la hausse des prix. On parlait beaucoup d’agro-carburants à cette époque et on se souvient que Bush était allé supplier l’Arabie-Saoudites de bien vouloir ouvrir les vannes alors qu’elles étaient déjà au max. L’insolvabilité vient de la perte de rentabilité qui vient elle-même de l’inflation pétrolière (chaotique), le pétrole change de statut, il passe du statut de subside à celui de taxe pour les secteurs dépendants du pétrole. Il y a les secteurs gros consommateurs (l’aviation) et d’autres qui le sont en cascade, ils dépendent de beaucoup d’intermédiaires (l’alimentaire). Il y a aussi une insolvabilité plus fondamentale qui vient de notre incapacité à vivre de nos moyens. C’est frappant quand on voit notre incapacité à nous autogérer dans un contexte de croissance molle voire même dans un contexte de croissance soutenue (on s’est endetté pendant les trente glorieuses).

    Conclusion : – De 20$ à 80$, la production de pétrole baisse et les investissements et les entretiens baissent. – A 80$, l’économie ne croît plus car c’est le prix limite pour rendre notre économie viable mais c’est également le prix moyen pour rendre la production viable – Au dessus de 80$, les investissements sont possible mais on rentre en décroissance.

    Concernant le transfert massif des pauvres vers les riches, je pense que cela perd de son impact quand on assiste à une envolée de 400% des prix et qui touche les pauvres autant que les riches. Nous assistons à l’effondrement d’un système mondial qui avant d’être un système en faveur des riches et un système en faveur de l’homme, la croissance démographique étant l’indicateur premier de ce cadeau empoisonné que l’humanité a fait à l’humanité. Que tout le monde s’accroche à ses acquis, pas de doute là-dessus, mais au final nous allons tous tout perdre si on ne régule pas l’homme. Il faut donc responsabiliser tout un chacun.

    Une petite remarque par rapport à l’idée que la révolution aurait libérée certaine force créatrice. Je suis définitivement pour la démocratie mais il semble que ce système tel qu’il a été appliqué pousse à une irresponsabilisation de haut niveau (peut-être à cause de la chaine des intermédiaires ou comme le dit Asimov – voir plus bas). L’homme n’a jamais été autant prédateur que depuis 2 siècle, donc on peut se demander si derrière le mot ‘Liberté’ de ‘Liberté Egalité Fraternité’ ne se cachait pas un peu le droit au pillage … C’est à voir.

    – Je suis tout à fait d’accord avec Mendeleïev que dit que le pétrole est un trésor chimique d’une richesse inévaluable (merci de me l’apprendre).

    – Je suis d’accord avec Einstein qui dit qu’il faut se méfier de 3 bombes, la bombe atomique, la bombe cybernétique ou de l’information, et la bombe génétique qu’il appela plus tard la bombe démographique.

    – Je suis d’accord avec Edison qui a dit : “J’investirais mon argent dans le soleil et l’énergie solaire. Quelle source d’énergie ! J’espère que nous n’aurons pas à attendre l’épuisement du pétrole et du charbon pour nous en occuper.”

    – Je suis d’accord avec Asimov qui fait une critique très néo malthusienne de la démographie.

    « Moyers: What happens to the idea of the dignity of the human species if population growth continues at its present rate?

    Asimov: It will be completely destroyed. I will use what I call my bathroom metaphor. Two people live in an apartment and there are two bathrooms, then both have the freedom of the bathroom. You can go to the bathroom anytime you want, and stay as long as you want, for whatever you need. Everyone believes in the freedom of the bathroom. It should be right there in the Constitution. But if you have 20 people in the apartment and two bathrooms, no matter how much every person believes in the freedom of the bathroom, there is no such thing. You have to set up times for each person, you have to bang at the door, “Aren’t you through yet?” and so on.

    The same way democracy cannot survive overpopulation. Human dignity cannot survive it. Convenience and decency cannot survive it. As you put more and more people into the world, the value of life not only declines, it disappears. It doesn’t matter if someone dies. The more people there are the less one individual matters. »

  5. @ Cécile
    Certains pays africains ont à peine commencé leur transition démographique (très forte mortalité infantile) : avec une espérance de vie de 40 ans dans certains pays, ce gisement est nul. Ces pays sont (exemple : Somalie) dans la même situation que la France en 1770…j’exagère à peine…les autres pays ceux qui ont commencé leur transition démographique et qui ne sont pas touché par des guerres civiles connaissent déjà une plus forte croissance du PIB…
    La France du fait de sa démographie peut se contenter d’une croissance plus faible (1% peut-être) mais ça demande de repenser la société. On peut avoir une faible croissance et et avoir une société moins inégalitaire assurant le bien-être. Dans les 30 glorieuses, on avait une croissance économique de l’ordre de 5% et dans les 30 piteuses, elle fut en moyenne de 2%…ce n’est pas cette croissance moindre en rythme qui est la cause de “nos malheurs”, c’est la répartition des richesses de plus en plus inégalitaire…la population a augmenté grosso modo de 30% ces quarante dernières années, le PIB en monnaie courante a été multiplié par deux et on va me faire croire qu’on devrait être forcément plus pauvre ! Non, c’est tout simplement faux. Certes cette croissance est en partie due à l’endettement des ménages mais bon même sans cette endettement excessif, on aurait un PIB qui aurait crû au moins deux fois plus vite que la population…
    Beaucoup d’économistes refusent de voir le lien entre démographie et croissance économique…néanmoins, mettez côte à côte les deux courbes et sans être totalement corrélé, il y a des évolutions assez analogues.
    Enfin, il faudrait préciser que la guerre n’a jamais relancé la croissance : c’est la reconstruction, qui suit la guerre, qui permet de retrouver la croissance économique. Dans le cas des USA, s’ils essayent à nouveau de faire une guerre à 10000 km de chez eux en Iran, ça les mènera directement à la ruine…avec 13 000 000 000 000 de dollars de dettes publiques, ils ne vont pas aller loin.

    1. Pour mettre en perspective ce que vous dites, 1% de croissance c’est un doublement en 70 ans, et 10% c’est un doublement en 7 ans. Un pour cent se révèle donc non négligeable.

      La répartition des richesses inégalitaire commence, je trouve, dès le moment où l’homme s’approprie tout, à partir du moment où il ne se fixe plus de limites. C’est quelque chose que l’on connait bien et depuis longtemps. Le mal est profond. Quand on n’est pas inégalitaire entre nous, on est inégalitaire avec notre environnement. Il faut agir sur le deux fronts.

      Par rapport aux économistes, j’irais un peu plus loin que vous. Je pense que beaucoup d’économistes refusent de voir le lien entre croissance de la consommation d’énergie fossile, la croissance démographique et la croissance économique. Ils refusent de voir comment ces forces se sont autoalimentées l’une l’autre. J’ai un peu l’impression que les économistes sont d’accord entre eux pour dire que ce sont des choses dont on ne parle pas. Un chose est sûre, beaucoup d’économistes aiment bien le hasard, le laissez-faire, et peut-être aussi leur charabia.

      A propos de la guerre, ne perdons pas de vue que la guerre est étroitement liée à l’énergie disponible, nécessaire et convoitée. Espérons surtout que les hommes ne gaspilleront pas les restes à faire la guerre pour les restes.

  6. Rectificatif la population a augmenté de 20% ces quarante dernières années ce qui accentue cette anomalie d’un sentiment d’appauvrissement : avec une augmentation du PIB de 100% (même à 40% ce serait identique) sur la même période et une politique travaillant pour le bien-être général, on ne devrait pas avoir ce sentiment qu’on vivait mieux (ou aussi bien) il y a 30 ans…

  7. Je me pose quelques questions sur les interprétations, entendues dans les médias de façon générale, sur ce que veut Monsieur le Marché. Qui peut prétendre être le porte-parole du Marché ? Qui prétend avoir la vraie interprétation ? Les analystes économiques ?…
    C’est facile d’établir une analyse à la fin de la journée, une fois que la bourse dégringole ou monte de façon inconsidérée : on entend dire alors que c’est pour telle ou telle raison. Si ces analystes ont effectivement raison, pourquoi ne pas faire les pronostiques en début de matinée, juste avant l’ouverture des bourses ?
    Quand on entend qu’il faut entamer une politique de rigueur budgétaire, qui a émis cette idée ? Ces analystes qui nous ont conduit vers la situation actuelle ? Qui peut prétendre réellement que c’est ce que veut le marché ? Quand on observe l’orientation aléatoire que prend Monsieur le Marché chaque semaine, j’en doute fortement…

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