L’actualité de la crise: le FMI a pris date, par François Leclerc

Billet invité.

LE FMI A PRIS DATE

De rebondissements en rebondissements, tous les enseignements des tests islandais et grecs sont loin d’avoir été encore tirés.

Dans le cas de la Grèce, il était déjà apparu que la démonstration qui était recherchée par les pays leaders de la zone euro avait abouti à une profonde crise de l’euro qui n’était pas dans les tablettes. On s’aperçoit que, dans celui de l’Islande, le test qui y est mené pourrait également avoir des effets imprévus et se révélant préoccupants pour le Royaume-Uni.

Dans un éditorial daté du 26 février, intitulé « Plus de corde raide », le Financial Times revient sur cette dernière crise, après avoir fait depuis plusieurs semaines campagne auprès des gouvernements britannique et hollandais en faveur d’une solution négociée et d’apaisement avec les Islandais.

Le journal en vient à s’inquiéter, devant l’échec des négociations qu’il analyse comme étant le reflet d’une intransigeance malvenue des premiers, des conséquences inattendues que celle-ci pourrait avoir pour eux. S’inquiétant que, dans leur insistance à présenter faussement l’attitude islandaise comme un futur défaut de payement (assimilant le désaccord sur les modalités de remboursement d’une simple dette à un remboursement de dette souveraine sur le marché), ils contribuent finalement à créer des tensions sur les marchés obligataires, qui pourraient se retourner contre eux et surenchérir leur propre dette.

On a donc l’impression de voir rejouer le même film  !

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Es brennt in Europa !

(Traduction allemande par Johannes Finckh de mon Feu en la demeure)

Meine Damen und Herren von der Europäischen Behörden, ich richte mich an Sie : Es brennt in Europa !

Sie werden Griechenland nicht retten indem Sie es auffordern, die Beamtengehälter zu senken. Sie werden Griechenland nicht retten indem Sie es ermutigen, den Steuerbetrug zu bekämpfen. Sie werden es auch nicht retten, indem Sie eine … Sammelbüchse schaffen (man fällt da ins Lächerliche) Es ist dafür viel zu spät. Und jedenfalls liegt das Problem nicht hier.

Am 3. Februar nahm ich an der Fernsehsendung « Le Débat / The Debate » auf France 24 teil. Wenn Sie englisch sprechen, hören Sie bitte, was ich sagte als die Diskussion sich darüber festfrass, ob die Wirtschaftsstatistiken Griechenlands gefälscht wurden oder nicht, oder, wenn Sie nicht englisch sprechen, lesen Sie, wie ich meine Intervention zusammenfasse :

Ich sage, es gibt ein neues Spiel mit den CDS (Credit-Default Swaps). Dieses Mal geht es nicht um 1) Bear Stearns, 2) Lehman Brothers, 3) Meryll Lynch, sondern um 1) Griechenland, 2) Portugal, 3) Spanien. Was die Finanzmärkte jetzt tun erinnert an die Operation von George Soros, der das britische Pfund 1992 schwächte (wenn man dann bedenkt, dass die Erneurung der Wirtschafts“wissenschaft“ in seinen Händen liegt!)

Ihre so mühselig vereinte Sammelbüchse für Griechenland wird in wenigen Stunden vom Sturme weggefegt, und Sie werden dann sofort vier weitere brauchen: eine für Portugal, eine für Zypern und eine für Irland und eine viel grössere als die vier zusammengenommen für Spanien.

Sie werden dann eine Atempause von ein paar Tagen bekommen, weil dans folgende Opfer nicht zur Eurozone gehört, es geht um das Grossbritannien. Es geht nicht um zu hohe Gehälter : Es handelt sich um Dominos, und so wie Lehman Brothers an dem Tag in den Himmel geschrieben wurde, an dem Bear Stearns fiel, so wird sich der Name Portugals am selben Tag im Firmament eintragen, an dem Griechenland seine Schulden nicht zahlen wird.

Also, was tun ? Die Projektoren auf die Ursache richten. Auf die todbringende Kombination der Notationen der öffentlichen Schuld der Staaten und die nackten Positionen der Credit-Default Swaps, diese Wetten, die von Leuten gemacht werden, die kein Risiko eingehen, die aber das systemische Risiko schaufelweise schaffen, mit einem einzigen Ziel: enorme persönliche Gewinne.

Es ist Zeit, meine Damen und Herren, das Verbot der Wetten über Preisschwankungen zu erwägen.

Entgegnen Sie mir nicht, das sei kompliziert: das ist es nicht, und das steht schon kleingedruckt in der amerikanischen Buchhaltungsnorm FASB 133.
Sagen Sie mir nicht, das würde « die Liquidität beeinträchtigen » darauf antworte ich gewöhnlich, dass die Wetter Liquidität nur für andere Wetter schaffen, und das hat somit keine Wichtigkeit, aber heute antworte ich etwas Anderes : « In diesem Stadium der wahrscheinlichen Desintegration der Eurozone : die Liquidität kann uns gleichgültig sein! »

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L’actualité de la crise: Zorro est arrivé !, par François Leclerc

Billet invité.

ZORRO EST ARRIVE !

La crise du déficit public monte inexorablement, apparaissant de plus en plus sans solution au fur et à mesure que le temps passe et qu’il faut passer des mots aux actes. Tous les gouvernements occidentaux sont placés devant un même dilemme, passé les rodomontades de tribune : comment réduire leur déficit sans plonger franchement dans la récession ?

L’un cherche à associer les républicains à de très impopulaires décisions, mais il n’y parviendra pas, sa stratégie bipartisane étant dans l’impasse dans tous les domaines, à propos de la régulation financière comme de la réforme de la santé. Les autres, en Europe, se sont pris les pieds dans le tapis avec leur démonstration ratée en Grèce, ne parvenant qu’à déclencher une crise majeure de l’euro, à la faveur d’une spéculation qui semble appelée à prendre de l’ampleur.

Figés dans une rigueur doctrinale qui ne les emmène nul part, les Européens s’avèrent incapables, eux aussi, de faire face aux remises en cause qui s’imposent et s’essayent une fois de plus à un vain jeu de constructions institutionnelles à propos de la gouvernance économique. Les Britanniques, quant à eux, jouent les prolongations en attendant des élections qui risquent de se terminer dans la confusion, sans vainqueur et avec deux vaincus. La coalition allemande au pouvoir étant en ce qui la concerne comparée au règne de la discorde.

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Le temps qu’il fait, le 26 février 2010

La bulle du conformisme, par Manuel Maria Carrilho

Feu en la demeure

Philippe Maystadt veut combattre la spéculation

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La bulle du conformisme, par Manuel Maria Carrilho

Ceci n’est pas un billet invité. Manuel Maria Carrilho ne sait pas que je publie ici sa tribune libre parue mercredi dans le quotidien portugais Diario de Noticias. La raison pour laquelle je reproduis cette tribune libre, vous la comprendrez en la lisant. La traduction est de François Leclerc.

La bulle du conformisme, par Manuel Maria Carrilho

Et si, comme beaucoup le prédisent, et comme les signes les plus récents le confirment, nous étions loin, peut-être même très loin, de la sortie de la crise complexe qui a commencé en 2008 ?

Aussi inconfortable que soit cette idée, il serait prudent d’y réfléchir. Car il est de plus en plus clair qu’il n’y aura pas d’issue à la crise tant que les facteurs qui y ont conduit n’auront pas été traités de manière substantielle. En premier lieu les facteurs financiers, mais également ceux qui sont d’ordre économique, social et culturel. Cela aurait du être évident, mais cela ne s’est pas produit.

Nous vivons ainsi dans le plus grand des paradoxes, qui est d’attendre la solution à la crise de la reprise des mécanismes qui l’ont produite. Nous devons regarder bien en face ce paradoxe, afin de comprendre la nature du problème auquel nous sommes confrontés. Celui-ci alimente la plus importante et la plus méconnue des bulles dans laquelle nous vivons, celle du conformisme.

Alimenté par la cupidité des spéculateurs, la désorientation des gens, l’incapacité des dirigeants politiques et l’engourdissement des masses, cette bulle a résisté à toutes les crises, condamnant le monde à ne pas voir d’autres issues que celles qui ont précisément mené à la situation dans laquelle nous nous trouvons.

De ce point de vue, les premiers mois de 2010 ont été très inquiétants : après les banques en 2008 et les entreprises en 2009, la crise atteint désormais les États. Ce qui n’est peut-être pas surprenant, compte tenu du fait que, au niveau mondial, il été dépensé plus de deux mille milliards d’euros pour tenter de relancer l’économie, conduisant les Etats à s’endetter à des niveaux jamais vus, avec des conséquences probablement inédites.

Le problème est que, entre-temps, les bourses ont repris vie, les produits financiers ont été à nouveau utilisés et les bonus ont été multipliés. Cela n’a pas été d’une grande aide pour l’économie réelle et la vie des gens. Les lueurs de la reprise qui ont été aperçues n’ont rien changé à la réalité du chômage, d’autant qu’elles ont elles-mêmes disparu.

Le plan d’Obama patine, les contradictions et les symptômes d’impuissance découlant de l’absence d’un gouvernement économique se multiplient au sein de l’Union européenne. Le G20 s’avère timoré et peu efficace (des mesures sont en préparation… pour 2012), les promesses de refondation du capitalisme sombrent du simple fait de leur vacuité, le socialisme n’a jamais été aussi silencieux qu’aujourd’hui.

Cette accumulation d’impasses montre combien il est urgent de percer la bulle du conformisme et de s’opposer à l’idée, que, en dehors d’elle, il n’y a pas d’alternative. Ce qui est nécessaire, c’est de regarder en direction de ceux – et ils sont nombreux- qui proposent d’autres voies. Parce que, aujourd’hui, ce ne sont pas les idées ni les options alternatives qui manquent. Ce qui fait défaut, c’est la capacité politique de les entendre, d’en discuter et éventuellement de les suivre.

Paul Jorion est un de ceux que l’on devrait écouter. Economiste et anthropologue, il a une vaste expérience du monde financier. Il a publié des travaux importants anticipant la crise et ce qui s’est passé, et a suggéré plusieurs propositions qui méritent l’attention de tous. Au cœur de la crise, il voit l’état de sauvagerie dans laquelle on a laissé la finance évoluer dans les dernières décennies, sous couvert d’une myriade de règlements, qui, contrairement à ce qui était prévu, ont au contraire favorisé toutes les formes d’abus et les dérives les plus hallucinantes.

Comparant la finance à la politique, il soutient qu’il faut faire en manière de finance ce que la démocratie représentative a représenté pour la politique, c’est à dire domestiquer son état naturel, la civiliser par le biais de l’adoption d’une « constitution » qui réglemente son fonctionnement. Une constitution qui doit être simple et efficace : avec des milliers de banques éparpillées dans le monde entier, ainsi qu’avec la prolifération des institutions et des produits financiers, les réglementations détaillées sont inutiles et contre-productives. Ce qui s’impose, c’est d’établir de grands principes dont l’application rigoureuse puisse être facilement contrôlée par tous et dans tous les domaines.

Par exemple, si l’on prétend replacer au cœur de l’économie la banque, et empêcher qu’il soit spéculé avec l’argent des déposants, il faut rétablir une séparation claire entre banque de dépôt et banque d’investissement. Si l’on veut empêcher l’économie de casino, il faut interdire la spéculation sur les fluctuations de prix, etc. Au delà de mesures dont les effets s’épuisent, aussi indispensables soient-elles, c’est de règles comme celles-ci – bien d’autres étant suggérées dans le même esprit – que le monde a besoin. De véritable règles instituant le changement, qui vont nous sortir de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons.

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Feu en la demeure !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

English version here.

Messieurs, Dames, des instances européennes, je m’adresse à vous : il y a feu en la demeure !

Vous ne sauverez pas la Grèce en lui enjoignant de baisser le salaire de ses fonctionnaires. Vous ne sauverez pas la Grèce en l’encourageant à combattre la fraude fiscale. Vous ne la sauverez pas non plus en créant une… cagnotte (on tombe ici dans le dérisoire !). Il est beaucoup trop tard pour tout cela. Et de toute manière, le problème n’est pas là.

Le 3 février, je participais à l’émission « Le Débat / The Debate » sur France 24. Si vous parlez l’anglais, écoutez je vous en prie ce que je dis quand la discussion s’enlise sur le sujet de savoir si les statistiques économiques de la Grèce ont été bidouillées oui ou non, et si vous ne parlez pas l’anglais, lisez s’il vous plaît la façon dont je résume mon intervention :

Je dis qu’il y a à nouveau un petit jeu sur les Credit-Default Swaps (CDS). Cette fois, ce n’est plus 1) Bear Stearns, 2) Lehman Brothers, 3) Merrill Lynch, c’est 1) Grèce, 2) Portugal, 3) Espagne. Ce que font en ce moment les marchés financiers n’est pas sans rappeler l’opération de George Soros qui coula la livre britannique en 1992 (quand on pense que le renouveau de la « science » économique est entre ses mains !)

Votre cagnotte pour la Grèce, si péniblement rassemblée, sera emportée par la bourrasque en quelques heures, et il vous en faudra immédiatement quatre autres : une autre pour le Portugal, une pour l’Irlande, une pour Chypre et une beaucoup plus grosse que les quatre autres mises ensemble, pour l’Espagne.

Vous aurez alors quelques jours pour reprendre votre souffle parce que la victime suivante ne fait pas partie de la zone euro puisqu’il s’agira du Royaume-Uni.

Il n’est pas question de salaires trop élevés : il s’agit de dominos, et de la même manière que le nom de Lehman Brothers était écrit dans le ciel le jour où Bear Stearns est tombée, le nom du Portugal s’inscrira au firmament le jour où la Grèce fera défaut sur sa dette.

Alors que faire ? Tourner les projecteurs vers la cause. Vers la combinaison mortifère des notations de la dette publique des États par les agences de notation et les positions nues des Credit–Default Swaps, ces paris faits par des gens qui ne courent aucun risque mais qui créent du risque systémique à la pelle, dans un seul but : d’énormes gains personnels.

Il est temps, Messieurs, Dames, d’envisager l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix.

Ne m’objectez pas que c’est compliqué : ce ne l’est pas, c’est déjà écrit en filigrane dans la norme comptable américaine FASB 133.

Ne me dites pas que cela va « affecter la liquidité » : à ce reproche, j’ai l’habitude de répondre que les parieurs ne créent de la liquidité que pour d’autres parieurs et que cela n’a donc aucune importance, mais aujourd’hui, j’ajouterai autre chose : « À ce stade-ci de désintégration probable de la zone euro : la liquidité, on s’en fiche ! »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Dames du temps jadis

Vous vous souvenez de Jacqueline François ? Et d’Yvette Giraud ? De Tohama alors ?

Non ? Elles étaient pourtant les chanteuses préférées de mon père. Ça veut dire quelque chose. Et en plus, il ne devait pas être seul à les aimer.

Bon, alors voilà : pour vous rafraîchir un peu les idées, et par la grâce de YouTube…

Jacqueline François

Yvette Giraud

Tohama

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L’actualité de la crise: la dette ou comment s’en débarrasser, par François Leclerc

Billet invité.

LA DETTE OU COMMENT S’EN DEBARRASSER

Olivier Blanchard, chef économiste du FMI, vient d’annoncer la couleur dans une interview accordée au quotidien italien La Repubblica : « l’assainissement (des finances publiques) sera extrêmement douloureux », prédit-il. Il détaille ensuite ses modalités : des efforts devront être accomplis pendant 10 à 20 ans, faits de sacrifices sur les salaires, de réduction des dépenses sociales et d’augmentation des impôts.

Sa vision dramatique n’est cependant pas sans arrière pensée, quelques jours après la publication d’une note de recherche, cosignée, qui a fait grand bruit et dans laquelle il est évoqué la possibilité de relever aux environs de 4% le taux d’inflation considéré comme admissible dans les sociétés occidentales. Alors que la norme édictée par les banques centrales est actuellement de 2%. Car, si sa suggestion devait être retenue – ce qui est dans l’immédiat impensable – cela créerait quelques marges de manoeuvre pour concevoir et mettre en oeuvre de nouveaux plans de relance publics, totalement à contrepied de l’ire du moment, qui veut que la lutte contre les déficits publics est la tâche urgente et prioritaire pour les gouvernements. Que cela soit suffisant est une autre affaire, c’est l’intention qui compte  !

Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, vient d’ailleurs de dire tout haut ce que chacun murmure tout bas  : « … la reprise dans notre principal marché d’exportation, la zone euro, semble avoir calé ». Il a aussi estimé que la petite flambée des prix enregistrée au Royaume-Unie allait retomber, évoquant si nécessaire la reprise du programme de rachats d’actifs, interrompu alors que l’enveloppe initiale de 200 milliards de livres a été dépensée.

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Jusqu’où la folie ?, par Corinne Lepage

On pouvait lire il y a quelques jours dans un article publié dans The Guardian :

David Jane, responsable du placement en actions chez M & G – qui contrôle plus de 170 milliards de £ au nom de petits investisseurs – précisait qu’il en coûtait désormais seulement 1 £ par jour pour spéculer sur 1 million £ de devises.

Les sommes en cause font frémir.

Quotidiennement, le montant global échangé sur les marchés des changes (ndlr : Forex en anglais, contraction de Foreign Exchange) oscille autour de 4 « trillions » de dollars, 90% étant de la spéculation pure.

Les taux d’intérêt historiquement bas permettent en effet aux spéculateurs de faire des paris valant plusieurs milliards d’euros à un coût proche de 0.

« Vous pouvez actuellement vendre à découvert des euros pour un coût quasi nul puisque le cost of carry ou coût prélevé sur les positions maintenues ouvertes a chuté. C’est l’une des conséquences inattendues de l’assouplissement quantitatif (en anglais : quantitative easing) et de l’action des banques centrales à travers le monde visant à maintenir les taux d’intérêt bas », souligne David Jane.

Cette situation est gravissime car elle permet de mettre en péril non seulement la Grèce mais derrière elle toute la zone euro, sans que ceux qui spéculent ne courent en réalité de véritables risques.

Ainsi, grâce à l’endettement que les gouvernements leur ont fait consentir, les citoyens européens ont non seulement permis la spéculation qui se retourne aujourd’hui contre eux, mais les taux très bas de la banque centrale alimentent encore davantage la spéculation.

Jusqu’où faudra-t-il aller pour qu’enfin des mesures coordonnées soient prises par le G20 ou a minima par l’Europe pour que les spéculateurs perdent et les États, c’est-à-dire les citoyens, gagnent ?

Pourtant, les possibilités existent. D’abord, une solidarité européenne autour de la Grèce par un emprunt gagé par les Européens, qui ferait baisser les taux d’emprunt de la Grèce. Ensuite et surtout, réglementer très strictement les ventes à découvert, ce qui pourrait se faire dès lors que la volonté politique l’exigerait. Mais en est-il ainsi ? Les traders londoniens dominent le marché, les cinq premiers acteurs du marché des devises en 2009 ont été la Deutsche Bank, Union de Banques Suisses (UBS), Barclays Capital, Royal Bank of Scotland (RBS) et Citibank. On peut donc douter d’une quelconque volonté de s’opposer sérieusement à de tels intérêts.

Et pourtant, dans une situation où la crise économique ne cesse de croître – malgré la méthode Coué ambiante –, il est plus qu’urgent d’intervenir pour sauver la zone euro et commencer à prendre de vraies mesures pour soumettre le système financier aux besoins de l’économie et à l’intérêt du plus grand nombre.

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Et si la croissance ne revenait pas ?, par Jean Chamel

Billet invité.

Et si la crise que nous traversons actuellement marquait la fin d’une époque, celle de la croissance économique ? Non parce que le capitalisme aurait perdu la raison en se dévoyant dans une financiarisation devenue incontrôlable, ni même parce que des ressources naturelles de plus en plus rares imposeraient une limite infranchissable à l’expansion de l’économie (ce que nous ne contestons pas), mais plus prosaïquement parce que nos vieilles nations, dites industrialisées, arriveraient au terme d’un long processus de transition économique.

Telle est la thèse que nous souhaitons défendre. Pourquoi en effet, de tous les changements, aussi bien économiques que sanitaires, démographiques, sociaux ou politiques, qui ont marqué la transformation de notre société au cours des derniers siècles, la croissance des activités économiques devrait être le seul qui n’admette point de limites ? Les taux de mortalité et de natalité, dont la décroissance décalée est bien connue sous le nom de transition démographique, ne peuvent descendre jusque zéro, au même titre que les taux de fécondité.

Figure 1. La transition démographique

Inversement, les taux d’alphabétisation ou d’urbanisation ne peuvent évidemment dépasser la barre des 100%. On peut tout aussi bien évoquer d’autres limites à des phénomènes plus difficilement quantifiables : la marche vers l’égalité des sexes ne peut franchir la frontière de l’égalité absolue, de même que la démocratisation ne peut aller au-delà d’une répartition parfaite de l’exercice du pouvoir entre les citoyens (dans l’un et l’autre cas, ces représentations sont, il est vrai, bien sommaires). N’y aurait-il donc aucune borne au phénomène d’expansion de l’économie ?

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