Archives de catégorie : Numérique

LES MURS ONT DES OREILLES !

Dans un article publié ce matin, le Wall Street Journal dresse le catalogue des firmes qui ont certainement vendu ou très probablement vendu au colonel Khadafi du matériel d’interception de communications téléphoniques ou par courriel, de blocage de sites toile, de décodage de messages cryptés et de blocage de communications anonymes sur l’Internet.

On trouve dans la liste, le français Amesys, filiale de Bull, l’américain Narus, filiale de Boeing, le chinois ZTE et le Sud-africain VASTech.

Comme le Wall Street Journal le fait remarquer, la vente de ces matériels est libre à peu près partout. Soyez donc prudent : il n’y a pas que le gouvernement qui écoute toutes vos conversations téléphoniques et qui lit tous vos mails : toute compagnie privée suffisamment riche pour s’acheter un logiciel (!) a la capacité de le faire aussi.

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OWNI.fr, « INTERNET, C’EST LA DÉMOCRATIE DIRECTE »

« Internet, c’est la démocratie directe » : un entretien sur OWNI, à propos de la sortie de mon dernier livre, La guerre civile numérique (Textuel 2011).

« Internet, c’est la démocratie directe »

Quel a été l’évènement déclencheur qui vous a poussé à écrire La guerre civile numérique ?

L’évènement déclencheur a été le refus de Paypal et Mastercard de transmettre à Wikileaks les donations qui lui avaient été faites. Du point de vue des règles du commerce, c’est incroyable. C’est une chose qui ne se fait pas, c’est tout simplement interdit par la loi. Là, il s’agissait clairement d’une interférence des pouvoirs publics, d’une décision du gouvernement américain pour sanctionner Wikileaks. Avec cet événement, on est sorti du cadre démocratique. C’est un événement très grave, vraiment très grave. Pour moi, cela équivalait à une déclaration de guerre.

La suite sur OWNI.fr

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ON N’ARRÊTE PAS LE PROGRÈS !

L’article date d’il y a quelques semaines déjà mais il mérite d’être lu : « Armes numériques : la nouvelle course aux armements », par Michael Riley et Ashlee Vance, publié dans le numéro daté du 20 juillet du magazine américain Businessweek, une publication de l’agence Bloomberg.

Un paragraphe parmi d’autres :

« Le manuel de Kevin G. Coleman : The Cyber Commander’s eHandbook (téléchargeable sur l’internet) dresse la liste de 40 types d’offensives qui font intervenir des botnets (des réseaux d’ordinateurs individuels piratés et « réduits en esclavage ») ou des « exploits » (des programmes tirant parti des vulnérabilités de logiciels couramment utilisés par Windows ou par les serveurs utilisés sur l’internet). Le N°38 s’intitule : « assassinat ». Tout comme celui qui fut utilisé pour détruire les centrifugeuses du programme nucléaire iranien en les faisant tourner à des vitesses excessives [Stuxnet], un « ver » informatique a la capacité de bloquer le système informatique de contrôle du goutte-à-goutte ou de l’alimentation en oxygène des patients d’un hôpital, sans que le personnel médical ne s’en doute. Le N°39, c’est le piratage informatique des automobiles. Une voiture est bourrée de puces contrôlant le système de freinage, la transmission, le moteur, en fait absolument tout. Prenez le contrôle de ces systèmes et vous contrôlez de fait le véhicule, et vous pouvez l’accidenter à votre guise. Vous n’y croyez pas ? Des chercheurs de l’université Rutgers ont piraté l’année dernière les puces d’une voiture se déplaçant à 100 km à l’heure à l’aide d’un système WiFi utilisé pour vérifier la pression des pneus. Il est impossible de savoir si le gouvernement américain a déjà utilisé des techniques de ce type. « Nous disposons de la capacité de faire certaines choses dont nous n’avons pas encore déterminé l’opportunité », déclare le général Michael V. Hayden, ancien directeur de la CIA ».

Vous voilà rassurés ! Dites cependant à vos proches de contacter Le blog de Paul Jorion au cas où vous disparaîtriez dans un accident automobile difficile à expliquer. Nous enquêterons, c’est promis !

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CQFD, « Le capitalisme est à l’agonie », N°91, juillet-août 2011

À propos de la sortie de Le capitalisme à l’agonie (Fayard 2011) et de La guerre civile numérique (Textuel 2011), un entretien avec Gilles Lucas.

L’entretien complet se trouve ici.

Wikileaks, dont vous parlez beaucoup dans votre dernier ouvrage, prétend vouloir révéler les dissimulations et mensonges des gouvernants. Pensez-vous que la vérité, dans le monde dans lequel on vit, à une force pratique ?

La vérité a toujours eu une force pratique. Elle offre le moyen de construire des arguments qui soient à la fois cohérents et maîtrisés dans un environnement particulier. Il s’agit cependant d’une construction culturelle à partir d’arguments polémiques, et dont on peut dater l’émergence comme je l’ai expliqué dans mon ouvrage Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009). Avec la vérité, on ne se situe ni dans l’absolu, ni dans le n’importe quoi. Bien qu’elle puisse être critiquable parce qu’elle est un produit social et historique, l’exercice de la vérité par la raison (l’enchaînement contrôlé de propositions vraies) a produit d’une manière globale un mieux.

Il y a des périodes où un seuil psychologique est atteint pour les populations. Il n’est pas simplement dans l’imagination, mais lié à des réalités qui font que des choses qui ont été jusqu’alors tolérables cessent de l’être. Par exemple, des activités financières comme la spéculation passent relativement inaperçues tant que tout le monde gagne de l’argent, chacun à son échelle. Au moment où la spéculation est devenue la seule source d’enrichissement, un seuil est atteint et le niveau de tolérance baisse. C’est à ce moment-là que la vérité sur la spéculation réalise son potentiel. Seul le contexte la rend cruciale ou non.

La suite, dans le magazine.

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NOUVELLES DE LA DÉMOCRATIE

Je suis depuis tout à l’heure la retransmission en direct de l’audition de Rupert et James Murdoch, père et fils et, en ce moment, Rebekah Brooks, devant une commission du parlement britannique.

Un incident récent a été la tentative par un « entarteur » d’entarter Rupert Murdoch qui répondait aux questions que lui posaient les membres de la commission. Très significatif à mon sens a été la différence de réaction entre le fils et l’épouse du magnat de la presse au moment où l’activiste, le comédien Jonnie Marbles, attaque sa victime : le fils fait un geste pour se protéger le visage, tandis que l’épouse (Wendi Deng Murdoch, née en 1968 à Jinan, dans le Shandong) bondit sur l’assaillant avec une telle vigueur qu’un député complimentera Murdoch sur « l’excellent crochet du gauche » de son épouse (en fait, du droit).

Quelques remarques très générales. D’abord, et comme j’ai eu l’occasion de le dire à l’occasion de l’audition de membres de la firme Goldman Sachs devant une commission du Sénat américain l’année dernière, quels que soient les reproches que l’on puisse adresser aux représentants du peuple en général dans nos démocraties, de telles auditions aux États-Unis comme au Royaume-Uni, nous montrent des femmes et des hommes exerçant leur fonction de manière admirable. Bien sûr, de telles commissions opèrent une sélection entre ces représentants du peuple, mettant en avant les meilleurs.

Quant aux déposants, dont on peut imaginer aisément l’arrogance et le cynisme quant ils sont entourés de leurs pairs, leur humilité, leur générosité, leur bonne volonté à se conduire comme de véritables êtres humains quand ils se retrouvent en position d’accusés, suggèrent que, dans un cadre approprié, si on les protégeait des mauvaises fréquentations (les gens comme eux), ils feraient des grands-parents très acceptables.

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LE GRAIN DE SABLE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il est difficile de savoir quelles seront les conséquences ultimes de l’affaire des écoutes de News of the World, l’hebdomadaire à sensation appartenant à la branche britannique de News Corporation, l’empire de presse de Rupert Murdoch, mais si un diagnostic devait être posé à l’instant-même, ce serait celui de la fin prochaine de cet empire, emporté par la tourmente, et la mise à jour en parallèle d’un torrent d’informations révélant les relations « cosy », comme disent les Britanniques, « de copinage », qu’entretiennent de grandes entreprises jugeant que la loi, c’est pour les autres, avec la classe politique et les milieux policiers, qui obtempèrent en échange de privilèges et avantages divers.

La vague de démissions et d’arrestations au sein-même du groupe Murdoch, s’accompagne depuis deux jours de démissions au sommet de l’appareil policier, dont celle du chef de Scotland Yard lui-même, qui n’hésite pas à mouiller le premier ministre David Cameron dans une lettre trop détaillée pour ne pas laisser percer une tonne de ressentiment.

Effractions au fil des ans des boîtes vocales de personnalités et de victimes de faits divers, dont le nombre pourrait s’élever à 4.000 personnes, suivies de corruption de la police à grande échelle, chaque fois que des plaintes étaient vainement déposées. Soulignant l’existence de la « revolving door », la porte tournante entre emplois au sein du groupe Murdoch et dans les instances gouvernementales et administratives. Un phénomène déjà observé aux États-Unis dans le cas de « Government Sachs » au moment-même où la firme – on le sait maintenant – mobilisait son inventivité dans des paris pris sur l’effondrement du secteur immobilier américain, qu’elle ne manquait pas de précipiter du coup.

Méfaits d’un côté, autorités étouffant les affaires de l’autre : la machine était bien huilée. Ce qui l’aura grippée, c’est une notion dont on parle beaucoup en ce moment : l’indignation. On trouve celle-ci présente en effet dans des propos, dans des livres, sur des places publiques, etc. Elle est malheureusement largement absente au contraire dans l’esprit du public quand il s’agit de la finance, ce qui explique pourquoi aucun véritable progrès ne s’accomplit là en ce moment.

News of the World aurait piraté les boîtes vocales de soldats britanniques morts en Irak et en Afghanistan, ainsi que de victimes des attentats sanglants de Londres en 2005, mais le véritable grain de sable, c’est l’affaire Milly Dowler, du nom d’une adolescente disparue en 2002 et dont le corps fut retrouvé six mois plus tard. News of the World avait chargé un détective de s’introduire dans la boîte vocale du téléphone de l’adolescente. Celle-ci étant pleine, il avait effacé certains appels « pour faire de la place », espérant bénéficier de l’ajout de nouveaux messages. La disparition de certains enregistrements convainquit la police ainsi que la famille que la jeune fille était encore en vie. Jusqu’à ce qu’ait lieu la découverte macabre de ses restes dans un bois.

Les révélations au fil des années des exactions de News of the World tombaient dans le ronron du « business as usual », ce qui permettait à la collusion du mauvais côté de la loi entre grands de ce monde, toutes catégories confondues, de se poursuivre. C’est une colère rentrée, qui ne s’était pas éteinte, malgré les neuf années qui s’étaient écoulées depuis le meurtre d’une adolescente, qui aura constitué le grain de sable fatal. Le grand débat intérieur qui agite constamment chacun de nous entre le « Juste » et l’« Injuste » a été soudain ravivé. L’indignation a fait le reste.

Grands de ce monde, méfiez-vous du peuple et de sa mémoire d’éléphant.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LE MONDE ÉCONOMIE, « e-G8 : un monde nouveau, sosie de l’ancien », lundi 6 juin 2011

« Sans les réseaux, Internet n’est rien … Internet n’est pas qu’une question de libertés, c’est une question d’argent ». Quand ces paroles sans ambiguïté furent prononcées par Stéphane Richard, patron d’Orange, l’un des principaux sponsors de l’e-G8 qui s’est tenu à Paris les 24 et 25 mai, un soupir d’aise s’exhala des chaumières de France et de Navarre : le débat relatif aux libertés sur l’Internet, dont Bernard Kouchner aurait voulu faire le thème central de cet e-G8, était bien remis à plus tard, tandis que le cours inexorable de sa marchandisation se poursuivait lui sans encombre.

Lawrence Lessig, professeur de droit à Harvard, l’un des rares invités à cet événement appartenant à la société civile, ironisa sur la philosophie sous-jacente à la tenue de l’e-G8 : « Je n’ai que de vagues souvenirs de la philosophie, dit-il, mais j’imagine mal un philosophe français affirmant : « Demandons au monde des affaires de définir la politique de l’État » », et d’ajouter cruellement : « Nous avons récemment tenté l’expérience aux États-Unis en matière de finance, et l’on ne peut pas parler d’un franc succès ».

Une chape de plomb est tombée sur l’Internet lors de ces comices agricoles que fut l’e-G8. Sa première composante est celle de la marchandisation. La seconde, se lisait dans le rapport final du G8 qui – pour respecter la tradition – circulait avant même que les festivités ne commencent : la chape de plomb du maintien de l’ordre, déjà lisible en clair ou en filigrane dans certains législations nationales, et en France en particulier, dans LOPPSI et HADOPI 2. Aucun des prétextes invoqués ne manque bien entendu de dimension éthique et ce sont les mêmes qui justifient partout la mise en place d’une surveillance globale : la lutte contre le terrorisme et la protection de l’enfance, comme si celles-ci justifiaient en soi la mise en place d’un système d’espionnage généralisé des citoyens par leurs gouvernements.

John Perry Barlow, l’un des fondateurs en 1990 de l’EFF, l’Electronic Frontier Foundation, le syndicat américain des utilisateurs de l’internet, l’une des rares personnalités présentes à l’e-G8 à défendre des valeurs qui ne se traduisent pas immédiatement par un prix, évoqua une autre justification à l’appareil répressif proposé : la propriété intellectuelle, qu’il caractérisa à juste titre comme une notion distincte de celle du « droit d’auteur » : comme un brevet pris par une société commerciale sur la pensée de quelqu’un qui ne récoltera, lui ou elle, in fine que des miettes des sommes récoltées.

Point commun entre ces volontés diverses d’enserrer l’internet dans un carcan juridique destiné à maintenir l’ordre commercial des marges bénéficiaires substantielles et l’ordre plus prosaïquement policier : la peur devant ce que l’Internet représente désormais. Ses capacités, d’une part, à imposer la gratuité et le don comme les formes par défaut du rapport social, et d’autre part, à balayer en quelques semaines des régimes politiques où, comme l’e-G8 l’illustre si bien, la direction de l’État a été confiée au monde des affaires, licites ou illicites.

La communauté des internautes n’est heureusement pas désarmée devant de tels diktats, du moins sa composante que la programmation n’intimide pas. Ici aussi, c’est Barlow – on n’en attend pas moins du parolier du groupe The Grateful Dead – qui a le dernier mot, lui qui eut un jour l’occasion de dire : « La communauté Internet traite toute tentative de mise au pas comme une simple avarie qu’il s’agit banalement de contourner ».

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Bénédicte a traduit cette chronique sur le blog en anglais.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 3 JUIN 2011

La guerre numérique
« La guerre civile numérique » (Textuel 2011)
Le nécessaire et l’impossible
« Comment la vérité et la réalité furent inventées » (Gallimard 2009)
« Le prince et son image », documentaire de Hugues Le Paige (2010, 52 min.)
« Gallimard, Le roi lire », documentaire de William Karel (2011, 103 min.)

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LE MONDE MAGAZINE, le 28 mai 2011

Un compte-rendu bien sympathique de La guerre civile numérique (Textuel 2011).

COUP D’AVANCE par Didier Pourquery, rédacteur en chef du Monde Magazine

Que se passe-t-il en Espagne ? Que veulent les jeunes en France ? Y a-t-il des liens avec ce qui s’est passé lors du « printemps arabe » ? Quelle forme prendra la prochaine insurrection ? Ces questions ne sont pas sans rapport avec ce qui précède, la puissance des réseaux sociaux notamment, et leur détournement. Dans un livre lumineux qui paraît ces jours-ci, La guerre civile numérique (Éd. Textuel), Paul Jorion analyse les nouvelles formes de résistance qui viennent des communautés numériques. Après Indignez-vous, de Stéphane Hessel, voici en quelque sorte un cyber-Révoltez-vous. Jorion avait prédit la crise financière de 2008 et observe en permanence les flux d’information qui transitent sur la toile. Lisez ce livre avec attention, il annonce quelque chose…

Pour lever la confusion existant sur Amazon.fr : la couverture du livre est celle-ci.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 29 AVRIL 2011

Le rapport entre le blog et mes livres

« La survie de l’espèce » avec Grégory Maklès
« La guerre civile numérique », à paraître en mai

Pervenche Berès et le rapport sur l’origine de la crise pour la Commission Européenne

David Ricardo (1772 – 1823)
Piero Sraffa (1898 – 1983)

« Comprendre, enfin, l’économie »

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