LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 3 JUIN 2011

La guerre numérique
« La guerre civile numérique » (Textuel 2011)
Le nécessaire et l’impossible
« Comment la vérité et la réalité furent inventées » (Gallimard 2009)
« Le prince et son image », documentaire de Hugues Le Paige (2010, 52 min.)
« Gallimard, Le roi lire », documentaire de William Karel (2011, 103 min.)

Partager :

63 réflexions sur « LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 3 JUIN 2011 »

  1. Le mot en français pour Malicious est « Malveillant » et non « Malicieux »
    « Malicieux » en anglais ce dit « Mischievous » mais c’est à garder pour les petits lutins espiègles, pas pour les hacker 😉

    1. Je dirais même plus : malicious se traduit en fait par malfaisant.

      L’auteur de l’attaque est malveillant (volonté de nuire), l’attaque est malfaisante (elle fait des dégâts).

      Quant au hacker, le vrai sens est : passionné d’informatique. Ce n’est pas un casseur.

      Voyez sur mon site .

  2. Pourquoi cherche-t-on à retravailler quand on est au chômage, c’est par masochisme? Non, c’est pour avoir un revenu. Donc le problème numéro 1, plus de deux siècle après le début de la révolution industrielle, ce n’est pas l’ « emploi », mais – les REVENUS -. L’automatisation qui ne cesse de se développer, a décuplé plusieurs fois les gains de productivité depuis environ 30 à 40 ans.
    Ce n’est pas une question d’emploi, c’est une question de – revenus -. Il faut se rentrer ça dans la tête, sinon on s’égare irrémédiablement.
    À la production manuelle = des emplois = des revenus (manuellement)
    À la production automatique = des revenus (automatiquement).
    SEUL LE MONDE FINANCIER Y FAIT OBSTACLE COUPABLEMENT (avec la complicité honteuse du politique), car à ce moment-là le chômage n’est plus une malédiction mais une libération. Cette libération tant et tant recherchée. Libération qui motive et aiguillonne depuis des siècles le développement du progrès technique en tous domaines pour nous soulager des tâches ingrates d’exécution de la production et des services. C’est bien ça, n’est-ce pas?…
    Cela est d’autant plus vrai qu’on ne peut que constater qu’une clientèle un minimum solvable est une solution sociale d’une qualité et d’une quantité sans pareille. Les autres « acrobaties politiques » qui produisent des montagnes de paperasses pour avoir des aides sociales ne sont que des solutions précaires, n’évitant nullement les naufrages. Rien que ce qui arrive actuellement en « Europe » parle de lui-même, jusqu’aux États eux-mêmes, achetés, qui ont secouru les banques et abandonné les sociétés. En Europe, les Espagnols et les Portugais (au moins) ont, je crois, enfin compris.
    Quand je voyais il y a encore peu d’années ces brillants imbéciles du marketing « mondialisé », qui retardaient déjà de 50 ans au moins, en ne comprenant pas ce b-a-ba qu’à la longue, malgré les gains de productivité, le nombre ce clients solvables allait forcément diminuer, j’étais sûr que les faits à venir me donneraient raison. De ce point de vue-là, je ne suis pas déçu.

    1. Le revenu est une des raisons pour rechercher du travail quand on est au chômage; mais il y a d’autres raisons liés à notre culture qui nous a conduit à considérer le travail comme une contribution à la société dans laquelle nous vivons, phénomène très bien analysé par Dominique Méda dans de nombreux ouvrages consacrés à diverses approches du thème du travail.

      Certains de mes anciens collègues de travail à IBM se sont retrouvés un peu rapidement hors du monde du travail suite à divers plans de mises en disponibilité (dispensés de travail) ou de préretraites, dans des conditions financières pourtant assez voir même très favorables, leur assurant un revenu confortable. Plusieurs d’entre eux ont été déprimés, se sentant tout d’un coup inutiles en ne contribuant plus à l’activité sociale au travers de leur entreprise. …

      Souvent il s’agissait de personnes qui avaient consacré leurs vies à leur travail, au demeurant souvent assez satisfaisant, outre le revenu qu’ils en tiraient. Se retrouvant sans activité professionnelle ils se sont sentis mal de ne plus contribuer à la société. Cela d’autant plus que peu d’entre eux n’avaient d’activités associatives ou créatives…

      La question des revenus diverses idées ont été proposées par de nombreux auteurs. j’ai cité le livre de Martin Ford (disponible gratuitement) « The lights in the Tunnel » qui montre les effets néfastes de l’automatisation de plus en plus poussée des processus industriels, lesquels conduisent à une croissance sans reprise de l’emploi suite à l’augmentation de la productivité horaire, mais aussi à une baisse de la demande de biens et de services car les emplois perdus sont autant de moins de revenus disponibles…
      Voir l’article de la revue « The Economist »: America’s jobless recovery. Not again
      « La reprise américaine sans création d’emplois, oh non pas encore une fois »
      http://www.economist.com/blogs/freeexchange/2011/06/americas-jobless-recovery&fsrc=nwl

      Martin Ford , pourtant un entrepreneur dans la High Tech en Californie propose la création de taxes spéciales sur les machines qui suppriment des emplois, afin de financer des allocations décentes aux travailleurs évincés de leurs emplois.
      Il semblerait que la plus grande résistance à cette idée vienne de moralisateurs avec des idéologies centrées sur la fonction « salvatrice » du travail et la catastrophe morale de l’oisiveté…
      Martin Ford a aussi envisagé l’idée que j’ai développée en début de ce message : il y a dans le travail une autre dimension que l’obtention de revenus, qui est celle de se sentir membre d’une société à laquelle on contribue par son travail. Dans son livre il envisage des incitations à la participation à des activités sociales dans le domaine de la solidarité, fusse même au niveau de l’animation de clubs sportifs pour les jeunes ou même pour des retraités.
      Comme Dominique Méda, il considère que nous devrions repenser le sens du travail et de ce que veut dire être membre d’une société à part entière… Dominique Meda aborde ce sujet par un autre côté en analysant le concept de PIB, concept qui ne prend en compte que les activités marchandes, oubliant toutes les activités pourtant socialement utiles des diverses associations ou des personnes dites inactives qui contribuent par de nombreuses activités à la vie sociale… Petit exemple bien des jeunes parents seraient bien à la peine pour conserver leur emploi si les grands parents n’allaient pas attendre les petits enfants à la sortie de l’école ou ne s’occupaient pas d’eux les jours sans école… ET je ne compte pas le rôle joué par les grands parents dans l’acquisition de nombre de connaissances qu’ils et elles transmettent à leurs petits enfants…

      Pour les lecteurs en anglais voici où trouver gratuitement au format PDF le livre de Martin Ford:
      http://www.thelightsinthetunnel.com/

      Sur le rôle du travail dans l’épanouissement personnel outre le revenu qu’il procure, on peut également lire un livre au titre étonnant: l’éloge du Carburateur, aussi écrit par un américain mais traduit en français.
      L’auteur, un businessman ayant fort bien réussi suite à des études universitaires avancées, a éprouvé le besoin d’avoir un travail dont il puisse voir le résultat à la fin de la journée: il a utilisé ses économies pour acheter un petit garage et y installer une échoppe de réparation de motos… Là, à la fin de la journée, il pouvait voir le résultat de son travail. Il fait remarquer que cette satisfaction trouvée dans le travail manuel suppose une intense activité intellectuelle dont il regrette que les programmes scolaires se soient désintéressés, entre autre en fermant de plus en plus d’atelier pratiques dans des lycées d’enseignement général, vendant les équipements pour acheter des micros-ordinateurs sous prétexte que la société du futur serait une société de l’information…
      Il explique aussi que bien des jobs manuels sont peu facilement dé-localisables et pour le moment non encore remplaçables par des robots…
      Il parle de l’erreur d’une orientation professionnelle liée à l’échec dans les disciplines intellectuelles. Or pour faire un travail manuel, il faut savoir réfléchir avant d’agir…

      Les amateurs de bricolage qui participent à ce blog vérifient cela très souvent…

      Bien à vous.

      Paul

  3. À propos des déconvenues vécues par ceux qui espéraient quelque chose de neuf d’Obama, dont vous faites état personnellement dans un de vos derniers Le temps qu’il fait..

    Presque tout le monde ici connaît, je le suppose, le nom de Howard ZINN, décédé l’an passé. Cet historien américain a réécrit l’histoire de son pays depuis 1492 du point de vue des couches sociales défavorisées ou sans droits, en commençant par ceux qu’on appelait « Indiens » quand on daignait les nommer, et dont la présence n’empêchait pas de considérer des territoires comme vides et à saisir. Son ouvrage Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours a reçu le prix des Amis du Monde diplomatique et a été vendu à plus d’un million d’exemplaires aux Etats-Unis. C’est à mes yeux un des rares textes pour l’île déserte, ou plus exactement un des rares livres-phare à ne pas perdre de vue dans les tourmentes, les aspirations, les rêves et les illusions du temps court humain, tant humain.

    Zinn a publié Folie électorale (à l’américaine) avant l’élection d’Obama.
    Voici sa présentation de l’ouvrage:

    Le Parti Démocrate n’a rompu avec son conservatisme historique, sa complaisance envers les riches, sa prédilection pour la guerre que quand il a rencontré en face de lui la rébellion d’en bas, comme dans les années 30 et 60.

    Nous ne devons pas nous attendre à ce qu’une victoire dans les urnes en novembre commence à libérer le pays de ses deux maladies fondamentales : l’avidité du capitalisme et le militarisme.

    C’est pour cela que nous devons nous libérer de la folie électorale qui emporte toute la société, y compris la gauche.

      1. Oui je conseille aussi le livre d’Howard Zinn, mais il faut avoir le coeur bien accroché. Cette histoire des Etats-Unis n’est qu’une succession de tueries, massacres, mensonges, envahissements de pays étrangers, …. Tout ça au nom de la liberté, de la démocratie, des armes de destruction massive et autres balivernes. On est pas du tout habitués à regarder l’histoire sous cet angle (sauf peut-être les lecteurs de Chomsky) et on en reste un peu KO.

  4. Paul, bonjour,
    Là, on retrouve le Belge et ses souvenirs. J’aime.
    J’ignorais vos épisodes historiques avec Hugues Lepaige et Jespers .
    Je reprenais encore tout récemment un de ses vieux textes « L’image ment »comme je parlais des médias et de ses démêlées avec Mitterand. http://vanrinsg.hautetfort.com/archive/2005/11/13/media-presse-toi.html
    La RTBF, je la suis depuis longtemps.
    Comme les choses progresse, je reprenais la situation aujourd’hui dans le 2ème volet
    http://vanrinsg.hautetfort.com/archive/2011/05/11/media-presse-toi-doucement-et-surtout-intelligemment-2.html
    Pour le reste, je reviendrai…

  5. le bruit du gong à 11 mn 53 ne vous arrête pas dans vos propos, mais déjà le tocsin sonne le glas et la surveillance généralisée laissera vigneron aux commandes des commentaires à taire, et karluss atterré restera censuré… KO debout, après un combat de 11mn53…
    nous sommes dans une société de contrôles, le contrôle légifère et légitime tout ; un con de troll ne peut plus s’exprimer !

  6. Rebonjour,

    « Guerre civile numérique ».
    Vous vous souvenez d’une chanson de Nino Ferrer « Le sud »
    http://www.dailymotion.com/video/x4da8r_nino-ferrer-le-sud_music
    Je ne vais pas jusqu’à dire qu’il en est mort, mais quand on cherche dans le sud ce qu’on a pas chez soi, il y a des risques de ne jamais s’en sortir.
    Je suis plus au sud que là où vous êtes.
    Là, pas de soucis de sècheresse, alors que dans le Nord, c’est presque le désastre du côté agriculture.
    Guerre civil numérique, dites-vous.
    Où est le lien avec ce qu’on appelle réellement numérique ?
    Oui, Internet est une suite, mais rien à voir avec les chiffres arabes et tout ce qui en découlé.
    Amalgame donc,
    Il y a en effet, une insurrection, un nouveau mai 68 qui se passe par l’intermédiaire d’Internet.
    « donnez une once de pouvoir à quelqu’un et le risque est grand qu’il l’utilise à son profit jusqu’à devenir un dictateur sanguinaire. Donnez un brin de parole à quelqu’un et le risque est grand qu’il ne tienne le crachoir jusqu’à devenir un orateur stérile. » une vieille citation qui doit vous rappeler quelque chose.
    Un article de hier : « La démocratie représentative est morte, vive la démocratie »
    http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/la-democratie-representative-est-95295
    Alors, tous au pouvoir, imaginons.
    Comme on a dit avant, « interdire d’interdire ».
    « Le temps des cerises », yes, Sir.
    Facile à dire. On invente plus rien, on pédale dans la semoule et au diable le reste.
    Car il y a un reste.
    Même pour les cerises, il faut les cueillir. Il y a une technique et je ne m’aventurerais pas les yeux fermés.
    Dans le jardin, avec les enfants….
    Le jardin, perso, ne m’a jamais intéressé.
    Les enfants, j’en ai pas.Tous ne peuvent en avoir. Nous serions encore plus nombreux dans l’avenir s’il n’y avait pas de ralentisseurs surtout que l’avenir n’est pas assuré.
    Réagir… Encore , yes.
    Cela demande du courage, de la persévérance.
    Vous avez une once de reconnaissance, la population, la masse, non.
    Je pourrais faire ce que vous dites, m’en foutre.
    Le message à donner aux suivants, n’est justement pas de rétrograder.
    On ne veut pas des constatations, on veut des solutions, des corrections.
    Dominateurs et dominés, cela existe dans tout le règne du vivant.
    Cela suit le darwinisme qui cherche le plus viable, le plus productif, le plus rentable pour les générations suivantes.
    « Personne ne sait ce qu’il va se passer. »
    En fait, voudriez-vous vraiment le savoir ?
    Il y a une seule certitude, c’est qu’il y a une fin à tout et un relais qui suit.
    Inventer, tester, corriger, analyser, canaliser, sont des boucles sans fin.
    La Science elle-même se remet en question en permanence.

    Einstein et sa théorie, du balais, quand on lit le Science et Vie du mois.
    Le même journal tirait 6 conclusions à tirer de Fukushima.
    Bombard, disait « il n’y a que l’impossible qui arrive toujours ».
    Je me destinais à la Chimie nucléaire, mais pas celle de la fission que depuis, le début je savais la plus mauvaise, la plus risquée, mais la plus rapide à installer.
    Les gourous de la finance, là, laissez moi rire. Je ne vais pas chercher le nombre d’articles que j’ai écrit sur le sujet.

  7. Corrélation entre les prix et les revenus : exemple frappant : l’immobilier locatif. Benoist Apparu nous affirme que l’on ne peut rêver d’une limitation autoritaire des loyers. Cela fut fait en 1948, d’où les loyers du même nom ! Et pourquoi pas maintenant ? Parce que…Hein ? Quoi ? On n’ a pas bien compris…Vous voyez tous ces reportages avec ces employés de Carrefour payés 1000 / 1100 euros par mois. On peut s’offrir quoi avec ça ? Même à deux ? C’est tout juste hein. En plus les proprios veulent des garanties pas possibles. Pires que pour un crédit ! C’est un comble 🙂
    Enfin, je dis ça…L’autre jour je lis un commentaire banal : le logement fait partie de ces données économiques sans lesquelles il est très difficile d’envisager joliment l’avenir. Sauf si on a 13 ans. Là c’est drôle de vivre dans 10 M2. Clair. Le gouvernement en profite pour ne pas réagir. Comme la SNCF qui ne rembourse plus en cas de retard de 40 mn car il y a « affluence de voyageurs » (train sous dimensionné en fait). Facile, facile. On paye, toujours plus cher et on voyage debout avec des touristes incrédules (i saw that in India !). Bref la France tire sur le bouchon. Gare aux accès d’énervement assez légitimes, non ? J’attends vos réactions.

  8. Monsieur Jorion,

    J’accepte volontiers que les experts ne peuvent que se répéter dans leurs erreurs surtout en finance et dans le nucléaire. Je pense que cette idée peut être généralisée à d’autres domaines. Je vous imagine d’accord avec l’idée que la réalité et la vérité ont été inventée. Elle s’applique aux experts dans le sens que leur expertise est une construction, une invention d’un bout à l’autre. Cela va les enfermer dans une seule solution ou une seule catégorie de solutions. Le travail qu’ils devraient fournir pour se remettre en cause est herculéen.

    Je maintiens mon idée de difficulté de laisser les non-experts traiter de la question.

    Je pense même qu’il est nécessaire que des non-experts se mêlent de ces questions. Surtout si, comme dans le cas de la finance, les experts me font les poches, m’appauvrissent, me précarisent. Pour le cas du nucléaire, ce choix met carrément ma vie en danger. Le principe de me mêler de ces questions est bon.

    Ce qui m’ennuie est que je ne vois pas du tout ce qui permettra aux non experts d’avoir une discussion sereine. Elle exige selon moi la possibilité de faire des erreurs, de revoir sa position, de reconnaître une information comme vraie, d’affirmer et de défendre un point de vue personnel. Ce ne sont que quelques conditions à remplir. Cette liste n’est pas exhaustive. Elle ne peut pas être remplie dans un monde de rapports de forces et des dégâts de cette vision du monde.

    Par exemple, je vois toujours ce type m’expliquer qu’un de ses copains s’est mit à voler car il a été trop souvent volé pour continuer à rester honnête.

    Je ne vois pas du tout ce qui va guider nos choix de solutions. Ce ne sera pas la morale des affaires (Ce qui rapporte est bien et ce qui coûte est mal). Elle est très active dans ma vie à chaque achat et à chaque travail. Ce ne sera pas la liberté (le droit de faire ce que je veux tant que je ne blesse personne). Elle s’oppose à la construction d’une idée commune à déjà deux personnes. Ce ne sera pas la science. Si nous l’avions, nous serions des experts. En plus, je ne vois pas ce que la science permet de dire sur le bien fourni par un produit financier. Ce ne sera pas la politique. Elle est devenue art de la manipulation, du marketing, de la vente d’une personne. Ce n’est plus l’art de vivre ensemble. C’est cette absence d’art de vivre ensemble qui m’inquiète.

    Tant que ce problème ne sera pas résolu, nous, les non-experts auront les pires difficultés pour nous entendre, nous informer mutuellement, arriver à un accord et sans nous battre les uns contre les autres.

    Pourtant notre société tourne. Votre idée du contingent et du nécessaire est une très jolie piste pour comprendre pourquoi.

    Toute personne tant soit peu raisonnable va toujours accepter le nécessaire. L’expert devient ici un personnage fabuleux. Il sait créer du nécessaire. Sa science lui permet de transformer les contingences en un schéma rationnel. Dans ce cadre, des lois nécessaires peuvent être formulées. Il n’y a plus de décision à prendre, juste des lois indiquant ce qui est à faire ou le prix à payer si ces lois ne sont pas respectées. La politique devient un algorithme à appliquer.

    Il faut protéger cet algorithme. Ce sera soit la complexité de la science en cours (tellement long à saisir que plus personne n’en discute les bases), la rationalisation par un think-tank (la qualité du discours et la confiance avec laquelle il est dit va servir à le fonder et le rendre inattaquable), l’attaque personnelle de toute personne capable de répondre (se taper la bonne de l’hôtel), la campagne de soutien à une idée (Selon Huxley, un mensonge répété 10 000 fois est une vérité) et j’en oublie. Je me demande si toute l’industrie actuelle de la communication n’est pas une protection de l’algorithme des experts.

    J’ai pu lire un texte comme « Le Secret de la Grande Pyramide » comme un texte cohérent, intelligent, etc… J’ai pu écouter des personnes affirmer que la publicité est une source d’informations. J’ai pu voir les humains se faire ramener à l’homo oeconomicus. L’expertise n’a pas de limites.

    Elle a une force immense. Elle est cohérente avec elle-même, se prête merveilleusement au discours rationnel, permet d’attaquer tout point de vue contradictoire avec un discours prédigéré.

    En face, il y a des questions, des hésitations, des impressions, des observations empiriques de taille fort limitée, des bribes d’informations correctes, des visions très partielles de la question. Il y a des limites de toutes sortes en face.

    Il y a des personnes ne se comprenant pas vraiment ou pas toujours capables de s’écouter. Il y a des personnes qui croient que des excuses sont une marque de faiblesse. Il y a des personnes qui ne supportent pas d’avoir tort (j’ai de la peine avec ça). Il y a des expériences quasiment intransmissibles. Il y a des personnes pour qui leur idée doit prévaloir.

    L’approche cartésienne de la réalité est aussi un problème. Elle exige que nous divisions le problème jusqu’à ce qu’il soit compréhensible, puis que nous reconstruisions tout le truc. Quand elle marche, elle exige de très longues études et recherches et donc l’expertise et on se retrouve à la case départ.

    Nous avons d’un côté un truc qui s’impose par sa complexité et notre sentiment d’impuissance associé. De l’autre, nous avons des gens aux idées vagues ou alors divergentes élevés dans l’idée que l’affrontement permet de décider quelle est la bonne idée. C’est-à-dire un groupe uni d’un côté, sûr de son bon droit (car scientifique, rationnel, etc…) et de l’autre des gens plus ou moins isolés ou alors divisés entre eux car ne disposant pas d’un critère de vérité ou de reconnaissance de la réalité partagé par tous. Pire, ils sont élevés dans l’idée que le rapport de forces est la solution. C’est aussi l’avis des experts.

    Votre idée mène donc à un affrontement général d’où une solution simple va surgir. Si cette solution résout le problème posé est un aspect fort secondaire de sa valeur. Cette solution donne la victoire dans les affrontements. Je pense ici au Tea Party qui a des solutions aux problèmes des USA. Ce ne sont pas des experts. Ce que je connais de leurs solutions me fait frémir. Un exemple de non expertise est le programme « Medicare ». Des électeurs ont voté républicain pour éviter que ce programme tombe sous la coupe du gouvernement US. Petit détail, ce programme est gouvernemental.

    Comment traiter ce genre d’erreurs ?

  9. Sur la loi de 48 sur les loyers, une précision s’impose. Cette loi est l’exact contraire de ce qui se dit ou s’écrit à son sujet. Les loyers étaient bloqués depuis la guerre de 14 18 ce qui eu pour conséquence d’avoir des propriétaires qui ne pouvaient plus entretenir leurs biens. Le gouvernement a fait alors voté en 48 la loi Leloucheur dont le système prévoyait une augmentation annuelle des loyers pour que son rapport au quintal de blé retrouve celui de 1918. Las, il était prévu (funeste erreur!) un décret gouvernemental annuel pour fixer l’augmentation. Aucun gouvernement n’a eu le courage d’en signer un.
    Alors, blocage ou pas blocage ? Je ne sais mais ne faisons pas dire n’importe quoi à l’histoire.

  10. Sur la division en trois catégories (capitalistes (= rentiers), managers, salariés),
    un des derniers post de Krugman reprend ce thème pour expliquer à quoi tiennent (sans le dire ouvertement) les gens de droite aux US : la rente.

    Merci Paul de nous avoir fourni cette grille d’analyse d’allure simple mais fertile en conséquences.

    1. @timiota,

      pourtant dans cet article ce n’est pas cette grille de lecture en trois catégories que reprend Krugman :

      everything we’re seeing makes sense if you think of the right as representing the interests of rentiers, of creditors who have claims from the past – bonds, loans, cash – as opposed to people actually trying to make a living through producing stuff. Deflation is hell for workers and business owners, but it’s heaven for creditors.

      1. rentiers = créanciers (obligations, prêts, cash)
      2. gens qui gagnent leur vie en produisant quelque chose = actionnaires et travailleurs

      La déflation c’est l’enfer pour les actionnaires et les travailleurs, le paradis pour les créanciers

      1. En effet, j’ai raconté « dans le sens du poil ».
        Mais notez que « business owners » c’est un peu ambigu, au-delà du sujet du post de PK, ca me semble décrire tout ceux qui ont intérêt à produire, donc cela recoupe les managers. Les actionnaires, ils ont des moyens détournés de presser le citron, ils sont assis sur la volatilité des restructurations d’entreprises, comptent-ils vraiment sur la valeur ajoutée réinvestissable et génératrice d’emploi ?

Les commentaires sont fermés.