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L’actualité de la crise : démonstration par l’absurde, par François Leclerc

Billet invité.

DEMONSTRATION PAR L’ABSURDE

On pouvait encore s’interroger, il y a quelques jours, sur la démonstration que les gouvernements européens étaient en train de nous faire. Ce n’est plus le cas, deux jours seulement après qu’ils sont parvenus à un accord timidement présenté comme assurant leur maîtrise retrouvée de la crise.

Ils pensaient pouvoir s’appuyer sur les marchés réclamant la réduction à marche forcée des déficits publics pour retrouver le chemin vertueux d’un pacte de stabilité rompu par presque tous, forcés et contraints par la crise, et préserver ainsi l’euro ainsi qu’une construction inachevée de l’Europe. Ils croyaient aussi que l’épreuve serait dure, faite de rigueur, d’austérité et de sacrifices, mais qu’ils parviendraient à l’imposer à force de résignation en se servant comme levier du cas de la Grèce, qu’il fallait faire plier pour l’exemple. En fait, tout comme les financiers, ils ne voulaient rien changer.

A ce jour, ils ne sont parvenus qu’à faire preuve de leur légèreté et de leur sous-estimation de la situation, de leur incapacité à y faire face, sauf en utilisant un expédient. Or la crise européenne va inévitablement rebondir, sans que l’on sache quel est l’indice qui va le mieux l’annoncer, aucun n’étant de bon augure.

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L’actualité de la crise: les Grecs otages de la dette européenne, par François Leclerc

Billet invité.

LES GRECS OTAGES DE LA DETTE EUROPEENNE

Dans l’attente de la fin annoncée comme très proche des négociations d’Athènes à propos du plan de sauvetage, le Financial Times a bénéficié de fuites sur les engagements que le gouvernement grec serait en train de discuter. Et déjà montent les interrogations sur la capacité de ce dernier à les tenir.

24 milliards d’euros de réduction du déficit sont prévus en trois ans. Parmi les principales mesures sociales figureraient une augmentation de la TVA de 2 à 3 points, le gel des salaires et des recrutements dans le secteur public, la réduction des 13ème et 14ème mois de salaire ainsi que l’adoption pour le départ à la retraite de l’âge de 67 ans, le gel des retraites dans le secteur public.  Dans ces conditions, le prochain test ne sera ni celui de la bourse, ni celui du marché obligataire, mais bien celui de la protestation sociale.

Des commentateurs, tel Nouriel Roubini, considèrent que ce plan n’est pas le bon et qu’il aurait fallu, de prime abord, procéder à une décote négociée de la dette grecque, afin de rendre possible le rétablissement de la situation. Son papier est intitulé: « la crise va s’étendre faute d’un plan B ». Il avait déjà été relevé que le taux d’environ 5% consenti pour les prêts bilatéraux des Etats le rendait périlleux. Tout se passe comme si les arbitrages péniblement effectués par les gouvernements européens, afin de mettre au point leur plan, résultaient de choix politiques et ne reposaient pas sur une hypothèse réaliste. L’idée étant, comme toujours, de gagner du temps.

La seule démonstration que ce plan va faire, c’est qu’il n’a pas d’avenir.

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L’actualité de la crise: la quadrature de la dette, par François Leclerc

Billet invité.

LA QUADRATURE DE LA DETTE

La crise européenne – puisque l’on ne dit plus grecque – illustre l’impasse générale dans laquelle se trouve celle de la dette publique occidentale dans son ensemble. Et, pour faire bonne mesure, celle de la dette privée aussi, leurs sorts étant liés. Car, si les projecteurs sont aujourd’hui braqués sur la première, la seconde n’en est pas moins toujours présente et pèse lourdement sur la situation. La situation resserrée du crédit bancaire, relevée par la BCE, est là pour le démontrer, qui contribue aux tendances déflationnistes enregistrées.

Certes, la dette publique européenne a des particularités. Pas seulement parce qu’elle est partagée par plusieurs Etats au sein d’une zone monétaire unique dont la construction est incomplète, comme le relèvent souvent les observateurs, par opposition aux ensembles intégrés que constituent les deux plus importants débiteurs mondiaux, les Etats-Unis et le Japon. Mais également parce qu’elle est pour l’essentiel détenue en son sein même, à l’instar du Japon mais à la différence des Etats-Unis, ce qui rend la situation infiniment plus complexe.

Ce qui est actuellement en discussion, au-delà du sauvetage de la Grèce, c’est la possibilité de stopper l’effet domino qui est redouté au sein de la zone euro. Une crainte appuyée par le fait qu’il a été clairement observé que l’épidémie se propage non seulement sur le terrain propice de la dette souveraine, de pays à pays, mais également via le tissu bancaire, pouvant atteindre ainsi directement non seulement les pays les plus faibles mais également les plus puissants, via leurs mégabanques. Cette constatation alarmante, et sous-estimée, alimente les commentaires qui tournent tous autour de la même idée : il faut faire très vite quelque chose pour éviter cette contagion, car le plan destiné à la Grèce ne pourra pas être reconduit, s’il est nécessaire de sauver d’autres pays.

Aujourd’hui, le paroxysme de la crise dépassé en raison du déblocage de la situation, les bourses et les marchés respirent, les taux se détendent. Au chevet des malades – le Portugal, l’Espagne, l’Italie – les experts rivalisent de propos apaisants et trouvent mille raisons pour dire que la situation de ces derniers est toute différente de celle de la Grèce. Certes, mais est-cela qui est en cause ? Qu’est ce qui permet d’affirmer, une fois de plus, que tout est sous contrôle, vu ce que nous venons de voir ? La tension enregistrée aujourd’hui sur le marché interbancaire, sur lequel les banques se prêtent entre elles des fonds – montre bien que les leçons de la journée d’hier n’ont pas été perdues pour tout le monde : elles se défient à nouveau les unes des autres.

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L’actualité de la crise: nous y sommes!, par François Leclerc


Billet invité.

NOUS Y SOMMES !

La dynamique de la crise européenne joue désormais à plein.

Tandis que les taux obligataires continuent de grimper (dépassant pour les obligations à 10 ans le seuil de 11% dans le cas de la Grèce et celui de 5% pour le Portugal), deux autres alarmes retentissent. Les taux courts grecs (à deux ans), sont plus élevés que les taux longs, signe de la crainte que la Grèce fasse désormais défaut. Les unes après les autres, les bourses baissent brutalement, en raison de la chute des valeurs financières, c’est à dire des banques. Ceci en raison de leur exposition à la dette grecque, de leurs engagements auprès des établissements grecs, ainsi que de l’existence de filiales grecques quand elles en ont une.

Un autre aspect de la crise n’est pas encore apparu mais est menaçant : l’abaissement de la note de la dette souveraine de plusieurs pays, en cours, va avoir comme conséquence la fermeture du guichet de liquidités de la BCE pour leurs banques, ne pouvant plus donner en garantie les obligations d’Etat, les déstabilisant totalement alors et induisant un effet domino dans toute l’Europe. La crise atteint le système bancaire de plein fouet. A tel point que l’économiste en chef de Citi, Willem Buiter, a rompu son silence et vient d’expliquer dans une note publiée par le Financial Times que les pays de la zone euro n’avaient désormais plus d’autre choix que de sauver les pays attaqués par les marchés ou bien se préparer à renflouer leur système bancaire. Précisant qu’à son avis la première solution serait la moins onéreuse.

Tandis que le FMI, l’OCDE et la BCE font depuis ce mercredi matin le siège des autorités allemandes à Berlin, car le calendrier de prise de décision qui était hier encore envisagé n’est plus tenable, la convocation d’une réunion des chefs d’Etat se précise : pour l’instant Herman Van Rompuy, président en exercice du Conseil Européen, évoque la date du 10 mai. Visionnaire mais un peu décalé, Nicolas Sarkozy vient pour sa part de commencer sa visite en Chine, accompagné de son épouse, afin de préparer « un nouvel ordre monétaire multipolaire »…ainsi que sa présidence à venir du G20.

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L’actualité de la crise: un manège qui tourne à vide (partie III et fin), par François Leclerc

Billet invité.

UN MANEGE QUI TOURNE A VIDE (partie III et fin)

L’édifice de la régulation financière repose sur une idée toute simple, tandis que sa mise en oeuvre ne l’est par contre pas du tout : les crises sont inévitables (certains disent même qu’elles sont nécessaires), mais il faut éviter leur débordement incontrôlé, le désormais fameux risque systémique. En d’autres termes, ne pas s’attaquer aux racines mêmes de la crise, mais s’efforcer d’en circonscrire à l’avenir les effets, saupoudrant quelques mesures préventives pour la forme, pour se concentrer sur des actions curatives. Celles-ci sont aujourd’hui l’objet de débats aussi serrés que le sont ceux qui se déroulent à propos de Bâle III.

Devant l’ampleur des dégâts et des réactions de l’opinion publique qui s’en suivirent, il a été ajouté un volet à ce concept passablement défaitiste, afin d’accréditer la promesse que les futurs naufrages du système financier n’impliqueront pas à nouveau l’utilisation des fonds publics. A cette occasion, on a découvert qu’un redoutable aléa moral planait au-dessus de nos têtes et qu’il convenait de le domestiquer pour s’en prémunir. Un danger pour lequel cette anodine expression a été préférée à celle d’appel au meurtre, lorsque celui-ci est impuni d’avance. Un nouveau gang appelé les TBTF (too big to fail – trop gros pour faire faillite) étant suspecté de se préparer à le commettre.

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L’actualité de la crise: Grèce, un passage à l’acte difficile, par François Leclerc

Billet invité.

GRECE, UN PASSAGE A L’ACTE DIFFICILE

L’activation du plan de sauvetage européen de la Grèce rencontre à nouveaux des obstacles, soigneusement tenus confidentiels pour l’instant. Le gouvernement grec gagne du temps et, tout en préparant avec le FMI et les Européens la mise en oeuvre du plan, se garde de formellement la demander. Jörg Armussen, secrétaire d’Etat allemand aux finances vient de réaffirmer qu’« une décision unanime de la zone euro au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement » était préalablement nécessaire.

Les Allemands freinent des quatre fers. Le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, n’ayant semble-t-il pas rejoint la conférence de ses pairs de la zone euro à Madrid. Les Grecs en ont tiré les conséquences et viennent d’annoncer le lancement d’une nouvelle émission obligataire de 1,5 milliards d’euros sur 13 semaines, afin de voir venir. Ils ont confirmé l’organisation de leur « road show » américain pour lever des dollars à la fin du mois, utilisant des bouts de ficelle pour ne pas faire défaut.

Depuis Madrid, Jean-Claude Junker tente d’amuser la galerie pour faire patienter. En déclarant que « il n’y a rien à ajouter à ce qui a été décidé dimanche sur la Grèce », il a signifié on ne peut plus clairement qu’il ne pouvait rien dire, se réfugiant derrière les « travaux préparatoires dans les Etats membres de la zone (qui) avancent à une allure satisfaisante, tout comme d’ailleurs les discussions avec le Fonds monétaire international, qui portent sur le programme d’assistance commun ».

Comme si ces difficultés de dernière heure ne suffisaient pas, les responsables européens s’efforcent de rassurer les marchés en évoquant la situation du Portugal, dont ils craignent qu’il ne soit la prochaine victime. Jean-Claude Junker a insisté pour dire qu’il était « sur la bonne voie », même si la Commission de Bruxelles l’encourage à faire plus.  Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques a considéré que « le programme portugais est ambitieux et assez concret », mais a reconnu des « risques liés au très court terme ». Il a ajouté : « D’après ce que je comprends, le gouvernement portugais comprend parfaitement la situation et est prêt à adopter de nouvelles mesures additionnelles si nécessaire, si le risque se matérialise ». Jean-Claude Trichet, président de la BCE, a de son côté cherché à noyer le poisson, ajoutant : « Nous insistons toujours sur cela (…) et pas particulièrement pour le Portugal ».

Sommes nous revenus à l’un de ces anciens scénarios qui voulaient que les crises européennes se dénouaient au petit matin à Bruxelles par des compromis adoptés de guerre lasse par des ministres écroulés de fatigue ? Ou bien à un rebondissement de la crise amenant le FMI à intervenir plus largement ?

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L’actualité de la crise: le pari stupide de la rigueur, par François Leclerc

Billet invité

LE PARI STUPIDE DE LA RIGUEUR

De réunion en réunion, les gouvernements de la zone euro ne sont toujours pas parvenus à lever le veto de l’Allemagne, dont l’objectif est de pousser la Grèce dans les bras du FMI, afin de ne pas être financièrement impliqué dans son sauvetage, et de défendre ce que l’on commence à appeler le deutscheuro.

Une téléconférence de l’Eurogroup doit avoir lieu ce dimanche à 14 heures, sans attendre la réunion des ministres du week-end prochain de Madrid, la situation réclamant qu’une décision soit prise sans tarder. C’est sans doute la réunion de la dernière chance, la Grèce n’ayant ensuite plus comme issue que de demander tôt ou tard l’intervention du FMI, dont les experts sont déjà à pied d’oeuvre.

Cette gestion calamiteuse de la première crise de la dette publique augure très mal de celles qui vont suivre. En Europe pour commencer. L’heure n’est plus à déplorer l’impéritie dont les gouvernements font preuve ou bien de tenter de décrypter leurs calculs. Peu importe, car le fait est là : la Grèce va être pour les Etats le signal que Lehman Brothers a été pour les banques, aussi résolument même si son effet va être plus progressif. L’affaire ne peut pas et ne va pas en rester là. De premiers Etats, les plus vulnérables, vont rejoindre les banques dans un même statut de sinistré. « Dans quoi nous entraînent-ils ? quelle démonstration veulent-ils faire? », nous commençons à la comprendre.

Si la crise grecque a mis en évidence une chose, c’est que l’effet domino (on dit systémique maintenant) est susceptible de fonctionner en Europe, non pas selon un seul mécanisme mais avec la combinaison de deux : une brutale et incontrôlable hausse des taux obligataires atteignant un nouveau pays – la liste des pré-sélectionnés est connue – les banques pouvant ensuite vite répandre le mal, comme le cas de la Grèce le montre en ce moment. Car les grandes banques européennes sont gavées d’obligations d’Etats, et un plan global de restructuration de la dette qui interviendrait à la faveur de la crise d’un pays européen, avec réduction de peine à la clé, pourrait générer en retour un rude choc pour certaines. Confirmation du fait que les secousses successives de la crise – dégonflement brutal puis très lent de la dette privée, gonflement irrésistible de la dette publique – influent l’une sur l’autre, ce qui n’arrange rien.

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L’actualité de la crise: l’épreuve du feu, par François Leclerc

Billet invité.

L’EPREUVE DU FEU

La Grèce devrait, au cours de la semaine qui vient, lancer un emprunt de 5 milliards d’euros sur les marchés. Le taux de l’obligation grecque à 10 ans s’étant détendu vendredi, à 6,193% contre 6,246% la veille, la question est posée : quel taux va devoir être consenti à cette occasion ? Cela va être sans tarder l’épreuve du feu pour l’accord financier des 16 de la zone euro. Dans le cas ou cette annonce ne serait qu’un ballon d’essai, l’objectif poursuivi par le gouvernement grec serait le même: mettre au pied du mur ses partenaires de la zone euro.

Les rendements restant à un niveau proche, va-t-il alors être considéré par les 15 autres pays membres de la zone euro que ces conditions financières justifient (ou non) l’activation du plan de soutien financier adopté en fin de semaine, afin que la Grèce ne soit pas à nouveau dans l’obligation de faire appel aux marchés ? L’ambiguïté qui a présidé à l’accord de compromis à propos de ce plan va devoir alors être levée, avant tout du côté allemand, risquant de faire l’objet d’une bataille d’interprétation sur le sens (dans le texte anglais) de « insufficient market financing » (conditions de marchés insuffisantes)…

A vrai dire, une autre divergence d’interprétation de l’accord est immédiatement apparue, à peine était-il signé, à l’occasion de la traduction par l’anglais « governance » du français « gouvernement » figurant dans le texte de l’accord. Joliment qualifié par le président de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, de « traduction asymétrique », cet écart sémantique est lourd de conséquences quant à la portée de ce qui a été par ailleurs qualifié, plus modestement, de « coordination économique » européenne.

Les diplomates, comme chacun sait, sont plus à cheval sur les mots que sur les principes, bien qu’ils se drapent volontiers dedans ! Les politiques, eux, savent les solliciter afin de valoriser leur rôle et revendiquer leurs victoires.

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L’actualité de la crise: un sauvetage qui n’augure rien de bon, par François Leclerc

Billet invité.

UN SAUVETAGE QUI N’AUGURE RIEN DE BON

Tout le monde s’y est donc mis, ou presque, afin de conclure au finish d’interminables négociations. Un plan de sauvetage semble cette fois-ci avoir été vraiment décidé, auquel ont contribué, dans le désordre, la BCE, le FMI et des Etats de la zone euro dont on ne connaîtra la liste que lorsque le moment sera venu de passer à l’acte. Afin de laisser intact le suspens, un ultime examen de passage a encore été prévu, une adoption unanime par les pays membres de la zone euro, qui donne encore à chacun d’entre eux un droit de veto final au moment décisif.

Comment réagissaient les marchés  ? A New York, à l’annonce de l’accord, l’euro plongeait et valait 1,3277 dollar, contre 1,3315 dollar mercredi soir. Cela semble signifier que la crise de l’Euro n’est pas terminée, car celle des déficits publics ne prend pas le chemin d’être réglée devant l’ampleur et les difficultés de la tâche.

L’épisode grec a révélé de profonds désaccords entre les deux principaux partenaires de la zone euro, qui ne datent pas d’hier d’ailleurs mais d’avant même sa constitution, qui vont être aussi difficiles à résorber que vont l’être les déficits. Le chacun pour soi a, dans ces conditions, toutes les conditions de devenir la règle.

Les pays les plus faibles vont inévitablement en subir les conséquences et la question se pose sans attendre de savoir où et quand va éclater la prochaine crise. Reposant le problème d’une aide financière pour laquelle il sera difficile d’employer le schéma qui a été péniblement adopté aujourd’hui. Car il met à contribution directement les finances des Etats, ce que des émissions d’euro-obligations ou plus simplement l’octroi de garanties aurait évité.

En réalité, des problèmes identiques et commun se posent à des degrés divers à tous les pays de l’Union européenne, qu’ils soient faibles ou plus puissants, membres ou non de la zone euro. Ils s’appellent croissance anémique et risque de récession (si les mesures de relances publiques cessent), chômage accru devenu structurel, déficit des finances publiques impliquant pour les résorber des coupes budgétaires aux lourdes conséquences sociales, montée des taux obligataires rendant l’équation encore plus difficile à résoudre.

La première puissance exportatrice mondiale va elle aussi subir le contre-coup de la crise européenne, puisqu’elle y réalise plus des trois quarts de ses affaires. Toute l’Europe est confrontée à une même et simple question : quel peut être le moteur d’un renouveau économique (pour ne pas parler de croissance), ayant comme préoccupation de résorber le chômage et de relancer la consommation ?

Les mots ne vont être d’aucun secours.

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L’actualité de la crise, des « cost-killers » à l’européenne, par François Leclerc

Billet invité.

DES « COST-KILLERS » A L’EUROPEENNE

Dans l’attente du sommet européen qui débutera demain jeudi, et qui sera éventuellement précédé par une réunion des 16 (l’eurozone) convoquée à la toute dernière minute à la demande des Espagnols et des Français, les négociations se poursuivent dans les couloirs à propos de l’aide financière à apporter à la Grèce.

Alors que la note du Portugal vient d’être abaissée par l’agence Fitch – signe précurseur d’une extension à d’autres pays de la crise européenne, que tout le monde craint en courbant les épaules – et que le chancelier Alistair Darling vient de rendre public un projet de budget britannique repoussant à 2011 les mesures de rigueur budgétaire, qui risque d’être plus mal accueilli par les marchés que par les électeurs. Dans le contexte d’un euro qui continue de s’enfoncer par rapport au dollar et d’une livre toujours malmenée.

Le sujet officiel initial de ce sommet – les perspectives économiques de l’Europe – est déjà totalement oublié, car une seule question est désormais présente dans tous les esprits : jusqu’où est prêt à aller le gouvernement allemand en manifestant une telle intransigeance vis à vis des Grecs ? Celle-ci est-elle principalement le reflet de ses préoccupantes échéances électorales immédiates ? Ou bien exprime-t-elle une vision construite de l’avenir ? Amenant à de plus en plus prêter à l’Allemagne, en dépit de ses dénégations, l’intention de vouloir faire cavalier seul afin de tirer son épingle du jeu, en vertu d’une sombre analyse des perspectives globales de l’économie occidentale.

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L’actualité de la crise: les Allemands à la tâche, par François Leclerc

Billet invité.

LES ALLEMANDS A LA TÂCHE

Sous les effets de la crise grecque, les événements se sont précipités depuis ce week-end au sein de la zone euro. Les Espagnols, qui assurent la présidence tournante de l’Union européenne, avaient bien tenté il y a plusieurs semaines de lancer le débat à propos d’un gouvernement économique, mais il avait tourné court. Nous y revoilà.

Il vient de rebondir sous une autre forme, à l’initiative de Wolfgang Schäuble, le ministre des finances Allemand, qui a proposé dans la presse allemande la création d’un FMI européen. Celui-ci n’a pas tardé a être appelé Fonds Monétaire Européen (FME), ce qui est aller un peu vite en besogne. « Pour la stabilité de la zone euro, nous avons besoin d’une institution qui dispose des expériences du FMI et de pouvoirs d’intervention analogues », a toutefois déclaré sans ambages le ministre.

A peine avait-il lancé l’idée qu’elle a été immédiatement soutenue dans les colonnes du Financial Times Deutschland par Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, ainsi que par Angela Merkel, puis enfin par une source gouvernementale française prudemment réfugiée dans l’anonymat, ces deux dernières manifestant toutefois une certaine retenue (le temps de voir comment tout cela va rebondir). Car il peut être remarqué que cette soudaine proposition soulève plus de questions qu’il n’a été pour l’instant été apporté de réponses, et qu’un long chemin devra être parcouru pour que soit opérationnel un tel instrument d’entraide financière au sein de la zone euro. Laissant entière la question de savoir comment répondre à d’éventuelles prochaines crises, annoncées comme possibles, en Espagne notamment.

Un élément majeur a toutefois été immédiatement mis en avant, sans que cela soit véritablement une surprise vu la paternité des Allemands sur ce projet. Il a été tout de suite été question des strictes « conditionnalités » (pour reprendre un terme du FMI) qui seraient préalablement mises à toute opération de prêt du futur FME, ainsi que de l’éventail des sévères sanctions qui pourraient être prises contre ceux qui sortiraient du droit chemin de la rigueur budgétaire (suppression de subventions européennes et retrait pendant au moins un an des droits de vote aux réunions ministérielles de l’Union européenne). Mais, pour le reste, tout est à inventer.

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L’actualité de la crise: ils tournent autour du pot, par François Leclerc

Billet invité.

ILS TOURNENT AUTOUR DU POT

Un certain suspens continue à son propos, mais les contours du plan de soutien financier franco-allemand au gouvernement grec sont désormais dévoilés dans la presse, pour une partie tout au moins. L’idée qui semble avoir été laborieusement retenue repose sur deux jambes. La première est de se préparer à faire intervenir des établissements financiers contrôlés par l’Etat (la banque KfW en Allemagne), ou formellement indépendant mais jouant son rôle de bras armé (la Caisse des dépôts et consignations en France). Et de leur accorder à cette occasion une garantie formelle de l’Etat. La deuxième est qu’ils soient prêts, si nécessaire, à souscrire au pied levé à une première émission test d’obligations grecques sur les marchés, qui devrait intervenir très prochainement, au cas où elle ne serait pas intégralement couverte.

Une partie de ce plan est cependant moins établi, car ces mêmes établissements pourraient être amenés à se financer à leur tour sur les marchés, afin d’acquérir des montants d’obligations grecques qui pourraient se révéler importants, et l’on peut penser que des jalons ont été posés auprès de certaines banques privées, qui feraient au passage de bonnes affaires. On ne manquera pas de se rappeler, à ce propos, le récent séjour à Athènes de Josef Ackerman, P-DG de Deutsche Bank, ainsi que les informations qui circulent sur la plus que substantielle et déjà acquise exposition à la dette grecque des mégabanques allemandes et françaises, qui seraient ainsi en terrain de connaissance, spécialement motivées pour contribuer à éloigner le spectre d’un défaut grec. Le rôle joué par les détenteurs de CDS sur la dette grecque étant toujours aussi trouble, par construction pourrait-on ajouter.

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L’actualité de la crise: un pot à confiture ou beaucoup puisent, par François Leclerc

Billet invité.

UN POT A CONFITURE OU BEAUCOUP PUISENT

L’affaire du swap de devises monté par Goldman Sachs au profit de la Grèce, afin de répondre aux conditions du Traité de Maastricht, fait couler pas mal d’encre. Personne n’en sort blanchi ni grandi. Ni les Etats, ni les banques, ni les institutions communautaires, au premier rang desquelles la BCE.

Il ressort en effet, d’après l’éditorial du Financial Times – ainsi que d’autres commentaires des agences ou de la presse – qu’Eurostat aurait été parfaitement au courant du swap en question, qui n’aurait pas eu de caractère illégal à l’époque, mettant à profit une faille réglementaire depuis comblée. Que la dénonciation de ce scandale, par ailleurs, est venue fort à propos pour alimenter les pressions exercées sur le gouvernement grec et braquer l’opinion publique allemande pour qu’elle s’oppose à tout sauvetage financier (la fuite a bénéficié au Spiegel, reste à trouver son origine  !).

Les dessous de cet épisode, s’ils sont un jour connus, seront sans nul doute instructifs. Ils témoigneront de l’âpreté de la partie qui est actuellement engagée, qui est loin d’être finie. Spéculations contre l’euro d’un côté – partiellement calmées pour l’instant – rigidités politiques sans avenir de l’autre, au nom d’une orthodoxie financière qui ne pourra pas être tenue. Les contradictions d’intérêt s’exacerbent entre les intervenants, quelque soit leur nature, il va être difficile de longtemps les dissimuler.

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L’actualité de la crise : La Grande Crise, par François Leclerc

Billet invité.

LA GRANDE CRISE

La crise de la dette publique va toucher les uns après les autres et sans distinctions tous les pays occidentaux, (« ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » – Jean de la Fontaine). La Grèce a eu l’honneur, dont elle se serait bien passé, d’en faire la première les frais. Les pays membres de la zone euro en sont déjà la victime, pour ne pas vouloir y faire face, succombant à la tentation de s’y dérober, et cela ne peut que se poursuivre ainsi, selon une lente et inexorable montée vers un on ne sait quoi. Quant au sort des Britanniques et des Américains, ils sont appelés à rejoindre le bal des vampires, selon de plus en plus nombreux Cassandre (jamais crue mais ayant toujours raison, selon la légende). En attendant, la crise financière, devenue économique puis politique, acquiert progressivement toute sa douloureuse dimension sociale, dans une Europe qui était encore épargnée par rapport aux Etats-Unis.

En raison de l’énormité des déficits actuels et à venir et de la politique suivie pour y faire face, nous sommes entrés – avec des variantes, mais pas davantage – dans une longue période faite d’une stagnation économique qui ne dit pas son nom et d’un surenchérissement progressif et irrésistible du marché obligataire. Celui-ci accroissant encore le coût de la dette et réduisant les marges de manoeuvre budgétaires. La croissance, condition supposée de la sortie de crise dont on ne parle d’ailleurs plus, n’a dans cet environnement aucune chance d’être au rendez-vous.

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L’actualité de la crise: l’austérité comme unique stratégie, par François Leclerc

Billet invité.

L’AUSTERITE COMME UNIQUE STRATEGIE

Dans l’attente de la réouverture lundi des marchés, afin de savoir s’ils vont ou non continuer de chatouiller la queue du diable, et de la tenue de la réunion de l’Eurogroup, dont on ne sait plus si elle va être ou non l’occasion d’annoncer des mesures effectives de soutien financier à la Grèce, réflexions et commentaires abondent et s’efforcent de prédire une suite aux événements.

Les incertitudes sont telles qu’il n’est cependant possible que de se raccrocher à une seule certitude: nous ne sommes qu’aux prémices de la crise de la dette publique, qui va être longue et sujette à de nombreux rebondissements (à la mesure de son ampleur et de ses enjeux). Que ce soit en Europe – où elle démarre – ou bien au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, qui ne seront touchés que plus tard, car ils disposent de l’arme de la création monétaire, qui atténue les effets des déficits publics. Mais qui ne perdent rien pour attendre.

Qu’il soit permis, toutefois, de faire une autocritique à propos d’un récent billet, intitulé à tort « la confusion comme unique stratégie », faisant croire qu’il n’y avait que bouillonnement là où, en réalité, il y a un projet politique, qui se confirme et se déroule pour l’instant implacablement. Non sans contradictions et ajustements au sein de la zone euro, qui sont secondaires. D’où, tel un correctif, le titre de ce présent billet.

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