LE DÉVOIEMENT DE LA DÉMOCRATIE, par François Leclerc

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La vie des professionnels de la politique va dans les mois à venir tourner autour des élections présidentielles. Un enjeu va la dominer : être présent au second tour pour l’emporter contre Marine Le Pen en ralliant les suffrages qui n’en veulent pas. Tel est le rôle de cette dernière, qui présente pour eux bien des avantages.

Lancée avant les élections régionales, qui ont fait office de prélude, la compétition va se poursuivre sur le même terrain boueux. Ce sera à qui reprendra au mieux, en se les appropriant, les thèmes sécuritaires et identitaires du Front National, qui à défaut d’avoir obtenu des présidences de région, a gagné une misérable bataille des idées. En cette matière, il est vrai, le conformisme n’est pas rêvé pour se distinguer.

La reconquête des électeurs qui votaient à gauche et se sont abstenus, ou ont voté Front National, est question accessoire pour les états-majors. Comment l’entreprendre, en effet, quand elle imposerait un changement de politique économique proprement impensable, ainsi que d’engager collectivement la réflexion sur une société nouvelle dont ils ne sont d’évidence pas porteurs ? Tout nous y invite pourtant. L’extrême-droite polarisant la campagne qui s’entame et occultant tout débat à ce propos, il n’est plus demandé aux électeurs d’adhérer à un projet en s’exprimant pour, mais à nouveau de voter contre afin de laisser agir pour le reste.

Associé aux mesures d’extension de la surveillance, nous assistons à un dévoiement de la démocratie et un enfermement des esprits, bien dans l’air qu’ils polluent des temps qui s’annoncent. La nouveauté encourageante est que c’est ressenti plus que jamais et que le rejet les atteint.

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97 réflexions sur « LE DÉVOIEMENT DE LA DÉMOCRATIE, par François Leclerc »

  1. j’ai eu l’excellente surprise de tomber sur une interview de emmanuel todd sur le site du journal fakir, quelle analyse politique deconcertante ! il parle du grand detraquage politique que nous vivons en france…et qui serait que les electeurs actuels votent pour des partis ( et transforment ces partis) qui , par le passé representaient un point de vue opposé à leurs conception habituelle de ce que doit etre (ou est) la vie en societé. Ainsi des electeurs des regions traditionnellement inegalitaires ( bretagne, sud ouest) qui sont à present les piliers du PS. Comment s’etonner alors du ‘social-liberalisme’ actuel ? La meme chose des electeurs des regions ‘traditionnellement egalitaires’ du grand bassin parisien et du midi de la france , qui votent pour des partis de droite qui ont toujours sacralisés l’idée d’inegalité parmis les hommes.
    J’ajoute l’hypothese que c’est peut-etre aussi une des raisons du taux extraordinaire de l’abstension electorale.
    Comment se resoudre à voter pour un parti ‘de coeur’ dont les pratiques et les discours vonts à l’opposé de ce qu’ historiquement ils etaient..Ne pouvant decemment voter pour le parti socialiste actuel (meme si son passé fut emancipateur ) pour contrer une droite dont je ne peux me desolidariser de l’electorat actuel ( meme si ses dirigeants sonts toujours aussi inegalitaires) je m’abstient…
    et je ne suis surement pas le seul dans ce cas ! Quelle pitié !

    1. Le problème de Todd est qu’il ne sait plus lui-même où il habite, qu’il a oublié le visage de son père comme dit l’autre, et qu’il assimile sa propre perte de re-père à un détraquage d’une société qui ne se conformerait plus à ses propres schémas théoriques. Le processus hallucinatoire toddien vire de l’hallucinant au tordant.
      Ps: j’ai pas souvenir de mon Sud-Ouest natal votant autrement qu’à gauche (Rad-Soc/PS/PC), y-compris en 65 contre de Gaulle…

      1. Une grille de lecture ne présente d’intérêt que quand elle est croisée avec une autre grille de lecture pour repérer une congruence. Là, il n’y a pas d’isométrie avec quoi que ce soit dans cette analyse car le postulat de départ est faux : le sud ouest, c’est un bastion de gauche depuis très longtemps maintenant. Les commentateurs se focalisent sur Bordeaux (ère Juppé) et Toulouse (les Baudis, puis Douste puis Moudenc), mais va expliquer dans le Gers, l’Ariège, le Tarn, etc. qu’ils sont traditionnellement de droite. Depuis les années 30 au moins, Midi-Pyrénées en tout cas est un bastion républicain de gauche. Il y a un certain nombre de facteurs qui permettent de l’expliquer : l’immigration espagnole, les taux de fonctionnaires et de diplômés supérieurs plus élevés que la moyenne nationale, l’emprise religieuse très limitée, une tradition ouvrière mineure qui a empêché l’implantation forte et durable du parti communiste favorisant plutôt la SFIO et les radicaux socialistes, etc. Le modèle « famille souche » de Todd a bien permis quelques analyses un temps, au pied des Pyrénées en tout cas, mais plus aujourd’hui.

      2. Julien, y’a eu aussi un particularisme communiste dans certaines zones, un « communisme rural » (Dordogne, Corrèze, Lot et Garonne…).

      3. Vigneron oublie pas l’un des leitmotiv de Todd en écrivant charlie, « j’ai décidé de me fâcher avec tout le monde, même mes amis »… parfois il semble logique de laisser croire que le fruit est tombé loin de l’arbre, parfois on cherche juste à faire réagir… certains préfèrent le cynisme ou l’ironie, je vois pas l’intérêt d’en faire un concours de b…

    2. Marc Lazar : «Un inventaire de la troisième voie est indispensable pour les gauches»

      Par Marc Semo – 31 août 2015 à 19:56

      L’historien, spécialiste des gauches européennes, estime que l’engouement pour le Britannique Jeremy Corbyn est symptomatique de la montée en puissance des radicaux lassés du réformisme hégémonique du début des années 2000.

      « Quel est ce bilan?
      La troisième voie mise en œuvre par Tony Blair en Grande-Bretagne et, de façon un peu différente, par Gerhard Schröder en Allemagne, a été hégémonique au début des années 2000 sur toute la gauche réformiste européenne à l’exception du PS de Lionel Jospin. Il s’agissait de moderniser les politiques publiques en y introduisant la concurrence mais aussi de réformer l’Etat-providence. La gauche acceptait la flexibilité du travail, tout en cherchant à assurer la protection des salariés, ainsi que de faciliter l’embauche des jeunes, quitte à remettre en cause certains avantages acquis. Ces réformes ont permis des transformations réelles mais les inégalités sociales et la précarisation – aggravée par la crise de 2008 – ont crû. La grande illusion politique de la troisième voie était de croire que l’on pourrait réguler facilement le nouveau capitalisme financier et la mondialisation. »

      http://www.liberation.fr/planete/2015/08/31/marc-lazarun-inventaire-de-la-troisieme-voie-est-indispensable-pour-les-gauches_1373214

      « Comment l’un des hommes politiques les plus à gauche du Royaume-Uni peut-il aujourd’hui diriger le Parti travailliste, résolument social-libéral depuis les années 1990 et le “New Labour” de Tony Blair et Gordon Brown ? Portrait d’un socialiste convaincu propulsé à la tête d’un appareil politique acquis à la cause capitaliste »
      http://www.lesinrocks.com/2015/09/17/actualite/qui-est-jeremy-corbyn-le-nouveau-chef-radical-du-labour-11774451/

  2. OUVRIR LES YEUX…

    Le Corps Électoral, [donc a priori le Peuple], en majorité, a dit lors des Élections Régionales:

    -1- Premier Tour: On ne veut plus de vous,

    -2- Deuxième Tour: On ne veut pas de vous non plus,

    -3- Si vous voulez savoir ce que l’on veut, donnez-nous le moyen de le dire tant qu’il vous reste un peu de pouvoir d’initiative, par exemple sous la forme de la préparation d’une Assemblée Constituante [sous forme de Cahiers de doléances par exemple] et de sa convocation.

    Si l’on ne parvient pas à mettre cela en route, c’est le Chaos qui se profile, la guerre civile et les « Cahiers de Condoléances »…

    EN ATTENDANT, ce sont les Suisses qui votent pour un Revenu de Base Universel, puisqu’il n’y a aucun espoir de régler la disparition du chômage, ni la juste répartition des richesses, ni le travail aliéné véritable esclavage modernisé et mondialisé de la Guerre Économique.

    Nous pourrions, nous aussi, mobiliser, pour « la recherche & le développement humain sur une planète à préserver », les ressources de nos petits ordinateurs performants qui sont logés, au dessus de nos épaules, dans cette petite ‘ »Boite en Os »

    http://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/le-peuple-suisse-devra-voter-pour-ou-contre-le-revenu-universel?id=7345741

    1. Je suis bien entendu en faveur du revenu de base.
      Contrairement à ce qui est dit généralement, les gens ne seraient pas désinterressés par le travail, au contraire.
      Devenus plus libre de choix, ils s’impliqueraient plus volontier dans un projet qui les passionnent.
      La question centrale qui se poserait aux entreprises serait de comment les motiver pour les attirer ce qui aurait comme conséquence d’élever le niveau et peut-être nous l’espérons de sortir de cette médiocrité.
      Mais bon , on en est encore loin.

      1. Michel Lambotte
        En attendant le revenu de base (universel) on pourrait
        préconiser ceci pour les RETRAITES.
        Partant de l’idée qu’une différentiation des revenus a
        quelque chose de justifié,(rapport de 1 à 40 au maximum
        toutefois!)DURANT LA PERIODE PENDANT LAQUELLE LES GENS SONT « ACTIFS »,cette différentiation n’a pas de
        fondements très consistants LORSQUE LES PERSONNES
        SONT « EN RETRAITE ».Bref ,dans ce cas,l’EGALITE DES
        REVENUS ALLOUES AU TITRE DE LA « RETRAITE » devrait,me semble-t-il ,prévaloir.(la question des
        « cotisations » devant être traitée de manière séparée.)
        Cela signifie que la MEME RETRAITE serait versée à
        chaque retraité(e).Ce qui suppose,simplement(question à résoudre au fur et à mesure)qu’on en calcule la moyenne convenable.La
        question de l’âge « légal » et effectif de la retraite se
        poserait de manière toute nouvelle,la question de la
        durée du travail aussi.Naturellement la » retraite »
        devrait être une question à la fois d’âge et de santé;
        et l’on ne regarderait plus la nature (rémunérée ou
        non des « activités » précédentes.)(travail « domestique »
        inclus);manière de se familiariser avec un système
        étendu de « revenu universel de base ».

      2. Merci pour votre réponse.
        Effectivement, on peut entrevoir les choses de cette manière mais ce n’est à mes yeux, sans être négligeable, qu’une petite partie du problème.
        Je suis retraité et je travaille encore 10 heures par semaine et j’ai également une participation associative.
        Je pense que même retraité nous avons chacun un rôle à jouer dans la société.
        Le plus difficile à mes yeux sera pour chacun de déterminer ce rôle et de l’intégrer dans au sein de la société, en tant que retraité c’est ce que j’essaye de faire.
        On peut partir du temps libre de la retraite pour expérimenter la relation qu’il y aurait entre le temps et la relation avec le milieu du travail quelqu’il soit dans le cadre du revenu de base.
        Peut-être qu’après plusieurs expériences on aurait un retour suffisant pour mieux organiser l’aménagement de la carrière afin de profiter des expériences de chacun, surtout en ces temps de remises en questions et de notre impact sur l’environnement.

      1. C’est gravissime ce phénomène de promotion de la médiocrité.
        La Finance fout tout en l’air, partout ou elle passe, rien ne pousse. Comme Attila (marrant cet anagramme), roi des Huns.
        Il m’avait frappé celui là, c’est a peu près mon seul souvenir scolaire.
        (D’un autre côté, partout ou on regarde c’est gravissime.)

      1. @Dominique Gagnot
        Oui, il faut rattacher l’U.E. à la Suisse, pourquoi pas un traité du Grütli remplaçant les traités actuels………………?

  3. J’avais proposé l’invention du bulletin de vote « CONTRE » un candidat (exactement comme on vote POUR). Naturellement, aucun candidat avec un score négatif ne pourrait être élu.

    La voie est ouverte à un Candidat du NON, non à tout. Ou STOP. Non à l’UE, à l’Euro, à la mondialisation, aux réformes structurelles, aux mensonges d’état, aux guerres à l’étranger, à la langue de bois et à l’hypocrisie, à l’abandon de souveraineté, aux lois liberticides, aux OGMs, et à tout le reste.
    On s’arrête et on réfléchi, et surtout pas sous la contrainte.
    Un candidat du non ne devra rien proposer ni accepter, juste dire non à tout, une bonne façon de ne pas tromper ses électeurs.

    Si aucun candidat du non n’arrive au second tour, ce qui est assez probable, il faudra rompre le dilemme consistant à voter pour un candidat pour ne pas choisir l’autre candidat imposé, qui sera dans ce cas-ci tout sauf un accident, mais au contraire le résultat une manoeuvre bien préparée.
    Il ‘y a qu’une façon de ne pas se laisser manipuler, les autres options sont inacceptables, impraticables ou inutiles : faire le « mauvais » choix.
    Et refuser aussitôt le résultat en virant à coup de pieds le « gagnant ». Et pas pour mettre le perdant à sa place, bien sûr…

    En diabolisant le FN, la classe politique, du moins la partie néo-libérale, tant son aile rosée que bleutée, empêche dans le même mouvement toute discussion sur certains thèmes importants pour la société sous prétexte d’être des thèmes « appartenant » au FN, souveraineté, migrants, Euro, guerres, traités économiques, le sécuritaire à tout va, …

    Il faut expliquer la manoeuvre de la politique du « le pire ou nous » et annoncer qu’on ne jouera pas comme prévu, et le faire effectivement. Sinon ce sera effectivement encore pire après.
    Churchill disait.. bon, vous connaissez.
    Ce « après » devrait faire peur, notamment du point de vue démocratique face aux mesures que pourrait prendre un tel gouvernement « non-élu », sous prétexte de sécurité ou même sans prétexte.

    Je ne m’attends pas à ce que les libéraux, rosé-bleuté c’est idem, changent de discours et de trajectoire, ils ne pourraient pas affronter ces sujets de face.
    La seule façon de les y forcer est de les virer, tous.

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