L’actualité de la crise : CAPITALISME A LA DÉRIVE, par François Leclerc

Billet invité.

Soumis à une pression maximale, les députés grecs ont adopté les nouvelles mesures destinées à débloquer les fonds européens et du FMI, évitant le défaut immédiat du pays et l’apocalypse promise. La place Syndagma (de la Constitution, en Grec) n’est plus qu’un nuage épais de gaz lacrymogène destiné à la vider de toute vie, symbolisant ainsi ce qui reste de la démocratie parlementaire grecque et du pouvoir d’un gouvernement placé sous étroite tutelle. L’intégration européenne vient de réaliser un glorieux pas en avant !

De partout, et surtout de soulagement, il est crié victoire, en omettant le coût dévastateur prévisible du nouveau plan et son échec annoncé. Le voter est une chose, l’appliquer en sera une autre. Personne ne peut croire que cet épisode, ainsi que le montage rocambolesque du suivant qui se prépare, va faire d’un pays devenu insolvable un débiteur de rêve, et pourtant !

La partie n’est d’ailleurs pas terminée et se poursuit hors des hémicycles et de la rue, dans des enceintes plus feutrées. La participation volontairement obligatoire (ou bien obligatoirement volontaire) des banques, des compagnies d’assurance et des fonds d’investissement continue de faire l’objet de très âpres négociations. Soucieux au plus haut point des intérêts de leurs banques, les Français ont tiré les premiers, les Allemands les suivant à reculons et avec toute la mauvaise volonté du monde, proposant un montage tarabiscoté ayant pour objectif d’exonérer de tout risque les établissement financiers et de reporter celui-ci sur les Etats. Cachant derrière sa complexité apparente sa vérité nue.

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COMMENT LES PROGRAMMES D’AUSTÉRITÉ MIS EN PLACE DANS LA ZONE EURO COMPROMETTENT LA SORTIE DE LA CRISE, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité. Communication au Séminaire franco-russe sur les problèmes monétaires et financiers, 20-22 juin 2011. Jean-Pierre Pagé écrit ci-dessous que la taxe Tobin « est la seule manière de résorber les excès créés par la spéculation ». Je suis comme on le sait d’un autre avis : je suis convaincu que toute taxe financière sera in fine payée par le consommateur et je propose quant à moi, l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, c’est-à-dire, en France, la remise en vigueur de l’article 421 du Code pénal.

Les programmes d’austérité, mis en place simultanément dans les pays de la zone euro, s’ils ne sont pas accompagnés de mesures en vue de relancer la croissance économique et développer la solidarité dans la zone, risquent de s’avérer très contreproductifs et mettent en question les stratégies de sortie de la crise.

Rappelons, tout d’abord, que la crise financière a conduit de nombreux Etats à mettre en œuvre des plans de relance pour éviter l’asphyxie économique (aspect keynésien), ainsi qu’à alimenter en liquidités les banques victimes de leur prêts inconsidérés et remédier au blocage du marché interbancaire.

Ceci a provoqué un fort gonflement de la dette publique des Etats en question. Même si la conduite laxiste de l’économie peut porter une responsabilité majeure dans la situation critique de certains pays comme la Grèce,  c’est, dans l’ensemble, le phénomène dominant. C’est ainsi qu’un pays comme l’Irlande, qui était considéré avant la crise comme un modèle de gestion des finances publiques, s’est retrouvé dans une situation difficile quand il a vu son déficit public exploser en raison des versements qu’il a du consentir à ses banques, aujourd’hui nationalisées, pour les sauver de la faillite. Ceci est aussi le cas de l’Islande. D’une façon plus générale, la grande majorité des pays occidentaux ont vu leurs déficits publics se creuser sous l’effet des mesures prises pour combattre la crise sans que l’on puisse imputer cela à leur gestion antérieure.

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CE QUE VEULENT LES MARCHÉS ET CE QUE VEULENT LES AUTRES

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La différence entre ce que veulent les marchés et ce que veulent les autres fut particulièrement visible dans les rues d’Athènes hier, après que le parlement grec vota les mesures d’austérité réclamées par les premiers.

On entendit dire hier en Grèce ce qu’on avait entendu dire en Belgique il y a quelques mois : que ce que les marchés désirent est plus essentiel que ce qu’expriment les citoyens par leur vote. Ce n’est pas neuf : on a pu lire dans le Salammbô de Flaubert que le désir du dieu Moloch de dévorer les enfants de Carthage était plus important que le souci de leurs parents de les maintenir en vie.

Les « marchés », ce sont les investisseurs : ceux qui disposent du capital. Autrement dit, un sous-ensemble des citoyens. Faire passer leurs désirs avant ceux des autres revient à remplacer la démocratie du suffrage universel par celle du système censitaire. Cela doit être dit.

Pour ceux qui n’auraient pas lu le roman de Flaubert : c’est une histoire brutale qui finit très mal.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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A PROPOS D’INTERRÈGNES ET DE QUELQUES SONS QU’ON Y PERÇOIT, par Jacques-Olivier Charron

Billet invité. UNe première version en a paru ici.

Etant de ceux pour qui la notion d’idéologie dominante a du sens, je ne peux m’empêcher de penser depuis quelques temps aux parallèles qui peuvent être faits entre la période 1977-1983 et celle que nous vivons depuis 2007 ou 2008, début de la crise terminale du modèle néolibéral ou tout au moins de quelque chose d’assez bien délimité, d’un mode de définition des contenus des politiques à mener adossé à un ensemble précis d’idées et de justifications. Ces deux périodes ont ceci de commun qu’elles sont des interrègnes, des périodes pendant lesquelles une idéologie dominante s’effondre sans qu’une autre ne parvienne encore à la remplacer.

Mon idée ici est de revenir de façon courte et donc nécessairement simplificatrice sur celles qui se sont récemment succédées, avant d’avancer quelques éléments plaidant pour une forme de parallélisme entre cette histoire et celle des musiques dites « populaires » ou plutôt d’un sous-ensemble assez particulier de celles-ci.

Les pays dominants de l’économie mondiale, correspondant en gros aux membres de l’OCDE, ont mis en œuvre entre la fin de la Deuxième Guerre Mondiale et 1977 des politiques relevant de ce que les économistes régulationnistes ont appelé « fordisme », et dont l’objectif central était de maximiser le taux de croissance des économies dans un cadre essentiellement national. La quasi-élimination du chômage et le développement de la consommation du salariat de masse caractérisèrent aussi cette période. L’idéologie dominante célébrait le progrès technique mais aussi sa mise en œuvre par des élites technocratiques dans le cadre des Etats-nations, qui étaient aussi le cadre de la légitimation démocratique.

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La Conférence de Paul Jorion à Pairi Daiza, le 27 juin 2011, à l’initiative de la Société Régionale d’Investissements de Wallonie (SRIW), par Jean-François Tamellini

Billet invité. Un auditeur m’envoie son compte-rendu de mon exposé. Je le publie bien entendu avec un très grand plaisir.

C’est devant une assistance composée de pointures du monde patronal, de leaders syndicaux wallons, de représentants d’organismes publics et autres cadres issus de cabinets ministériels, que Paul Jorion, anthropologue au parcours qualifié d’époustouflant et de remarquable par le Président de la SRIW (Labille), de plus proche de la théorie du chaos par Jorion lui-même, entame son intervention sans filets et sous un soleil de plomb par ses souvenirs d’enfance à Fontaine-L’Evêque. Un patelin industriel du Hainaut bien vivant durant la jeunesse de l’orateur, dont le verdissement des terrils et la dissipation des fumées d’usines quelques années plus tard symbolisaient le tournant vécu par la Wallonie. Une transition qui peut servir d’image à celle que notre espèce amorce en ce moment et que l’orateur n’hésite pas à comparer au passage du paléolithique vers le néolitihique. Un peu comme dans cet album de Spirou : « Spirou et l’aventure », qui, bien avant le passage du millénaire, nous projetait en l’an 2000. Une sorte de rupture entre l’avant et l’après…

Jorion entre dans le vif du sujet en se penchant sur l’examen du caractère cyclique des crises. A bien y regarder, selon l’auteur, les crises ne suivent pas véritablement de cycles ; les crises diffèrent les unes des autres, même si elles peuvent présenter des caractéristiques communes. Mais elles nécessitent à chaque fois des solutions différentes et c’est probablement en ce point que la théorie des cycles ne constitue pas une vérité absolue.

Un thème de prédilection pour l’anthropologue visionnaire : la gestion chaotique des terres et leur colonialisation. Elles sont à la base de crises majeures et apparaissent comme un critère devant faire partie intégrante des solutions.

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POUR QUI ROULENT LES RÉGULATEURS ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Lorsque le système financier s’effondra à l’automne 2008, à la suite de la faillite de la banque d’affaires Lehmann Brothers, on attribua une part de responsabilité à la dérégulation qui était intervenue – et ceci, à l’échelle globale – à partir des années 1970, mais on constata également que des régulateurs avaient été assoupis aux manettes, alors qu’une législation existait, qui aurait pu être appliquée.

J’ai expliqué cet assoupissement de manière générale par le rapport de force défavorable aux régulateurs dans leurs relations aux milieux d’affaires. J’ai rapporté ici en particulier un épisode auquel j’avais participé : quand un dirigeant de banque m’avait affirmé – sans pouvoir cacher sa fureur contenue – que le régulateur ferait ce qu’il lui enjoindrait de faire, parce que c’est de cette manière-là que marche le monde.

Le Wall Street Journal en date d’hier, nous offre une autre explication possible en nous montrant le régulateur qui sabote les efforts du législateur et prend fait et cause pour le secteur bancaire.

Le cas rapporté dans l’article de Victoria McGrane est celui de John Walsh, directeur de l’OCC (Office of the Comptroller of the Currency), le régulateur des banques commerciales américaines, dont l’une des récentes directives contredit l’esprit du Dodd-Frank Act, le corps de lois voté en 2010 pour tenter de re-réglementer la finance.

J’ai eu l’occasion d’expliquer ici à de nombreuses reprises pourquoi le Dodd-Frank Act manque de muscle et constitue dans bien des cas une simple modernisation de la finance, non pas dans le sens de la réduction du risque systémique, mais en mettant en place au contraire un cadre encore plus favorable au milieu financier. Quoi qu’il en soit, la nouvelle loi n’est pas au goût des milieux républicains qui ont déjà eu recours à son encontre à l’arsenal de la résistance passive tout entier. C’est ce qui explique en particulier pourquoi M. Walsh est directeur à titre provisoire de l’OCC alors qu’un directeur devrait être nommé à titre définitif depuis août 2010. C’est ce qui explique aussi pourquoi les équipes qui appliqueraient le Dodd-Frank Act ne sont pas encore en place, les républicains refusant de débloquer les fonds qui seraient nécessaires.

La fraction pro-Wall Street du parti républicain exerce donc en ce moment tout le pouvoir dont elle dispose.  Ce qui est intéressant aux États-Unis, c’est que la partie de l’opinion la plus violemment anti-Wall Street, la droite religieuse, appartient elle aussi au parti républicain, mais comme, fidèle à sa tradition agrarienne, elle voit dans toutes les manifestation de l’État celles du Grand Satan, Wall Street peut continuer de dormir sur ses deux oreilles.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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PARC PAIRI DAIZA, S. R. I. W., « Le Capitalisme à l’Agonie », lundi 27 juin

J’en parle avec un peu de retard, mais comme l’événement a eu lieu à guichets fermés, ce n’est pas très grave. La Société Régionale d’Investissement de Wallonie m’invitait à parler de Le capitalisme à l’agonie.

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LA SITUATION À FUKUSHIMA (XIX), par François Leclerc


Mise à jour n° 284 (jeudi 30 juin 15h24)

Clé de voûte de la reprise en main de la centrale, la chaîne de décontamination de l’eau hautement contaminée va-t-elle totalement répondre à l’attente de l’opérateur ? La démonstration doit encore en être faite.

Les tests se succèdent et les incidents se multiplient, laissant s’installer un doute sur le rendement final du système. L’objectif proclamé est de réduire dans les trois mois de 34.000 tonnes les 120.000 tonnes d’eau hautement contaminée, ce qui supposerait que le système fonctionne à 90% de ses capacités. Il en est loin, atteignant actuellement 55%.

La vie quotidienne du chantier nucléaire est ponctuée par des impondérables, dont la solution réclame d’importants efforts.

Dans le réacteur n°4, les ouvriers ont pu atteindre pour la première fois le niveau 5 du bâtiment, où ils doivent mettre en état un nouveau circuit de refroidissement de la piscine, mais ils ont découvert un amoncellement de débris radioactifs qui y font obstacle, à la suite de l’explosion intervenue le 15 mars dernier. Un moyen va devoir être trouvé pour les déblayer.

Installé depuis mercredi, le même système devrait incessamment fonctionner dans le réacteur n°3. Des tests sont effectués.

La très lente progression des travaux se poursuit, alors que de nouvelles poches de contamination radioactive sont découvertes au-delà des zones d’exclusion déjà décrétées, imposant des évacuations. Et que les contrôles de contamination interne au césium font apparaître chez les enfants de la ville de Fukushima, à 60 kms de la centrale, des niveaux élevés, les maximums autorisés par les autorités de plus en plus contestés.

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AMIN MAALOUF, ENCORE UN PETIT EFFORT !, par Michel Martin

Billet invité

Vous savez qu’Obama est communautarien ? C’est en tout cas ce qu’a expliqué Julie Clarini dans sa chronique « Les idées claires » du 23 Juin 2011. Je la cite :

«..l’historien James Kloppenberg, spécialiste de l’histoire intellectuelle américaine,… voit chez Obama tous les traits d’un homme marqué par la pensée communautarienne. Le mot n’évoque rien de ce repoussoir qu’est pour nous en France la communauté, ou au communautarisme. C’est une école philosophique qui répond au libéralisme en l’attaquant sur sa conception de l’individu ; le libéralisme postule un individu sans attache, exclusivement rationnel ; cet être-là n’existe pas aux yeux des communautariens pour qui l’homme est autant relationnel que rationnel. La dépendance vis-à-vis de l’autre est tout aussi constitutive de l’homme que sa raison. L’homme est toujours issu d’un groupe et porteur de valeurs qui le façonnent. »

J’ai voulu creuser un peu plus la question et je n’ai pu éviter quelques textes très documentés d’Alain de Benoist sur cette controverse américaine libertarien-communautarien . Depuis quelques temps, je mène une réflexion qui m’a emmené du côté d’Auguste Comte et de la sociocratie qui pourraît très facilement s’inscrire dans la généalogie de la pensée communautarienne, tant elle a de points communs avec elle. La fécondation de la pensée d’Auguste Comte avec la cybernétique a permis à Gérard Endenburg d’appliquer la sociocratie de façon cohérente au management auto-organisé de son entreprise dans les années 70-80. Son expérience se poursuit aujourd’hui dans le monde entier sous l’égide du « Global Sociocratic Centers Website ». Je voudrais souligner que la sociocratie d’Endenburg tient plus que tout à ce que l’entreprise ou l’organisation ne soit plus le siège « d’aucune objection argumentée d’aucune personne», ce qui est cohérent avec une démarche systémique pour laquelle plus l’information disponible est juste et large et mieux il sera possible de guider le système. Il s’agit donc d’un mode d’organisation qui non seulement n’écarte pas les objections des participants, mais de plus les souhaite et s’en enrichit.

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FONDATION MADARIAGA – COLLÈGE D’EUROPE, « Le capitalisme a-t-il encore un avenir ? », à Bruxelles, mardi 28 juin à 13h00

« Le capitalisme a-t-il encore un avenir ? »

Avec

Paul Jorion, anthropologue-économiste, essayiste, auteur du livre « Le capitalisme à l’agonie » (Fayard, 2011),

dirige le blog www.pauljorion.com/blog/

et

Jean-Jacques Lambin, Professeur émérite de l’Université catholique de Louvain et de l’Université Milan-Bicocca,

auteur du livre « Quel avenir pour le capitalisme ? Débats actuels » (Dunod, 2011)

Le débat sera modéré par

Pierre Defraigne, Directeur exécutif de la Fondation Madariaga – Collège d’Europe

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LE GARS QUI SE FÂCHE ET QUI A RAISON

Il a fait des vidéos depuis le début de la crise à la centrale nucléaire de Fukushima, vidéos que j’ai regardées. Sa colère était d’abord contenue. Elle ne l’est plus. Et c’est parfois quand on se fâche qu’on parle le plus juste, parce qu’on dit « ce qu’on a sur le coeur », selon l’expression consacrée. On parle avec passion.

Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit, mais qu’importe : le faire voir et le faire entendre est un devoir.

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PETER FALK (1927 – 2011)

Il était bien sûr l’inspecteur Columbo, avec son art de rattrapper le coupable qui croyait s’en être bien tiré, par un « Je vous demande pardon, mais il y avait encore une autre petite question que j’avais envie de vous poser… », et sa 403 décapotable pourrie. Mais il était tout simplement aussi un excellent acteur, ce dont surent tirer parti John Cassavetes, qui était par ailleurs son ami, dans Husbands (1970) et bien sûr Wim Wenders dans Les ailes du désir (1987).

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MARX ET LE LIT DE PROCUSTE, par schizosophie

Billet invité.

Les philosophes, comme les économistes, n’ont encore qu’interprété Marx, il s’agirait maintenant de le lire, sans prisme, avec ses propres yeux. La liste serait longue des Marx hégélianisé, spinozé, voire christianisé. Sans parler du Marx ricardisé (le Marx penseur de l’économie politique pris dans cette lignée qui passe par Eduard Bernstein et Paul Jorion) entraîné dans les cercles marxistes ou proudhoniens où s’affairent ceux qui restent en deçà de la barrière installée pour interdire passage à la critique de l’économie politique…

La recomposition idéologique liée à ce recul devant l’obstacle, où il appert que le refus est imputé à la monture, présente aussi un Marx aristotélisé. Ce blocage théorique se retrouve chez l’un des meilleurs traducteurs, en français, du Livre I du Capital – Paul-Dominique Dognin, auteur des « Sentiers escarpés » de Karl Marx (1977, éd. du Cerf). Il est repris non explicitement par Paul Jorion.

Dans le tome II, appareil critique du tome I, Dognin organise un réseau de notes (59, 79, 90 à 92, 15) renvoyant à ce que dit Marx d’Aristote dans le Capital. La thèse de Dognin est explicitée dans la note 92 : « Évoquant cette problématique aristotélicienne, nous avons déjà écrit que Marx voilait par un contresens la solution que le philosophe grec apportait au problème (note 15). Le moment est venu de mettre ce contresens en lumière ». Paul Jorion, néo-aristotélicien déclaré, garde cette source sous le coude tout en affirmant « Marx se trompe ». Le contresens que croit déceler Dognin est formulé ainsi : « Or, faisant disparaître l’allusion au « besoin », Marx fait dire au texte qu’à défaut de commensurabilité véritable, la « mise à égalité » ne peut être qu’un « ultime recours pour le besoin pratique » (Notbehelf für praktische Bedürnis, ces mots ayant la prétention de traduire le pros de tèn chreian endechetai hichânos que nous venons de voir). »

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PETIT APARTÉ

Fayard me signale que Le capitalisme à l’agonie (2011) est N° 14 dans la liste des « meilleures ventes en philosophie » publiée par Philosophie Magazine.

Je pourrais dire que ces questions de Hit parade sont vulgaires et que je suis au-dessus de cela, mais d’une part, cela rappellerait un peu trop les hommes politiques qui affirment haut et fort que les sondages leur sont indifférents quand leurs chiffres dans ces sondages deviennent par trop mauvais, et d’autre part, et plus essentiellement, les ventes de vos livres reflètent leur diffusion et la diffusion du coup des idées qui vous tiennent à cœur et auxquelles vous avez consacré d’énormes efforts pour les coucher sur le papier.

Je suis alors allé consulter le classement de mes livres sur Amazon.fr et j’ai eu là le plaisir de constater que mon livre le mieux classé dans les ventes n’est pas parmi les plus récents, comme La guerre civile numérique (Textuel 2011) ou Le capitalisme à l’agonie (Fayard 2011), dont j’ai souvent l’occasion ces jours-ci de parler à la radio, à la télévision ou dans des entretiens dans la presse – et dont j’ai pu constater pour le second qu’il est en vente dans les gares et les aéroports – mais Comment la vérité et la réalité furent inventées, publié en 2009 dans la Bibliothèque des sciences humaines chez Gallimard.

Pourquoi cela me fait-il plaisir ? Parce qu’une histoire de vie particulièrement chahutée m’a souvent conduit à écrire à propos de choses que je n’aime pas ou qui sont en tout cas très éloignées de mon tempérament. Alors que là, avec Comment la vérité et la réalité furent inventées, il s’agissait – comme je le souligne quelquefois – de « mon vrai métier » : celui dont je ne suis malheureusement pas parvenu à vivre, malgré de très longs efforts. Alors, aujourd’hui, en voyant cela : cette petite revanche sur le sort, eh bien, je suis heureux.

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LA CRISE DES CLASSES MOYENNES ET LE DÉLABREMENT DE LEURS CONDITIONS DE PRODUCTION COMME ACTEURS DU SPECTACLE DE LA MARCHANDISE, par Jean-Luce Morlie

Billet invité

Tandis qu’une fraction du décile supérieur des classes moyennes saute dans l’illusion du TGV de l’hyper-classe, les déciles inférieurs sont, les uns après les autres, déclassés. Selon les particularités de son groupe, chacun constate, pour lui–même ou pour son voisin, que ses stratégies d’ascension sont périmées et que, même à courir davantage, lui-même et ses enfants ne feront que descendre. Le capitalisme a produit les classes moyennes comme machines à consommer et à rêver : en les détruisant, il s’unifie. Les classes moyennes savent que le rêve est brisé, elles devinent la tricherie, mais ne perçoivent pas encore qui la met en scène. A l’Est comme à l’Ouest, le spectacle fut construit par la volonté délibérée d’occulter les rapports de classes réels. A l’Ouest, à côté des propriétaires, des entrepreneurs et des prolétaires vint s’ajouter pour la répartition du surplus une classe sociale invisible articulée autour d’un nouveau rapport social, celui de la redistribution (welfare). La redistribution fut utilisée comme variable d’ajustement au « besoin de consommation » exigé par la reproduction du capital. Cette forme tranquillisante de dispositif anti-émeute instituait une forme nouvelle de servitude volontaire. Depuis cinquante ans pour le moins, notre passivité, jusque dans la dénonciation superficielle du « trop de spectacle », nous rend assurément complices de cette gestion que pourtant nous savons mortifère. Le « flower power », le « new age », le « néopaganisme » et maintenant la « sobriété volontaire » préparent au changement du style d’animation. Voici le temps où les tireurs de ficelles sont forcés de modifier les attaches : le pouvoir d’achat c’est fini, aspirons aux relations. Aussi, pour le bref instant d’une situation qu’il s’agit de saisir ici sur ce blog historique, les tireurs de ficelles se montrent à leurs marionnettes.

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L’actualité de la crise : AU BORD DE LA PARALYSIE, par François Leclerc

Billet invité

Il y a des jours où la brièveté s’impose : des deux côtés de l’Atlantique, il y a blocage sévère ! Aux États-Unis et en Europe, la crise des dettes publique et privée confondues ne trouve aucune solution et menace de dégénérer. Tout donne le sentiment de pouvoir basculer.

Symboles de cette double situation d’impuissance, la Fed américaine vient de conclure deux jours de réunion en avouant ne pas comprendre ce qui se passe – et en restant l’arme au pied – tandis que les chefs d’État et de gouvernement européens se réunissent ce soir en sommet, ayant prévu… de ne rien décider de tangible à propos du sauvetage financier de la Grèce, en dépit des alarmes américaine et chinoise qui les pressent.

Qualifiée d’attentisme cette véritable paralysie n’a rien de surprenant, elle témoigne de l’incapacité des autorités en charge d’opérer les mises en cause qui seules leur permettraient d’agir.

Dans ce contexte pesant, un rapport du bureau du budget du Congrès américain vient de donner un éclairage, prévoyant une explosion de la dette publique, passée de 40 % du PIB en 2008 à 70 % cette année, les projections lui faisant atteindre le chiffre de 200 % vers 2035 si rien n’est fait. On conçoit qu’empêcher cette évolution demande de prendre des décisions radicales, mais lesquelles ? Cette fois-ci, c’est bien la fin du rêve américain qui est en tout état de cause enclenchée.

Il a fallu à la Fed deux jours de réunion de son comité de politique monétaire pour décider de ne pas bouger. Prise, comme sa collègue britannique qui vient également de tenir une réunion avec le même effet, entre des signes inflationnistes et une détérioration des prévisions de croissance et du chômage. Et pour cause : ni ses injections de liquidités ni le maintien de son taux directeur au plus bas n’y font quoi que ce soit. « Nous sommes préparés à prendre des mesures supplémentaires, manifestement, si les conditions le justifient » a été le seul commentaire un tant soi peu concret de Ben Bernanke, le président de la Fed, qui a reconnu « ne pas avoir de lecture précise des raisons pour lesquelles ce rythme ralenti de croissance persiste », une manière de reconnaître que ses outils conceptuels sont aussi inopérants que ne l’est sa panoplie d’outils.

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L’ART DE LA NAVIGATION À VUE ATTEINT DE NOUVEAUX SOMMETS

Il existe en ce moment un point commun entre les États-Unis et la zone euro : la question se pose de savoir s’il y a encore un pilote dans l’avion. On peut d’ailleurs descendre encore d’un cran dans les niveaux d’organisation : y a-t-il encore un pilote dans l’avion en Grèce ou en Allemagne – cette dernière devant certainement grincer des dents à l’idée de se voir rapprochée de la première sous ce rapport – ou dans l’État du Wisconsin, pour prendre un exemple américain ?

L’art de la navigation à vue est en effet en train d’atteindre des sommets inédits. J’écrivais dans ma chronique du Monde-Économie d’avril 2010 :

Qu’on ne s’y trompe pas : les chamailleries au sein de la zone euro au cours des semaines passées ne relèvent pas de la comédie mais de la tragédie. Suivons du regard le fil rouge : ce que nous voyons, c’est le repli des nations sur elles-mêmes dans un « Sauve qui peut ! Chacun pour soi ! » généralisé. La Chine et l’Allemagne ont indiqué la marche à suivre. Les gouvernements d’unité nationale sont pour bientôt, quand il sera devenu évident aux yeux de tous qu’aucun parti ne connaît à lui tout seul la solution des problèmes insolubles qui se posent, suivis alors de Comités de Salut Public, quand il sera clair que même tous ensemble ils n’y comprennent rien et – si Dieu nous prend alors en pitié – suivi enfin d’un nouveau Conseil National de la Résistance, au moment où il faudra, par-delà les divergences conçues aujourd’hui comme irréductiblement inconciliables, lancer une ultime tentative de sauver ce qui peut encore l’être.

Il ne s’agissait alors sous ma plume que d’un avertissement mais, un peu plus d’un an plus tard, on en est exactement là !

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L’actualité de la crise : LES ENCHÈRES SONT OUVERTES, par François Leclerc

Billet invité.

Après avoir raccroché leurs téléphones, les financiers du G7 se sont rappelés l’autre soir, a révélé à Reuters le ministre canadien… Qu’avaient-ils oublié de se dire ? L’hypothèse est qu’ils ont voulu mieux prendre la mesure des conséquences d’un défaut grec, ce qui montrerait – si cela est exact – avec quelle confiance en leur capacité de résoudre la crise ils abordent les jours et semaines qui viennent.

Un bras de fer se poursuit en vue d’obliger les parlementaires grecs à voter le nouveau plan de rigueur, afin qu’une tranche du prêt déjà décidé soit versée. Les banques, et d’une manière générale les créditeurs privés de la dette grecque sont mieux traités, puisqu’il n’est question que de leur participation volontaire pour la suite des opérations.

Pour marquer le coup, l’idée un instant évoquée de ne débloquer que partiellement la tranche n’a pas été adoptée, et tout a été renvoyé au 3 juillet prochain, à l’occasion d’une nouvelle réunion extraordinaire de l’Eurogroupe. Une nouvelle mission impromptue de la Troïka a été envoyée à Athènes, le jour même où le Parlement doit voter, afin de symboliser la vigilance européenne alors que des manifestations sont prévues devant le Parlement. Enfin, les plus fortes pressions sont exercées sur le président de Nouvelle Démocratie pour qu’il s’associe positivement au processus. La date du 3 juillet a été finement choisie afin de pouvoir dans les temps verser les fonds, afin d’éviter le défaut : selon une note des finances grecques, les besoins financiers seront couverts jusqu’au 18 juillet, cela laisse 15 jours pour l’ordonnancement du virement si les fonds sont disponibles  !

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