A PROPOS D’INTERRÈGNES ET DE QUELQUES SONS QU’ON Y PERÇOIT, par Jacques-Olivier Charron

Billet invité. UNe première version en a paru ici.

Etant de ceux pour qui la notion d’idéologie dominante a du sens, je ne peux m’empêcher de penser depuis quelques temps aux parallèles qui peuvent être faits entre la période 1977-1983 et celle que nous vivons depuis 2007 ou 2008, début de la crise terminale du modèle néolibéral ou tout au moins de quelque chose d’assez bien délimité, d’un mode de définition des contenus des politiques à mener adossé à un ensemble précis d’idées et de justifications. Ces deux périodes ont ceci de commun qu’elles sont des interrègnes, des périodes pendant lesquelles une idéologie dominante s’effondre sans qu’une autre ne parvienne encore à la remplacer.

Mon idée ici est de revenir de façon courte et donc nécessairement simplificatrice sur celles qui se sont récemment succédées, avant d’avancer quelques éléments plaidant pour une forme de parallélisme entre cette histoire et celle des musiques dites « populaires » ou plutôt d’un sous-ensemble assez particulier de celles-ci.

Les pays dominants de l’économie mondiale, correspondant en gros aux membres de l’OCDE, ont mis en œuvre entre la fin de la Deuxième Guerre Mondiale et 1977 des politiques relevant de ce que les économistes régulationnistes ont appelé « fordisme », et dont l’objectif central était de maximiser le taux de croissance des économies dans un cadre essentiellement national. La quasi-élimination du chômage et le développement de la consommation du salariat de masse caractérisèrent aussi cette période. L’idéologie dominante célébrait le progrès technique mais aussi sa mise en œuvre par des élites technocratiques dans le cadre des Etats-nations, qui étaient aussi le cadre de la légitimation démocratique.

Divers évènement sont couramment évoqués pour marquer la fin de ce régime ; il est de mise, en particulier, de noter la quasi-concomitance des arrivées au pouvoir de Margaret Thatcher (1979) et Ronald Reagan (1980). C’est donner selon moi trop d’importance aux phénomènes d’alternance politique, en l’occurrence aux passages de la « gauche » à la « droite ». En réalité chaque idéologie dominante a sa variante « de gauche » et sa variante « de droite », mais ce qui compte le plus est son contenu intrinsèque : quand ce dernier change, c’est l’axe autour duquel se définissent « gauche » et « droite » qui se déplace. D’une certaine façon la « droite » de 1975 était nettement à gauche de la « gauche » de 1990 : les changements majeurs dans la façon dont l’économie est globalement régulée et dirigée sont aussi, et concomitamment, des changements de l’idéologie dominante, donc des déplacements du champ politique tout entier.

Plus significatif, donc que les avènements de Thatcher et Reagan me paraît l’acceptation en 1976 par le gouvernement britannique (à l’époque, travailliste) d’un plan de restructuration élaboré par le FMI. C’était la condition mise par les Etats-Unis et l’Allemagne Fédérale pour continuer à soutenir la livre, et le contenu de ce plan était défini pour satisfaire aux attentes des acteurs du marché des devises, en particulier en se donnant comme priorité la lutte contre l’inflation. Cela semblait le seul moyen, dans le cadre des changes flexibles, d’empêcher un effondrement de la livre. Un certain nombre d’auteurs soutiennent, non sans arguments, que le tournant décisif est la décision américaine de 1971 de laisser flotter le dollar et de mettre fin ainsi au système de Bretton Woods. L’évènement de 1976 me paraît plus décisif, dans la mesure où c’est la première manifestation claire de soumission d’un gouvernement aux préférences des marchés financiers. On peut y voir une conséquence logique de la décision de 1971, mais il n’est pas sûr que cette conséquence ait été délibérément recherchée, il n’est pas clair que Nixon souhaitait à l’époque remettre aux mains de mécanismes de marché quasi-incontrôlables la définition des axes structurants des politiques économiques.

Dans le cas de la France, la référence la plus courante, probablement, est celle du « tournant de la rigueur » de 1983. Il me semble plutôt que le véritable tournant a été effectué dans la période 1976-1978, via diverses mesures prises par le gouvernement de Raymond Barre, et qui tranchaient avec l’héritage keynésien (plan de rigueur, libération des prix, création des SICAV…). De ce point de vue la période 1981-1983 apparaît non comme une parenthèse « de gauche » mais comme une brève tentative de retour à l’idéologie dominante d’avant 1976.

Comment, en quelques mots, caractériser celle qui s’est établie pour de bon vers 1983, et qui sombre actuellement dans la plus grande confusion, tout en s’exacerbant et en se faisant voir d’une façon de plus en plus obscène ? La priorité n’est plus la croissance dans un cadre national, c’est la satisfaction des intérêts du capital financier internationalisé.

Ce qui ne change pas, c’est le caractère technocratique des élites : c’est toujours le règne de « ceux qui savent », qui ont donc spontanément tendance à considérer leurs contradicteurs non pas comme des adversaires politiques ou idéologiques mais comme des personnages stupides ou ignorants, ou les deux.

Ce qui change, et tout de même assez radicalement, c’est la politique mise en œuvre : la rupture est d’abord passée par le brutal rétablissement de taux d’intérêt réels positifs (ils étaient le plus souvent négatifs dans les années 70), ce qui relève, pour les rentiers, de la nécessité vitale. Les spectaculaires hausses de taux décidées à l’époque par le président de la Fed Paul Volcker (un démocrate, nommé par Carter) sont l’exemple frappant des mesures prises dans ce but : lutter contre l’inflation est en effet la priorité numéro 1, assez logiquement, pour les investisseurs. Le progrès technique, la croissance, ne sont plus les priorités réelles : s’il en faut pour « satisfaire les marchés », on en fera, sinon, on s’en passera. Ensuite, une fois l’inflation maîtrisée, le cœur des politiques effectivement mises en œuvre vise à étendre sans cesse l’univers des opportunités de placement financier en déréglementant, privatisant et libérant totalement la circulation des flux de capitaux. Un exemple français du démarrage de ces politiques est l’ensemble de mesures conçues entre 1984 et 1986 par Jean-Charles Naouri, alors directeur de cabinet du ministre de l’Economie Pierre Bérégovoy, pour « moderniser » et « décloisonner » les marchés financiers.

Dans une recherche que j’avais consacrée en 1994 au discours d’Alain Minc en tant qu’analyseur de l’idéologie dominante, j’avais relevé systématiquement ce qui le différenciait de l’idéologie dominante des technocrates des années 60 et 70 telle qu’elle avait été décrite en 1976 dans un article de Pierre Bourdieu et Luc Boltanski, d’ailleurs republié en 2008 sous la forme d’un livre (« La production de l’idéologie dominante », co-édition Démopolis / Raison d’Agir). J’avais résumé et caractérisé la différence en utilisant la typologie des modes de justification élaborée par Luc Boltanski et Laurent Thévenot dans « De la justification » (Gallimard, 1991) comme grille de lecture de discours idéologique, en parlant du passage d’un compromis « civique-industriel » à un compromis « industriel-marchand »[1]. On peut dire cela autrement en disant qu’en termes de figure dominante légitime on passe de l’ « économiste-ingénieur » mettant sa compétence au service de la croissance de l’économie nationale à l’ « investisseur-ingénieur » mettant sa compétence au service des placements financiers.[2]

L’idée que ce modèle est entré dans une phase de crise terminale est peut-être plus largement partagée qu’on ne le pense, quoique pas toujours sous cette forme : Paul Jorion, par exemple, voit dans la période actuelle le début de la fin du capitalisme, donc la fin d’un cycle beaucoup plus long. Si on s’en tient à la comparaison entre la période 1977-1983 et la période actuelle, on peut en tout cas remarquer au moins une différence importante : la transition précédente entre deux idéologies dominantes s’est passée, somme toute, de façon assez rapide et ordonnée. La raison en est assez facile à trouver : face au corpus keynésien, il existait déjà un corpus friedmanien, raffiné et formalisé à la Chicago Business School en particulier, qui était en quelque sorte prêt à servir ; une armature intellectuelle de rechange, en somme, était déjà là. Elle avait aussi comme avantage que les dominants avaient la possibilité de s’y convertir sans dommage pour eux, bien au contraire. Rien de comparable dans la période actuelle : la déliquescence et l’inefficacité de cette pensée dominante sont devenues vraiment difficiles à cacher, mais les élites s’y raccrochent avec l’énergie du désespoir pour ce qui est des politiques effectivement mises en œuvre ; même si elles n’y croient (peut-être) plus, elles continuent quand même de penser qu’il n’y a rien d’autre en magasin.

Tentons une explication. Je persiste à croire hautement improbable le retour à l’idéologie dominante d’avant. En revanche il y a des choses inédites en germe, poussées en particulier par une progression du niveau éducatif telle qu’elle remet en cause la possibilité d’une domination de type technocratique. Cela signifierait, dans les termes de Boltanski et Thévenot, la fin de la référence au monde « industriel », qui justifie ce type de domination, au profit de la référence au monde « civique », qui implique un redéploiement plus exigeant de la démocratie, sous des formes nouvelles. L’idée de passage d’un compromis « industriel-marchand » à un compromis « civique-marchand » donnerait une cohérence à beaucoup de phénomènes observables, et en même temps fait voir et comprendre la difficulté qu’ont les élites actuelles à effectuer ce passage, tant il est clair que, à la différence de la transition précédente, elles auraient quelque chose à y perdre, à tout le moins une façon de concevoir le pouvoir[3].

Le cœur du nouveau compromis consisterait probablement dans une appropriation démocratique de la fonction de valorisation aujourd’hui mise en œuvre par les marchés financiers, une fonction qu’il faudrait au préalable séparer des autres fonctions remplies par ces marchés. Pour le dire d’une autre façon, il s’agit de faire en sorte que la valorisation, qui est la fonction de « jugement » des marchés, ne soit plus faite uniquement par les investisseurs, fussent-ils « socialement responsables », qu’elle soit contrôlée d’une façon ou d’une autre par la collectivité, qui doit s’assurer en particulier du fait que les « investis », c’est-à-dire ceux (Etats, entreprises, et au final, peu ou prou, nous tous) qui sont l’objet de ce « jugement » le soient sur la base de critères non seulement explicites et publics mais aussi et surtout délibérés en commun. Cela suppose bien sûr une architecture institutionnelle qui reste à inventer, mais c’est cette invention qui est devant nous.

Bon, me direz-vous, mais vous nous aviez bien parlé de musique au début, non ? J’y viens.

Reparlons d’abord de cette fameuse période 1977-1983, de cet assez bref interrègne. Qu’invente-t-on à l’époque comme formes musicales populaires ? Eh bien, d’abord, deux choses bien identifiées : le punk et le disco. D’un côté une négativité brutale et pure, de l’autre un hédonisme consumériste porté à un degré inédit d’irréalité. Deux courants tout de même bien différents du rock de la période précédente, qui avait gardé quelque chose de « progressiste », d’axé vers une « libération » etc. Je sais, tout cela peut paraître vague, et assez douteuse cette façon de lier styles musicaux et idéologies, mais après tout nous ne sommes que sur un blog, ce n’est pas très grave…

Donc, après le « progrès » du temps de la croissance forte, nous voyons naître et rencontrer un certain succès à la fois le nihilisme d’ « Anarchy in the UK » et le « virtualisme » de « I feel love », avec sa rythmique plus vraiment humaine. Quelle fut la postérité de ces deux courants ?

Pour ce qui est de la vague disco, on peut en suivre les ramifications jusqu’à la « dancefloor music » plus contemporaine : le développement de la techno et de la house dans les années 80 a surtout fait naître de nouvelles formes de divertissement consumériste, à côté de formes plus classiques de musique pop ou rock « commerciale », celle dont parle avec une pédanterie d’une drôlerie irrésistible le héros d’American Psycho de Bret Easton Ellis.

Le punk, lui, a très vite laissé la place à quelque chose d’assez multiforme (et qui n’a pas rencontré, loin de là, le même succès) qu’on a appelé faute de mieux « postpunk ». De quoi s’agit-il ? Eh bien, ce qui reste du progrès technique quand on enlève le progrès, c’est juste la technique. On a détruit le sens, on n’en construit pas de nouveau, et en attendant on ne sait quoi les machines tournent pour tourner, en boucles répétitives, sans fin. Une très belle représentation de cela, c’est ce que j’ai vu vers la fin d’un concert de Kraftwerk : pendant le morceau « Numbers », les membres du groupe quittent la scène, les machines restent et la musique continue, belle façon de signifier qu’elle n’a pas besoin d’eux.

Oui, bien sûr, Kraftwerk n’est pas du tout « postpunk », puisqu’ils existaient avant. Mais ce sont bien leurs rythmiques froides, qui font de la technique le sujet, qui font chanter les centrales électriques, les trains et les calculettes, que trouvent les héritiers de la vague punk et qui leur servirent souvent de point d’appui. C’était la « non-musique » dont les non-musiciens du punk avaient besoin. Non-musique au sens où est éliminé la mélodie comme référence possible d’une narration, d’un récit, d’une histoire qui a un sens. Quelques exemples : « Warm leatherette » de The Normal (1977), l’évolution qui mène des début de Joy Division au New Order des années 80, et puis, en France, la brève floraison de la bien nommée « coldwave ». Dans cette glaciation, il y eut aussi quelques groupes (D.A.F., Front 242, Nitzer Ebb) qui gardèrent du punk l’intensité, l’énergie vitale, une espèce de rage de survivre (et non de vivre) dont on trouve encore les traces dans la mouvance qu’on qualifie d’EBM (Electronic Body Music).

Bien sûr, les boucles répétitives, les machines, l’élimination du sens, on trouve aussi cela dans la techno, dans la « dancefloor music » précédemment évoquée. Il y a des filiations, d’ailleurs : les créateurs de ce courant, à Detroit, ont été influencés par Kraftwerk et aussi, plus directement, par des morceaux comme « Los ninos del parque » de Liaisons Dangereuses. Il y a des différences, tout de même, même si elles ne sont pas aisées à exprimer. Il y a dans la coldwave, par exemple, un curieux mélange de négativité, de poésie et d’énergie qu’on ne trouvera pas, ou qu’on ne trouvera que fugitivement dans la techno et ses dérivés. C’est une musique froide et dure, mais d’un temps où la musique électronique, encore analogique et non numérique, avait gardé quelque chose d’artisanal, de poétique, avait gardé un « tremblé ». On est sorti pour de bon de l’idéalisme, mais on n’est pas encore dans le cynisme, quelque part en suspens entre les deux. Il peut y avoir une ironie, mais légère. C’est une musique qui hésite entre la distance et l’angoisse, apparence lisse et distorsion juste sous la surface, derrière le miroir. Un équilibre instable, de l’énergie, mais concentrée, encapsulée. C’est peut-être la mise à distance qui domine : on se met hors du jeu, aussi par rage (plus ou moins rentrée) qu’il n’y ait pas de jeu.

Le postpunk dans ses différentes incarnations est, pour simplifier, mort vers le milieu des années 80. Il se trouve que, depuis le milieu des années 2000, ces « non-musiques » suscitent un regain d’intérêt. Les signes en sont multiples : Kraftwerk, qui n’avait pas sorti d’album depuis 1986, en sort un en 2003 et multiplie ensuite les tournées, l’exposition et l’album-compilation « Des jeunes gens modernes » qui, en 2008, fait retrouver la coldwave française, les retours sur scène de Gary Numan, de Front 242, de Throbbing Gristle et de quelques autres, les réminiscences visibles chez Miss Kittin & The Hacker depuis leur morceau « 1982 »… Bien sûr tout cela ne touche pas vraiment le grand public, mais ni plus ni moins que dans les années 1977-1983.

Ce qui me frappe, c’est qu’on retrouve aujourd’hui, non pas dans le grand public mais dans un public qu’il faudrait délimiter socio-historiquement, une sensibilité esthétique qui était celle de son équivalent dans les 1977-1983, c’est que, dans, l’interrègne entre idéologies dominantes que nous vivons aujourd’hui, resurgit une attente envers un univers sonore qui se manifestait déjà dans l’interrègne précédent, ce qui peut vouloir dire, osons cette conjecture, qu’elle n’est pas sans lien avec une situation socio-politique singulière et une position et/ou des attentes non moins singulières par rapport à cette situation.

Ce genre de rapprochement est, je le sais, hasardeux et approximatif, mais je n’entends personne le faire, et c’est pourquoi je me permets de l’exprimer.


[1] La typologie de Boltanski et Thévenot comprend 6 « cités » : marchande, inspirée, civique, industrielle, domestique, d’opinion.

[2] Le changement de sens, en français, du mot « investissement », est très symptomatique : après avoir désigné, dans la comptabilité nationale, la « formation brute de capital fixe », donc l’augmentation du capital productif, il a pris le sens, comme l’anglais « investment », de « placement financier ». C’est clairement le cas, à tout le moins, dans la littérature en sciences de gestion.

[3] C’est peut-être le moment de lire les réflexions de Gérard Mendel sur la question, lui qui savait opposer au pouvoir dans son acception la plus courante, qui est pouvoir sur les autres hommes, le pouvoir sur ses propres actes, sur ce que l’on fait.

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69 réflexions sur « A PROPOS D’INTERRÈGNES ET DE QUELQUES SONS QU’ON Y PERÇOIT, par Jacques-Olivier Charron »

  1. Mouais, disons qu’il n’est pas besoin d’aller si pointu vers la démo musicale socialo-psychologique. D’abord si les russes avaient gagné la guerre on aurait joué de la balaïka dans les rues et non pas du swing, du be-bop, du rockabilly et tout ce qui s’en est suivi.
    Demi-plaisanterie mise à part la musique vivante, celle des ados et post-ados, sécrétion parlante d’une jeunesse en quête d’un vortex qui combine quête de l’absolu et besoin d’exister, nous a présenté, à nous autres habitants de cette époque, de manière très claire, le passage d’un climat d’après-conflit à celui d’un monde d’avant guerre. Les Hendrix, Janis Joplin et autres Jim Morrison se sont brûlés sans réserve, eux. Il n’y avait pas là de calcul commercial, à l’instar d’un cosmos musical actuel qui ne présente plus que des resucées de cette époque, mises dans le désordre, avec un fort goût de marketing industriel. La petite Winehouse par exemple. Rien de plus parlant.

    1. Partiellement d’accord avec vous Mike, dans le sens ou la métaphore filée par l’auteur est plus subtile qu’il n’y paraît. La période 1977-1983 est la dernière dans laquelle il est aisé d’assimiler une culture massivement partagée, dépassant le cadre de l’exploitation commerciale. Depuis le débat politique, son appropriation par le peuple, a progressivement disparu des discutions familiales, amicales, professionnelles, jusqu’à devenir bien souvent un sujet tabou qu’il vaut mieux éviter d’aborder au risque de créer des conflits. Un rapport ténu entre les pensées des citoyens et le discours politique, une certaine expression démocratique s’est depuis éteinte. Cette rupture entre l’élite et le peuple s’explique de moult manières largement exposées sur ce blog. Concrètement, cela se traduit par l’abstention, le recul de l’action syndicale, la perte de conscience collective. Il est devenu illusoire de penser que nos idées, nos discutions trouveront un écho dans la sphère politique qui s’est destitué du débat essentiel de l’intérêt général. Voilà pourquoi nous parlons aujourd’hui moins facilement politique. Voilà pourquoi depuis 83 il n’y a plus de courants artistiques aussi forts, nets et identifiables, mais plutôt une coexistence de plusieurs mouvements, sans que l’un prennent nettement le dessus au risque de paraître partial, et surtout de donner du sens là ou il n’y en a plus. Illusion partagée par certains rassemblements qui se disent apolitique, simples exutoires éphémères. On ne peut mettre d’étiquette musicale à notre époque, à moins d’en mettre plein. Ou encore un silence qui s’impose. Celui de la pensée TINA, malgré la musique d’estomacs avides de démocratie.

      1. Rien compris, désolé.

        Pour ce qui est de la politique stoppez le blabla universitaire installé bourgeois, si bien installé par des zéros de la vie tels que Bourdieu, Castoriadis et autres intellos en chambre…. et puis engagez vous. Mieux faites que les gens s’engagent.

        Je dirai même plus : détruisez, si vous voulez reconstruire

        Bordel

      2. salut Mike,
        pour lire Bourdieu ces temps ci, je ne crois pas que ce soit si facilement jetable, ce qu’il dit/écrit (qui n’est que la mise en contradiction de plein d’autres théorie de chercheurs.ses avant lui).
        Ce qui est sûr, c’est que nombreuXses sont cellesUX qui ne l’aime pas pour le trouver “lourd”, “indigeste”, “blablateur”. Ca m’a souvent l’air de confirmer ce qu’il reconnaissait lui même, à savoir que ceLLESux qui aurait intérêt à le lire n’ont qu’une probabilité très faible de le faire (en partie parce que on se contente souvent des commentaires qui en sont fait sans jamais le lire directement), et que ceLLESux qui peuvent le lire n’ont que peu d’intérêt à le faire (parce que ça met directement en cause des présupposés que les plus “intelligents”/”doués” peuvent avoir en croyant à ce qu’il appellait en reprenant Durkheim, une “sociodicée”, une justification de leur privilège, du à leur “intelligence” et au “mérite”.

        J’ai mis beaucoup de temps avant d’avoir une compréhension de son intention (via des informations donnés par Boltanski, voir le marrant et instructif livre Rendre la réalité inacceptable, qui parle par exemple de l’ambiance dans laquelle s’est crée les Annales de la Recherche en Science Sociales, “un fanzine de sociologie”…) ou de ses concepts. J’y suis arrivé par Pierre Carles et son documentaire la sociologie est un sport de combat, pis en alternant de retranscriptions d’entretiens qu’il faisait à la radio (voir Le sociologue et l’historien, avec Roger Chartier).
        Bourdieu n’est pas dieu, je ne pense pas qu’il ait du mérite, si on lui applique son analyse. Il dirait probablement qu’il n’a pas pu s’empêcher de faire ce qu’il a fait, vu l’époque dans laquelle il a vécu (discrimination de ses origines paysannes/provinciales et “modernisation” de l’agriculture, guerre d’Algérie, mouvement syndical en Pologne, avènement du néo liberalisme, etc.).

        Faire table rase, ça permettrait probablement qu’une fois encore,” l’histoire nous apprenne que l’homme n’apprend rien de l’histoire” (c’est un aphorisme hegelien qui m’avait marqué. J’ai jamais lu Hegel dans le texte, je l’ai vu dans un bouquin “Bill l’espiègle ou l’histoire d’une pompe à eau”). Un livre comme Questions de sociologie montre bien quelle est la portée politique des résultats de ses analyses (qu’il n’est pas tout seul à avoir fait émergé, encore une fois). Et combien ça donne d’outil pour essayer de mieux comprendre pourquoi les mouvements sociaux/ les colletifs qui se montent foirent, et dans quelle direction on peut discuter pour que ça foire moins (c’est pour moi le principal avantage de la réflexivité, c’est à dire commencer par se prendre dans l’analyse, et faire attention à ce qui se passe entre soi et les autres).

        Il y a aussi ces entretiens qui sont abordables,
        http://www.youtube.com/watch?v=G82TGZ8L2Tc

        ou dans un style visuel qui a mieux vieilli :
        http://www.ina.fr/sciences-et-techniques/sciences-humaines/video/I04340447/laure-adler-interroge-pierre-bourdieu-sur-la-so.fr.html

        science du bordel ?

  2. Article très intéressant, certes – encore que je me sois contentée de survoler, à nouveau, les explications musicales, qui me laissent de glace. Mais je me suis souvenue que je l’avais déjà lu. Pourquoi ne pas en donner la source ? Mediapart. Blog de Jacques-Olivier Charron. Interrègnes.
    http://blogs.mediapart.fr/blog/jacques-olivier-charron/250511/interregnes
    Un chapeau d’introduction aurait peut-être évité cette désagréable impression de légère malhonnêteté…
    Et j’espère que le modérateur ne fera pas sauter mon commentaire !

    1. Bonjour Alexandria,

      C’est Jacques-Olivier Charron lui-même qui nous a proposé de publier son article sur le blog de Paul Jorion. La version qu’il nous a fait parvenir est sensiblement différente de celle déjà publiée sur son blog.

  3. Intéressant, et pourquoi pas ?

    Je note au passage qu’à chaque fois que la très belle Cécilia Cheung joue l’ode à la joie dans le film “white dragon”, elle s’apprête à jouer un vilain tour à ce pauvre “plume de poulet”. L’ode à la joie est malheureusement devenu l’ode à la dérision, tandis que notre Marseillaise se chante toujours avec des trémolos 🙂

    J’ai entendu un grec chanter “Allons z’enfants de la patrie”, en sortant de sa boutique, à Athènes.

    Pour dire qu’il faudrait élargir l’investigation aux autres siècles et je ne suis pas du tout persuadé par exemple que Tchaikovsky reflète en quoique ce soit la misère du peuple russe. Il reflète l’autisme de la classe dirigeante.

    Quoiqu’il en soit mon père dit que toutes les chansons populaires étaient tristes à une époque, entre deux guerres ou après. Le symbolisme déjà (avant donc) était un mouvement plutôt porté vers la mélancolie, cf Pélléas. Le symbolisme était métonymique, une partie devant évoquer le tout.

    Actuellement nous n’avons aucune idée de la misère d’avant, du “mauvais vieux temps” comme dit Huxley. Du travail si dur, de la tuberculose et autres maladies qui rodaient partout. Pas étonnant que la musique populaire en tout cas n’était pas gaie.

    Le postpunk, une autre fois.

  4. “Techno-futur ma petite ! ”

    (Un cri entendu par un jeune SDF “post punk” à une gamine friquée dans les rues de Tours il y a 15 ans )…so what ?

  5. Je partage le constat sur l’évolution historique. Le découpage me semble pertinent. Ne serait-ce que pour la France la date de 1976 est bien choisie. C’est cette année là que Valérie Giscard d’Estaing alors président de la république publie “Démocratie française”, livre dans lequel il introduit expressément le terme “néolibéralisme”le vouant à un brillant avenir …

    Par contre je suis assez dubitatif quant à l’éventualité d’un compromis civique-marchand, qui m’apparaît être l’alliance de la carpe et du lapin, à moins qu’il ne s’agisse d’une nouvelle idéologie dont la vie ne pourra être qu’éphémère en phase de transition douce, si elle a lieu.
    Une fonction d’évaluation dévolue à la finance reprise en main par la démocratie c’est ipso facto un rapport de force qui redevient favorable à l’industrie au détriment de la finance comme principe directeur de l’évolution des sociétés humaines.
    L’idée de compromis civique-marchand fleure bon son coté demie mise au pas de la finance.
    Or je ne vois rien qui indique que l’on puisse faire dans la demie-mesure si l’on veut effectivement rendre au civique toute sa place.

    Ceci dit je me trompe peut-être dans l’analyse, la présentation qui est faite dans cet article étant trop peu développée pour qu’on puisse se faire une opinion définitive sur la question.

    1. L’analyse est intéressante (lue en diagonale soit) mais le rôle des industries de programmes me semble sous-estimé.
      C’est en faisant “signifier” le marketing que le reste a disparu. C’est le somment d’un vaste iceberg, ce mot “marketing”, et je ferais référence (once more) à Bernard Stiegler pour les visions du rôle des industries de programme.
      Ou plus prosaiquement au petit ouvrage “Mon enfant n’est pas un coeur de cible” de J Ph Desbordes (Actes Sud)

    2. @Pierre-Yves

      Pas d’accord. Le compromis devra bien être civique/finance. Tu sais très bien que les citoyens chômeurs comme les patrons et cadres gérants surpayés sont les deux sous-parties, deux faces de la même médaille, de partie industrie ou économie “réelle” du compromis industrie/finance actuel. Et que pour la partie finance la médaille est constituée d’un côté par le pouvoir à haut rendement en artiche des seigneurs et maîtres de guerre de tout grade de l’aristocratie financière et de leurs innombrables mandants, “citoyens”-investisseurs ou rentiers de tout acabit, quant l’autre face rassemble leurs débiteurs éternels et universels.
      Intégrer la finance dans le débat démocratique, explicitement, exhaustivement, en transparence totale, puisque l’industrie a posé les armes comme le politique ou les prétendues institutions régulatrices, jusqu’aux banques centrales, c’est une évidence, non ? Ce n’est pas objet de débat démocratique. Les français accumulent 3 000 milliards d’actif financier net et ce n’est jamais parlé, traité, négocié explicitement dans l’espace public, à peine dans l’espace semi-public. Pas même seulement expliqué.
      Dans ce cadre démocratique seraient mis au grand jour les intérêts réels qui se font face dans un rapport de force finance/industrie et finance/États dont l’image que nous renvoient médias comme politiques n’est qu’un voile pudique et trompeur, et figure toi que l’interdiction des paris sur les fluctuation de prix deviendrait très très vite un sujet brûlant, à traiter d’urgence…
      Ce serait alors à chacun, citoyen un peu mieux éclairé comme entrepreneur politique un peu plus contraint, de donner son avis…

      1. Vigneron

        Bien sûr que je suis pour la régulation de la finance et je partage le constat que tu fais.
        Ce que je voulais dire c’est que l’irruption de la démocratie dans la finance serait en soi une mise au pas de la finance, d’où l’idée que ce ne serait pas un compromis mais une victoire de la démocratie et une défaite de la finance qui serait réduite à la portion congrue, si on compare son rôle actuel à ce qu’elle deviendrait si elle se cantonnait à ne plus financer que les activités productives et, mieux, les activités, démocratiquement consenties avec l’introduction de la démocratie au sein de l’entreprise, ou par voie constitutionnelle. Bref, un changement de cap et non pas seulement un petit réglage de la voilure finance.
        Petits et grands rentiers sont dans le même bateau, la règle du jeu devra donc changer pour tout le monde, ou pour personne. Je me trompe peut-être, mais puisque l’enjeu est d’abord politique, c’est sur le plan politique que la bascule se fera. C’est un combat entre le politique et la finance.

      2. @Pierre-Yves

        Bon on joue un peu avec les mots, mais ce que j’entends dans “compromis civique/finance” c’est le redimensionnement de l’espace du débat public et démocratique alloué aux enjeux induits par la finance, enjeux incommensurablement disproportionnés en regard de ce qui est montré, parlé, porté à la connaissance du citoyen sur la place publique, aujourd’hui encore et malgré quatre ans de crise financière.
        Cette sorte de “compromis” est d’abord promesse de transparence démocratique par éclairage des tenants et aboutissants de l’hubris financière, par “désopacification” forcée de ses arcanes et de ses souterrains, devant aboutir en toute logique à sa remise à sa place de simple arpette affecté à l’intermédiation financière sous stricte surveillance… Ce que tu appelles la “victoire” de la démocratie sur la finance.
        La financiarisation de l’économie puis de la société et des consciences, comme l’instauration du capitalisme populaire ont été accomplies en loucedé; le chemin à rebours devra se faire en pleine lumière et en pleine conscience des citoyens, très démocratiquement koâ…

      3. @vigneron,

        Ce serait alors à chacun, citoyen un peu mieux éclairé comme entrepreneur politique un peu plus contraint, de donner son avis…

        donner son avis sur quoi? pouvez vous être plus explicite? Donner son avis sur les 3000 milliards d’actifs financiers net : « je veux ma part moi aussi! »

        Un débat démocratique où chaque citoyen donne son avis sur ce pactole, ça risque pas d’être triste!

        Et vu le niveau de connaissances et de compréhension de la plupart des gens quand il s’agit de gérer ou placer ne serait ce que 10 000 Euros c’est sûr que si on demande à tous leur avis sur les 3000 milliards on va s’amuser.

        Je vais vous dire un truc vigneron, j’ai aucune confiance en la “sagesse populaire” quand il s’agit de gérer l’argent. Surtout quand il s’agit de l’argent des autres. ok?

      4. @Chris

        Je vais vous dire un truc vigneron, j’ai aucune confiance en la « sagesse populaire » quand il s’agit de gérer l’argent. Surtout quand il s’agit de l’argent des autres. ok?

        Ça va sans dire monsieur Médec.., euh Estroz.. euh Chris06 ! J’avais bien compris monsieur le grand expert financier, monsieur le tout aussi grand démocrate, monsieur le chantre de l’auto-régulation des rentiers-experts et jaloux de leur liberté financière contre l’information démocratique des foules avides de son petit tas d’or éthique.
        On avait déjà tous compris où vous vous situiez, de quel côté dé la médaille…

      5. @vigneron,

        c’est bizarre que vous n’arriviez toujours pas à intégrer dans votre cerveau une case pour m’y mettre. Quoi? il en contient si peu qu’il n’arrive pas, ne veut pas, s’obstine à vouloir me mettre dans une qui ne me correspond pas?

        Me voilà maintenant en compagnie de Médecin et Estrosi. Quelle horreur, vite que je m’échappe…

      6. Chris vs. vigneron :
        J’ai eu l’impression d’avoir raison a posteriori : ce sont les termes même du débat autour desquels vous vous étripez, en réalité, pas tant que sur le fond.
        Donc quand je dis que pour cause de marketing ou autre “parasite de communication”, on a le plus grand mal à se causer “vrai” et que “that’s the question“, il me semble que je reprends un peu à ma façon ce que dit PJ quand il parle de refonder la science économique ou plutôt l’économie politique : retrouver les mots pour en parler, faute de quoi l’idée que

        le chemin à rebours devra se faire en pleine lumière et en pleine conscience des citoyens, très démocratiquement

        sera un vœu pieu.
        De ce point de vue, je ne pense pas qu’il y aura chemin à rebours, ou seulement au sein d’un changement tel qu’on n’appellera pas cela ainsi.

        Et le nombre de “propriétés émergentes” en série entre l’économie de mon compte en banque et les outils financiers est tel, que la compréhension du grand tout pour y remédier ne me semble pas être la voie. En revanche, se donner un principe de ” dignité économique”, propre à faire sentir à la fois le flux de richesse et les limites que doit connaitre le rapport de force entre les “classes”, mais qui ne soit que d’application “locale”, voila qui me semblerait possible.

      7. Mdr lol !

        Ce serait alors à chacun, citoyen un peu mieux éclairé comme entrepreneur politique un peu plus contraint, de donner son avis…

        Bienvenu vigneron ! Alors toutes vos gesticulations jusqu’ici, c’était parce que vous n’osiez pas m’avouer votre flamme… ! Mais moi aussi je vous aime ! Tenez : si vous voulez aller plus loin dans l’explication de la nécessaire prise de conscience de l’individu pour parvenir à l’échange, au dialogue, synonyme de démocratie, n’hésitez pas, j’ai tout le matos disponible, gratuitement, ça me fait plaisir.

        Où va se cacher l’humanisme parfois…

        À bientôt

  6. “Non-musique au sens où est éliminé la mélodie comme référence possible d’une narration, d’un récit, d’une histoire qui a un sens.”

    Eh ben, ça doit être vachement relatif parce que moi qui ne suis vraiment pas très branché rock (le plus rock que j’apprécie, c’est Pink Floyd, c’est dire), je vois pas du tout ce côté non-mélodique. Je dirais même que Gary Numan, Kraftwerk et plus récemment Miss Kittin (écoutez “barefoot tonight”), c’est hyper-mélodique. En fait, je pensais même que ce qui m’éloignait du rock et me rapprochait de l’électro (et du classique), c’était le goût pour la mélodie. Bon, ben, je dois pas avoir l’oreille musicale.

    “On a détruit le sens, on n’en construit pas de nouveau, et en attendant on ne sait quoi les machines tournent pour tourner, en boucles répétitives, sans fin. Une très belle représentation de cela, c’est ce que j’ai vu vers la fin d’un concert de Kraftwerk : pendant le morceau « Numbers », les membres du groupe quittent la scène, les machines restent et la musique continue, belle façon de signifier qu’elle n’a pas besoin d’eux.”

    Pas tout à fait. C’est vous qui y voyez une perte de sens parce que vous pensez “rock”. Ce qui caractérise l’électro, c’est la perte du caractère individualiste de la musique. Il n’y a plus une vedette sur scène qui joue de la musique, la vedette est la musique et ceux qui l’écoutent en dansant, et elle est commune (d’où le recours au sample par exemple). Toujours la mentalité “rock” essaye de reprendre le dessus en personnalisant et privatisant la musique, exemple: les rave parties au début qui ont été récupérées par les dj. Dès qu’il n’y a plus quelqu’un sur scène, visible, la mentalité “rock” voit une perte de sens… (un peu comme si les chefs-d’oeuvre anonymes du moyen-âge manquaient de sens)

    1. Et si la vedette c’était la machine? Miss Kittin ou the Hacker, tout deux grenoblois, promue par la technolâtrie du sillon alpin pour être le reflet culturel, hype, moderne, du monde-marchandise tel qu’il se développe entre Valence, Genève, Grenoble. Il a fallu 10 ans à la mairie de la technopole grenobloise (et un détour par Berlin) pour assimiler tout le potentiel du gros son, mais le lien est fait, c’est raccord. On s’étonne même qu’ils est mis tant de tant à se trouver. Dégager sous l’apparence de discours apparemment divergents, les teufeurs et leur “terrorisme techno” (sic), la convergence de structure et de projet, avec le techno-gratin des ingénieurs et de leurs mondes NBIC.

    2. J’ai du mal m’exprimer, mais en fait je suis plutôt d’accord avec vous… En tout cas sur la question de la “perte du caractère individualiste de la musique”. Par ailleurs si perte de sens il y a dans la musique, cela me convient parfaitement, j’y cherche plus la sensation que le sens.

  7. Interessant.
    il est evident que la musique reflete les ideologies ambiantes. Mais on peut en dire de meme pour l’art en general. En particulier, il serait interessant d’analyser le cinema d’aujourdhui en regard de votre notion d’interegne, et donc peut etre voir les ressemblances et differences par rapport à la periode 1977-1983.

    1. OH oui, Oh oui !!! Il y aurait de quoi remplir un blog tout entier avec ce sujet.

      Exemple ?
      Saviez-vous que ce qui est rassemblé aujourd’hui sous le vocable “art contemporain” est aujourd’hui tellement sous le contrôle d’une idéologie dominante, pour simplifier celle qui domine au Ministère de la Culture, qu’il ne concerne que 10% de la population (ceux qui savent) et 90% des subventions (FRAC et autres). Les autres ? Quels autres ?

      Ainsi, selon la doxa du moment, pour être artiste, il faut:

      1) être décalé => comprendre : riche ou pauvre (ou faisant semblant) mais pas surtout pas moyen
      2) être ouvert => comprendre : avoir des mœurs douteuses qu’on peut médiatiser et buzzer
      3) avoir un look => comprendre : tous les extrêmes vestimentaires et aménagements physiologiques sont encouragés, tels une infinité de clichés lassant. ex: tonsure, piercing, nudité, drogue dure, moins dure (alcool + cigarette),
      4) apporter une évolution significative => comprendre : fabriquer du choquant, du dérangeant, du jamais vu, du reproductible à l’infini pour diffuser et enrichir les intermédiaires

      Et les autres ? Ceux qui créent des œuvres “classiques” parce que soit-disant “déjà vues”, qui vivent normalement (avec des enfants, quelle horreur !) et qui ne se droguent pas ? Circulez, ce ne sont pas des artistes, tout au plus de vulgaires artisans sans envergure (comprendre : pas de spéculation possible sur leur travail).

      Nous avons l’art qu’on mérite.
      Et celui – officiel – que nous avons aujourd’hui est bien un héritage de règnes ou d’interrègnes où il s’est passé quelque chose de grave : le syndrôme du leg Caillebotte, jamais dépassé.

      Les autres ? Quels autres ?
      Trouver un travail et en vivre est déjà difficile, alors vivre de son art… Allons, soyons sérieux !

      1. L’art tel que nous le connaissons aujourd’hui, n’a plus rien à dire, c’est du simulacre pour morts-vivants, pas même UNE dépense somptuaire dont pourrait se targuer l’élite. Les reliques de l’art contemporain ne dépasseront pas cette époque d’interrègne, ils seront les débris que l’on massacre joyeusement comme lorsque les chrétiens détruisirent les temples païens.

    2. Je signale un chapitre de Jean Marc Mandosio dans ‘D’or et de Sable” aux Editions des Nuisances, sur la musique.
      Et notamment sur la techno et sa pulsation à 130 (batt/ mn cf;métronome) quasi physiologique, “verrouillée” sur la réponse du cortex (du moins de la partie concernée pour cette classe de son, sans jugement de valeur)

    3. Exemples de parallèles chronologiques cinématographiques pour trois créateurs emblématiques de “l’endroit où ça s’passe” vraiment. Puisque le reste ne compte plus (Italie, Angleterre, Japon, Allemagne, etc), ou pas vraiment (Cinéma subventionné français et cinémas trop jeunes ou trop “décalés” pour l’exercice comparatif)…

      Scorcese :
      Il y a 30/35 ans :
      # 1976 : Taxi Driver
      # 1977 : New York, New York
      # 1978 : La Dernière valse (The Last Waltz)
      # 1980 : Raging Bull
      # 1983 : La Valse des pantins (The King of Comedy)

      Depuis 2005 et en projet :
      * 2005 : No Direction Home : Bob Dylan, documentaire
      * 2006 : Les Infiltrés (The Departed)
      * 2008 : Shine a Light, documentaire
      * 2010 : Shutter Island
      prochainement
      * 2011 : Living in the Material World: George Harrison, documentaire
      * 2011 : L’Invention de Hugo Cabret (Hugo Cabret)
      en projet
      * 2011 : Sinatra, The Story Of His Life
      * 2012 : The Rise of Theodore Roosevelt
      * 2012 : The Irishman 9e collaboration avec Robert De Niro et avec Joe Pesci
      * 2013 : Silence

      Coppola (idem) :

      #1979 : Apocalypse Now .
      #1982 : Coup de cœur One from the Heart
      #1983 : Outsiders The Outsiders
      Rusty James

      *2007 : L’Homme sans âge Youth Without Youth
      *2009 : Tetro

      Spielberg :

      # 1977 : Rencontres du troisième type (Close Encounters of the Third Kind)
      # 1979 : 1941
      # 1981 : les Aventuriers de l’Arche Perdue (Raiders of the Lost Ark)
      # 1982 : E.T. l’extra-terrestre (E.T. the Extra-Terrestrial )
      # 1983 : La Quatrième Dimension (Twilight Zone) – deuxième épisode

      * 2005 : La Guerre des Mondes (War of the Worlds)
      * 2006 : Munich
      * 2008 : Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal (Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull)
      * 2011 : Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (The Adventures of Tintin: Secret of the Unicorn) – film en motion-capture (en post-production)
      * 2011 : Cheval de guerre (War Horse)

      Projets
      * 2012 : Lincoln Lincoln
      * 201? : Indiana Jones 5 Indiana Jones 5
      * Interstellar Interstellar
      * Deception Point Deception Point
      * Matt Helm Matt Helm
      * The Rivals The rivals
      * The 39 clues The 39 clues
      * Pirates lattitudes Pirates lattitudes
      * Robopocalypse Robopocalypse
      * Transformers 4
      * Jurassic Park 4

      J’laisse les cinéphiles et les exégètes conclure… Voilà voilà…

  8. @ Julien Alexandre

    Julien, je viens de vivre une demi-heure de « métaphysique expérimentale », je me lève, tape et envoie un commentaire, particulièrement soigné, sur Charron. Après ma première ma tasse de café, recharge pour relire et ajouter une virgule (j’ai compris que nous n’avions droit qu’à une seule chance) et là, je m’aperçois que j’avais rêvé, plus de Charron. Bon, je rebois une tasse de café tout en réfléchissant au fait que nous tenons la preuve que les univers parallèles existent (il suffit de passer au blanc une portion du temps).

    Après ma séance quotidienne de rasage, retour au blog, Charron est là ! J’avais juste rêvé que j’envoyais un commentaire. Si tu croises quelque chose ‘de ressemblant’ surtout ne le publie pas ce serait une imposture d’un “autre moi” en provenance d’un univers parallèle. La preuve ? Je viens de vérifier, il n’y a aucune trace d’un quelconque commentaire sur Charron dans mes fichiers Word !

  9. A propos d’interrègnes et de quelques sons qu’on y perçoit

    Merci pour la cédille… 😉

  10. Oui c’est bien l’invention d’ une nouvelle architecture institutionnelle qui est notre tâche.
    Comment dépasser l’entreprise capitaliste et le gouvernement oligarchique?(l’entreprise est aussi une institution)
    Je crois qu’une piste pour cela est de se demander comment nous pouvons “publiciser le service privé”, c’est-à-dire que l’ensemble de notre activité en vienne à être déterminée par un perpétuel débat sur nos besoins, plutôt que soumise au marché(manipulé par la pub).
    Des institutions où l’on puisse enfin se poser les questions” De quoi avons nous besoin?”, “Que voulons-nous?”, “Que pouvons-nous?”
    Ne sommes-nous pas devenus une majorité à vouloir simplement travailler les uns pour les autres et non plus profiter ou se planquer?

    1. @dussardier,

      Ne sommes-nous pas devenus une majorité à vouloir simplement travailler les uns pour les autres et non plus profiter ou se planquer?

      Il me semble qu’en instituant la participation, à commencer par se nettoyer les neurones de sa sémantique héritée , nous pourrions viser à l’institution d’un bien commun De quoi avons-nous besoin? », « Que voulons-nous? », « Que pouvons-nous? ». Bien des choses peuvent progressivement être entreprise sur ce modèle et progressivement consolidées.

      1. Lien avec l’ouvrage récent de Jeremy Rifkin (“Civilization of Empathy” ? (en français : vers une nouvelle conscience pour un monde en crise”., non ?

  11. Le punk, lui, a très vite laissé la place à quelque chose d’assez multiforme (et qui n’a pas rencontré, loin de là, le même succès)

    Vous allez un peu vite. Le punk, c’est aussi une rythmique et une rage particulière que l’on retrouve dans le courant dit “rock alternatif” des années 90 avec, par exemple, des groupes comme Ludwig von 88, Bérurier Noir, qui sans avoir connu une grande couverture médiatique ont fortement marqué une génération (de contestataires radicaux, cela s’entend). Comment ne pas parler aussi de l’influence évidente du punk pour des groupes, cette fois très populaires, comme Noir Désir et Nirvana ?

      1. Avec quel sens ? Quelle finalité ?
        Je ne parle pas des auditeurs bienveillants par nature et qui suivent tranquillement les évolutions musicales mais des adeptes du punk, musiciens ou auditeurs.

      2. @ Thom Bilabong

        Avec quel sens ?

        L’expression enragée du désespoir.

        Quelle finalité ?

        Aucune.

      3. La rage, Bille à Bongbong, tu comprends ? Tu me la mets en musique, communiquant ? L’esprit du Rock quoi.
        Les punks britishs et les ricains avant ont refoutu d’la gazoline dans le ventre du rock pour 40 ou 50 ans de plus, that’s all. Et merci à Johnny “Rotten” Lydon, Sid Vicious, Joe Strummer, Paul Weller, Joey Ramone, Johnny Thunder, Iggy, Richard Hell, Alan Vega et tous les autres, et mëme à Malcom Mac Laren…

        Rage against the Machine…
        http://m.youtube.com/watch?&gl=FR&hl=fr&client=mv-google&rl=yes&v=-58-36lSqG4

  12. Personnellement ce qui m’a choqué en terme de musique ca a été lorsque des jeunes avaient l’air de s’épanouir sur les rythmes faciles et commerciaux d’une musique inventée de toutes pièces par une marque de vetement “tecktonic” .. mais on pourrait mette facilement ca en parallèle avec les debut des sex pistols qui ont été lancés sur un mouvement post rock naissant pour faire la promo de vetements en cuir d’une boutique.

    La commercialisation de la musique et l’industrie musicale avec la star ac’ et ce genre de choses nous montre qu’on est passé d’un mouvement musical qui peut etre commercial mais d’une manière simple et qui tourne avant tout autour de la musique (les origines du rocks on va dire) à un mouvement musicale complexe, liée a l’industrie dans une optique de rapporter

    Ce genre de choses est un miroir effectivement pertinent pour voir les evolutions de notre société.

    Merci pour cet article

    1. “Personnellement ce qui m’a choqué en terme de création vestimentaire ça a été lorsque des jeunes avaient l’air de s’épanouir dans des fringues faciles et commerciales d’une mode inventée de toutes pièces par une société de production de musique « tecktonic » .. mais on pourrait mettre facilement ça en parallèle avec les débuts des marchands de fringues de sous-culture de King’s Road comme le couple Mac Laren-Vivianne Westwood qui ont été lancés sur un mouvement post rock naissant pour faire la promo des sex pistols et derrière eux la fortune naissante de Richard Branson à travers Virgin et de la major EMI…”

      Héhéhéhé. NEVER MIND THE BOLLOCKS ! HERE IS THE SEX PISTOLS !

      Kultur ! Underground Culture ! Grande Culture ! Sous-culture ! Industrie Culturelle ! culture de Masse ! Vraie Culture populaire ! Fausse culture commerciale !
      Connerie en tube, en boite, en sachet, sous blister, sous verre, en musée, en bits, en salles de ventes, en catalogue et en vrac !

  13. Très passionnante,cette mise en parallèle,quoique un peu acrobatique,je ne suis pas très versé dans l’histoire de l’art mais je reste bluffé de l’étonnante modernité d’un peintre comme Picasso qui casse les codes avec le cubisme à partir de 1907 et n’annonce en rien, de mon point de vue, la boucherie d’un autre âge qui va suivre.
    Cela dit ,cette contribution à double entrée de M.Charron est très stimulante et devrait induire de nombreux déchirements.

  14. les debut des sex pistols qui ont été lancés sur un mouvement post rock naissant pour faire la promo de vetements en cuir d’une boutique.

    C’est exact, mais sex pistols a été un groupe éphémère. Leurs successeurs français ont au contraire tenté d’échapper à l’industrie musicale, sans grand succés, en créant leurs propres labels.

  15. La musique d’aujourd’hui, je ne sais pas trop en quoi, elle consiste.C’est celle qui est promue avec plus ou moins de zèle par les grands labels avec un ciblage assez précis, correspondant à la fragmentation du moment.Vous me direz,il y a des petits prétentieux qui se disent indépendants,financièrement peut être ,mais musicalement?
    Quel rapport avec l’inter-règne ?
    Franchement je ne sais pas…

  16. “Quel rapport avec l’inter-règne ? ”

    “La clef fondamentale de l’ordre cosmique ne peut se trouver que dans une parfaite harmonie. Sans elle, la musique ne peut exister car l’harmonie est l’essence même des sons organisés. Forts de cette évidence, les Anciens tentent d’associer le plus étroitement possible le cosmos et la musique afin d’en montrer la parfaite symbiose “…

    “L’histoire de l’astronomie et de la musique sont étroitement liées. Dès l’Antiquité, certains philosophes grecs attribuèrent une note à chaque planète. Les frottements des astres contre le ciel, lors de leurs mouvements harmonieux, étaient censés émettre des sons. De la cosmologie des Grecs, Dominique Proust nous fait traverser le Moyen Âge et la révolution copernicienne. Sur le fond de ce fil directeur des relations entre musique et astronomie, cet ouvrage est une façon originale d’aborder l’histoire de la cosmologie et de l’astronomie occidentales ”

    Vidéo / Dominique Proust : http://www.webcampus64.fr/differe/math-physique/46-arts-rock
    Livre : http://www.grandpublic.obspm.fr/L-harmonie-des-spheres
    CD : http://ama09.obspm.fr/ama09/index.php?body=projets/fiche_resume_PROUST.html

    1. Un grand mercii pour ces clefs “lumineuses et intemporelles”.
      Que l’harmonie des nombres amours , délices et orgues soit avec nos “astrologues” aristotéliciens. 🙂

  17. A propos de son, et du lien entre le son et l’époque, lu dans “Techno, le son de la technopole”, de Pièces et Main d’oeuvre (éditions L’Echappée) :
    “(…) la techno a adopté et banalisé l’ersatz comme mode d’expression, de représentation, d’existence. Le son électronique est un son reconstitué, comme le pseudo-bois de la menuiserie industrielle. Découpé en particules élémentaires réagencées et traitées par la machine selon les effets recherchés. Réverbération, filtrages, distorsion, saturation. La musique d’un monde né de la fission nucléaire, nourri au maïs génétiquement modifié, lancé dans la manipulation de la matière à l’échelle nanoscopique.”

      1. Juste une précision: la version originale de “Radioactivity” (1975) n’était pas du tout “antinucléaire”. C’est seulement quand Kraftwerk a fait une nouvelle version pour l’album “The mix” (1991) que c’est devenu plus “politiquement correct” et qu’ils scandent “Stop the radioactivity”… Ce n’est pas forcément à leur honneur.

    1. on aura aux oreilles du Bach, tout en commandant son steak à base de merde (c’est ce que j’ai lu c’est bientôt là sur un gratuit trouvé dans le train lu avec annonce de toutou adorable) et la suite, au violoncelle du même bois que son Rostropovitch, mince ça glisse sur Eligh – Forks in the Road
      http://www.youtube.com/watch?v=QwDd6Z2SFFM

  18. A propos du son, et des liens entre le son et l’époque, lu dans “Techno, le son de la technopole”, de PIèces et Main d’oeuvre (aux éditions L’échappée) :
    “(…) la techno a adopté et banalisé l’ersatz comme mode d’expression, de représentation, d’existence. Le son électronique est un son reconstitué, comme le pseudo-bois de la menuiserie industrielle. Découpé en particules élémentaires réagencées et traitées par la machine selon les effets recherchés. Réverbération, filtrages, distorsion, saturation. La musique d’un monde né de la fission nucléaire, nourri au maïs génétiquement modifié, lancé dans la manipulation de la matière à l’échelle nanoscopique.”

    1. Aie Aie, la littérature PMO, si bien troussée, fichtre! Je promets que je ne P(rom)étherai plus.

      Le fonds de commerce de PMO me semble se baser, par bien des aspects, sur la perte de savoir-vivre ou de savoir-faire, liée à des changements d’échelle. Cette perte est réelle, mais l’analyse consistant à “charger” l’objet prométhéen du mal me semble surtout une façon certaine de pouvoir continuer au km à tenir ce discours. PMO aurait son gène égoïste, elle aussi?

  19. bonjour,

    “On peut y voir une conséquence logique de la décision de 1971, mais il n’est pas sûr que cette conséquence ait été délibérément recherchée, il n’est pas clair que Nixon souhaitait à l’époque remettre aux mains de mécanismes de marché quasi-incontrôlables la définition des axes structurants des politiques économiques.”

    La situation de la dette us et du dollar (BW, FMI, BM, pétrole), ainsi que les modes d’investissements(cf ci dessous) évitaient peut être à Nixon d’avoir à se poser ce genre de questions (“notre monnaie, votre problème” disaient les usa au monde entier) : sans être nécessairement délibérée quant à tous ses effets, cette décision n’en modifie pas moins le cadre général.
    Le régime des changes flottants ne revient il pas quelque peu à remettre la politique monétaire aux “marchés”?
    Qui plus est dans le cadre dollar.

    Les Américains ont investi, en 1965, 4 milliards de dollars en Europe. Voici comment ils ont été financés :
    * emprunts obtenus sur le marché européens des capitaux (Euro-émissions) et crédits obtenus directement dans les pays européens : environ 55%;
    * subventions budgétaires des autorités des pays européens, et auto-financement sur place : environ 35%;
    * transferts nets de dollars en provenance des États-Unis : environ 10%.

    C’est ainsi qu’à concurrence des neuf-dixièmes, les investissements en Europe sont financés au moyen de ressources européennes. Nous les payons, en quelque sorte, pour qu’ils nous rachètent.

    Jean-Jacques Servan-Schreiber – Le défi américain (1967)”
    soit ~2% du pib européen, et ~5% du pib anglais de 65. Pour les périodes précédentes, je n’ai pas de données (sauf plan marshall), mais cette part était probablement plus élevée.

    Des dollars sans liens avec la production us ou la détention de valeur, fait acté par Nixon en 71.
    Cela a t il ralenti ou accéléré les investissements us? Vu la pente de la courbe de la dette us, il se peut bien que ce phénomène se soit amplifié. Où va la plus value de ces investissements?

    “L’évènement de 1976 me paraît plus décisif, dans la mesure où c’est la première manifestation claire de soumission d’un gouvernement aux préférences des marchés financiers. … La priorité n’est plus la croissance dans un cadre national, c’est la satisfaction des intérêts du capital financier internationalisé.”

    Quand vous parlez de marché et de finance internationale, vous parlez de qui, plus exactement? Au sortir de la guerre, les usa avaient un pib pesant la moitié du pib mondial (ils sont à un tiers aujourd’hui) et détenaient la quasi totalité du stock d’or qui servait à gager la monnaie ; actuellement usa+europe= 55% du pib mondial (mais quelle est la part des actifs us?) .

    De plus, la première sujétion des états est aussi faite dans le cadre de l’otan dont le commandant en chef est au gouvernement us, guerre froide oblige, cela date de 49 :
    “Article 2
    Les parties contribueront au développement de relations internationales pacifiques et amicales en renforçant leurs libres institutions, en assurant une meilleure compréhension des principes sur lesquels ces institutions sont fondées et en développant les conditions propres à assurer la stabilité et le bien-être. Elles s’efforceront d’éliminer toute opposition dans leurs politiques économiques internationales et encourageront la collaboration économique entre chacune d’entre elles ou entre toutes.
    “Article 3
    Afin d’assurer de façon plus efficace la réalisation des buts du présent Traité, les parties, agissant individuellement et conjointement, d’une manière continue et effective, par le développement de leurs propres moyens en se prêtant mutuellement assistance, maintiendront et accroîtront leur capacité individuelle et collective de résistance à une attaque armée.”
    http://www.nato.int/cps/fr/natolive/official_texts_17120.htm
    Les budgets militaires pèsent lourd aussi.

    Deux ans auparavant : (de wiki)
    En 1945, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la charte de l’Organisation des Nations unies (ONU) fut signée à San Francisco. Tirant les leçons de l’impuissance de la Société des Nations (SDN), des désordres économiques de l’entre-deux-guerres, en particulier de la crise économique de 1929 (la Grande Dépression), elle faisait beaucoup plus attention à la coopération économique internationale. Les chapitres IX et X de la Charte affirment même la nécessité de créer les outils internationaux pour développer cette coopération.

    Ce seront les Accords de Bretton Woods en juillet 1944 qui fixeront les règles du jeu monétaire entre les pays en créant le FMI, qui sera suivi par la création en décembre 1945 de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD). En 1947, la conférence internationale sur le commerce et l’emploi de La Havane donnera lieu à la signature de la Charte de La Havane instituant l’Organisation internationale du commerce (OIC). Tentative avortée à cause du refus du Congrès des États-Unis de la ratifier.

    Le premier round du GATT fut signé par 23 États emmenés par les États-Unis.
    Le GATT visait à instaurer par convention “un code de bonne conduite libérale et multilatérale”.
    L’objectif principal de l’accord était la liberté des échanges par l’abaissement des droits de douane et la réduction des restrictions quantitatives ou qualitatives aux échanges.

    Les principes mis en œuvre par le GATT sont à rapprocher de ceux qui ont guidé l’action du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale en matière d’orthodoxie économique et de politique de développement.”

    Cette “charte de la havane” qui fut avortée par les usa, rapidement suivis des ses “alliés” :
    ” proposait :
    * L’intégration du plein emploi dans ses objectifs
    * L’Équilibre de la balance des paiements: aucun pays ne doit être en situation structurelle d’excédent ou de déficit de sa balance des paiements. (article 3 et article 4)
    * De favoriser la coopération « les États membres coopéreront entre eux, avec le Conseil économique et social des Nations unies, avec l’OIT, ainsi qu’avec les autres organisations intergouvernementales compétentes, en vue de faciliter et de favoriser le développement industriel et le développement économique général ainsi que la reconstruction des pays dont l’économie a été dévastée par la guerre. » (article 10)
    * L’adoption de normes de travail équitables
    * Le contrôle des mouvements de capitaux
    * L’autorisation des aides de l’État:
    * Des accords préférentiels sont possibles dans un cadre coopératif
    …etc… http://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_de_La_Havane

    L’acceptation de la décision de Nixon en 71, est aussi un acte de sujétion. Mais l’existence du pacte de varsovie rendait tout cela cohérent et avait l’air nécessaire.

    En 72, il y a aussi la création du serpent monétaire européen, visant à réduire les fluctuations de change entre les monnaies liées par cet accord, genre de proto-euro, qui a bien préparé le franc à une grosse attaque spéculative quelques années plus tard (comme pour la grêce actuellement) ; en 73 adhésion de la gb à la CEE “Dans les années 1970, les travaillistes veulent renégocier les termes de l’entrée dans la Communauté économique européenne (CEE) et doivent limiter les hausses de salaires à moins de 5 % alors que l’inflation dépasse 10 %, provoquant les grèves dures de l’Hiver du mécontentement.”(comme pour la grêce actuellement). Thatcher “cassera” l’inflation comme les syndicats.

    Jusqu’à récemment, les usa étaient le porte parole du marché, après avoir été le marché.
    Quand on parle de “marchés internationaux”, jusqu’à une date récente, on parlait en fait du marché américain, et la finance était celle qui provenait des états unis : il y avait collusion entre la politique extérieure américaine et l’élite américaine (credo protestant version internationale : “ce qui est bon pour les entreprises américaines est bon pour l’amérique”), et il y a toujours collusion.

    Pour une manifestation claire de cette sujétion, ce serait après la disparition du bloc soviétique, à mon avis : par ex l’accord de Marrakech, de 1994, qui permet la création de l’Organisation mondiale du commerce, prolongement du gatt.

    “Etant de ceux pour qui la notion d’idéologie dominante a du sens, je ne peux m’empêcher de penser depuis quelques temps aux parallèles qui peuvent être faits entre la période 1977-1983 et celle que nous vivons depuis 2007 ou 2008, début de la crise terminale du modèle néolibéral ou tout au moins de quelque chose d’assez bien délimité, d’un mode de définition des contenus des politiques à mener adossé à un ensemble précis d’idées et de justifications. Ces deux périodes ont ceci de commun qu’elles sont des interrègnes, des périodes pendant lesquelles une idéologie dominante s’effondre sans qu’une autre ne parvienne encore à la remplacer.”
    Je ne vois pas exactement le même modèle néo libéral : du coup, pour les périodes que vous distinguez, j’y vois seulement les péripéties du déploiement du paradigme (us)d’après guerre.

    bien à vous

    1. Lecture des versions successives du capitalisme de l’ouest puis du monde depuis 45 selon les variations du même paradigme géo-politique et militaire américain.
      Correct, et on sait tout ça.
      Mais, Sylla, et alors ?
      Vous voulez faire tomber l’Empire, vacillant mais néanmoins plus puissant que jamais, ou sans rival en tout cas et quoi qu’on en dise, ou le faire évoluer, ou attendre qu’il s’écroule, ou qu’il change de l’intérieur, reprendre le flambeau de Bin Ariston, ou quoi ?

      1. “le président Jean-Claude Trichet écrit que « l’objectif de cet ouvrage est de présenter de façon exhaustive mais accessible les raisons pour laquelle la stabilité des prix est importante ainsi que […] l’orientation de la politique monétaire de la BCE ».
        A supposer que cette preuve soit pertinente sur la période d’observation, il est pour le moins étrange que 20 ans après les données sur la période ne soient pas fournies. On pourrait supposer que les services statistiques de la BCE ne disposent pas des données d’inflation et de masse monétaire après 1990, mais cette hypothèse est peu probable. L’explication est bien plus simple : à partir de 1990, le lien entre inflation et évolution de la masse monétaire s’est largement décorrélé. Vous trouverez des éléments sur ce sujet dans l’annexe 3 de la proposition de la Fondation pour la Nature et l’Homme. Retenons simplement deux facteurs. D’une part, la globalisation des échanges, qui s’accélère précisément au début des années 1990, a eu pour effet de tenir les prix et de déconnecter l’inflation des phénomènes internes tels que la masse monétaire. D’autre part, l’inflation est aujourd’hui largement induite par l’augmentation des prix de l’énergie et des matières premières, phénomène qui n’a aucun rapport avec la masse monétaire.”
        http://financerlavenir.fnh.org/propositions/la-banque-centrale-est-prete-a-tout-pour-maintenir-son-dogme-exemple-n%C2%B01/#more-453
        Un Trichet nommé Thatcher…

        dans le fil , à vérifier aussi : http://www.dailymotion.com/video/xjiqcd_apathie-qui-detient-la-dette-francaise_news#from=embediframe : iles caiman, royaume uni, luxembourg

        à Vigneron :

        La situation d’origine et le cadre de loi (signé dès 47, sous l’aide Marshall, amplifié avec les accords internationaux, et pour nous la construction européenne.) suffisent à expliquer les contorsions des gouvernements, je ne voyais pas le but d’un focus sur 77-83, surtout si on accorde “un sens à l’idéologie dominante” : c’est de l’épiphénomène, pourquoi le présenter comme un moment clef, avec ce titre “interrégne” (entracte pour qui?le taulier encaisse tjrs.)?
        C’est au nom de la dette et de la balance commerciale, que l’on fait ces politiques de 77-83.
        Dette et déficit dus aussi à ce contexte omis.

        Comme le rappelle la présentation de Trichet, la fourchette historique choisie peut modifier les conclusions.
        Nietzsche parlait “du point de vue de la grenouille”, qui n’a une vue d’ensemble qu’à l’apogée de son saut.

        Sinon, c’est intéressant, son parallèle entre les paradigmes scientifiques et esthétiques.
        L’Empire égyptien formait déjà les nobles des pays conquis, pour les rendre plus compatibles.

        Abattre l’Empire, vous y allez fort. Mais s’il bouge, c’est qu’il y a malaise : la vraie puissance est celle qui ne sert pas, force ou persuasion ; et là il a l’air tendu.
        S’en détourner, serait plus simple.
        En première approximation, cette charte de la havane me parait pas mal, donc l’onu à mettre en avant. Avant qu’un autre gargantua ne prenne la place du calife finissant.
        Le bancor de PSdJ a l’air correct aussi (sauf pour le lien à l’or, à mon avis)

        C’est qui Bin Ariston?

      2. Au Verdon , a gauche du point de vue , au dessus du “jardin des écureuils ” (3 rappels en dessous), il a un secteur de voies d’escalades, superbes et pas trop dures (6a à 7a), dont les noms sont des jeux de mots sur le concept “arabe” ……du type “arabougris” etc …. le dernier qui a ouvert la voie a l’extrémité du secteur , l’ a appelé ” à l’ Est des Bens ” ….

  20. Rien sur le rap? C’est pourtant l’art des nouveaux troubadours. Les auteurs sont aussi interprètes, aucun rappeur ne chante les textes d’un autre. C’est tout le contraire du show-biz, c’est une démarche très “folk”.
    Sur le plan musical, la structure du rap est très voisine de structures très anciennes, comme celle du plinn. Ce sont des musiques essentiellement rythmiques.
    Qu’est-ce que ça signifie sur le plan socio-économique? Certainement un refus du système, la plupart de ceux qui font carrière se retrouvent reniés par leurs pairs s’ils doivent leur succès au prix d’une normalisation de leur rap aux attentes vulgaires du public.

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