POUR QUI ROULENT LES RÉGULATEURS ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Lorsque le système financier s’effondra à l’automne 2008, à la suite de la faillite de la banque d’affaires Lehmann Brothers, on attribua une part de responsabilité à la dérégulation qui était intervenue – et ceci, à l’échelle globale – à partir des années 1970, mais on constata également que des régulateurs avaient été assoupis aux manettes, alors qu’une législation existait, qui aurait pu être appliquée.

J’ai expliqué cet assoupissement de manière générale par le rapport de force défavorable aux régulateurs dans leurs relations aux milieux d’affaires. J’ai rapporté ici en particulier un épisode auquel j’avais participé : quand un dirigeant de banque m’avait affirmé – sans pouvoir cacher sa fureur contenue – que le régulateur ferait ce qu’il lui enjoindrait de faire, parce que c’est de cette manière-là que marche le monde.

Le Wall Street Journal en date d’hier, nous offre une autre explication possible en nous montrant le régulateur qui sabote les efforts du législateur et prend fait et cause pour le secteur bancaire.

Le cas rapporté dans l’article de Victoria McGrane est celui de John Walsh, directeur de l’OCC (Office of the Comptroller of the Currency), le régulateur des banques commerciales américaines, dont l’une des récentes directives contredit l’esprit du Dodd-Frank Act, le corps de lois voté en 2010 pour tenter de re-réglementer la finance.

J’ai eu l’occasion d’expliquer ici à de nombreuses reprises pourquoi le Dodd-Frank Act manque de muscle et constitue dans bien des cas une simple modernisation de la finance, non pas dans le sens de la réduction du risque systémique, mais en mettant en place au contraire un cadre encore plus favorable au milieu financier. Quoi qu’il en soit, la nouvelle loi n’est pas au goût des milieux républicains qui ont déjà eu recours à son encontre à l’arsenal de la résistance passive tout entier. C’est ce qui explique en particulier pourquoi M. Walsh est directeur à titre provisoire de l’OCC alors qu’un directeur devrait être nommé à titre définitif depuis août 2010. C’est ce qui explique aussi pourquoi les équipes qui appliqueraient le Dodd-Frank Act ne sont pas encore en place, les républicains refusant de débloquer les fonds qui seraient nécessaires.

La fraction pro-Wall Street du parti républicain exerce donc en ce moment tout le pouvoir dont elle dispose.  Ce qui est intéressant aux États-Unis, c’est que la partie de l’opinion la plus violemment anti-Wall Street, la droite religieuse, appartient elle aussi au parti républicain, mais comme, fidèle à sa tradition agrarienne, elle voit dans toutes les manifestation de l’État celles du Grand Satan, Wall Street peut continuer de dormir sur ses deux oreilles.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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