21 mar 2010

France : Régionales 2e tour

Auteur : Paul Jorion | Classé dans : Politique

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

20h31. Résultats provisoires : baisse des abstentionnistes par rapport au premier tour, 49 % de l’électorat, contre 53 %.

Ensemble, l’UMP et le FN représentent un quart de l’électorat (24,99 %), l’union de toutes les gauches, un peu moins (24,01 %).

24h25. Résultats définitifs : l’union de toutes les gauches rassemble un peu plus d’un quart de l’électorat (26,61 %), l’UMP et le FN réunis, un peu plus d’un électeur sur 5 (21,95 %).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Que se disent l’Allemagne et la Grèce quand elles se chamaillent ?

J’afficherai mon billet, aussitôt prononcé.

Billet invité.

La vitesse à laquelle se dégrade la cohésion européenne d’une part, la situation économico-sociale en Europe, aux Etats-Unis, voire en Chine, contraste avec la pauvreté des propositions et l’incapacité ou plutôt l’absence de volonté réelle du système politique d’entamer une réforme fondamentale du système financier.

Les cris d’orfraies des banques à la simple évocation du renforcement des règles prudentielles, qui ne sont qu’une petite mesure évidemment indispensable, suffit à mesurer l’étendue de la reconquête que le pouvoir politique devrait entreprendre pour s’attaquer aux racines du mal !

Mais deux sujets d’une autre ampleur devraient être abordés :

- l’encadrement voire la réduction drastique des paris sur les fluctuations de prix via les ventes à découvert et le jeu spéculatif sur les CDS, comme le propose Paul Jorion. Il est indispensable que risques éventuels et avantages de cette solution soient pesés de telle sorte qu’elle puisse être soutenue avec tous arguments à l’appui. En particulier, la question de l’assèchement du crédit qui est opposée par le monde de la finance, doit être approfondie et prouvée par ses défenseurs. Compte tenu de ce qui s’est passé en Grèce, et de ce qui menace désormais sur le même schéma, plusieurs pays de la zone euro, ainsi que la cohésion européenne, il est urgent d’agir.

- Le rôle du dollar et la reconstruction d’un nouveau système monétaire international. La proposition du panier de monnaies comme nouvel étalon international parait la solution la plus sage. Ce n’est pas pour autant qu’il s’agit de la solution qui sera choisie. Pour le moment, l’impression est plutôt à la confortation du système qu’à son bouleversement.

Mais, au-delà de tout cela, ce sont bien les règles du jeu qui sont à reformuler dans leur ensemble et l’affaire de la Grèce en est le symbole. Je ne sais pas si ce qu’a fait Goldman Sachs en montant le système permettant à la Grèce de trouver un subterfuge pour dissimuler son endettement est ou non légal. Je ne sais pas si le fait d’avoir ensuite spéculé contre la Grèce avant de placer à nouveau sur les marchés la dette grecque avec une augmentation de 2 ou 3 points du taux d’intérêt est légal ou pas. Ce que je sais, c’est que cela ne devrait pas l’être.

20 mar 2010

Mr. Pascal Salin est très mal informé

Auteur : Paul Jorion | Classé dans : Economie, Monde financier, Subprime

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mr. Pascal Salin, professeur émérite à l’université Paris-Dauphine, propose dans Le Monde d’hier de Revenir au véritable capitalisme. L’antienne libertarienne qu’il entonne est connue : le pétrin dans lequel nous sommes n’est pas dû au capitalisme mais à l’État. Non seulement, dit-il, le capitalisme n’y est pour rien mais s’il avait pu mieux dispenser ses bienfaits, aucun des événements fâcheux des dernières années ne se serait produit : « En réalité, c’est l’interventionnisme des Etats et l’affaiblissement des disciplines du capitalisme à notre époque qui ont empêché les marchés de jouer leur rôle régulateur… il faut voir dans la crise récente, comme dans les précédentes, une conséquence de l’affaiblissement du capitalisme ».

Il s’agit une fois encore de prendre Keynes comme punching-ball : sa mort prématurée en 1946 a frustré les Hayékiens de leur adversaire de prédilection et, pareils au pauvre Hamlet, ils n’en finissent pas de se disputer avec le spectre du père-héros mais haï.

Malheureusement, les rares faits que Mr. Salin mentionne dans sa tribune libre sont faux. Premier argument, que l’on répète en effet aux heures de grande écoute mais que l’on ne s’attend pas à trouver sous la plume d’un économiste : « Les banques ont ainsi été incitées ou même contraintes d’accorder des crédits à des emprunteurs peu solvables sous le prétexte absurde d’éviter de prétendues discriminations ». Ce n’est pas l’État qui a encouragé l’allocation de prêts subprime : l’État américain imposait des quota d’attribution de prêts à des minorités ethniques par l’intermédiaire des Government–Sponsored Entities Fannie Mae et Freddie Mac mais ceux-ci portaient sur des prêts dits « conformes » (en bleu sur le graphique ; RMBS pour Residential Mortgage–Backed Securities : titres adossés à des crédits hypothécaires résidentiels – repris de mon livre L’implosion [2008 : 210]). Les années « subprime » furent les années 2004 à 2006, la titrisation y fut l’œuvre essentiellement du secteur privé (en pourpre).

Dans le contexte de la bulle, les emprunteurs étaient solvables et leur capacité au refinancement de l’hypothèque prise sur leur logement était entière : des prêts leur furent accordés tout simplement parce que ceux-ci rapportaient beaucoup d’argent au secteur bancaire privé et à son compère, les banques d’affaires de Wall Street. Demandez donc à mon ancien patron à Countrywide, Mr. Angelo Mozilo, s’il se livrait à cette activité parce que l’État lui avait mis un révolver sur la tempe.

Deuxième argument : « Cette situation [d’expansion du crédit et de baisses des taux courts] a été aggravée par la politique interventionniste du gouvernement américain dans la politique du logement ». Cet argument-là est plus intéressant encore parce qu’on y retrouve le fameux arroseur arrosé. Mr. George Bush fut l’ardent promoteur de la « société propriétaire » : la Ownership Society. Étant Président de l’État Fédéral, il était sans conteste représentant de l’État. Mais qui lui a offert, clé en main la Ownership Society, marketing et discours justificatif compris ? Le Cato Institute, le fameux think-tank… libertarien, où Mr. Salin compte j’en suis sûr de nombreux amis et admirateurs.

Il n’y a dans ce que je viens de dire pas grand mystère et quiconque voudrait en savoir plus en trouvera les détails dans mon livre La crise du capitalisme américain (2007 ; 2009). Non, c’est bien le capitalisme qui a joué avec les allumettes, et c’est lui maintenant qui vient, par Hayékiens interposés, blâmer le pompier étatique d’avoir mouillé pour tenter de le sauver, tout ce qui n’a pas brûlé dans l’incendie qu’il a lui-même provoqué.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Billet invité.

UNE ECRASANTE MONTAGNE ET UN GIGANTESQUE TROU

Si les enjeux n’étaient pas ce qu’ils sont, incommensurables, les atermoiements qui se multiplient actuellement en deviendraient presque risibles. Dans l’actualité immédiate, on pense à la Grèce et l’inimaginable histoire qui nous est racontée, échappant des doigts de tous ceux qui auraient du la retenir. L’image même d’une période qui se termine, d’une construction amenée à se déliter.

Sur tous les sujets essentiels, la même profond indécision prévaut, le même surplace se poursuit. Que ce soit à propos de la régulation financière, où rien de significatif n’est toujours réellement entamé, ou bien de la relance de l’économie et de l’emploi, à propos de laquelle les gouvernements oscillent entre incantations et résignation. Où allons-nous  ? Ils ne le savent pas, ce qui peut nous chagriner, et nous non plus, ce qui est plus embêtant.

Une crise financière et économique mondiale majeure est survenue sans crier gare, et l’on constate avec effarement que les artisans initiaux du désastre prétendent poursuivre leurs jeux dangereux (pour les autres), faisant avec arrogance barrage aux réformes, tandis que les représentants pourvus de la légitimité du pouvoir apparaissent – n’ayons pas peur des mots – comme les marionnettes d’un théâtre de la dérision et de l’absurde. Mettant en scène leurs déplacements et déclamant leurs discours avec comme unique viatique l’irrésolution de leur propos.

Après avoir proclamé la fin des idéologies – afin de mieux faire prévaloir la leur, toute empreinte d’une religiosité de pacotille dont le cours a chuté – ils sont désormais face à leur propre impuissance, jamais en panne de discours mais ne pouvant pas sortir de leur texte.

Une seule chose semble désormais leur importer, tel un dernier refuge qu’ils ne peuvent abandonner, l’expression d’une ultime cohérence : la traque impitoyable contre l’ennemi public n°1, le déficit du même nom. Les fortes résolutions ne manquent pas, dont on verra à l’usage ce qui en subsistera, lorsqu’il faudra les appliquer. Car la croissance économique faisant faux-bond, c’est avec les seules restrictions budgétaires qu’ils vont devoir remplir la mission. Quitte à, pour certains, s’accrocher à la perspective illusoire d’un accroissement de leurs exportations. Calcul qui repose, dans le cas des Etats-Unis, sur l’idée folle qu’il serait possible d’inverser les flux commerciaux avec les pays émergés afin qu’ils deviennent positifs en net.

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19 mar 2010

Le temps qu’il fait, le 19 mars 2010

Auteur : Paul Jorion | Classé dans : Economie, Monde financier


Paul Jorion – Le temps qu'il fait le 19 mars 2010
envoyé par PaulJorion.

19 mars 2009 : Le 18 mars 2009 : fin du capitalisme
20 mars 2009 : L’annonce de la mort du capitalisme est-elle prématurée ?
Le temps qu’il fait, le 20 mars 2009
21 mars 2009 : Qu’entend-on par « capitalisme », et pourquoi sa phase finale est-elle amorcée ?

Anselm Jappe, Crédit à mort.

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18 mar 2010

Mes livres

Auteur : Paul Jorion | Classé dans : blog

Je reçois de nombreux mails à propos de mes livres. L’information se trouve en fait en permanence ici en haut de page dans MES LIVRES mais je sais, ce n’est pas très visible. Aussi je recopie exceptionnellement ici dans un billet ce que cette page contient. En sus des ouvrages sur cette liste, deux de mes livres sont épuisés et aujourd’hui introuvables : Les pêcheurs d’Houat (Hermann 1983) et Principes des systèmes intelligents (Masson 1990).

La transmission des savoirs, avec G. Delbos (Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme 1984 ;1991 ; 2009)

Publié en 1984. Nous nous intéressons aux savoirs traditionnels en Bretagne dans les domaines de la pêche artisanale, de l’ostréiculture et de la saliculture. Nous comparons ces savoirs au savoir scientifique et nous examinons comment ils sont transmis. (Amazon semble croire que le livre est épuisé – la vignette est celle de la réédition de 1991 – mais il ne faut pas se laisser impressionner !)

Investing in a Post-Enron World (McGraw-Hill 2003)

Publié en février 2003, mon livre en anglais sur l’affaire Enron. Bien qu’il s’agisse ici davantage de fraude que d’incompétence comme dans la crise actuelle, un livre qui restera d’une grande actualité tant qu’il y aura de la finance.

La crise du capitalisme américain (La Découverte 2007 ; éditions du Croquant 2009)

Écrit en 2004-2005, publié en janvier 2007. « Le livre qui a annoncé la crise ». L’ouvrage explique pourquoi il y a aura une grande crise du capitalisme américain. Le surendettement des ménages américains. La disparité des revenus aux États–Unis. L’industrie du crédit hypothécaire et ses abus. La dynamique des bulles financières. Les États–Unis otages de la Chine.

L’implosion. La finance contre l’économie : ce que révèle et annonce la « crise des subprimes » (Fayard 2008)

Publié en mai 2008. Pourquoi les subprimes sont-ils à l’origine d’une crise majeure ? Les différents types de crédits hypothécaires et leur rôle dans la dynamique de la bulle. Pourquoi il était rationnel d’aider les pauvres à acheter des maisons. Pourquoi Greenspan n’y est pour rien. Une chronique au jour le jour : de la dépréciation des titres adossés à des crédits hypothécaires, au tarissement du crédit de l’été 2007. Une constitution pour l’économie.

La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire (Fayard 2008)

Publié en novembre 2008. L’année de l’explosion : une chronique au jour le jour. La spéculation sur les matières premières. Jérome Kerviel. Le salaire des traders et… celui des autres. Mon expérience chez IndyMac et Countrywide. La fin du capitalisme ?

L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009)

Publié en octobre 2009. L’argent dans ma poche. Argent et dette. Les intérêts. L’argent dans nos esprits. D’où vient l’idée que les banques commerciales créent de l’argent ? Les banques centrales. La titrisation pour débutants. Madoff : la « cavalerie » ou « machine de Ponzi ». L’argent comme problème pour vous et moi. La spéculation. Pourquoi interdire les paris sur les fluctuations de prix ? L’argent d’Émile Zola.

Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009)

Publié en novembre 2009. La vérité et la réalité ne sont pas les notions évidentes que l’on pourrait penser : elles sont apparues à des moments précis au sein de la culture occidentale et nous connaissons l’histoire complexe de leur apparition. Seul problème, dont les difficultés deviennent de plus en plus visibles, elles supposent une confusion dangereuse entre l’univers mathématique des nombres et la « Réalité-objective ».

18 mar 2010

Où sont les pêcheurs à la ligne ?

Auteur : Paul Jorion | Classé dans : Politique, Questions essentielles, sociologie

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Certains d’entre vous qui ne consultent qu’occasionnellement Le Blog de Paul Jorion sont certainement déçus de voir qu’il n’y est pas question de ce qui fait aujourd’hui la une des journaux que lisent la grande majorité de mes lecteurs : les élections régionales en France. Quand je dis : « la grande majorité de mes lecteurs », c’est que, sur les trente derniers jours, 81 % d’entre vous êtes Français.

Bien sûr, je suis Belge résidant en France et, me viendrait-il l’envie de voter à ces élections régionales françaises, je n’en aurais pas le droit. Mais de là ne vient pas l’opinion que j’ai d’elles.

De manière générale, on ne trouve pas sur mon blog d’appels à l’action. Certains s’en plaignent, et je leur ai répondu dans deux billets récents : « N’est-il pas temps alors de s’engager ? » et Le duc d’Aiguillon, le vicomte de Noailles, le vicomte de Beauharnais et le duc du Châtelet. La raison n’est pas que je m’oppose à l’action, autrement dit que je lui préfère la contemplation, mais mon blog ne me paraît pas l’endroit d’où en parler : un blog est à mes yeux, un lieu de réflexion et, de ce point de vue, il me semble pleinement assumer sa fonction, car il a produit durant ses trois ans d’existence, sinon un corpus cohérent de mesures à prendre, tout au moins ce qui me semble un diagnostic très complet de la situation présente, que je caractérise depuis l’automne 2008 comme étant la fin et la sortie du capitalisme.

Pourquoi l’automne 2008 ? Parce que c’est à ce moment-là, dans les mesures prises aux États-Unis pour contenir l’hémorragie consécutive à la chute de Lehman Brothers, qu’on a pu constater que, faute de mesures susceptibles de sauver le système économique et financier en perdition, celles qui étaient prises – par leur inconséquence et leur inanité – ne pouvaient à terme qu’encore aggraver le mal.

Aggraver le mal, parce que les créances privées devenues trop lourdes et ayant précipité un effondrement de la finance d’abord et de l’économie ensuite, avaient été – selon une formule jusque-là classique – prises en charge par les États et que, pour la première fois dans l’histoire, cette charge était d’un montant tel qu’elle entraînait cette fois les États, à la suite du secteur privé, droit dans l’abîme. C’est cette situation inédite que j’ai décrite dans La sortie du capitalisme, un article paru l’automne dernier dans la revue Le Débat. Les discussions actuelles autour de la dette publique de la Grèce et d’autres pays comme la Grande-Bretagne, ne parlent de rien d’autre que de cette charge désormais trop lourde et de la chute dans l’abîme désormais amorcée.

Or, de cette sortie du capitalisme, qui est l’époque que nous vivons à présent et qui est au centre de toutes nos préoccupations, les partis qui briguent les suffrages des électeurs français aux élections régionales, n’en parlent pas.

Si vous êtes familier du Blog de Paul Jorion, vous avez pu constater que les opinions qui s’y expriment – aussi bien au niveau des commentaires que des chroniques – représentent ce qu’on appelle en France, la gauche et la droite « civilisées ». Il n’est pas surprenant du coup que les politiques à qui j’ai personnellement l’occasion de parler représentent le même éventail. J’évoque avec eux la période que nous traversons et je leur pose la question : « Pourquoi les partis n’en parlent-ils pas ? » Et la réponse est celle-ci – et je ne trahis personne en la révélant, parce qu’elle est la même, quelle que soit l’affiliation partisane : « Parce que les partis s’adressent l’un à l’autre d’une manière qui leur est devenue classique et qu’ils sont devenus incapables, par une longue habitude, de tenir un autre langage ». Mes interlocuteurs sont quant à eux conscients de la particularité de la période historique que nous traversons et des risques de débordement qui se profilent à l’horizon en raison d’un mécontentement qui ne pourra aller que croissant, mais ils ne voient pas comment, dans la chasse aux suffrages à laquelle se livrent les partis, ces sujets pourraient même être évoqués.

On a pris l’habitude d’appeler « pêcheurs à la ligne », ceux qui en France s’abstiennent de voter. Ils considèrent que les choses ne vont pas suffisamment mal qu’il faille rompre la paix d’un dimanche pour se rendre dans l’isoloir. Les 53 % d’abstentionnistes et les 4 % de votes blancs de dimanche dernier, ne sont pas cependant tous des pêcheurs à la ligne : les lacs et les cours d’eau français ne pourraient y suffire. Les pêcheurs à la ligne sont ceux qui ne sont pas spécialement inquiets, et le paradoxe de la situation présente me semble être – et il est crucial que les politiques en prennent conscience sans tarder davantage – qu’il n’y a plus en France que les pêcheurs à la ligne pour aller voter.

Pendant ce temps-là, l’époque elle n’attend pas, et le débat se poursuit et se poursuivra ici à propos des deux mondes : celui qui s’enfonce et s’efface d’une part et celui en train de naître d’autre part, au même niveau de sérieux et d’excellence que vous me permettez jour après jour d’atteindre ici.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Billet invité

ILS MARCHENT SUR NOTRE TETE

Après la Chine, coupable d’obstinément sous-évaluer sa monnaie afin de favoriser ses exportations, l’économie occidentale vient de se trouver un deuxième grand responsable des déséquilibres mondiaux qui la perturbent gravement : voici venu le temps de l’Allemagne, dénoncée comme appliquant une politique néfaste de modération salariale, à qui l’on demande désormais de diminuer les impôts (pour ne pas donner à quiconque de mauvaises idées).

On remarquera qu’il s’agit des deux plus grandes puissances économiques exportatrices mondiales, atteintes d’un mal que l’on n’avait pas encore détecté et que le docteur Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et président (tournant) de la Banque des règlements internationaux, vient de diagnostiquer avec perspicacité sur les ondes de la radio française BFM : « La situation où un pays accumule les excédents est une situation qui traduit un déséquilibre entre la consommation et la production » (sic). On est loin du temps où la puissance d’un pays se mesurait aux excédents de sa balance des payements !

Dans les deux cas, ces pays et la politique économique qu’ils défendent sont montrés du doigt, sommés de la corriger afin de contribuer à remettre sur ses pieds un monde qui marcherait dorénavant sur sa tête (ce que l’on avait déjà remarqué). Ceux-là mêmes qui avaient hier droit aux félicitations du jury. Les impétrants, on ne s’en étonnera pas, protestent de leur innocence et se drapent outragés dans leurs vertus en prétendant ne rien vouloir changer.

Les réactions n’ont pas tardé. Aux Etats-Unis, des sénateurs annoncent vouloir déposer une loi prévoyant des sanctions (des taxes à l’importation) pour les pays dont la monnaie sera sous-évaluée. On attend avec intérêt la définition des critères d’évaluation de la juste valeur de la monnaie, ainsi que l’acronyme de la nouvelle agence fédérale chargée de la calculer ! En Europe, le premier de la classe est sommé de diminuer ses impôts, afin que le danger d’une déflation qui est aux portes du continent s’éloigne.

Dans les deux cas, la Chine et l’Allemagne devraient, afin de remettre le monde à l’endroit, réorienter leur activité économique en privilégiant le développement de leurs marchés intérieurs (en accroissant le pouvoir d’achat). Nous en sommes là ! pas à un paradoxe près, si l’on contemple les effets de la politique de distribution de la richesse de ces dernières décennies, dont cela n’était pas spécialement l’objectif principal !

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Billet invité.

Christine Lagarde a critiqué en début de semaine la politique économique allemande. La ministre reproche à l’Allemagne sa stratégie fondée sur la compétitivité de sa production de biens et services à l’export. Les Allemands ont gagné de nombreuses parts de marché en modérant leurs coûts salariaux ces dernières années. Ce dumping social, que les Européens critiquent tout bas, a été remis en cause de façon judicieuse par C. Lagarde.

Cette attaque en règle a fait la une du Financial Times en début de semaine. En France, le premier réflexe a été d’incendier la ministre. Au lieu de critiquer et jalouser nous dit-on, notre pays ferait mieux de s’inspirer du modèle allemand et d’améliorer sa compétitivité afin d’en finir avec une balance commerciale déficitaire. Alors oui, les Allemands déposent plus de brevets que nous, consacrent une plus grande part de leur PIB à la recherche, dépensent plus pour l’éducation et disposent d’un tissu industriel de PME solides et innovantes. Mais alors pourquoi les écarts se sont-ils creusés à partir de 2002 quand l’Allemagne a clairement modifié sa politique en comprimant les salaires ? Soyons honnêtes, il n’est pas contestable que l’Allemagne bénéficie d’avantages structurels, mais ces atouts n’expliquent en aucune façon l’écart considérable, qui se creuse sans cesse, entre les déficits de la balance commerciale de la grande majorité des pays de la zone euro et l’excédent de notre voisin d’outre Rhin.

La critique est d’autant plus ardue que les salaires allemands ne sont pas spécialement faibles dans l’industrie. Mais ils stagnent depuis longtemps alors que les coûts salariaux ont augmenté de plusieurs dizaines de points de % dans les autres pays de la zone euro depuis 1995. De plus, les Allemands, en exportant massivement, ont aujourd’hui l’économie probablement la plus solide du monde, même si comme partout ailleurs l’endettement public s’envole. Cette stratégie s’est donc révélée payante pour l’Allemagne, jusqu’à maintenant, et au prix de l’affaiblissement des autres pays de la zone euro. Certains ont compensé, comme la Grèce et l’Espagne, en ouvrant les bras à l’endettement et à une croissance artificielle dopée par l’envolée des prix immobiliers. Certes, ces pays n’ont pas fait preuve de la plus grande rigueur budgétaire. L’écart croissant entre la France et l’Allemagne au sujet des déséquilibres de la balance commerciale est plus révélateur. Selon une étude de Natixis, au moins 30% de cet écart vient du « dumping social » provoqué par l’Allemagne. Il faut également mentionner qu’en délocalisant dans les pays à bas coûts, les Allemands ont accru leur compétitivité au détriment de l’emploi domestique, aussi faible qu’en France. Pour un pays aussi fortement exportateur, on aurait pu penser que le taux de chômage serait mieux orienté qu’il ne l’est, à l’instar du Japon ou de la Chine qui ont peu de chômeurs grâce à la vigueur de leurs exportations.

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Billet invité.

L’INDECISION ERIGEE EN POLITIQUE

Les ministres des finances européens nous offrent actuellement une image saisissante de l’indécision générale qui s’est instaurée en Europe, que ce soit à propos des priorités économiques à adopter ou des réformes financières à entreprendre ou faire valoir.

A court terme, à l’épreuve du feu dans le cadre de la crise grecque, tiraillés entre des impératifs contradictoires, les ministres laissent le gouvernement grec fragilisé sur le fil du rasoir. Minimisant l’éventualité de leur intervention, ils poursuivent une discussion sans fin à propos d’un hypothétique plan de soutien financier et se réfugient derrière l’argutie que les Grecs ne sont pas demandeurs (ils demandent pourtant une solidarité qui leur fait défaut concrètement), pour en reporter à plus tard la décision finale.

Pis, ils laissent planer la plus grande ambiguïté sur les conditions financières dans lesquelles le gouvernement grec pourrait accéder à des prêts bilatéraux, refusant de confirmer clairement – ou affirmant même le contraire – que leurs taux pourraient être inférieurs à ceux auquel ce dernier doit consentir aux marchés, afin de soulager son plan global de résorption du déficit.

En attendant, les Grecs vont devoir très prochainement poursuivre leurs opérations de refinancement de leur dette, sans aucune lisibilité sur leurs conditions. Laissant subsister un facteur d’incertitude non seulement sur leur situation propre, mais par ricochet sur celle de toute la zone euro. Ce qui représente une incontestable incitation à la poursuite de la crise que connaît l’euro.

Sous la contrainte, après qu’il ait été tardivement compris qu’un lâchage de la Grèce n’était pas dans les moyens de la zone euro, le tandem franco-allemand parvient difficilement à accoucher d’un semblant d’accord, qui devra encore être finalisé et adopté par les Chefs d’Etat ou de gouvernement. C’est un tout petit pas vers l’adoption de mesures de renforcement de la cohésion de la zone euro. Vu les conditions dans lequel il a pu être effectué, on mesure tous ceux qui restent à accomplir afin qu’un dispositif permanent puisse être mis en place, afin de faire face aux inévitables crises futures qui vont la secouer. Le système d’aides bilatérales finalement adopté est en effet le degré le plus élémentaire des différentes options possibles.

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16 mar 2010

La « reprise » aux États-Unis

Auteur : Paul Jorion | Classé dans : Economie, Travail

Deux graphiques intéressants sur la situation aux États-Unis que je découvre ce matin dans The Liscio Report par Philippa Dunne & Doug Henwood, qui m’est communiqué par l’analyste John Mauldin (« Outside The Box », Volume 6, No 14, le 15 mars 2010).

Le premier graphique montre à gauche l’évolution du niveau de l’emploi et à droite celle du taux de chômage en Amérique.

© Liscio Report

L’information n’est pas identique pour des raisons que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ici : que le calcul du taux de chômage américain ne tient pas compte des chômeurs « découragés », ceux qui ont cessé d’être à proprement parler des « chercheurs d’emploi ». L’évolution actuelle « recent » est comparée à celle de reprises historiques, « weak », c’est-à-dire molles (1991–1992 et 2001–2002) et « strong » ou fortes (1975–1976 et 1982–1983).

On note que la « reprise » actuelle se situe en-dessous du niveau des reprises historiques molles du passé pour ce qui touche à l’emploi et à peu près au même niveau que celles-ci pour ce qui touche au taux de chômage. Pour que l’emploi aux États-Unis coïncide avec la reprise molle du graphique, 600 000 emplois supplémentaires devraient être créés. Ce que la tendance actuelle révèle bien entendu, c’est l’absence totale jusqu’ici d’une réelle reprise au niveau de l’emploi.

Autre graphique intéressant dans le même rapport : celui consacré aux dépenses des ménages, divisés en « riches » et en « pas riches » (la barre se situant au niveau des 90 000 dollars de revenus annuels).

© Liscio Report

Alors que les dépenses quotidiennes des « pas riches » sont stables à leur niveau le plus bas, atteint au printemps 2009, les dépenses des « riches » continuent elles de baisser et sont aujourd’hui à leur niveau le plus bas. Pour les deux groupes, les dépenses actuelles sont à peine supérieures à la moitié de ce qu’elles étaient avant le début de la crise. Phénomène intéressant que notent les auteurs du rapport, ce sont les dépenses « ostentatoires » des riches qui sont les plus affectées, révélateur sans doute des tensions sociales qui affectent désormais le pays, ce que les auteurs du rapport appellent le « stigma » désormais attaché aux dépenses ostentatoires.

Autre observation intéressante du rapport, ce sont les aspirationally affluent, ceux qui « aspirent à devenir riche », qui ont le plus réduit leurs dépenses et c’est la vente des produits « tape-à-l‘œil » qui est la plus affectée à l’heure actuelle. La chose n’est pas étonnante puisque les aspirants-riches obtiennent leur « richesse » sous forme de crédits et que les banques commerciales ne sont pas disposées dans le climat actuel à en accorder à ceux dont la richesse se limite à leur aspiration.

Observation finale, qui en dit long sur la qualité de la « reprise » actuelle aux États-Unis : « Les meilleurs chiffres viennent des États où existe un important secteur de banques d’affaires ».

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le gros rapport publié la semaine dernière sur la fin de Lehman Brothers a créé la surprise. Les choses qu’on y découvre ont un parfum de déjà vu. Et ce qu’on a déjà vu a un nom dont la plupart se souviennent, c’est Enron, la compagnie « modèle », septième entreprise aux Etats-Unis en son temps, spécialisée dans le négoce de l’énergie qui, en 2001, s’effondra en quelques semaines.

Quand Enron est tombée, les écrans de fumée se sont dissipés et on a découvert qu’au-delà des jeux de miroirs, il n’y avait pas grand-chose. Le rapport de 2 000 pages, mandaté par ceux qui ont perdu des plumes dans la faillite de Lehman Brothers, révèle que, pour ce qui touche aux tripatouillages de sa comptabilité, la quatrième firme de Wall Street n’avait rien à envier à Enron. Quand la fin du trimestre financier approchait, on déguisait un « repo », une mise en pension de titres, en une vente, et on améliorait de cette façon le bilan de 50 milliards de dollars environ. Une fois les chiffres publiés, on rapatriait la dette et on rendait les sous. Ça arrangeait tout le monde : les investisseurs étaient contents, la notation de crédit était dopée, et quand cela a commencé à sentir le roussi, la direction de Lehman a pu dire sur un ton d’autorité, que la firme avait pris des mesures draconiennes pour réduire son endettement. Elle ne l’avait pas fait, et n’avait aucune intention de le faire. Entre le début de ses ennuis et sa faillite, Lehman est même arrivé à multiplier son exposition au risque, par trois.

Et ces manipulations étaient légales. Enfin presque. Lorsque de nouvelles règles de comptabilité furent mises en place aux Etats-Unis en 2000, une équipe chez Lehman s’est mise au travail pour trouver comment les contourner – ce n’est pas exactement ce qu’on appelle : « respecter l’esprit de la Loi ». Comme la combine trouvée était trop grosse pour l’Amérique, on s’adressa à un cabinet d’avocats à Londres, prêt à jurer qu’une fausse mise en pension était parfaitement légale en Angleterre, on trouva aussi – comme dans le cas d’Arthur Andersen avec Enron – une grande firme d’audit prête à détourner la tête le temps qu’il faudrait à la fin de chaque trimestre.

Certains commentateurs s’empressent de dire que l’opération « Repo 105 », parce que c’étaient les 105 % de collatéral qui permettaient de faire passer la mise en pension pour une vente, était une invention originale de Lehman Brothers. Mais qui mettrait la main au feu que rien de tel n’existait dans les comptes de Bear Stearns, qui avait précédé Lehman dans sa chute de très peu ? Et je ne parle encore là que des morts ! Combien d’autres Enron parmi ceux qui sont toujours en vie ?

Pourquoi le font-ils ? Vous savez très bien ce qu’ils diraient : « Parce que les autres le font, et que ce serait un tel handicap pour moi si je ne le faisais pas : je ne m’en sortirais jamais ! » Ce genre d’arguments, on l’a beaucoup entendu ces deux dernières années : « Si on l’interdit ici : d’autres le feront ailleurs », sous-entendu : « D’autres… et moi y compris ! ». N’empêche, même si c’est vrai, on aimerait bien entendre de temps à autres, la phrase qui présente ce genre d’arguments, précédée par : « Je sais que c’est malhonnête mais… » Mais ce « Je sais que c’est malhonnête… », on ne l’entend en réalité jamais. Et c’est pourquoi le meilleur terme pour ce qui vient d’être découvert à propos de Lehman Brothers, c’est : la « fraude ordinaire ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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15 mar 2010

Appel de mars

Auteur : Paul Jorion | Classé dans : blog

Appel de mars

Pour mai 2009 : 2.374 €
Pour juin : 3.099 €
Pour juillet : 2.022 €
Pour août : 2.480 €
Pour septembre : 1.892 €
Pour octobre : 2.140 €
Pour novembre : 2.288 €
Pour décembre : 2.375 €
Pour janvier 2010 : 2.378 €
Pour février : 2.616 €

Merci pour vos donations en février : objectif 2.000 € largement atteint !

Somme (brute) reçue à ce jour (21) pour mars : 1 252 €.

Vous n’êtes pas très disciplinés et quand l’enthousiasme vous prend, vous ignorez superbement l’objectif 2.000 €. Merci en tout cas : cela me permet de ne pas m’inquiéter des 200 € que coûte dorénavant mensuellement la maintenance et un serveur de secours, ce qui offre au blog davantage de robustesse et une bien meilleure continuité : un service beaucoup plus professionnel.

Quand je vous signale que je vais passer à la radio ou à la télévision, vous me prodiguez vos conseils, que je lis alors attentivement. Dans le feu de l’action, je n’y pense évidemment plus du tout et je réponds selon mon tempérament. Ce que cela donne, je n’en sais fichtre rien au moment-même bien entendu et il faut que je m’écoute ou que je me regarde ensuite pour constater ce que cela donne.

En février, il y a eu deux échanges assez tendus sur un plateau de télévision, le premier le 4 février avec le ministre du Budget, Éric Woerth, à Ce soir (ou jamais !) et le second, le 19 février, à @rrêt sur images, avec Henri Sterdyniak.

Quand je me visionne, si je n’ai pas dit de bourde monumentale, je suis satisfait du résultat. Je lis alors vos appréciations et je suis toujours épaté de voir l’éventail des opinions : que certains me louent chaleureusement pour ce dont d’autres me blâment amèrement. Quoi qu’il en soit, les échanges un peu polémiques débouchent à chaque fois sur la même conséquence : un bond dans la fréquentation du blog.

Autre émission télévisée le mois dernier : « The Debate », sur France 24, où j’ai souligné le parallèle entre la séquence 1) Bear Stearns, 2) Lehman Brothers, 3) Merrill Lynch et celle qui se prépare : 1) Grèce, 2) Portugal, 3) Espagne.

Autres activités en février : le 2, une conférence au Conseil de Développement du Pays de Lorient. Le 8, ma tribune libre mensuelle dans Le Monde : La dette est-elle un boulet ou un prétexte ?. Le débat qui a eu lieu le 17 entre Jean-Hervé Lorenzi, le président du Cercle des économistes, et moi-même sur le thème : « À quoi servent les économistes ? », attend toujours sa publication dans Libération. Le 18 février, un entretien dans L’Express : Banques: « Il faut des mesures chirurgicales ». Et bien sûr, tous les lundi à 10h46, mon billet sur BFM Radio.

Publication d’un article : « On applique des rustines pour préserver l’ancien monde », dans Ce que la crise a changé. 60 personnalités imaginent le monde de demain, sous la direction d’Érik Izraelewicz, Paris : Arnaud Franel : pages 32-34.

J’ajoute que « Le blog de Paul Jorion » était toujours en février No 1 des blogs économie sur Wikio.

Merci enfin à ceux d’entre vous qui ont traduit des billets en février, ainsi qu’au modérateur bénévole qui nous a rejoints et qui a introduit un authentique professionnalisme dans la tâche ardue et ingrate de la modération.

14 mar 2010

France : Régionales 1er tour

Auteur : Paul Jorion | Classé dans : Politique

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

23h13. Les résultats ne sont encore que provisoires mais la victoire des abstentionnistes avec 53 % du scrutin s’annonce d’ores et déjà écrasante !

Ne représentant respectivement que 14,10 % et 12,55 % de l’électorat, le PS et l’UMP arrivent loin derrière.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Billet invité

L’EUROPE ATTARDEE AU RAYON BRICOLAGE

La réunion de l’Ecofin de lundi et mardi prochains à Bruxelles va illustrer parfaitement l’art et la manière des gouvernements de gérer cette crise. Deux jours pleins vont être consacrés par les ministres des finances de la zone euro à des débats sur la crise de la dette et de l’euro en Europe, dont nous savons dès maintenant que nous en connaîtrons fort peu. C’est une routine installée : les représentants de gouvernements issus d’élections démocratiques choisissent le plus strict huit clos quand il s’agit de discuter des affaires d’importance !

Depuis New York, Christine Lagarde vient de nous en avertir, questionnée à propos du plan de sauvetage financier de la Grèce : « Je ne m’attends certainement pas à ce qu’une décision soit prise, ni aucun bouton pressé ou même sélectionné pour être pressé ultérieurement, parce que c’est tout à fait prématuré » (elle faisait référence à l’idée que le plan était prêt et qu’il suffisait d’appuyer sur le bouton pour l’actionner lorsque nécessaire). Toutes les rédactions sont en alerte, les fils des agences et les colonnes de la presse spécialisées sont remplies de rumeurs à propos de ce fameux plan, mais il va probablement falloir à nouveau se contenter de belles paroles.

Ce qui ne va pas manquer d’alimenter les suspicions sur la persistance de désaccords, ou pis, sur une connivence forgée autour d’une forte conviction partagée : « ces affaires n’ont pas à être rendues publiques, car pour les régler nous utilisons avec nos amis de la finance des moyens qui n’ont pas besoin d’être connus ». Cela n’étant pas sans rappeler le coup d’avant, les conditions dans lesquelles la dernière émission obligataire grecque a été accueillie par les marchés.

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La discussion d’hier dans « N’est-il pas temps, alors, de s’engager ? » a attiré mon attention sur une différence importante voire même fondamentale, entre certains d’entre vous et moi-même, alors que nous disons les mêmes choses et semblons pourtant viser les mêmes buts.

Pour moi, le but est clairement défini, disons pour faire vite : « un monde meilleur », et ceux qui s’opposent à ce monde meilleur que j’entrevois, constituent une masse indéterminée qu’il s’agit essentiellement de rallier à mes idées. Pour certains d’entre vous, l’ennemi est clairement défini, alors que le but est moins circonscrit, en gros : « me débarrasser de mon ennemi ».

La différence est cruciale parce que ce qui m’apparaîtra dans ma cause « centrée sur le but », comme une victoire apparaîtra aux yeux de celui « centré sur l’ennemi », comme ma défaite. Ce qui m’apparaît comme le fait d’avoir pu convaincre mon « ennemi d’un jour » après une longue lutte (il ne s’agit bien sûr que d’une première bataille et non de la guerre), apparaît à mon ami « ennemi-centré » comme le fait que je me sois rallié au camp de l’ennemi. Comme il me l’a été dit hier dans un mail anonyme : le fait que Mme Merkel, Mrs Sarkozy, Papandréou, Barroso, réclament désormais une interdiction partielle des paris sur les fluctuations de prix, fait de moi un « vendu ».

Quel est le raisonnement qui conduit là ? Le fait que vous ayiez convaincu l’ennemi fait que vous et lui disiez désormais la même chose, et c’est vous qui parlez donc désormais comme l’ennemi. Si ma mesure avait été bonne, jamais Mme Merkel, Mrs Sarkozy, Papaandréou, Barroso, jamais de tels « ennemis jurés », ne l’auraient adoptée. Or ils l’ont fait, et le faisant, ce n’est pas moi qui les ai fait rejoindre mon camp, c’est eux qui m’ont fait rejoindre le leur. Ou plutôt, ont révélé « qui j’étais vraiment ». La qualité d’ennemi est ici, je l’ai dit, intangible : elle est déterminée une fois pour toutes et rien ne la fera changer ; il ne s’agit pas, dans cette perspective, de convaincre, mais uniquement d’en découdre.

Ceci éclaire il me semble, non seulement la discussion d’hier mais aussi celle qui eut lieu précédemment à propos de la « création monétaire par les banques commerciales » : trier parmi les torts de l’ennemi est une perte de temps puisque son statut d’« ennemi » ne sera jamais mis en cause. Cela explique aussi pourquoi nous procédions, de notre côté, en proposant une démonstration toujours plus fouillée, toujours plus complète, alors que nos opposants s’efforçaient eux d’allonger la liste de ceux qui sont de leur avis. Cet argument « par le nombre » me déconcertait : « Quel importance, le nombre ! », me disais-je, mais le nombre n’est pas indifférent s’il s’agit de se compter, de compter « ceux qui sont comme nous » et « les autres ».

Qu’est-ce qu’il me reste à faire ? Je ne changerai pas de méthode bien entendu : il s’agira pour moi toujours de convaincre. Convaincre cette fois, ceux qui n’en sont pas convaincus, que ce n’est pas l’identité de l’ennemi qui compte mais la nature de l’objectif. Les guerres fondées sur l’ennemi se perdent ou, dans le meilleur des cas, leur issue se détermine au hasard, celles fondées sur le but sont plus certaines d’être gagnées. Et rappelez-vous : la nuit du 4 août, ce sont des aristocrates qui se réunirent pour abolir les privilèges. Merci au duc d’Aiguillon, au vicomte de Noailles, au vicomte de Beauharnais, au duc du Châtelet et aux autres, de vous être laissés convaincre : nous vous sommes toujours redevables.

13 mar 2010

Jean Ferrat (1930 – 2010)

Auteur : Paul Jorion | Classé dans : Arts, Questions essentielles

Oublié ? Non : pas sur le Blog de Paul Jorion en tout cas. Il y a des chanteurs ou des chanteuses qu’on entend pour la première fois et on se dit : « Ah, ça c’est autre chose, c’est important ». J’ai ressenti ça en entendant « Mon p’tit copain perdu » de Nicole Louvier, dont j’ai parlé il y a quelques temps ou aussi – c’était une froide nuit d’octobre sur « Two-O-Eight » (*) – quand j’ai entendu pour la première fois le son très neuf de « Love Me Do », et j’ai eu ce même sentiment quand j’ai entendu « Ma môme », qu’il m’arrive toujours de fredonner depuis.

Les femmes qui « travaillent en usine à Créteil », on ne les voit pas beaucoup au cinéma, on n’en parle pas beaucoup dans les chansons, merci Jean Ferrat d’avoir pensé à elles.

Note bene : Une proportion significative d’hommes de mon âge ont été amoureux d’Anna Karina (ici dans « Vivre sa vie » de Jean-Luc Godard).
== = = = =

(*) Radio Luxembourg en anglais.

12 mar 2010

« N’est-il pas temps, alors, de s’engager ? »

Auteur : Paul Jorion | Classé dans : Politique

Olivier
Envoyé le 12/03/2010 à 21 h 41 min

« Ce blog a moins bougé les choses que nous voulons le penser » « N’est-il pas temps, alors, de s’engager ? » (citations issues des réactions il y a quelques jours).

Il est des questions, des affirmations que vous n’aimez guère et que vous préférez éluder. Du moins que vous avez préféré éluder pendant un temps. Aujourd’hui, aujourd’hui seulement j’ai ma réponse. Il y a un impact, il y aurait un impact. C’est du moins ce que dit l’homme de la rue, un journal Les Échos à la main, l’autre main s’agrippant tant bien que mal à une quelconque rambarde du métro, magnifique héros du quotidien paré de tous les marques du réel, et qui pourtant, Mr. Jorion, ne semble être guère plus qu’un relais de narration dans ce qui n’est qu’une fiction, un apologue. Relais de narration, notons le, qui prend en charge et légitime au mieux votre opinion : « oui, mes idées ont impact, quand bien même je ne ferais pas de politique, regardez l’homme de la rue : il parle comme moi ! » Monsieur Jorion, soyons sérieux. Vous ne pouvez à la fois nous dire une telle chose et nous dire ensuite à propos des CDS, je cite de mémoire : « il y a des rencontres, des conversations très importantes qui ont un rapport avec la une du journal ». Auriez-vous donc l’oreille des dieux (oups ! de nos dirigeants !) ? C’est en tout cas ce que vous suggérez. Et cela pourrait bien aussi expliquer pourquoi vos réponses sur l’engagement ont été si évasives…

Personnellement je prends acte : votre foi dans la démocratie est quelque peu défaillante. Vous semblez prendre parti du fait qu’il vaut mieux parler au Prince qu’au peuple. Comment vous en vouloir (c’est ce que j’avais fait il y a presque deux ans), le reflux de la démocratie dont nous parlions est bel et bien un fait.

Olivier, je ne suis pas chef de parti. Je n’ai jamais été actif à l’intérieur d’un parti et je n’ai pas l’intention d’un créer un. Vous avez dû le remarquer, je ne dis jamais « Faites ceci ». Je sème devant vous : ce sont mes billets et mes vidéos, et quand on me demande de venir ici ou là, je réponds oui ou non. J’ai parfois carrément posé la question ici : « Faut-il aller à tel genre d’émission ? » J’ai posé la question à mon propre sujet parce qu’elle a été soulevée à juste titre par Lordon, après que Bourdieu l’ait initialement posée, et que c’est une bonne question dont la réponse est loin d’être évidente.

Une fois que j’ai accepté en mars 2009 le principe de me rendre à l’invitation des membres socialistes du Parlement Européen pour faire des recommandations, et une deuxième fois en novembre 2009, devant la commission d’enquête sur la crise du même Parlement Européen, il serait absurde que je me désintéresse ensuite du sort de mes propositions. Vous avez l’air de dire que tous les résultats en politique s’obtiennent par des grèves ou des défilés, ce n’est pas mon avis. Je ne suis pas contre les grèves ou les manifestations et on m’y a vu au fil des années plus qu’à mon tour, lorsque j’estime que c’est le meilleur moyen d’arriver à une fin. Mais pour obtenir l’interdiction des positions nues sur les CDS, ce n’est pas le meilleur moyen (ça aurait l’air malin sur un calicot).

J’offre ici un forum, je fais des propositions et je participe à la discussion. À partir de là nous sommes tous égaux et nous faisons chacun comme nous l’entendons. Les uns proposent ici de lancer un mouvement, d’autres des pétitions. Je n’ai jamais découragé personne, comme le prouve le fait que vous puissiez lire ces propositions dans les commentaires mais pas plus que quiconque, je ne suis obligé de m’y rallier. J’ai la chance que ce que je dis et écris commence à retenir l’attention et si quelqu’un ayant un meilleur accès que moi aux leviers de la décision me demande si on peut en parler, je n’aurai pas la stupidité de lui dire : « Non, je préfère signer une pétition à ce sujet ».

Je ne suis pas partisan de la politique du pire : ce que je dis souhaiter, je veux vraiment que cela se réalise et j’utilise au mieux les opportunités qui me sont offertes. La seule directive que je vous donnerai jamais, c’est précisément celle-là : « Faites comme moi : saisissez toutes les occasions qui vous sont offertes ! » Et si vous pensez que mon aide vous serait précieuse, faites-le moi simplement savoir.

12 mar 2010

Agences de notation vs Etats, par zébu

Auteur : Julien Alexandre | Classé dans : Economie, Finance, Politique

Billet invité.

Jean Quatremer a écrit un article sur son blog ‘Coulisses de Bruxelles, UE’ mardi dernier sur le fait que la France pourrait perdre sa note , la plus élevée, de ‘AAA’ :

« Reste qu’on ne peut qu’être fasciné par le tranquille aplomb avec lequel Fitch tance les États, elle qui avec ses consœurs a joué un rôle important dans le déclenchement de la crise et donc dans l’accroissement du déséquilibre des comptes publics, puisqu’elles ont été incapables d’analyser correctement les risques que représentaient les subprimes… »

Ce que souligne M. Quatremer est d’importance. Des ‘agences’, de ‘notation’, peuvent sans préjudice aucun, définir ce qu’il est ‘juste’ ou non de faire en termes de finances des états, et non des moindres, puisqu’il s’agit de l’Espagne, du Royaume-Uni et de la France, poids lourds européens s’il en est, tous notés à maxima, à savoir ‘AAA’. Qu’une dégradation de la note puisse être prononcée ou seulement même que la perspective de la note attribuée par une de ces agences soit réévaluée et ces 3 états commenceront à se approcher du pilori qu’on ne manquera pas de leur dresser sur l’autel des marchés, avec comme corollaire un inévitable accroissement du déséquilibre des comptes publics par la simple augmentation du ‘loyer de l’argent’ emprunté sur ces mêmes marchés … La Grèce, pour l’avoir ‘oublié’, est passée directement du pilori à la potence, où le nœud coulant se resserre actuellement autour de son cou.

A une époque passée et que l’on pensait révolue, on aurait de suite qualifié ce pouvoir de « régalien », tant, comme la justice du Roi, ce pouvoir est un pouvoir qui n’est pas partagé. De fait, il ne l’est qu’entre 3 agences de notation mondiale : Fitch Ratings, Standard & Poor’s et Moody’s. Mais qu’est-ce qu’une agence de notation ? Ou plutôt, qui ou quoi se cache derrière ces agences ?

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