Merci à tous ceux qui étaient au Vicomte ce soir (Philippe nous a appris que « Le Vicomte », c’était l’ancien nom du quartier).
En cinq heures nous ne sommes pas parvenus à épuiser tous les sujets que nous avons voulu aborder, mais le monde est toujours plein de nouveaux samedis (même si les solutions pressent) !
25 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Pierre Moscovici, ministre français de l’économie, a profité d’un colloque sur l’intégration européenne pour saluer « la finance qui joue un rôle crucial pour le développement de l’économie réelle et sans laquelle nos entreprises ne peuvent pas croître, pas plus qu’un champ de cultures ne peut croître sans eau ». Il a ajouté « l’économie a changé, le charbon et l’acier ne sont plus les poumons de la puissance économique des pays européens : c’est la finance qui a pris cette place ».
A l’occasion du 150ème anniversaire du SPD allemand, François Hollande avait fait il y a deux jours l’éloge des réformes du marché du travail menées par l’ancien chancelier Gerhard Schröder : « Le progrès, c’est aussi de faire dans les moments difficiles des choix courageux pour préserver l’emploi, pour anticiper les mutations industrielles et c’est ce qu’a fait Gerhard Schröder ici en Allemagne et qui permet à votre pays d’être en avance sur d’autres », a-t-il dit déclaré.
Les syndicats allemands dénoncent aujourd’hui les effets des lois Hartz en question, qui ont suscité en 2004 de nombreuses manifestations et ont été à l’origine des revers électoraux du chancelier social-démocrate. La loi Hartz II a introduit les Minijob et Midijob, contrats précaires à temps partiel et à basse rémunération (de 400 à 800 euros mensuels), auxquels s’ajoutent une allocation publique pour partie d’entre eux. L’ensemble concerne actuellement environ un cinquième des salariés et explique le niveau du chômage moins élevé en Allemagne.
En faisant ainsi référence aux émeutes des banlieues en France de 2005 qui avaient surpris le monde entier, cet habitant d’une banlieue suédoise exprime la gravité que la Suède reconnaît à ces évènements. Bien que largement moindres en termes de dégâts que ce que les Français ont pu connaître il y a presque 8 ans, ou lors de certaines fêtes de fin d’années, cette ‘explosion’ en est bien une, dans un pays pourtant encensé par les institutions européennes et même au-delà pour les politiques ‘adaptatives’ que le pays a su mener et permettre à la Suède de présenter un des déficits publics les moins importants des pays occidentaux : mieux qu’une réussite, un modèle à suivre.
Les défenseurs acharnés des politiques néo-libérales, promues par la Commission européenne notamment, citaient à l’envi ce pays qui avait dû affronter une grave crise bancaire à la fin des années 80 et mener dès le début des années 90 des réformes profondes de son modèle social-démocrate très généreux mais néanmoins coûteux en réduisant drastiquement le ‘train de vie’ de l’État, et de l’Etat social en particulier. Afin de ‘sauvegarder cette générosité’ envers son peuple, l’État suédois avait conduit des politiques ‘audacieuses’ et ‘courageuses’ que des commentateurs envieux décrivaient comme la réussite d’un ‘nouveau modèle’ à suivre en Europe, le social-libéralisme, mélange antinomique mais fonctionnel face à la mondialisation de la concurrence et à la crise d’un Etat encore social mais largement orienté vers la mise en oeuvre de politiques néo-libérales.
Propos tenus hier dans un entretien par M. Moscovici, ministre de l’Économie, des Finances et du Commerce extérieur :
« J’ai choisi d’agir dans le dialogue. Dans cet esprit, j’ai rencontré la semaine dernière la présidente du Medef, Laurence Parisot, et le président de l’Afep, Pierre Pringuet, qui se sont engagés à présenter rapidement un renforcement AMBITIEUX de leur code de gouvernance. Ils m’ont assuré qu’ils étaient prêts à des avancées importantes, notamment en recommandant le « Say on Pay », qui permettra à l’assemblée des actionnaires de se prononcer sur la rémunération des dirigeants. Notre but est d’éviter de figer des règles dans la loi, quand celles-ci sont amenées à évoluer sans cesse dans un environnement international mouvant. Nous préférons miser sur une “autorégulation EXIGEANTE”. »
24 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Une restructuration de la dette, sujet pourtant tabou parmi les tabous, est de plus en plus souvent évoquée. Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, l’envisage clairement à nouveau pour la Grèce, avec l’été 2014 comme date butoir pour décider de la forme qu’elle prendra. Ce sont l’Union européenne, la BCE et le FMI qui seront en première ligne, désormais détenteurs de la dette grecque, et qui devront en assumer les conséquences d’une manière ou d’une autre. Ce sera la troisième restructuration, les deux précédentes ayant permis d’effacer plus de 130 milliards d’euros de dette, et la réduisant à 156,9% du PIB. Mais elle pourrait atteindre 175% en 2013, pour ne plus augmenter si la Grèce parvient à dégager un excédent primaire (hors service de la dette) à force de coupes budgétaires. C’est d’ailleurs la condition mise à une nouvelle restructuration qui, dans ces conditions, pourrait prendre la forme d’un rééchelonnement de remboursement.
Une toute autre restructuration, dont l’origine date de 2001, vient de donner l’occasion au FMI d’exprimer ses inquiétudes. Un fond vautour qui continue de réclamer à l’Argentine l’intégralité du remboursement des titres qu’il détient, malgré l’accord trouvé avec la majorité qualifiée des créditeurs pour une décote de près de 70%, a obtenu gain de cause auprès d’un tribunal américain, dont la décision est en appel. Si la décision devait être validée, cela rendrait toute restructuration de la dette impossible, puisque les créanciers seraient selon cette jurisprudence garantis d’être remboursés intégralement. Le défaut sur la dette deviendrait juridiquement impossible ! Tirant les leçons, le FMI s’interroge sur les « nouvelles voies » qui pourraient être empruntées pour que ses aides aux pays en difficulté ne servent pas en priorité à rembourser les créanciers privés…
Avant-hier un homme est mort, égorgé dans une banlieue de Londres par deux individus revendiquant le caractère terroriste de leur crime. Il aurait été choisi parce qu’il portait un tee-shirt du programme caritatif de soutien aux soldats britanniques vétérans « help for heroes », et qu’il marchait dans une rue à proximité du Royal Artillery Barracks de Woolwich.
Les deux suspects ayant sollicité d’être filmés pendant leur acte par tous les passants, se placent donc clairement dans l’acte terroriste, qui nécessite pour être efficace une médiatisation maximale.
Au même moment se prépare en France une confrontation entre les mouvances de l’extrême-droite dure et l’Etat républicain à l’occasion d’une manifestation dimanche 26 mai, les risques étant attisés par le suicide public au coeur de Notre-Dame d’un des fondateurs de la nouvelle extrême-droite. Nonobstant le contexte personnel dans lequel il intervient (maladie), ce suicide doit être vu comme une déclaration de guerre à l’Etat de droit et à la Démocratie.
23 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité
Quelle brochette ! Quand ce n’est pas Microsoft, General Electric, Starbucks, HP, Amazon ou bien encore Google, c’est Apple qui est sur la sellette. Aux États-Unis et au Royaume-Uni s’entend, car en France, le secret règne sur les récents accords passés au plus haut niveau avec Amazon, Google ou Arcelor-Mittal, de longues démarches contentieuses étant dit-on parallèlement engagées par le fisc, et l’on en reste publiquement à la proclamation de principe généraux en guise d’offensive. Dans ce pays, il y a des sujets maudits sur lesquels on ne se répand pas, comme celui des banques.
Ailleurs, après les auditions les enquêtes se poursuivent et les révélations se succèdent, découvrant les voies de l’optimisation fiscale des entreprises transnationales comme elles ne l’ont jamais été. Et cela vaut le coup d’œil ! Mais on ne peut se départir du sentiment d’avoir déjà vu un tel déballage à propos de la régulation financière et de la crainte de le voir par conséquent suivi de peu d’effets. Un nouvel enterrement se préparerait-il, le temps aidant ?
Non, si l’on en croit la décision du sommet européen d’hier qui a annoncé la fin de l’année comme date butoir pour régler le dossier de l’échange automatique des données au sein de l’Union européenne. C’est n’est pour l’instant qu’un vœu, car cela suppose le déblocage de négociations avec les Suisses, préalable à l’accord du Luxembourg et de l’Autriche. Ceci réglé, il resterait encore à voir le détail de ce qui est par avance décrit comme n’allant laisser aucune échappatoire, notamment concernant le paravent juridique des trusts, fondations et autres fiducies qui permettent de dissimuler l’identité de leurs ayants droit. Entre temps, un G8 se tiendra au mois de juin sous une présidence britannique qui pointe le doigt sur les annexes de la City pour mieux protéger celle-ci, au détriment de ses dix territoires d’outre-mer ou dépendant de la Couronne. La Commission exercera de son côté son mandat de négociation avec la Suisse, le Liechtenstein, Andorre, etc. afin de lever les restrictions luxembourgeoise et autrichienne à leur ralliement à la cause commune. Le temps que les fonds puissent être au cas où déménagés vers des cieux plus accueillants, remarqueront les mauvais esprits. Si tout est mené à son terme comme annoncé, la poursuite de l’évasion fiscale imposera en effet d’aller chercher refuge plus loin, à moins que de nouveaux produits financiers ne permettent de contourner la réglementation (cela ne serait pas la première fois). L’évasion fiscale, c’est fini ! sera alors une nouvelle fois affirmé, mais ce sera celle de papa, la plus voyante et encombrante !
23 mai 2013 par
Julien Alexandre Commentaires fermés
Billet invité
Sur le blog et avec les Amis du Blog de Paul Jorion, nous discutons de l’économie des biens, des prix, de la loi, et de la monnaie. Nous constatons que le système actuel tombe dans le vide en ne produisant pas de biens universels qui soient tels pour tout le monde. Nous subodorons un problème de loi : il semble que la finance mette la monnaie hors la loi, que les prix ne mesurent pas les vrais biens, que la loi ne nous permette plus d’identifier les biens dans une économie. Pour le dire autrement, la politique mouline dans le vide : la discussion des lois et de l’application des lois n’a plus de rapport avec la réalité de ce que nous pourrions considérer comme du bien commun.
Nous militons pour le bancor que nous voyons d’après la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie comme une réintroduction de la citoyenneté dans le système économique. La chambre de compensation en bancor est une matrice politique multinationale de la monnaie. L’étalonnage de la monnaie en actifs économiques ne serait plus l’activité privée des intérêts financiers mais l’activité publique des pouvoirs politiques souverains par les lois. La proposition monétaire de Keynes à Bretton Woods avait posé la responsabilité des États nationaux dans un gouvernement mondial de la monnaie mais n’avait pas explicité la loi de ce gouvernement transnational. Outre que le bancor anéantirait les intérêts spéculatifs privés « offshorisés », l’autre argument public d’indifférence active au bancor est l’absence de loi politique monétaire internationale.
L’une d’entre vous me recommande d’écouter le podcast d’une émission de radio récente sur une station californienne pour y entendre ce qu’explique un professeur américain. Et en effet, ce qu’il dit est à ce point judicieux, que je croirais m’entendre parler moi-même.
Mais la première partie de l’émission capte elle aussi mon attention : il y est question des efforts de l’administration Obama pour protéger dorénavant les « whistleblowers » : les lanceurs d’alerte. Or, un lanceur d’alerte sur l’utilisation (illégale, faut-il le rappeler ?) de la torture par diverses instances américaines, vient de se voir condamner à deux ans et demi de prison pour avoir mis en danger le secret défense. Ceux qu’il dénonçait (incroyable mais vrai !), courent toujours.
Le problème avec les lanceurs d’alerte (comme le souligne ce cas-ci), c’est qu’une fois sur deux, ce qu’ils dénoncent appartient à la sphère de la Realpolitik : la différence entre ce que les États prétendent faire (avec des sanglots dans la voix) et ce qu’ils font en réalité (avec un réalisme tout pragmatique).
Les lois de protection des lanceurs d’alerte devraient être plus précises : « Tout lanceur d’alerte aura droit à la protection de l’État (pour autant que ses alertes ne mettent pas en lumière l’indignité de l’État lui-même, sans quoi il est un traitre – ce dont il aurait quand même dû avoir la perspicacité de se rendre compte !) ».
J’ai fait ce cauchemar d’un globe dérouté
Qui se cherche une orbite au fond des crânes vides,
Où chaque aube de mars a le parfum des ides,
Où l’on vous prend la main afin de vous l’ôter.
J’ai fait ce cauchemar d’un azur révulsé
Qui découvre un Moloch dans les langes de Dieu,
D’apôtres de l’amour qui menacent du pieu
Quiconque n’aime pas selon l’ordre fixé.
J’ai fait ce cauchemar d’un empire puissant
Où pour qu’un seul s’élève, il faut qu’un peuple tombe,
Où régner c’est se faire un jeu d’une hécatombe,
Où tout feu qu’on allume est éteint par le sang.
J’ai fait ce cauchemar d’un or qui ne luit point,
Qui veut lier les cœurs qui se comptent sans lui
Du lien des faux amis, des frères à demi,
Qui donne un goût de mort à ce qui sort du poing.
J’ai fait ce cauchemar d’un homme robotique
Pour qui sentir est une insupportable gêne
Et penser un pensum, pour qui même on s’aliène
À voir par d’autres yeux que ceux de sa boutique.
J’ai fait ce cauchemar et c’est là que je vis
Depuis que l’horizon a fermé sa paupière.
N’ai-je droit qu’à cela, moi né pour la lumière,
À ce brouillon de monde où les jours sont des nuits ?
23 mai 2013 par
Julien Alexandre Commentaires fermés
Billet invité
Les mauvaises nouvelles, grandes et petites se succèdent dans l’industrie automobile au point de faire passer une hausse minime du marché pour une grande victoire. Le secteur automobile mérite que l’on s’y attarde un instant, ne serait-ce que parce qu’il emploie près de 12 millions de personnes en Europe (entre emplois directs et indirects). Plus de 180 sites de production sont exploités par les constructeurs et leurs filiales, y compris ceux produisant uniquement des éléments tels que les moteurs et boîtes de vitesse.
Le marché automobile de l’Union européenne a perdu 4.2 millions d’unités entre le pic de 2007 et la fin 2012[i]. Si l’on considère que l’essentiel de ce qui est vendu en Europe est produit localement[ii], la surcapacité européenne s’établit aux alentours de 3.500.000 unités, peut-être un peu moins compte tenu des exportations. L’impact de la crise et de l’austérité est bien supérieur aux variations du PIB[iii] observées pendant la même période. La baisse est de 20 %, malgré des mesures de soutien de la part des gouvernements (bonus et autres primes à la casse) et la multiplication des opérations commerciales des constructeurs. Encore, cette variation ne prend pas en compte les immatriculations « tactiques » (en d’autres termes des voitures immatriculées sur stock que l’on espère vendre ultérieurement moyennant de fortes remises). Autrement dit, malgré les efforts conjoints des industriels et des gouvernements, rien ne semble devoir enrayer cette spirale à la baisse.
Je voudrais souligner la sagacité de l’analyse que Bernard Stiegler livre au journal L’Humanité datée du 26 avril dans laquelle il lit Marx en termes de causalité inverse. Je souscris pleinement à son propos en utilisant le système théorique d’Alfred Schütz qu’il est important de mobiliser pour comprendre la causalité circulaire de la dialectique matérialiste de Marx : sa logique extractive et déformatrice en forme de boucle.
Alfred Schütz (1899-1959) est un sociologue phénoménologue autrichien (qui a influencé des sociologues américains comme Goffman ou encore Garfinkel) qui, avec la publication de son opus magnum de 1932 : « The phenomenology of the social world » a tranché le conflit des méthodes entre les idéalistes et les historicistes qui a resurgi dans les années 1930 avec la critique de l’empirisme historiciste wébérien formulée par Von Mises défenseur de la position idéaliste (apriorisme).
Alfred Schütz trancha le débat en proposant, grâce à un appareillage théorique composé du processus de Constitution emprunté à Husserl et de la conception rétroactive du temps de Bergson, une véritable théorie de la dialectique matérialiste hégélienne et donc marxienne mais beaucoup plus précise que celle de Hegel et de Marx en cela qu’il introduit la temporalité rétroactive de Bergson qui confère à cette dialectique matérialiste le caractère de boucle soustractive.
La recherche d’analogies entre la situation actuelle et des épisodes passés de notre histoire est récurrente. Nous avions ainsi étudié l’analogie entre la Crise actuelle et la fin de l’Empire romain ainsi qu’avec la situation prérévolutionnaire de 1789.
Les références à la crise de 1929 et à la montée des fascismes qui débouchera sur la prise du pouvoir d’Adolf Hitler en Allemagne étant de plus en plus fréquentes à l’aune des résultats électoraux récents, nous allons maintenant étudier en détail ces phases.
Si l’on prend la peine d’étudier en détail les principales caractéristiques de la prise du pouvoir par les mouvements fascistes en Europe dans l’entre-deux guerres, que nous limiterons aux deux principaux, le fascisme de Mussolini et le nazisme d’Hitler, il est possible de distinguer une convergence manifeste d’éléments récurrents, qui découlent à la fois de choix stratégiques et d’éléments objectifs.
Les choix stratégiques :
Pour accéder au pouvoir, le fascisme comme le nazisme va faire deux choix stratégiques importants.
L’extrême-droite va ainsi adopter un discours aporétique, assemblant au programme « classique » xénophobe et nationaliste, des thématiques anticapitalistes et antisystèmes révolutionnaires, visant explicitement à concurrencer chez les classes modestes les partis de gauche révolutionnaires.
Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Imaginons un jeu de 4 personnes qui ne se connaissent pas et qui disposent chacune de 20 jetons. Un projet leur est proposé qui nécessite qu’elles investissent dans un « pot commun » autant de jetons qu’elles voudront. Cet investissement est secret. Une fois les 4 décisions prises par chaque individu, l’ensemble du groupe perçoit un « retour sur investissement » du nombre total de jeton versé dans le pot commun affecté d’un facteur 0,4.
Si par exemple, trois des quatre joueurs choisissent d’investir un jeton chacun, les quatre joueurs recevront 1,2 jetons à l’issue du tour. Les tours sont répétés 10 fois.
Pour gagner il faut donc :
- Soit investir en espérant que le plus grand nombre investisse.
- Soit profiter des investissements des autres sans y participer.
On peut alors distinguer trois typologies de comportements :
- Les coopératifs, qui investissent systématiquement en espérant que le reste du groupe en fasse de même
- Les égoïstes qui refusent d’investir, récoltant le fruit de l’investissement des autres (rééditant le comportement défini en économie comme celui du « passager clandestin »)
- Enfin les « consentants conditionnels » qui en général commencent par investir mais qui cessent s’ils s’aperçoivent que le retour sur investissement est inférieur à la somme investie
22 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité. Paru dans « La Tribune » du 17 au 23 mai.
La crise n’est pas seulement financière, elle est devenue globale dans ses manifestations comme dans sa perception. Les banques ne sont pas désignées seules coupables, l’État ne joue plus le rôle qui lui est alloué face à une économie de marché porteuse de dysfonctionnements à répétition, avec toujours la même origine : l’argent, dont l’accumulation prend le pas sur toute autre considération. Le sentiment d’insécurité s’est en conséquence élargi à de nouveaux domaines de la vie, rendant la société anxiogène. Le constat est partagé, l’avenir a cessé d’être porteur de promesses, aux vertus du progrès a succédé la prise de conscience de déséquilibres menaçants de toute nature qui s’accentuent : destruction de l’environnement, disproportion de la sphère financière par rapport à l’économie, distribution inégale de la richesse.
Au besoin de changement n’est apportée aucune réponse satisfaisante. Dans la pratique, l’impuissance des dirigeants domine et leurs discours sont ressentis comme velléitaires. Partout, leurs indices de confiance chutent, tandis que des décisions majeures sont prises par des instances hors de portée et sans mandat électif. La Banque centrale européenne, dont le rôle est déterminant et l’indépendance absolue érigée en principe, est le symbole de cette situation malsaine qui, faut-il le rappeler, résulte de la constatation que l’on ne peut pas faire confiance aux gouvernements !
21 mai 2013 par
Julien Alexandre Commentaires fermés
Billet invité
« Too big to fail » (TBTF), c’est ce que l’on entend en boucle depuis le début de la crise pour parler des établissements financiers « trop gros pour faire défaut » sans que le système financier ne s’effondre dans leur sillage (c’est ce que l’on appelle le risque systémique). Ce concept économique a justifié plus d’une fois des décisions controversées pour venir au secours de ces mastodontes dont la santé vacillante mettait en péril le système dans son ensemble, faisant du contribuable américain le garant en dernier ressort (l’un des exemples les plus emblématiques étant le sauvetage d’AIG). Et mis à part une petite minorité, personne ne semblait vouloir s’attaquer à cette réalité. Il y avait désormais des compagnies qui ne pouvaient pas faire faillite, quel que soit l’état de leurs finances, et c’était comme ça.
En mars dernier, Eric Holder, le procureur général des Etats-Unis reprenait presque à son compte le petit frère du TBTF : les TBTJ, « too big to jail » (littéralement « trop gros pour être emprisonnés », un bon mot dû à Neil Barofsky), pour signifier que certains dirigeants de ces établissements financiers étaient désormais hors d’atteinte pour la justice, de crainte que cela n’ait des conséquences sur l’économie nationale et même mondiale ! Il y avait désormais des individus qui ne pouvaient pas être poursuivis, quels que soient leurs agissements, et c’était aussi comme ça.
Que fait-on lorsque l’on se retrouve en face de deux régimes d’exception, parfaitement opaques dans la détermination des bénéficiaires, créant de facto un aléa moral de nature à remettre en cause tout l’édifice – l’un comme l’autre entérinant de manière discrétionnaire l’irresponsabilité totale d’une partie des protagonistes ? Tout ceci aurait pu en rester là, consacrant une situation juridique totalement inédite. Mais c’était sans compter sur une variable de l’équation dont on ne fait généralement que peu de cas : nous, l’opinion publique.
Billet invité. Dans le billet qui suit, l’auteur écrit : « … puisque Paul Jorion lui-même a renoncé, dans son propre pays, à enseigner dans la langue de Verhaeren ». Ceci appelle le commentaire suivant : je n’ai renoncé à rien ! J’ai enseigné en français trois ans de ma vie, deux ans à l’Université Libre de Bruxelles, qui ne pouvait me rémunérer en raison de difficultés budgétaires conjoncturelles, et un an à Paris VIII, soit la durée du contrat qui m’avait généreusement été accordé. L’offre d’enseigner en anglais qui me fut faite par l’université néerlandophone de Bruxelles (VUB), l’année dernière, clôt vingt-six années de vaines tentatives de ma part de me trouver un autre enseignement (ou même un poste de chercheur) en français. C’est la communauté francophone dans son ensemble qui n’a pas voulu depuis 1986 – et malgré mon acharnement – que j’enseigne dans sa langue. Désolé ! la responsabilité est la sienne, certainement pas la mienne !
Anglais de Shakespeare :
« Unthrifty loveliness, why dost thou spend
Upon thy self thy beauty’s legacy ?
Nature’s bequest gives nothing, but doth lend,
And being frank she lends to those are free :
Then, beauteous niggard, why dost thou abuse
The bounteous largess given thee to give ?
Profitless usurer, why dost thou use
So great a sum of sums, yet canst not live ?
For having traffic with thy self alone,
Thou of thy self thy sweet self dost deceive :
Then how when nature calls thee to be gone,
What acceptable audit canst thou leave ?
Thy unused beauty must be tombed with thee,
Which, used, lives th’ executor to be. »
21 mai 2013 par
Julien Alexandre Commentaires fermés
Billet invité
L’idée de la démocratie athénienne, c’est-à-dire la démocratie directe, est me semble-t-il une idée-limite, qui permet de mesurer à quel point notre démocratie représentative est effectivement la dépossession d’un pouvoir théoriquement dévolu au peuple, et pas seulement du point de vue formel des institutions, mais surtout pour ce qui concerne les problèmes réels auxquels nous sommes confrontés tout à la fois individuellement et en tant que membres de l’humanité.
Partant, la question primordiale n’est pas tant de savoir s’il faut retourner à une forme de démocratie directe que de nous demander en quoi et par quoi le peuple a été dépossédé d’un certain pouvoir. La question de la démocratie n’est pas simplement formelle, elle s’inscrit toujours dans une situation, tout comme toute institution humaine se crée pour répondre à certaines nécessités. Je rappelle qu’à l’origine de l’institution démocratique on trouve la question de la dette des pauvres, laquelle fut alors répudiée. Le pouvoir du peuple c’est une capacité de délibérer et d’agir pour ce qui concerne des problèmes qui affectent les humains d’une certaine époque et habitant un certain espace. Or, qu’est-ce qui affecte aujourd’hui les humains ? Nous le savons tous ici : les inégalités sociales, le péril climatique et écologique, la complexité.
La crise qui se propage de proche en proche depuis 2008 est une crise qui est essentiellement politique et, en tant que telle, elle demande une réponse politique.
De fait, les observateurs avertis peuvent discerner la multiplication des signes d’une dérive fasciste, à la fois au niveau de la base et à celui du sommet de la pyramide sociale. D’une part, les idées fascistes sont de plus en plus courantes dans les milieux défavorisés (qui sont eux-mêmes en croissance rapide) ; d’autre part, elles sont de plus en plus explicites chez les technocrates — mais sous une forme tellement aseptisée qu’on pourrait, il est vrai, croire à leur parfaite innocuité.
Il est donc fort piquant de remarquer que le grand public est parfaitement ignorant de ce retour de l’extrême-droite. Il pressent certes l’imminence de l’effondrement sociétal mais il n’a absolument pas conscience de la nature exacte du danger. La réouverture de camps de concentration ou même la généralisation des conflits régionaux semble passer inaperçue. De même, le sens et la portée de l’existence d’apologies hollywoodiennes (au propre comme au figuré) de la torture demeurent entièrement mystérieux. Cette double tension est paralysante et anxiogène, ce qui fait le jeu de l’oligarchie : quoi de plus manipulable en effet que des individus dans un état de coma moral et politique ?
Un rapport du Sénat américain rédigé sous la direction des sénateurs Carl Levin du côté démocrate et John McCain du côté républicain, et divulgué à Washington hier 20 mai, en vue d’une audition de dirigeants de la firme Apple aujourd’hui 21 mai, met en évidence les techniques d’« optimisation fiscale » utilisées par le géant de l’électronique.
Les montages sont expliqués de manière détaillée dans ce document de 40 pages. On y lit par exemple que l’un des départements de la firme, Apple Operations International, n’a payé aucune taxe dans aucun pays de 2009 à 2012 malgré un revenu net de 30 milliards de dollars ; un autre, Apple Sales International, a versé en 2011, 10 millions de dollars en impôts sur un montant de recettes s’élevant à 22 milliards de dollars, soit un taux d’imposition effectif de 0,045%.
C’est l’Irlande, en sa qualité de « centre financier international » (l’appellation méliorative des havres fiscaux), qui a permis à Apple un tel degré d’« optimisation », allant jusqu’à accorder à la firme des conditions d’imposition privilégiées : abaissant dans certains cas l’imposition des 12% officiels exigés des compagnies non-résidentes à un taux privilégié de 2%, voire même moins. On se souviendra que lorsque l’Irlande fut tirée d’affaire par les autres pays de la zone euro en 2010, une des conditions posées initialement pour son sauvetage était la fin de son statut de havre fiscal. On apprit rapidement, mais sans réelle surprise, que cette pré-condition pour l’aide qui lui était accordée était abandonnée.
Le rapport du Sénat américain souligne que l’« optimisation fiscale » n’est pas illégale : « C’est cela la définition même d’une entourloupe fiscale, a déclaré le sénateur Levin, une pratique qui sur le plan purement technique est légale, mais qui contrevient à l’esprit de la loi ».
En d’autres temps, le fait que l’« optimisation fiscale » n’est pas illégale aurait assuré à Apple une indifférence bienveillante des États à l’égard des techniques auxquelles la compagnie recourt. Les temps ont changé : ce ne sont pas seulement les États-Unis, mais également le Royaume-Uni, l’Australie et l’Union européenne qui poussent ces jours-ci l’« optimisation fiscale » dans ses derniers retranchements. Restons cependant vigilants et attentifs au fait qu’il n’est pas dans la nature même des gouvernements de ces pays d’opérer un tel revirement « hostile au milieu des affaires » (pour employer l’expression consacrée) parce que ce changement d’attitude n’a en réalité qu’une seule origine : l’exaspération croissante que nous manifestons envers l’« optimisation fiscale » de compagnies telle Apple, nous, l’opinion publique.
21 mai 2013 par
Julien Alexandre Commentaires fermés
Billet invité
Toi qui fis la mémoire, est-ce pour qu’on oublie ?…
Non, c’est pour rendre au temps à la fin tous ses jours,
Pour faire confluer, là-bas, en un seul cours,
Le passé, l’avenir, ces deux moitiés de vie
Dont l’une dit jamais et l’autre dit toujours.
(Lamartine, « La vigne et la maison »)
Est-il vraiment possible à ce moment de l’histoire d’être totalement pertinent sur les impasses de la démocratie telle qu’on l’habille sous nos latitudes et sur la nécessité de la force pour « bouger » ?
Je crois que non, et que la tâche (inévitable) sera celle d’une génération. La tâche de lieux d’échanges et de décision mondiaux à inventer. La tâche au jour le jour de groupements locaux atypiques (pour ne pas dire anarchistes) et innovants. Ce qui se raconte sur ce blog depuis 5 ans et sur d’autres, ce qui commence à percoler ou naître un peu partout dans le monde, annonce cette Re-Renaissance. Tout juste pouvons-nous reconnaître les antinomies qui aujourd’hui se révèlent et interpellent les consciences en même temps que les bien-être.
20 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Au Portugal, le gouvernement de coalition de centre droit a signé peu après sa constitution, il y a deux ans, un plan de sauvetage avec la troïka (BCE, Union européenne, FMI). Aujourd’hui 83,5% des Portugais seraient favorables à une rupture ou une renégociation de ce plan, car ils constatent que son application n’a fait qu’aggraver la situation économique. Néanmoins, il faudra attendre le prochain rendez-vous électoral de 2015 – sauf coup de théâtre – pour qu’ils soient entendus. Avec comme seule perspective de remettre en selle l’équipe socialiste précédente, qui avait mené les négociations préalables à l’adoption du plan de sauvetage, et qui prône maintenant sa renégociation, sans plus de précisions.
Soumis à une très sévère politique d’austérité qui atteint durement des pans entiers de la population, les Portugais ont vu s’enchaîner en l’espace de deux ans les mesures gouvernementales de rigueur : restrictions budgétaires affectant non seulement les salaires mais également les retraites, diminution des remboursements de soins, augmentation de la TVA… Les dernières en date prévoient le report de l’âge de la retraite à taux plein de 65 à 66 ans, la suppression de 30.000 postes dans la fonction publique, assortie de l’augmentation de 35 à 40 heures du temps de travail.
En septembre de l’année dernière, dans un billet intitulé : Ne pas rater une bonne diversion si l’on en voit une, j’évoquais la querelle qui s’envenimait entre la Chine et le Japon à propos d’îlots inhabités revendiqués par les deux pays.
J’écrivais : « Nous nous disons que nous sommes assez idiots pour rechercher une diversion qui nous fasse oublier notre lâcheté devant l’attitude adoptée par nos dirigeants face au désastre économique et financier qui nous engloutit, en allant faire la guerre ailleurs, avec un quelconque de nos ennemis de toujours. »
L’intervention en ce moment-même du Hezbollah comme fer de lance dans la reprise de la ville syrienne de Qoussair, aux côtés de l’armée loyaliste, met en évidence qu’un mélange encore plus détonnant que celui de la guerre froide de jadis est en train de se mettre en place, où ce ne sont plus simplement l’Ouest et l’Est qui s’affrontent dans un vieil antagonisme ressuscité, mais l’Ouest et l’Est identifiés chacun à l’un des camps de l’ancien schisme islamique.
Un vote au parlement russe a-t-il un jour entériné l’alignement des citoyens russes avec la cause chiite ? Quand avons-nous décidé, de notre côté, qu’il est essentiel que le sunnisme soit déclaré vainqueur ?
République platonicienne et démocratie aristotélo-thomiste
Plaçons-nous immédiatement dans le référentiel aristotélo-thomiste qui structure la comptabilité double actif-passif, nominal-réel, bilan-hors-bilan. Aristote est le philosophe de la matière intelligible ; de la matière que le sujet de l’intelligence peut raconter pour partager une causalité qui soit la raison commune du vivre ensemble pour les citoyens.
Remarquons que la rupture entre la démocratie d’Aristote et la république de Platon est dans l’intelligibilité de la matière. Chez Platon comme dans notre monde actuel, l’intelligence n’est que matière. Le sujet n’a pas de capacité à s’abstraire de la matière pour l’analyser et la transformer en restant lui-même.
Chez Aristote, l’intelligence est métaphysique : elle est capable d’être sur la nature et pas seulement dedans. La démocratie est la délibération de la nature par la surnature ; les citoyens discutent dans l’intersubjectivité sur un objet commun partageable. Le thomisme élève la démocratie matérielle des sujets passifs, à la démocratie active des personnes. L’expérimentation active de la démocratie a été abandonnée avec la chute du communisme idéologique.
Disons que chez Aristote, la délibération des citoyens s’inscrit dans une mécanique de langage. La causalité est un état passif de la réalité. En introduisant la vision judéo-chrétienne de la personne dans l’intelligibilité du réel, la synthèse thomiste rend la métaphysique active. La métaphysique devient transformable par la délibération des personnes, sujets non seulement de la physique mais de la métaphysique. C’est le phénomène de la transsubstantiation du réel par le don des personnes. Lire la suite »
Un groupe de chercheurs curieux constatant la sclérose de créativité des chapelles ultra-pointues monochromes de recherche, et voulant en sortir, avait organisé, aux Arcs, puis à Berder, des rencontres informelles (par cooptation-intérêt mutuel en fait) entre des chercheurs en médecine, en biologie, en mathématique, en physique, en éthologie, en épistémologie, en sociologie, en philosophie… Aucune discipline n’était rejetée en réalité…
Il y avait des exposés informels le matin. On mangeait ensemble, attablés par auto-curiosités mutuelles, et si possible en mélangeant les disciplines… Et on faisait des balades scientifiques dans le beau Golfe du Morbihan l’après-midi.
À Berder, il était explicitement demandé à chaque expert de tenter d’exposer, dans la langue de tout le monde, un travail d’autant plus difficile que leur sujet était plus ardu… Un fil directeur global très large pour la semaine, une sorte de thématique englobante horizontale était donnée deux mois avant (voici quelques exemples de telles thématiques englobantes très fécondes: le temps, le hasard, le bruit, la morphogénèse, les catastrophes, l’information, l’auto-organisation, la diffusion, les fractales, le vieillissement, les « flocks of… » (bancs de poissons, « vols » de certains oiseaux), l’émergence… etc.)
Des choses importantes ont été dites ici. La démocratie fait partie des sujets dont nous pourrons débattre lundi 20 mai entre 20h et 22h sur la page « Les débats ».
Comme on nous dit partout que Keynes est l’homme de l’heure, je me replonge dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936).
Serait-ce alors que ce qu’il faut lire de Keynes se trouve dans certains de ses textes moins connus ? Comme ces Perspectives économiques pour nos petits-enfants datant de 1930, dont j’ai extrait (et traduit) le passage suivant (*) :
Je ne vois donc rien qui nous empêche de revenir un jour à quelques-uns des principes les plus sûrs et les moins douteux de la religion et de la vertu traditionnelles – que l’avarice est un vice, la pratique de l’usure un délit, et l’amour de l’argent détestable, que ce sont ceux qui pensent le moins au lendemain qui progresseront le plus sûrement sur le sentier de la vertu et de la sagesse authentique. Nous chérirons à nouveau la fin plutôt que les moyens et préférerons le bien à ce qui est utile. Nous honorerons ceux qui nous apprendront à cueillir chaque heure et chaque jour comme il convient et dans la vertu, ainsi que ces êtres merveilleux qui savent apprécier les choses à leur juste valeur : « les lys des champs, qui ne peinent ni ne filent » (Mathieu 6 : 28).
Mais prenez garde ! Le temps n’en est pas encore venu. Il nous faudra encore pour un siècle ou davantage, nous prétendre à nous-mêmes ainsi qu’aux autres, que le juste est vil et que le vil est juste ; car le vil est utile alors que le juste ne l’est pas. L’avarice, l’usure et la méfiance demeureront nos dieux pour encore un temps. Car eux seuls sont capables de nous faire émerger du tunnel de la nécessité économique, vers la lumière du jour.
––––––
(*) John Maynard Keynes, Perspectives économiques pour nos petits-enfants (1930), in Essais de persuasion, Gallimard 1931. La traduction de l’anglais est d’Herbert Jacoby – je ne l’ai pas retenue ici.
Devant le succès de la formule, nous nous réunirons une fois de plus le 25 mai à partir de 17h30 au café Le Vicomte, 1 rue du Bourgmestre, au coin de la chaussée de Boondael à Ixelles, à un bloc (« pâté de maisons ») du boulevard général Jacques. Le fameux « spaghetti Vicomte » sera disponible à 19h30 pour ceux qui souhaiteront bénéficier de ce plat délicieux qui a fait la gloire de Bologne (elle fut aussi le siège de la première université européenne, mais bof !)
Si vous voulez bénéficier du spaghetti, signalez-le moi (« Me contacter », ici en haut à droite) avant midi le samedi 25 mai.
18 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
La sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren a posé la première question à Ben Bernanke et Mary Jo White, respectivement en charge de la Fed et de la Securities and Exchange Commission (SEC), ainsi qu’à l’Attorney général Eric Holder. Des études ont-elles été faites, demande-t-elle dans un courrier qui leur était destiné et a été rendu public, pour mesurer les avantages et inconvénients, en cas de faute établie d’un établissement bancaire, de pénalités financières sans aveu de culpabilité d’un côté et d’actions permettant d’établir celle-ci de l’autre ? En d’autres termes plus directs, qu’elle n’emploie pas, d’action en justice, avec tout ce que cela peut avoir comme conséquences…
Pourquoi, s’interroge par ailleurs notamment le « Guardian », la société Amazon n’a-t-elle payé en 2012 que 2,4 millions de livres d’impôts sur les sociétés au Royaume-Uni alors que le chiffre d’affaires de sa filiale britannique est de 320 millions de livres (à comparer avec les 2,5 millions de livres d’incitations fiscales reçues du gouvernement) ? Le porte-parole du groupe Amazon a répondu que celui-ci avait agi conformément à la loi, mais c’est bien là le problème !
Billet invité. Une discussion relative à ce billet aura lieu ici sur la page Les débats, lundi 20 mai, de 20h à 22h.
Une petite phrase lue sur le blog de Pierre Sarton du Jonchay m’a, en un flash, fait comprendre ce qui me posait problème, c’est tout bête, vous allez comprendre… la phrase dit cela :
Ce diagnostic repose sur le modèle de régulation financière et monétaire inspiré de la philosophie politique d’Aristote et de Thomas d’Aquin interprétée par Keynes en système monétaire d’économie politique.
… et m’a bien fait entrevoir que l’objectif serait donc de revenir à une situation pré-thatchérisme en partant du principe sans doute que ce ne serait qu’une étape, mais qu’il fallait bien commencer par là, par remettre les pendules à l’heure…
Le problème, c’est que les pendules n’ont jamais été à l’heure, même avant les années 70…
Pour illustrer ce que je dis j’aimerais vous faire part d’un souvenir… le souvenir d’une manifestation des ouvriers de Moulinex je crois, demandant à la direction de ne pas supprimer des emplois… je ne me souviens plus la date exacte mais ni la date ni l’entreprise n’ont d’importance dans cette histoire tant le cas est devenu la règle…
Je me souviens que ce jour-là j’ai senti que quelque chose était en train de revenir… l’escroquerie, l’aveuglement, la honte et le chaos d’une société qui redevenait terrifiée par le pouvoir.
Quelques mois avant, des manifestations d’ouvriers demandaient de meilleures conditions de travail, un meilleur statut, une reconnaissance financière et de réels changements de société… et là, en quelques mois, quelques semaines… tout s’était renversé : on demandait quasiment pardon d’exister, on demandait du travail et du pain…
Alors voilà, ce que je crois c’est qu’il ne faut pas demander le retour à une finance moins folle, ça n’est pas juste… parce qu’un monde où la finance serait moins folle ne suffirait pas à être supportable… voilà ce qui me gène dans le discours ambiant… d’un côté, « la compétitivité » des gros c… et de l’autre, « la fin du néo-libéralisme »…
Cette alternative ne peut pas être porteuse d’espoir… Il faut plus… il faut comprendre qu’il faut demander plus, qu’il faut vouloir plus et qu’il faut arrêter de vivre dans une société qui nous fait honte… le changement des règles sur la finance suivront mais ce ne sera plus l’objectif premier… l’objectif sera plus haut… La fin d’une organisation basée sur la pression, les contraintes et les menaces….
Car souvenez-vous ce qu’il y avait avant le néo-libéralisme… des usines monstres et des patrons bien-pensants… et la honte au front pour les autres…
La vidéo : c’est l’image, le flash dont je parle au début…