L’audition sous serment de Pierre Condamin-Gerbier, ancien de chez Reyl, par la Commission sénatoriale chargée d’enquêter sur le rôle des banques et des acteurs financiers dans l’évasion fiscale est sidérante à plusieurs titres, non pas tant par ce qu’elle révèle de la gestion mafieuse des affaires publiques en France, dont tout le monde se doutait, que par ce qu’elle dit, en creux, de la complaisance coupable avec laquelle nous nous en sommes tous longtemps tenus à ce doute, par fatalisme (liaison naturelle du pouvoir et de la corruption), par peur de nuire à l’appareil d’État, de discréditer l’ensemble de la représentation démocratique en détaillant la bave aux lèvres les turpitudes de quelques-uns de ses membres éminents.
Condamin-Gerbier confirme, par le rapprochement qu’il fait entre le scandale de la banque de Bâle en 1934 – où se trouvèrent impliqués, dans un grand éclectisme, aussi bien la famille Peugeot que des sénateurs, des députés, des généraux et jusqu’à l’archevêque de Paris (alliance du piston, de la banquette, du sabre et du goupillon) – et le déroulement en cours de la pelote Cahuzac, que le progrès, dans nos temps résolument modernes, se marque par la réinvention du même. Il confirme également que l’État est le premier complice des évadés qu’il prétend traquer en ce qu’ayant tous les outils pour le faire, il feint de n’en avoir jamais d’assez sophistiqués pour être efficace. Mines de tartuffes, donc, que les airs incrédules de Cazeneuve et de Moscovici à l’évocation de l’odyssée des fonds soustraits à leur inquisition.
Lorsque l’on prend le temps d’écouter dans le détail ce qu’a déclaré le 12 juin 2013 devant la commission d’enquête sur le rôle des banques et acteurs financiers, Pierre Condamin-Gerbier, ancien associé-gérant chez Reyl Private Office, (2006-2010) et ancien représentant de l’UMP en Suisse, l’élément qui ressort avant tout est le caractère « généralisé » du « système » off-shore. Reprenons ici presque mot pour mot ce qui a été dit sur les personnes et les milieux concernés par ce système :
1. Les banques suisses.
2. Les banques françaises et mondiales.
3. Une « très grande partie » des Etats européens (dont la France), à travers certains services (dont les services secrets pour les rançons d’otage) – certains pays ou lieux étant des lieux off-shore très importants (Luxembourg, Suisse, Londres, Hong Kong, Chine).
4. Un grand nombre de « personnalités politiques et des partis politiques de l’ensemble de l’échiquier français », à la fois pour leur « enrichissement personnel », et pour « les partis qu’ils représentent ». Il dit connaître personnellement 15 noms. Lors de l’audition, il a évoqué « Eric Woerth » et « Patrick Devedjian » concernant certaines « rencontres » UMP – sans faire le lien direct avec les banques, mais ils sont tout de même nommés. Sont aussi évoqués des « ministres de la précédente et de l’actuelle majorité », un « représentant du parti socialiste en Suisse », tandis que des informations détaillées et étayées doivent être ultérieurement publiées et données à la justice, « une fois que l’environnement y sera favorable » (car au moment de l’audition il n’est pas encore assez « protégé » des « menaces » qu’il reçoit).
5. De nombreuses « personnalités proches » de partis politiques, ou « des soutiens financiers » souvent « déguisés en institutions périphériques » (« cercles de réflexion », « cercles d’affaire mondains »).
6. Les grandes entreprises et multinationales
7. Les « grandes familles ».
8. Tout un ensemble de particuliers disposant d’une fortune réelle mais de taille modeste, et d’un réseau d’influence réel.
9. Le milieu financier, l’immobilier, le monde de l’art, le diamant (entre autres).
Vous savez, j’ai vraiment bien de la chance. Le soldat Bradley Manning est traduit en justice en ce moment-même, devant une cour martiale aux États-Unis ; Julian Assange est confiné à l’ambassade de l’Équateur à Londres, sachant qu’il sera arrêté s’il cherchait à en sortir ; Aaron Swartz s’est suicidé, la rumeur voulant que la raison en est son intime conviction qu’il serait inculpé de bien davantage que d’effraction d’une base de données universitaire ; quant à Edward Snowden, il est quelque part à Hong Kong, et pas près d’en sortir. Tout cela pour avoir répété des horreurs : des choses abominables que l’on chuchote sans doute mais que l’on ne dit jamais, au grand jamais, à voix haute. Et moi, je m’apprête à vous répéter des horreurs du même acabit alors que, assis confortablement dans mon fauteuil, je ne cours absolument aucun risque d’arrestation.
Pourquoi ? parce que je vais me contenter de mettre sur le papier ce que je viens d’entendre dire dans une vidéo sur un site-toile, et que je n’ai même pas à me presser à la pensée que ce matériau subversif risque de disparaître dans les secondes qui viennent pour être remplacé par un laconique : « Retiré par l’usager » puisque le site en question est celui du Sénat de la république française, et que je ne ferai rien de plus que rapporter les propos de M. Pierre Condamin-Gerbier, gestionnaire de fortune, ancien associé-gérant chez Reyl Private Office, devant la Commission d’enquête sur le rôle des banques et acteurs financiers, le 12 juin 2013, autrement dit, mercredi de la semaine dernière.
18 juin 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
A peine prononcées, les rodomontades du G8 sur l’échange automatique des données se sont dégonflées ! Avec ce témoignage, nous pénétrons un peu plus dans les mécanismes de la finance de l’ombre et de son interfaçage avec le système financier officiel.
A son écoute, la première réaction est d’étonnement, si c’est encore possible. Comment les mécanismes de base de cette évasion fiscale, semble-t-il systématiques, impliquant de nombreux acteurs, peuvent-ils être restés si méconnus ? La réponse est bien entendu que ce monde de la gestion de fortune et des family office est très fermé, soudé dans une même communauté d’intérêts. La seconde réaction est naturellement de curiosité éveillée et confirme que les mesures en discussion à propos de l’évasion fiscale sont de la poudre aux yeux. La troisième, enfin, que la période est décidément aux lanceurs d’alerte, dont le dernier en date dénonce les pratiques de la NSA américaine qui, comme l’explique également l’associé-gérant de Reyl, se réveillent en tant que citoyen. Conduisant à croire, après avoir également entendu et lu des iconoclastes parmi les économistes et les régulateurs financiers, que la série va se poursuivre et que nous n’en avons pas fini avec cette véritable leçon de chose, comme on disait dans l’enseignement primaire, qui nous est administrée.
18 juin 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité
Les négociations se poursuivent aujourd’hui entre ministres des finances à propos de l’union bancaire et des méthodes possibles de renflouement des banques : sans surprise, la question de savoir qui payera la note est au centre des discussions entre les États, le MES, les créanciers des banques et les déposants. Le côté surprenant de ces débats est qu’ils se déroulent en aveugle, c’est-à-dire sans référence à l’ampleur des pertes auxquelles le dispositif retenu en fin de compte permettra de faire face ! On n’est plus à un non-dit près.
Certes, l’Asset Quality Review (l’examen de la qualité des actifs) est annoncé par l’Autorité bancaire européenne (EBA) comme allant être une nouvelle opération vérité destinée à voir ce que le système bancaire européen a dans le ventre, dissimulé par des valorisations suspectées d’être accommodantes et trompeuses. D’où la défiance que les banques continuent de manifester entre elles, conduisant la BCE à continuer à suppléer aux défaillances du marché interbancaire. Mais si un de ces consensus chers aux économistes était établi à ce propos, il prédirait que cette nouvelle version des précédents stress tests, rebaptisés pour la circonstance vu la faillite des précédents, n’annoncera comme besoins de financement que ce qui sera décemment à portée, sans faire toute la lumière souhaitée. Le taux de créances douteuses des banques ne cessant d’augmenter en raison de la récession économique, il représente en Espagne 10,87 % du total des crédits bancaires, soit 162 milliards d’euros, en dépit des transferts précédents d’actifs douteux à la Sareb, la bad bank espagnole.
Quand il s’agit de comprendre pourquoi nous sommes si mal dirigés, les explications ne manquent pas. « Aucun d’eux n’est capable de faire preuve de courage », fera remarquer quelqu’un, ce qui, à défaut d’une explication complète, est manifestement le cas. La lettre d’allégeance de Christine Lagarde à Nicolas Sarkozy, rendue publique hier, apporte cependant un nouvel éclairage.
Lorsqu’on découvre à la lecture un document de cette nature, on ne peut s’empêcher de passer rapidement : il n’y a qu’un nom pour le sentiment qu’on éprouve, il s’appelle la honte et il n’est pas du genre dont on aime se délecter. Une hypothèse fait cependant peu à peu son chemin : nos dirigeants ne seraient-ils pas tous désormais comme cela ? Le vide au sommet ne s’explique-t-il pas par le fait que l’on n’y trouve plus que des courtisans, chacun prisonnier de sa vaine quête d’un maître à qui prêter allégeance ?
Quand, dans un royaume, chacun se met à passer en revue en son for intérieur les vertus éventuelles de la république, la royauté est en danger. De même sans doute quand chacun dans une république en vient à se demander si la royauté ne présentait pas quelque avantage, et en particulier qu’il y avait là en tout cas quelqu’un en charge des affaires.
Bien sûr, le caractère aléatoire de l’arrangement des gènes à chaque génération faisait que la qualité du souverain ne pouvait être garantie, et il fallait se satisfaire alors que ses sautes d’humeur soient, sinon « régaliennes », tout au moins « princières », c’est-à-dire que, même dans ses inconduites, le souverain continue de se situer au niveau de la cause commune, plutôt qu’à celui de la sienne propre uniquement, comme il en va quand il s’agit d’un courtisan.
La servitude volontaire est épargnée au dirigeant du fait même de la position qu’il occupe, mais s’il se retrouve en position de diriger alors que sa nature profonde est celle du courtisan, il ne s’identifiera jamais à la cause commune et continuera à rêver d’un maître aux pieds de qui se prosterner (« Si tu m’utilises, j’ai besoin de toi comme guide, etc. »), Dieu nous préserve qu’il décide de se tourner alors en désespoir de cause vers les quelques personnages qu’il nous reste qui « ne s’autorisent que d’eux-mêmes », tels Vladimir Poutine ou Bachar el-Assad !
La république est de loin préférable à la royauté, protégée qu’elle est contre le hasard facétieux des recombinaisons d’ADN, mais comment empêcher que ne se retrouvent au sommet, comme aujourd’hui, uniquement des courtisans orphelins d’un maître ?
En fait, les hommes et les femmes identifiés au bien commun ne manquent pas. Voyez par exemple Warren Buffett, le milliardaire d’Omaha (Nebraska), attirant l’attention du peuple américain – tout occupé à des choses plus urgentes – sur le fait qu’il paie moins d’impôts que sa secrétaire, ou déclarant, espérant provoquer ainsi un sursaut, que la lutte des classes existe aux États-Unis, que ce sont les riches comme lui qui la mènent, et qu’ils l’ont sans doute d’ores et déjà gagnée. Voyez aussi « Nous sommes les 1% », dont Le Monde a publié hier l’appel, et qui affirment : « Nous préférerions que le tissu législatif nous incite à des activités à plus forte valeur ajoutée pour le bien commun, et que l’enrichissement individuel ne puisse se réaliser sans enrichissement collectif ».
Je n’entends pas suggérer par l’exemple de Buffett et de « Nous sommes les 1% », que les meilleurs candidats à l’attitude « princière » d’identification à la cause commune et au bien général ne se découvrent que parmi les riches : il en existe bien certainement aussi parmi les pauvres. C’est seulement qu’on voit beaucoup moins ceux-ci à la télé. Sauf bien entendu quand l’un d’entre eux, attribuant à tort au simple caprice d’un courtisan, un projet authentiquement d’intérêt général, voit sa yourte accidentellement écrasée par un bulldozer.
17 juin 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Oh, que ce calme est trompeur ! Les marchés boursier et obligataire sont d’ailleurs attentivement suivis, les premiers parce qu’ils commencent à trébucher après avoir prospéré, et le second car il a l’apparence d’un monstre dormant pouvant à tout moment se réveiller. Ce dernier en donne des signes aux États-Unis, en raison d’interrogations sur l’arrêt graduel des achats de titres de la Fed, et pourrait faire de même en Europe, après la déclaration de Jörg Asmussen de la BCE devant la Cour de Karlsruhe – selon laquelle le programme OMT est par construction plafonné – ce qui pourrait lui faire perdre son caractère dissuasif.
Un an après l’avoir décidé, le prochain sommet européen de fin juin va se pencher sur le deuxième pilier du sauvetage de la zone euro : l’union bancaire. L’état des négociations sur ce dossier n’est pas des plus impressionnant, si l’on considère le dispositif de renflouement des banques qui filtre : l’intervention du MES serait plafonnée et impliquerait en tout état de cause une intervention financière nationale de l’État. On est loin de l’intention initiale de la création d’un fonds financé par les banques et d’une déconnexion des dettes privées et publiques…
Mitte März hielt ein seltsamer Vorgang die Aufmerksamkeit der Finanzpresse fest: die Troika, das Kontrollgremium für Mitgliedsländer der Eurozone, die mit ihrem Staatshaushalt in Schwierigkeiten geraten sind und welches befugt ist, diesen Ländern zu erläutern was von ihnen als Gegenleistung im Austausch eines finanziellen Rettungsplanes erwartet wird, spaltete sich. Dieses dreigliedrige Gremium, bestehend aus der Europäischen Kommission, der Europäischen Zentralbank (EZB) und des internationalen Währungsfonds (IWF) präsentierte sich nun aus zwei antagonistischen Seiten. Auf der einen Seite standen der IWF, die EZB und Deutschland, auf der anderen Seite positionierte sich die EU-Kommission. In der Financial Times vom 17.März las man folgende erstaunlichen Worte: „an diesem Punkt angekommen verliert die (europäische) Kommission jede Glaubwürdigkeit.
À la mi-mars, un étrange incident retenait l’attention de la presse financière : la Troïka, la force d’intervention chargée d’expliquer aux pays en difficulté de la zone euro ce qui est attendu d’eux en échange d’un plan de sauvetage financier, se clivait. Cette tripartite composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) laissait en présence deux camps antagonistes composés, d’un côté du FMI, de la BCE et de l’Allemagne, et de l’autre, de la seule Commission européenne. On lisait dans le Financial Times en date du 17 mars, ces propos étonnants : « Arrivé à ce point […] la Commission [européenne] avait perdu toute crédibilité à Berlin ».
La publication, le 20 mai, par le FMI, d’un rapport d’évaluation de la politique adoptée durant deux ans à l’égard de la Grèce (*), constitue un second épisode de la guerre intestine qui déchire désormais la Troïka. Témoignage de la profondeur du fossé qui s’est creusé, la réaction violente d’Olli Rehn, économiste en chef de la Commission européenne, exprimant son « désaccord fondamental » avec les conclusions du rapport.
Bien que recourant aux euphémismes d’usage, les reproches qu’adresse le FMI à la Commission européenne sont en effet dévastateurs : incompétence, amateurisme et, plus sérieusement encore, complicité de deux poids lourds jouant contre leur propre camp, tirant parti du rapport de force en leur faveur pour faire payer les pots cassés, non seulement par la Grèce, mais aussi par les pays situés en-dehors d’un axe Berlin-Paris, et par le contribuable européen en général et ceci, au bénéfice exclusif des établissements financiers.
Ce qu’affirme le rapport du FMI pour qui sait lire entre les lignes, c’est que l’Allemagne et la France laissèrent pourrir la situation pour permettre à leurs banques de récupérer les prêts « accordés à la Grèce », l’ardoise étant réglée par la Banque centrale européenne devenue « banque de défaisance » ou « bad bank » comme disent plus crûment les Anglo-Saxons, c’est-à-dire, réglée à l’arrivée par le contribuable européen. Pour que le mistigri puisse ainsi être passé, le FMI a dû contrevenir à ses principes en avançant des fonds à un emprunteur incapable de jamais les rembourser. La justification de la Commission européenne : un « risque systémique exceptionnel », autrement dit, d’effondrement global qui, comme le note amèrement le rapport : « … continua semble-t-il d’être invoqué à chaque réexamen de la question, en dépit du fait que le risque de contagion se réduisait à mesure que la dette souveraine grecque migrait du secteur privé vers le secteur public ».
Selon la Banque des règlements internationaux, au 1er octobre 2010, le bilan des banques allemandes était grevé de dette publique grecque à hauteur de 19,2 milliards d’euros, celui des banques françaises à hauteur de 14,4 milliards et, secteur commercial et public confondus, de 50,6 milliards d’euros pour l’Allemagne, et de 67 milliards pour la France, représentant, à elles seules, 58,1% du total. Le temps passé en tergiversations, interprété par une opinion publique distraite comme une simple marque d’amateurisme de la Commission européenne, avait en réalité pour but de permettre aux banques allemandes et françaises de se délester de ces actifs dévalorisés auprès de la BCE.
Plus de deux ans ont été perdus avant que n’intervienne la restructuration de la dette grecque en février 2012, affirme le FMI. Piqué au vif, Olli Rehn ne peut s’empêcher de rejeter le blâme adressé à la Commission européenne sur l’axe Berlin-Paris, déclarant : « Je n’ai pas le souvenir que Dominique Strauss-Kahn ait appelé de ses vœux en début de période une restructuration de la dette grecque, je me souviens distinctement par contre de Christine Lagarde y étant opposée ». L’époque dont il parle, c’est l’année 2010 : Dominique Strauss-Kahn était alors à la tête du FMI, Christine Lagarde était ministre française de l’économie, des finances et de l’emploi.
Visée dans ce récent rapport du FMI, pourquoi l’Allemagne avait-elle alors conclu à la mi-mars, dans l’affaire de Chypre, une alliance avec celui qui la montre aujourd’hui du doigt ? Parce que l’Allemagne imagine que sa tactique est passée inaperçue et que les commentateurs se contenteront, à l’instar de ce qu’ils font depuis plusieurs années, d’expliquer le comportement de l’Allemagne comme conséquence du seul souci de Mme Merkel de se retrouver à la tête du gouvernement qui résultera des élections législatives du mois de septembre.
Qu’émerge-t-il de tout cela ? L’image d’un axe Berlin-Paris faisant marcher la zone euro au son de sa propre musique, sans grand souci des quinze autres nations qui la composent. La Grèce se trouve bien entendu au premier rang de celles-ci, victime expiatoire toute désignée en raison de ses crimes : exonération criante des grosses et des moyennes fortunes de toute logique fiscale, secteur étatique pléthorique et généreusement rémunéré, enfin, désinvolture non sans arrière-pensées dans la production des statistiques économiques du pays.
Le jeu « perso » de l’Allemagne et de la France aura coûté très cher aux autres membres de la zone euro, et mis le Fonds monétaire international en contravention avec ses propres principes, lequel vient de le signaler au monde entier, tout en rappelant discrètement aux deux intéressées qu’il n’était pas dupe de ce qui s’était passé…
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(*) Greece : Ex Post Evaluation of Exceptional Access under the 2010 Stand-By Arrangement International, IMF Country Report No. 13/156, June 2013
Le PS vient d’essuyer un huitième camouflet lors des législatives de Villeneuve-sur-Lot, au bénéfice du Front National, comme de bien entendu, dont le jeune et fringant candidat affrontera seul au second tour son concurrent UMP, fraîchement adoubé membre du front républicain. Front contre front. Serait-ce le frotti-frotta préliminaire à un échange amoureux des idées ? Ah, j’oubliais que l’acculturation mutuelle a déjà eu lieu. Ce sont gens de même race. Il s’agit simplement de décider, dans le fracas des enfourchures qui s’entrechoquent et des brames qui s’entremêlent, quel mâle aura l’honneur d’inséminer le nouveau terroir électoral qui s’offre à nous. Un nouveau terroir électoral ?
Aussi bien le président Hollande, quand il affirme que ce résultat est une « séquelle » de l’affaire Cahuzac, que Marine Le Pen, quand elle affirme qu’il est l’avant-coureur d’une « lame de fond », se trompent ou plutôt cherchent à nous tromper, car il est douteux que ces deux roués s’abusent eux-mêmes, le premier sur le caractère décisif, pour un électeur, de la révélation d’un secret de polichinelle, la seconde sur la puissance ravageuse d’un tsunami démocratique qui entraînera, au mieux, 25 à 30 % des votants. Alors, un nouveau terroir ? Il est toujours périlleux d’aventurer un pronostic, mais on peut au moins s’appuyer sur le discrédit qui accable le PS pour lui prédire, à la prochaine échéance, un effondrement comme en a connu récemment le PASOK, en Grèce, et espérer qu’il lui soit plus salutaire qu’à ce dernier. Ce discrédit est d’autant plus étonnant et d’autant plus mérité que primo la gauche détient la majorité à l’assemblée et au sénat, ainsi que dans plus de la moitié des conseils généraux et dans presque tous les conseils régionaux, et dirige, à deux ou trois exceptions près, toutes les grandes villes ; que secundo la droite n’en finit pas de se réinventer sous des formes ridicules et autodestructrices ; que tertio aucune bande de pieds nickelés troïkesques ne met la pression sur le pays. Certains s’imaginaient qu’en multipliant les points d’ancrage, la gauche étendrait le réseau de ses fibres musculaires et serait enfin en mesure de mouvoir le grand corps malade de l’État. Elle aura surtout épaissi sa masse adipeuse, les barons et baronnets poussant leurs pions ou se poussant eux-mêmes, à la faveur d’un remous gélatineux de bourrelets, de la base au sommet.
Les mouvements qui agitent le Monde musulman plongent les pays occidentaux dans une grande perplexité, leur position ambiguë dans le conflit syrien n’est que l’un des indices de cet embarras. Pourtant, l’interventionnisme à géométrie variable depuis plusieurs décennies demeure la règle et pose une fois de plus la question compliquée des rapports qu’entretiennent Occident et Monde musulman.
L’idée qui prédomine, c’est celle d’une confrontation déjà ancienne. Au milieu du 8e Siècle se joue en moins de 20 ans et en deux batailles une partie du destin du monde dont les effets sont encore perceptibles aujourd’hui. En 732, un siècle exactement après la mort du Prophète, les armées arabes sont défaites aux environs de Poitiers, marquant la fin de l’expansion vers l’Ouest et le Nord. En 751, à la bataille de Talas [i] s’arrête le chemin vers l’Est du Monde musulman malgré une victoire sans appel des armées arabes sur les armées chinoises. La rapidité de l’expansion initiale illustre la vigueur de la nouvelle foi et son prosélytisme, elle s’appuie sur le sabre, mais aussi sur un réseau de marchands arabes préexistant à cette expansion tout autour de la Méditerranée et le long de la Route de la Soie. La Reconquista, les Croisades et l’expansion turque changent les frontières jusqu’à la bataille de Vienne en 1683 qui fige un temps les contours de ces deux mondes, avant que le déclin de l’Empire ottoman, la décolonisation et l’effondrement de l’Empire soviétique ne mette à nouveau les frontières en mouvement. On aurait tort pourtant de voir dans cette longue période deux mondes unis en confrontation directe. Ces deux mondes sont traversés par des rivalités internes entre États et des schismes religieux (Catholicisme / Protestantisme ou Sunnisme / Chiisme) à l’origine de conflits toujours d’actualité.
17 juin 2013 par
Julien Alexandre Commentaires fermés
Billet invité. Le dernier de cette série est accessible ici
Un véritable tournant politique a lieu en ce moment. Une partie toujours croissante des populations et des classes dirigeantes et responsables de bonne volonté, du fait de leur expérience quotidienne et des informations sur le réel qui se répandent de toute part, malgré tout, commence à prendre conscience du fait que la crise sera sans retour vers la « croissance » sous sa forme – déjà – ancienne, et que le néolibéralisme, même sous sa forme social-libérale, nous mène vers une souffrance et une destruction absurdement et injustement plus grandes, ainsi que vers un dérèglement du système tel que ses graves dysfonctionnements se révèlent, particulièrement en ce qui concerne les paradis fiscaux.
Bien des éléments montrent cette évolution. Parmi bien des exemples possibles et qui se multiplient, ne citons que les échos de ce qui se dit de plus en plus dans les milieux dirigeants et responsables, le fait que le FMI lui-même reconnaisse que la concentration des richesses – pivot et objectif du système néolibéral – est un problème, ou encore l’initiative Minder en Suisse ou plus récemment l’appel des 1 %.
Moteur de recherche en situation de quasi monopole qui quête des liens simultanément pour vous et sur vous, dans l’hypothèse où l’on aurait un jour besoin de vous étrangler avec. N’a pas grand-chose à voir avec le système de surveillance imaginé par Orwell dans 1984, dont des exemples se rencontrent ailleurs (téléréalité, vidéosurveillance, police civique, etc.), mais peut lui prêter son concours à l’occasion. Un petit détour par la fiche Wikipédia du roman (tapez 1984 dans le cartouche « Rechercher » de Google) vous en convaincra. Est plutôt apparenté au panoptique du philosophe Bentham (tapez panoptique dans le cartouche « Rechercher » de Google). Au vu des monstruosités qui circulent sur Google, on se dit un peu vite que son crible, si crible il y a, possède des trous fort larges. C’est plus subtil que cela. Google, comme les boîtes à sel, possède plusieurs cribles, qu’il fait tourner au gré des intérêts qu’il sert (sous la contrainte ou de bon coeur), en plus des siens. Les utilisateurs/-trices de Google, dans leurs cellules individuelles, sont libres, en principe, mais avec les restrictions susmentionnées, d’accéder par cette autoroute virtuelle à l’ensemble des productions humaines et d’y faire circuler les leurs. Toutefois, cette liberté est susceptible, à tout instant, d’être retenue contre eux. Google tient son nom du babillage d’un enfant à qui son oncle mathématicien demanda de baptiser le nombre astronomique 10 à la puissance 100 (tapez gogoldans le cartouche « Rechercher » de Google). Faut-il en inférer que la brasserie informationnelle Google sert à la pinte des milliards de données pour enivrer une humanité captive des langes de l’enfance ? – Comme vous y allez, mon bon monsieur. – J’irai même encore plus loin, car l’entreprise est vertigineuse et vaut tous les shoots. Quand Google aura stocké l’équivalent du nombre gogol, Google sera Dieu, Go(d)ogle. En attendant sa divinisation, Google squatte les paradis fiscaux. Les théologiens d’autrefois, en mal d’étourdissements, s’interrogeaient sur la capacité de Dieu de se contenir lui-même. Go(d)ogle pourra-t-il s’indexer avec toutes ses références dans sa propre base de données ? Posez la question à l’amateur de casse-tête Borges (tapez borges dans le cartouche « Rechercher » de Google). Quelques utilisateurs sortis de leur minorité et appelés cyberactivistes (ce qui fait des autres des cybermollassons) luttent à travers le réseau Tor ou le logiciel Scroogle contre l’hégémonie intrusive de Google. Mais Google les connaît, car Google est l’ami de tout le monde, même si, comme un chacun, il a ses préférences. Je remercie Google de m’avoir permis de parler de Google en toute objectivité et sous son contrôle.
16 juin 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Un nouveau G8 se tiendra lundi et mardi en Ulster. Mais à quoi donc servent tous ces sommets qui se succèdent sans relâche et dans diverses formations, peut-on se demander ? En premier lieu à faire des annonces ronflantes rarement suivies d’effet, pourrait-on observer en revenant sur les précédents ! Somme toute, tout nouveau sommet aurait pour principale tâche d’escamoter les engagements non tenus de ceux à qui il succède !
Même David Cameron, qui le préside actuellement, est conscient de l’effet de lassitude de ces sommets à répétition et y a fait allusion. Chacun s’y rend afin de pouvoir bénéficier de la reconnaissance de ses pairs et déclarer avoir obtenu gain de cause. Les sommets sont de ces occasions où il ne faut pas rater de remporter des victoires (sauf dans les rares cas dramatisés où ils sont reconnus infructueux). Ils magnifient l’idée d’une gouvernance mondiale, dans toutes ses géométries, que la photo de famille et le communiqué final symbolisent. Car ils ont leur rituel, ce qui permet parfois d’y déroger, afin de renforcer la communication à leur sujet. Et puis c’est tout, ou presque.
16 juin 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Ben Bernanke, le président de la Fed, s’interroge désormais à haute voix à propos du programme d’achats de titres de 85 milliards de dollars mensuel (QE 3, pour quantitative easing, assouplissement quantitatif), laissant planer la menace de la fin de la récrée ! La Fed ne peut en effet indéfiniment la poursuivre. Mais comment procéder sans faire de casse ? Sa prochaine réunion des 18 et du 19 juin est donc attendue afin d’avoir des précisions sur ses intentions.
Evoquée à titre de ballon d’essai, la simple évocation de la fin des largesses de la Fed a immédiatement inquiété ces grands sensibles que sont les marchés, qui l’ont fait sentir sur les places boursières, faisant en particulier grimper l’indice de volatilité. Présentée par les commentateurs comme étant un processus graduel et étalé dans le temps, elle aurait néanmoins tout du sevrage. Bien qu’une diminution des achats mensuels de la banque centrale ne serait pas pour autant une réduction de la liquidité injectée par la Fed, tout juste une croissance moins rapide de son volume ! Cela mesure combien la banque centrale est à la source de l’euphorie qui a gagné les milieux financiers – faisant contraste avec l’état de l’économie – dont elle pourrait sonner la fin en cessant progressivement d’alimenter sa manne. Cela suscite aussi une interrogation sur l’avenir du découplage économique entre les États-Unis et l’Europe (exprimé par leurs taux de croissances réciproques), la cause de celui-ci étant présentée comme le reflet de la politique monétaire actuelle de la Fed, par opposition à celle de la BCE.
Merci à vous tous qui êtes venus hier au château du Tertre m’écouter. Une salle comble remplit d’aise les organisateurs et honore le conférencier. Toutes mes excuses à ceux dont l’inscription n’a pu hier être acceptée : je vous confirme que la place aurait manqué pour vous faire asseoir.
Information importante – Les organisateurs me communiquent : « Pour reprendre la classification des familles d’Emmanuel Todd, le Perche est une région nucléaire absolue ».
14 juin 2013 par
Julien Alexandre Commentaires fermés
Billet invité
Je le rappelle à intervalles réguliers, il y a une crise de l’économie réelle qui est antérieure à la crise de l’économie financière, entre autres parce que l’économie réelle offre de moins en moins de travail rémunéré dans des conditions permettant de créer une demande solvable. D’une part, le travail de la machine tend à se substituer au travail de l’homme, d’autre part, il y a une parcellisation croissante du travail qui recouvre la division des tâches et son éclatement géographique vers des pays où le rapport de force entre employeur et travailleur s’exprime sans contrainte.
Cette division du travail recouvre souvent une organisation de la production entre assembleur final et sous-traitant, une hiérarchie entre entreprises dominantes, celles qui accaparent le meilleur de la marge dans la chaîne de valeur, et entreprises dominées qui subissent de plein fouet la pression des entreprises dominantes. Cette organisation a permis non seulement de générer des gains de productivité directs et indirects (par la concentration de la valeur ajoutée dans l’entreprise dominante), mais aussi de produire plus de valeur par unité produite. Initialement mise en place pour compenser l’épuisement de la consommation de masse en lui substituant une consommation de reconnaissance, ce type d’organisation s’est avéré redoutablement efficace quand les attentes de profits se sont élevées à la fin des années 80.
14 juin 2013 par
Julien Alexandre Commentaires fermés
Billet invité. Le premier de cette série est accessible ici
Après un bref moment de prise de conscience collective suite à l’effondrement financier en 2008, le réel de la crise systémique a pu être occulté pendant quelques années. À ce réel a été substituée la réalité que nous assène le système néolibéral. Seule une minorité de la population et des classes dirigeantes et responsables a véritablement assimilé ce que signifiait la crise financière de 2008. Ils l’ont fait en s’appuyant sur les réflexions de ceux qui en avaient pris conscience auparavant. Tout ceci produit un vaste mouvement de réflexions encore minoritaires, mais tout à fait réel et inventif1. En outre, malgré les résistances de toutes sortes, le processus d’assimilation du réel se répand petit à petit dans la population et dans les classes dirigeantes et responsables.
Nous avons à faire à une situation d’urgence, et la violence de l’occultation du réel par le système est inquiétante. Certes, si pour un certain nombre de personnes, nous sommes là à écrire et discuter sur la crise et sur la recherche de solutions, c’est que nous avons – à peu près – assimilé le réel. Mais l’assimilation du réel demande du temps, y compris chez les personnes et les groupes de bonne volonté, que ce soit dans les classes dirigeantes et responsables ou dans la population. La difficulté à assimiler le réel chez nos concitoyens est politiquement problématique, mais existentiellement compréhensible. Il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement, l’être humain n’est pas connu pour sa lucidité naturelle, et le réel auquel nous avons à faire est complexe, angoissant et tragique, car il en va, nous le savons, de la destruction de notre monde naturel et de la survie de l’espèce. Si la majorité de la population et des classes dirigeantes et responsables de bonne volonté n’arrive à pas assimiler le réel de la crise systémique, c’est parce que le changement qui en résulte n’est pas qu’économique, mais implique la nécessité de modifier notre civilisation et nos manières de vivre, et de faire face à la complexité et au tragique. Lire la suite »
14 juin 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité
Qui va payer pour cette crise ? La question semblait entendue, puis les cartes se sont brouillées. Au départ, ce n’était pas les banques, pour désigner la face visible du système financier, mais les États, c’est-à-dire les citoyens. Puis c’est devenu plus compliqué, car il a fallu en convenir : la stratégie de désendettement européenne ne donne pas de résultats particulièrement brillants…
Les signaux tournant autour de cette même interrogation – qui va payer ? – se sont multipliés. La crise grecque, puis la crise chypriote ont été l’occasion de deux inflexions : la première en engageant une restructuration de la dette publique, la seconde en impliquant dans un sauvetage les actionnaires et les créanciers de deux banques. À chaque fois, le même discours a été tenu : « cela ne recommencera pas ! ». Dans le cas de la Grèce, qui est de ce point de vue emblématique, le contraire est d’ores et déjà certain, et dans celui de la participation des créanciers aux sauvetages bancaires, l’Espagne l’avait discrètement devancé en vendant à près d’un million de familles pour 30 milliards d’euros des « preferentes », ces titres dont la valeur s’est ensuite effondrée.
Empire insulaire imaginé par le philosophe grec Platon (voir les dialogues du Timée et du Critias) au IVe siècle avant que Pilate ne se lave les mains et formé avec le matériau des principaux vices de son temps, à savoir la passion dévorante pour un certain minerai précieux, autrement appelée orichalcophilie, l’expansionnisme militaire et l’impérialisme économique de type colonial, tous rattachables à l’hybris, l’outrance, qui est au savoir-vivre ce que l’outre de piquette est à la flûte de clairette. La parabole platonicienne a fait rêver des penseurs aussi diversement recommandables que Francis Bacon, Pierre Benoît, Alfred Rosenberg ou Edgar Pierre Jacobs. Des sommités universitaires et des gourous interstellaires en orbite ombilicostationnaire se réunissent régulièrement pour éprouver la dernière hypothèse formulée sur la localisation de l’Atlantide. L’Atlantide n’est pas seulement une île fantôme, c’est aussi une île erratique, comme Délos. Elle a jeté l’ancre dans le Hoggar, dans l’archipel des Açores et, pour ne pas faire de jaloux, dans celui des Canaries, elle s’est confondue un temps avec la Crète, puis, pour varier un peu, avec Santorin, elle rôde dans les parages de l’Antarctique, elle se devine même dans le marc de café répandu d’une certaine façon au creux de ma soucoupe griffée « Roswell ». Mais pourquoi s’enquérir de l’Atlantide des siècles passés quand nous avons la nôtre, grande comme six fois la France, formée avec le matériau le plus global qui soit et le plus exemplaire de la standardisation du pire, je veux parler du plastique ? Les courants du Pacifique amassent dans leurs filets des millions de tonnes de micro-déchets non assimilables par les micro-organismes qui, mêlés aux résidus radioactifs flottants de la centrale japonaise de Fukushima, cingleront bientôt par paquets vers nos plages de sable fin (s’il en reste), comme jadis les proues recourbées de la flotte de guerre atlante vers Athènes. Pour un traitement en aval du problème, je suggère d’affecter les chalutiers géants que l’épuisement des stocks de poissons aura rendus inutiles à une campagne de pêche inédite, digne de l’épopée terre-neuvienne. Pour un traitement en amont, je suggère à nos dirigeants politiques de subventionner l’artisanat du sac en tissu, du panier en osier et du chariot à roulettes ; je suggère également à mes concitoyen(ne)s de rendre en caisse dans tous les magasins les emballages plastiques rigides ou souples dont la nécessité ne saute pas aux yeux.
13 juin 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Comment va la petite santé de la zone euro ces temps-ci ? Pas si bien que cela : tout s’est calmé en apparence, mais faut-il s’y fier ? Exprimer sa circonspection ne repose pas sur l’annonce d’un nouveau renflouement des banques espagnoles, ou la constatation de la poursuite de la rapide détérioration de la situation économique italienne. Ce doute s’appuie sur l’observation d’un phénomène d’autant plus préoccupant qu’il s’apparente à un travail de sape sous la zone euro : la détention par les banques d’obligations souveraines ou privées émises dans d’autre pays que le leur continue de diminuer. En d’autres termes, on assiste au sein de la zone à un repli des investisseurs sur leur territoire national, les investissements sont de moins en moins transnationaux.
Lors de la séance d’aujourd’hui, l’indice Nikkei de la bourse de Tokyo a perdu 6,35% de sa valeur. L’indice a baissé de 21% depuis le pic atteint le 23 mai, enfonçant à la baisse les 20% indiquant conventionnellement un marché « baissier » (bear).
La principale raison alléguée pour cette chute : l’intention manifestée par la Federal Reserve de ralentir, voire d’interrompre sa politique d’achat massif de titres adossés à des prêts au logement américains, autrement dit, stopper ses injections massives de dollars dans l’économie mondiale. Cette explication, si elle est exacte, rendrait compte a contrario de la hausse des marchés boursiers depuis la mi-novembre 2012. La troisième vague de Quantitative Easing (QE3) avait été annoncée le 13 septembre 2012 : à hauteur de 40 milliards de dollars par mois jusqu’en décembre, quand la somme passa à 85 milliards mensuels.
Ma chronique à paraître dans Le Monde en date des 17 et 18 juin, traitera de l’« axe Berlin-Paris » dans la perspective du rapport du Fonds monétaire international consacré à la manière dont la crise grecque a été gérée par la Troïka de 2010 à 2012.
J’aimerais que cette chronique paraisse également en allemand. Si vous avez un tuyau, soyez gentil(le) de me le signaler (en haut à droite : « Me contacter »). Merci d’avance !
Ça dérape, ça dérape ! Ah ! c’est vraiment le grand dérapage anti-démocratique ces jours-ci chez nos dirigeants !
Ils ne se retiennent plus : confirmation que toutes nos conversations sont écoutées et fichées (téléphone, mail, réseaux sociaux, Skype, que sais-je encore), fermeture de la télévision publique en Grèce ! Ils ne savent plus quoi inventer !
On a le dos tourné cinq minutes, et regardez ça : ils s’en donnent à cœur joie ! Petits galopins, va !
P. S. : Un phénomène inexplicable aux États-Unis, les ventes de 1984 de George Orwell en hausse de 9.500%.
L’Encyclopédie, au XXIème siècle n’est pas une encyclopédie « de demain » car « de demain » suggère qu’il est question d’une utopie, d’un monde qui n’est pas encore là et qui adviendra peut-être ou qui n’adviendra pas.
Ce qu’il s’agit que nous fassions au contraire c’est décrire le déjà-là-encore-invisible : voyez ma définition de gratuité : « mode de circulation normal des biens et des services (antonyme : marchandisation) », la gratuité est déjà là, mais invisible parce que masquée par la marchandisation ; le capital, comme « dans un cadre de marchandisation, ressources manquant là où elles sont nécessaires pour la production ou la consommation », etc.
L’exercice n’est pas simple parce qu’il ne s’agit pas d’imaginer l’avenir mais de voir le présent tel qu’il est déjà là, mais emprisonné dans sa gangue.
Voir « au XXIème siècle », en éliminant la pesanteur des habitudes.
Mon opinion sur le débat qui a lieu en ce moment à la cour constitutionnelle de Karlsruhe se trouve exprimée dans mon billet en date du 2 mai.
J’y écrivais entre autres :
Le fait que [Jens] Weidmann [patron de la Bundesbank, la banque centrale allemande] ait une fois de plus sur cette question une opinion qui se distingue de celle de ses confrères européens n’est pas tellement due – comme on l’imagine toujours – au fait qu’il représente l’Allemagne, mais au fait qu’il comprend les mécanismes monétaires. Sa candeur, c’est de croire que tout le monde les comprend aussi bien que lui et de ne jamais prendre la peine du coup d’expliquer son raisonnement.
Et
Est-ce en effet à M. Draghi [patron de la Banque centrale européenne] de faire tomber la « prime de crédit » des pays de la zone euro en difficulté en assurant que celle-ci mutualisera tout risque de défaut ? Est-ce à lui de neutraliser toute « prime de convertibilité » en jurant ses grands dieux qu’aucun pays de la zone euro n’aura à la quitter ? Poser ces questions, c’est bien entendu y répondre, et donner raison du même coup au patron de la Buba.
L’enjeu, on l’aura compris, c’est que les décisions politiques qui nous affectent dans la vie de tous les jours, continuent d’être prises par des élus (quelle que soit la médiocrité du service qu’ils nous rendent en ce moment dans cette capacité) et non par des personnalités cooptées par d’autres personnalités, cooptées elles par les milieux financiers.
Jens Weidmann est l’un des derniers démocrates toujours en vie dans ce petit monde, cultivons-le !
P. S. : L’exercice d’une cour constitutionnelle est lui nécessairement un processus démocratique essentiel.
11 juin 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité. Ce billet contient des vues extrêmement négatives sur la cour constitutionnelle de Karlsruhe, je ne partage pas ce point de vue : l’exercice d’une cour constitutionnelle est un processus démocratique essentiel. Paul Jorion
La Cour constitutionnelle allemande a débuté aujourd’hui mardi deux journées d’audience destinées à l’aider à porter un jugement sur un sujet épineux : la BCE outrepasse-t-elle son mandat avec le programme OMT ? Celui-ci n’aura pas de portée contraignante sur la banque centrale, mais il pourrait amoindrir le caractère dissuasif de son annonce, n’ayant n’a pas eu besoin à ce jour d’être activé.
Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, a réaffirmé devant la Cour que l’OMT brouillait la frontière entre la politique monétaire et budgétaire, tandis que Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE, a fait état de ses résultats incontestables, soutenu par le gouvernement allemand. La division traverse le camp allemand, les doctrinaires – qui se réfèrent à leur propre histoire et n’ont qu’une aiguille dans leur boussole, la lutte contre l’inflation, comme l’a proclamé Jean-Claude Trichet – s’opposant aux pragmatiques qui acceptent que la BCE élargisse sa mission afin de sauver les banques et l’euro. En attendant son jugement, qui ne devrait pas intervenir avant plusieurs mois, les éventuels commentaires de la Cour ne manqueront pas de sel.
Je faisais partie cet après-midi du jury du rapport individuel d’expertise de Jean-François Gayraud, Commissaire divisionnaire de la police nationale, rapport consacré au « Trading haute fréquence : quels enjeux pour la sécurité nationale ? »
La soutenance avait lieu au CHEMI, le Centre des Hautes Études du Ministère de l’Intérieur, dont les locaux sont situés dans l’enceinte du Fort de Charenton.
J’ai rarement été invité jusqu’ici dans des forts et je n’avais jamais eu l’occasion auparavant de découvrir au cours d’une longue conversation qu’un directeur-adjoint d’Interpol et moi pouvions être sur la même longueur d’onde sur la plupart des sujets.
Les membres du jury se sont réunis après la soutenance. Nous nous sommes rapidement mis d’accord sur le fait que le rapport était d’une qualité exceptionnelle et qu’il devait être publié sans tarder.
Puis nous avons parlé de ce qui aurait pu se trouver dans le rapport et qui l’aurait rendu impubliable, de ce qui est faisable et de ce qui est infaisable en matière de sécurité, de ce qui est possible et de ce qui est impossible en matière de poursuites des crimes en col blanc, enfin, de ce qui est dicible et de ce qui est indicible quand on s’exprime en tant que fonctionnaire du Ministère de l’Intérieur.
À l’heure où j’écris, je me dis que j’ai bien de la chance d’être blogueur et de pouvoir vous parler quand et comme ça me chante de l’infaisable, de l’impossible et de l’indicible.
Pourvu seulement que cela dure, car comme nous l’avons découvert il y a quelques jours à notre grande stupéfaction : l’Internet a des oreilles !