À PROPOS DE SAMEDI PROCHAIN À SILFIAC

Le journal Le Télégramme annonce aujourd’hui l’événement à Silfiac, samedi prochain, 5 novembre.

L’article me présente, entre autres, comme « Paul Jorion est connu en Bretagne, où il vit aujourd’hui, pour avoir travaillé, de février 1973 à mai 1974, sur l’île de Houat, comme salarié à terre de l’industrie de la pêche, avant de publier un ouvrage : « Les pêcheurs de l’île de Houat » (Hermann 1983). »

À l’époque où j’habitais à Houat, je n’étais pas « salarié à terre de l’industrie de la pêche » : j’allais en mer avec les bateaux de pêche et je participais à d’autres activités, en particulier à la cuisson des crevettes (22 tonnes cette année-là, avec Jo Le Hyaric). Je bénéficiais d’une bourse de recherche du Fonds National (belge) de la Recherche Scientifique et je refusais toute rémunération pour le travail que je faisais à la pêche ou dans les activités annexes, à une exception près : le « jour de la tonne », quand une tonne de crevettes avait été pêchée et que nous avions tous travaillé de 14 heures à minuit pour cuire et emballer cette pêche miraculeuse. Quand la paie pour ce jour-là est arrivée, Jo m’a dit : « Avec le travail que t’as fait, si tu refusais ton argent, cette fois-ci, ce serait mal compris ». J’ai alors accepté ma part.

P. S. : Si vous avez l’intention de vous rendre à Silfiac samedi, il est important que vous vous inscriviez en écrivant ici pour que des repas puissent être commandés en nombre suffisant.

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L’actualité de la crise : LEUR LOGIQUE ET LA NÔTRE, par François Leclerc

Billet invité

Plus la dette nous submerge, moins l’on sait quoi faire d’elle ! Ce qui devrait inciter à se poser deux questions toutes simples et liées entre elles : pourquoi a-t-elle pris cette ampleur et comment peut-on s’en débarrasser, puisque l’on ne parvient pas à la rembourser ?

Une remarque préliminaire s’impose : dette publique et dette privée sont tellement enchevêtrées qu’elles devraient être prises en compte sans les distinguer. Montrer du doigt la première et escamoter la seconde, c’est désigner une victime sacrificielle, afin de présenter comme inévitable une rigueur budgétaire destinée à restreindre prioritairement les prestations de l’Etat providence et ses domaines d’intervention, ainsi que de pratiquer des réformes structurelles.

Mais si l’on considère la seule dette publique, d’où provient donc son déséquilibre budgétaire qui n’a fait que s’accentuer au fil des trente dernières années ? Une fois pris en compte l’impact important sur les dépenses que les plans de relance engagés depuis le début de la crise ont représentés, on peut estimer celui des mécanismes fiscaux très orientés qui ont été à l’origine de la baisse des recettes publiques. Doit également être ajoutée à la dette sa charge financière, qui croît au fil de son refinancement. Tout ceci soustrait, la vision que l’on peut avoir de la dette en sort changée. La présentation qui est aujourd’hui faite d’un Etat vivant au dessus de ses moyens est non seulement sommaire, elle est tendancieuse. D’où l’intérêt d’une analyse des causes de l’augmentation des déficits publics, afin de contester les fondements de remèdes présentés comme inévitables et d’en présenter d’autres.

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RFI, Carrefour de l’Europe, dimanche 30 octobre à 12h10

Je fus l’invité de Daniel Desesquelle dans son émission Carrefour de l’Europe. On peut réentendre l’émission ici. Mon entretien débute à 5m24.

Carrefour de l’europe

(19:30)

 
 

Voici la transcription :

A la fin de la seconde guerre mondiale il y a eu un sentiment d’écœurement, on n’a pas voulu recommencer ce qu’on avait fait depuis le XIXe siècle, c’est à dire que tous les 20 ans l’Europe se déchirait par des guerres civiles, si on reste à l’intérieur de ce cadre. On a voulu lancer quelque chose mais malheureusement on s’est focalisé sur la création d’une Europe, marchande, en oubliant que le reste devait venir en même temps, qu’on ne pouvait pas simplement créer une Europe des marchands, qu’il fallait qu’il y est en même temps une Europe des peuples. Comme on a oublié ça pendant cinquante ans, on a commencé avec la communauté européenne du charbon et de l’acier, ensuite il y a eu le marché commun à 6 pays, et ainsi de suite, et pendant tout ce temps là on a dit tout cela va s’arranger tout seul tout cela viendra bien, et on savait quand même que pour une Europe fiscale, on ne le faisait pas, essayer d’unifier cet ensemble de peuples où certains étaient plus riches, d’autres étaient plus pauvres, il faudrait un jour unifier cela. On a attendu qu’il y est la grande crise financière de 2007, 2008, qui se répercute ensuite bien entendu parce qu’il y a un rapport entre les deux, les deux sont liés, avec la dette des Etats qui était un peu sur le fil du rasoir mais ça ne posait pas trop de problèmes, il y a eu là un déséquilibre et maintenant cette Europe qui n’a pas eu lieu, qu’on a pas faite véritablement, on essaye de la faire à marche forcée. On essaye de le faire sur des durées de temps qui ne permettent pas véritablement de prendre les mesures qu’il faut, pourquoi, parce que l’on est toujours en retard d’une guerre, et pourquoi étions nous toujours en retard d’une guerre, parce qu’on prends des mesures qui vont à l’encontre de celles qu’il faudrait prendre et donc chaque fois qu’une mesure va être prise en fait la situation s’est empirée parce que on a pris les mesures qui vont à l’envers, pourquoi, parce qu’on a voulu terminer ce grand projet ultra libéral qui était associé à une Europe des marchands, et ce projet a été démenti par les faits en 2007, 2008, mais on n’est pas encore prêt à reconnaître qu’il a été démenti par les faits, alors on essaye de l’achever aussi en parallèle. C’est ça qui nous conduit dans la situation dans laquelle nous sommes

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APRÈS L’INDIGNATION, par zébu

Billet invité

Un billet est une drôle de chose, une chose qui vous échappe, dès qu’elle est posée sur un coin de table, sur une table ouverte où chacun peut s’en saisir et l’auteur en être dépossédé, à moins que ce ne soit le billet qui ne le soit, allez savoir. C’est ainsi et c’est tant mieux

Dans « Une radicalité simple », contrairement à mes habitudes, je n’ai pas voulu intervenir, pour ne pas interférer dans un débat que je pressentais important et sensible, à raison semble-t-il. Le pressentiment est un organe complexe et difficile à manier, certains diront qu’il doit donc l’être avec d’autant plus de circonspection. Reste qu’une manière d’écrire ne peut pas tenir compte de l’infinie variété des sensibilités, au risque de se dénaturer et de ne plus pouvoir transmettre, ce qui est pourtant le but : toujours sur le fil mais ne jamais (trop) y penser. C’est ainsi et c’est tant mieux.

Cela permet d’avancer dans des échanges dont on voit bien qu’ils sont un des moteurs de ce blog. Restent cependant des interrogations, des incompréhensions et des questions. Il me semble nécessaire d’y répondre, si l’objet d’un billet est bien toujours d’échanger, mais en identifiant cette fois-ci ce qui pourrait relever d’impasses et de portes de sorties dans une cartographie limitée d’un territoire humain en perpétuelle évolution : comme le disait un commentateur, la carte n’est pas le territoire. Mais sans cartes, il n’y a que des terres inconnues.

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RAPPROCHEMENTS ASSEZ GÊNANTS

Dans Le Monde d’aujourd’hui : Jean-Claude Trichet : « Le secteur financier doit changer ses valeurs »,

Le Monde : Certaines de vos décisions continuent à faire débat, comme la hausse de vos taux en 2008 quelques semaines avant la chute de la banque américaine Lehman Brothers…

J-C. T. : A l’époque, il y avait une menace réelle de déstabilisation des anticipations d’inflation sous l’impact de la hausse des prix du pétrole. Bien entendu personne ne pouvait prévoir que Lehman Brothers allait déposer son bilan à la mi-septembre.

Ici-même, en date du 31 mars 2008, dans le billet intitulé : Notateurs et autorités financières,

Quand, il y a quinze jours, la Fed orchestra le sauvetage de Bear Stearns par J.P. Morgan Chase, le Daily Telegraph de Londres se fit l’écho de pressions discrètes exercées par la Federal Reserve de New York afin que l’on laisse tranquille Lehman Brothers dont il n’était pas certain qu’il soit en bien meilleure santé que Bear Stearns : interdiction était faite à ses concurrents de solliciter ses clients, pour éviter que des propos peu flatteurs quant à sa santé financière ne soient émis dans les conversations.

« Personne ne pouvait prévoir que Lehman Brothers allait déposer son bilan à la mi-septembre », à part la Fed de New York, le Daily Telegraph, le Blog de Paul Jorion… et dès le mois de mars…

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L’actualité de la crise : ILS MARCHENT SUR LA TÊTE, par François Leclerc

Billet invité

Demander leur aide aux pays émergents, Chine en tête, est un symbole fort des nouveaux rapports de force mondiaux. En procédant ainsi, les dirigeants européens viennent de mettre en évidence qu’ils n’ont pas les moyens de refinancer l’endettement de l’Europe, puisque c’est la stratégie qu’ils poursuivent envers et contre tout.

Quand certains d’entre eux récusent cette voie, c’est pour se réfugier dans une autre fuite en avant, en préconisant que la BCE éponge la dette en créant de la monnaie, afin que tout puisse repartir comme si de rien n’était, à des aménagements mineurs près.

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LE DÉMON DE LA PERVERSITÉ

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Tous les éléments se combinent en général pour que la fonction de chef de l’opposition soit une sinécure : comme les mesures proposées n’ont pas à être mises en application, il lui est permis à lui ou à elle, d’ignorer toutes les contingences pratiques de la politique de terrain, il lui est offert, à lui ou à elle, de prendre autant de hauteur que souhaité, et d’adopter, ni plus ni moins, le point de vue de l’histoire.

Sur les accords intervenus en Europe dans la nuit de jeudi à vendredi, et pour reprendre quelques mots fameux à Cyrano de Bergerac : « On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme » (et le Dieu en question sait que nous ne nous en sommes pas privés ici) – mais dire, comme on l’a entendu dire à Paris, que « s’il faut un vainqueur, c’est Mme Merkel qui peut faire le communiqué de victoire » ou que « la Chine [est] consacrée comme l’empire économique et financier qui va venir en aide à l’Europe et la zone euro », c’est jeter à la face du monde son ignorance crasse des dossiers et montrer qu’au prix de quelques efforts il est possible de réduire à rien les bénéfices généralement associés à la fonction pourtant apparemment sans risque de chef de l’opposition.

Qu’est-ce qui pousse un individu à réduire en poussière, et d’intention délibérée, le capital de confiance investi en lui ? Edgar Allan Poe lui a donné un nom : « The Imp of the Perverse », que son traducteur Baudelaire, rendit en « démon de la perversité ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : LES JAUNES AUX PORTES DE PARIS ! par François Leclerc

Billet invité

Hier matin, sur les matinales des radios, il était possible de mettre sur le compte d’un réveil difficile les réactions de Michel Sapin et de François Hollande aux conclusions des sommets européens de la veille. Pour le premier, l’Europe faisait « la quête en Chine », ce qui pointait « une dépendance de fait » pour le second. Des propos choisis, et de quelle manière !

C’était sans compter ce matin avec les déclarations renouvelées du candidat socialiste, qui persiste et signe : « la Chine est désormais la maîtresse du jeu, de sorte que le sommet du G20 des 3 et 4 novembre, qui devait être le moment de vérité pour le yuan, va consacrer l’empire économique chinois ».

Dans toute la finesse et l’élégance de son analyse, François Hollande délivre sa vision du monde et de la crise, cherchant des appuis de la plus détestable des manières dans l’opinion, attisant le pire des ressorts.

Confirmant qu’il ne s’agit pas d’un dérapage, mais d’un axe d’intervention ayant fait l’objet d’une décision, Pierre Moscovici a ce matin enfoncé le clou en déplorant « l’entrée de la Chine dans nos affaires », comme si « nous nous mettions entre ses mains ».

Daniel Cohn-Bendit n’avait pas été en reste la veille, estimant que nous allions être livrés « pieds et poings liés à la Chine » et Eva Joly, qui s’est depuis ressaisie, que cela s’apparentait à « une vente à la découpe de l’Europe à la Chine ».

Les bras m’en tombent, les mots me manquent.

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L’actualité de la crise : C’EST AU PIED DU COFFRE QUE L’ON VOIT LE BANQUIER, par François Leclerc

Billet invité

Une fois passé l’effet d’annonce, les calculettes sont à l’œuvre et l’on s’aperçoit que la recapitalisation des banques ne va pas être si facile que celles-ci affectent de le reconnaître et les hommes politiques de le présenter. C’était pourtant le plus facile à décider ! C’est particulièrement valable pour les banques des pays au bord du trou, l’Espagne et l’Italie, mais également pour toutes les autres, à des degrés divers. Les banques grecques étant évidemment hors concours.

Ewald Nowotny, le gouverneur de la banque centrale autrichienne, a déclaré : « ce ne sera pas facile, si vous regardez la situation du marché des capitaux », mettant l’accent sur le danger qui verrait les banques réduire leur offre de crédit pour éviter l’injection de fonds publiques. Un article du Financial Times remarquait de son côté que de nombreux détails du plan n’étaient pas clairs, notamment le mode de calcul des fonds propres, les méthodes permettant de les accroître et les mesures qui pourront être prises pour éviter que la recapitalisation se fasse au détriment du crédit aux entreprises. Un problème qu’a soulevé en France Laurence Parisot, la présidente du Medef (l’organisation patronale), en admettant sans en identifier l’origine que « l’économie réelle commence à être atteinte par cette crise ». Ce n’est pas fini.

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ATLANTICO.fr, SOMMET DE L’EURO : CE QU’IL RESTE À FAIRE, le 27 octobre 2011

Un entretien accordé à Atlantico sur les suites à donner au Sommet de l’euro.

Les jours présents nous ont gâté en matière de réunions de la dernière chance ! Elles ont finalement débouché sur des mesures substantielles. Mais ces dernières se matérialiseront-elles pour produire des résultats notables ? Probablement non hélas. Et l’on parviendra dans le meilleur des cas à calmer le marché des capitaux quelques semaines, avant que la crise n’apparaisse une fois encore, pire qu’on ne l’avait imaginée jusque-là.

La suite en ligne.

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L’actualité de la crise : LES ÉTATS A L’HEURE DE LA FINANCE CRÉATIVE , par François Leclerc

Billet invité

Le président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick, a parlé « d’étape importante » et Christine Lagarde, au nom du FMI, a enregistré des « progrès substantiels », relativisant l’euphorie qui a ce matin gagné les bourses, où les valeurs financières font des sauts de cabri, car le pire était craint. Revenu dans les parages, le diable s’est quant à lui à nouveau perdu dans les détails.

Toutes les banques – sauf les grecques, qui vont être nationalisées – jurent leurs grands dieux qu’elles se recapitaliseront sans avoir besoin de fonds publics, oubliant de mentionner les garanties qui sont mises à leur disposition pour aller si besoin sur le marché. L’effort est concentré sur quelques pays, parmi les plus secoués, les banques grecques ayant besoin de 30 milliards d’euros, les espagnoles de 26,16 milliards (dont 14,97 milliards pour la seule Santander) et les italiennes de 14,7 milliards. Cela ne va pas aider les finances publiques de ces pays… Les banques espagnoles contestent ces chiffres de l’EBA (European Banking Authority), cherchant à obtenir que leurs obligations convertibles soient prises en compte dans le noyau dur de leurs fonds propres. Il va y avoir du sport en Espagne !

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L’actualité de la crise : SAUVEZ LES MEUBLES !, par François Leclerc

Billet invité

En dépit de toutes les pressions des dirigeants européens, aucun accord concernant la décote grecque n’a pu encore être enregistré à Bruxelles à une heure trente du matin, ce qu’a confirmé l’Institute of International Finance. Voilà qui illustre le rapport de force entre les mégabanques et les chefs d’Etat et de gouvernement, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy allant jusqu’à interrompre le sommet pour négocier avec les représentants des banques dans le bureau du président de l’Union européenne, Herman van Rompuy. Dans quel monde sommes nous dans lequel les dirigeants de l’Allemagne et de la France doivent composer avec les banques sans pouvoir imposer leurs vues ?

Au terme de près d’une semaine de négociations, le résultat reste cette nuit très maigre. Afin de sauver les apparences, il est mis en avant l’accord intervenu à propos de la recapitalisation des banques, devenu par la force des choses le principal objectif du sommet, seul résultat tangible à présenter. Le montant global qu’elle représentera sera annoncé « en temps utile par les autorités européennes », a précisé le ministre polonais des Finances, Jacek Rostowski, qui a poursuivi  : « Il faut bien comprendre qu’il s’agit d’une procédure exceptionnelle [qui ne] se reproduira pas [et] ne sera pas permanente ».

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RACONTER UNE HISTOIRE VRAIE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Dans « Les comptes n’y sont pas », François Leclerc expose encore une fois les contradictions systémiques dans lesquelles se débattent les gouvernements de la zone euro et derrière eux le G20. Dans l’équilibre détruit entre économie réelle, économie publique et économie financière, les attentions gouvernementales et financières se portent sur l’endettement public et l’insuffisance des capitaux propres des banques.

Très logiquement la recapitalisation nécessaire des banques est proportionnelle à la part des dettes publiques que l’économie réelle ne pourra jamais rembourser faute de croître suffisamment. Or depuis la crise des subprimes, il est visible que toute croissance réelle est captée par le système financier pour afficher des plus-values. Plus-values qui sont le critère de l’économie financière pour juger de son efficacité dans un système qu’elle a totalement capté.

Au cœur de la crise systémique, la finance impose une logique invisible d’auto-justification où l’économie publique et l’économie réelle n’ont aucune place. Les gouvernements se plient aux exigences de la finance du fait qu’ils ont abandonné le contrôle de l’émission monétaire. Le système bancaire international établit le prix des monnaies les unes par rapport aux autres par la libre circulation des capitaux ; lesquels sont liquides par la politique monétaire des banques centrales séparée de la politique générale des États.

La possibilité est laissée aux banques privées de faire circuler d’énormes masses de capitaux d’une zone monétaire à l’autre. Le capital financier libre est un canon pointé sur n’importe quel gouvernement qui voudrait appliquer d’autres lois que la production libre de plus-values financières. La clé pratique de ce dispositif est le shadow banking ; la banque offshore située virtuellement au milieu des océans est invisible à toute autorité de régulation nationale.

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L’actualité de la crise : L’EUROPE PRISE DANS LA TEMPÊTE, par François Leclerc

Billet invité

L’argent ne pouvait venir que de là où il se trouve : cette leçon qui semble être administrée pourrait être plus largement retenue, alors qu’il est si inégalement réparti, entre régions du monde et au sein de nos sociétés…

Les Chinois viennent donc à la rescousse des Européens, tels des chevaliers blancs. Dans la confusion extrême qui dans la journée d’hier s’amplifiait, l’amorce d’un montage financier a soudainement pris corps, afin de mettre sur pied l’indispensable « pare-feu » à l’extension de la crise européenne. Anticipant sa prise de fonction de quelques jours à la tête de la BCE, Mario Draghi a apporté le coup de pouce espéré en confirmant que la BCE ferait la soudure et continuerait d’acheter des obligations sur le marché secondaire pour éviter le dérapage des taux. Le FMI pourrait prendre la suite, véhicule possible d’une opération qui reste intégralement à monter.

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LA PAROLE ET LE SILENCE

Il y a quelques temps, un criminel responsable de la mort de milliers de personnes fut capturé. Aucun soin particulier ne fut pris pour le maintenir en vie. On perdit même son cadavre en passant par dessus un océan non précisé. Un autre grand criminel a été capturé l’autre jour. Il était en vie, et puis, pouf ! il est mort. On ne sait pas pourquoi, et on nous a annoncé hier que les circonstances de sa mort sont à ce point mystérieuses, qu’on ne saura probablement jamais ce qui s’est vraiment passé. Si ça se trouve, il est mort de tuberculose. Allez savoir !

Pourquoi tant de négligence ? Après tout, on apprend bien des choses lors du procès des grands criminels. Je ne crois pas dire une ânerie si j’affirme qu’on a entendu dire à Nuremberg, pour prendre un exemple, des choses qu’il est bon de retenir pour les siècles des siècles.

Si je peux aventurer une hypothèse, je crois que ce qui hante la mémoire de ces négligents, c’est le souvenir du procès d’un très grand criminel qui mit en péril il y a vingt-cinq siècles rien moins que l’admirable cité d’Athènes. On le laissa bavarder tout son saoul lors de son procès, résultat : ses mots infectent encore aujourd’hui les jeunes esprits. C’est le genre de risques que, dans certains cercles, on ne veut apparemment plus prendre.

P. S. : L’Apologie de Socrate, par un dénommé Platon, est encore en vente dans toutes les bonnes librairies. Achetez-le cependant sans tarder : on ne sait jamais !

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L’actualité de la crise : LES COMPTES N’Y SONT PAS, par François Leclerc

Billet invité

Ils sont encore loin du but, car tout reste à finaliser, et il va falloir des semaines pour y parvenir est-il reconnu !

En attendant de trouver le montage financier miracle qui va faire office de « pare-feu » pour l’Italie, et pour la zone euro toute entière, des solutions de fortune vont être mises en place. Le FESF devrait engager sans attendre des achats de la dette italienne sur le second marché, afin de stabiliser son taux et d’éviter qu’il ne devienne totalement insoutenable (il l’est déjà, dans la réalité).

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L’INEXORABLE LOBBY BANCAIRE EUROPÉEN, par Philippe Lamberts

Billet invité. Philippe Lamberts est député européen écologiste et co-président du Parti vert européen

Le risque d’une nouvelle crise bancaire en Europe s’apparente de moins en moins à une fiction. Surendettées et fortement exposées aux dettes souveraines des pays de la périphérie de la zone euro, les banques européennes assistent en effet impuissantes depuis l’été 2011 à l’effondrement de leur valeur boursière.

À première vue, la menace d’un nouveau cycle de faillites bancaires paraît surprenante compte tenu du soutien public sans précédent dont les banques européennes bénéficient depuis 2008. Outre les aides d’État colossales (1240 milliards d’euros entre octobre 2008 et décembre 2010) qui leur ont été octroyées, celles-ci bénéficient également des apports de liquidité de la Banque centrale européenne (BCE). Empruntées à des taux très faibles (1,5 %), ces liquidités sont réinvesties par les banques dans l’achat d’actifs à haut rendement.

Malgré leur ampleur, ces aides financières n’ont pas atteint leur objectif. À l’image du botox injecté aux actrices vieillissantes, elles ont en effet gommé superficiellement les fêlures du système, sans pour autant les éliminer. La cause de cet échec tient principalement au fait que l’opération de socialisation des pertes de l’industrie bancaire ne s’est pas accompagnée d’une réelle refonte de ses structures.

L’examen de la proposition de réforme bancaire de la Commission européenne (dénommé « CRDIV ») révèle combien le lobby bancaire – surreprésenté dans les 19 groupes d’experts qui conseillent la Commission sur les matières liées au secteur financier – est parvenu à en limiter fortement la portée. Sa première victoire est d’avoir convaincu la Commission de proposer un rehaussement (de 8 % à 10,5 %) relativement faible des fonds propres réglementaires des banques. Second succès : les standards de liquidité proposés par la Commission feront l’objet d’une longue période d’observation, sans aucune garantie de réglementation contraignante à la fin du processus. Or, les difficultés de refinancement sur le marché que rencontrent actuellement les banques françaises témoignent de l’urgence de contraindre ces dernières à privilégier un financement de long-terme de leur bilan.

La troisième victoire du secteur bancaire concerne l’absence de mesures spécifiques limitant les opérations financières entre le système bancaire régulé et le système bancaire dit « fantôme ». Ce dernier – qui englobe la plupart des acteurs financiers non régulés tels que les véhicules hors-bilan, les fonds spéculatifs, etc. – constitue pourtant un mécanisme clé à travers lequel la crise s’est propagée. Enfin, le fait d’armes le plus cinglant du lobby bancaire est d’être parvenu à exclure du champ d’application du projet de réformes de la Commission tout type de mesure posant les prémices d’une séparation stricte des métiers bancaires (banque de dépôt et banque d’investissement).

Il revient désormais au Parlement européen et au Conseil de négocier le règlement final qui jettera les bases du nouveau cadre prudentiel de l’Union. Les députés européens sont en cela confrontés aux mêmes choix que les gouvernements : contribuer au désenchantement démocratique en cédant aux cris d’orfraie du lobby bancaire ou, au contraire, le combattre en prouvant qu’il est encore possible de remettre la finance à sa place.

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