APRÈS L’INDIGNATION, par zébu

Billet invité

Un billet est une drôle de chose, une chose qui vous échappe, dès qu’elle est posée sur un coin de table, sur une table ouverte où chacun peut s’en saisir et l’auteur en être dépossédé, à moins que ce ne soit le billet qui ne le soit, allez savoir. C’est ainsi et c’est tant mieux

Dans « Une radicalité simple », contrairement à mes habitudes, je n’ai pas voulu intervenir, pour ne pas interférer dans un débat que je pressentais important et sensible, à raison semble-t-il. Le pressentiment est un organe complexe et difficile à manier, certains diront qu’il doit donc l’être avec d’autant plus de circonspection. Reste qu’une manière d’écrire ne peut pas tenir compte de l’infinie variété des sensibilités, au risque de se dénaturer et de ne plus pouvoir transmettre, ce qui est pourtant le but : toujours sur le fil mais ne jamais (trop) y penser. C’est ainsi et c’est tant mieux.

Cela permet d’avancer dans des échanges dont on voit bien qu’ils sont un des moteurs de ce blog. Restent cependant des interrogations, des incompréhensions et des questions. Il me semble nécessaire d’y répondre, si l’objet d’un billet est bien toujours d’échanger, mais en identifiant cette fois-ci ce qui pourrait relever d’impasses et de portes de sorties dans une cartographie limitée d’un territoire humain en perpétuelle évolution : comme le disait un commentateur, la carte n’est pas le territoire. Mais sans cartes, il n’y a que des terres inconnues.

La première des impasses serait de se focaliser sur le niveau de radicalité. Car là où il me semblait porter un constat, certains y ont vu une critique des mouvements des indignés, critique malvenue au demeurant de la part de quelqu’un qui n’est ni indigné, ni dans l’action. La question de l’absence programmatique de ces mouvements ne se pose pas, d’abord parce qu’elle est prématurée et ensuite parce que, à raison me semble-t-il, ces mouvements portent en premier lieu une réaction ou une résistance là où des partis portent (enfin, devraient porter) des projets politiques. Ainsi, la première des radicalités que je soulignais des indignés est de renouveler la forme du débat démocratique : rejet de porte-paroles patentés, affirmations concrètes sur des espaces publics du mal-être de sociétés qui se jouent la pièce des trois petits singes, apolitisme revendiqué haut et fort chamboulant les codes classiques de la politique.

Mais absence de programme ne signifie pas non plus absence de buts politiques, qui permettent de donner une signification à l’indignation, pour les indignés mais aussi et surtout pour les fameux 70 % de la population dont on pose comme principe ou hypothèse qu’ils partagent une vision commune de la crise. Sur ce point d’ailleurs, rien n’est certain et tout reste à démontrer. Car force est de constater que malgré l’approfondissement de la crise, jour après jour, un sens commun tel qu’il puisse être partagé par 70 % de la population n’a pu émerger, et ce malgré les multiples mobilisations, massives dans les rues, qui ne parviennent pas à créer une assise sociale suffisante pour déboucher sur une remise en cause profonde du cadre dans lequel cette crise se joue. Pire même, dans certains pays comme l’Espagne ou le Portugal, malgré cette « grande perdition » (ou à cause de celle-ci), le débouché immédiat en termes politiques lors d’élections se révèle encore plus catastrophique et dans d’autres, comme la Grèce ou l’Italie, on assiste au spectacle navrant de l’incapacité de produire une alternance politique.

Ailleurs, lors des révoltes arabes, la question du débouché politique ne se posait pas, tant il semblait nécessaire et évident que la dictature prenne fin, tandis qu’en démocratie, la révolte contre la ploutocratie vient immanquablement buter sur une représentation démocratique qui se refuse à affronter un tant soit peu l’ordre d’un monde qui les surplombe. Reste qu’en Tunisie, en Égypte ou ici, le vide politique finit peu ou prou par être occupé, soit par ceux qui furent absents des révoltes, soit par ceux qui héritèrent du pouvoir, soit par les dirigeants au pouvoir même. On oublie en France combien les émeutes (les révoltes ?) des banlieues à l’automne 2005 (6 ans déjà) ont indirectement et malencontreusement contribué à l’accession au pouvoir du dirigeant actuel, surfant sur la « peur du chaos » adroitement instillée, opposant la « France qui travaille » à « l’autre France ».

Au demeurant, ce n’est pas la mesure de la radicalité qui fait défaut puisque ce sera à qui proposera le plus de radicalité, qui lavera plus blanc que blanc (même dans les nœuds radicalement noués) : devant cette surenchère, les chalands ont déjà passé chemin et s’en retournent à la bonne vieille offre politique ou taquiner le goujon, lequel n’a rien à dire. Changer de cadre, certes, mais perdus comme nous sommes dans cette « grande perdition » sans carte et sans boussole, rester sur les sentiers balisés est encore le meilleur moyen de ne point se perdre plus et mieux. De sorte que l’impasse de la radicalité telle que posée et définie plus avant doit nous permettre de poser la question non pas tant de la quantité de radicalité nécessaire mais bien de sa géographie et de son histoire.

La seconde impasse serait d’oublier les enseignements qu’a pu nous livrer l’histoire sur les révoltes et révolutions diverses et variées, dont je n’ai retracé (avec le malheureux oubli du CNR et de ses suites) que les plus grands mouvements tectoniques contemporains et pour ne parler que de la France, comme toujours lorsque les Français se complaisent à parler d’Histoire. Ces enseignements sont que le corps social et l’esprit philosophique des révoltes vont de pair et que s’il vient à manquer l’un ou l’autre, celles-ci s’étiolent irrémédiablement dans les sables mouvants et mordorés des empires sanglants, des Guizot et des Thiers renouvelés, sans oublier les Pétain faisant don de leur personne à une France qui ne l’avait pas requise.

Cette histoire avec laquelle renouent la Tunisie et l’Égypte, après plus de 40 ans de temps suspendu, est en train de livrer à nouveau son message, à savoir que si l’on ne s’attèle pas à définir simplement mais radicalement des buts politiques, d’autres le feront pour vous et comme l’on sait que « poser la question, c’est déjà y répondre », nul doute qu’ils y trouveront les réponses qu’ils souhaitent apporter. L’islamisme « modéré » est ainsi une possibilité de substituer des buts politiques mis à bas (l’ordre dictatorial) par d’autres buts politiques (l’ordre et la justice sociale, fondé sur des  valeurs religieuses), alors même que les islamistes ne participèrent pas aux révoltes mais en récoltèrent les fruits.

Ces résultats, démocratiques, ne préjugent pas, même à court terme, des dynamiques sociales et politiques futures (notamment la confrontation d’avec l’ordre économique international) mais ils enseignent que si les révoltes furent radicales dans leurs formes (absence de leaders, pacifisme, manifestations sur les lieux publics, mobilisations des réseaux sociaux sur internet) et dans la chute de la dictature comme but politique, il s’avère au final que le corps social des révoltes s’étiola par absence de buts politiques une fois la dictature tombée. On peut ainsi faire un parallèle avec les mouvements des indignés en Occident, dont nombre de caractéristiques peuvent être retracées à l’aune de ces révoltes arabes mais dont on peut aussi légitimement se poser la question, sans pour autant que cela soit une critique, de ce qu’il en adviendra lorsque le grand effondrement succédera à la « grande perdition ». À mon sens, pas grand chose.

Certains d’ailleurs attendent patiemment l’heure qu’ils disent être la leur et d’autre n’espèrent rien tant qu’un soubresaut plus brutal encore de la crise pour se remettre en selle quand ils sont eux-mêmes en grande perdition politique, l’essentiel étant alors de fournir une réponse politique, quelle qu’elle soit, du moment qu’elle puisse donner un sens à tout ça. Les conservateurs et réactionnaires de tout poil en Europe et plus largement en Occident (par exemple le Tea Party aux USA) ne sont en cela que les pendants réalisés ou à venir de l’islamisme « modéré » dans les pays arabes, tout autant démocratique que ne le sont ou le seront ces derniers. À l’inverse, et quel que soit le degré de radicalité des idées politiques, l’histoire apprend aussi que sans le corps social de la révolte ces idées ne feront rien germer : 40 ans d’oppositions politiques aux régimes de Ben Ali et de Moubarak se sont résumés dans l’immolation d’un vendeur de rue à qui on avait retirer le droit de commercer et de gagner sa vie. C’est parce que l’injustice est faite homme que les hommes recherchent la justice.

Il y a néanmoins à ce stade une remarque à faire, sans quoi nous entrerions là encore dans une autre impasse : il ne m’apparaît pas relever de la responsabilité des mouvements d’indignés d’apporter par eux-mêmes obligatoirement une réponse politique, encore moins de porter la responsabilité de son absence en cas d’effondrement et de ses conséquences, quelles qu’elles soient. Identifier un manque n’en n’impute pas la responsabilité car comme chacun sait, on ne peut être à la foire et au moulin : si les indignés ont choisi de porter leurs colères au moulin, ils se refusent (à bon droit) de participer à la foire politique, du moins telle qu’elle se présente à eux.

À force d’apolitisme, les indignés en sont venus à rechercher à se situer, mais dans le cadre constitué. La question de la géographie de la réflexion politique dans ces mouvements risque donc d’être byzantine, d’autant plus que la forme choisie de débats par consensus risque de devoir concilier les aspects ontologiques des mouvements (pacifisme, apolitisme) et la nécessaire dose de radicalité quant au politique, en rapport avec le niveau d’indignation exprimée. Les questions politiques tourneront donc autour du cadre ou à l’intérieur mais pas sur le cadre même. En ce sens, j’ai donc indiqué que les réflexions de Paul Jorion étaient une « radicalité simple », que je ne retrouvais pas au sein des mouvements des indignés.

Radicalité, non pas parce que le niveau de radicalisme pour participer aux débats menés notamment sur ce blog est si élevé qu’il en interdit l’accès aux plus paisibles des citoyens (bien au contraire) mais bien parce que ces débats se centrent sur le cadre lui-même de nos actions, débats qui d’ailleurs donnaient lieu à l’expression de positions polarisées quant aux priorités à définir pour d’éventuels plans d’action ou aux responsabilités des uns ou des autres.

Simple, parce que contrairement aux apparences, c’est bien le refus d’une radicalité pour la radicalité qui fait que l’objectif premier est de pouvoir faire sens socialement, afin de construire un socle social : les fameux 70 %. Cette simplicité doit d’ailleurs se retrouver dans l’énoncé des choses (« ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ») mais reste sous-jacente à la nécessité de faire sens commun. Sur ce point, la simplicité est aussi un but politique. Certains ont d’ailleurs cité Orwell et sa « Common Decency » : de la même manière qu’il existerait un penchant naturel au bien, un bon sens partagé par tous, il existerait aussi la capacité naturelle de remettre en cause nos propres cadres. A condition, comme le soulignait l’auteur, de ne pas s’extraire, de ne pas se couper de la vie quotidienne, en premier lieu parce que celle-ci nous enseigne mais aussi parce que nous perdons dans le cas contraire la capacité à signifier simplement aux hommes.

Les deux mamelles d’une radicalité simple, que l’on pourrait définir par erreur comme un oxymore, seraient de :

1/ s’attacher à définir non plus le niveau de radicalité nécessaire pour modifier le cadre mais plutôt cibler ce qui définit le cadre lui-même. De ce seul fait, toute action ou réflexion ciblant ce cadre serait par nature une radicalité, peu importe par ailleurs le niveau de celle-ci ;

2/ se baser sur ce qui fonde la vie quotidienne de chacun, afin que chacun puisse saisir immédiatement ce que chacun a en commun quant aux réflexions ou actions proposées, quelles que soient leurs radicalités.

Analysons les différents termes que Paul Jorion nous a proposés, sous la perspective mamellaire devenue ainsi familière : héritage, intérêt/prêt, propriété. Sur ces trois termes, on peut y déceler le fait qu’ils soient constitutifs du cadre actuel et le fait qu’ils nous sont quotidiens (au sens non pas de journalier mais bien de proximité). Point de banalité excessive qui nous les ferait écarter de nos réflexions, étant donné leurs importances sociales, mais point non plus de radicalité excessive qui nous en ferait des objets étrangers. On pourrait ajouter à cette liste un certain nombre de termes.

On a évoqué ainsi le prix, que l’on s’efforce d’éplucher radicalement pour mieux en saisir toute la banale familiarité. Il reste encore beaucoup à dire sur ce sujet, notamment sur la proportionnalité. Mais l’on pourrait aussi poursuivre en si bonne voie avec le travail, dont « ils ne mourraient pas tous mais (dont) tous étaient frappés ». Mais aussi avec la monnaie, que l’on utilise dans nos échanges tant et si bien que nos échanges finissent par se monnayer et nous coûter fort cher. Mais aussi avec la fiscalité sur les revenus dont on a oublié combien la radicalité de son existence fut décriée à sa création, pour ne rien dire de la simplicité universelle de sa progressivité. Mais aussi avec la délégation que nous octroyons à nos représentants pour diriger la chose publique. Mais aussi avec le partage de la connaissance. Mais aussi…

Tout un programme.

Un programme dont les mouvements des indignés pourraient s’inspirer pour alimenter leurs actions, et inversement, le blog de Jorion (« le rade, avec une porte verte, à côté de l’atelier du père Trinquier, pouvez pas vous tromper : y un nain de jardin barbu qu’est pendu sous une cloche, en guise de tympan ») s’inspirer de la nature humaine en mouvement pour alimenter sa simplicité.

Partager :

293 réflexions sur « APRÈS L’INDIGNATION, par zébu »

  1. Que le mouvement des indignés soient légitime, son fondement n’est qu’une réaction « épidermique »: on a mal et on crie pour que ça cesse. Pas une direction.

    Non pas que je ne comprenne pas le mal pour y avoir déjà goûté,mais prendre sérieusement ce mouvement comme un vecteur de changement; tout comme s’accrocher aux prochaines élections présidentielles, c’est selon moi se mettre des oeillères.

    La source du mal, ce n’est pas tant l’incurie des décideurs, qui au fond, ont certainement l’impression de donner le meilleur d’eux mêmes, même un Beaudoin PROT, mais c’est la prison dans laquelle nous nous sommes enfermés, la représentation de notre existence comme quelque chose de fini, le huis clos de Sartre, et avec lequel on veut jouir jusqu’au dernier souffle, de peur d’avoir manquer quelque chose, sans se soucier de ce que cette jouissance demande en soumission à son prochain.
    Et là, le rapport de force se révèle dans toute sa splendeur… Le pauvre peut être riche parmi les pauvres, et le riche peut être pauvre parmi les riches.
    Cette volonté de soumettre,elle a été camouflée et idôlatrée par l’argent.
    Aujourd’hui, cette idôlatrie, il est temps de la payer, car ceux qui ont le plus voué à ce culte, par leur puissance, se retrouveront nus et dévorés par ceux qui ont servi le culte et ont vu leur volonté de soumettre mis sous le joug de la frustration.

    KOESTLER croyait en la création continue. Ca c’est une direction. Toute seconde n’est pas la précédente, et est propre à elle même.

    1. L’Obsolescence de l’homme.

      « Tout le monde est d’une certaine manière occupé et employé comme travailleur à domicile. Un travailleur à domicile d’un genre pourtant très particulier. car c’est en consommant la marchandise de masse – c’est-à-dire grâce à ses loisirs – qu’il accomplit sa tâche, qui consiste à se transformer lui-même en homme de masse.
      (…)
      Il paie donc pour se vendre. Sa propre servitude, celle-là même qu’il contribue à produire, il doit l’acquérir en l’achetant puisqu’elle est, elle aussi, devenue une marchandise. »
      Günther Anders. « Le monde comme fantôme et comme matrice » in « l’Obsolescence de l’homme. »

  2. Je salue vos efforts pour formuler honnêtement une pensée et une analyse qui parfois se dérobent, comme toute chose vivante. Bonne continuation.

  3. Changer de cadre, certes, mais perdus comme nous sommes dans cette « grande perdition » sans carte et sans boussole, rester sur les sentiers balisés est encore le meilleur moyen de ne point se perdre plus et mieux.

    Le seul sentier balisé à suivre est celui de sa propre éthique.

    Les sentiers balisés du Système (qui soient positionnés en opposition ou pas), des idéologies ou autres utopies sont totalement à éviter, puisque menant un objectif à atteindre basé nécessairement sur ce qu’on connait: c’est à dire le paradigme en actuellement en déglingue.

    Get out of the groove…
    Surfez la vague

    1. On peut aussi tâter du nouveau terrain tout en restant dans le cadre comme pour assurer son pas.
      Et rien ne dit que tout le cadre ancien et à jeter au parc à containers (comme on dit en Belgique), il peut peut-être encore servir en le dépl

      1. Alors si tu restes dans le cadre, tu partiras au feu avec… Il est tout termité (termite ), rien n’est récupérable et il risquerait de contaminer la nouvelle charpente à construire…

    2. On peut aussi tâter du nouveau terrain tout en restant dans le cadre comme pour assurer son pas.
      Et rien ne dit que tout le cadre ancien et à jeter au parc à containers (comme on dit en Belgique), il peut peut-être encore servir en le déplaçant quelque peu.
      Je suis convaincu qu’on peut capitaliser autre chose que de l’argent.

      1. @taratata, on rigole, on rigole, n’empêche que le texte de Graeber est un témoignage de première main, vous ne trouvez pas? On y apprend que les initiateurs d’Occupy Wall-Street sont loin d’être des puceaux en politique! Mais ils n’ont pas non plus l’air de vouloir se prendre pour des ré-inventeurs du fil à couper le beurre!

        Il me semble que ça relativise les analyses certes parfois brillantes entendues ici ou là sur les limites de ce mouvement, j’ai l’impression qu’elles gagneraient en nuances si elles lisaient ce texte. Personnellement, sa lecture m’a confirmé l’idée que le blog de Paul Jorion aussi bien que les mouvements d’occupants des places publiques sont le pile et le face d’une même pièce, en ce sens qu’ils invitent dans les deux cas à une prise de parole de chacun sur des sujets d’intérêt collectif, avec toute la dimension formatrice que cela induit. La dimension horizontale, le fonctionnement en réseau in situ revendiqués par Greaber ne sont-ils pas dans une certaine mesure à l’image de ce qui se pratique sur le net?

        Dans les deux cas, il me semble que nous sommes en train de participer à des formes d’expression politique relativement inédites à une telle échelle, mais pratiquées et expérimentées de longue date par la mouvance « activiste altermondialiste », nous dit Greaber. Et ça marche, ajoute-t-il, lui-même étonné par le succès soudain d’un tel mouvement.

        Alors oui, c’est vrai, je rêve que le lien se fasse entre les deux faces, d’où mon appel en forme de boutade (quoique) à envoyer « Jorion à Wall-Street occupée ».

      2. Ce qui est amusant, c’est que dans son texte, David Graeber affirme que c’est probablement lui qui est à l’origine du nom « les 99% ». Or Graeber était l’un des six anthropologues qui avaient participé à Paris au mois de mai au mini-colloque : « Anthropologie de la crise du capitalisme contemporain » (la seule autre spécialiste de cette sous-sous-discipline anthropologique n’ayant pas pu venir !).

        Dans mon exposé (j’étais l’un des six), j’avais insisté – cela ne vous surprendra pas – sur le rôle joué dans la crise par la concentration de la richesse et j’avais attiré l’attention en particulier sur les chiffres présentés à la page 122 de La crise du capitalisme américain (2007 & 2009) : les 2,8% que se partageaient en 2001 les 50% les moins riches de la population américaine, et les 32,7% détenus par le 1% le plus riche… Cela l’avait-il frappé ? Lui seul pourrait nous le dire !

      3. @ Paul Jorion.
        Pour préciser la carte (indépendamment du choix de la position du curseur sur le dernier centile), dans le 32,7%, pourrait-il y avoir un effet « nouveau riche » dont la richesse n’est que la comptabilisation de reconnaissances de dette qui au fil de la crise partiront en fumée.

        Vu autrement, est-il possible d’envisager une classe capitaliste bien assise, dont les patrimoines individuels sont moins élevés, mais dont la répartition serait un intervalle plus large ? Je demande cela parce que l’usage « spectaculaire » du rapport 1/99% me paraît évident, alors qu’une répartition en 30/70% permettrait, il me semble, d’orienter nos réflexions sur l’analyse des rapports de force entre groupes sociaux réels, non pas bêtement 30 contre 70, mais en comprenant comment dans les 70, ils s’en trouvent suffisamment que pour permettre l’accumulation parmi les 30, et inversement.

        Accessoirement, cette image du 1%, permettrait une mise en scène auto pacificatrice, le capitalisme, à défaut de communisme constitué,se donnant à lui-même ses propres excès comme Pharmakon hypocritement rassembleur.

        Assurément, comme le faisait remarquer Pierre-Yves D. , le rapport 1/99 désigne efficacement le cadre du processus bêtement systémique de l’accumulation par l’intérêt, mais voilà, le cadre – comme pour la chute des feuilles l’automne– est généré par les enchevêtrements complexes des microstructures « balzaciennes ». Si dans six mois le cadre est à terre …

      4. Jean-Luce,

        Les chiffres du recensement américain de 2010 devraient commencer à être disponibles, on pourrait donc actualiser. Ceci dit, les chiffres que je reproduis dans La crise du capitalisme américain (2007 & 2009), te permettent de placer le curseur où tu veux :

        1% le plus riche : 32,7% du patrimoine
        5 % les plus riches : 57,7%
        10% les plus riches : 69,8%
        50% les plus riches : 97,2%

        Mais je comprends ce que tu veux dire : une partie de ce patrimoine pourrait ne pas être de l’ « argent » mais des reconnaissances de dette dont le montant est comptabilisé à sa valeur faciale (montant dû), alors qu’à l’arrivée, l’argent touché se situera quelque part entre le montant dû et zéro.

      5. @ Jean-Luce :
        Oui, je comprend ce que tu veux dire : le 1% vs 99%, c’est le ‘risque’.
        En clair, supprimons le 1%, nous aurons alors une meilleure répartition des richesses.
        Et l’on repart pour un tour de manège …
        Sauf qu’en l’espèce, je ne vois pas ce 1% s’auto-immoler pour le bien du capitalisme.
        Pourquoi « s’auto-immoler », en lieu et place d’une ‘simple’ immolation par les 99% restants (qui seraient ainsi bien contents d’expier leurs ‘péchés’ capitalistes en offrant à la vindicte populaire et aux dieux ce bouc émissaire fort pratique) ?
        Parce que ce 1%, C’EST le capitalisme !! (au sens de pouvoir) : ce 1% n’acceptera jamais cela pour sauver un système dont ils représentent la quintessence, le condensé, le concentré de richesse.
        Et pour quelle raison un tel sacrifice leur est impossible, pour sauver le système ?
        1/ parce que le ‘nous’ leur est inconnu (pas dans leurs gênes, pas dans leur éducation)
        2/ parce qu’ils considèrent qu’ils SONT le système et qu’en conséquence, sauver le système, c’est les sauver eux-mêmes.
        Raisonnement tautologique ?
        CQFD.

        Ps : la question du ‘nous sommes les 99%’ a effectivement un effet culturel que nous n’intégrons que moins bien, forcément, en France et en Europe. Notre culture de la répartition des richesses, par exemple. Notre culture, tout court. De sorte que là encore, on perçoit bien la différence culturelle, entre la culture américaine, portant à identifier ‘le mal’ (absolu, si possible) et à forcer le trait (enfin, dans leur cas, comme le rappelle Paul, le trait n’est qu’un peu forci : 10% = 70% des richesses), alors que notre culture européenne tendrait à intégrer une réflexion sur l’origine du mal et son emprise, son ‘territoire’, quitte à se couper un bras que l’on découvrirait gangréné. Si je te suis bien donc, le slogan ‘nous sommes les 99%’ serait un tentative à bon compte d’exonérer ces 99% de la nécessité de remettre en cause et le système et eux-mêmes. Non ?

      6. @zebu : il y a une discordance entre les 50% qui possèdent 97% et les 50% autres qui disposent royalement de 3% et l’affirmation « nous sommes les 99% ».

        Si PSDJ était ici, il nous expliquerait sans doute que les 99% sont une option de réalité, je ne sais pas comment il dirait , mais c’est un pari sur l’avenir. Dire « nous sommes les 99% «  c’est dire « nous allons changer le monde ». En réalité ce n’est pas du tout comme ça, d’abord ils sont 10% au mieux, et en plus, la plupart de ceux qui n’ont rien du tout ne sont pas là.

        Il me semble que nous sommes dans un moment ou groupe social propose un imaginaire social tout à fait neuf, c’est absolument essentiel. Par contre, ce moment peut « foirer » rapidement si le mouvement qui le porte ne mesure pas le chemin à parcourir entre ce qu’il se veut être et ce qu’il est. Pour aller dans l’imprécision, je dirais que, vu de l’extérieure par ceux qui savent très bien où ils sont, il sera facile détourner les forces qui cherchent à percer, en contribuant à la mise en scène d’un spectacle produisant l’illusion qu’ils sont déjà les 99%.

        Mon hypothèse, je peux me planter, c’est que le capital, de lui-même et sans plan préétabli, va mettre fin à la « finance glamour », au terme d’une lutte médiatique planétaires, les 99% d’indignés auront gagnés sur ce point. Tandis que les plus malins des 1%, auront arrondi leur pelote de titres de propriété sur les usines,nous aurons inconditionnellement droit à un revenu de solidarité active, dispensé par un Etat ayant, grâce aux indignés, retrouvé toute sa dignité.

        Si les ordres de grandeur sont exact, le shadow banking représenterait 1/4 du PIB mondial, il me semble que la marge de manœuvre pour le jeu en coulisse – l’hypocrisis – est encore considérable lorsqu’il s’agit de définir « quelle branche laisser tomber » où et à quel moment ? Ce qui est clair c’est que le capital ne peut pas laisser tomber les Etats, de même que les Etats ne peuvent pas laisser tomber les banques en tant qu’opérateurs techniques des échanges monétaire. Par contre, en maintenant un certain climat d’affolement, une part des réseaux bancaires pourraient peut être reconvertir leurs infrastructures informatiques en opérateur d’échange non monétaire, business to business, non taxé !

        Dans six mois, nous y verrons plus clair, je crois.

      1. @Paul

        Merci, après la lecture de Graeber, il n’y a pas de doute sur le fait que OWS montre un basculement qualitatif parmi les jeunes générations US.

        Que pourra vouloir dire ce 99% ? Dans les chiffres, en plaçant le curseur différemment, 50% possèdent 97,2 % du patrimoine alors que les 50% restant en possèdent 2,8%, ce qui me semble – en cas de pénurie urbaine- une situation de « guerre civile ». Par contre, cette discordance entre 99/1 et 50/50 montre sans doute une forme de conscience possible pour la classe moyenne, à la condition, il me semble que ce travail ne soit pas brouillé, comme je crois le constater, par pas mal de « nostalgiques du gramophone », lesquels souhaitent, de façon encore timide, une guerre de classes à l’ancienne, tout en s’intoxiquant d’une solution à 99% afin de se convaincre pour le temps qu’il leur reste et de se dire « ça y est, cette fois ça vient ».

        Les 10% d’indignés effectifs vont peut-être réfléchir à propos de la répartition des patrimoines, cette perspective ouvrirait une voie, parmi beaucoup d’autres, à une recomposition des rapports de forces dans les 50% « de possédants », lesquels savent bien que, cette fois, ce n’est plus le bateau qui coule, mais l’océan qui sombre et,qu’il s’agit – pour transmettre – de s’allier à ceux qui n’ont rien à transmettre. Il n’est pas écrit, dans le ciel, que la révolution devait nécessairement être prolétarienne – quand nous dirons aux rouges « dehors les jaunes » , ils vont être verts -. Par contre, il n’est pas non plus écrit que nous éviterons une entourloupe spectaculaire renouvelant l’alliance du capital et de la classe bureaucratique des social-démocraties. Sur ce dernier point, je reconnais que mes tentatives, pour dire autre chose que ce que tu comprends à ce que j’essaie de dire, sont maladroites (- : .

  4. « sans cartes, il n’y a que des terres inconnues ».

    « Sans carte il n’y a que des terrains connus ». Ça assone ainsi aussi, puisque l’usage d’une carte, c’est en général pour se déplacer ailleurs que dans son pré-carré bien connu, ou pour se/le représenter vu d’ailleurs.
    Avec carte le pré-carré vire à l’attestation de…par exemple de… propriété.
    Si par radicalité il s’agirait d’aller à la racine, il me semble que de façon compulsive, ce blog revient sur l’hétérogénéité des inégalités liées à l’incommensurable du droit à la propriété peu ou mal bornée selon qu’ils s’agisse de personnes physiques ou morales (y compris les États-Nations). Pas d’au delà de ce constat historique.
    Plus grand monde pour contester la pertinence du mot d’ordre. « égalité » pas plus que « liberté » (pourtant ça garde le coté attrape-mouche des mots d’ordre)par contre le parent pauvre reste « fraternité ». Mais c’est en droit car dans les faits, c’est battu à plate couture par le différentiel des possédants. Bon je coupe court…

    apolitisme revendiqué haut et fort chamboulant les codes classiques de la politique.

    Il existe encore des gens qui disent « oh moi vous savez je ne fais pas de politique » (vieux credo des droites de se présenter comme apolitique), ce qui est une excellente façon de laisser les autres en faire, puisque du champ politique nul n’est exclut et chacun en dépend, qu’il le sache, en soit conscient ou pas.
    Par contre il arrive régulièrement des les pro de la politique s’avèrent débordés par un mouvement, une attente, une revendication, peu ou mal formalisée, et qu’eux mêmes ne savent pas formuler. Mais ça finit toujours par se faire, et déjà certains disent « à bas la récupération ».

    Je me répète mais Hessel a écrit « indignez-vous » et pas l’autre impératif « révoltez-vous » ; Le passage d’une position à l’autre est un déplacement subjectif fort et pas forcé. Il peut même être extrêmement lent et produire par récupération comme certains disent, des effets inverses à ceux que d’autres espèrent.
    À contrario les révoltes arabes, ont dépassé l’humeur de l’indignation. Comme vous l’évoquez, il semble qu’il ait suffit en terre d’islam – mais ça a le même effet en terre chrétienne – d’une immolation pour révolter. Pourtant des révoltes il y en a eu d’autres, écrasées, aussi pourquoi a-t-on laissées celles-là virer les dictateurs, la réponse tient peut-être aux contradictions de l’occident entre le flambeau des droits de l’homme, et sa tentaculaire pieuvre économique aux effets paradoxaux et le grand écart des gérants pour tenir les 2 bouts. Faudrait les pousser un peu.

    Merci d’avoir parlé de révolte, car de révolution il n’y a pas, contrairement à ce qui s’était passé en Iran ou une partie des richesses a changé de main ou a été redistribuée via l’État, ou au Venezuela avec d’autres coordonnées locales.
    L’idée des 70 % n’est évaluable, objectivable, que dans le cadre après-coup de la représentation, même si j’entends bien que plus de 70% des terriens ont objectivement personnellement intérêt à un autre monde. L’histoire semble plutôt donner au paradigme des minorités organisées, agissantes, dans laquelle la majorité se reconnaît après-coup, éventuellement en total aveuglement…et ça prend du temps de reconnaître qu’on S’est fait tromper, plus qu’accuser l’autre d’avoir été trompeur.
    Bon, le mouv des indignés sera t-il plus qu’une jacquerie pacifique, cellulaire, mondialisée, donnée en spectacle au 20 h, je n’en sais rien. Mais à NYC il y a de le neige ces jours -ci…

    Personnellement j’ai plus de goût pour le renouveau genre Acte Up, opération quasi-militaire, objectifs archis établis, dont le FDG semble modestement s’être inspiré chez Moody’s. De nombreux objectifs ont été atteints par ce mouvement (act up – pas le FDG !) et d’autres s’appuyant parallèlement sur le droit en vigueur pour en créer d’autres (droits).

    « Comment repenser le contrat social si l’on rejette la représentativité (que suppose d’emblée l’organisation de nos structures actuelles), les hiérarchie, si l’on veut échapper à la domination, si les décisions se prennent en toute égalité (un individu/une voix), que seul le consensus et le hasard (tirage au sort) sont reconnus comme « légitime » se demande une participante Ghostdog sur ce fil.
    Ben s’il y a contrat social, c’est parce la notion de représentativité est passée dans les consciences et comme cette notion de représentation est une foutue pièce montée, elle n’est pas prête de disparaître.

    L’atelier du père Trinquier, Kesaco ?

    1. @ Rosebud1871 :
      Une boutade, un non sens : il en faut, c’est nécessaire, pour ne pas finir par croire vraiment en ce que l’on écris (et puis, ça permet à chacun de projeter ce que chacun souhaite).
      Ehe, je vois qu’on suit bien, à la ‘trace’ :
      « « Sans carte il n’y a que des terrains connus ». Ça assone ainsi aussi, puisque l’usage d’une carte, c’est en général pour se déplacer ailleurs que dans son pré-carré bien connu, ou pour se/le représenter vu d’ailleurs.
      Avec carte le pré-carré vire à l’attestation de…par exemple de… propriété. »
      Bien vu …
      Ce que je n’avais point vu.
      Reste que l’identification ne signifie pas propriété.
      C’est ainsi dans nos mondes ‘occidentaux’.
      Mais aussi dans d’autres : pour les amérindiens, connaître le nom d’une chose (ou d’un ‘être’, quelqu’il soit), c’était avoir du pouvoir sur lui, puisque l’on connaissait son nom.
      Mais rien en rapport avec une carte …
      A l’inverse, pour les nomades, connaître la ‘carte’ (soit, l’itinéraire pour eux) n’est pas reconnaître la propriété, le pré-carré.

      De fait, nous parlons tous les deux des directions. Ou de leurs absences.

      1. @ Zébu,
        Chez les anciens égyptiens, mutiler certains hiéroglyphes, c’était empêcher que ce qu’ils signifiaient (qui renvoyait soit à l’objet du dessin soit par la technique du rébus à transfert à tout autre chose) ait du pouvoir sur « soi ». De nos jours on brise des statues, mais pas les certificats de propriété cette autre objet qui fabrique un statut. Pour les nomades, la tendance est à la sédentarisation : l’openfield n’est pas si open que ça !

      2. @ Rosebud1871 :
        On a fait la même chose avec les statues des saints et du christ, de la vierge marie, lors de la révolution (pareil en russie, en chine, …).
        Les véritables nomades deviennent effectivement rares.
        La ‘nomadisme’ a été récupéré par certains, comme Maffesoli, dont je me méfie foutrement, comme faux-nez d’un ultra-libéralisme qui n’oserait dire son nom : les post-modernistes (pas tous) prônent justement ‘le nomadisme’.
        Je crains donc que les indignés ne soient, peu ou prou, des adaptes post-modernes.
        Ce qui viendrait renforcer, tu en conviendras, mon appréhension quant à l’absence de direction (ce que n’ont pas les véritables nomades : ils savent d’où ils viennent et savent où ils vont) des indignés.
        Attali était aussi je crois un fervent partisan ‘post-moderne’, du ‘nomadisme sociétal’.
        Rien de bon là dedans, nous retomberons dans le communautarisme ‘soft’ et ‘clean’, choyé du libéralisme économique et politique, si nous suivons cette voie : je deviendrais alors orphelin de l’universel.
        Ce qui reviendra à tout changer pour ne rien changer.

      3. @zébu 31 octobre 2011 à 15:16
        Les chutes d’icônes ? Wajda, fer et marbre…
        Sur le nomadisme, à suivre les aléas de quelques jeunes, entre les missions à l’étranger ou en province, et les déménagements pour obtenir un emploi, difficile d’être sédentaire de nos jours.
        Le refus d’être dirigé par d’autres, ouvre la question de ce qui dirige un tel refus, et l’hétéroclite est de rigueur.

      4. « Il s’agit au contraire de chérir toute forme de démocratie horizontale, ce qui implique de se traiter les uns les autres comme nous pensons que des hommes et des femmes libres, dans une société authentiquement libre, se comporteraient les uns vis-à-vis des autres. Même l’adhésion à l’action directe, si souvent confondue avec le fait de briser des vitrines ou avec des gestes du même genre, renvoie en réalité au refus de toute politique de protestation qui en appelle simplement au changement de comportement des autorités politiques. L’action directe entend promouvoir au contraire le fait d’agir pour soi-même, et de faire ce que l’on pense être juste, sans se demander constamment ce que dit la loi ou la hiérarchie »

        Ils disent nous sommes, pas nous allons ou nous voulons, nous sommes. Des jeunes avec des membres que les générations précédentes, laborieuses, qualifient d’outils.

        Peut-être sont-ils le fond et la forme, déjà hors cadre temps/espace d’avant : la forme alimentée par le fond/mémoire instantanément, devenue ainsi mouvante, adaptable, croissante, sachante. Si l’hypothèse est juste la forme serait le fond et le fond la forme. Pour des anarchistes sans majuscule, les recherches de pourcentages et valeurs absolues seraient caduques !
        Que peuvent faire les générations précédentes ? Cesser d’imaginer le ver et observer le fruit, leur donner notre confiance vigilante.

      5. @ Rosebu1871 :
        « Sur le nomadisme, à suivre les aléas de quelques jeunes, entre les missions à l’étranger ou en province, et les déménagements pour obtenir un emploi, difficile d’être sédentaire de nos jours. »
        Sauf mon respect, tu confonds ‘nomadisme’ et ‘précarité’.
        Le mode de vie du nomade peut être précaire mais pas plus que celui du sédentaire, qui dépend des saisons, de la pluie, des criquets, …
        On choisit d’être nomade ou sédentaire, pas d’être précaire.

      6. Zébu, Je plaisantais, mais l’image d’Épinal du nomade m’évoque la maison des deux premiers petits cochons. Et celle du sédentaire la troisième. Reste à identifier le Grand Méchant Loup.
        PS : merci du « tu », je n’y arrive pas pour l’instant, crainte imaginaire de quitter ma liberté de franc-tireur ?

    2. A partir d’un seuil critique, la représentation sera toujours nécessaire.
      C’est la façon dont cette représentation fonctionne qui capote.
      Les partis politiques sont les courroies de transmission de programmes, idéalement.
      En réalité ce sont des foires d’empoigne entre candidats au pouvoir pur et simple ayant accessoirement un programme pas trop dérangeant qui passe bien dans les média et que pollue la démagogie.
      Voilà quelque chose à changer.

      1. Oui. Mais ce n’est pas que la façon dont fonctionne cette représentation qui capote, c’est aussi la façon dont nous déléguons aux représentants sans les contrôler le pouvoir.
        Et même avec un contrôle sur ce pouvoir, ce n’est pas évident (cf. la révocation ratée des mandats dans le Wisconsin, du moins partiellement : parce que les électeurs ne participent pas, d’une manière ou d’une autre, à la démocratie).
        Quand on regarde la démocratie athénienne ou la république romaine, on est surpris de la diversité et de la complexité des règles définies.
        En comparaison, nos règles démocratiques (je ne parle pas de l’universalité) sont parfois pauvres : le représentant comme ‘fondé de pouvoir’.
        Reste que nous nous désaisissons nous-mêmes de nos pouvoirs puisque rien n’interdit de nous ‘saisir’ de nos représentants : connaître leurs votes, les solliciter, les interpeller, ….
        Ces représentants ne sont pas non plus des machines insaisissables, insensibles aux pressions. Mais nous préférons, aussi, nous victimiser plutôt que de nous saisir.
        Les deux, les deux, mon capitaine, sont nécessaires !

      2. @
        zébu
        Un peu en vitesse, cependant ce sujet est important:
        En Belgique, nous avons un système de vote obligatoire et une part importante de la population critique cette loi contraignante.
        La question est donc, comme vous le remarquez, pourquoi l’électeur est-il démotivé?
        Il existe un faisceau de réponses possibles, dont l’une, une part importante du travail parlementaire se déroule en commissions. Les média retransmettent chichement ces travaux, donc l’électeur est déconnecté des processus.
        Il existe encore d’autres explications à approfondir, dont l’organisation interne des partis.

        A+

      3. @zébu: « Reste que nous nous désaisissons nous-mêmes de nos pouvoirs puisque rien n’interdit de nous ‘saisir’ de nos représentants : connaître leurs votes, les solliciter, les interpeller, »

        Je suis en phase avec ta réponse.

        Sur ce passage, je me pose cette question: qui est mon représentant?

      4. @zébu
        Alors qu’il vous serait si aisé de le savoir grâce à l’internet !
        Vous connaissez sûrement le nom du Président directeur général de BNP et d’autres sociétés?
        Le public, le citoyen ne s’y trompent pas, le pouvoir n’est plus détenu par les instances politiques mais par les dirigeants économiques et financiers pour lesquels il n’y a pas de votes possible.
        Un premier changement de cadre: réappropriation du pouvoir par le politique. La difficulté réside dans la différence de structures des deux champs. L’économie fondée sur des pouvoirs très centralisés et le Politique très éclaté dans ses différents niveaux, locaux, régionnaux, étatiques et européens pour l’U.E- une commission, un conseil des ministres et un parlement .
        Le politique n’a plus la capacité d’imposer des règlementations aux pouvoirs financier, Paul Jorion le constate. Donc même de bonnes lois ne sont même pas applicables.

        Alors quelles réformes pour les partis politiques afin de remplir leur rôle conformément aux normes démocratiques ?.

      5. BEOTIENNE,

        Que le politique se réapproprie quoi au juste? Si l’économie règne en maître, c’est bien par le consentement du plus grand nombre… La démocratie a parlé, et aujourd’hui on en paye le prix. Car qui oserait prétendre qu’hier, on ne voyait pas en l’argent le meilleur moyen de satisfaire son existence, que l’on soit un grain de sable quelconque ou distingué? Les politiques ont d’abord suivi la volonté de leurs électeurs. Mais cette volonté s’est retrournée contre eux, et on blâme désormais le politique, qui finalement n’est pas plus aidé que ça pour savoir quelle direction donnée, et va jouer sa vie maintenant à donner un cap qui est une voie de garage.
        Car les alternatives proposées ne permettent pas d’arrêter un rat de marée.

    3. Pourtant des révoltes il y en a eu d’autres, écrasées, aussi pourquoi a-t-on laissées celles-là virer les dictateurs, la réponse tient peut-être aux contradictions de l’occident entre le flambeau des droits de l’homme, et sa tentaculaire pieuvre économique aux effets paradoxaux et le grand écart des gérants pour tenir les 2 bouts. Faudrait les pousser un peu.

      Les droits de l’homme n’ont pas grand chose à voir avec ça selon moi. L’économie OK, mais aussi pour se donner bonne conscience, donner l’impression d’être avec les opprimés, le plus grand nombre … Nos politiques sont des boutiquiers en démocratie. Et quand ils voient le vent tourner, ils ont peur pour leur cul. Ce qui est bien compréhensible.

      Ce qui se passe en Syrie, et certainement dans d’autres pays, est tout aussi révoltant que la Lybie. Lybie, qui alors que l’émissaire français BHL donnait des gages d’intention du mouvement libérateur, a été libérée par un mouvement dont finalement on ne connaissait pas les motivations profondes, pour que la communauté internationale s’émeut de voir le retour de la religion en première ligne. Néanmoins, TOTAL doit pouvoir négocier plus facilement qu’auparavant.
      Tunisie, Egypte, ou nos dirigeants passaient encore il ya peu leurs vacances…. Le Maroc, pour le moment ça a l’air d’aller. Une chance! Noel va encore pouvoir se faire au soleil!

      1. Pour le Maroc, attendre le 25 novembre pour en savoir un peu plus, et même alors …
        Pour la Syrie, c’est pire, bien pire !!

  5. Est-ce que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe ne cible-t-elle pas le cadre quand elle met des balises à Mme Merkel en l’obligeant d’avoir l’accord du Bundestag pour aller plus en avant dans le financement des dettes européennes ou comme elle vient de le dire qu’il n’est pas question de gérer par un sous groupe du bundestag (à huis clos) la mise en place du FESF? Lire à ce sujethttp://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0201720874308-les-juges-allemands-compliquent-le-fonctionnement-du-fesf-241567.php

  6. @zebu
    L’idée de l’oxymore en allant de la «cible qui définit le cadre lui-même» à ce qui «fonde la vie quotidienne de chacun» me semble utilement passer à côté du risque de la précipitation, favorable à l’organisation de contre-attaques mortelles pour l’espoir.
    Cependant, ni les communistes, ni les socialistes, n’ont su pratiquer une telle ligne, dans l’opposition ou aux manettes.
    Reste l’héritage anarchiste, hélas décrié par tous….
    Je garde l’idée, avec l’espoir que la greffe prendra

    1. Makhno, oui et kronstadt, tous les deux vaincus par l’armée rouge de Trotski à quelques mois et à plusieurs milliers de kilomètres d’intervalles.

Les commentaires sont fermés.