RACONTER UNE HISTOIRE VRAIE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Dans « Les comptes n’y sont pas », François Leclerc expose encore une fois les contradictions systémiques dans lesquelles se débattent les gouvernements de la zone euro et derrière eux le G20. Dans l’équilibre détruit entre économie réelle, économie publique et économie financière, les attentions gouvernementales et financières se portent sur l’endettement public et l’insuffisance des capitaux propres des banques.

Très logiquement la recapitalisation nécessaire des banques est proportionnelle à la part des dettes publiques que l’économie réelle ne pourra jamais rembourser faute de croître suffisamment. Or depuis la crise des subprimes, il est visible que toute croissance réelle est captée par le système financier pour afficher des plus-values. Plus-values qui sont le critère de l’économie financière pour juger de son efficacité dans un système qu’elle a totalement capté.

Au cœur de la crise systémique, la finance impose une logique invisible d’auto-justification où l’économie publique et l’économie réelle n’ont aucune place. Les gouvernements se plient aux exigences de la finance du fait qu’ils ont abandonné le contrôle de l’émission monétaire. Le système bancaire international établit le prix des monnaies les unes par rapport aux autres par la libre circulation des capitaux ; lesquels sont liquides par la politique monétaire des banques centrales séparée de la politique générale des États.

La possibilité est laissée aux banques privées de faire circuler d’énormes masses de capitaux d’une zone monétaire à l’autre. Le capital financier libre est un canon pointé sur n’importe quel gouvernement qui voudrait appliquer d’autres lois que la production libre de plus-values financières. La clé pratique de ce dispositif est le shadow banking ; la banque offshore située virtuellement au milieu des océans est invisible à toute autorité de régulation nationale.

Le shadow banking, c’est la circulation de la monnaie sans loi juridique ou économique. Les opérateurs financiers sont maîtres des prix à terme indépendamment de toute réalité publique et économique. Ils font apparaître les capitaux pour que les prix montent et font disparaître les capitaux pour que les prix baissent. Tout cela à la vitesse de la lumière entre New-York, Londres, Dubaï et Singapour.

Dans cette carambouille systémique internationale, les autorités politiques s’abstiennent pour le moment de considérer une réalité fondamentale. Les banques n’existent pas sans l’agrément d’un État qui leur permette d’emprunter de la liquidité à la banque centrale. Sans agrément, l’accès d’un opérateur à la liquidité est fermé et la participation au grand jeu spéculatif impossible.

Les gouvernements ne ferment pas le robinet des liquidités parce qu’ils se livrent une guerre cachée par le shadow banking. Les plus-values prélevées sur l’économie publique et l’économie réelle officielle sont stockées dans les « paradis fiscaux » et réparties entre les détenteurs individuels anonymes de comptes offshore. La guerre se livre dans une « shadow economy » où le partage de la valeur ajoutée réelle se négocie par des rapports de force indépendants de toute raison politique et économique.

L’économie virtuelle invisible repose sur la représentation dans les modèles financiers de l’économie réelle visible et publique. Cette économie virtuelle travaille avec de la vraie monnaie que les banques font apparaître et disparaître selon la localisation qu’elles veulent donner aux plus-values qu’elles attribuent discrètement. L’ubiquité informatique du prix en monnaie neutralise tout contrôle réel de légalité et de licéité économique.

Si des gouvernements décident de rétablir l’État de droit, il leur suffit de créer une nouvelle monnaie commune dont l’émission soit subordonnée à l’application publique de la Loi. L’émission de cette monnaie est collectivement confiée à une banque centrale commune. Mais cette banque n’émet de monnaie qu’à proportion des crédits garantis publiquement par l’économie réelle des États et agents économiques adhérant au « public banking ».

La banque centrale mondiale (BCM) n’a qu’une seule mission : vérifier l’application d’une loi nationale publique derrière toute transaction financière. Il lui suffit pour cela de superviser une compensation publique des compensations privées opérées actuellement par les banques existantes. Pour emprunter la liquidité universelle à la BCM, un État, une banque centrale, une banque commerciale ou une entreprise doit être garantie par des investissseurs engageants leurs biens personnels dans le respect de la loi par l’emprunteur.

L’instrument financier calculant le prix du risque de non-respect possible de la Loi par un emprunteur existe déjà. Il s’appelle prime de change. La prime de change garantit un taux de change à terme de n’importe quelle monnaie. Si les primes de change sont compensées dans un système de garantie universelle de la légalité publique des États, alors le shadow banking ne peut plus se confondre avec le public banking.

L’unité de compte d’une compensation publique et transparente des primes de change est par nature un instrument de règlement universel. C’est-à-dire une preuve comptable de droit transformable en biens et services réels dans n’importe quel système d’économie juridique.

Les garants du système de compensation publique universel (SCPU) sont les États de droit restaurés par leurs citoyens. Le capital de la BCM est donc public et multinational. Ce sont les parlements qui souscrivent au capital. Ils incluent les plus ou moins-values de la BCM dans leur discussion budgétaire. Le prix de la légalité financière est explicitement financé par les fiscalités nationales. Le SCPU fournit le prix multinational de l’État de droit des nations solidairement constituées.

Les budgets publics nationaux sont votés dans les monnaies actuelles. Mais les monnaies garanties dans le SCPU sont réévaluées ou dévaluées selon l’efficacité des lois nationales appliquées à tous les emprunteurs en monnaie nationale ou régionale. Les États qui ne maîtrisent pas leurs dépenses ni leurs emprunts ni ne surveillent leur système bancaire sont dévalués par la fuite des souscripteurs multinationaux de la prime de change.

La liquidité compensée par la BCM mesure l’investissement financier dans la légalité. La plus-value financière ne peut plus résulter que par la preuve d’une provision devenue inutile dans l’accomplissement effectif d’un engagement de droit portant sur le réel. La propriété du capital de la BCM revient aux parlements nationaux des pays adhérents. Elle engendre un financement multinational de la légalité financière par la délibération parlementaire de la loi et des budgets.

L’Union européenne a un système de parlements nationaux et communautaire. Elle est en train de créer un fonds commun de solidarité financière. Pourquoi le FESF ne devient pas le fonds de garantie de la BCM ? Pourquoi le parlement européen ne serait pas l’assemblée générale du FESF ?

L’effet de levier du FESF contre la spéculation financière ne peut pas être de nature financière. L’effet de levier est distinct par nature de l’outil du levier. La finance s’écroule tant qu’elle n’est pas levée par la Loi. Le vrai levier de la finance est la démocratie levée par l’économie réelle.

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50 réflexions sur « RACONTER UNE HISTOIRE VRAIE, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. vos explications sont, hélas, foireuses!
    Les banques ne créent pas de monnaie, elle replacent comme elles peuvent les énormes capitaux issus de l’épargne et qui ne font que croître au même rythme que les dettes.
    La mécanique des intérêts et des intérêts des intérêts, liée à la monnaie telle qu’elle est fabriquée comme moyen de réserve de valeur, extorque toujours la rente capitaliste et aggrave inexorablement et sur un mode de croissance exponentielle (le banquier vous expliquera, ou alors, retournez au collège!) les écarts entre créances et dettes, sans possibilité de retour autre que l’abandon des créances (le défaut).
    Dès que le défaut se profile, c’est la trappe aux liquidités qui s’ouvre et la crise systémique pointe son nez.
    cessez donc d’accuser stérilement les banques et réfléchissez un peu!

    1. Personne ne dit que les banques créent la monnaie (à part les illuminés). Pierre parle ici évidemment des banques centrales, prêtez attention à l’enchainement du paragraphe concerné.

      1. tant mieux, vous me rassurez!
        Il n’empêche que le problème de la crise systémique ne s’explique pas en accusant l’immoralité des « méchantes banques », mais par le phénomène de la trappe aux liquidités et celui de la rente du capital!

      2. @Johannes Finck,
        Il ne vous paraît pas immoral d’agir dans deux mondes parallèles où il est impossible de rapprocher ce qui est promis de ce qui est réalisé ? Contestez-vous l’existence du shadow banking, c’est à dire de la banque extra-territoriale non soumise à un droit particulier ?

      3. …. le a privatif doit impérativement se conserver en triple
        s’il veut faire bonne figure et inspirer confiance totale

    2. @Julien Alexandre :
      Vous mettez le doigt sur le problème essentiel : le passage de l’ immoralité à l’amoralité .
      Ce passage est autorisé par la méconnaissance des acteurs entre eux . L’ immoralité etait un frein nécessaire de l’affect encore résiduel ds les échanges y compris économiques . Je ne vole pas chez mon épicier , mais n’ai aucun scrupule qd je le peux ds une grande surface .
      L’amoralité , permise par la taille du système et son unicité dés-affecte les interelations .
      Les qqs rétroactions inefficaces que l’on tente de mettre en pace en sortie du système sont ridicules en terme physique et mathématique au regard des rétroactions innombrables qui existent au plus pres des individus ds un système complexe originel .
      Ce n’est pas aux institutions de règler des problèmes inhérent a l’in…divdu ; c’est remplacer le « flic ds la tete  » par un car de CRS.

      1. D’accordo, Kercoz.
        Ca ne saute pas aux yeux de tous autant que vous le souhaiteriez, car c’est encore un peu logarithmique : je pense par exemple au vol en hypermarché. Pour une taille N, je pifométrerais que la « démarque inconnue » (= le vol, sous son nom comptable) est en log(N). Alors que les « profits » , eux, sont en sqrt(N) ou autre loi plus favorable (sans compter évidemment « l’externalisation morale » qu’est la dés-affection interrelationnelle). Nous sommes bien trop moraux par rapport à la désublimation issue des systèmes hypersynchronisés (notamment via les industries de programmes) dont le 1% profite. On croit y voir un gain par la profusion d’objet, c’est pas si loin que ça de l’image d’Epinal du « sauvage » troquant ses coquillages rares contre de la verroterie

  2. « La finance s’écroule tant qu’elle n’est pas levée par la Loi.  »

    L’ex-administrateur de Goldman Sachs libéré contre 10 millions de dollars

    NEW YORK – Un juge fédéral a accepté mercredi de remettre en liberté contre 10 millions de dollars l’homme d’affaires Rajat Gupta, notamment ex-administrateur de Goldman Sachs et ancien patron de McKinsey, qui a plaidé non coupable mercredi à New York de délit d’initié.

    Lors d’une brève audience, le juge Kevin Nathaniel Fox a fixé à 10 millions de dollars la caution pour sa libération et a également exigé que M. Gupta remette son passeport aux autorités. Il lui a interdit de quitter le territoire des Etats-Unis.

    Vous serez libéré aujourd’hui, lui a dit le juge, une fois que M. Gupta, 62 ans, eut accepté ces conditions.

    M. Gupta, vêtu d’une chemise bleue et visiblement nerveux, a ensuite plaidé non coupable devant un autre juge, qui a fixé le début du procès au 9 avril.

    Nous voulons plaider non coupable de tous les chefs d’accusation, a déclaré l’avocat de M. Gupta, Gary Naftalis, devant le juge Jed Rakoff.

    Rajat Gupta, ancien administrateur de la banque d’affaires Goldman Sachs et de Procter & Gamble, également ancien directeur général du cabinet McKinsey, a été inculpé mercredi de délit d’initié, dernier rebondissement spectaculaire dans l’enquête sur l’affaire de délit d’initiés du fonds Galleon.

    M. Gupta a été inculpé de complot pour commettre une fraude boursière et de fraudes boursières, un total de six chefs d’accusation pour lesquels il encourt plus de 100 ans de prison et 25 millions de dollars d’amende.

    M. Gupta, d’origine indienne, est un ami de longue date du milliardaire d’origine sri-lankaise Raj Rajaratnam, le patron fondateur du fonds d’investissement Galleon condamné le 13 octobre à 11 ans de prison.

    (©AFP / 26 octobre 2011 21h28)

    http://www.romandie.com/news/n/_L_ex_administrateur_de_Goldman_Sachs_libere_contre_10_millions_de_dollars261020112110.asp

  3. Appel et pétition pour un audit citoyen de la dette publique-

    http://www.audit-citoyen.org/

    Écoles, hôpitaux, hébergement d’urgence… Retraites, chômage, culture, environnement… nous vivons tous au quotidien l’austérité budgétaire et le pire est à venir. «Nous vivons au-dessus de nos moyens», telle est la rengaine que l’on nous ressasse dans les grands médias. Maintenant «il faut rembourser la dette», nous répète-t-on matin et soir. «On n’a pas le choix, il faut rassurer les marchés financiers, sauver la bonne réputation, le triple A de la France».

    Nous refusons ces discours culpabilisateurs. Nous ne voulons pas assister en spectateurs à la remise en cause de tout ce qui rendait encore vivables nos sociétés, en France et en Europe. Avons-nous trop dépensé pour l’école et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux et sociaux depuis vingt ans ont-ils asséché les budgets? Cette dette a-t-elle été tout entière contractée dans l’intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime? Qui détient ses titres et profite de l’austérité? Pourquoi les États sont-il obligés de s’endetter auprès des marchés financiers et des banques, alors que celles-ci peuvent emprunter directement et pour moins cher à la Banque centrale européenne?
    Nous refusons que ces questions soient évacuées ou traitées dans notre dos par les experts officiels sous influence des lobbies économiques et financiers. Nous voulons y répondre nous-mêmes dans le cadre d’un vaste débat démocratique qui décidera de notre avenir commun.
    En fin de compte, ne sommes-nous plus que des jouets entre les mains des actionnaires, des spéculateurs et des créanciers, ou bien encore des citoyens, capables de délibérer ensemble de notre avenir?

    Nous nous mobilisons dans nos villes, nos quartiers, nos villages, nos lieux de travail, en lançant un vaste audit citoyen de la dette publique. Nous créons au plan national et local des collectifs pour un audit citoyen, avec nos syndicats et associations, avec des experts indépendants, avec nos collègues, nos voisins et concitoyens. Nous allons prendre en main nos affaires, pour que revive la démocratie.

    Premiers signataires:

    Marie-Laurence Bertrand (CGT); Jean-Claude Chailley (Résistance sociale);Annick Coupé (Union syndicale Solidaires); Thomas Coutrot (Attac); Pascal Franchet (CADTM); Laurent Gathier (Union SNUI-Sud Trésor Solidaires);Bernadette Groison (FSU); Pierre Khalfa (Fondation Copernic); Jean-François Largillière (Sud BPCE); Philippe Légé (Économistes atterrés); Alain Marcu(Agir contre le Chômage!); Gus Massiah (Aitec); Franck Pupunat (Utopia);Michel Rousseau (Marches européenne); Maya Surduts (Collectif national pour les droits des femmes); Pierre Tartakowsky (Ligue des droits de l’homme);Patricia Tejas (Fédération des Finances CGT); Bernard Teper (Réseau Education Populaire); Patrick Viveret (Collectif Richesse)
    Philippe Askénazy, économiste; Geneviève Azam, économiste; Étienne Balibar,philosophe; Frédéric Boccara, économiste; Alain Caillé, sociologue; François Chesnais, économiste; Benjamin Coriat, économiste; Cédric Durand, économiste; David Flacher, économiste; Susan George, écrivain; Jean-Marie Harribey, économiste; Michel Husson, économiste; Stéphane Hessel, écrivain;Esther Jeffers, économiste; Jean-Louis Laville, sociologue; Frédéric Lordon, économiste; Marc Mangenot, économiste; Dominique Méda, sociologue; Ariane Mnouchkine, artiste; André Orléan, économiste; Dominique Plihon, économiste;Christophe Ramaux, économiste; Denis Sieffert, journaliste; Henri Sterdyniak, économiste.
    Signer l’appel:
    http://www.audit-citoyen.org/

  4. Tout ceci est excellent, mais quels pourraient être nos leviers à nous, sombres anonymes aphones, pour imposer ce plan si simple à nos politiques?

  5. PSJ bat largement son record de clarté. Même le titre fait plaisir.
    Reste que la finition de l’UE est tellement difficile qu’on peut penser que la création d’une BCM le serait encore plus, sans parler d’un fonctionnement cohérent entre les deux et dans les autres unions ou états. Mais le brouillard se lève et les masques de l’économie financière tombent les uns après les autres. Les aveugles commencent à voir et les pires sourds à entendre.

  6. En d’autres termes, nos états doivent reprendre la main. C’est le moment d’enclencher tous les outils ayant fait leur preuve pendant le printemps arabe pour déposer au plus vite un référendum qui oblige tous nos représentants à choisir leur camps publiquement. Il faut propager le virus de la défiance. Bordel !!
    Enfin l’occasion de détourner ces MyFaceTwits de l’abêtissement en marche. Le corps est malades, l’esprit absent, le terrain est libre pour voir se décomposer cette assemblé de lobbyiste écervelée (élu pour nous bercer). Ça c’est fait.

  7. Le constat est fait, fait et refait. Je ne nie pas qu’il faille le répéter, puisqu’il ne s’impose pas de lui même. Mais maintenant, dans cette course de vitesse avec les évènements dramatiques à venir, il nous faut non plus répéter le constat, mais répéter les solutions à apporter : déprivatisation du secteur financier, déprivatisation du secteur financier, déprivatisation du secteur financier …

  8. Petite remarque à propos de Raymond Aron, dont on parle assez peu ici, alors qu’à la radio j’entends souvent des critiques très élogieuses en ce moment, du genre (avec la voix de Jean d’Ormesson) : « Et alors j’étais fasciné par Aron, il était brillant, il était vénéré par ses étudiants, et malgré tout ce climat délétère de cette époque troublée il était respecté, même par Sartre et il valait mieux avoir raison avec Aron que tort avec S ou l’inverse, bref.  » Absolument fasciné par ce grand intellectuel de droite, qui etc..

    Pour m’en assurer, j’ouvre les « 18 leçons sur la société industrielle » avec des arrières pensées keynesiennes juste pour vérifier d’abord si Aron à compris qu’il y avait un problème dés que l’on regarde à la loupe l’entreprise. Ah, sans doute il est vilain de compter les sous… il est vilain de se poser des question précises, il vaut mieux s’en tenir aux grands principes, du genre l’économie c’est « l’administration rationnelle de la rareté ». Il y a toute une mythologie de la rationalité économique qui se déploie chez Aron, puisqu’il est bien admis que l’homme occidental est rationnel, les machines le sont, la monnaie l’est aussi, et nous pouvons choisir « librement », parmi tel ou tel objet. bref, il oublie que « le principe non choisi de tous les choix » l’habitus, existe et avoir l’illusion du choix rationnel, n’en reste pas moins une illusion.

    La technocratie ambiante de ces années ne pouvait que porter au paroxysme l’idée de rationalité de l’économie, dont nous voyons aujourd’hui les prolongements.

    Je vois 2) page 111 que l’équilibre offre-demande n’est pas un problème pour lui :

    Le régime capitaliste est celui :

    « 2) Où la régulation de l’économie est décentralisée, c’est à dire que l’équilibre entre production et consommation n’est pas établi une fois pour toute par décision planifiée mais progressivement, par tâtonnement, sur le marché. »

    On voit qu’il rate le coche à savoir que cet équilibre est impossible. S’il s’était contenté de jeter un oeil sur Say, on n’en serait pas là. On peut admirer l’art de certains, au passage, d’écarter de leur champ de conscience tout problème gênant, même énorme.

    L’inoubliable page 116 :

    « J’ai relevé pour vous une statistique de la répartition des dépenses totales des sociétés américaines, en 1953. Sur le total, les salaires représentent 76,9% ; 12,4% vont à l’Etat sous formes d’impôts ; 5,2 sont réinvestis directement dans l’entreprise, et il reste 5,5% pour les actionnaires.
    Dans une société capitaliste développée, la proportion des profits distribués aux actionnaires est dérisoire comparée au volume total des salaires, etc  »

    En fait ce n’est pas dérisoire, car chaque année quelque % manquent à la demande, et se cumulent, mais ce n’est même pas le problème pour lui (c’est celui de la justice sociale). R.Aron est passé tout à fait à côté de toute problématique keynésienne du poids que fait peser l’épargne sur la demande, de même que Marx d’ailleurs. Les erreurs des grands hommes font très mal, elle agissent comme une ombre portée sur le futur. Toute cette époque euphorique de boom économique a forgé les façons de penser l’économie de nos élites… c’est ça le logiciel.

    1. Pas seulement le boom économique, dans leur tête le mur n’est pas encore tombé, ils ont encore peur du  » grand méchant Marx « . Il y avait une part idéologique sur papier glacé.

      1. Exacte.

        En fait il y a plus dans les 18 leçons, notamment la leçon 2 traite de Tocqueville rejoignant un peu ce que j’ai évoqué récemment, à savoir un questionnement sur la démocratie… P 43, La démocratie peut devenir tyrannie (paradoxalement il me semble) sous le modèle du parti unique, car seul le pouvoir arrêt le pouvoir, bref…

        p40 Tocqueville pense contrairement à Marx que le mouvement démocratique combiné à la société industrielle, multipliera les rangs intermédiaires…

        Ce n’est pas faux non plus, la démocratie instaurant théoriquement un rapport de force favorable aux salariés…

        La société sera peu révolutionnaire, agitée, l’homme sera moyen… on voit ici déjà apparaître la fin de l’histoire ! dès Tocqueville…(contraire de Marx, p 45 : le conflit du prolétariat et des entrepreneurs est le ressort du mvt vers l’avenir. L’égalité que Tocqueville voit se développer progressivement n’interviendra pour Marx qu’avec l’avènement du 4è état)

        « Il concevait une sorte de médiocrité tumultueuse et sans profondeur »

        P47, « … mais Marx comme Tocqueville avaient constaté que l’organisation du travail crée une nouvelle inégalité entre les entrepreneurs et les ouvriers.

        Aron : « Pour Tocqueville le fait majeur était l’effacement des distinctions, pour Marx le conflit entre ouvriers et entrepreneurs.  » Pour Aron 1 siècle après c’est l’augmentation de la productivité…

        Comme ci cela allait tout résoudre. Nous sommes dans une mythologie de la rédemption industrielle.

        Ce que je voulais dire ce matin c’est qu’Aron, justifié par Marx et Toc, n’aborde pas l’économie directement mais par le biais de l’histoire, ainsi il décrit la société industrielle avec des catégories historiques et sociologiques, mais non pas directement économiques… ce sont des historiens qui s’attaquent à l’économie et l’histoire de l’économie plonge ses racines dans l’histoire, dans une réflexion sans rapport avec son objet. Ainsi, Aron peut continuer a caractériser la société industrielle selon des critères sociologiques et anthropologiques de rationalité, de séparation de la famillesd’avec l’entreprise, etc. sans toucher directement aucun problème « comptable », véritablement économique… et cette tradition fait école.

        p 89, on connait la méfiance en fait de Tocqueville vis-à-vis de la démocratie, Aron reprend : Une démocratie qui fonctionne bien est celle qui a trouvé le moyen de donner l’impression au peuple que les gouvernants exécutent sa volonté, tout en laissant aux gouvernants la possibilité de faire prévaloir la sagesse. cette analyse est d’ailleurs une amplification grossière, car etc…

        P88 : ..ou bien on postule la sagesse des gouvernés, ce qui est un acte de foi difficile…

        p 90 : …les philosophes de l’antiquité ont cru que la fin véritable de la politique était le bien et non la soumission des gouvernants aux exigences des gouvernés.

        Eh bien voilà qui est dit…

        La première partie du livre s’intitule : Société industrielle et croissance… beau programme !

        Il est assez malin pour ne pas rejeter Marx, mais il fait un parallèle strict entre l’ex URSS et la société industrielle occidentale à savoir que pour lui l’ouvrier soviétique est lui aussi soumis à une plus-value etc. Il n’a absolument pas réfléchit au problème de la valeur et que dans une société ou les prix sont fixes, la valeur est décrétée politiquement parce qu’on peut faire prendre à l’argent n’importe quelle valeur sans hausse des prix.

      2. @ lisztfr
        Merci pour cette réponse très circonstanciée qui alimente ma réflexion.
        Pour Tocqueville:
        « Selon Tocqueville, une des solutions pour dépasser ce paradoxe, tout en respectant ces deux principes fondateurs de la démocratie, réside dans la restauration des corps institutionnels intermédiaires qui occupaient une place centrale dans l’Ancien Régime (associations politiques et civiles, corporations, etc.). Seules ces instances qui incitent à un renforcement des liens sociaux, peuvent permettre à l’individu isolé face au pouvoir d’État d’exprimer sa liberté et ainsi de résister à ce que Tocqueville nomme « l’empire moral des majorités ». En ce sens, Toqueville se montre critique envers une trop forte centralisation des pouvoirs (gouvernementaux et administratifs), qui selon lui « habitue les hommes à faire abstraction complète et continuelle de leur volonté ; à obéir, non pas une fois et sur un point, mais en tout et tous les jours »21. Ainsi, il fait a l’inverse l’éloge du système communale américain de l’époque (tout particulièrement celui de la Nouvelle-Angleterre, celui-ci étant plus important que dans les États plus au sud), où par le biais des Town meeting (assemblée citoyenne) la population a l’occasion d’exercer directement un pouvoir politique. Il affirme ainsi que « c’est […] dans la commune que réside la force des peuples libres. Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science ; elles la mettent à la portée du peuple ; elles lui en font goûter l’usage paisible et l’habituent à s’en servir », concluant que « sans institutions communales une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n’a pas l’esprit de la liberté. »22 … »
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexis_de_Tocqueville#Les_risques_de_la_soci.C3.A9t.C3.A9_d.C3.A9mocratique
        C’est assez pertinent, appliqué à notre époque. La pratique démocratique n’est pas possible sans l’enseignement pour tous et des contre-pouvoirs, presse, groupes de pression- internet est-il un réel contre-pouvoir, question ouverte.

        Ce que je voulais dire ce matin c’est qu’Aron, justifié par Marx et Toc, n’aborde pas l’économie directement mais par le biais de l’histoire, ainsi il décrit la société industrielle avec des catégories historiques et sociologiques, mais non pas directement économiques…

        Très juste.
        Loin d’être une spécialiste, dans mon jeune âge ( dans un bled perdu, à l’époque des avions DC 4, donc des communications très lentes ) j’étais abonnée à une revue où Aron tenait chronique, c’est ainsi que j’ai pris connaissance de son approche.
        C’était très consensuel.
        Ensuite, là ou je me trouvais l’Histoire s’est emballée (guerres de décolonisation dans le cadre de la guerre froide) et c’était l’annonce de ce que nous vivons actuellement mais les gens sur place ne réalisaient pas que l’Histoire était en marche, Marx pour eux se limitait au régime soviétique.
        La guerre froide avait radicalisé les mentalités et les doctrines économiques rejetées hors du champ de préoccupation des gens.

  9. Au-delà de tout l’intérêt du sujet, ce texte me paraît faire preuve d’un effort de clarté, dans sa rédaction. Merci!

  10. Se qui me fait marrer, c’est lorsque l’on dit que les états garantissent les banques. Alors que les états n’ont aucun revenu et aucune activité productrice de revenu a part les taxes. Donc comment des états endetté est sans revenu peuvent’il garantir des banques. En fait c’est le con-tribuable qui garanti la solvabilité de l’état, suprimer les contribuables est vous vous appercevez qui l’état n’as pas d’argent.

    D’ailleur si les états ont comme unique anbition de recapitaliser les banques, c’est uniquement pour pouvoir continuer a pouvoir leur emprunter de l’argent. Et comme expliqué précédement, les états n’ont pas d’argent, donc cette recapitalisation se fera sur le dos du con-tribuable. Qui paiera au travers de nouvelle taxe cette recapitalisation.

    Mais dans un systéme libérale, la régle est de dire est de faire que l’intervention des états ne doit pas intervenir dans le buisness, hors lorsque l’état recapitalisé un secteur privé, le marché liberale cri victoire et ne s’embarrase pas des c’est anciens dogme.
    Mais peut être que le marché liberale voie cela comme une taxation de plus du contribuable au travers de l’état est que cela respecte entiérement le dogme libérale, dans les principe même si dans les actes se sont les états qui recapitalise.

    Si le marché acclame l’intervention de l’état c’est que pour celui ci l’état c’est avant tout le contribuable.

    Ont a enfin trouver « la main invisible » dont parlait Adam Smith. Elle n’est autre que la main de l’état qui se glice dans les poches des contribuable, pour en extraire de nouvelle ressource. Puisqu’a chaque fois que l’état s’engage a payer, il s’engage en fait a faire payer le contribuable.

    En tout cas une énigme de résolu 🙂 🙂

  11. Brillant !

    Vous nous dites: « La clé pratique de ce dispositif est le shadow banking ; la banque offshore située virtuellement au milieu des océans est invisible à toute autorité de régulation nationale. »

    Et Pierre Larrouturou nous a dit (Rtbf, Face à l’info, à l’index 680/1587) que le seul et vrai conseiller de Sarkozy en matière d’euro et de finance, c’est Michel Pébereau, le président du conseil d’administration de BNP Paribas. C’est du shadow counseling !

  12. Les huit premiers paragraphes (jusqu’à, incluse, la phrase « L’ubiquité informatique du prix en monnaie neutralise tout contrôle réel de légalité et de licéité économique. ») sont un formidable constat et constituent un article en soi, du genre indiscutable, susceptible tout au plus d’une précision ou l’autre.
    Comme tels je recommande leur diffusion par nos aimables correspondants!

    La suite est une proposition en réponse au constat. C’est un deuxième sujet, plus susceptible, lui, d’être débattu (me semble-t-il), et en tout cas subordonné au premier.

    Merci Pierre, et bien à vous tous !

    1. @Leboutte:
      //// , la phrase « L’ubiquité informatique du prix en monnaie neutralise tout contrôle réel de légalité et de licéité économique. ») //////
      Merci de surligner cette phrase .
      En faisant comparaison avec les processus physiques , nottament elec et mécanique , nombres de modélisations caracterisées par des equa , comportent au dénominateur une ou plusieurs variable lié au temps .
      Pas besoin de faire math sup pour savoir que si T tend vers 0 ….le résultat tend vers l’infini …ou explose .
      Le caractère d’ Ubiquité , s’il comporte des satisfactions immédiate fausse et detruit des auto-régulations qui etaient amorties ou freinées ..

    1. Au chapitre appelons un chat un chat et étant admis que l’histoire de PSdJ est vraie: quelles sont les formations politiques qui dans leur programme pour les élections présidentielles 2012 abordent sans ambages et sans concessions dénaturantes la problématique de la reprise de contrôle du l’appareil financier par l’état? Je vois l’extrême droite et l’extrême gauche.

      Je ne cite pas Ecolo, Cécile Duflot fera ce qu’on lui dira en échange d’ infimes concessions sur le nucléaire beaucoup plus a portée de tir depuis que le gaz lybien est sous contrôle.

      Alors, qu’est-ce qu’on fait de ça?

      1. @ Lazarillo de Tormes

        Alors, qu’est-ce qu’on fait de ça?

        Simple : on continue à pousser pour que TOUTES les formations politiques prennent conscience de la nécessité de réguler le rapport de force entre Etat et finance.

      2. @ Julien Alexandre : Pourquoi donc « toutes les formations politiques » ?
        Avons-nous besoin d’une unanimité ? Quelque soit le diagnostic que l’on porte sur nos démocraties , il suffit encore d’être majoritaire.
        Quand à la réponse à la question

        Alors, qu’est-ce qu’on fait de ça ?

        quelques formations politiques réunies, qui ne font pas l’unanimité, propose assez concrètement

        En quelques années, la finance a conquis des pouvoirs exorbitants. Le dollar, monnaie internationale de référence, n’a plus aucun lien avec une quelconque réalité matérielle Les détenteurs de capitaux peuvent agir à leur guise sur des marchés boursiers méthodiquement dérégulés. Ils ont obtenu une fiscalité au bénéfice des revenus du capital, le droit d’échapper en grande partie à l’impôt, la libre circulation du capital financier dans le monde et ils se permettent aujourd’hui de « noter » les États, les plaçant sous la menace des attaques des spéculateurs.

        Nous mettrons fin à ces privilèges inouïs et contraires à la démocratie qui nous placent sous la menace de crises financières incessantes et de politiques d’austérité désastreuses. Nous mettrons en place une nouvelle réglementation bloquant la spéculation et la financiarisation de toute l’économie et placerons sous contrôle social les banques privées qui la violeraient. Nous agirons pour changer les missions de la Banque centrale européenne et créerons en France un pôle public bancaire et financier qui agira pour l’emploi et les salaires, contre les délocalisations et la spéculation.

      3. @ RV

        L’unanimité aide à faire consensus : il n’y a qu’ensemble qu’on peut réussir à être plusieurs 😉

        Plus sérieusement, le rôle d’un think tank est que ses idées soient reprises et portées par les forces républicaines (ce qui exclue les extrémismes). Si ce sont celles qui correspondent à sa sensibilité, tant mieux, mais il faut pas cracher dans la soupe : une bonne idée de la droite républicaine vaut une bonne idée de la gauche républicaine.

    2. Merci Paul. Je profite de votre pétition de principe pour apporter une précision épistémologique à la problématique du shadow banking. Le shadow banking est la négation fondamentale de la capacité humaine à connaître la réalité par le langage. La banque cachée rompt le principe d’identité qui donne le sens du langage comme moyen de communication humain. Par le shadow banking, la réalité du chat est officiellement associée au mot « chat » du coté lumière mais officieusement associée au mot « souris » du coté ombre.
      Maintenant que nous sommes informés de l’existence du shadow banking, il ne nous est plus possible de parler dans le champ de la politique et de la finance. Si nous prononçons le mot « chat », le politique sourit en se disant que lui seul sait si nous parlons vraiment de chat ou de souris. Et le financier sourit du politique en décidant seul s’il va agir dans l’ombre ou dans la lumière pour que le chat soit chat ou souris.
      Pendant que le chat bancaire joue avec la politique qui ne sait pas si elle est chat ou souris, la Chine dit : peut importe que les chats soient dans l’ombre ou dans la lumière pourvu que les chats mangent les souris (traduction libre de Deng Xiao Ping).

      1. à propos d’ombre, de lumière et de connaissance.

        Les anciens qui savaient pratiquer le Tao
        n’allaient pas éclairer le peuple ;
        mais ils voulaient le laisser dans l’ignorance.
        Si le peuple est difficile à gouverner
        c’est parce que ses connaissances
        se sont accrues.

        Gouverner un pays au moyen de la connaissance,
        voilà sa ruine.
        Gouverner un pays sans l’aide la connaissance,
        voilà son bonheur

        Lao-Tseu, LXV
        -traduction autorisée- Ed. la Pléiade, p.68

      2. @ Jean-Luce Morlie
        Oui mais il faut replacer les éléments dans leur contexte historique et:

         » Lécole du Dao (…). Cette école s’opposait avec une virulence particulière à celle des « lettrés » confucéens (rujia, notre « confucianisme), politisante, ritualisante et moralisante, mais aussi à d’autres écoles telles que celle de Mo Di (ou Mozi, « Micius »), humanitaire et puritaine, ou celle de Yang Zhu ( ou Yangzi), anarchisante et cynique, et surtout aux « dialecticiens » ou sophistes qui cultivaient alors les jeux et paradoxes de la logique verbale et dont le Zhuangzi, hostile aux conventions du langage comme à toute espèce de convention, se raille….. »

        p. 831, Encyclopaedia Universalis – Dictionnaire de la Civilisation chinoise – Albin Michel –
        ISBN.2-226-10092-X

      3. @Béotienne,
        Vous avez-raison, je ne fais pas l’hypothèse d’un second degré dans la citation concernée et de plus, je – l’instrumente – : dans les années 80, ce sont nos réseaux d’entreprises les plus avancés dans la délinquance qui sont allés, dans les premiers, y faire des affaires. La brutalité, le cynisme du capitalisme chinois sont à l’image du nôtre : Still Life de Jia Zhangke, Lion de Venise 2006, nous montrait que les chines « du centre » et « côtière » n’ont plus rien à se dire, croyez-vous que notre commerce avec la côte fera percoler ce qui nous reste d’idée de démocratie jusque dans le Takla Makan ?

  13. Une vision de l’histoire :

    L’économie réelle est en bout de croissance.
    Les politiques sont depuis des siècles et particulièrement depuis la 2è guerre mondiale bâtie sur la croissance.
    La substitution est une création de valeur hors économie : la finance, irréelle.
    Les outils sont puissants, rapides, décentralisés.
    Le politique qui n’a su changer de modèle reste dépendant des créateurs de valeur irréelle (par exemple la masse d’argent est disproportionnée par rapport aux besoins liés aux échanges, épargnes et assurances).

    Les créateurs de valeur irréelle inventent toujours mieux, c’est-à-dire pire, et le politique ne peut que s’en réjouir, car il n’a pas changé de modèle, n’a pas de mots, d’explications, bref, de projet politique où l’argent serait à sa place : un moyen, et non une fin. On n’efface pas des siècles comme ça.

    Mais la démocratie demande aussi des comptes. Le politique doit donc se dissocier : garder un modèle qui profite aux profiteurs, et expliquer qu’elle sauve les intérêts généraux. Les failles du système sont donc inévitables, pire : voulues.

    Le shadow banking, que vous évoquez avec justesse, devrait donc avoir de beaux, très beaux jours devant lui. L’explosion de l’illusion passe par lui.

    Mais du coup, votre plaidoyer pour une reprise de contrôle me parait absolument vain, en tout cas dans la situation actuelle. C’est demander aux gérants – dont nous élisons les chefs, finalement – de montrer que la croissance type PIB n’est plus l’objectif de la société, qu’elle sera maintenant stable voire négative, et que nous devrons être heureux sans ce machin qui semble pourtant être le graal de toute société.

    Les centres de décision sont de toute façon dotés d’une autonomie telle que le contrôle dans son sens centralisé et coercitif n’est plus possible. Il faut y mêler de l’incitatif, Or, faire de l’incitation auprès d’acteurs cupides, c’est quand même souper avec le diable. La cuillère n’est jamais assez longue.

    Car renforcer le contrôle, c’est-à-dire interdire le jeu, le fictif, l’illusion; parler de l’argent pour son utilité, ses usages et non comme d’une fin en soi (ce qui est exactement la position des cupides); interdire tout cela renvoie au réel, au concret, au matériel, au local, au quotidien. Impossible dans les stéréotypes actuels.

    Peut-être adviendra-t-il un mouvement politique Réaliste. Contrairement à Matrix, il se pourrait d’ailleurs que la réalité soit en fait bien plus agréable et belle à vivre que l’illusion actuelle, terriblement anxiogène, et qui renvoie jusqu’à la perte de sens de nos civilisations.

    1. @Ours Blanc,

      Peut-être adviendra-t-il un mouvement politique Réaliste. Contrairement à Matrix, il se pourrait d’ailleurs que la réalité soit en fait bien plus agréable et belle à vivre que l’illusion actuelle, terriblement anxiogène, et qui renvoie jusqu’à la perte de sens de nos civilisations.

      Votre conclusion est juste et parfaite ! Merci pour l’espérance.

  14. Merci Pierre,

    pour ce billet plutôt clair (mais pas pour autant facile), qui, il me semble, donne à penser, avec une précision accrue, même aux non-initiés naïfs dont je suis (économiquement parlant). Vous nous faites sentir moins idiots, en nous donnant quelques clefs importantes

    Il est essentiel de beaucoup miser sur la patience pédagogique poussant le plus grand nombre vers le haut (pour placer la barre haut, il faut savoir regarder en bas: c’est là qu’on est, nous les majoritaires). Un effet boule-de-neige épistémologique (= donner aux gens les moyens, l’envie et le goût de prendre leur vie en main par la pensée) est possible, mais ça prend beaucoup de temps (et de patience bienveillante). Il faut que nous misions là dessus, de manière capillaire, car nous sommes engagés dans un bras de fer – ou une guerre – culturel, dans une course contre la montre, avec ceux que l’inculture, rendue systémique, arrange, aussi bien économiquement que politiquement.

    A ce sujet: il semble au naïf que je suis (en économie) qu’il serait bon de penser et de mettre en ligne (= même sur ce blog) un instrument pédagogique permettant – par de simples clicks – de se former au B-A-BA de l’économie. Un outil expliquant:

    – qu’est-ce que la micro-économie?
    – qu’est-ce que la macro-économie?
    – qu’est-ce que la théorie des cycles?
    – qu’est-ce que la théorie de la croissance? (j’emploie le singulier pour faire simple)
    – (et tout ce que je ne sais même pas mentionner, ou dont j’ignore l’existence, en termes de B-A-BA)

    Car nous sommes nombreux, je crois, à ignorer totalement les découpes fondamentales de ces univers notionnels b-a-basiques, découpes qu’il est pourtant essentiel de connaître à un quelque degré (non nul) que ce soit de précision.
    Il me semble que sans un tel outil pédagogique complémentaire la lecture de ce blog – pourtant remarquable – ne développe qu’une partie de son très grand potentiel citoyen

    1. Merci Alessio pour cette suggestion de mettre en place un instrument pédagogique. Pour les naïfs que nous sommes nous aurions là un moyen (même modeste) de s’initier aux subtilités des mécanismes économiques (dont je commence à humer le parfum grâce à Pierre SJ mais sans avoir pu déguster le plat, bon il me reste le chocolat pour calmer ma frustration). Avec la connaissance on devient plus exigent sur les plats que tentent de nous faire avaler nos politiciens (de tout bord). A force d’exigence ils pourraient devenir honnêtes !

      Merci Paul Jorion pour cette espace de liberté !

  15. Pour ce que j’en comprends, j’ai plus que l’impression de la manière dont tourne le système qu’il continuerait à fabriquer des dettes quand bien même si les 99% des peuples seraient en état d’esclavage.

  16. Il suffit de regarder l’évolution de la masse monétaire mondiale
    ici:http://static.safehaven.com/authors/hewitt/12305_k.png
    De savoir que depuis 10 ans grâce aux innovations financières le marché OTC ( gré à gré) là où excellent les

    shadows banking

    Ce marché représente plus de 600 000 milliards de dollars ( cette échelle se justifiant que plusieurs « valeurs » sont comptées plusieurs fois! Que plus de 85% de ce marché sont effectués sur les taux d’intérêts et le change (80%) et les CDS (5%) Les acteurs sont les banques d’investissements, les hedge funds, les SPV ( spécial purpose véhicle);Dans la plupart des cas ces acteurs sont en réalités des filliales de grandes banques( TOO Big TO FAIL) principalement européennes et de grande banques d’investissement ( américaines) ces banques au lieu de mieux évaluer les « risques de crédits » ont inventés « la titrisation » opérations qui consiste à sortir de leur bilans des crédits risqués ( activités de « pooling ») et les transférér à son voisin ( activité d’ « offloading » ) en outre cette opération peut se répéter en cascade, le même risque de crédit peut être titrisés plusieurs fois! Pas étonnant que 45% des profits réalisés par les sociétés privées soient alors captés par le secteur financier aujourd’hui contre moins de 10% en 1979!
    Dans ce jeu de « patates chaudes » tout est question de température en 2007 avec les « subprime » quand tout à coup nos nostradamus de la finance s’apperçoivent que le marché immobilier américains peut cesser d’être à la hausse et aujourd’hui que des états ne pourraient plus « soutenir » leurs dettes en particulier parce qu’ils ne disposent plus des leviers de manœuvres créations monétaires et dévaluations.
    Ce qui nous ramène à l’Europe qui c’est construite sur le mythe d’une monnaie unique sur évalué et sans gouvernance économique, les français avec comme arrière pensée qu’un fédéralisme sans les peuples seraient possible, les allemands qu’aucune entrave à leurs développement par l’intermédiaire d’ une monnaie « forte » ne puisse se réaliser; les anglais réalistes d’accords sur le marché pas d’accords sur la monnaie. On voit qui est le grand bénéficiaire de ce marché de dupes, l’Allemagne, qui depuis la décomposition du bloc communiste et l’ouverture à l’Europe des anciens PECOS fait l’essentiel près de 85% de ces excédents commerciaux aux détriment des autres membres de la communauté ( dont plus de 35% avec la France qui elle en 20 ans a vue l’essentiel de son industrie disparaitre! Les peuples européens n’ayant comme perspectives la rigueurs avec son lot de misère;

  17. C’est dommage que votre article n’es pas autant de cote, je le trouve pourtant trés bien.

    Viellez a être plus précis et moins phillosophe, le progrés est deja là, allez plus loin.

    Se sont des enfants qsui ne demande que du détails.

  18. Allons y pour des histoire vrai.

    Les états ont demander aux banques d’être pro européenne est de fournir du crédit, aus états plus pauvres. pour certains cela leur permettaient de faire fonctionner les groses entreprises.
    Les banqus, bien sur n’avaient pas trop le choix de décevoir le pouvoir en place. Jusqu’au momment ou les banques prevenirent les états que cela serait difficile de continuer dans cette voie, bien que cela était trés bénéfique pour les banques. L’arguments des banques étant nous ne pouvons pas pretter plus que se que nous avons, et la les états, certains, dirent aux banques allez y ne vous inquiété pas nous sommes garant.

    Et les banques aujourd’hui disent aux états vous vouliez vous porter garant, garantissé. Hors les états n’y comprennaient rien en matiére de finance et de banques, mais avaient le pouvoir d’imposer leur conception, certes bien éloigner du bon sens.

    Ont se retrouve aujourd’hui avec des banques qui font marcher les états, car elle sont les seuls a avoir les informations qui plaide en leur faveur.

    Cette crise est politique, en tout cas en europe….

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