À PROPOS DE SAMEDI PROCHAIN À SILFIAC

Le journal Le Télégramme annonce aujourd’hui l’événement à Silfiac, samedi prochain, 5 novembre.

L’article me présente, entre autres, comme « Paul Jorion est connu en Bretagne, où il vit aujourd’hui, pour avoir travaillé, de février 1973 à mai 1974, sur l’île de Houat, comme salarié à terre de l’industrie de la pêche, avant de publier un ouvrage : « Les pêcheurs de l’île de Houat » (Hermann 1983). »

À l’époque où j’habitais à Houat, je n’étais pas « salarié à terre de l’industrie de la pêche » : j’allais en mer avec les bateaux de pêche et je participais à d’autres activités, en particulier à la cuisson des crevettes (22 tonnes cette année-là, avec Jo Le Hyaric). Je bénéficiais d’une bourse de recherche du Fonds National (belge) de la Recherche Scientifique et je refusais toute rémunération pour le travail que je faisais à la pêche ou dans les activités annexes, à une exception près : le « jour de la tonne », quand une tonne de crevettes avait été pêchée et que nous avions tous travaillé de 14 heures à minuit pour cuire et emballer cette pêche miraculeuse. Quand la paie pour ce jour-là est arrivée, Jo m’a dit : « Avec le travail que t’as fait, si tu refusais ton argent, cette fois-ci, ce serait mal compris ». J’ai alors accepté ma part.

P. S. : Si vous avez l’intention de vous rendre à Silfiac samedi, il est important que vous vous inscriviez en écrivant ici pour que des repas puissent être commandés en nombre suffisant.

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L’actualité de la crise : LEUR LOGIQUE ET LA NÔTRE, par François Leclerc

Billet invité

Plus la dette nous submerge, moins l’on sait quoi faire d’elle ! Ce qui devrait inciter à se poser deux questions toutes simples et liées entre elles : pourquoi a-t-elle pris cette ampleur et comment peut-on s’en débarrasser, puisque l’on ne parvient pas à la rembourser ?

Une remarque préliminaire s’impose : dette publique et dette privée sont tellement enchevêtrées qu’elles devraient être prises en compte sans les distinguer. Montrer du doigt la première et escamoter la seconde, c’est désigner une victime sacrificielle, afin de présenter comme inévitable une rigueur budgétaire destinée à restreindre prioritairement les prestations de l’Etat providence et ses domaines d’intervention, ainsi que de pratiquer des réformes structurelles.

Mais si l’on considère la seule dette publique, d’où provient donc son déséquilibre budgétaire qui n’a fait que s’accentuer au fil des trente dernières années ? Une fois pris en compte l’impact important sur les dépenses que les plans de relance engagés depuis le début de la crise ont représentés, on peut estimer celui des mécanismes fiscaux très orientés qui ont été à l’origine de la baisse des recettes publiques. Doit également être ajoutée à la dette sa charge financière, qui croît au fil de son refinancement. Tout ceci soustrait, la vision que l’on peut avoir de la dette en sort changée. La présentation qui est aujourd’hui faite d’un Etat vivant au dessus de ses moyens est non seulement sommaire, elle est tendancieuse. D’où l’intérêt d’une analyse des causes de l’augmentation des déficits publics, afin de contester les fondements de remèdes présentés comme inévitables et d’en présenter d’autres.

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RFI, Carrefour de l’Europe, dimanche 30 octobre à 12h10

Je fus l’invité de Daniel Desesquelle dans son émission Carrefour de l’Europe. On peut réentendre l’émission ici. Mon entretien débute à 5m24.

Carrefour de l’europe

(19:30)

 
 

Voici la transcription :

A la fin de la seconde guerre mondiale il y a eu un sentiment d’écœurement, on n’a pas voulu recommencer ce qu’on avait fait depuis le XIXe siècle, c’est à dire que tous les 20 ans l’Europe se déchirait par des guerres civiles, si on reste à l’intérieur de ce cadre. On a voulu lancer quelque chose mais malheureusement on s’est focalisé sur la création d’une Europe, marchande, en oubliant que le reste devait venir en même temps, qu’on ne pouvait pas simplement créer une Europe des marchands, qu’il fallait qu’il y est en même temps une Europe des peuples. Comme on a oublié ça pendant cinquante ans, on a commencé avec la communauté européenne du charbon et de l’acier, ensuite il y a eu le marché commun à 6 pays, et ainsi de suite, et pendant tout ce temps là on a dit tout cela va s’arranger tout seul tout cela viendra bien, et on savait quand même que pour une Europe fiscale, on ne le faisait pas, essayer d’unifier cet ensemble de peuples où certains étaient plus riches, d’autres étaient plus pauvres, il faudrait un jour unifier cela. On a attendu qu’il y est la grande crise financière de 2007, 2008, qui se répercute ensuite bien entendu parce qu’il y a un rapport entre les deux, les deux sont liés, avec la dette des Etats qui était un peu sur le fil du rasoir mais ça ne posait pas trop de problèmes, il y a eu là un déséquilibre et maintenant cette Europe qui n’a pas eu lieu, qu’on a pas faite véritablement, on essaye de la faire à marche forcée. On essaye de le faire sur des durées de temps qui ne permettent pas véritablement de prendre les mesures qu’il faut, pourquoi, parce que l’on est toujours en retard d’une guerre, et pourquoi étions nous toujours en retard d’une guerre, parce qu’on prends des mesures qui vont à l’encontre de celles qu’il faudrait prendre et donc chaque fois qu’une mesure va être prise en fait la situation s’est empirée parce que on a pris les mesures qui vont à l’envers, pourquoi, parce qu’on a voulu terminer ce grand projet ultra libéral qui était associé à une Europe des marchands, et ce projet a été démenti par les faits en 2007, 2008, mais on n’est pas encore prêt à reconnaître qu’il a été démenti par les faits, alors on essaye de l’achever aussi en parallèle. C’est ça qui nous conduit dans la situation dans laquelle nous sommes

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APRÈS L’INDIGNATION, par zébu

Billet invité

Un billet est une drôle de chose, une chose qui vous échappe, dès qu’elle est posée sur un coin de table, sur une table ouverte où chacun peut s’en saisir et l’auteur en être dépossédé, à moins que ce ne soit le billet qui ne le soit, allez savoir. C’est ainsi et c’est tant mieux

Dans « Une radicalité simple », contrairement à mes habitudes, je n’ai pas voulu intervenir, pour ne pas interférer dans un débat que je pressentais important et sensible, à raison semble-t-il. Le pressentiment est un organe complexe et difficile à manier, certains diront qu’il doit donc l’être avec d’autant plus de circonspection. Reste qu’une manière d’écrire ne peut pas tenir compte de l’infinie variété des sensibilités, au risque de se dénaturer et de ne plus pouvoir transmettre, ce qui est pourtant le but : toujours sur le fil mais ne jamais (trop) y penser. C’est ainsi et c’est tant mieux.

Cela permet d’avancer dans des échanges dont on voit bien qu’ils sont un des moteurs de ce blog. Restent cependant des interrogations, des incompréhensions et des questions. Il me semble nécessaire d’y répondre, si l’objet d’un billet est bien toujours d’échanger, mais en identifiant cette fois-ci ce qui pourrait relever d’impasses et de portes de sorties dans une cartographie limitée d’un territoire humain en perpétuelle évolution : comme le disait un commentateur, la carte n’est pas le territoire. Mais sans cartes, il n’y a que des terres inconnues.

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RAPPROCHEMENTS ASSEZ GÊNANTS

Dans Le Monde d’aujourd’hui : Jean-Claude Trichet : « Le secteur financier doit changer ses valeurs »,

Le Monde : Certaines de vos décisions continuent à faire débat, comme la hausse de vos taux en 2008 quelques semaines avant la chute de la banque américaine Lehman Brothers…

J-C. T. : A l’époque, il y avait une menace réelle de déstabilisation des anticipations d’inflation sous l’impact de la hausse des prix du pétrole. Bien entendu personne ne pouvait prévoir que Lehman Brothers allait déposer son bilan à la mi-septembre.

Ici-même, en date du 31 mars 2008, dans le billet intitulé : Notateurs et autorités financières,

Quand, il y a quinze jours, la Fed orchestra le sauvetage de Bear Stearns par J.P. Morgan Chase, le Daily Telegraph de Londres se fit l’écho de pressions discrètes exercées par la Federal Reserve de New York afin que l’on laisse tranquille Lehman Brothers dont il n’était pas certain qu’il soit en bien meilleure santé que Bear Stearns : interdiction était faite à ses concurrents de solliciter ses clients, pour éviter que des propos peu flatteurs quant à sa santé financière ne soient émis dans les conversations.

« Personne ne pouvait prévoir que Lehman Brothers allait déposer son bilan à la mi-septembre », à part la Fed de New York, le Daily Telegraph, le Blog de Paul Jorion… et dès le mois de mars…

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L’actualité de la crise : ILS MARCHENT SUR LA TÊTE, par François Leclerc

Billet invité

Demander leur aide aux pays émergents, Chine en tête, est un symbole fort des nouveaux rapports de force mondiaux. En procédant ainsi, les dirigeants européens viennent de mettre en évidence qu’ils n’ont pas les moyens de refinancer l’endettement de l’Europe, puisque c’est la stratégie qu’ils poursuivent envers et contre tout.

Quand certains d’entre eux récusent cette voie, c’est pour se réfugier dans une autre fuite en avant, en préconisant que la BCE éponge la dette en créant de la monnaie, afin que tout puisse repartir comme si de rien n’était, à des aménagements mineurs près.

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LE DÉMON DE LA PERVERSITÉ

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Tous les éléments se combinent en général pour que la fonction de chef de l’opposition soit une sinécure : comme les mesures proposées n’ont pas à être mises en application, il lui est permis à lui ou à elle, d’ignorer toutes les contingences pratiques de la politique de terrain, il lui est offert, à lui ou à elle, de prendre autant de hauteur que souhaité, et d’adopter, ni plus ni moins, le point de vue de l’histoire.

Sur les accords intervenus en Europe dans la nuit de jeudi à vendredi, et pour reprendre quelques mots fameux à Cyrano de Bergerac : « On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme » (et le Dieu en question sait que nous ne nous en sommes pas privés ici) – mais dire, comme on l’a entendu dire à Paris, que « s’il faut un vainqueur, c’est Mme Merkel qui peut faire le communiqué de victoire » ou que « la Chine [est] consacrée comme l’empire économique et financier qui va venir en aide à l’Europe et la zone euro », c’est jeter à la face du monde son ignorance crasse des dossiers et montrer qu’au prix de quelques efforts il est possible de réduire à rien les bénéfices généralement associés à la fonction pourtant apparemment sans risque de chef de l’opposition.

Qu’est-ce qui pousse un individu à réduire en poussière, et d’intention délibérée, le capital de confiance investi en lui ? Edgar Allan Poe lui a donné un nom : « The Imp of the Perverse », que son traducteur Baudelaire, rendit en « démon de la perversité ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : LES JAUNES AUX PORTES DE PARIS ! par François Leclerc

Billet invité

Hier matin, sur les matinales des radios, il était possible de mettre sur le compte d’un réveil difficile les réactions de Michel Sapin et de François Hollande aux conclusions des sommets européens de la veille. Pour le premier, l’Europe faisait « la quête en Chine », ce qui pointait « une dépendance de fait » pour le second. Des propos choisis, et de quelle manière !

C’était sans compter ce matin avec les déclarations renouvelées du candidat socialiste, qui persiste et signe : « la Chine est désormais la maîtresse du jeu, de sorte que le sommet du G20 des 3 et 4 novembre, qui devait être le moment de vérité pour le yuan, va consacrer l’empire économique chinois ».

Dans toute la finesse et l’élégance de son analyse, François Hollande délivre sa vision du monde et de la crise, cherchant des appuis de la plus détestable des manières dans l’opinion, attisant le pire des ressorts.

Confirmant qu’il ne s’agit pas d’un dérapage, mais d’un axe d’intervention ayant fait l’objet d’une décision, Pierre Moscovici a ce matin enfoncé le clou en déplorant « l’entrée de la Chine dans nos affaires », comme si « nous nous mettions entre ses mains ».

Daniel Cohn-Bendit n’avait pas été en reste la veille, estimant que nous allions être livrés « pieds et poings liés à la Chine » et Eva Joly, qui s’est depuis ressaisie, que cela s’apparentait à « une vente à la découpe de l’Europe à la Chine ».

Les bras m’en tombent, les mots me manquent.

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