Quel temps fait-il le 21 mai ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le 11 mai, je vous ai présenté un « état des lieux » sous le titre Quel temps fait-il ?. Nous sommes dix jours plus tard. J’ai pensé qu’il serait intéressant de faire une mise à jour. Ce sont les mêmes six graphiques, nous allons simplement examiner comment les choses ont évolué.

Grèce 2 ans : le 6 mai 14,906 % – hier 7,238 %

Portugal 2 ans : le 6 mai 5,509 % – hier 2,613 %

Espagne 2 ans : le 6 mai 2,61 % – hier 2,061 %

De ce côté-là en tout cas, la stabilisation est évidente.

Taux grec 2 ans

© Bloomberg

Taux portugais 2 ans

© Bloomberg

Taux espagnol 2 ans

© Bloomberg

Passons maintenant au VIX. La volatilité des options sur l’indice boursier américain S&P 500, un bon thermomètre de la nervosité des marchés. Là, les choses ne s’arrangent vraiment pas : après une brave accalmie, c’est la détérioration. Ce n’est pas une surprise si l’on a suivi l’actualité boursière : sur les dix derniers jours, le CAC 40 a perdu 8,5 % de sa valeur et le Dow Jones, 6,6 %. Comme le Dow Jones a baissé désormais de plus de 10 % depuis son plus haut du 26 avril (-10,1 % hier en clôture), le marché boursier new yorkais est officiellement « bearish » : baissier.

VIX

© Bloomberg

Passons au TED. Le TED, je le rappelle, c’est le Treasury-Bill – Euro Dollar : la différence entre le taux qui s’applique aux bons du Trésor américains à trois mois et le taux que les banques exigent l’une de l’autre pour un prêt à trois mois. C’est le baromètre de la « confiance » qui règne entre elles : moins elles se font confiance, plus grande est la prime de risque qu’elles incluent dans le taux d’intérêt qu’elles exigent l’une de l’autre.

Il faut garder la tête froide : le TED avait atteint 464 points (4,64 %) le 10 octobre 2008. On parle ici de 33 points (0,33 %), on est donc encore très très loin d’une atmosphère qui provoquerait le tarissement du crédit interbancaire, comme on l’a observé dans le sillage de la faillite de Lehman Brothers. Cela dit, la tendance n’est pas bonne.

TED

© Bloomberg

Enfin, l’euro. Dix jours sont représentés sur le graphique.

Après une baisse très nette, on se rapproche du statu quo par rapport à il y a dix jours, grâce au coup de poing sur la table allemand. Certains continueront de se réjouir, en affirmant qu’une baisse de l’euro par rapport aux autres devises ne peut que faciliter l’exportation. L’argument ne serait pas sans mérite, comme on dit, si ce n’est que la plus grande part du commerce des pays de la zone euro se fait à l’intérieur de la zone.

€ vs. US$

© Dow Jones

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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25 réflexions sur « Quel temps fait-il le 21 mai ? »

    1. Je réponds de mon côté !

      Le journaliste ose écrire : « Interdire la vente à découvert nue, c’est brouiller les repères des marchés au moment même où ces derniers en ont le plus besoin. »

      J’attends que l’on démontre en quoi ces produits financiers sont des repères efficaces, vu ce qui s’est passé !

      J’ai lu par ailleurs, je ne sais plus où, que c’était casser le thermomètre que d’interdire les CDS nus. Même argumentaire, mêmes éléments de langage. Je crois que c’était dans la bouche d’un prof. de HEC.

      Ce sont des intoxiqués, ou bien des spéculateurs sur l’ignorance entretenue des gens. Les deux ? Hier, James K. Galbraith débutait ainsi son papier dans Le Monde : « Je suis membre d’une profession qui s’est discréditée. »

    2. Mr Leclerc,

      Le parallèle Thermomètre-CDS a été fait par David Thesmar, cité notamment dans Le Monde.

      En fait je pense qu’il faudrait sérieusement prendre la température de ce Monsieur quand il affirme des choses pareilles.
      Il y a a peu il a commis un article mémorable dans le Monde sur les paris financiers « prédictifs » en matières de sondage.
      L’on s’en Gauss encore.

  1. Ce matin la Chine achète de l’euro et fait bondir le cour de l’euro de façon vertigineuse …. L’Europe commence à être crédible… dû à quoi ? intervention de l’Allemagne ou séjour de Nicolas et sa Belle… lol

    1. Sans doute que la Chine n’a pas interet à ce que l’euro chute trop si elle veut continuer d’exporter dans la zone euro.

    2. Non, la Chine joue l’avenir. Et l’avenir, c’est la régulation, donc la fin des jeux spéculatifs. Pas besoin d’être génial pour le deviner : c’est à cause du Grand Balancier, le Yin et le Yang : tout ce qui est, est changeant. L’éternité n’est pas de ce monde.

  2. merci beaucoup : très clair, précis et sans catastrophisme

    pourriez-vous préciser en quoi vous estimez que l’Allemagne a raison (ce que je pressens sans pouvoir l’exprimer faute de compétences en ce domaine) et le confronter à la position française?

    cordialement

    1. L’Allemagne a montré une certaine volonté (et pas uniquement avec des mots) de s’attaquer à la source du problème: la dérégulation financière et les spéculateurs. Pas la France.

    2. L’Allemagne a raison parce que c’est un premier pas vers l’interdiction générale de la spéculation. C’est-à-dire, depuis 30 ans, le premier « premier pas » dans la bonne direction. 🙂

  3. Merci pour ces indicateurs, ces ‘variables d’état’.
    Effectivement, chaque semaine, c’est très intéressant, avec comme référentiel le 06 mai.
    On a là un ‘système d’alerte’, non ?

  4. Sauf erreur, dans tous les pays du monde, il est illégal de vendre un bien qu’on ne possède pas.
    Par exemple, vendre de l’or alors qu’on ne le possède pas en prétextant que si le client veut en prendre livraison, il sera toujours temps de l’acheter.
    Sauf erreur, dans tous les pays du monde, il est illégal d’assurer un risque auquel on n’est pas soumis. Par exemple, il est illégal d’assurer deux fois un véhicule et de toucher deux fois le remboursement en cas d’incident.
    Pourquoi ça serait légal à financeland ?

    Expliquer à un esprit sain que certains financiers achètent des assurances pour un prêt qu’ils n’ont pas fait : Sa première réaction est l’incrédulité. Puis quand on lui explique que c’est pour la revendre lorsque que le risque aura grandie et que le prix de cette assurance aura augmentée, l’esprit sain se révolté et crie à l’escroquerie.
    Effectivement, c’en est une, l’escroc se glisse entre deux parties qui elles, réalisent une opération légitime.

    1. Oui, Ronron. Mais ce n’est de toute façon que de l’escroquerie.

      Sachez, à tout hasard, qu’un « certificat » de possession d’or a une règle très « stricte » : sa « valeur » doit être constituée d’au moins 90% d’or.
      Sauf que personne ne peut vérifier si cela est réel…
      (même plus besoin de fabriquer des lingots truffés au tungstène)

      Et c’est pour cela que des gouvernements, tels l’Inde, achète de l’or PHYSIQUE et non des certificats.
      Pas fous, les gars.

      Et tout le reste est à l’avenant (et non à lavement diraient des plaisantants ici)

    2. « Par exemple, vendre de l’or alors qu’on ne le possède pas en prétextant que si le client veut en prendre livraison, il sera toujours temps de l’acheter. »

      Il paraît que les courtiers en or le font. Il y aurait ainsi plus d’or-papier que d’or physique réellement existant.

    3. @ Moi : (Lagarde meurt mais ne se rend pas)
      C’est plus qu’il paraît. Les ETF GLD par exemple commencent à avoir mauvaises presses car des clients ont demandé à voir leurs avoirs et là … peau de balle. Des semaines à attendre (comprenez, c’est compliqué, blablabla, …). Et certains, qui possèdent des ressources no limits ont même envoyé leurs avoués, histoire de foutre la trouille à qui de droit, avant que d’envoyer de plus discrets ‘facteurs’ avec de jolis colis.
      On ne rigole pas avec ces choses là.
      D’ailleurs, les EAU ont fait rapatrier dare dare une bonne partie de leurs avoirs en or dans LEURS coffres, chez eux.
      Et pleins d’autres choses encore, notamment les lingos au tungstène, etc.
      L’or, si tu ne l’as pas en ‘physique’ (sous conditions de ne pas avoir de mistigris), tu l’as ailleurs mais ça fait plus mal quand tu te réveilles avec 1 millions x 0,000000000000€ …

  5. « la plus grande part du commerce des pays de la zone euro se fait à l’intérieur de la zone. »

    vous m’excuserez, mais je n’ai jamais bien compris cet argument là.
    Dans la zone euro ou pas, les produits européens sont bien en concurrence avec des produits importés hors zone euro?

    1. La baisse de l’euro est censé faciliter les exportations mais, comme la plus grande part des exportations sont intra-européennes, cet argument ne pèse pas lourd, d’autant plus que le commerce mondial est hyper déprimé. La baisse est surtout un problème parce qu’elle renchérit les importations extra-européennes, (pétrole), ainsi que les dettes exprimées en dollars.

  6. Tiens, une remarque en passant, personne ne remarque la tendance haussière générale de la courbe des couts de l’emprunt pour ces 3 états. En linéarisant la période Mars/Juin (en ignorant les phénomènes de panique de mai). Globalement il en reste une courbe ascendante plus qu’inquiétante pour ces pays, donc malgré tous les égards que je doit à l’analyse et à mon incompétence financière, peux-t’on parler de normalisation ? Car si l’on prolonge la pente sur cette période pendant quelques mois, voire années, on retrouve des taux d’intérêt grec, espagnols et portugais à 15% !

  7. L’interdiction des paris sur la fluctuation des prix m’a toujours semblé être une mesure très judicieuse, pour ne pas dire, osons le mot, particulièrement intelligente.
    Il faut n’être pas très familier des analyses de Paul Jorion pour ne voir dans cette mesure qu’une mesure parmi d’autres, y compris celle par exemple relative à la taxation des transactions financières.
    En effet, cette mesure, l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, bien que locale si l’on considère son point d’application, puisqu’il s’agit de s’attaquer à la spéculation dans un secteur bien spécifique de la finance, n’en vise pas moins la mutation du système économico-financier dans son ensemble, ou ce qui revient au même, du système capitaliste.

    Paul Jorion dans ses préconisation propose d’autres mesures, mais l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix conserve son rôle stratégique, son rôle pivot, car de son adoption dépend la réussite des autres mesures.

    D’un point de vue logique je concevais donc bien toute la pertinence de cette mesure mais je dois reconnaître qu’ à la lumière des évènements récents qui montrent qu’une adoption même limitée de la mesure provoque des effets immédiats et importants (voir le dernier Quel temps fait-il ? j’ai malgré tout été surpris.

    Bref, chers lecteurs qui découvraient depuis peu le blog et encore sceptiques, je vous invite avant tout jugement péremptoire à vous intéresser sérieusement aux raisonnements qui conduisent Paul Jorion à proposer cette mesure. Cette mesure me semble cruciale si l’on désire effectivement éviter le pire pour sortir du capitalisme.

    1. Contrairement à certains « révolutionnaires », les capitalistes ont de la patience et font gaffe aux détails. Les mesures néo-libérales ont été introduites pas à pas, méthodiquement, inlassablement. 30 ans après, ils sont en passe d’avoir totalement déconstruit la social-démocratie des 30 glorieuses et tous les avantages sociaux acquis au cours d’un siècle de luttes sociales. Et cet amour du détail, ils ne l’ont pas que pour ce qu’ils veulent faire passer mais aussi pour tout ce qui pourrait s’opposer à leurs intérêts. C’est ainsi que la moindre mesure de régulation financière, même à portée limitée, est âprement critiquée et combattue.
      Alors rêver du grand chambardement alors qu’on n’est même pas foutus de faire passer des mesures anti-capitalistes minuscules, c’est pour le moins un mauvais calcul. Plus profondément, cela dénote un manque de volonté et de réalisme.

    2. Ne rien céder, jamais, pas même un liard. Et c’est ce qui conduira ce système à sa perte, plus sûrement que tous les projets de réforme, finalisé ou non.
      Cf. Lordon.
      Il faut espérer que les chinois aient une solution et qu’ils commencent déjà à l’appliquer : ils sont très certainement bien conscients de ce qui est en jeu et qu’ils passeraient aussi, tout capitalisme d’état soit-il.
      L’axe du monde a basculé non pas tant dans la répartition des richesses mais des capacités à agir et à réfléchir.

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