L’actualité de la crise : IMPROBABLE GOUVERNANCE A DAVOS, par François Leclerc

Billet invité

Pour peu que l’on farfouille un peu, le Forum de Davos peut décidément receler des perles. Le soulèvement égyptien en a largement occulté le retentissement, mais n’a rien enlevé de l’intérêt aux événements où l’on n’accède que muni du précieux sésame qu’est le White badge, où le off the record est de rigueur.

Que retiendra-t-on de cette édition ? Ce ne sera ni l’ode à l’euro entonnée à la tribune par ceux-là mêmes qui ne disent pas comment ils vont le défendre, ni les exposés de politique économique diamétralement opposés de David Cameron et Tim Geithner, l’un en faveur de la rigueur budgétaire, l’autre soucieux de ne pas entraver la croissance. Car ces numéros étaient trop convenus.

Non, ce seront les propos restés confidentiels, tenus lors d’une réunion strictement privée organisée par les représentants des mégabanques, sous la présidence de Jamie Dimon (JP Morgan Chase), avec la participation présumée de Peter Sands (Standard Chartered), Brady Dougan (Crédit Suisse) et Bob Diamond (Barclays).

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DE LA STRATEGIE DU CAPITALISME, par Crapaud Rouge

Billet invité

Si Darwin avait travaillé comme Weber, il aurait intitulé son œuvre « De l’Esprit de la nature », il aurait été encensé par les religieux, incendié par les scientifiques, et l’on en serait encore à se demander ce qu’il en est de cet esprit. Si Weber avait travaillé comme Darwin, il aurait accumulé les faits, discerné entre eux un principe commun, et il ne ferait pas de doute aujourd’hui que le protestantisme, vecteur d’une nouvelle éthique du travail d’inspiration biblique, a été le berceau du capitalisme moderne.  Darwin a eu le succès que l’on sait parce qu’il a découvert l’évolution des espèces, et mis en avant un principe général pour l’expliquer : la sélection naturelle. La valeur explicative de ce principe est nulle mais sa valeur logique suffisante : après que des espèces ont réussi à s’adapter, il est toujours possible de dire qu’elles ont été « sélectionnées » et les autres « éliminées ». Mais le latin selectio signifie choix : ce  principe laisse donc entendre que la nature « choisit » les espèces qui vont survivre, ce qui est aberrant eu égard au déterminisme qui ne laisse pas le  choix. Mais qu’importe, Darwin a mis un mot sur l’action supposée de la nature, et c’est ce qu’il devait faire, sinon il eût fallu admettre que les espèces évoluent parce que c’est « l’esprit de la nature » qui le veut. Il a donc trouvé, sinon le mot juste, du moins celui qui convenait, alors que Weber a raté son coup. Il décrit des comportements typiques, tire le portrait robot du capitaliste, mais ne va pas jusqu’à extraire la quintessence de ses observations, c’est-à-dire un principe d’action général qui serait absent des innombrables formes antérieures du capitalisme.

Si, à l’instar de Darwin, il avait laissé les faits décanter lentement dans sa mémoire, il aurait découvert, qu’à la différence de leurs prédécesseurs, les capitalistes protestants ont imaginé et exécuté des stratégies. Une stratégie est un ensemble d’actions qui présente une cohérence globale et confère à chacune sa raison d’être et son utilité, alors que les mêmes, effectuées sans stratégie, seraient insensées. L’on me rétorquera qu’ils ne furent pas vraiment les premiers, que les êtres humains utilisent des stratégies depuis la nuit des temps, que l’on ne sait pas trop desquelles il s’agit, et que le mot est aussi fourre-tout que le principe de Darwin. Soit, mais laissez-moi finir.

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LES INEGALITES D’HEISENBERG SONT-ELLES UN PARADIGME QUANTIQUE ?, par Bernard Laget

Billet invité

Cet article propose un regard « classique » sur un pilier conceptuel de la mécanique quantique ; en considérant comme vraie l’hypothèse de Planck qui introduisit en 1900 le quantum d’action, et s’attardant sur la définition classique de l’action. Il est implicitement supposé qu’il ne faille pas attribuer au monde des particules ou phénomènes élémentaires une ontologie spécifique de nature à épaissir leur mystère comportemental. L’échelle et l’inévitable perturbation d’une observation d’ordre macroscopique sur le monde atomique est un fait indéniable à avoir présent à l’esprit. L’auteur suspecte le formalisme quantique de découpler une interprétation « classique » d’une interprétation classique, car ce formalisme repose sur une construction mathématique abstraite crée pour la circonstance et surtout ininterprétable physiquement, ces considérations  constituent « l’étrangeté » quantique. Il faut cependant remarquer que le formalisme et les évolutions qu’il a subit est entouré d’une rigueur telle que les prédicats auxquels il a donné lieu ont toujours été vérifiés, Ainsi c’est forgé l’idée qu’une physique mathématique rigoureuse fondée sur la logique Booléenne et les structures de groupes puisse devenir l’outil d’interprétation du réel, en renoncant méme a ce que une compréhension d’ordre sensible ou intuitive puisse avoir un sens.

Une interprétation classique d’ordre sensible ne trouve un sens que dans le monde macroscopique qui est le notre, le passage de l’un a l’autre constituant le thème récent de la « décohérence ».

Le concept d’action et sa signification en physique est à creuser attentivement car étonnement les variables conjuguées qui apparaissent dans la définition « classique » de l’action se retrouvent dans les « inégalités » empreintes du concept « d’anti commutativité » attribut propre à la mécanique des Matrices d’Heisenberg, Jordan et Born ; mais plus encore dans le théorème d’Emmy Noether qui traite des quantités conservées quant existe une symétrie de la quantité conjuguée (ce n’est bien sur pas le sujet ici).

La condition que fait peser sur l’action « classique » la mécanique quantique est celle de la constante de Planck qui plafonne l’action à une valeur minimale, et qu’Einstein interpréta des 1905 par les quantas de lumière. La validité opérationnelle des inégalités n’est nullement remise en question dans cet article, mais plutôt son origine conceptuelle.

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L’actualité de la crise : LES MÉGABANQUES, LEURS MEILLEURS ENNEMIS, par François Leclerc

Billet invité

Peut-on revenir sur notre promesse de ne pas parler de Davos ? Sans regret oui, car perdu dans le nombre, un petit débat sans importance auquel Gary Cohn participait y incite. Mais de qui s’agit-il ? Du numéro 2 de Goldman Sachs, moins médiatique que Lloyd Blankfein qui fait si souvent parler de lui, et sans doute pas autant habitué des micros.

Croyant bien faire – s’écartant semble-t-il du texte écrit de son intervention – Gary Cohn pensait avoir trouvé l’argument décisif pour contrer tout durcissement de la régulation des banques, lorsqu’elles sont considérées comme trop importantes pour faire faillite en raison de leur risque systémique. En fin connaisseur d’un monde que sa banque finance, il a mis en garde contre l’adoption de mesures supplémentaires en raison de leur dangerosité. Elles auraient comme effet, a-t-il expliqué, de pousser vers le monde opaque et non régulé des hedge funds les opérations financières les plus risquées. Un argument non sans fondement, il est vrai, à condition de ne pas l’utiliser pour justifier moins de contraintes pour les banques.

Pour enfoncer le clou, Gary Cohn en est venu à déclarer : « Ce qui me préoccupe le plus, alors qu’en ce moment le pendule de la régulation oscille, c’est qu’il faudra la prochaine fois sauver les activités non régulées avec l’argent des contribuables, comme il a fallu le faire pour les banques, et qu’elles ne seront pas nécessairement en mesure de rembourser ».

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ETATS-GENERAUX DU RENOUVEAU, GRENOBLE, SAMEDI 29 JANVIER, 9h30–11h

Table-ronde « Crise financière ou crise sociale ? ». Je serai aux côtés de Jacques MISTRAL, Jacques JULLIARD et Karima DELLI.

Maison de la culture de Grenoble, 4 rue Paul Claudel, 38 100 Grenoble

Le programme complet est ici.

Si vous n’avez pas l’occasion d’aller à Grenoble, le débat sera retransmis en direct sur liberation.fr et sur eelv.fr où vous aurez en plus, l’occasion de nous poser des questions.

Lionel ZINSOU remplace Jacques JULLIARD.

© Alain Chaudet

© Georges Auspitz

Merci aux commentateurs du blog qui sont venus se présenter : Maître Dong, dag, Arnaud !

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L’EXPANSION, « Spéculation sur les matières premières : Sarkozy a-t-il raison ? », LE 25 JANVIER 2011

Spéculation sur les matières premières : Sarkozy a-t-il raison ?

Entretien avec Laura Raim

Le président de la République a vivement critiqué une étude de Bruxelles mettant en doute l’impact de la spéculation sur la hausse des prix agricoles. Qu’en est-il vraiment ? L’avis du sociologue et anthropologue Paul Jorion.

« L’étude montrant que la spéculation ne conduit pas à l’augmentation du prix des matières premières au niveau mondial, je recommanderais une date pour la publier, le 1er avril », s’est emporté Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse lundi. C’est sûr que le rapport de Bruxelles tombe mal alors que le chef d’Etat fait de la lutte contre la spéculation sur les matières premières agricoles l’un de ses chevaux de bataille pour sa présidence du G20. Encore faut-il s’entendre sur la définition de la spéculation et en comprendre les mécanismes. Les explications de Paul Jorion, sociologue et anthropologue.

Comment spécule-t-on sur les produits agricoles ?

La spéculation se déroule sur les marchés « futures » ou à terme, c’est-à-dire où les intervenants fixent un prix aujourd’hui pour une transaction qui interviendra dans quelques mois. A l’origine, cela devait permettre aux négociants de se couvrir contre les variations de prix. Mais aujourd’hui, entre deux tiers et 90% des transactions émanent de spéculateurs. Il faut distinguer deux approches spéculatives : les investisseurs « longs » et les traders opportunistes. Les premiers achètent en général des parts dans des « fonds longs » constitués de « paniers » de matières premières, comprenant en particulier des produits agricoles et misent sur une hausse à long terme des prix, comptant sur des facteurs structurels comme l’accroissement de la demande chinoise. Ces investisseurs peuvent notamment venir sur le marché des matières premières pour se couvrir contre une baisse du dollar. Cette stratégie de long systématique génère une tendance à la hausse des cours.

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L’actualité de la crise : DEUX POIDS, DEUX MESURES, par François Leclerc

Billet invité.

« Nous avons deux petits mois devant nous pour réussir » : voilà ce que doivent se dire les hauts fonctionnaires et sherpas qui négocient actuellement la préparation du Conseil européen des 23 et 24 mars prochains, par ailleurs veille d’une importante échéance électorale allemande dans le Bade Wurtemberg. Voilà le répit qu’ils souhaitent se voir accordé par les marchés, qui témoignent d’une relative expectative tant qu’ils croient possible une heureuse issue à cette échéance.

De quoi s’agit-il ? D’aboutir à un compromis conjuguant un renforcement du dispositif de sauvetage financier européen – qui suppose une implication allemande plus poussée – et une cohérence fiscale plus affirmée, nécessitant que le gouvernement français s’engage dans une rigueur que – fin politique – il a jusqu’à maintenant cherché à repousser à plus tard.

Ces deux mois vont être longs à tenir, le succès à l’arrivée n’étant pas garanti, les libéraux allemands du FDP tentant de se refaire une petite santé électorale en jouant la carte de l’intransigeance. Les marchés, à qui beaucoup a déjà été raconté, n’entendant pas cette fois s’en laisser conter. Aujourd’hui, ils viennent de donner deux signaux clairs, en se précipitant massivement pour souscrire à l’émission obligataire du fonds de stabilité et en retendant parallèlement les taux des pays de la zone des tempêtes. Favorables à des euro-obligations qui diminueraient leur risque, ils craignent que les Européens ne se mettent finalement pas d’accord. La signature de l’Europe est confortée, mais il reste à ce qu’elle soit apposée…

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LES DANGERS DE L’INFLATION, par Charles Sannat

Billet invité

Tout le monde connaît le bon et le mauvais cholestérol. Il en va de même avec l’inflation. Au risque de choquer, il y a bien une bonne et une mauvaise inflation.

Essayons de définir ce qui n’existe pas officiellement, à savoir la bonne inflation, ce qui est interdit par les temps qui courent, dans la mesure où la pensée unique économique nous explique que l’inflation c’est forcément mauvais.

Souvenons nous d’un temps pas si lointain. C’était un temps que beaucoup ont vécu, c’était un temps de plein emploi ou presque, c’était un temps de reconstruction, c’était un temps d’insouciance, où demain serait meilleur qu’aujourd’hui et où nous entrions dans la modernité, le progrès et la consommation de masse. C’était un temps où nous avions besoin de bras, où ceux qui avaient juste un BAC ou moins en poche trouvaient du travail ; c’était un temps où vous progressiez dans l’échelle sociale, c’était un temps où « l’ascenseur social » fonctionnait à plein régime, bref c’était un temps, avec le recul, que beaucoup idéalisent et regrettent ; c’était le temps des trente glorieuses et c’était un temps d’inflation.

La croissance économique, les barrières mises aux frontières comme les contrôles des changes, le besoin de tout type de travailleurs voire même la pénurie de personnels qualifiés faisaient peser une pression à la hausse sur les salaires qui montaient et se réajustaient fortement en suivant voire en dépassant le taux d’inflation.

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EUROPE 1, BIENVENUE CHEZ BASSE, LUNDI 24 JANVIER A 20h00

J’étais chez Pierre-Louis Basse tout à l’heure (j’ai oublié de vous le dire), on a parlé du surendettement des ménages. On peut entendre l’émission ici.

Basse m’a fait découvrir MeliSsmelL. On a besoin de gens comme elle !

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L’actualité de la crise : DÉSESPOIR DE CAUSE, par François Leclerc

Billet invité.

Il y a des fois où, comme on ne sait plus quoi faire, on se résout faute de mieux à des expédients. Les exemples ne manquent pas en ce moment.

Attendant que se concrétisent des aménagements adoucissant sa peine, après avoir plongé dans l’austérité le pays, le gouvernement grec tire le diable par la queue, n’ayant accès au marché obligataire qu’à court terme et à des taux très élevés. Il coule donc les yeux doux à la diaspora, nombreuse de 7 millions d’âmes, le pays en comportant 11 millions. Un emprunt qui leur serait réservé est à l’étude, d’un montant qui pourrait être selon le quotidien Kathimerini d’un milliard d’euros, à échéance de moins de 10 ans, et selon des taux inférieurs à ceux du marché. Cela a un petit côté fond de tiroir.

En Irlande, où de prochaines élections anticipées créent de fortes incertitudes au sujet de la mise en œuvre du plan de sauvetage européen, la banque centrale a carrément pris le relais de la BCE, afin de continuer à alimenter en liquidités les banques sinistrées. 51 milliards d’euros leur auraient été déjà versés. Celles-ci ne disposaient plus d’actifs à mettre en pension (en garantie) à la BCE, qui leur a déjà prêté 132 milliards d’euros à fin décembre, et il a fallu improviser une solution. C’est donc avec l’aval de la BCE que cette opération de création monétaire hors normes est désormais en cours.

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SPECULATION ET SEMAINE DES QUATRE JEUDIS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il ressort de l’allocution ce matin du Président français que des mesures seront proposées par la France dans le cadre du G20 pour tenter de juguler la spéculation sur les marchés des matières premières. Ce que seront ces mesures doit être deviné à partir des réponses qui ont été faites à certaines questions des journalistes. D’abord, pénalisation de ceux qui alternent les positions acheteuses et vendeuses sur les marché à terme des matières premières – comportement auquel on reconnaît les spéculateurs – par une taxe sur les opérations. Ensuite, « garanties financières » (marges substantielles ?) exigées des intervenants pour décourager ceux qui n’ont rien à y faire (d’autre que pousser les prix à la hausse ou à la baisse en vue de leur gain personnel).

On est encore loin bien sûr d’une authentique interdiction des paris sur les fluctuations de prix mais si les mesures mentionnées peuvent être imposées, ce sera déjà beaucoup mieux que rien du tout.

D’où viendra l’opposition ? De ceux qui financent des études tendant à prouver que la spéculation sur les marchés à terme des matières premières est une excellente chose, à l’aide des arguments de bonimenteurs de foire habituels : « elle apporte de la liquidité » (tout intervenant apporte de la liquidité : pas besoin d’être spéculateur), « elle ramène le prix vers son fondamental » (non : elle l’en éloigne en développant des tendances), « elle n’a aucune influence sur le prix… puisqu’il faut bien un acheteur et un vendeur » (de qui se moque-t-on ?). Un des journalistes a d’ailleurs évoqué une « étude menée à Bruxelles prouvant que la spéculation est sans effet ». Le Président français lui a répondu qu’elle avait sans doute été publiée un 1er avril. C’est en effet sur ce ton-là qu’il faut répondre aux défenseurs de la spéculation (comme de l’accaparement d’ailleurs, auquel il a aussi été fait allusion) : son innocence dans la prédation sur l’économie (pompant le sang du consommateur quand elle pousse les prix à la hausse et celui du producteur quand elle les pousse à la baisse) et dans la création de risque systémique (du fait que dans un pari, il y a toujours un perdant), sera établie une fois pour toutes durant la semaine des quatre jeudis.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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COMBIEN DE TEMPS AVANT L’ATTERRISSAGE FORCÉ ?, par Eric Verhaeghe (*)

Billet invité

Il y a dix jours, j’étais invité sur BFM Business par Stéphane Soumier. Ce matin-là, les analystes du marché pavoisaient : le Portugal venait d’emprunter avec un relâchement sur ses taux. Signe que tout allait bien. On sort de la crise, forcément. L’hirondelle amène le printemps. Et lorsqu’il m’interroge sur mon livre Jusqu’ici tout va bien !, il me parle de mon défaitisme. Je me trompe, la preuve : le Portugal emprunte sans difficulté. Évidemment, je lui réponds que nous faisons un grand Madoff international, puisque nous finançons des dettes nationales par une dette communautaire. Joli tour de passe-passe. A mon grand étonnement, Stéphane Soumier répond : « Mais tout le monde le sait, cher ami. Il ne s’agit pas de régler le problème, il s’agit juste de gagner du temps ! ». Idem sur la compétitivité de la France comparée à l’Allemagne. Il me cite un différentiel de 15 points sur le coût du travail. Et quand je lui rétorque que ce chiffre est une invention, il mollit à vue d’oeil : « C’est vrai, fait-il embarrassé. Personne ne peut prouver ces chiffres ! ».

En un mot, il venait de résumer le mal de notre époque. D’un côté, des citoyens mal informés qu’on berce d’illusions et de mensonges sur la sortie de crise, en répétant à l’envi qu’avec un peu d’austérité, tout ira bien. De l’autre côté, des initiés qui savent que tout cela ne sont que fariboles, mais qui les propagent fidèlement pour gagner du temps. Jamais dans l’histoire, sauf dans les périodes décadentes des grands empires, la cécité et la somnolence n’auront autant occupé le pouvoir et la pensée.

En fait, face à nous se dressent deux difficultés distinctes.

Des difficultés économiques. Les politiques conduites par les gouvernements des pays industrialisés nous ramènent mécaniquement à la catastrophe systémique à laquelle nous avons de peu échappé en 2008. S’il est encore temps de sortir de cette spirale, des mesures fortes doivent être prises sans tarder : repenser le rôle des banques dans notre organisation collective, et probablement reprendre l’analyse du fétichisme monétaire là où Marx l’avait laissée. Décider vite de la part de la dette que nous rembourserons, et de celle que nous ne rembourserons pas. Replacer le travail au centre de la création de valeur. En un mot, réviser notre conception aristocratique de l’économie.

Des difficultés politiques. Car les remèdes à adopter pour soigner le mal dont nous souffrons supposent une inversion complète des logiques institutionnelles adoptées depuis plus de trente ans dans nos pays. Il faut, en quelque sorte, bâtir une anti-OCDE capable de remettre en cause les certitudes de la pensée unique. Et sur cette inversion politique, reconnaissons que nous sommes tous un peu courts : l’inversion est-elle une révolution ? une transformation ? une adaptation ? quelle forme doit-elle prendre ? Ces questions-là sont encore embryonnaires, mais il est probablement urgent de commencer à y porter des réponses.

Au centre du débat, la capacité des peuples à revenir à un projet démocratique est un sujet de fond. Comment se réapproprier un modèle de développement aujourd’hui essentiellement tourné vers la satisfaction des élites, et qui instrumentalise les masses ? La réponse ne peut se résumer à une simple politique économique, même si l’économie en fait partie. Certes, il faut régler la question de l’instabilité financière. Mais ce n’est qu’une première étape avant de refonder un modèle avec une autre conception du travail (le salariat mérite d’être calmement analysé) et une autre approche du citoyen dans la cité. Difficile par exemple d’aborder cette problématique sans la lier à la place de l’éducation et de l’échec scolaire, qui constituent des volets importants de l’inégalité et du gaspillage des fonds publics. En un mot, c’est l’État et le citoyen qu’il faut repenser en profondeur pour sortir de la crise.

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(*) Eric Verhaeghe est l’auteur de Jusqu’ici tout va bien ! paru aux Editions Jacob-Duvernet.

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BFM RADIO, LUNDI 24 JANVIER 2011 À 11h39 – LA DETTE PUBLIQUE U.S.

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On m’apprend à l’instant que je serai remplacé au pied levé ce matin par M. Sarkozy évoquant sa présidence du G20. 😉 Mon intervention ce matin aurait de toute manière été la dernière dans le cadre d’une chronique régulière le lundi matin sur BFM Business. Voici le billet que j’avais préparé.

La dette publique des Etats-Unis

Du train où vont les choses, en 2020, les rentrées fiscales aux États-Unis ne représenteront plus qu’un quart des dépenses de l’État fédéral ; en 2025, les recettes ne permettront plus de couvrir qu’un seul poste budgétaire : le service de la dette, le versement des intérêts sur la dette publique.

Une telle situation étant ingérable, il faudra bien entendu prendre des mesures drastiques bien avant. Une échéance interviendra d’ailleurs d’ici deux à trois mois : avec un déficit près de 10 fois plus élevé que celui de la France (1.300 milliards de dollars en 2010 contre environ 100 milliards d’euros), la dette publique américaine atteindra le plafond de 14.300 milliards de dollars fixé par le Congrès en avril ou au plus tard au début mai 2011. Les démocrates s’efforceront de faire voter une hausse de ce seuil, les républicains ont promis de s’y opposer. Si un accord ne peut pas être obtenu, les États-Unis feront défaut sur leur dette.

Une commission bipartisane, créée par le président Obama, la National Commission on Fiscal Responsibility and Reform, a proposé en décembre dernier un ensemble de mesures qui pourraient permettre de retrouver un équilibre en 2015 ; elles comprennent en particulier une réduction de l’aide médicale aux retraités, la taxation du carburant et une réduction de la défiscalisation sacro-sainte des versements d’intérêts. Des mesures envisagées un moment comme l’introduction de la TVA (inexistante aux États-Unis) ou d’une taxe-carbone ont été rejetées à la suite d’un véto de la Chambre de Commerce. Une victime toute désignée des mesures envisagées : la fin des États-Unis comme superpuissance militaire et de leur fonction de gendarme du monde. Aucune majorité parlementaire ne peut cependant être réunie pour voter les mesures proposées par la commission, ce qui a conduit l’agence de notation Moody’s à lancer un avertissement qu’une dégradation de la note de risque de crédit des États-Unis était envisageable ; la nouvelle majorité républicaine au Congrès a conduit à l’extension des exonérations d’impôt pour les plus riches introduites par le président Bush, aggravant encore le déficit.

En décembre, le président Obama a introduit un moratoire gelant pour deux ans le salaire des fonctionnaires. Les États et les administrations locales licencient (près d’1/2 million de postes de fonctionnaires ont été perdus depuis août 2010 au niveau local), gèlent ou réduisent le salaire de leurs fonctionnaires (–10% en Californie) et relèvent les taux d’impôts locaux, provoquant du coup une fuite des entreprises et des particuliers vers les États moins endettées. Certains réclament le vote d’une loi permettant aux États et aux municipalités de faire faillite et de restructurer leur dette (seul le Vermont a le droit jusqu’ici de présenter un budget déficitaire). La Grèce n’est pas seulement en Europe dit-on aux États-Unis : elle est ici aussi.

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« NE LE DITES SURTOUT PAS AUX AUTRES… »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Hier matin, j’étais aux côtés de Laurent Joffrin et Jacques Mistral à une journée organisée à Paris par le Nouvel Observateur. Le thème de notre table ronde était : « Les Financiers : ils n’ont rien compris, ils n’ont rien appris ». J’ai profité d’une question venant de la salle pour expliquer ma proposition d’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, qui a toujours été accueillie jusqu’ici par un silence poli teinté de perplexité et là, j’ai été surpris de voir cet auditoire jusque-là très silencieux, éclater en applaudissements.

Bon, on pourrait imaginer qu’à force de vanter ma camelote, j’ai découvert le moyen d’améliorer mon boniment. Il y a peut-être un tout petit peu de ça, mais il y a d’autres signes qui me permettent de constater que mes interventions sont reçues avec un enthousiasme croissant.

J’accepte les invitations les plus diverses, y compris dans des cadres a priori conservateurs, voire même très conservateurs, où je m’attends à ce que mes thèses soient mal reçues. Je vais les tester là « en terre de mission ». Or, il m’arrive maintenant au moment où je dis, par exemple, qu’il va falloir remettre en question la manière dont nous concevons la propriété privée, de noter avec surprise les nombreux hochements de tête approbateurs qui accueillent mes paroles dans la salle.

Bien sûr, j’interviens souvent dans des cadres où l’auditoire m’est acquis, mais dans ces autres, où l’accueil devrait logiquement être plutôt froid, j’échange quelques mots à la fin de l’exposé avec les auditeurs qui tiennent à me parler. La teneur de ce qu’ils me glissent dans le tuyau de l’oreille est toujours la même : « Ne le dites surtout pas aux autres, mais je suis tout à fait d’accord avec vous ! », et ils m’expliquent alors pourquoi, me prouvant qu’il ne s’agit pas simplement d’un accord superficiel. Une personnalité du milieu financier – qui se reconnaîtra sans doute puisqu’elle me prouva être un fidèle parmi les fidèles – m’a ainsi dit lors d’une de ces conversations rapides : « Je suis étonné que vous soyez arrivé à ne jamais rater un seul de vos rendez-vous vidéo du vendredi ! ». Rentré chez moi, j’ai voulu en avoir le cœur net : quelle constance lui avait-il fallu pour être si sûr de son fait ? La réponse : fidèle au poste depuis quatre-vingt-trois semaines. Chapeau !

Je sais comment vont réagir à ce que je rapporte ici certains d’entre vous : un peu d’agacement à découvrir que le petit club n’est pas aussi sélect qu’ils ou elles l’imaginent. J’y vois moi un énorme encouragement : que les idées que nous discutons ici font leur chemin, aussi bien au niveau d’un évêché ou d’un club Rotary que des banques coopératives ou des syndicats.

La question que je me pose en ce moment, c’est celle-ci : toutes ces personnes qui me disent en catimini, « Ne le dites surtout pas aux autres ! », que se passerait-il si elles se rendaient compte soudain que tous ces fameux « autres », me disent en réalité exactement la même chose qu’eux ?

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L’actualité de la crise : PLÉTHORE DE DILEMMES, par François Leclerc

Billet invité

La politique est l’art du possible prétendent certains, d’autres préfèrent considérer que c’est au contraire celui de repousser ses limites. Les dirigeants occidentaux sont partisans de la première conception, mais ils se heurtent en conséquence à des choix qui ne présentent que de mauvaises solutions.

Que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe – de manière plus aiguë dans ce dernier cas, tout du moins pour l’instant – ils sont confrontés à un même dilemme d’ordre général : comment en même temps réduire le déficit public et favoriser la croissance, ce qui y contribuera par la suite ? L’impasse étant faite sur la seconde option , un sacré pari sur l’avenir est tenté.

En Europe, un autre dilemme reste entier : si une restructuration de la dette souveraine des Etats entrés dans la zone des tempêtes est inévitable, comment en protéger les banques dont il est depuis le début de la crise attendu une solution qui ne vient pas ? Nous sommes là dans une application du principe des vases communicants particulièrement pernicieuse.

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Hors série : QUELLE RÉFORME FISCALE ?, par François leclerc

Connu pour ses pertinents travaux sur les inégalités économiques et sociales, Thomas Piketty vient de lancer avec deux autres chercheurs en économie, Camille Landais et Emmanuel Saez, un site internet à ne pas ignorer.

A l’appui de la publication de leur dernier ouvrage, « Pour une révolution fiscale » (Seuil), ils ont mis en ligne www.revolution-fiscale.fr.

Après avoir établi « l’injustice du système actuel », ils y exposent leurs propositions afin d’accomplir cette « révolution », un mot largement banni hors de cercles très politiques. Ils proposent également un outil permettant de simuler des projets de réforme fiscale, en modifiant les barèmes d’imposition. Dans la veine de l’outil en ligne qui, au Royaume-Uni, permettait de modifier le budget de l’Etat en testant des coupes selon les ministères et secteurs, puis d’en voir le résultat global.

Très complet et éloquent dans ses résultats, ce simulateur fiscal est basé sur un modèle prenant en compte la totalité des prélèvements obligatoires, impôts sur le revenu et sur le capital, taxes sur la consommation et cotisations sociales.

Les ayant tous additionnés, les auteurs partent d’un constat qu’ils étayent : les revenus modestes supportent des impôts extrêmement lourds, avec des taux d’imposition de 45% ou 50%, quand les revenus les plus élevés sont imposés à 30% ou 35%.

En France, une réforme fiscale gouvernementale est à l’étude, donnant lieu à d’instructifs tiraillements au sein de la majorité ; des élections présidentielle et législative sont à l’horizon : le débat sur la fiscalité peut s’engager ! Sans oublier un second volet, l’imposition des bénéfices des grandes entreprises, dont le taux réel a été établi à 8% pour celles du CAC 40, ainsi que toute la problématique accommodante des prix de transfert des entreprises transnationales.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 21 JANVIER 2011

Les suicidés

Stéphane Hessel et Edgar Morin

Alexandre Kojève

Quand je parle d’un entretien que Kojève a accordé juste après sa mort, c’est une erreur, j’aurais dû dire : « juste avant » 😉 Ce n’est pas Caillé non plus qui fut un élève de Kojève, c’est Lacan !

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