COMBIEN DE TEMPS AVANT L’ATTERRISSAGE FORCÉ ?, par Eric Verhaeghe (*)

Billet invité

Il y a dix jours, j’étais invité sur BFM Business par Stéphane Soumier. Ce matin-là, les analystes du marché pavoisaient : le Portugal venait d’emprunter avec un relâchement sur ses taux. Signe que tout allait bien. On sort de la crise, forcément. L’hirondelle amène le printemps. Et lorsqu’il m’interroge sur mon livre Jusqu’ici tout va bien !, il me parle de mon défaitisme. Je me trompe, la preuve : le Portugal emprunte sans difficulté. Évidemment, je lui réponds que nous faisons un grand Madoff international, puisque nous finançons des dettes nationales par une dette communautaire. Joli tour de passe-passe. A mon grand étonnement, Stéphane Soumier répond : « Mais tout le monde le sait, cher ami. Il ne s’agit pas de régler le problème, il s’agit juste de gagner du temps ! ». Idem sur la compétitivité de la France comparée à l’Allemagne. Il me cite un différentiel de 15 points sur le coût du travail. Et quand je lui rétorque que ce chiffre est une invention, il mollit à vue d’oeil : « C’est vrai, fait-il embarrassé. Personne ne peut prouver ces chiffres ! ».

En un mot, il venait de résumer le mal de notre époque. D’un côté, des citoyens mal informés qu’on berce d’illusions et de mensonges sur la sortie de crise, en répétant à l’envi qu’avec un peu d’austérité, tout ira bien. De l’autre côté, des initiés qui savent que tout cela ne sont que fariboles, mais qui les propagent fidèlement pour gagner du temps. Jamais dans l’histoire, sauf dans les périodes décadentes des grands empires, la cécité et la somnolence n’auront autant occupé le pouvoir et la pensée.

En fait, face à nous se dressent deux difficultés distinctes.

Des difficultés économiques. Les politiques conduites par les gouvernements des pays industrialisés nous ramènent mécaniquement à la catastrophe systémique à laquelle nous avons de peu échappé en 2008. S’il est encore temps de sortir de cette spirale, des mesures fortes doivent être prises sans tarder : repenser le rôle des banques dans notre organisation collective, et probablement reprendre l’analyse du fétichisme monétaire là où Marx l’avait laissée. Décider vite de la part de la dette que nous rembourserons, et de celle que nous ne rembourserons pas. Replacer le travail au centre de la création de valeur. En un mot, réviser notre conception aristocratique de l’économie.

Des difficultés politiques. Car les remèdes à adopter pour soigner le mal dont nous souffrons supposent une inversion complète des logiques institutionnelles adoptées depuis plus de trente ans dans nos pays. Il faut, en quelque sorte, bâtir une anti-OCDE capable de remettre en cause les certitudes de la pensée unique. Et sur cette inversion politique, reconnaissons que nous sommes tous un peu courts : l’inversion est-elle une révolution ? une transformation ? une adaptation ? quelle forme doit-elle prendre ? Ces questions-là sont encore embryonnaires, mais il est probablement urgent de commencer à y porter des réponses.

Au centre du débat, la capacité des peuples à revenir à un projet démocratique est un sujet de fond. Comment se réapproprier un modèle de développement aujourd’hui essentiellement tourné vers la satisfaction des élites, et qui instrumentalise les masses ? La réponse ne peut se résumer à une simple politique économique, même si l’économie en fait partie. Certes, il faut régler la question de l’instabilité financière. Mais ce n’est qu’une première étape avant de refonder un modèle avec une autre conception du travail (le salariat mérite d’être calmement analysé) et une autre approche du citoyen dans la cité. Difficile par exemple d’aborder cette problématique sans la lier à la place de l’éducation et de l’échec scolaire, qui constituent des volets importants de l’inégalité et du gaspillage des fonds publics. En un mot, c’est l’État et le citoyen qu’il faut repenser en profondeur pour sortir de la crise.

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(*) Eric Verhaeghe est l’auteur de Jusqu’ici tout va bien ! paru aux Editions Jacob-Duvernet.

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162 réflexions sur « COMBIEN DE TEMPS AVANT L’ATTERRISSAGE FORCÉ ?, par Eric Verhaeghe (*) »

  1. « En fait, face à nous se dressent deux difficultés distinctes.

    Des difficultés économiques. Les politiques conduites par les gouvernements des pays industrialisés nous ramènent mécaniquement à la catastrophe systémique à laquelle nous avons de peu échappé en 2008. S’il est encore temps de sortir de cette spirale, des mesures fortes doivent être prises sans tarder: repenser le rôle des banques dans notre organisation collective, et probablement reprendre l’analyse du fétichisme monétaire là où Marx l’avait laissée. Décider vite de la part de la dette que nous rembourserons, et de celle que nous ne rembourserons pas. Replacer le travail au centre de la création de valeur. En un mot, réviser notre conception aristocratique de l’économie. »

    Merci pour cette analyse très pertinente, notamment la question du « fétichisme monétaire » qui détermine tous les dysfonctionnements systémiques que vous pointez.
    Tant que le signe monétaire fonctionne comme un fétiche, rien ne changera jamais, et nous n’obtiendrons jamais aucun désendettement, vous avez tout à fait raison

  2. Je m’excuse, mais non.
    Vous prenez le problème à l’envers. C’est à dire dans le sens désiré par ceux qui utilisent la masse à leur unique avantage.

    Il est hors de question de régler la question de l’instabilité financière. Bien au contraire.
    Et si d’aventure vous n’en aviez ne serait-ce que le projet, veuillez jeter un oeil dans le rétro sur l’histoire contemporaine des juste deux dernières années.
    Bien matériellement votre.

    1. D’ailleurs, je n’invente rien, car je viens de découvrir que le « G20 » allait être mis sous le « signe » de la régulation.
      C’est un « signe » qui ne trompe pas.

  3. l’inversion est-elle une révolution ? une transformation ? une adaptation ?

    C’est un transmutation en ce qu’il faut transformer jusqu’à son noyau atomique l’élément socio-économique.
    S’il y a fumette il y a réaction, or il y a fumette…

    1. Ce sera forcément les trois à la fois :

      1) une révolution puisque l’inversion ne viendra certainement pas d’en haut, des élites, mais d’en bas, des citoyens qui n’en font pas partie
      2) une transformation puisque c’est une question de survie : au niveau économique nous dépendons, tant bien que mal, du système actuel, le capitalisme financier mondialisé, pour notre aprovisionnement en denrées essentielles à notre survie. Il s’agira donc forcément de transformer ce sytème en quelque chose de nouveau et non pas d’en attendre un écroulement complet pour reconstruire quelque chose d’entièrement nouveau, qui n’engendrera que la barbarie et la désolation la plus horrible que l’humanité n’ai jamais connu. Au niveau politique la même chose, il faudra transformer les institutions politiques existantes qui sont capturées par les intérêts particuliers pour qu’elles fonctionnent réellement de manière démocratique.
      3) une adaptation puisqu’il s’agira de transformer le système actuel en quelque chose d’adapté aux conditions de vie sur terre au XXIeme siècle de prés de 10 milliards d’individus dont la soif de démocratie ne tarira pas et qui devront partager des ressources dont l’approvisionnement sera plus difficile qu’au siècle précédent . Et comme toute adaptation, il s’agira de trier et sélectionner les idées qui marchent de celles qui ne marchent pas et dans certain cas de les remplacer par des idées nouvelles qui ne seront pas forcément les bonnes. Donc il ne s’agira certainement pas d’une adaptation réussie en une fois, mais bien d’un processus itératif dont le principal frein sera le conservatisme des idées.

    1. Démonstration de panache « à l’ancienne » ou expression d’une certaine sensibilité au sens du vent? Peu importe, un tel changement de pied mérite plutôt des encouragements, à mon humble avis.

    2. « (…)PATRONAT – Eric Verhaeghe, en désaccord avec le Medef, explique pourquoi il quitte ses fonctions de directeur de l’Apec…

      Il était président de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres, organisme financé par une cotisation obligatoire des cadres) et administrateur de cinq autres organismes paritaires au nom du Medef. En désaccord avec le monde patronal, Eric Verhaeghe a décidé de quitter l’ensemble de ces fonctions. Dans Jusqu’ici tout va bien, un livre à paraître ce jeudi, l’énarque dénonce les orientations actuelles du patronat, qui n’aurait pas tiré les leçons de la crise économique. Il explique son point de vue à 20minutes.fr

      Vous venez de quitter la direction de l’Apec et l’ensemble de vos mandats au Medef. Pourquoi avez-vous pris cette décision?

      Depuis mon arrivée, j’ai tenté de réformer l’Apec. Je n’y suis pas parvenu, parce que les débats sur l’avenir de cet organisme sont entourés par une grande peur du changement. J’ai tiré les conclusions de cet immobilisme inacceptable, et j’ai donc pris mes responsabilités en quittant mon poste.

      Pourquoi étendre, comme vous le faites dans votre livre, cette critique de la «peur du changement» à l’ensemble du monde patronal ?

      La situation de l’Apec a pour moi été un révélateur de l’immobilisme du patronat français. Il propose beaucoup de réformes pour les autres mais n’est plus capable de se réformer lui-même. Il est impossible d’avancer, ni même de débattre sur les questions de fond, comme par exemple sur la question du paritarisme (mode de gestion des affaires sociales associant les syndicats et les organisations patronales, ndr). Aujourd’hui, le monde patronal est une force de conservatisme et non pas une force de progrès pour la société. Pourtant, après la crise que l’on a connue, j’estime qu’il est urgent de changer notre fusil d’épaule et de revoir complètement notre vision de l’économie. Malheureusement ce n’est pas le cas. J’interpelle donc le patronat: les élites actuelles ne doivent pas se comporter comme la noblesse de l’Ancien régime!

      Sur quels thèmes souhaitez-vous que le Medef change de stratégie?

      Pour sortir de la crise, le patronat propose les mêmes solutions que celles qui nous y ont menées! Il est par exemple dangereux d’appeler encore à diminuer le coût du travail, alors que les salariés ont déjà aujourd’hui du mal à joindre les deux bouts. On risque une augmentation de l’endettement des ménages mais aussi de la dette publique, puisque c’est l’Etat qui finance les abaissements de charge. Ce que je dis là est connu, je le montre dans mon livre où je m’appuie uniquement sur des rapports et des données accessibles à tous. Le monde patronal sait exactement que baisser encore le coût du travail mènerait à une nouvelle spirale de l’endettement et à une nouvelle crise, mais il n’en tire pas les conséquences et choisit de défendre ses intérêts,. Au contraire, il faudrait augmenter les salaires et réduire les exonérations d’impôts. C’est une question démocratique de première importance.

      Jusqu’ici tout va bien, Editions Jacob-Duvernet, 19,90 euros
      Thibaut Schepman « 

    3. Hhmm…
      Il y a deux revers à la médaille.

      Pour ceux qui sont cadre, en effet, ce statut n’a plus qu’une seule importance : permettre de contourner les 35 heures.
      Le cadre a en effet une multicompétence « managériale » de secrétaire qui bien souvent ne décide pas du salaire des subordonnés.
      De plus, cela fait 20 ans qu’il a intégré une formation express de chercheur d’emploi-mercenaire pour cause de kleenexisation. (ça vient de sortir, veuillez réviser vos réminiscences latines et grecques pour trouver la racine étymologique)

      De fait, et malgré que personne ne soit plus trop dupe de la politique du medef qui souhaiterait que les salariés paient pour pouvoir bosser, je me permets de lui demander officiellement :
      – en quoi le paritarisme de l’APEC (dont je connais toujours mon numéro initial d’inscription par coeur) le gène tant que ça..??
      – en quoi l’APEC pourrait être mal gérée malgré la présence du patronnat..??
      (les questions SEMBLENT similaires, mais le niveau est différent)

    4. Concernant la comparaison avec l’innovation en l’Allemagne, on peut effectivement se demander si le MEDEF par le type de management qu’il promeut, n’est pas pour partie responsable de la situation française, au delà du désordre mondial de la finance :

      <<…Car le principal frein à la croissance tricolore est la piètre
      compétitivité de son capital ! En effet, ce dernier au lieu de
      s’investir dans l’innovation productive, la recherche et la formation de
      capital humain, plombe le dynamisme de notre pays en se stérilisant dans
      des bulles spéculatives immobilières et financières."

      http://www.marianne2.fr/Competitivite-les-senateurs-meme-UMP-accusent-le-CAC-40_a201915.html

      Oder :

      "Une économie avec un coût du travail élevé mais des entreprises
      innovantes sera toujours plus compétitive que l’inverse.
      L‘Allemagne s’en sort mieux car, contrairement à la France, elle a
      beaucoup investi dans l’innovation et s’est spécialisée sur des secteurs
      en croissance."

      http://www.20minutes.fr/article/656334/economie-un-salarie-allemand-coute-plus-cher-francais-estime-economiste-philippe-askenazy

      Le sénat s'inquiète.

    5. Pour répondre à la question sur APEC et paritarisme, qui est, je le dis quand même, marginale par rapport à mon livre:
      1) que l’APEC soit paritaire ne me gêne pas. En revanche qu’elle se livre à des activités commerciales potentiellement financées par une cotisation obligatoire pose un vrai problème en termes de droit de la concurrence communautaire.
      2) l’APEC n’est pas mal gérée. En revanche, comme toute entreprise, elle doit développer son activité pour équilibrer ses comptes. Et là, il y a un sujet: son statut actuel ne permet pas ce développement. Il faut donc réformer ce statut.
      3) il y a bien un sujet « statut des cadres » en France… personnellement, je pense que le cadre est le socle du pacte républicain, car il rend concrète la possibilité d’une promotion sociale. Il témoigne d’une possible égalité des chances. Le remettre en cause, c’est remettre en cause le pacte républicain lui-même. Mais je suis assez d’accord que, dans l’esprit de certains patrons, il faudrait que les salariés paient pour avoir le droit de travailler.

    6. @Verhaeghe

      aïe aïe aïe.

      personnellement, je pense que le cadre est le socle du pacte républicain, car il rend concrète la possibilité d’une promotion sociale. Il témoigne d’une possible égalité des chances.

      L’égalité des chances c’est la garantie que pour le lièvre comme pour la tortue, la ligne de départ sera la même.

      Franck Lepage, Incultures 2 (de mémoire).

      Je vous le dis sans détour, j’adhère sans la moindre réserve à la seconde citation plutôt qu’à la première. Ce qui revient à dire que je considère l’égalité des chances comme une mystification propre à justifier toute reproduction des inégalités au cours du temps, et n’empêche pas d’avantage leur croissance.

      Vous venez ainsi de perdre en quelques mot pas mal du crédit que je vous avais accordé a priori. Ça « commence » mal.

    7. Une couche de plus :

      « D’autres questions se posent pour restaurer en France une compétitivité à l’allemande, qui passe notamment par l’innovation et l’investissement des entreprises. En France, les dépenses de recherche et développement des entreprises (hors investissements publics) représentent 1,3% du PIB contre 1,8% en Allemagne et 2% aux Etats-Unis, estime le Centre d’analyse stratégique. Voilà bien du grain à moudre. »

      http://www.slate.fr/story/33093/rtt-cout-du-travail-france-pas-pire-allemagne

    8. @ Dissonance

      Facile et spécieux. Pas d’accord. C’est pas parce que Rawls en a fait un des fondements de sa théorie de la justice et que ses théories ont été allègrement dévoyées, jusqu’à être dénoncées par Verhaeghe lui même, ou qu’on en aurait, soi-disant, toujours pas vu la couleur que le principe d’égalité des chances ne serait plus pour autant un principe incontournable de la justice sociale.

      A ce sujet un extrait d’un texte limpide d’un expert en la matière, Patrick Savidan, philosophe, co-fondateur et président de l’Observatoire des inégalités : Les rentiers : chronique d’un retour amorcé

      « Dans des sociétés telles que les nôtres, ces inégalités jouent un rôle important dans la reproduction des inégalités de condition. On aurait tort pour autant d’en rester là. De fait, le travail et son salaire ne sont pas les seuls facteurs de différenciation sociale. Il faudrait encore se rappeler qu’il existe une autre manière de devenir riche : l’héritage, anticipé ou à terme.

      Dans les sociétés d’Ancien régime et encore au XIXe siècle, c’est ainsi que l’on devenait riches. Au XXe siècle, la tendance s’est inversée et la baisse des inégalités de patrimoine a effectivement entraîné une baisse des inégalités. Comme les travaux de Thomas Piketty l’ont montré pour la France, c’était en grande partie lié à la création de l’impôt sur le revenu et au renforcement de sa progressivité après la Seconde Guerre mondiale . En a résulté le sentiment que le rentier était en voie de disparition et que désormais il appartiendrait à chacun de tracer sa propre route, d’assumer par le travail la responsabilité de sa situation sociale, de se « faire soi-même ». L’heure était à la méritocratie !

      Nous savons bien que l’égalité des chances, dans les faits, dissimule mal les déterminants sociaux et culturels de la « réussite » sociale. Mais l’injustice ne s’arrête pas là. L’héritage et la rente n’ont nullement dit leur dernier mot ! On s’y intéresse peu et c’est pourtant à ce niveau aussi que se joueront les inégalités abyssales de demain, c’est au creuset de cette injustice que se forgera la société de rentiers qui renaît sous nos yeux aveuglés. Les chiffres sont éloquents. La part de l’héritage, par donation ou au moment du décès, représentait environ 20 à 25 % du produit intérieur brut au début du XXe siècle. Dans les années 1920-1930, s’est amorcée une baisse, portant celle-ci dans les 1950 à 5% du PIB. Depuis, cette part de l’héritage s’est réorientée à la hausse, lentement tout d’abord, puis de manière rapide depuis trente ans, atteignant 15% en 2008, avec un horizon, en 2050, estimé à 20-25%. Si l’on repart de plus loin dans le temps, l’augmentation est encore plus frappante. Et si l’on prend comme point de référence, non plus le PIB, mais le revenu disponible, alors nous constatons que la part de l’héritage est aujourd’hui revenue à 20% du total, soit le niveau qui caractérisait le fonctionnement du capitalisme au tout début du XXe siècle .

      L’affaire est grave, et pourtant rien ne bouge. On s’agite sur la question de l’insertion (importante), on promeut l’égalité hommes-femmes (et il faut le faire), on s’inquiète des discriminations (à juste titre), on veut promouvoir « l’égalité des chances », mais pourquoi cette cécité sur ces ressorts profonds de l’injustice sociale ? Il est en effet crucial que tous les individus d’une société donnée puissent, sur un pied d’égalité, entrer et évoluer sur le marché du travail, mais qu’est-ce que cela changera au fond si la société de ce marché du travail est profondément inégalitaire et injuste ? Comment ne pas prendre conscience que, si rien n’est fait au niveau le plus fondamental, les réussites en matière d’insertion, les progrès dans l’égalité salariale, la disparition des discriminations, la prise en compte des conditions de l’égalité des chances, resteront marginales dans les effets produits. On pourra affirmer qu’il y a une valeur éthique de l’accumulation (Max Weber et son éthique du protestantisme en connaissait un rayon sur le sujet), qu’il y a aussi sans doute une moralité intrinsèque à l’acte de transmission, mais cela doit-il pour autant suspendre tout jugement critique sur les usages et la répartition de cette accumulation du capital et sur la portée et la destination de la transmission ?

      On aura senti, sans qu’il soit nécessaire peut-être de prolonger l’analyse, que l’injustice sociale ici n’est pas une abstraction, ni même un risque. Elle existe, elle s’avance. Faut-il alors que nous restions indifférents au prodigieux décalage qui s’annonce ? Ce type de questions devrait nous encourager à aborder le problème des inégalités au niveau de radicalité qui est le sien. Réduire les inégalités, c’est s’attaquer aussi à cette question de l’héritage. »

    9. Quelques mots sur l’égalité des chances.

      1) poser comme postulat que l’égalité des chances, c’est la défense des inégalités et de la reproduction sociale… c’est… comment dire? je veux bien me rallier à ce point de vue, mais il faut vraiment me convaincre…

      2) les faits sont têtus. Il existe bien un retour de la reproduction sociale, que l’éducation nationale était parvenue à atténuer entre 1968 et 1985, pour schématiser. Je dis atténuer et non faire disparaître. Depuis 1985, l’école ancre les inégalités beaucoup plus qu’elle ne les corrige. En tout cas de nombreux commentateurs le reconnaissent, même si certains ont longtemps contesté ce point de vue. Je ne trouve pas ce phénomène satisfaisant… et il me semble qu’il doit être inversé. J’appelle cela favoriser l’égalité des chances. Je veux bien me rallier à une autre expression, pourvu qu’elle désigne la même chose: aider l’enfant défavorisé à développer ses facultés et ses compétences, et à les utiliser dans sa vie entière sans considération de son origine sociale. Nous sommes loin du compte, et je propose aux gens de bonne volonté de se rassembler autour de cette ambition sans s’arrêter à des querelles formelles. Nous ne serons pas de trop pour y arriver.

      3) Je suis assez d’accord pour dire que ce phénomène intervient à un moment général où le patrimoine est plus rentable que le travail. Je partage aussi cette analyse (plus ancienne que Piketty) selon laquelle l’impôt sur le revenu a, au cours du vingtième siècle, favorisé le travail au détriment du patrimoine, mais j’y ajoute aussi l’inflation. Grâce à l’inflation, le travail est devenu plus attractif que le patrimoine. Et depuis la fin de l’inflation, c’est-à-dire depuis les années 80, le patrimoine a retrouvé tout son intérêt, puisqu’il ne se dévalue pas avec le temps. De ce point de vue, on ne dira jamais assez que la domination conjuguée de l’euro fort et de la stabilité des prix sont des doctrines d’héritiers, et non des doctrines du mérite (pour, là encore, schématiser).

      4) D’une certaine façon, la fameuse désinflation compétitive de Jacques Delors, en 1982, et le tournant de la rigueur, ont agi comme une réaction aristocratique. Elles manifestent une reprise en main du cours de l’histoire par des élites, qui décident de protéger leur rente contre l’indexation des salaires et l’érosion des prix. L’une des conséquences de ce choix, c’est l’augmentation du prix de l’immobilier, qui constitue un placement recherché par les détenteurs du patrimoine. Et c’est l’augmentation du prix de l’immobilier qui constitue l’une des principales causes de la dégradation du niveau de vie ces vingt dernières années.

      5) si l’on admet que cette réaction aristocratique, tant dans le domaine économique que dans le domaine éducatif, n’est pas satisfaisante, il faut bien poser les bases d’un autre projet pour la combattre. Là encore, j’englobe ce projet sous l’étiquette « égalité des chances », mais je veux bien me rallier à une autre appellation qui poursuivrait le même objectif, de revalorisation du travail, et de dévalorisation du patrimoine.

      6) soyons clairs: je n’ai rien contre le patrimoine, et même j’en suis un fervent amateur en matière artistique. En revanche, je pense que sa reconnaissance et sa préservation ne doivent pas brider ni étouffer les talents.

      7) il faut donc laisser l’euro se dévaluer sans complexe, et ne pas s’opposer à l’inflation

      8) il faut aussi amenuiser les facteurs de sélection sociale à l’école.

    10. N’embêtez pas Verhaege ainsi, en tant qu’énarque il est l’exemple d’une ascension sociale personnelle, on ne peut lui reprocher de souhaiter qu’elle fonctionne pour d’autres. Il ne peut pas tout savoir sur la sociologie des cadres et il n’est pas venu nous faire un cours sur l’égalité républicaine.
      Déjà bien beau qu’il ait assez d’autonomie intellectuelle pour claquer la porte en renonçant à la facilité de marcher au pas de sa caste.

    11. @juan nessy

      Je redoute aussi les socles comme la peste !

      Pour ma part, j’attends de savoir s’il s’agit de socle en marbre ou en argile.

      Ici en l’occurrence Mr Verhaeghe nous vante les mérites de la hiérarchie dans le travail, tandis qu’il dénonce un peu plus loin je cite « l’absurdité d’un système fondé sur la concurrence ». C’est contradictoire. De même encore que d’associer cette même notion de hiérarchie avec le concept d’égalité, sauf, bien entendu, lorsqu’on parle « d’égalité des chances », novlangue subtile pour parler du contraire.

      C’est pourquoi je m’interroge, car il semble que Mr Verhaeghe joue de plusieurs violons à la fois sans que ceux-ci soient accordés ensembles. Une clarification ne serait pas superflue.

    12. @vigneron

      Je dois être bouché à l’émeri, parce que je ne vois pas en quoi le texte que vous proposez induit d’une quelconque façon que j’emploie un argument spécieux. Pire, j’y vois au contraire une cinglante confirmation de ce que je dis: Fournir des chances égales à des individus inégalement dotés au préalable conduit effectivement à la reproduction des inégalités.

      Les statistiques des parcours scolaires en fonction du milieu d’origine, ou encore de l’état des mobilités sociales actuelles sont de ce point de vue sans appel.

      Par conséquent je crains que pour ce coup là, vous vous soyez trompé de cible.

    13. @Verhaeghe

      J’ai fourni dans ma réponse à Vigneron plusieurs liens vers des études publiées par l’observatoire des inégalités, cependant il semble que l’un ne pointe pas là où il devrait. Peu importe, en voici un autre, en espérant que cette fois-ci le lien soit valable.

      Je cite la phrase de présentation, au cas où:

      L’égalité des chances est un concept juste, mais aveugle aux inégalités sociales. L’analyse de François Dubet, professeur de sociologie à l’université de Bordeaux et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Paris).

      publié le 7 janvier 2010.

      Tout est dit là. l’égalité des chances est un concept juste (quoi qu’encore on puisse gloser à l’infini sur ce qui permet de différencier une idée juste d’une qui ne l’est pas), mais aveugle aux inégalités sociales. Ce que j’ai explicité dans ma réponse à vigneron, son texte permettant le même type de conclusion à mon sens:

      Fournir des chances égales à des individus inégalement dotés au préalable conduit effectivement à la reproduction des inégalités.

      J’aurais même du ajouter que la chose est irrémédiable, comme lorsqu’on ajoute une goutte d’eau à un vase déjà plein, celui-ci ne peut que déborder. Or il me semble à moi, psychorigide notoire, qu’un concept employant le terme d’égalité mais qui soit néanmoins constaté aveugle aux inégalités, soit de ce fait un concept spécieux, précisément (merci Vigneron).

      Vous évoquez ensuite l’éducation, et admettez qu’elle ne satisfasse plus à son objectif de « produire » des citoyens égaux, du fait d’un retour, dites-vous, de la reproduction sociale. C’est très exactement ce à quoi mène l’égalité des chances telle que la comprend Franck Lepage par sa métaphore du lièvre et de la tortue: En fournissant strictement les mêmes enseignements à des populations d’élèves baignant dans des environnements sociaux et culturels totalement inégaux, on maximise les chances des uns sans en laisser la moindre aux autres. (sur ce sujet en particulier, je vous conseille de visionner les spectacles de Franck Lepage – Incultures 1 et 2 – disponibles librement ici – onglet « contes politiques » – ces spectacles sont juste brillants).

      Sur la question du patrimoine, j’ai pour ma part un expérience personnelle tout à fait singulière qui contredit les analyses en vogue sur ce blog, cela dit je concède volontiers qu’elle constitue plutôt un cas à la limite. Envisagez tout de même le fait qu’à l’occasion de la bulle immobilière, la spéculation fut ciblée sur la base de certains critères atténuant pour le moins ses effets sur les zones n’y répondant pas: L’immobilier rural en zone économiquement peu attractive n’a ainsi pas vu sa valeur croître autant que le reste, quand seulement celle-ci a crû. La conséquence que j’y ai constaté est la suivante: La zone où je me trouve ne m’offre aucune opportunité professionnelle en rapport avec mes compétences, et la vente de mon bien me permettrait dans le meilleur des cas de me rendre acquéreur d’une cabane de jardin dans toute zone plus attractive. Cette situation m’est paru jusqu’à ce jour parfaitement inextricable.

    14. Bien entendu, de mon point de vue, une véritable politique d’égalité des chances doit prendre en compte les « inégalités de fortune » et chercher à les rééquilibrer par des moyens appropriés. Il ne s’agit pas de demander de courir dans le même temps pour certains un 100 mètres, pour d’autres un 110 mètres haie, en constatant sur la ligne d’arrivée que certains sont plus rapides que d’autres. L’idée est d’amener tout le monde, autant que possible, sur la même ligne de départ. Cela va sans dire. Même si le dire est plus facile que le faire.

    15. @ Dissonance

      Comme le précise Savidan : « Nous savons bien que l’égalité des chances, dans les faits, dissimule mal les déterminants sociaux et culturels de la « réussite sociale « 

      On peut s’amuser à déconstruire et tourner en dérision tous les concepts ou principes généreux, tous les idéaux jamais respectés, dévoyés ou foulés du pied dans les faits.  » , pas de soucis, ni une découverte. Prenez démocratie, ou, plus ambigu, mérite, au hasard. J’vous fais pas un dessin. Vous refuseriez d’invoquer la démocratie pour autant ? Ou le mérite ?
      Même Rawls parlait de principe de juste égalité des chances. Il ne s’agit donc pas que d’une égalité de droit, mais d’une égalité de fait : par exemple le système scolaire devait selon lui dans les faits permettre à un enfant issu d’une classe défavorisée d’accéder à une activité professionnelle à la mesure de son talent.
      Il est bien évident que dans le sens où je l’entends, l’égalité des chances ce n’est pas l’égalité des moyens offerts à tous par la solidarité collective, ce qui signifie bien sûr le statu-quo, le maintien des situations d’inégalités préalablement déterminées, et secondairement se payer de mots vidés de leur sens et voir inévitablement remonter le niveau d’injustice sociale (par l’abandon budgétaire et idéologique de l’ambition scolaire républicaine ou le retour, parallèle et proportionnel, des rentiers – cf Savidan). Mais j’entends par égalité des chance exactement le contraire, soit, par exemple, offrir un système scolaire qui fonctionne réellement en terme d’investissement et non de cout et dépensant massivement là où c’est nécessaire, là où ya le feu !, et beaucoup moins ailleurs et surtout une prise en charge pré-scolaire avec crèches gratuites de très haut niveau pour tous les jeunes enfants issus de populations défavorisées, et moins, beaucoup moins ou nada en aide publique pour les autres (cf Gøsta Esping-Andersen). L’élitisme institutionnalisé (grandes écoles et autres) reste, selon moi, incompatible avec l’égalité des chances.
      Voilà ce que je nomme égalité des chances, dans le sens d’égalisation des chances ( « l’égalisation des conditions » de Dubet ), de justice sociale véritable, institutionnalisée.
      Et bien sûr s’attaquer résolument au tabou de l’injustice initiale de l’héritage, indéfendable, y compris par le plus radical et individualiste des libertariens honnêtes, s’il en existe. 🙂

      PS : Pour citer encore Savidan (Repenser l’égalité des chances), pour que l’égalité des chances devienne « soutenable », il faudrait selon lui qu’elle produise « des rapports sociaux qui ne rendent pas impossible l’égalité des chances ». Il propose pour cela de l’inscrire dans une perspective plus solidariste.

      L’égalité des chances est un principe qu’il faut manier avec la plus grande des précautions. Ce n’est pas seulement un idéal, c’est d’emblée un horizon d’attente . Ses échecs et ses insuffisances sont une machine à produire des frustrations et du ressentiment, parfois de la révolte. La responsabilité des gouvernants est aussi de ne pas l’oublier.

    16. Dissonance,

      L’égalité des chances ce serait que chacun puisse choisir sa vie, que tous ne soient pas obligés de con-courir dans la même catégorie, de participer au même jeu. Et bien sûr qu’ils puissent vivre leur vie sans être écrasés par le totalitarisme de l’Économie actuelle.

      Foutez-nous la paix avec votre jeu totalitaire !

    17. @Vigneron

      Nous divergeons donc plutôt sur les notions que nous rattachons au concept d’égalité des chances, pas sur la qualité de ces notions elles-mêmes. En résumé, nous sommes d’accord sur le fond mais pas d’accord sur la façon de le dire.

      (Sur le mérite toutefois, non je ne l’invoquerais pas, jamais, parce qu’à mon sens il conduise irrémédiablement à une hiérarchisation des individus.)

      @Fab

      Foutez-nous la paix avec votre jeu totalitaire !

      Pourriez-vous me justifier cette attaque en règle, parce que très honnêtement je ne vois franchement pas ce qui peu la motiver… D’autant moins que je suis tout à fait d’accord avec les lignes qui précèdent celle-là…

    18. Erratum pour Fab

      « tout à fait d’accord avec les lignes qui précèdent », sauf sur le terme d’égalité des chances en lui-même pour toutes les raisons déjà exprimées.

    19. @ Dissonance dit : 24 janvier 2011 à 18:28 et à tous ceux que ça peut intéresser.

      L’égalité des chances c’est la garantie que pour le lièvre comme pour la tortue, la ligne de départ sera la même.

      Par expérience personnelle, je partage totalement votre avis. http://www.pauljorion.com/blog/?p=2486#comment-21164

      Certes la condition sociale crée des handicaps mais il n’y a pas que ceux-là qui déterminent un parcours de vie. Ce qui compte, c’est de savoir en toute circonstance, tirer avantage de ses propres points forts pour se hisser au niveau de ceux qui, à priori, bénéficient d’atouts que vous n’avez pas. En contrepartie, ceux qui vous devancent dans la compétition, présentent aussi des points faibles sur lesquels ils peuvent être mis en difficulté. Il ne faut donc pas manquer, au moment opportun, de les déstabiliser en les mettant en difficulté là où ils n’ont pas pris conscience de leurs faiblesses.

      Le processus de sélection qui s’opère chez tous les êtres vivants, y compris chez les être humains est, selon moi, toujours le même. Pour celui qui part d’une condition sociale (ou autre) défavorisée, le plus important est de ne pas être obnubilé par ce handicap. Au contraire, apparaître faible, éventuellement plus qu’on ne l’est réellement, permet de ne pas être en première ligne de ceux auxquels les leaders doivent s’intéresser. C’est un grand avantage qu’il convient de savoir exploiter au moment opportun. On a tout intérêt à apparaître faible le plus longtemps possible même quand on prend conscience de la croissance de sa puissance potentielle.

      Ce qui compte c’est de se forger une détermination personnelle, une force de conviction intime, une volonté de gagner supérieure aux autres compétiteurs. Les facteurs sociaux jouent énormément à ce stade. Mais le travail sur soi, la force de caractère, la volonté de se battre, la hargne de vaincre n’ont pas besoin d’une situation sociale privilégiée pour naître en vous, bien contraire. Quand on n’a rien à perdre (sauf une partie des plaisirs liés à sa jeunesse) et tout à gagner, c’est la situation idéale pour donner tout ce qu’on peut avoir dans les tripes.

      Et c’est bien là que les conditions ont radicalement changé entre les jeunes de situation sociale défavorisée du milieu du siècle dernier et ceux d’aujourd’hui.

      Aujourd’hui, dans nos pays développés, même les plus défavorisés, peuvent avoir la tentation de penser qu’il vaut mieux, pour eux, profiter de ce que la vie peut leur offrir sans fournir d’effort, que de sacrifier une bonne part des jouissances de jeunesse auxquelles ils peuvent accéder sans rien faire. Les conditions sociales les moins favorisées connaissent des conditions tellement plus confortables que celles d’il y a 60 ans que cela anesthésie pour beaucoup, la volonté de se battre pour les améliorer.

      Pire que cela, les moyens de communication et de diffusion de messages défaitistes abondent. Ils incitent à la révolte ou au repli sur soi, plus qu’à l’effort, que ce soit par voies de discours politiques dès les collèges, par les chansons, les vidéos, les blogs. Tout concourt pour que l’égalité des chances au départ, se traduise par une inégalité des situations toutes en régression à l’arrivée.

      Mais ne nous faisons pas d’illusion, les plus malins se retrouveront aux divers niveaux de pouvoir inégalitaires avec des situations sociales en rapport, comme le veut le processus de sélection qui règle notre évolution.

    20. @jducac

      Vous êtes formidable! Mise en avant de la compétition de tous contre tous indépendamment de leurs conditions respectives, darwinisme social explicite, vous réalisez en quelque sorte la synthèse de ce contre quoi je m’élève, et m’affirmez néanmoins être tout à fait d’accord avec moi. Prodigieux…

    21. @ Dissonance dit : 26 janvier 2011 à 13:56

      Cela prouve seulement que je vous ai mal compris.

      Par contre, ce que j’exprime est ce que j’ai compris de la vie telle que je l’ai vécue à partir d’une situation sociale qui était loin d’être privilégiée.

      Rassurez-vous, il viendra un temps où vous comme moi serons d’accord et occuperons une situation matérielle identique, mais ce ne sera plus la vie. La vie est un combat pour avoir sa place. Quand il n’y a plus de combat, la vie s’éteint, ou alors il faut changer de monde.

    22. jducac dit : « je vous ai mal compris »

      Je ne vous le fais pas dire. Et ça ne vous interpelle pas ?

      « Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont. Nous les voyons telles que nous sommes. » Anais Nin

      « Quand on a la tête en forme de marteau on voit tous les problèmes sous forme de clous. » Albert Einstein

      « Il y a un art de l’écoute. Pour être vraiment capable d’écouter, on doit abandonner tout préjugé, toute idée préconçue et toute activité quotidienne. Quand vous êtes dans un état d’esprit réceptif, les choses se comprennent aisément ; vous écoutez quand vous êtes réellement attentif à quelque chose. Mais malheureusement, la plupart d’entre nous écoutent à travers l’écran de leur résistance. Nous avons l’écran de nos préjugés religieux ou spirituels, psychologiques ou scientifiques, ou celui de nos soucis quotidiens, de nos désirs ou de nos peurs. Et c’est à travers cet écran que nous écoutons. Nous écoutons donc réellement nos propres bruits, nos propres sons, et non ce qui est dit. Il est extrêmement difficile de laisser de côté notre éducation, nos préjugés, nos inclinations, nos résistances et d’écouter par delà l’expression verbale de façon à comprendre dans l’instant même. »
      Jiddu Krishnamurti, The First and Last Freedom

      « Il suivait son idée. C’était une idée fixe, et il était surpris de ne pas avancer. » Jacques Prévert

    23. @jducac

      La vie est un combat pour avoir sa place. Quand il n’y a plus de combat, la vie s’éteint, ou alors il faut changer de monde.

      Je vois que vous adhérez à 200% au dogme de la sainte compétitivité. Pourtant une question me titille. Pensez-vous vraiment que la vie soit uniquement un combat ? Vous êtes vous déjà demandé si cette approche belliciste n’était pas plutôt la conséquence d’un conditionnement idéologique?
      Si la vie était seulement un combat, comment expliqueriez-vous l’émergence des solidarités, des collaborations, des entraides, des symbioses qui existent au cœur même de l’espèce animale, mais aussi végétale comme l’a si bien démontré Jean-Marie Pelt? Vous-même, êtes-vous toujours dans le combat, la lutte, le conflit?

      Quant à dire que Quand il n’y a plus de combat, la vie s’éteint, ou alors il faut changer de monde., je reste dubitatif à moins que vous considériez aussi l’amour, source de vie, comme un combat.

      Je crains que votre raisonnement ne soit un tantinet réducteur. Ne cédez pas aux sirènes du darwinisme social. Si le combat est une réalité, la paix en est une autre.

    24. fujisan,

      Précis, pointu, affûté : comme d’hab ! Mais j’entends déjà la réponse : « voyez où ça les a menés… » !

      Jean-Luc D.,

      Quoi ! Caisse t’as ? Je te massacre moi ! Chuis un fou moi !

      Sinon, chuis plutôt d’accord avec vous.

    25. @ Vincent Wallon dit : 26 janvier 2011 à 14:58

      Bonjour, heureux de vous retrouver.

      Nous nous rapprochons un peu. Il n’y a qu’une consonne qui nous sépare, ou alors tout un monde.
      Pour moi il suffit de changer de monde en passant du monde des vivants où règnent les inégalités depuis la naissance jusqu’à la fin de vie, au monde des morts où nous pouvons sans peine être égaux si nous ne croyons pas à une vie après la mort
      .
      @ fujisan dit : 26 janvier 2011 à 16:06

      C’est votre façon de voir les choses.

      Vous construisez votre compréhension du monde et de la vie en fonction de ce que d’autres ont compris. Vos nombreuses citations en témoignent. D’autres, notablement moins cultivés, auxquels j’appartiens, tirent des leçons de leur propre vécu, de leurs expériences personnelles et de celles tirées de la vie de ceux qu’ils ont vu vivre, tous ces cas vécus constituant des preuves par des faits.

      C’est ce qui sous tend le bon sens populaire, le pragmatisme paysan, qui pour être moins brillant, n’en est pas forcément moins efficace, tout en étant aussi moral que la compétition dans d’autres domaines tels que l’économie, le sport, la politique etc… qui utilisent les mêmes techniques .

      Si en partant d’une situation sociale défavorisée, et en mettant en œuvre d’autres méthodes plus efficaces, vous êtes arrivé à mieux faire, n’hésitez pas à en faire part aux autres, cela pourrait les aider.

    26. @jducac

      Pour moi il suffit de changer de monde en passant du monde des vivants où règnent les inégalités depuis la naissance jusqu’à la fin de vie, au monde des morts où nous pouvons sans peine être égaux si nous ne croyons pas à une vie après la mort.

      Ne pouvez-vous donc pas envisager que l’un des objectifs potentiels de la civilisation soit précisément de tenter de réduire les inégalités (en suivant le fil de vos raisonnements on s’autoriserait presque à préciser même: inégalités naturelles) plutôt que de les accroître?

    27. @ Jean-Luc D. dit : 26 janvier 2011 à 16:09

      Pensez-vous vraiment que la vie soit uniquement un combat ? Vous êtes vous déjà demandé si cette approche belliciste n’était pas plutôt la conséquence d’un conditionnement idéologique?

      Non, la vie n’est pas uniquement un combat. Mais quand on nait défavorisé, qu’on sait voir comment se passent les choses autour de soi, et qu’on a la chance d’avoir des parents riches de valeurs morales qu’ils vous transmettent, tout naturellement, on est conduit à donner à son tour le meilleur de soi-même pour prendre sa juste place dans la société. Quand on a pris conscience de toutes les peines endurées par ses ancêtres pour survivre dans des conditions difficiles et qu’en conséquence, grâce à eux et à leurs combats, leur lignée se perpétue au point de vous permettre de vivre, alors tout naturellement, si vous avez un minimum de respect et de reconnaissance à leur égard, vous vous sentez obligés de vous battre à votre tour, pour en être digne. C’est peut être comme cela que fonctionne le darwinisme social, à l’insu de ceux qui n’en ont jamais entendu parler, comme ce fut mon cas, avant de fréquenter ce blog.

      Mais ce processus naturel et bénéfique s’est enrayé depuis. Mes frères nés 16 ans après moi ont reçu la même éducation et les mêmes messages familiaux, mais, alors qu’ils avaient 17 ans en 68, ils ont subi une influence externe à la famille qui visait à rejeter tout ce qui était ancien, notamment les valeurs morales et la combativité. De Gaulle qui incarnait ces valeurs, a dû quitter le pouvoir au nom du renouveau. Pour beaucoup, dans les nouvelles générations, fini la combativité, place à la jouissance de la vie.

      Cette nouvelle conception de la vie a conduit à consommer le capital constitué par les anciens, et même au-delà puisqu’aujourd’hui le pays se retrouve endetté pour avoir vécu au dessus de ses moyens, sans même avoir lancé des programmes pour prendre le relais dans le domaine énergétique, en dépit des alertes du club de Rome.

      Si le combat est une réalité, la paix en est une autre

      Je partage votre avis et pense que la paix est d’autant plus facile à obtenir que chacun a trouvé sa place et peut vivre heureux en se sentant en harmonie avec les autres, sans pour autant avoir la même situation sociale. Mais le monde est vivant et en continuelle évolution de sorte que rien n’est définitivement acquis, même les acquis du CNR. Du fait de la venue de nouveaux individus, de nouvelles entités humaines, de nouvelles idées, de nouvelles alliances, tout est instable. C’est pour cela, qu’à mon avis, il est bon de veiller à toujours maintenir, au niveau de l’entreprise, au niveau de l’administration, au niveau du pays ou du continent, un esprit suffisamment combatif afin de ne pas trop se laisser distancer par les meilleurs du classement.

      Les classements s’opèrent maintenant au niveau mondial. L’élimination ou le largage en queue de peloton, s’il y a darwinisme social, s’opère maintenant au niveau des nations ou des grands groupes continentaux. Il me semble que plus on prend en compte le passé, plus on assure son avenir, mais je doute que cette façon de voir la vie, en s’appuyant sur les messages des anciens, soit encore celle des jeunes générations en occident. Malgré cela à 76 ans, je me sens toujours en devoir de parler.

      Pour ce qui est de l’amour, de l’empathie, de la compassion, des bons sentiments, aucun n’ayant le monopole du cœur, il est évident qu’ils comptent beaucoup dans la vie de chacun, même quand on est combatif.

      Mais il ne faut pas se faire d’illusion. Les idées généreuses sont d’autant plus faciles à mettre en œuvre qu’on a les moyens de les financer. Faire preuve de trop de bons sentiments au regard des moyens dont on dispose, peut grandement nuire à ceux auxquels ont veut le plus de bien. Quand un homme a faim, il vaut mieux lui apprendre à pêcher que de lui donner du poisson. Ce précepte chinois qui privilégie la culture de l’effort à l’assistanat, et qui amène chacun à devoir se prendre en charge individuellement, me semble bien plus efficace, pour une communauté, qu’un trop grand recours aux solidarités très souvent déresponsabilisantes.

      Enfin, même si je prône l’esprit de combativité au plan individuel et collectif, ça n’est pas pour inciter à la guerre mais à l’affrontement des difficultés à vaincre. Aussi, je ne suis pas pour la lutte des classes. En particulier, je suis pour une alliance voire une fusion entre le capital et le travail qu’il convient à mon avis de vénérer autant l’un que l’autre.

      Quant aux conflits amoureux, il me semble qu’ils sont de plus en plus nombreux. Je ne pense pas que ce soit dû à un conditionnement idéologique belliciste.

    28. @ Dissonance dit : 26 janvier 2011 à 23:40

      Ne pouvez-vous donc pas envisager que l’un des objectifs potentiels de la civilisation soit précisément de tenter de réduire les inégalités plutôt que de les accroître?

      Je ne me suis jamais déclaré partisan d’un accroissement des inégalités. Où avez-vous vu cela ? Pas ici en tous les cas : http://www.pauljorion.com/blog/?p=20368#comment-143163

      Au contraire, je suis partisan de veiller à ce que les plus mal lotis aient un minimum leur permettant de vivre dignement en travaillant. J’estime qu’un des éléments de la justice sociale consiste à ce que chacun se prenne en charge en étant suffisamment combatif pour trouver une place active en rapport avec son engagement.

      Je ne vous surprendrai pas en vous disant que je condamne les profiteurs qui repoussent sans cesse leur engagement dans la vie active en poursuivant des études sans fin, jusqu’à se trouver sur diplômés et à se présenter en victimes parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi à la hauteur de leurs prétentions. Ce sont, j’imagine, des gens de cette trempe qui échafaudent des projets de revenus inconditionnels dont ils seraient les premiers à bénéficier avantageusement en faisant valoir le haut niveau de leurs diplômes.

      L’idée d’un revenu inconditionnel de base me semble être une idée suicidaire pour le pays qui le mettrait en place, surtout s’il ne dispose pas de fortes réserves de richesses fossiles et minérales. L’Europe est mal placée pour tenter l’aventure.

      Les régimes égalitaristes ne me semblent pas être voués à un grand avenir dans l’immédiat car ils ont fait la preuve de leur inefficacité, sauf de permettre à certains de prendre le pouvoir sur ceux à qui ils ont fait croire au miracle. J’ai traité le sujet ici : http://www.pauljorion.com/blog/?p=19715#comment-138942

    29. jducac dit :
      « C’est votre façon de voir les choses.
      Vous construisez votre compréhension du monde et de la vie en fonction de ce que d’autres ont compris. Vos nombreuses citations en témoignent.
      »

      J’emprunte ces citations à d’autres qui l’ont mieux exprimé que moi, c’est tout. Je sais (par expérience, comme vous le dites) que notre vision, notre compréhension à vous et à moi est déformée et incomplète. Un premier pas vers une meilleure compréhension du monde et de la vie est de le reconnaître, ce que vous semblez refuser obstinément tout enfermé que vous êtes dans votre carapace de croyances inébranlables. Cela demande un effort, un travail sur soi que de se remettre en question pour réaliser que nous sommes (dé)formés par notre culture, notre éducation, nos croyances, nos préjugés, nos expériences… L’effort et le travail, ça devrait vous parler, non ?

      Vous ne semblez voir la vie que comme une lutte contre l’adversité et les autres ; l’homme n’étant selon vous qu’un animal calculateur et égoïste cherchant à se hisser au dessus de autres à la recherche de son intérêt personnel ou familial sans préoccupation des autres (sauf à les inciter à se battre, à vaincre, à gagner…), de façon à ne pas dépendre des autres (mais nous dépendons tous les uns des autres !)

      Vous dites en substance que pour vivre heureux, il faut se battre pour se hisser et trouver sa place au sein de la société telle qu’elle est, qu’il faut se résigner à participer à cette guerre de tous contre tous, qu’il est vain de vouloir transformer la société pour la rendre meilleure. Et, selon vous, puisque l’humanité en est arrivée là, participer à cette guerre serait forcément la seule ligne de conduite possible.

      Ce faisant, vous oubliez que le monde dans lequel nous vivons a été transformé par des personnes désintéressées qui ont refusé cette vision étriquée de l’homme, qui ont œuvré pour la paix, pour la fraternité, pour l’abolition de l’esclavage, de la servitude, pour les droits de l’homme, de la femme, des enfants, contre le racisme, le colonialisme, l’intégrisme religieux, les barbaries nazi, stalinienne… et aussi plus prosaïquement, pour de meilleures conditions de travail, une sécurité sociale, des congés payés… dont nous profitons vous et moi.
      Sans ces personnes désintéressées qui ne se sont pas résignées à accepter le monde tel qu’il était, qui ont œuvré pour que les autres puissent vivre plus dignement, vous comme moi serions à ce jour ou esclaves, ou serfs, ou sous le joug religieux ou nazi ou…
      N’est-ce pas une vision plus noble de l’Homme? Nous savons que nous pouvons nous rendre meilleur à l’image des autres, alors que diable, ne nous résignons pas à la barbarie qui vient.

    30. @ fujisan dit : 27 janvier 2011 à 13:54

      Pourquoi devrais-je changer ma vision du monde?

      Parce que je me sens plus près d’un pragmatique que d’un idéologue ? Parce qu’on voudrait indument m’habiller dans un costume de méchant sans cœur et sans humanisme. Parce que sans porter tort à quiconque, ma famille et moi-même avons amélioré notre situation par le travail et l’engagement, alors que d’autres attendent l’assistance, en se plaignant de leur condition.

      Non, je reste fidèle à l’ensemble des valeurs, notamment morales, qui ont guidé 76 ans de ma vie et m’ont permis de servir dignement mon pays. Je n’ai pas à en rougir, bien au contraire.

    31. jducac, vous n’avez pas besoin de changer votre vision du monde, car ce n’est pas le monde que vous regardez, mais votre nombril face au monde. C’est la nuance que vous n’avez pas encore saisie et que vous ne saisirez jamais, mais qui saute aux yeux des autres.

      Cordialement

    32. @ Fab dit : 27 janvier 2011 à 17:48

      Merci Fab pour ce site très intéressant dans lequel je retrouve confirmation de quelques observations que j’ai pu faire chez les oiseaux, les chats, les cerfs, les hommes.

      Je n’ai pas encore trouvé si chez les animaux existent des actes de tricherie, de roublardise, d’abus de confiance, d’espionnage, de trahison, de sabotage, de simulation, de falsification, de mauvaise foi etc… Il y a probablement « un monde » entre les animaux et les hommes.
      Je suis très sensible à votre geste.

      @ Crapaud Rouge dit : 27 janvier 2011 à 17:55

      Merci. Vous êtes trop aimable.

  4. « (…)bâtir une anti-OCDE capable de remettre en cause les certitudes de la pensée unique. Et sur cette inversion politique, reconnaissons que nous sommes tous un peu courts : l’inversion est-elle une révolution ? une transformation ? une adaptation ? quelle forme doit-elle prendre ?…

    Essentielles questions!…Donc au boulot et du sérieux cette fois…Cessons nos joutes habituelles…Et associons nos idées générales afin d’en retirer le meilleur.

    1. J’insiste sur ce point. Un des enjeux de la société qui nous reste à bâtir est de combiner les actions au niveau national et au niveau multilatéral. Les politiques libérales au sens large nous laissent souvent penser que seule une action multilatérale est possible, l’Etat-nation n’étant plus un cadre adapté aux décisions économiques. Et en un certain sens, c’est assez vrai qu’une politique économique au seul niveau national est vouée à l’échec. En revanche, une initiative multilatérale n’exonère aucun Etat de prendre des mesures adaptées dans le cadre de ses frontières. L’action politique de demain consiste précisément à imaginer ces mesures, sans les subordonner à des décisions internationales qui ne sont jamais prises.
      Par exemple, nous pouvons très bien imaginer une fiscalité sur les banques en attendant que des mesures soient prises par le G20 par ailleurs. Les banques sont en effet prisonnières de leur réseau de détail, et ne peuvent donc invoquer la délocalisation comme sanction pour échapper aux mesures nationales. Ceci n’interdit en rien de proposer une régulation mondiale du système bancaire. Mais nul n’est besoin d’attendre cette régulation mondiale pour agir en France.

    2. En revanche, une initiative multilatérale n’exonère aucun Etat de prendre des mesures adaptées dans le cadre de ses frontières. L’action politique de demain consiste précisément à imaginer ces mesures, sans les subordonner à des décisions internationales qui ne sont jamais prises

      .

      Oui, c’est exactement cela …attendre, en se défaussant toujours sur les autres, mène à la catastrophe dans laquelle nous sommes [ cette cuirasse UE rigide et non démocratique, qu’il faudra bien entamer, et rebâtir ]
      Il faut bien qu’un Pays commence à se remettre en bon ordre de marche, à reconstruire, en évitant les erreurs passées, et en allant vers autre chose qui soit plus généreux, plus égalitaire, plus libre, plus fraternel, et qui donne envie d’y aller ensemble, càd jeunes, moins jeunes et vieux …j’en ai assez de ces murs de séparation symboliques ou réels qui poussent partout .
      De l’imprévu arrivera de toute façon …mais il faut initier une nouvelle forme de voir le monde .
      Et, les Peuples d’Europe, vont réagir de nouveau …c’est bien là qu’il faudra construire des passerelles, horizontales, et citoyennes …en fait, la jonction est peut-être impraticable en ce moment, car chaque Pays dysfonctionne à sa façon . Le nôtre en particulier : violence symbolique et réelle inouie subie par une population, soit exclue du travail ( précariat des jeunes etquinqua jetés manu militari ), soit surchargée de travail, et d’un travail vidé de son contenu et donc de son sens : le cri de guerre des grandes entreprises ( je parle de leur taille, mais guère de leurs us et coutumes, fort peu civils ) étant : non aux juniors, non aux seniors !( in vivo ) .
      Il y a, me semble-t-il un gros problème – lié au capitalisme sans frein, pressions actionnariales …- c’est le passage à une organisation du travail, issue d’un regard purement comptable ( normes comptables internationales : pas du tout adaptées à notre regard sur le monde, et qui n’auraient pas du envahir tous les secteurs de la vie, y compris le champ hospitalier, puis l’éducation =) faut-il « adapter au forcing » des objets-pions à un système inopérant, ou revoir le sytème ?), taylorisation des tâches (y compris dans le tertiaire) : vision délirante de la certitude d’une plus grande rentabilité humaine, en ne comptant
      que le temps de travail prescrit ( non utilisation de l’intelligence, l’inventivité, la finesse développée dans son milieu de compétence) , donc quantification, et non le temps de travail réel , correspondant à une qualité du travail effectué, et aussi au Sens de celui-ci. =) usure prématurée du salarié, usé comme une machine qui aurait fait son temps …
      tout cela est à revoir de fond en comble . Ce genre d’organisation du travail, trés rigide, même soi-disant « fun », entraînera à terme, pour « tenir » – pour les plus jeunes – désinvestissement, freinage, sabotage : et, ils auront bien raison …et pour les seniors: rébellion et, ou cassage prématuré : c’est le cas actuellement. Or, on ne guérit pas d’un « burn out » .
      Gâchis humain total mis en place par …?…les surhumanoîdes associés …? ceux qui nous voient comme des pions, les pions d’un gigantesque war-game, qu’ils surplombent ayant les pieds au chaud, et aucun sentiment autre que celui de leur toute-puissance .
      Y’a du boulot !

  5. Toujours le même problème… On assiste au même phénomène dans la critique des médias. Les gens disent « Bien sur que les médias mentent ». Mais derrière, c’est l’apathie. L’absence de réaction.
    Je suis en train de regarder le film de Watkins sur la Commune. Et comme souvent je suis nostalgique d’une période que je n’ai pas connu. Non pas que je rêve d’une insurrection armée (ceux qui veulent la guerre ne sont que des fous, des cyniques, ou des salauds au sens sartrien), mais je suis nostalgique d’une époque où les gens prenaient leur problème à bras le corps. où ils étaient investi, impliqué. Aujourd’hui, c’est l’apathie. La propagande de ce système idéologique qui refuse ce nom (car l’idéologie, c’est toujours les autres) a mis en place un monde de chacun chez soi, de tous tout seul. Alors on ne croit plus. On ne croit plus dans la force du collectif, dans l’action de groupe. Dans le pouvoir de chacun et de tous. Quel niveau de misère, de malheur, devons nous atteindre avant de se décider à changer. Devons nous attendre de nous retrouver sur un radeau de fortune, voguant difficilement sur l’océan, à la merci de la mort, pour se décider qu’il faudrait construire un nouveau navire?

    En attendant gardons espoir. Les choses changent. En tout cas je l’espère.

    1. Oui.
      Il y en a beaucoup qui sont allés à Pathie. Heureusement, un nombre suffisant est allé à Tunis.

      Pour l’instant, cela a couté 117 morts. Soit, la moyenne d’un début de commencement de révolution.

    2. Très juste votre diagnostic : « un monde de chacun chez soi » ! Mais l’on en sort quand même un peu, heureusement, et pas seulement pour aller au boulot : sur Internet par exemple…

    3. On ne croit plus dans la force du collectif, dans l’action de groupe.

      De vieux souvenirs de Rousseau et de la fête populaire à Genève. L’action de groupe n’est pas une question de croyance. Elle se fait ou elle ne se fait pas. Le groupe, c’est nous. Nous n’en sommes pas les spectateurs, qui le contemplons comme s’il était sur une scène théâtrale. Nous en sommes les acteurs.

    4. c’est la naissance de la Tragédie qui nous plonge dans l’arène, elle rendra nos larmes moins amères.
      comme Diogène, préparons-nous au pire pour mieux le supporter !

    5. @yvan et @sir Vlad…

      l’Apathie vient d’un monde où on fait très peu de choses soit même, c’est très peu réciproque ou très peu constructif, ni hommes ni choses qui fassent passer d’A pathie a Sym pathie ou Em Pathie. On appelle en pratique « faire quelque chose » le fait de relancer vint-trois autres personnes ou administrations ou fournisseurs pour avancer un schmilblick. Quel proportion de gens ont un travail ou une activité de production/création directe ? ça tend vers peanuts.

      Il me semble, un peu naivement, que les générations de la guerre et peut être encore celles de Tunisie ont en partie été des singularités qui ont évité momentanément la perte de savoir-faire.
      Il fallait quand même se bouger dans la France assez rurale de 1941 pour avoir son gazomètre, se chauffer, faire pas mal avec peu, et ce fut encore souvent le cas dans les années 50.
      En Tunisie, c’est aussi le système D qui a été affuté par la mainmise du gouvernement sur tout.
      N’est-ce pas la somme des petits systèmes D accumulés qui donne, tant par les limites que par les réussites rencontrée, la confiance aveugle de la « caravane de la liberté », celle qu’on pourra aussi renverser un gouvernement comme on a réparé un volet sans aucune recette ?
      Ce n’est pas que l’apathique ne soit pas bricoleur, mais dans combien peu de cas ce sera en se passant du kit tout fait de son Leroy Merlin ?
      Je ne suis pas aristotélicien plus que ça, mais le truc en puissance et le machin en acte, il faut un peu passer à l’acte pour donner confiance à sa puissance, et pas de l’acte programmé par d’autres. Bref, il faut « avoir la main » pour faire la révolution, plus qu’avoir le poing levé. C’est ma version de « quand je fais la révolution, je pense à faire l’amour (et vice versa) »

    6. il faut un peu passer à l’acte pour donner confiance à sa puissance, et pas de l’acte programmé par d’autres

      c’est tout-à-fait exact : on peut apprivoiser la main, la contraindre, la maîtriser, l’affiner, prendre confiance, « avoir la main »,(et la perdre …ce n’est pas garanti à vie …)
      mais, il faut bien se lancer …

    7. c’était suite au message de timiota …les messages de roma étant l’illustration de la prise en main de son destin . (mais, en Egypte, cela gêne beaucoup plus le gvt US – qu’en Tunisie, par ex. -…il va leur falloir du courage .) ce qui n’enlève rien au grand courage des Tunisiens.

  6. Si je m’attendais ! Un article de M. Eric Verhaeghe sur le blog de Paul Jorion ! Directement !
    J’y avais fait une petite allusion un soir en passant – Quel bonheur de lire ce blog – Encore merci à vous tous.

    1. hé hé, c’est le fan club !
      ils se sont rencontrés dans le hall de BFM, l’un rentrait, l’autre sortait… 😉

  7. La réponse est simple, quant le prix du baril de pétrole deviendra insupportable pour l’économie et confortable pour les spéculateurs !

  8. Oui mais vous ne répondez pas la question que vous même posez : « combien de temps ? »
    Les jeux sont faits, et vous peinez à le reconnaitre et à en tirer les conclusions qui s’imposent.
    Si au bout de plus de 2 ans de gestion de la crise vous espérez toujours le « changement salutaire » qui aurait du avoir lieu en 2008 … a mon avis vous allez pouvoir attendre encore longtemps … enfin, pas tant que ça justement puisqu’il y a une date de péremption et « ils » le savent … ils gagent du temps …

    1. Il y a un proverbe qui dit, en substance, « si cela devait être fait, cela aurait déjà été fait »…

      En somme, nous en sommes là parce que quelques gens bien fortunés et bien placés l’ont voulu. Et ils défendront leurs logiques, si on peut appeler ça Logique (ils manquent cruellement de Bon Sens, pour sûr !).

      Le seul espoir que cela change, c’est qu’ils retrouvent la Raison (kof kof kof) ou bien que les classes moyennes remettent leurs yeux en face de leurs trous, car les 2/3 d’entre eux, au moins, font l’autruche.

      S’il faut faire des choses, il faut les faire de suite, sans attendre l’avis des « responsables » – seulement, si l’on cherche le recul, ici, que les « responsables » n’ont pas, cela nous mange le temps de l’action et nous ne faisons ici que réfléchir. Mais c’est déjà mieux que rien, et ce blog est l’un des rares endroits crédibles de la toile où l’on peut le faire (BXVI devrait canoniser avant l’heure M. Jorion !).

  9. merci paul,
    d’avoir laissé cet invité s’exprimer ici, d’autant qu’il va dans le sens qui intéresse ce blog;
    peu importe le poste, les postes qu’il occupait jusqu’à très récemment ; ce qui nous intéresse c’est qu’il a pris conscience de certains phénomènes qui tuent la vie en société, il qu’il a pris la décision de s’y attaquer courageusement;
    ce qui nous intéresse, c’est de voir que des personnes très impliquées dans ce système le quittent maintenant, petit à petit ;
    bien loin de le critiquer pour son passé proche, il faut souhaiter qu’il y en ait encore plus, et que cette fuite des serviteurs du système se transforme en son effondrement;
    bravo, quel bel exemple de courage; peut-être a-t-il entendu l’appel de stéphane hessel ;

  10. Bonjour,

    Je suis enchantée de découvrir enfin, depuis que je prêche dans le désert (notamment universitaire), quelqu’un qui pense exactement la même chose que moi.
    En effet, un anti-OCDE s’impose, plusieurs seraient même mieux, en urgence s’il vous plaît.
    De même que la mesure nouvelle de la politique (avec des hommes nouveaux), de l’éducation (qui n’en a guère plus aujourd’hui sous nos cieux que le nom, le terme d’instruction serait plus adaptée selon moi à une conception positive de l’avenir, et l’institution) et de la vie en société.

    Je vous souhaite donc une bonne continuation dans vos prêches,

    Valérie Bugault

    1. Sans faire de mercantilisme… je voudrais souligner que mon livre accorde une place importante à l’éducation. Notre système éducatif classe plus qu’il ne transmet ou qu’il ne développe du savoir. C’est un lieu commun de le dire. J’ajoute que l’échec scolaire représente un gâchis d’environ 10 milliards d’euros annuels. Je n’aime pas le cynisme comptable en matière éducative, mais je ne trouve pas de meilleur argument pour souligner l’absurdité d’un système fondé sur la concurrence, là où le développement de l’humanité est le seul véritable enjeu.
      Je n’imagine que la société de l’après-2008 ait un autre objectif politique que l’éradication de l’ignorance et de l’échec scolaire.

    2. Bonsoir,

      S’agissant de l’éducation, je suis entièrement de votre avis ; l’instruction devrait servir à libérer l’homme et non, comme c’est aujourd’hui le cas, à l’entraver. Toutes les réformes depuis 30 ans n’ont servi qu’à sacrifier l’histoire, les lettres classiques et par voie de conséquence à sous développer l’esprit critique des jeunes et des moins jeunes.

      S’agissant des réformes de fond en matière économique (système marchand) ; il faut revoir, de fond en comble, la notion juridique et le statut de l’entreprise. Il faut également intégrer qu’une réforme fiscale d’envergure (révolution fiscale ?) ne pourra que suivre, et non précéder, ces changements fondamentaux de paradigmes sociaux (pris au sens de vie en société).

      Bonne soirée,

  11. Merci à Eric Verhaeghe, vous avez une vue très juste de la situation …

    Mais, personne ne fera ces analyses à notre place, et personne ne va reprendre Marx si nous ne le faisons. Ou est Badiou ? Dans sa tour d’ivoire, idem pour tous les grands philosophes, et Marcel Gauchet se confine à des thèmes bien précis.

    Il ne convient plus de dire ce qui doit être fait, mais de le faire. En général, il n’y a personne pour aider et l’on se rend compte que c’est tant mieux, car on savait faire soi-même. En général aussi il n’y a pas besoin d’analyse. Nous n’avons nul besoin de philosophie, et a trop l’attendre on se coupe les jambes. Nous ne devons pas attendre la Pensée pour nous mettre en marche, les choses sont toujours beaucoup plus simples qu’on ne le pense, et il n’y a qu’à agir. Le monde est une femme qui demande à être prise, pour faire mysogine, mais c’est vrai. La réalité se crée dans l’action, Marx a été fait il n’est pas a refaire, tout à été pensé 1000 fois. Le détail nuit à la perception. Dieu est un, on ne peut agir au nom du multiple, on agit au nom de l’Un. Il n’y a qu’une seule idée, Kierkegaard le disait déjà à propos des femmes. 1 seule idée, une seule douleur, mais si profondément ancrée dans le coeur, etc. La démocratie est l’idée.

    Le leurre est de surestimer la pensée qui vient toujours dans l’après coup expliquer pourquoi elle règne sur les coeurs, dans sa volubilité explicative et contentement de soi. Le règne du Logos est un leurre, celui du bavardage. Au début était l’action, (Goethe), – et c’est un aboulique qui parle.

    Il convient de prendre la méthode de Descartes, celle du panier de pommes. Dans notre société, examinons ce que nous pouvons reconduire et ce qui doit être aboli, point par point. C’est la méthode, (celle de l’inventaire) et ce qui peut être conservé doit être conforme à certaines normes morale fondées sur la démocratie. L’aune de la démocratie est celle de toute chose.

    Notre printemps viendra le jour où nous serons au même niveau de vie que les tunisiens ou peu avant. Et je souhaite aux révolutionnaires tunisiens de ne pas se faire déposséder de leur révolution par une classes qui n’est qu’une bourgeoisie libérale corrompue.

    1. Pour ce qui concerne les critiques de la logique de la marchandise après Marx, vous trouverez de nombreux articles sur : palim-psao.over-blog.fr
      Les articles sur la théorie critique de la valeur sont nombreux et les informations pour trouver des ouvrages nombreuses.

    2. Gauchet a fait toute sa carrière sur une imposture intellectuelle. Ce n’est pas un philosophe. Il n’a clairement pas le niveau (disons qu’il a le niveau qui convient pour les médias et pour devenir une figure « médiatique »). Une licence je crois… tout juste. Quant à ses analyses…
      Badiou et les autres ne comprennent rien à l’ingénierie financière. Ils ont lu Marx. N’entendent rien à la comptabilité et sont à l’ouest en ethnologie/sciences humaines. C’est loin, très très loin de suffire.
      N’en attendez strictement rien de NEUF. Vous vous épargnerez des déceptions. Votre meilleure option est sur ce blog.

      Cordialement.

    3. @AntoineY: « Il n’a clairement pas le niveau (disons qu’il a le niveau qui convient pour les médias et pour devenir une figure « médiatique »). Une licence je crois… tout juste. »

      Ce genre d’argument ne vous fait pas honneur. Ceci dit sans pouvoir juger du fond de la question.

      Platon, Spinoza, Aristote, Descartes, etc, licence tout juste ou même pas? Et les connards qui ont mieux qu’une licence, ça n’existe pas?

  12. Est ce que ceux qui ont rêvé pendant des dizaines d’années d’accéder à ce « système » sont prêts à lâcher le morceau maintenant qu’ils se rapprochent du but ? Autrement dit, est-ce que les Chinois, les Brésiliens, par exemple, vont dire non ça ne va pas, on arrête, on ne veut pas de ce « système » là ? Bien sûr que non et « les profiteurs d’abandon » comme disait le Général ne manquent de se ruer. Une anti-OCDE ne changera rien, c’est tout le « système » qui doit s’écrouler.

  13. Eric Verhaeghe : 41 ans, Fils d’ouvrier, Maitrise de philosophie et DEA d’histoire Paris I, ENA promotion 2002 Copernic (d’où la Révolution ?), haut fonctionnaire à l’Education Nationale puis en 2007 rejoint la Fédération française des sociétés d’assurances, en qualité de directeur des affaires sociales, élu président de l’ APEC (association pour l’emploi des cadre) en 2009 en tant que représentant du MEDEF, représentait également le patronat dans de nombreuses organisations paritaires (Agirc, Cnav, Acoss, Unedic…).
    A démissionné de toutes ces fonctions et se voit poussé à la porte de la FFSA par son président Bernard Spitz.
    Pour évacuer la polémique sur le (très relatif) battage médiatique autour de l’esclandre Verhaeghe, allez voir le blog de « l’actualité sociale » du Figaro et le papier perfide du tenancier du lieu, Marc Landré, avec la réponse de Verhaeghe (plus 10 commentaires tous favorables à ce dernier…) :
    http://blog.lefigaro.fr/social/2011/01/verhaeghe-une-com-trop-bien-or.html

    J’ai reproduit en dessous, en complément du billet d’aujourd’hui, une interview du 20.01 dans l’Huma, :

    Vous venez de quitter avec fracas le Medef que vous représentiez dans de nombreux organismes paritaires comme, par exemple, l’Apec, la Cnav ou encore l’Unedic. Dans le même élan, vous publiez un livre dans lequel vous remettez en cause, un à un, tous les dogmes économiques du patronat. Quel a été le déclic ?

    Éric Verhaeghe. J’ai voulu exercer un droit d’inventaire sur la pensée économique dominante depuis quarante ans. Né à la fin des années 1960, je suis d’une génération qui n’a jamais connu que la crise, une génération qui a vécu dans la nostalgie des Trente Glorieuses. Avec l’implosion du modèle soviétique, quand l’économie de marché est restée comme seul système global, il y a eu un pari : plus on développera ce système, plus vite on arrivera à l’essence du marché en concurrence libre et parfaite, plus vite on sera prospères et on renouera facilement avec la croissance des Trente Glorieuses. Pendant la décennie 1980, on a fait de la privatisation à tout-va ; pendant la décennie 1990, on a abaissé le coût du travail – on a quand même dépensé 1,5 point de PIB en allégements de charges… Le résultat est terrible. En réalité, au bout de quarante ans, non seulement ça ne va pas mieux, mais au contraire, le système est en train de s’autodétruire. Cette crise n’est pas imputable à la rigidité du marché, mais au contraire, à sa flexibilité. Cela oblige à remettre en cause nos vieilles croyances. Collectivement, les élites de ce pays ne peuvent plus continuer à soutenir que les recettes d’avant 2008 vont nous sortir du marasme, elles sont la cause de la crise !

    «Prédateurs», «nomenklatura capitaliste», «médias stipendiés par le pouvoir»… Ce vocabulaire fleuri auquel vous recourez dans votre livre peut surprendre venant d’un acteur du système…

    Éric Verhaeghe. Ce sont les mots de quelqu’un qui a vu… Aujourd’hui, chacun doit prendre sa responsabilité. Je m’adresse aux citoyens. Et les patrons sont des citoyens, aussi. Croire que travailler dans l’univers patronal signifie endosser forcément des doctrines qui sont dangereuses pour l’économie de marché est une erreur. Et je dis très clairement qu’aujourd’hui la doctrine du Medef est dangereuse parce qu’elle est potentiellement productrice d’un risque systémique. À mes yeux, ce qui ressort de la crise de 2008, c’est que la pérennité de l’économie de marché tient beaucoup plus aux salariés qu’à leurs patrons.

    En démontant les impératifs catégoriques de la modération salariale et des baisses d’impôts, vous vous attaquez au cœur des revendications traditionnelles du patronat. 
Le Medef n’est donc pas aussi «réaliste» qu’il le prétend ?

    Éric Verhaeghe. Le Medef de Laurence Parisot nous parle d’un monde qui n’existe pas. Il nous parle de gens trop payés, d’un État qui a trop de recettes fiscales, il fait un certain nombre d’observations économiques qui sont totalement à côté de la plaque. Je me souviens d’une réunion, au mois de novembre 2008, sur la protection sociale, où les patrons présents se sont livrés à un exercice de comparaison de leurs retraites chapeau. Ce jour-là, on avait sorti un listing avec les 500 plus grosses retraites chapeau de France, et la seule question qui se posait, c’était : qui est dans le top 100 ? La réalité de la France, aujourd’hui, la voilà : d’un côté, des salariés qui ont envie que ça marche, et de l’autre, un certain nombre de patrons dont la première préoccupation en temps de crise est de vérifier qu’ils sont mieux payés que les autres. J’appelle ça le syndrome «10 mai 1940» : en pleine tourmente, l’obsession de l’état-major est de s’occuper de ses prébendes. Est-ce que mes mots sont durs ? Oui, ils le sont, mais parce que la réalité l’est !

    À maintes reprises, vous comparez les privilégiés d’aujourd’hui à la noblesse de l’Ancien Régime…

    Éric Verhaeghe. Le paradigme de 1789 permet en effet de comprendre notre époque… Avant la Révolution, il y a une crise des finances publiques et une crise économique ; les élites en profitent et ne veulent surtout pas faire le moindre effort pour enrayer la crise. Aujourd’hui, nous avons un phénomène absolument identique : par exemple, mesure-t-on bien que la dette publique, c’est de l’épargne garantie pour les très gros revenus ? Lorsque Liliane Bettencourt reçoit un chèque de 30 millions d’euros au titre du bouclier fiscal, ce chèque est financé par de la dette que Liliane Bettencourt achète sous la forme d’emprunts d’État et, du coup, quand on la rembourse, on lui fait un nouveau cadeau. Le bouclier fiscal est une opération de passe-passe qui permet d’accroître le patrimoine des gros revenus en le faisant financer par l’écrasante majorité des citoyens.

    Alors que Denis Kessler, longtemps figure de proue des assurances et du patronat tout court, s’était réjoui de l’élection de Nicolas Sarkozy qui devait, selon lui, permettre de rompre avec l’héritage du programme du Conseil national de la Résistance (CNR), on peut, à vous écouter, vous imaginer plus proche de certains des objectifs de ce même CNR… «L’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie», cela vous parle ?

    Éric Verhaeghe. La Sécurité sociale telle qu’elle existe n’est plus la déclinaison de cet objectif. Aujourd’hui, ce sont les salariés qui portent l’essentiel du financement de la protection sociale. En 1945, le travail était la source de la richesse, mais en 2010, le travail l’est beaucoup moins. Il y a une très grande partie de la richesse qui est aujourd’hui produite à partir de l’argent lui-même… Continuer à asseoir la Sécurité sociale sur le seul travail, cela conduit à faire porter aux salariés un poids exorbitant. On a un sujet de fond, là…

    Par votre position professionnelle de directeur des affaires sociales à la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA)…

    Éric Verhaeghe. Ex-position professionnelle ! Je ne suis 
pas encore licencié, mais c’est en cours…

    … Vous pouvez être soupçonné de vouloir faire le jeu des assurances privées qui lorgnent sur le magot…

    Éric Verhaeghe. Eh bien, je vais vous répondre de façon transparente. Lorsque la FFSA a proposé, en novembre, de défendre auprès du Medef une position consistant explicitement à baisser le rendement des retraites pour favoriser la vente de produits d’assurance, j’ai écrit à Bernard Spitz (président de la FFSA – NDLR) que je n’étais plus d’accord avec ces positions. Je lui ai fait part de mon intention de partir et, ce faisant, d’abandonner tous mes mandats au sein des organisations patronales.

    Est-ce que l’on débat à l’intérieur du Medef ?

    Éric Verhaeghe. Sur les retraites, il y a eu un vrai débat parce que ce dossier était suivi par Jean-François Pilliard, de l’UIMM. C’est un vrai professionnel, c’est un vrai homme de dialogue. Sur le droit du travail, il n’y a aucun débat au sein du Medef : il y a un comportement extrêmement autoritaire que j’ai qualifié, et je persiste, d’immobilisme brejnevien.

    Quel tableau !

    Éric Verhaeghe. Quand j’étais petit, dans ma famille d’artisans du bâtiment, on disait déjà : « Il y a trop de charges !» Trente ans plus tard, les grands patrons continuent dans la même veine. Ce discours est éternel dans le patronat, petit ou grand, quelles que soient les époques, quel que soit le montant des cotisations. Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est une capacité à remettre en cause les tabous de la pensée unique. Et ça, c’est sûr que le Medef n’a aucune intention 
de le faire. En dehors de sa litanie traditionnelle – « soulageons-nous de toutes les charges que nous avons» –, il n’y a pas de pensée…

    En même temps, ça marche : il suffit de regarder les montants en jeu…

    Éric Verhaeghe. 30 milliards d’euros par an d’allégements de charges !

    Comment rompre avec 
ce système où la société paie à la place des détenteurs 
du capital ?

    Éric Verhaeghe. La question n’est pas de savoir s’il faut des allégements de charges… Peut-être qu’il en faut, après tout ! Le vrai sujet, c’est le contrôle démocratique qui s’exerce. Et ce qui n’est pas admissible, c’est de faire vivre le mythe d’une économie de marché qui serait opprimée par l’État, alors qu’en réalité, l’économie de marché est subventionnée par le contribuable et qu’elle refuse dans le même temps tout contrôle sur les subventions qu’elle reçoit. Je préconise la transparence. On peut reprendre un système simple, prévu par la Déclaration de 1789 : «Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.» Dès lors qu’on met 1 euro public dans une activité, le citoyen doit avoir le droit de demander des comptes sur l’utilisation de cet euro.

    D’une manière plus globale, il faut défaire l’emprise sur la vie sociale de quelques grandes entreprises, souvent issues du public, qui ont par leur structure capitalistique la capacité de dominer. C’est le cas fameux des entreprises dites «too big to fail» (trop grosses pour faire faillite – NDLR). Alors que le citoyen est obligé de trouver un contrat d’assurance pour toute activité, les banques, par exemple, ont droit à la garantie gratuite de l’État, quoi qu’elles fassent. Il faut commencer par informer les citoyens sur les privilèges exorbitants de ces grands groupes, il faut qu’on en ait conscience collectivement et que ça soit choisi. Je suis partisan du démantèlement des très grandes entreprises : dès lors qu’une entreprise atteint une taille qui la rend plus puissante qu’un État, il faut la démanteler. On sait le faire quand l’entreprise constitue une menace pour la libre concurrence. Je ne vois pas pourquoi on n’aurait pas ce pouvoir dès lors qu’elle menace la souveraineté des peuples.

    Singulier parcours d’un affranchi

    « Vous n’arriverez pas à me mettre dans une petite case », parie Éric Verhaeghe. Fils d’ouvrier grandi à Liège (Belgique), puisant dans la Révolution de 1789 une bonne partie de ses références politiques – «La France, c’était ça pour moi, le peuple qui s’affranchit de la tyrannie», écrit-il –, ce quarantenaire, au service de la FFSA et du Medef depuis 2007, a gardé de son parcours de haut fonctionnaire passé par l’ENA une certaine conception de l’intérêt général. Jusqu’ici tout va bien !, le livre qu’il vient de sortir aux Éditions Jacob-Duvernet (19,90 euros), en témoigne à foison.

    Entretien réalisé 
par Thomas Lemahieu

    1. Il est rare d’entendre des vérités simples et fondamentales : « Et ce qui n’est pas admissible, c’est de faire vivre le mythe d’une économie de marché qui serait opprimée par l’État, alors qu’en réalité, l’économie de marché est subventionnée par le contribuable et qu’elle refuse dans le même temps tout contrôle sur les subventions qu’elle reçoit.« 

    2. « En 1945, le travail était la source de la richesse, mais en 2010, le travail l’est beaucoup moins. Il y a une très grande partie de la richesse qui est aujourd’hui produite à partir de l’argent lui-même… On a un sujet de fond, là… »

      C’est tout à fait ça , comme disait Lacan , et alors , il ne faut pas sortir de ce sujet de fond tant qu’il n’est pas réglé .
      Quelle peut être la valeur du travail dans un champ stérilisé par les délocalisations entre autres et des patrons du court terme qui n’inventent effectivement plus rien mais ne sont que des rentiers sur des retours de fortune sur des sociétés bradées , ou au mieux sur des inventions du passé ou du tertiaire spongieux ? Quel travail pour quel savoir faire ? Soulever avec étonnement les bustes pour en lire l’origine chinoise ?
      L’avenir demande effectivement de nouvelles inventions et pas que des intentions si on veut refermer les portes du casino .

      A propos de la fuite de Ben Ali , sa peur , sa frousse transpirait lors de son dernier discours , cela n’est pas mis en lumière dans la naissance et la réussite du mouvement de révolte mais cela n’a pas échappé aux révoltés . Et cette peur continue à transpirer chez le premier ministre et ça n’arrange rien même pas dans la mise en place d’une transition .

    3. je ne connais pas ce monsieur Verhaeghe, mais je ne serai pas aussi sûr que tous les intervenants sur le fond de sa pensée. ( aussi bien sur ce blog que sur d’autres, ce monsieur est encensé, on se demande pourquoi ? )

      le fait d’être interroger par l’Humanité ne fait pas office de label bon pour les progressistes depuis longetemps ( si jamais elle l’ a été un jour ! )

      juste pour éclairer les choses : Mr Verhaeghe dit :

       » Eh bien, je vais vous répondre de façon transparente. Lorsque la FFSA a proposé, en novembre, de défendre auprès du Medef une position consistant explicitement à baisser le rendement des retraites pour favoriser la vente de produits d’assurance, j’ai écrit à Bernard Spitz (président de la FFSA – NDLR) que je n’étais plus d’accord avec ces positions.  »

      sérieusement un gars aussi haut placé découvre en novembre 2010 que l’objectif c’est de faire baisser les pensions de retraites pour pousser ( ceux qui le peuvent donc pas grand monde ) à une complémentaire par capitalisation en attendant la mort de la retraite par capitalisation.

      mais le moindre prolo a très bien compris que l’allongement du nombre de trimestres pour une retraite pleine c’est une baisse assuré de la pension vu le chomage endémique la cinquantaine venue.

      d’ailleur ce monsieur par certains arguments est peut être passé du côté des pourfendeurs mais il a en même temps garder dans ces bagages pas mal d’idées « libérales »

    4. pour en rajouter une couche, Denis Kessler était lui aussi à la FFSA ?

      Mr Verghaege n’a jamais rencontré Mr Kessler

      il me semble que c’est ce Kessler, ( ancien gauchiste pourfendeur des ouvriers pas assez révolutionnaires à son goût à l’époque ….. ) qui a dit clairement il y a quelques années que l’objectif c’était la mort de tout ce qui provenait du CNR

      alors oui vraiment j’ai beaucoup de doutes qu’en à la sincérité de ce monsieur.

    5. @J. Gorban

      Je vous le dis sans ambages, avec des esprits éclairés tels que vous, on est pas près d’y voir clair dans ce merdier, et là je me contredis parce que je fais nettement et lâchement dans l’euphémique, limite ronds de jambes, je vous prie de me croire.
      Dans la famille argument ad personam je demande le père ! J’ai ! J. Gorban !
      Verhaeghe a intégré la FFSA en 2007, Kessler s’en est tiré en 2002. Et de toutes façons peu importe, c’est précisément parce qu’il vient de ce coté là de la barrière et avec le panache et le courage dont il fait preuve que l’action de Verhaeghe est importante et que sa voix peut porter. Mais j’ai peur à vous lire qu’il ait plus à craindre de la sottise rémoulade, de la suspicion bas de plafond et de la vindicte haut du menton de ce coté ci que de la diffamation d’usage mondain, des représailles bourre-pifs et des coups de pute vengeurs de la mafia de l’autre bord…

    6. Merci de ces échanges amusants.

      Quelques précisions sur mes éventuelles craintes. En fait, je n’ai pas peur. Je fais mon devoir, et cela libère beaucoup. Je laisse chacun juger de mes intentions, et je trouve très sains qu’elles éveillent des suspicions chez certains.

      J’ajoute que je ne suis pas partisan. L’étiquette libérale ne me gêne pas, pas plus qu’elle me ravit. Je ne crois pas à l’économie administrée. Je suis plutôt enclin à défendre l’économie de marché, mais sans dogmatisme, et pourvu qu’il s’agisse d’une vraie économie de marché. Autrement dit :

      – l’aléa moral doit exister pour toutes les entreprises (elles doivent donc toutes être en position de faire faillite en cas de problème)

      – toute intervention du contribuable en faveur d’une entreprise, sous une forme ou une autre, doit ouvrir à chaque citoyen un droit de contrôle sur l’utilisation qui est faite de son argent. Je redis que l’impôt est le fondement de la démocratie.

      Pour le reste, je tiens jalousement à ma liberté d’esprit, et je serais chagriné de la compromettre pour recevoir un label.

    7. @ E. Verhaeghe,

      Le fondement de la démocratie n’est pas l’impôt, qui a existé dans absolument tous les types de régimes ; le fondement de la démocratie est l’existence de contre-pouvoirs. Vous, M. Jorion, et beaucoup d’autres (dont je fais également partie) sont les exemples personnifiés du fait que les contre-pouvoirs ont fonctionnellement et institutionnellement disparus. Voilà pourquoi la démocratie est en grand danger, que dis-je, qu’elle est déjà morte sans le savoir encore de façon formelle (une réalité qui n’a pas encore franchi l’étape de la conscience).

      Cordialement,

    8. @VB,

      pour aller dans votre sens, je dirai qu’il ne peut y avoir de démocratie si les institutions qui sont censées la garantir sont capturées par les intérêts particuliers.

      Que ces institutions soient les pouvoirs politiques ou les contre-pouvoirs, la question reste donc la même, comment éviter qu’ils soient capturés par les intérêts particuliers?

      C’est bien ça le problème : les contre-pouvoirs (l’opposition politique, les médias, l’université, les « think-tanks », les associations de la société civile, etc…) sont dans leur immense majorité eux aussi capturés par les intérêts particuliers.

    9. @ VB

      Toujours aussi désespérante…

      Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789

      Art. 13

      Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

      Art. 14.

      Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

      Art. 15.

      La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

      Vous avez un ex dignitaire du MEDEF, se revendiquant comme libéral partisan de l’économie de marché qui vient vous déclarer qu’il considère que l’impôt est le fondement (il aurait dû dire « un », soit) de la démocratie, et tout ce que vous trouvez à faire c’est lui rentrer dans le lard avec vos contre-pouvoirs en bandoulière et Montesquieu dans la gibecière – tout en vous identifiant modestement à Jorion et lui à la « personnification » de la « disparition des contre-pouvoirs !
      Allez harceler d’authentiques néo-lib ou libertariens avec vos contre-pouvoirs en oriflammes de kermesse claquant au vent au bout de votre pistolet à eau avec un impôt citoyen qui passe à l’as, remisé dans l’inventaire historique des vieilleries inhérentes à tout pouvoir, il vous embauchent de suite ! Du petit lait que vous leur servirez là. Trop heureux, tu parles…
      Vous comprenez rien à rien, quelles que soient vos intentions vous visez systématiquement à coté, et vos balles partent dans la foule, vous n’y pouvez rien, moi non plus je le crains.

    10. @ Vigneron : ultime conversation et mise au point :

      Il se trouve que vous êtes, de votre côté, « bourrés » de certitudes en tout et dans la nécessité première de mettre tout le monde dans ces petites cases dont parlait justement M. Verhaeghe ; c’est d’ailleurs une maladie assez répandue, plus chez les gens nés avant 1965 (date indicative à ne pas prendre au pied de la lettre) qu’après. Tout le monde, façon Vigneron, doit être ceci ou cela, libertarien, « de gauche » sinon il est de droite, viser ceci ou cela.
      Il se trouve justement que je ne rentre, ne prétends rentrer et ne veux surtout rentrer dans aucune de vos petites cases. Je cherche juste la vérité, et cette vérité est le contraire de vos certitudes.
      Je suis votre exact opposé et si je vous exaspère, inquiète, bouleverse : je vous en prie, faites comme moi, ne me lisez plus et ne vous adressez plus à moi. Vous avez pour vous votre style : gardez le, il est divertissant, mais ignorez moi.

      Au plaisir d’arrêter votre petit jeu morbide et pervers : stoppons net tout entretien ; je ne vous répondrais, de mon côté, plus.

    11. erratum (@ vigneron) : dernière ligne => lire « je ne vous répondrAI, de mon côté, plus. » au lieu et place de « je ne vous répondrais, de mon côté, plus. » Toutes mes excuses.

    12. à VB,

      Je pense que vous avez eu, dans les dernières heures, deux fois raison.
      Une fois à propos des contre-pouvoirs et une fois encore à propos du « ministre de la vérité. »

    13. Il y a deux types de pédagogues ( instits pour faire simple ) :

      – les joueurs extravertis qui apprennent aux enfants en s’amusant ; ça fonctionne sur le rire , l’association d’idées et la dynamique de « bande » . En général on les remarque par les gamins qui s’agglutinent volontiers autour d’eux .

      – les  » professeurs » qui donnent des repères , de la logique , de la méthode . On les remarque par des classes attentives et peu bruyantes .

      Les premiers nourrissent notre besoin de créativité ( le hors temps ) , les seconds nourrissent notre besoin de repères et d’accroches symboliques ( le présent ) .

      Il est bon pour nos enfants de connaître les deux races . On les reconnait respectivement en conseil de classe , parce qu’ils s’engueulent entre eux , se balancent des vannes ou se toisent du regard .

      M’en fous ; Ce sont mes enfants qui comptent .

    14. Bonjour, « crapaud »

      Avec mon commentaire « au marteau » relativement à Arnsperger ; j’avais en tête de préparer une lecture de « de la convivialité » (Caillé , Humbert, Latouche ,Viveret). Je viens de l’acheter et de le lire. De mon point de vue, ce manifeste du Mauss une mauvaise « compil » et vide !

      Ces Maussiens proposent encore la « décroissance volontaire » et le « convivialisme » comme des orientations de philosophie sociale avant-gardistes, mais sans du tout considérer les rapports sociaux par lesquels le convivialisme ( comme le care, aussi bien), seront mis en place – sauf peut être chez Caillé, cet avertissement :

      « cela implique que les partis candidats à l’exercice du pouvoir d’État, doivent mener vis-à-vis du monde associatif, formel et informel, une politique non instrumentalisante qui permettent son autonomisation maximale (p.96) »

      .

      Quand Arnsperger parle, on voit tout de suite la récupération charismatique, style presque ‘Bible Belt’. Mais, quand le Mauus parle, que voit-on ? C’est une vraie question. Les files de chômages comme l’attente et l’humiliation « aux guichets » de l’aide sociale constituent depuis trente ans de formidables rouages dans le système de domination. Le vent monte, les capitaines et les équipages de l’économie sociale anticipent d’augmenter la voilure (colloque, etc.), constatons que chacun pour eux-mêmes, depuis quarante ans, ils n’ont guère émancipé leurs publics pauvres, le feront-ils une fois formés en Escadre ? La remarque de Caillé demanderait à être développée, allons-nous vers l’autonomisation des structures qui n’autonomisent pas leurs pauvres clients ?

      Avons-nous une analyse actualisée en terme de rapports de classes permettant la compréhension des mécanismes de redistribution des finances publiques par lesquels, la classe moyenne serait à la fois « servante » et « abusée » par la domination capitaliste ? Le retournement de la classe moyenne européenne en classe porteuse d’un projet de société émancipateur – me semble tout à fait possible, mais il faudrait que nous œuvrions à ne pas nous laisser chloroformer par les idéologies gnangnan, tandis que les détenteurs de la mégamachine continuent de prospérer.

      A+

    15. Se trouvera-t-il, un jour, un historien pour établir la chronique des échanges de tirs entre vigneron et VB ? Echanges aussi curieux qu’instructifs et amusants. Parce que, au-delà des munitions, (idées et arguments), ce sont deux esprits qui s’affrontent, et ainsi se révèlent. Mais il y faudrait une fine analyse pour en tirer des conclusions intéressantes.

    16. jean-luce, je viens de découvrir votre post, en m’étonnant un peu que vous vous adressiez à moi personnellement : je ne suis qu’un informaticien lambda qui essaye de réfléchir, non un spécialiste des questions sociales ou de l’anthropologie, et je n’ai jamais milité. J’ai bien compris l’opposition que vous faites entre Arnsperger et Caillé, et penche avec vous en faveur du second, mais ces références me gênent, faute de les avoir fréquenter auparavant. En tout cas, je suis d’accord avec votre conclusion : « Le retournement de la classe moyenne européenne en classe porteuse d’un projet de société émancipateur – me semble tout à fait possible, » : mais pourquoi ne faites-vous pas un billet pour le dire à tout le monde ?

    17. @juan nessy, à propos des « gamins qui s’agglutinent  » : j’ai connu un pion qui faisaient s’agglutiner autour de lui tous mes « petits camarades ». Comme ça me semblait très suspect, je n’en étais jamais et restais dans l’ignorance des motifs de son succès. Un jour, voyant la grappe à la sortie du réfectoire, je voulus en avoir le cœur net, m’en approchai et attrapai au vol cette phrase : « Les potes me prenaient pour un pédé, mais quand ils ont vu que je sortais avec un mannequin, ils ont compris… » Dois-je préciser que je n’en fus point du tout surpris ?…

    18. @juan nessy : difficile à comprendre, en effet, car la leçon n’est pas gentille pour ces pédagogues que l’on « remarque par les gamins qui s’agglutinent volontiers autour d’eux. » Mon anecdote voulait dire que cet effet peut être facile à obtenir par la vanité.

    19. @Crapaud rouge :

      C’est pour ça qu’il faut toujours garder l’esprit critique .

      Si vous en gardez assez sur vous même , vous percevrez que votre expérience décevante ( qu’en penserait Lacan d’abord ? ) , ne me permet pas de changer ma lanterne et que je persiste à apprécier mes deux races d’instits , en ne confondant pas effet et caractéristique ( parmi d’autres ) .

      Il m’est d’ailleurs souvent arrivé d’être apprécié ou haï , pour ce que je n’étais pas .

    20. @juan nessy : « ne confondant pas effet et caractéristique » : voilà qui est joliment dit ! Je comprends bien que mon expérience ne permet nullement de préjuger des caractéristiques de celui qui obtient l’effet, et que le contexte permet de les départager. Mon bonhomme n’était qu’un pion et n’officiait que pendant les récrés. A l’inverse, non seulement je conçois fort bien qu’un instit’ passionné obtienne l’effet sans une once de démagogie, mais ça ne m’étonnerait pas : car les mômes ont très envie de découvrir, et de découvrir des choses sérieuses. Simplement, ils ne veulent pas qu’on les assomme avec.

  14. 2 difficultés distinctes ? Il y en a une 3ème bien pire : le bouleversement climatique démarre vraiment, les catastrophes INEDITES se succèdent (en Australie, le Victoria après le Queensland, en Chine sécheresse à l’Est, sans parler du Brésil et de tout ce qu’il y a eu ailleurs l’an dernier).

    Fin de la « drôle de guerre », les panzers sont en route ! La « croissance » ne va pas y résister longtemps, pas plus en Chine qu’ailleurs, et des décisions drastiques seront prises en catastrophe un peu partout. On va même se jeter sur la géoingénierie et le nucléaire honnis de ces gribouilles d’écolos.

    Avant même 2020, ce ne sera plus le même monde. Davantage d’anarchie par ci, davantage de solidarité par là. L’humanité va devoir mériter son nom, ou subir un grand bond en arrière.

    1. C’est pas le confort matériel qui va nous manquer le plus,
      mais la sécurité quand il n’y aura plus de pain pour distraire les masses.

    2. à Herrmiss,

      Nous sommes d’accord.
      Les hommes deviennent véritablement humains ou l’humanité disparaît.
      Mais quel effort !
      D’autant plus quand beaucoup ne veulent pas comprendre.
      Les idéologies survivalistes, tant actives aux USA, ont de beaux jours devant elles.
      Et encore, la menace nucléaire n’a pas encore fait son grand retour…

  15. En un mot, c’est l’État et le citoyen qu’il faut repenser en profondeur pour sortir de la crise.

    La réalité actuelle de ce monde est la marchandise et celle-ci est anti-économique. Personne ne peut plus cultiver son jardin dans son coin, tout le monde sait que tout un chacun dépend de tout un chacun.
    Peut-être va-t-on bientôt découvrir – grace en partie à la marchandise – que l’homme est un animal social -découverte de Robert Owen d’après Polanyi – et non politique c’est à dire étatique comme on le pense depuis Aristote – et un peu mons depuis 1968.
    La conception étatique ou politique du monde suppose l’existence de l’inégalité entre les hommes comme d’ailleurs le met en valeur Jorion dans son livre « le prix’.
    L’intérêt de la marchandise c’est qu’elle mine la conception politique du monde parce qu’avec la marchandise, la dépendance des hommes les uns envers les autres ne peut plus être nié même si actuellement cette dépendance est un tourment

  16. La Banque de France aux mains des deux cents familles.
    Paris,
    Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, 1936

    Préface

    – IL Y A DEUX FASCIMES –

    Qu’est-ce que le fascisme ?
    C’est un coup de force par lequel une minorité disciplinée enlève les commandes du pouvoir aux représentants de la majorité légale.
    Ce coup de force ne se fait pas au seul profit des milices qui l’ont opéré.
    Il est toujours financé par des groupements économiques qui attendent d’elles protection et profit.
    Mussolini réussit  » la marche sur Rome  » grâce aux capitaux fournis par M. Olivetti, chef de la confédération générale des industries Italiens. Thyssen, le grand métallurgiste rhénan finança les  » chemises brunes  » au temps où Krupp son rival finançait les légions du casque d’acier. Et c’est l’accord de ces deux groupes qui amena Hitler à la chancellerie.
    Quand Hitler devint Président et Führer du Reich, Krupp fut nommé par lui Führer de l’industrie lourde.
    Ainsi tout mouvement fasciste a deux faces : l’une politique (avec des apparences révolutionnaires), qu’il présente à l’enthousiasme de la jeunesse; l’autre économique où il s’offre à protéger les privilèges des grand trusts.
    En France, les milices fascistes sont encore à l’état de formation. Mais les état-majors industriels et financiers sont déjà fortement organisés. Ils ont installé leur poste de commande à la Banque de France.
    Pendant la période de prospérité, ils se sont contenté de gouverner la Démocratie en opposant les partis avec la complicité de la Grande Presse.
    Mais en cinq ans de crise, ils ont dû, pour maintenir les dividendes, puiser plus de 50 milliards dans l’épargne des classes moyennes.
    C’est elles – nous le montrerons – qui ont fait tous les frais de la prospérité actuelle des trusts.
    Ce sont leurs dépôts en banque, et les dépôts des caisses d’épargne qui ont couvert les subventions aux industries  » abritées « .
    Comme elles s’obstinent à thésauriser, on leur a emprunté leur argent sans le leur dire. Mais si un accident monétaire ou bancaire survenait, elles pourraient être tentées de demander des comptes.
    C’est pour cela qu’il convient de leur enlever les institutions démocratiques qui leur permettraient de ce faire entendre. Autorité. Discipline. Silence dans les rangs !
    En 1934, à la faveur d’un scandale habillement grossi, les trusts ont tenté un premier coup de force contre le parlement (6 février).
    Devant la protestation véhémente de l’opinion Républicaine, en province et à Paris, ils se sont contenté de la dictature bonasse de M. Doumergue, (2 milliards soutirés aux fonctionnaires et aux anciens combattants).
    En 1935, ils se sont repliés sur un gouvernement strictement parlementaire, mais dont le chef, M. Laval, était imposé par eux (4 milliards enlevés à nouveau aux fonctionnaires et aux anciens combattants auxquels on a ajouté cette fois, les rentiers). Et maintenant (1936), ils n’ont désarmé qu’en apparence. Ils attende le résultat des élections. Si la victoire du front populaire parvient à porter au pouvoir une équipe solidaire d’hommes décidés à leur demander des comptes, nul doute que les banques et les trusts ne renouvellent, avec des moyens accrus, le coups du 6 février.
    Si, au contraire, ils se touvent comme d’habitude en face d’une majorité de gauche divisée par les éternelles querelles de groupes et de partis, ils exerceront sur elle l’habituelle pression des forces financières dont ils détiennent le levier. Dans les deux cas, – fascisme avoué ou fascime larvé, – c’est d’eux seuls que vient le danger.
    Malheureusement le publique ne les voit pas; il ne connaît ni leurs noms, ni leurs visages, ni leurs visées. Ils savent dissimuler leurs plans sous des programmes idéalistes, cacher leurs agents dans les rangs d’une jeunesse généreuse et passionnée et s’effacer devant des chefs apparents, décoratifs et peut-être sincère, dont l’ignorance des affaires les rassure.
    C’est pourquoi il a paru nécessaire de les démasquer. En France où la concentration des grandes entreprises en trust et en cartels fut toujours moins facilement acceptée qu’en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, les rivalité des hommes d’affaires ont laissé longtemps un certain jeu aux institution démocratiques.
    Mais la crise économique qui sévit depuis six ans les a tous mis dans la dépendance de la banque de France. Ils ont trouvé là, dans la personne des Régents Héréditaires qui, depuis plus d’un siècle, sous tous les régimes, se transmettent le gouvernement du crédit, une longue tradition de conservatisme réactionnaire et d’hostilité contre la démocratie.
    Mais le publique l’ignore. Il s’imagine que notre grand institut d’émission, dirigé par un gouverneur nommé par l’Etat et assisté d’hommes d’affaires expérimentés n’a d’autres souci que de donner au pays une monnaie saine et stable.
    Il ne sait pas que le Gouverneur est lui même dans la main des régents, lesquels sont eux mêmes les représentants élus de 200 familles ou  » trusts « .
    Il ne soupçonne pas que, par le jeux du  » réescompte  » auquel toutes les maisons importantes doivent recourir, ce Conseil des Douze exerce une domination oculte mais tés forte sur le commerce, l’industrie et l’épargne de ce pays; que, par le monopole monétaire dont ils jouissent, ces hommes peuvent dominer le gouvernement lui même et tenir en échec le parlement.
    Il existe dés maintenant un fascisme économique. Les chefs ont installé leur  » poste de commandement  » à la Banque de France. Tant qu’ils l’occuperont, il n’y aura dans ce pays ni liberté, ni prospérité.
    Ce sont leurs méthodes et leurs moyens d’action que l’on a voulu ici décrire avec précision.

    – 23 avril 1936 –

    Comité de vigilance des intellectuels antifascistes

    Le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, ou Comité de vigilance, encore connu sous son sigle CVIA, était une organisation politique française avant la Seconde Guerre mondiale, fondée en 1934.
    Le CVIA sera créé sous le patronage de trois personnalités emblématiques de la diversité de la gauche :

    * l’ethnologue Paul Rivet, socialiste ;
    * le philosophe écrivain Alain, radical ;
    * le physicien Paul Langevin, proche du communisme.

    Francis Delaisi

    Francis Delaisi né le 19 novembre 1873 à Bazougers et mort le 22 août 1947 à Paris, est un écrivain, journaliste et économiste français.

    A la fin d’août 1944, il est immédiatement dénoncé comme « collaborateur ». Le 6 octobre 1944, il est cité devant deux commissions d’épuration, celle du Comité de l’Union Douanière Européenne et celle du Fonds de la Recherche Scientifique qui l’une et l’autre, après enquêtes minutieuses, forment la conclusion d’un non-lieu en sa faveur. Il est cependant inculpé le 6 avril 1945 de « complot contre la sûreté de l’État ». Il était permis de penser que cette affaire allait déboucher sur un troisième non-lieu, quand il décède en 1947, éteignant ainsi l’action de toute juridiction exceptionnelle. Il sera longtemps considéré comme persona non-grata d’une partie de la gauche après la guerre.

    C’est Edouard Daladier, alors Président (Radical) du Conseil qui a lancé le slogan en 1934 :  » Deux cents familles sont maîtresses de l’économie française et, en fait, de la politique française. Ce sont des forces qu’un État démocratique ne devrait pas tolérer, que Richelieu n’eût pas tolérées dans le royaume de France. L’influence des deux cents familles pèse sur le système fiscal, sur les transports, sur le crédit. Les deux cents familles placent au pouvoir leurs délégués. Elles interviennent sur l’opinion publique, car elles contrôlent la presse »
    http://www.marianne2.fr/Fortune-le-retour-des-200-Familles_a189681.html

    Dans le contexte de la Grande Dépression économique des années 1930, le slogan des « 200 familles » a été très largement repris, par des milieux politiques aussi opposés que l’extrême-droite largement antisémite, des anti-fascistes tels les anarchistes, le Front populaire, et même Léon Trotsky, qui écrit « Dans le cadre du régime bourgeois, de ses lois, de sa mécanique, chacune des « deux cents familles » est incomparablement plus puissante que le gouvernement Blum » (Où va la France ?, 1936).

    1. Les 200 familles elles sont 4000 aujourd’hui me semble-t-il. Ca se démocratise… Ça progresse, ça progresse… Avec une progression pareille en 70 ans (fois 20), si ça continue, dans deux siècles on en a 32 millions de familles ! C’est plus de l’enrichissement capitalistique, c’est de la cuniculiculture.
      Quoique d’après les suisses (qui en connaissent un rayon en la matière) y’aurait bien déjà plus de 2 millions de millionnaires en euros dans ce pauvre vieux pays ruiné par l’étatisme sauvage suivant les uns, autant que par le libéralisme sauvage suivant les autres…

    2. Le directoire de la BCE
      Le directoire comprend le président, le vice-président et quatre autres membres, tous choisis parmi des personnes ayant une autorité et une expérience professionnelle reconnues en matière monétaire ou bancaire. Ils sont nommés d’un commun accord par les chefs d’État ou de gouvernement des États de la zone euro, sur recommandation du Conseil de l’Union européenne et après consultation du Parlement européen et du Conseil des gouverneurs de la BCE
      Le conseil des Gouverneurs de la BCE
      Le conseil des Gouverneurs se compose du directoire et des gouverneurs des banques centrales nationales de la zone euro.

      A écouter absolument, un entretien sur France-inter avec Hervé Kempf autour de son livre « L’oligarchie ça suffit : vive la démocratie ! » (à paraitre aux éditions du Seuil le 6 janvier 2011)
      http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2076

    1. à yvan,

      Attali se met sous la protection de Dieu ou de la Main invisible ou du Destin.
      En somme, il fait comme nous, à moins que nous prenions notre destin en main.

    2. @marlowe
      Tout à fait d’accord. Assez de blabla. On est tous à peu près d’accord sur le constat. Cela a mis plus de 2 ans à émerger. Faites appel aux bonne volonté pour faire passer certaines idées de solution avancées ici pour qu’elles soient rapidement mises en oeuvre. Merci d’avance.

  17. Une époque singulière.

    Quelle époque que celle où des managers se trouvent devant des vérités incontestables, vérités qui sont à l’opposé de ce qu’ils ont appris et reproduit, parfois mais pas nécessairement, « à l’insu de leur plein gré » !
    La dénonciation des mensonges des experts médiatiques et des autres charlatans prend alors l’allure d’une farce.
    Les experts mentent pour faire gagner du temps à leurs propriétaires, ou donner l’illusion de « gagner du temps ». Leurs mensonges sont essentiellement le produit de leur nature et du fait qu’ils sont payés pour mentir.
    Il n’y a pas nécessité d’être paranoïaque pour comprendre que ces mensonges sont avant tout destinés à tromper.
    La généralisation des menteurs stipendiés est contrariée par la prise de conscience et la prise de parole de ceux qui se révoltent.
    Mais leur révolte toute neuve a ses limites.
    Aidons les alors à aller plus loin.
    La critique de Marx est, à la racine, la critique du caractère fétiche de la marchandise et une critique des processus d’accumulation du capital qui découlent de la transformation de toute chose et de tout être en marchandise.
    Cette critique remet nécessairement en cause l’appropriation privative et le fait que celui qui ne possède que sa force de travail n’a que cette force à vendre sur le marché.
    Dans les périodes historiques et les pays où les travailleurs sont organisés, le rapport de force, sans être en leur faveur, permet des réformes qui affaiblissent la pression qui s’exerce sur le prix auquel est vendu leur travail.
    Quand ce rapport de force évolue en faveur des capitalistes et que parallèlement les illusions et les leurres occupent tout l’espace disponible, les travailleurs sont en plus obligés de recourir au crédit, crédit dont les intérêts diminuent d’autant le « pouvoir d’achat ».
    Quand tout cela fonctionne sans heurt depuis deux générations, le système se retrouve en état de décomposition avancée.
    Par ailleurs les ravages, écologiques et autres, sont tels qu’ont peut véritablement parler de décadence d’une civilisation.
    Aucun soin palliatif ne sauvera ce système.

    1. le problème c’est qu’ils préféreront la barbarie à la perte de leurs positions de saigneurs.

      plutôt Hilter que le front populaire n’est pas une gentille fable.

      l’attitude du gouvernement français dans l’affaire Ben Ali est un concentré de ce que réellement pensent les élites possédantes ; l’agence de notation ne s’est d’ailleur pas trompé en baissant la note de la Tunisie : les capitalistes ont toujours préférés les dictatures à des peuples debout .

  18. De la nuisance du lobbying , utilisant un syndicat de patron pour satisfaire des intérêts particuliers au détriment de tous :
    «  »Lorsque la FFSA a proposé, en novembre, de défendre auprès du Medef une position consistant explicitement à baisser le rendement des retraites pour favoriser la vente de produits d’assurance « …..

    Mr Eric Verhaege, lui, a le souci de la France et des français , ce que n’ont pas les pontes du Medef , qui recrutent ses leaders dans les rangs d’entreprises à visées internationales.

    Depuis des années, le jeu est truqué : une Europe où la fiscalité n’est pas la même suivant les états poussent forcément à la délocalisation ou au nivellement par le bas .Le piège est tellement gros . Le pire, c’est que plus c’est gros, mieux çà passe .

    Et qu’est ce qui empêchaient les états européens d’obliger les pays qui veulent vendre aux français à créer une partie de leurs emplois en France ? Rien, si ce n’est l’envie de jouer avec l’esprit de concurrence , qui pousse tout le monde à se diriger vers le moins disant en matière de salaires.

  19. Voilà un homme de conviction et courageux.

    Je propose quelques réflexions destinées à changer
    de petits paradigmes:

    La notion de ‘cadre » est issu d’un mouvement
    d’idées contemporain du pétainisme, et encouragé par le Maréchal.
    (Je sais que sa condamnation portait « dégradation » de sa distinction
    dans l’Armée -Maréchal n’est pas un grade-, mais je crois qu’une
    loi était nécessaire…).
    Bien entendu, ce paradigme a semblé utile aux reconstructeurs
    de 1945 et ils l’ont gardé et amplifié.
    Une source anglophone (Steve 23 janvier 2011 à 20:11, sur ce blog)
    nous décrivait comme une société figée
    ou stratifiée et désignait les intellectuels comme commissaires
    politiques à cette stratification. C ‘est possible, sans plus.
    Mais je sais que dans une entreprise française classique le ‘cadre’
    réunit tous les avantages. Il est aussi le premier échelon
    de la prévention contre les originaux et autres déviants.
    Il ya le tout venant et il y a les ‘cadres’…
    Dieu aidant, sous les coups de boutoirs de la mondialisation
    le ‘cadre’ morfle comme les autres. Facile de constater
    que la mondialisation rabote par le bas et précarise tout le monde.
    Je crois que le ‘cadre’ est inconnu dans le monde Anglo-Américain
    et qu’aucun pays nous envie cette « institution », surtout pas l’Allemagne.
    Nous devrions y réfléchir… Toute cette aristocratie, bénéficiant
    de structures à elle dédiées, n’est-elle pas un scandale social ?

    La notion de charges est foireuse – la graphie chaâarges me semble
    plus conforme à son vécu.
    En matière de salaire et de retraits ( cotisations pour salaire différé,
    impôts etc…) attachés au salaire la seule notion qui vaille est
    la Rénumération Globale du Travail.
    En acceptant de parler chaâarges, tout se passe comme si une somme
    déboursée changeait de valeur selon sa destination.
    C ‘est vraiment étrange… A moins que les chaâarges, soigneusement
    découpées en parts salariales et patronales arbitraires permettent toutes
    les manipulations, en particulier de dire qui finance quoi en matière social,
    contre la simple évidence.
    Concluons à l’habitude: Ptolémée et épicycles.

    J’ai apprécié la charge contre le patronat qui expose ses
    chaâarges mais camouflent ses bénéfices et autres subventions
    indirectes. Immobilisme et conservatisme sonnent justes.

    Depuis 25 ans environ, le bas peuple est soumis à une rafale
    de réformes dont le plus clair résultat est un appauvrissement
    impulsé et administré par ceux qui s’estiment eux-mêmes.
    (En matiére de salaires, avantages en nature, stock-options,
    évasions fiscales légales ou non, ils sont leur propres
    juges ou nomment les juges qui décident pour eux.)
    A quand un partage équitable du fardeau?
    A quand une réforme de la Banque, par exemple, sollicitée
    par le peuple qui vote ?
    A quand une réforme des employeurs – un code juridique et moral de bonnes conduites serait un bon début- ?
    A quand un mouvement d’altruisme de la part des
    privilégiés pour réclamer des impôts à la hauteur
    de leur capacité contributive ?

    Je ne connais aucun parti politique en vue qui réfléchissent
    à ces simples questions. Le grand soir ou la continuité
    dans l’immobilisme…

    1. Daniel, votre post sonne juste, mais pourquoi limitez-vous ainsi le « mouvement d’altruisme » que vous appelez de vos vœux ? Faisant le lien avec sir Vladimir LS Freak ci-dessus, qui dénonce « un monde de chacun chez soi », c’est un tsunami d’altruisme qu’il faut viser ! Nous sommes dans le monde des idées, il faut voir grand pour récolter un peu dans le monde réel.

    2. La remise en cause de l’utilité sociale de ce statut passe mal.

      Je maintiens aristocratie, exhorbitant du sens commun.
      Et je ne me sens pas tenu de pleurer sur son exploitation supposée.
      Pourquoi , donnant l’exemple de la mobilité sociale, un cadre sur-exploité ne deviendrait-il pas simple employé, payé convenablement, y compris
      les heures sup ? Voilà qui serait une désaliénation exemplaire.
      Cela existe sans doute, mais je n’en connais pas.

      En fait ma charge porte aussi sur le « statut », acquis à vie, sauf déchéance.
      La France, seule, lutte efficacement contre la mondialisation:
      elle maintient contre le nivellement ambiant toute une organisation dévolue à une classe particulière: les cadres.

      Je plaide pour une ré-industrialisation ,sans pré-supposés
      quant à la structure politique.
      Elle, l’industrie, remplie un rôle moral effectif:
      nous ne pouvons pas continuer à faire faire 20000 km
      aux casseroles, à l’habillement ou à notre alimentation
      un tant soit peu élaborée. (largement moins de 20000km pour l’agro-alimentaire, mais pas toujours..)
      Et presque seule l’industrie peut tenter avec quelques succès de remédier au chômage.
      Un pré-supposé social est qu’elle soit libérée de l’esprit colbertiste dont le ‘cadre’ est un héritage malheureux.

      (Je travaille la majorité du temps pour l’industrie -le type qui sort de l’usine presque tous les soirs, j’en suis- et je marche beaucoup, sur un sol,
      qui en 20 ans de ce travail est devenu de plus en plus propre, même dans
      l’industrie semi-lourde. L’Usine sale et graisseuse, c’est presque finie.)

    3. Vite fait sur le gaz (hara-kiri de la bonne époque):

      @ Crapaud Rouge:
      le possible et le souhaitable , tout un débat.
      Surprenant venant de vous: je vous tient pour un tenant
      du concret et progressif.

      @ Dag (daté du 25 janvier 2011 à 00:58
      alors qu’il est 21h35 du 24 janvier ??):
      Mon ’24 janvier 2011 à 20:11′ est @ Dag .

      J’en profite pour remercier Paul: tous les articles
      récents, qui ne brassent pas du Socrate ou du Hegel(*)
      n’en sont pas moins ultra-passionnants et d’actualité.
      Et concrets. Merci.

      ((*) Hegel: « des synthèses qui sont autant de bancs de brume
      harassant à déméler »… non, non je plaisante.
      Je voulais juste dire que je crois pouvoir décrypter
      n’importe quel PSDJ à venir ! -pas trop long, tout de même).
      21:48:16 le 24/01.

    4. Je ne sais si les cadres sont des aristocrates. En tout cas, ils sont la figure contemporaine de la classe moyenne. Et sans classe moyenne, pas de pacte républicain.

    5. « Aristocratie  » privilégiée ?? depuis quand n’avez-vous pas travaillé près des agents de maîtrise ou OS à qui on propose à tour de bras de passer cadre afin d’éviter de payer des heures supplémentaires ? Si vous n’avez pas encore vécu le nivellement par le bas , vous devriez postuler , sur 220 000 cadres embauchés , 30 000 postes de direction ont été proposés et sur ce , combien de directeurs ne sont directeurs que d’eux-mêmes . Comme le disait un grand psychiatre , vous devriez penser un peu plus avec vos pieds , on reste ainsi au moins sur terre et cela fait découvrir d’ autres dont on n’imaginait même pas les différences de nature , enfin comme lorsqu’on découvre vos opinions .

  20. Monsieur Verhaeghe,
    J’ai une précision à vous demander:
    J’ai lu Marx (en allemand), je sais ce qu’il entend par le mot « fétiche ». Mais qu’entendez-vous par « fétiche monétaire » dans le contexte de votre article?

    1. Le fétichisme de la monnaie chez Marx ?

      Une longue histoire, qui nous ramène à la notion de valeur. Qu’est-ce qui donne de la valeur à un bien? Le prix auquel on le vend ou le travail qui a servi à le produire ?

      Le paradoxe de notre époque est que celui qui travaille ne peut devenir riche. Celui qui hérite le devient. Car on ne s’enrichit pas par son travail, on s’enrichit par le travail des autres.

    2. Meci pour votre réponse.
      Oui, mais dans ce cas on ne peut que désirer un monde idéal peuplé de clones, sans différences interindividuelles – pardonnez mon cynisme.

    3. Bonjour M. Verhaeghe,

      Tout d’abord bravo pour votre démarche. Vous vous préparez des moments difficiles. Votre démarche n’en est que plus louable même si je n’adhère pas non plus à votre vision du rôle du cadre au sein du pacte social et ceci malgré que je sois cadre supérieur.

      Pour ce qui est de notre époque, certes elle ne permet pas de s’enrichir par son travail mais cela n’est pas à mes yeux ce qui fait son originalité. En fait, il en a toujours été ainsi, sauf si on met à part les trente glorieuses et encore uniquement en occident, soit somme toute une période extrêmement courte au regard de l’histoire (même de l’histoire du capitalisme) et pour une proportion de la population mondiale plutôt restreinte.

      Cette période atypique d’enrichissement par le travail (enrichissement très relatif mais réel) n’est que le résultat d’un lâchage de lest progressif convenus entre les puissants du monde occidental au début des années 50 afin de parer la menace électorale communiste qui menaçait, selon eux, de faire passer tous les pays de l’Europe de l’Ouest au sein du bloc de l’Est.

      Aussi, en toute logique, lorsque le bloc de l’Est à disparu, la menace électorale qui n’était déjà plus ce qu’elle était a fini par s’envoler définitivement. Il ne faudra donc pas longtemps, et cette fois aucune concertation ne sera nécessaire, pour que les patronats du monde entier en tire les conclusions. En clair, nous sommes retournés à la norme. Il s’en suit donc naturellement un appauvrissement de ceux qui sont tout en bas mais également de la classe moyenne. Seul le haut du pavé s’en tire bien. Pour être honnête j’en fait parti. Cela ne m’empêche pas de dénoncer également cette réalité parfaitement inacceptable et contraire aux principes fondateurs énoncés lors de la révolution française et même aux idées du siècle des Lumières.

      Quoi qu’il en soit continuez! Bravo!

  21. La dette, comment :

    1973 – Loi 73-7 parue au journal officiel du 4 janvier 1973
    En 1973, les statuts de la Banque de France, laissés en suspend à la libération, sont modifiés par la Loi n°73-7 du 3 janvier 1973, signée par Pompidou, Mesmer, Giscard d’Estaing et parue au Journal officiel le 4 janvier 1973.

    Dans l’article 25, il est stipulé que :

    Article 25 :
    Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France.

    En pratique, cela signifie que la République s’oblige à emprunter sur le marché obligataire contre taux d’intérêt.

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    1992 – Traité de Maastricht
    Journal officiel n° C 191 du 29 juillet 1992

    Article 104 :
    1. Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales”, d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la BCE ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.

    2. Le paragraphe 1 ne s’applique pas aux établissements publics de crédit qui, dans le cadre de la mise à disposition de liquidités par les banques centrales, bénéficient, de la part des banques centrales nationales et de la BCE, du même traitement que les établissements privés de crédit.

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    2008 – Traité de Lisbonne

    Article 123 :
    1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées «banques centrales nationales», d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.

    2. Le paragraphe 1 ne s’applique pas aux établissements publics de crédit qui, dans le cadre de la mise à disposition de liquidités par les banques centrales, bénéficient, de la part des banques centrales nationales et de la Banque centrale européenne, du même traitement que les établissements privés de crédit.

  22. Voici un historique de l´évolution du droit de création monétaire depuis 1973 :

    3 janvier 1973 – Dans la loi portant sur la réforme des statuts de la Banque de France, nous trouvons en particulier cet Article 25 très court qui bloque toute possibilité d´avance au Trésor : « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l´escompte de la Banque de France ». Cette décision correspond à une privatisation de l´argent et ramène la Nation au même rang que n´importe lequel de ses citoyens. La dette publique trouve son origine précisément là.

    1976 – Sans aucune justification économique, sans débat public préalable, le Gouvernement de Raymond Barre décide que l´État paiera les intérêts de sa dette au-delà du taux d´inflation. Ce faisant, il place l´État au service des créanciers. Et l´on s´étonne du montant de la dette publique après trente-deux ans de ce régime ?

    1981 – N´oublions pas, dans ce parcours, la proposition de loi organique du député et économiste Tovy Grjebine, n° 157, enregistrée le 22 juillet 1981. Cette loi avait pour but de limiter le rôle de l´endettement dans la création de la monnaie et de permettre une nouvelle politique économique assurant la résorption du chômage et l´indépendance énergétique, en utilisant une technique de financement obtenu par le changement des contreparties monétaires. Cette loi qui aurait permis à la Nation de financer son développement sans s´endetter n´a pas été votée.

    1992 – La gauche au pouvoir nous invite à ratifier par référendum, les yeux fermés, le traité de Maastricht qui précise en son article 104 : « Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales” d´accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l´acquisition directe, auprès d´eux, par la BCE, ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »

    4 août 1993 – La loi n° 93.980 est votée. Cette loi donne son « indépendance » à la Banque de France et interdit à celle-ci, dans son article 3, d´autoriser des découverts ou d´accorder tout autre type de crédit au Trésor public ou à tout autre organisme ou entreprise publics, de même que l´acquisition des titres de leur dette. L´État est désormais condamné par le plus haut niveau du droit à subir une charge non nécessaire d´intérêts.

    2008 – Alors que le Traité pour une Constitution Européenne, qui réaffirmait l´article 104 du Traité de Maastricht, était rejeté par une large majorité du peuple français lors du référendum de 2005, ce traité, remodelé dans la forme mais pas dans le fond et baptisé Traité de Lisbonne est cette fois ratifié par l´Assemblée Nationale et confirme cette disposition dans son article 123.

  23. Il n’est pas surprenant que le Figaro sorte un article fielleux sur Mr Eric Verhaghe. On ne trahit pas ses pairs ou plutôt sa caste sans retour de bâton.
    Maintenant pour ma part puisque c’est cela que l’article du figaro sous-entend je souhaite vivement que « l’orchestration » de la sortie du livre fasse recette cela signifiera qu’il est lu.
    Il ne faut pas que le débat sur cette crise reste dans un cercle étroit il faut qu’il s’élargisse à tous ce n’est qu’à ce moment-là que l’on avancera.

    1. J’ai trouvé l’article du Figaro plutôt indulgent, vu la commande que le journaliste avait reçu. Il a même eu l’honnêteté de ne pas le sortir en version papier.

  24. J’ajoute….
    Il sera intéressant d’avoir le même historique pour toutes les Banques Centrales (dans un premier temps en Europe), de voir ainsi les éventuelles évolutions de leurs lois et statuts et de les mettre en parallèle…..

  25. @Eric Verhaege
    J’espère que vous avez du souffle , en plus d’avoir un certain panache…. .
    Nous en avons besoin, pas du vôtre seulement, mais le vôtre ne fait pas de mal , en espérant que ce n’est pas uniquement lié à la promo de votre livre.

  26. je vais quand même donner mon avis sur le medef, qui reste l’appareil d’un certain Seillière (dans l’idée, parisot n’étant qu’une image), comment peuvent ils (ces membres) ce croire patron, alors que ce Seillière une fois suisse-air couché n’a d’autre idée que de ce cachet derrière l’état (en prétextant qu’air-france sous-traite 40 avions) pour ce désengager de son absence d’idée, alors qu’un Virgin au même moment cherche à ce développer sur ce créneaux.
    Si y un truc qui m’exaspère c’est le medef qui ce prétend syndicat du patronat, alors qu’il est syndic des parachutes en or (voir en diamant) et de pseudo-banquier (une banque traditionnel s’inscrit dans une durée et évalue un risque, un actionnaire ne s’inscrit que sur des bénéfices et ce défausse sur un dirigeant pour assumer les risques) a réussit à détruire l’image des « vrais » patrons: les artisans, commerçants, pme, paysans.
    Bref le medef est un syndic de financier, mais à fait croire (par orgueil) qu’il était un syndic de patron, chose qui n’a pas du ce produire depuis 1/2 siècle.

  27. Et quelle force politique converge avec les écrits de mr verhaege ?
    le front de gauche
    aux trois prochaines élections, il s’agira d’être cohérent.

  28. Mr Verheaghe,
    Il me semble être en accord avec votre constat sur la nécessaire « réforme »banquaire,sur la croyance aveugle en la monnaie comme valeur de référence,sur le trie à faire entre « la dette »,sur le rôle du travail dans la création réelle de richesses.
    Aussi,il me semble que les premières mesures d’urgence seraient de:
    -Réintroduire de tout urgence le Glass-Steagall act sous sa forme originel.
    -(donc après avoir expurgé tous les titres toxiques)Revenir à un système de Crédit Productif Public et une Banque Nationale sous contrôle citoyen pour réinvestir dans l’économie Réelle et de grands projets d’avenir.
    -Effacer toutes les dettes de jeu et rééchelonner celles qui pourraient être légitimes.
    -Remettre en place des taux de changes fixes entre les monnaies(modulables selon les besoins des différents pays).
    -Remettre au centre la créativité humaine comme principe fondateur de nos républiques.
    -Et je rajouterais revenir à une politique économique sur le temps long(penser en terme de plusieurs générations).
    La crise que nous traversons n’est effectivement pas que d’ordre économique,et vous avez raison d’insister sur le rôle de l’éducation. Nous traversons,en fait une crise bien plus profonde de Civilisation,aussi faudrait-il se pencher par ailleurs, sur le rôle essentiel que joue la Culture sur nos vies et en quoi l’immanence dans laquelle on nous plonge est-elle le relais invisible des marchés et leurs « court-termisme »?
    Merci pour la qualité de votre article(et du Blog en général) et excusez d’avance du ton utilisé ici,le temps est hélas très court…..

  29. @ Verhaeghe dit : 25 janvier 2011 à 01:26

    Le paradoxe de notre époque est que celui qui travaille ne peut devenir riche. Celui qui hérite le devient. Car on ne s’enrichit pas par son travail, on s’enrichit par le travail des autres.

    Voila bien un discours qui encourage à travailler.

    Il laisse entendre qu’à d’autres époques, il était possible de s’enrichir en travaillant, mais que cela n’est plus le cas.

    C’est avec des discours comme celui-là qu’on démotive les jeunes générations, et qu’on les incite à la révolte en leur désignant les riches comme étant ceux à abattre. Ce sont de mauvaises gens qui s’enrichissent par le travail des autres.

    La vérité tient surtout au fait qu’à une autre époque, on vénérait le travail partout.

    Depuis l’instituteur, jusqu’au guide spirituel, quelle que soit sa religion. Le discours tenu était aussi le même chez les parents à l’égard de leurs enfants, chez les employeurs à l’égard de leurs employés, tout le monde présentait le travail comme le moyen de s’élever socialement, donc financièrement. Ce discours a fonctionné jusqu’au milieu du siècle passé en Europe occidentale, avant que les théories marxistes se soient plus largement diffusées grâce à l’enseignement secondaire et supérieur étendu à une plus grande partie de la population.

    On mesure chaque jour davantage les dégâts provoqués par des discours de ce style tenus par des gens ayant fait des études et qui, en refusant d’entrer dans le jeu l’émancipation et de la progression sociale par le travail, se retrouvent en situation d’échec personnel. Plutôt que de faire une analyse objective des raisons de leur échec, ils s’emploient à diffuser un état d’esprit négatif qui vise à décourager les autres, à dénigrer le travail, à pousser le plus possible de personnes vers l’anarchie et le chaos, comme si c’était voie vers le bonheur.

    Dès lors que chez nous, on conditionne les gens à ne plus travailler, il ne faut pas s’étonner que les investisseurs regardent vers d’autres régions. Là bas les gens travaillent, ils gagnent plus qu’ils ne dépensent, ils s’enrichissent en travaillant et prêtent à ceux qui veulent consommer sans travailler.

    Voila la solution. Consommer sans travailler. Consommer l’héritage de ceux qui ont travaillé. Consommer son capital, sa civilisation. Accélérer son extinction. Le suicide généralisé.

    1. Cette confrontation de la phrase d’Eric Verhaeghe et de ce qu’elle sous tendait , avec la perception qu’en a eu Jducac , est un grand pas en avant dans la mesure des écarts entre vérité et réalité .

      Et une forme d’espoir .

    2. @ Juan

      Trop aimable Don Juan. Un grand pas vers JDucac, même pour mesurer un écart, c’est juste un pas vers l’abîme. Ou au mieux vers un ilot désertifié au milieu de l’océan des pensées dépacifiées (des pas s’y fier non plus); ilot où en brave dernier des mohicans, en Robinson du glorieux et orgueilleux dessèchement sacrificiel, il s’acharne à délivrer ici son édifiant testament édificatoire à l’usage d’un passé à jamais moulu et remoulu. La simple décence exigerait de le laisser achever son œuvre en paix avec lui même dans ses douillettes certitudes marmoréennes, et en pétard avec le reste du monde.
      Après tout, il écrit suffisamment bien – que dis-je ! excellemment ! – pour nous contenter de supporter sa présence décorative en plus de l’usage d’accessoire antithétique qu’il offre aux jeune novicex et autres lapins de six semaines.

    3. Jducac voudrait des discours qui encouragent à travailler .

      Le problème , c’est que « vénérer » est un verbe a plusieurs sens …..
      « Rendre un culte à Dieu, à un saint ou à des choses saintes ou sacrées. Adorer; Avoir un attachement ou un respect profond pour une personne  »

      M’enfin ,mr Ducac, mr Verhaeghe n’est pas marxiste !.
      Si un type comme lui, qui a autant bossé, si ce type dit qu’il y a un problème dans le monde du travail d’aujourd’hui, c’est qu’il se passe des choses que peut être vous ignorer .
      Allez , demain j’achète son bouquin, et si vous voulez , un fois lu, j’vous l’envoie par la poste .

      Vous savez « la poste » , ces gens en jaune ,souvent en grève …
      http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5g24e5XnUpPi3bPs8LHB8BHqzZ4Lw?docId=CNG.e2462d4df7712ee43f9c00073e835749.931

  30. la satisfaction des élites

    À l’origine, le statut d’élite n’est pas accordé par la détention du pouvoir, mais par l’autorité morale;
    Aujourd’hui, l’élite finit par désigner l’occupation d’une position ENVIABLE;

    (Wikipedia)

    Ne pourrait-on pas utiliser un autre terme qui porte moins à confusion ?

    1. Enviable pas pour tout le monde, Verhaeghe l’illustre à merveille, même s’il en a quitté une falsifiée, qui se coopte et s’autoproclame telle plus qu’elle ne se voit accorder un quelconque statut, pour accéder à une autre, authentique celle-là, plus âpre gagner, celle de ceux qui combattent, à cœur ouvert, au risque de leurs tripes, celle de ceux qui libèrent en se libérant..

    2. oui, voilà pourquoi il ne faut pas confondre élite = qui a des compétences spécifiques, une rémunération élevée et le sens des responsabilités qui va avec .
      et zélites : ceux qui sont « en cours » actuellement = position statutaire exagérément rémunérée, copinage, coquinage, compétence non prouvée, et qui en abuse ; et aucun sens des responsabilités .

  31. Je n’imagine que la société de l’après-2008 ait un autre objectif politique que l’éradication de l’ignorance et de l’échec scolaire.

    Je vous trouve bien ambitieux à rêver d’éradiquer l’ignorance et l’échec scolaire. En termes d’engagement politique, j’épinglerais une telle promesse de démagogie.

    « ce sont les mots de quelqu’un qui a vu » C’est ainsi que vous témoignez dans l’article de l’huma pour décrire votre aventure actuelle.

    Quelqu’un qui a vu, je suis aussi, pour avoir rencontré depuis 25 ans dans une partie de mon activité professionnelle en consultation ambulatoire dans un centre de type médico-psychologique des mômes en panne avec les lettres, à lire ou à écrire, agglutinées pour du sens. Ceux que j’ai rencontrés ne venaient pas me rencontrer pour « ça », mais pour autre chose, le « ça » était latéral et pas forcément lié a priori.
    Ce genre de centre pratique des réunions où discutent des représentants de diverses disciplines, car y sont proposés à longueur d’année des entrants, ou nouveau « cas », pour lesquels il s’agit d’indiquer un traitement…
    Ceci pour dire qu’en témoignage indirect j’ai aussi beaucoup entendu parler de… « ça »
    Éradiquer…le terme est fort et en dehors de la variole, j’ignore ce qu’on a pu éradiquer quelque part.
    Mais pour l’ignorance, il ne saurait être question que de niveau.
    Et une partie de la réponse est lequel ?
    L’école obligatoire jusqu’à 16 ans ayant déplacé le curseur…
    Mais aussi pour quoi en faire…puisque bien des élèves s’inquiètent du pourquoi on veut les forcer à s’élever plus haut qu’ils n’en voient l’usage, forts de leur ignorance de couteau suisse des savoirs.
    Cette préoccupation est manifestement inversement proportionnelle au milieu socio-économique comme on dit pour ne pas dire tout simplement économique, malgré des exceptions dans les deux sens qui confirment la règle ordinaire.
    De plus l’ignorance peut-être active et cultivée. Entre ce qui est permis de savoir, donné à savoir, interdit de savoir, de fines transmissions-contaminations-contagions existent et fabriquent à l’occasion le débilou accueilli à la Maison Départementale des Personnes Handicapés qui offre le statut à vie. (Pas réglementairement, puisque les textes prévoient une sortie du handicap, mais c’est l’exception là encore qui confirme qu’entré là on y reste). Ce qui offre l’avantage pas négligeable de subsides divers voire d’emploi protégés ou assistés.
    La débilité, ça se fabrique comme l’intelligence au sens qu’a donné M. Binet à ce terme, en disant que c’est ce que mesure son test.
    On croise en sur-nombre des débilous chez les défavorisés, et en sous-nombre chez les favorisés ce qui montre bien sociologiquement que les favorisés le sont ontologiquement par quelque chose qu’ils ont en plus et les autres en moins.
    On n’a pas encore trouvé quoi, mais la génétique offre tellement d’espoirs.

    Les troubles du langage oral ou écrit constituent l’objectif 96 de la loi de santé publique du 9 août 2004 qui est d’ « améliorer le dépistage et la prise en charge des troubles du langage oral et écrit ».

    Aussi en 2007 l’Inserm a produit une expertise de 800 pages « Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie bilan des données scientifiques ». Une somme traitée du point de vue de la psychologie cognitive, des neurosciences. (neuropsychologie, neurobiologie et génétique)
    Un professeur de sciences de l’éducation en disait qu’ « au bout du compte, c’est toujours la pathologisation de la difficulté scolaire qui se profile, avec un dessaisissement des enseignants et un surinvestissement des personnels de santé très spécialisés ».

    L’apprentissage n’est plus une affaire ni d’instruction, ni d’éducation, mais est devenue un problème de santé publique.
    Or il n’existe pas plus d’homme neuronal, d’homme cognitif, d’homme comportemental, d’homme génétique que d’homme normal, sinon comme fiction statistique.
    Par contre les discours ambiants fabriquent à la chaîne cette nouvelle réalité.

    Vous n’ignorez pas qu’une fois que les experts ont éclairés les politiques sur le mal et les remèdes, s’ensuit des effets de traitement qui consistent par exemple à diffuser dans toutes les agences régionales puis départementales de santé (ARS), le savoir disponible, dans les corps professionnels concernés, notamment les enseignants qui petit à petit se scindent en vieux rebelles et jeunes formés à détecter les dyslexiques, les dysorthographiques, puis instruire les parents de la nouvelle maladie qui se répand etc…sans parler du Net !

    Combien de temps avant l’atterrissage forcé et officiel de la fameuse méthode globale ?

    Je n’ai pas et n’aurais jamais la vue d’en haut, mais en bas, sur le tas, un par un et au long cours certains enfants m’ont appris qu’ils pouvaient être piégés par des théorisations suspectes, comme ce blog montre qu’il en court dans cette chimère d’un champ économique isolable, avec pièges et dégâts pour d’autres ignorants.

  32. Je me permets d’ajouter deux commentaires à cet article initial, car il me semble que le débat à l’étranger va meilleur train qu’en France, et cela mérite d’être signalé.
    1) en réponse au discours d’Obama sur l’Etat de l’Union, le leader des républicains américains, Paul Ryan, a fait une déclaration que les Français qualifieraient d’alarmiste: « Notre pays est au bord du précipice ». En tout cas, le discours outre-Atlantique est quand même plus musclé que chez nous.
    2) j’invite chacun à se pencher sur le discours du gouverneur de la Banque d’Angleterre, prononcé hier, où il stigmatise la baisse des salaires réels depuis 6 ans. Il souligne notamment qu’il faut remonter aux années vingt pour retrouver une telle baisse. Il a en outre le mérite de dresser l’état de la question monétaire et de l’inflation, dans toutes ses limites.
    http://wp.me/p1iF5F-2n

    Sur le fond, nous avons bien deux sujets aujourd’hui.
    D’un côté, nous devons forger la doctrine économique et politique pour le monde de demain.
    D’un autre côté, nous devons commencer la prise de conscience des dangers imminents qui nous guettent.

    1. Je suis d’accord pour le danger imminent, mais cela passe par la télé, qui ce résume à « que du bonheur », quand on renverra une image plus dur, c’est qu’il sera trop tard, notre ministre abdique enfin à préciser une hausse des prix à l’alimentation, pour ma part j’étais l’oiseau de mauvaise qui a annoncé 20% d’augmentation sur les produits de base l’été dernier, je n’ai pas tenu assez compte de l’inertie, à voir pour cet été.

  33. Parait que 2011 serait une bonne année pour « forger »
    http://www.plurielles.fr/horoscope/astrologie-chinoise/horoscope-chinois-2010-l-annee-du-tigre-de-metal-5638990-402.html

    Ps / le mot « atterrissage » renvoie à la notion d’une fin obligée au déni de réalité .

    Pour ma part, le plus gros danger à venir est la nouvelle romance de ce style politique importé des US où les « histoires » priment sur le réel .
    Nous avons eut (en peu de temps) un Irak détenteur d’armes de destructions massives, un virus obligeant à un vaccin de masse , des banques à renflouer pour sauver la planète …

    Le prochain chapitre sera du même style , un écran de fumée pour distraire l’intelligence humaine des vrais problèmes .

  34. Pourquoi nos dirigeants ne feront rien pour nous en sortir ?
    Parce qu’ils connaissent au moins deux expressions populaires :
    « Quand on a commencé à étrangler le chat, il ne faut surtout pas relâcher. »
    Nos maîtres on bien conscience qu’ils y sont allé un peu fort et que nous rendre bun peu d’oxygène pourrait nous donner la force de les griffer.
    « Un tiens vaux mieux que deux tu auras. »
    Les amasseurs de fortune ont une vision tellement optimisme sur notre avenir collectif que cela représente une obligation de prospérer dans l’urgence, sans aucune préoccupation pour le long terme, tout juste pour le moyen. Quitte à saborder l’avenir collectif pour épargner celui de leurs proches. (Des fois que le chat ne crève pas tout à fait…)

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