L’actualité de la crise : IMPROBABLE GOUVERNANCE A DAVOS, par François Leclerc

Billet invité

Pour peu que l’on farfouille un peu, le Forum de Davos peut décidément receler des perles. Le soulèvement égyptien en a largement occulté le retentissement, mais n’a rien enlevé de l’intérêt aux événements où l’on n’accède que muni du précieux sésame qu’est le White badge, où le off the record est de rigueur.

Que retiendra-t-on de cette édition ? Ce ne sera ni l’ode à l’euro entonnée à la tribune par ceux-là mêmes qui ne disent pas comment ils vont le défendre, ni les exposés de politique économique diamétralement opposés de David Cameron et Tim Geithner, l’un en faveur de la rigueur budgétaire, l’autre soucieux de ne pas entraver la croissance. Car ces numéros étaient trop convenus.

Non, ce seront les propos restés confidentiels, tenus lors d’une réunion strictement privée organisée par les représentants des mégabanques, sous la présidence de Jamie Dimon (JP Morgan Chase), avec la participation présumée de Peter Sands (Standard Chartered), Brady Dougan (Crédit Suisse) et Bob Diamond (Barclays).

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DE LA STRATEGIE DU CAPITALISME, par Crapaud Rouge

Billet invité

Si Darwin avait travaillé comme Weber, il aurait intitulé son œuvre « De l’Esprit de la nature », il aurait été encensé par les religieux, incendié par les scientifiques, et l’on en serait encore à se demander ce qu’il en est de cet esprit. Si Weber avait travaillé comme Darwin, il aurait accumulé les faits, discerné entre eux un principe commun, et il ne ferait pas de doute aujourd’hui que le protestantisme, vecteur d’une nouvelle éthique du travail d’inspiration biblique, a été le berceau du capitalisme moderne.  Darwin a eu le succès que l’on sait parce qu’il a découvert l’évolution des espèces, et mis en avant un principe général pour l’expliquer : la sélection naturelle. La valeur explicative de ce principe est nulle mais sa valeur logique suffisante : après que des espèces ont réussi à s’adapter, il est toujours possible de dire qu’elles ont été « sélectionnées » et les autres « éliminées ». Mais le latin selectio signifie choix : ce  principe laisse donc entendre que la nature « choisit » les espèces qui vont survivre, ce qui est aberrant eu égard au déterminisme qui ne laisse pas le  choix. Mais qu’importe, Darwin a mis un mot sur l’action supposée de la nature, et c’est ce qu’il devait faire, sinon il eût fallu admettre que les espèces évoluent parce que c’est « l’esprit de la nature » qui le veut. Il a donc trouvé, sinon le mot juste, du moins celui qui convenait, alors que Weber a raté son coup. Il décrit des comportements typiques, tire le portrait robot du capitaliste, mais ne va pas jusqu’à extraire la quintessence de ses observations, c’est-à-dire un principe d’action général qui serait absent des innombrables formes antérieures du capitalisme.

Si, à l’instar de Darwin, il avait laissé les faits décanter lentement dans sa mémoire, il aurait découvert, qu’à la différence de leurs prédécesseurs, les capitalistes protestants ont imaginé et exécuté des stratégies. Une stratégie est un ensemble d’actions qui présente une cohérence globale et confère à chacune sa raison d’être et son utilité, alors que les mêmes, effectuées sans stratégie, seraient insensées. L’on me rétorquera qu’ils ne furent pas vraiment les premiers, que les êtres humains utilisent des stratégies depuis la nuit des temps, que l’on ne sait pas trop desquelles il s’agit, et que le mot est aussi fourre-tout que le principe de Darwin. Soit, mais laissez-moi finir.

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LES INEGALITES D’HEISENBERG SONT-ELLES UN PARADIGME QUANTIQUE ?, par Bernard Laget

Billet invité

Cet article propose un regard « classique » sur un pilier conceptuel de la mécanique quantique ; en considérant comme vraie l’hypothèse de Planck qui introduisit en 1900 le quantum d’action, et s’attardant sur la définition classique de l’action. Il est implicitement supposé qu’il ne faille pas attribuer au monde des particules ou phénomènes élémentaires une ontologie spécifique de nature à épaissir leur mystère comportemental. L’échelle et l’inévitable perturbation d’une observation d’ordre macroscopique sur le monde atomique est un fait indéniable à avoir présent à l’esprit. L’auteur suspecte le formalisme quantique de découpler une interprétation « classique » d’une interprétation classique, car ce formalisme repose sur une construction mathématique abstraite crée pour la circonstance et surtout ininterprétable physiquement, ces considérations  constituent « l’étrangeté » quantique. Il faut cependant remarquer que le formalisme et les évolutions qu’il a subit est entouré d’une rigueur telle que les prédicats auxquels il a donné lieu ont toujours été vérifiés, Ainsi c’est forgé l’idée qu’une physique mathématique rigoureuse fondée sur la logique Booléenne et les structures de groupes puisse devenir l’outil d’interprétation du réel, en renoncant méme a ce que une compréhension d’ordre sensible ou intuitive puisse avoir un sens.

Une interprétation classique d’ordre sensible ne trouve un sens que dans le monde macroscopique qui est le notre, le passage de l’un a l’autre constituant le thème récent de la « décohérence ».

Le concept d’action et sa signification en physique est à creuser attentivement car étonnement les variables conjuguées qui apparaissent dans la définition « classique » de l’action se retrouvent dans les « inégalités » empreintes du concept « d’anti commutativité » attribut propre à la mécanique des Matrices d’Heisenberg, Jordan et Born ; mais plus encore dans le théorème d’Emmy Noether qui traite des quantités conservées quant existe une symétrie de la quantité conjuguée (ce n’est bien sur pas le sujet ici).

La condition que fait peser sur l’action « classique » la mécanique quantique est celle de la constante de Planck qui plafonne l’action à une valeur minimale, et qu’Einstein interpréta des 1905 par les quantas de lumière. La validité opérationnelle des inégalités n’est nullement remise en question dans cet article, mais plutôt son origine conceptuelle.

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L’actualité de la crise : LES MÉGABANQUES, LEURS MEILLEURS ENNEMIS, par François Leclerc

Billet invité

Peut-on revenir sur notre promesse de ne pas parler de Davos ? Sans regret oui, car perdu dans le nombre, un petit débat sans importance auquel Gary Cohn participait y incite. Mais de qui s’agit-il ? Du numéro 2 de Goldman Sachs, moins médiatique que Lloyd Blankfein qui fait si souvent parler de lui, et sans doute pas autant habitué des micros.

Croyant bien faire – s’écartant semble-t-il du texte écrit de son intervention – Gary Cohn pensait avoir trouvé l’argument décisif pour contrer tout durcissement de la régulation des banques, lorsqu’elles sont considérées comme trop importantes pour faire faillite en raison de leur risque systémique. En fin connaisseur d’un monde que sa banque finance, il a mis en garde contre l’adoption de mesures supplémentaires en raison de leur dangerosité. Elles auraient comme effet, a-t-il expliqué, de pousser vers le monde opaque et non régulé des hedge funds les opérations financières les plus risquées. Un argument non sans fondement, il est vrai, à condition de ne pas l’utiliser pour justifier moins de contraintes pour les banques.

Pour enfoncer le clou, Gary Cohn en est venu à déclarer : « Ce qui me préoccupe le plus, alors qu’en ce moment le pendule de la régulation oscille, c’est qu’il faudra la prochaine fois sauver les activités non régulées avec l’argent des contribuables, comme il a fallu le faire pour les banques, et qu’elles ne seront pas nécessairement en mesure de rembourser ».

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ETATS-GENERAUX DU RENOUVEAU, GRENOBLE, SAMEDI 29 JANVIER, 9h30–11h

Table-ronde « Crise financière ou crise sociale ? ». Je serai aux côtés de Jacques MISTRAL, Jacques JULLIARD et Karima DELLI.

Maison de la culture de Grenoble, 4 rue Paul Claudel, 38 100 Grenoble

Le programme complet est ici.

Si vous n’avez pas l’occasion d’aller à Grenoble, le débat sera retransmis en direct sur liberation.fr et sur eelv.fr où vous aurez en plus, l’occasion de nous poser des questions.

Lionel ZINSOU remplace Jacques JULLIARD.

© Alain Chaudet

© Georges Auspitz

Merci aux commentateurs du blog qui sont venus se présenter : Maître Dong, dag, Arnaud !

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 28 JANVIER 2011

Responsabilité de la crise
La main invisible d’Adam Smith
La philia d’Aristote
La loi Frank-Dodd
Les valeurs de la décadence
L’instinct de mort dans les cultures

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L’EXPANSION, « Spéculation sur les matières premières : Sarkozy a-t-il raison ? », LE 25 JANVIER 2011

Spéculation sur les matières premières : Sarkozy a-t-il raison ?

Entretien avec Laura Raim

Le président de la République a vivement critiqué une étude de Bruxelles mettant en doute l’impact de la spéculation sur la hausse des prix agricoles. Qu’en est-il vraiment ? L’avis du sociologue et anthropologue Paul Jorion.

« L’étude montrant que la spéculation ne conduit pas à l’augmentation du prix des matières premières au niveau mondial, je recommanderais une date pour la publier, le 1er avril », s’est emporté Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse lundi. C’est sûr que le rapport de Bruxelles tombe mal alors que le chef d’Etat fait de la lutte contre la spéculation sur les matières premières agricoles l’un de ses chevaux de bataille pour sa présidence du G20. Encore faut-il s’entendre sur la définition de la spéculation et en comprendre les mécanismes. Les explications de Paul Jorion, sociologue et anthropologue.

Comment spécule-t-on sur les produits agricoles ?

La spéculation se déroule sur les marchés « futures » ou à terme, c’est-à-dire où les intervenants fixent un prix aujourd’hui pour une transaction qui interviendra dans quelques mois. A l’origine, cela devait permettre aux négociants de se couvrir contre les variations de prix. Mais aujourd’hui, entre deux tiers et 90% des transactions émanent de spéculateurs. Il faut distinguer deux approches spéculatives : les investisseurs « longs » et les traders opportunistes. Les premiers achètent en général des parts dans des « fonds longs » constitués de « paniers » de matières premières, comprenant en particulier des produits agricoles et misent sur une hausse à long terme des prix, comptant sur des facteurs structurels comme l’accroissement de la demande chinoise. Ces investisseurs peuvent notamment venir sur le marché des matières premières pour se couvrir contre une baisse du dollar. Cette stratégie de long systématique génère une tendance à la hausse des cours.

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L’actualité de la crise : DEUX POIDS, DEUX MESURES, par François Leclerc

Billet invité.

« Nous avons deux petits mois devant nous pour réussir » : voilà ce que doivent se dire les hauts fonctionnaires et sherpas qui négocient actuellement la préparation du Conseil européen des 23 et 24 mars prochains, par ailleurs veille d’une importante échéance électorale allemande dans le Bade Wurtemberg. Voilà le répit qu’ils souhaitent se voir accordé par les marchés, qui témoignent d’une relative expectative tant qu’ils croient possible une heureuse issue à cette échéance.

De quoi s’agit-il ? D’aboutir à un compromis conjuguant un renforcement du dispositif de sauvetage financier européen – qui suppose une implication allemande plus poussée – et une cohérence fiscale plus affirmée, nécessitant que le gouvernement français s’engage dans une rigueur que – fin politique – il a jusqu’à maintenant cherché à repousser à plus tard.

Ces deux mois vont être longs à tenir, le succès à l’arrivée n’étant pas garanti, les libéraux allemands du FDP tentant de se refaire une petite santé électorale en jouant la carte de l’intransigeance. Les marchés, à qui beaucoup a déjà été raconté, n’entendant pas cette fois s’en laisser conter. Aujourd’hui, ils viennent de donner deux signaux clairs, en se précipitant massivement pour souscrire à l’émission obligataire du fonds de stabilité et en retendant parallèlement les taux des pays de la zone des tempêtes. Favorables à des euro-obligations qui diminueraient leur risque, ils craignent que les Européens ne se mettent finalement pas d’accord. La signature de l’Europe est confortée, mais il reste à ce qu’elle soit apposée…

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LES DANGERS DE L’INFLATION, par Charles Sannat

Billet invité

Tout le monde connaît le bon et le mauvais cholestérol. Il en va de même avec l’inflation. Au risque de choquer, il y a bien une bonne et une mauvaise inflation.

Essayons de définir ce qui n’existe pas officiellement, à savoir la bonne inflation, ce qui est interdit par les temps qui courent, dans la mesure où la pensée unique économique nous explique que l’inflation c’est forcément mauvais.

Souvenons nous d’un temps pas si lointain. C’était un temps que beaucoup ont vécu, c’était un temps de plein emploi ou presque, c’était un temps de reconstruction, c’était un temps d’insouciance, où demain serait meilleur qu’aujourd’hui et où nous entrions dans la modernité, le progrès et la consommation de masse. C’était un temps où nous avions besoin de bras, où ceux qui avaient juste un BAC ou moins en poche trouvaient du travail ; c’était un temps où vous progressiez dans l’échelle sociale, c’était un temps où « l’ascenseur social » fonctionnait à plein régime, bref c’était un temps, avec le recul, que beaucoup idéalisent et regrettent ; c’était le temps des trente glorieuses et c’était un temps d’inflation.

La croissance économique, les barrières mises aux frontières comme les contrôles des changes, le besoin de tout type de travailleurs voire même la pénurie de personnels qualifiés faisaient peser une pression à la hausse sur les salaires qui montaient et se réajustaient fortement en suivant voire en dépassant le taux d’inflation.

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