Archives par mot-clé : profit

Trans-Mutation – Paul Jorion : A quoi bon penser à l’heure du grand collapse ?

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Nous voulons, par Dominique Temple

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Nous voulons

Attention !

Il ne s’agit pas de doléances. Nous n’avons plus le temps. Il s’agit de mesures qui nous permettent de dépasser le système capitaliste, plus exactement de notre contribution aux propositions dont la convergence fera naître une société nouvelle. Le système capitaliste est en Europe à son zénith, au seuil de sa chute. Il s’agit de faire en sorte que son autolyse n’entraîne pas le chaos social.

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Trends – Tendances, « … Chez ces gens-là, Monsieur, on ne cause pas : on compte », jeudi 4 juin 2015

Nous devons à Ronald Harry Coase (1910–2013), Prix Nobel d’économie en 1991, l’idée que si nous voulons résoudre les problèmes écologiques causés par le sans-gêne de notre espèce à la surface du globe, il faut privatiser le peu de biens communs qu’il nous reste encore : en poursuivant leur intérêt, les entreprises se chargeront de remettre les choses en ordre, bien mieux que la bonne volonté brouillonne des États cherchant à résoudre les problèmes qui se posent à coups d’interdictions, lesquelles finissent par faire plus de tort que de bien, les conséquences non-maîtrisées des meilleures intentions du monde étant en nombre potentiellement infini.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 8 MAI 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 8 mai 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le 8 mai 2015. Et ce dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui, c’est d’une réflexion qui prend sa source, son départ, dans les discussions que j’ai en ce moment avec les autres membres de ce « Haut-Comité pour l’avenir du secteur financier en Belgique », auquel j’ai été nommé, c’était la semaine passée. Ça paraît déjà loin, parce qu’il y a beaucoup de discussions, il y a beaucoup de papiers qui circulent. Il faut déposer un rapport pour la fin décembre, et donc il faut que ça s’active assez rapidement.

Et dans les discussions qui ont eu lieu, ça m’est apparu tout de suite, et puis ça a un petit peu, comment dire, atteint un sommet, un point culminant, hier : on n’est pas sur la même longueur d’ondes, l’ensemble des gens qui travaillent là-dessus. Il y en a qui ont le sentiment, et c’est le mien – et j’ai posé la question, et le président de notre petit groupe a tranché en ma faveur – l’intérêt général que nous essayons de défendre, eh bien, c’est celui du citoyen belge, qu’il a défini lui comme étant le contribuable belge, et effectivement, d’une certaine manière, c’est lui qui nous commandite cette étude. Pour ce qui est des ministres et des directeurs de Banque Nationale, c’est le contribuable qui paye, effectivement, d’une manière indirecte ces gens-là. Nous, je vous le rappelle, nous on fait ça pro deo, on fait ça gratuitement. Nous, je veux dire, membres de la commission. Mais effectivement, l’intérêt général, c’est le citoyen belge. C’est lui qui paye les pots cassés quand ça ne marche pas.

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La rémunération de l’esprit d’entreprise

Je publie cet extrait du manuscrit du livre que je consacrerai à la pensée de Keynes comme un élément au débat ouvert par la publication du « billet invité » d’Édouard intitulé Réflexion sur la taxation des dividendes et plus-values.

On dit que le surplus est la différence entre le prix de vente et les coûts de production. C’est une bonne approximation, si ce n’est que l’on est alors immédiatement confronté à la difficulté de définir ce que l’on inclut dans les coûts de production. Il est classique aujourd’hui d’y inclure les salaires, et c’est ce que les règles comptables enjoignent de faire, mais est-ce légitime : les salaires ne sont-ils pas la récompense des avances faites en travail dans le processus de production, au même titre que les avances faites en terre par le propriétaire foncier, en fonds par le capitaliste et les avances en supervision/coordination de l’entrepreneur ? Et le paiement des intérêts ? Les intérêts ne sont-ils pas une part du surplus au même titre que le profit de l’entrepreneur ?

Si l’on repart de la structure prototypique du capitalisme qu’est le contrat de métayage tel que pratiqué aujourd’hui encore dans l’agriculture et dans la petite pêche, plutôt que de s’intéresser aux coûts de production, il vaut mieux concentrer son attention sur les coûts de la perpétuation de l’unité de production : du renouvellement du dispositif de production, et considérer que le surplus est la différence entre le prix de vente et les coûts de renouvellement. Sur le prix de vente il y aurait aussi beaucoup à dire mais je le traiterai séparément.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – Profit, par Michel Leis

Billet invité.

Voilà un mot à tiroir, un mot que l’on entend tous les jours, son apparente limpidité le met à l’abri de tout soupçon, mais certainement pas de la critique. Hors de la sphère économique, un profit est un avantage que l’on peut tirer d’une situation quelconque, on profite d’une opportunité, de la défaillance de son adversaire. Par extension, on parle du profit des entreprises qui serait l’avantage monétaire tiré de leur exploitation, mais il existe une ambiguïté fondamentale : en France, le profit n’existe pas en tant que tel dans la comptabilité. Il y a des soldes intermédiaires de gestion, un résultat net, mais nulle trace d’une ligne « profits ». Cette ambiguïté autorise la circulation de définitions et de concepts de nature différente. Pour certains, le profit est la rémunération du capital engagé dans l’entreprise, d’aucuns évoquent le profit économique, qui prend en compte la rémunération dont aurait bénéficié le capital s’il avait été placé sur un compte à terme ou tout autre produit financier. Le profit est fuyant, il s’évapore dans des paradis fiscaux, il est insuffisant, la faute aux charges qui accablent les entreprises, bien sûr. Profits records nous annonce-t-on, hausse du dividende versé par action, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes. Ah non, il paraît que nos entreprises ne sont pas compétitives, que leurs performances ne sont pas à la hauteur de leurs concurrentes.

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L’utilité et le profit, ou l’art des nuances

L’auteur d’un compte rendu de mon livre Misère de la pensée économique (Fayard 2012) écrit ceci :

… homo oeconomicus ne cherche pas à maximiser ses gains, mais son utilité, laquelle peut intégrer des dimensions d’altruisme ou d’empathie.

Le lecteur lambda de ce compte rendu en inférera, je suppose, que la définition que je donne de l’l’homo oeconomicus est qu’il cherche à maximiser ses gains plutôt que son utilité, et que j’introduis ainsi une distorsion dommageable, source de malentendus potentiels, puisque la définition classique parle bien d’utilité et non de gains.

Or ce que j’ai écrit, c’est ceci :

L’individu « rationnel » correspondant à cette représentation, baptisé « homo oeconomicus », a pour particularité de maximiser son utilité subjective dans une ignorance totale de ses concitoyens, poursuivant son intérêt égoïste sans jamais dévier de sa trajectoire, sa justification pour ce comportement a-social, pour ne pas dire anti-social, étant qu’il contribue ainsi à maximiser l’utilité pour l’ensemble de la communauté des gens comme lui : les homines oeconomici. (pp. 187-188)

J’ai écrit à l’auteur de ce compte rendu, lui faisant observer qu’il m’accuse d’un péché que je n’ai pas commis.

Il me répond ceci :

Je vous donne volontiers acte de ce que, contrairement à ce que je lis souvent, utilité pour vous n’est pas forcément synonyme de maximisation des revenus. Mais ce qui m’a fait tiquer, c’est l’expression qui suivait « intérêt égoïste sans jamais dévier de sa trajectoire ». Egoïste signifie bien « ne se soucier que de soi », alors que l’utilité peut intégrer le souci de (certains) autres.

Ma réponse :

Il n’empêche que le lecteur de votre compte rendu aura retenu que je confonds utilité et profit, quand vous affirmez que l’homo oeconomicus selon moi vise à maximiser ses gains plutôt que son utilité, ce qui est faux, puisque je mentionne spécifiquement l’utilité. Vous me dites maintenant que quand je dis utilité, je pense en réalité profit ; je vous réponds que ceci ne me distinguerait bien entendu pas de la quasi-totalité des lecteurs de la définition de l’homo oeconomicus au fil des âges mais que ce n’est pas ce que j’ai écrit, et qu’il s’agit du coup d’un procès d’intention.

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RFI, Carrefour de l’Europe, « L’Europe de la lasagne », dimanche 17 février à 12h10

J’ai eu l’occasion de donner mon opinion sur L’Europe de la lasagne. Enfin, j’ai parlé optimisation fiscale et marges de profit plutôt que sauce bolognaise.

Vous entendrez aussi sur le sujet José Bové et Monique Goyens (Organisation européenne des consommateurs).

RFI – Carrefour de l’Europe – Paul Jorion by pauljorion

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J’ai fait un rêve (et Laurence Parisot un cauchemar), par Michel Leis

Billet invité.

Après avoir écrit des billets sur la concurrence fiscale et appelé au retour de l’interventionnisme de l’Etat dans l’économie, peut-être est-il temps de proposer quelques pistes de réflexions sur le rétablissement des marges de manœuvres budgétaires. La difficulté de cet exercice réside dans la nécessité de peser sur les décisions des individus et des entreprises au travers d’une politique fiscale adaptée, alors même que la perception qu’ont ces individus et ces entreprises de leurs intérêts particuliers s’opposent aux indispensables réformes collectives.

Encore faut-il au préalable redonner un sens aux dépenses de l’Etat. Au nom d’une définition de plus en plus restrictive du domaine public, celui-ci a  réduit son périmètre d’intervention et les domaines qui restent dans son giron ne peuvent répondre aux critères d’efficacité et de rentabilité, pourtant érigés en dogme. En l’absence d’une vraie politique économique, l’Etat providence est dépassé. Ayant renoncé à guérir, il se contente de mettre des baumes pour calmer les douleurs les plus vives en quantité toujours plus dérisoire. Pire encore, une partie des Diafoirus politiques viennent de découvrir la saignée et ne s’en prive pas. L’Etat qui soigne n’est en aucun cas un Etat qui cherche à guérir, c’est bien là que ce trouve sa plus grande faiblesse. Cette réalité perçue par le plus grand nombre conduit à des comportements contradictoires, depuis l’égoïsme assumé (pourquoi payer pour une situation qui est amenée à perdurer) jusqu’au réflexe citoyen. C’est peut-être là une opportunité pour l’Etat : donner une cohérence entre la politique fiscale et des objectifs, c’est redonner la lisibilité qui manque à son action, c’est quitter la logique de simple financement pour faire des impôts un vrai levier d’action, au-delà des « gadgets » divers qui font pour le moment office de politique et dont l’effet est difficilement mesurable.

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ASCENSEUR POUR L’ÉCHAFAUD, par Michel Leis

Billet invité

Le caractère devenu hautement spéculatif des dettes souveraines, la multiplication des bulles, le nombre toujours croissant d’instruments et d’outils financiers sophistiqués dont il est si souvent question dans ce blog, tous ces constats renvoient à une vérité première : la spéculation est avant tout la quête d’un surprofit. Oui, mais voilà, en référence à quoi ? Si l’on met de côté l’aspect jeu (que l’on ne peut pas évidemment totalement écarter), le minimum de rationalité que l’on puisse attendre des acteurs du marché est qu’ils aient une idée des rendements pour un capital équivalent placé dans l’économie réelle.

Ma première hypothèse, c’est qu’il existe un référentiel collectif sur les attentes de profit. C’est celui qui s’exprime au travers des articles d’une certaine presse économique, qui se construit par l’observation des entreprises équivalentes, dans les dîners en ville, au travers des coteries d’anciens élèves et dans cette multitude de lieux d’échanges plus ou moins structurés qu’adorent fréquenter les élites. Les commentateurs boursiers expriment finalement une idée similaire quand ils expliquent la variation d’un cours par l’annonce de résultats supérieurs ou inférieurs aux « attentes » du marché. Ce référentiel a un caractère normatif, tant il influence la décision des investisseurs et des dirigeants d’entreprise tout en restant du domaine de l’ordre de grandeur.

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QUESTIONS À RÉSOUDRE (V) COMMENT SE DÉTERMINE LE SURPLUS ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un ensemble d’avances se combinent dans le processus de production : travail fourni par les travailleurs, matières premières mobilisées, avances en capital. Un surplus, une plus-value, se dégage de cette opération, essentiellement du fait de l’ébullition du monde sous ses deux aspects : d’une part, soleil, pluie, vent, ressources minières, énergie fossile, et d’autre part, effet collectif ou « bénéfice de la coordination » tel qu’il a été mis en lumière par Proudhon. Bénéficiant de l’institution de la propriété privée, certains intervenants peuvent revendiquer d’emblée, à l’aide d’un titre, leur droit sur ces différents types de contributions à l’ébullition.

À quoi reconnaît-on le surplus créé ? Il est constitué de la différence entre prix de vente et prix de revient. Le « prix de vente » s’obtient sur le marché primaire : celui où la marchandise est vendue pour la première fois, soit à un consommateur, soit, le plus souvent de nos jours à un intermédiaire. La manière dont le « prix de revient » est calculé varie selon que l’on accorde à un certain type d’avances une valeur « objective » fondée dans sa « naturalité » – un caractère d’indispensabilité qui lui est attribuée – ou qu’au contraire on considère arbitraire la valeur ajoutée de ce type d’avances parce qu’elle est en réalité sans impact authentique dans le processus de production. Citons ici les propos de Proudhon dans une lettre qu’il adressait à Madame d’Agoult à propos de son père et de la façon dont celui-ci mettait le profit entre parenthèses : « Madame, savez-vous quel était mon père ? C’était un honnête brasseur à qui l’on ne put jamais faire entrer dans la tête que pour gagner de l’argent, il fallait vendre au-dessus du prix de revient. Il soutenait toujours que ce serait du bien mal acquis. « Ma bière, répétait-il toujours, me coûte tant, mon salaire compris, je ne puis la vendre plus ». Qu’arriva-t-il ? Mon brave homme de père vécut pauvre, mourut pauvre, et laissa des enfants pauvres » (Correspondance t. II, P. 289 ; cité par Gide & Rist 1909 : 334).

Une contribution rémunérée mais sans « naturalité » réclamera son dû lors de la redistribution de la richesse créée en raison uniquement d’un rapport de force favorable qui impose sa présence. Ainsi, la coordination et la supervision que procure le chef d’entreprise pourront être considérées comme constituant davantage une gêne qu’un bénéfice par le ressentiment qu’elles génèrent ­– ce que tendrait à confirmer l’expérience d’entreprises à hiérarchie faible voire inexistante.

Mais, difficulté supplémentaire, rendant la question pratiquement insoluble : le rapport de force entre les parties prenantes lui-même contribuera à déterminer ce qui dans la représentation du processus que se font les membres des différentes parties prenantes (investisseurs, dirigeants et employés), apparaîtra comme une contribution méritant rémunération ou non.

Enfin, dimension supplémentaire encore : le prix de vente n’a pas lui non plus d’objectivité « dure », puisque sa détermination se fait dans un univers de concurrence entre producteurs, où une marchandise se vend ou non à un prix particulier en fonction de la présence sur le marché de marchandises équivalentes entre lesquelles les acheteurs potentiels peuvent choisir.

La différence entre prix de vente et prix de revient d’une marchandise, définissant le surplus créé à l’occasion de sa production, dépend donc de la concurrence entre les producteurs de marchandises semblables. Une fois cette différence entre prix de vente et prix de revient établie par la vente de la marchandise sur un marché primaire, elle devient l’enjeu d’un débat entre les groupes d’intervenants pouvant prétendre à une part de ce surplus, chacun de ceux-ci affirmant la « naturalité » de sa propre contribution et s’efforçant d’ailleurs de donner un fondement « solide » à sa revendication en prétendant que le prix de sa contribution propre relève de la réalité dure du prix de revient plutôt que de la différence relativement aléatoire entre prix de vente et prix de revient sur le marché.

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Gide, Charles & Charles Rist, Histoire des doctrines économiques depuis les physiocrates jusqu’à nos jours, Paris : Sirey 1909

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

 

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QUESTIONS À RÉSOUDRE (II) LE PROFIT, SOURCE DE TOUS NOS MAUX

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Robert Owen (1771-1858), réformateur gallois, l’un des fondateurs du mouvement coopératif, socialiste de la première heure, à qui le reproche fut fait d’être un « communiste » à proprement parler, considérait que le profit était la source de tous nos maux. Le profit affirmait Owen, est pure spoliation : on vole au travailleur un bénéfice qui devrait lui revenir. C’est en raison de la ponction du profit qu’il devient impossible au travailleur d’acquérir le fruit de son propre labeur et d’être par conséquent le consommateur de la même quantité de marchandises qu’il ou elle a produites. Le profit est donc purement parasitaire pour Owen. Mais si c’était effectivement le cas lui rétorquera un éventuel contradicteur, une situation de concurrence parfaite, non biaisée, devrait rapidement régler son compte au profit et le réduire à zéro. Non, lui répond Owen : le mot « concurrence » se contente de décrire le type de guerre à laquelle nous avons affaire, tandis que le mot « profit » renvoie lui au type de butin. Et comme le profit ne peut être justifié en aucune manière, il convient de l’éliminer.

Cela a-t-il un sens d’éliminer le profit comme Owen la préconise ? Gide et Rist analysent fort bien la question :

Il semble qu’on pourrait objecter à Owen ceci. De deux choses l’une :

Ou bien le profit rentre dans le coût de production et il ne se distingue pas de l’intérêt. Dans ce cas il est vrai que la concurrence, même parfaite, ne le fera pas disparaître puisqu’elle ne saurait faire plus que ramener le prix de vente au niveau du coût de production, mais dans ce cas le profit n’est pas injuste ni parasitaire puisque le produit se vend ce qu’il a coûté, ni plus ni moins,

Ou bien le profit ne rentre pas dans les frais de production et il ne se confond pas avec l’intérêt : c’est seulement l’excédent du prix de vente sur le prix de revient, et en ce cas en effet, on peut le considérer comme parasitaire, mais en ce cas aussi il doit nécessairement disparaître sous un régime de parfaite concurrence puisque un tel revenu ne peut être dû qu’à une situation de monopole plus ou moins caractérisé (Gide & Rist 1909 : 275).

La question peut-elle être tranchée : le profit du dirigeant d’entreprise constitue-t-il la rémunération d’un service authentiquement rendu ?

(à suivre…)

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Gide, Charles & Charles Rist, Histoire des doctrines économiques depuis les physiocrates jusqu’à nos jours, Paris : Sirey 1909

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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