HUMAINCRATIE. FRAGMENT 4, par Jean-Claude Baerts

FRAGMENT 4.

Nous avons vu précédemment :

F1
  • Une interrogation sur le vivre ensemble.
  • Avant-propos où Bergson nous explique qu’une innovation est nécessaire en présence d’un écueil.
  • Une liste non exhaustive de multiples écueils où le capitalisme conduit.

F2
  • Que l’Humanité est confrontée à son anéantissement à défaut de refondations par une évolution créatrice.
  • Qu’un nouveau paradigme propose de se focaliser sur l’humain.
  • Préambule soulignant le rôle de la fiscalité et sa mutation projetée.
F3
  • Introduction présentant une nouvelle voie vers la richesse des nations, laquelle sera bien plus vaste que la possession de biens et d’argent ou leur opulence.
  • Préliminaire définissant le coût du travail et sa valeur. Distinguer les moyens ou la force productive du bénéfice engendré.
  • Principes de la nouvelle voie, celui de base et autres.
  • Financements complémentaires concernés par les bénéfices.

Nous verrons dans ce fragment :

  • Un constat de bilan.
  • Du point mort, des capitaux et profits dans l’entreprise.
  • Cœur du problème.

A SUIVRE.

 

*Explicitations rencontrées :

(**) loi de l’appesantissement progressif des charges ou
loi des accroissements imperceptibles

à ce sujet la chronique de Amid Faljaoui du 8/8/2013. à propos de ‘Attention votre argent ne vous appartient plus !’ :

« Le problème avec ce genre de faible augmentation, on dit toujours que ce n’est qu’un petit chiffre, mais au final, c’est toujours la même façon de procéder : l’essentiel du message, c’est de faire passer la pilule d’une nouvelle augmentation, en précisant que le pourcentage est faible. Et puis d’année en année, ce pourcentage ne fera que monter. »

 

▲Constat.

Dans l’abrégé d’étude de 2005 « Défi d’humanité, le devoir d’oser », deux volets étaient mentionnés.

L’un était politique avec le modèle de la « Pluridémocratie » que proposait Maurice Balthasart, lequel décéda en 2010. Son modèle a été retravaillé récemment par Louis Ledonne in ‘Le risque d’utopie. Pour de nouveaux modèles sociétaux’.

Dans le deuxième volet j’abordais une réflexion économique sous la dénomination de « Synthèse-économie« .
Dans celle-ci était constaté qu’en limitant le coût salarial au salaire net, on retrouve dans le bénéfice de l’entreprise les taxations sur salaires, à savoir les cotisations sociales et l’impôt sur le revenu des travailleurs, pour autant que le chiffre d’affaires reste inchangé, c’est à dire que les prix de vente ne baissent pas sous l’effet de la concurrence.

Il en résulte alors un pouvoir d’achat inchangé pour les travailleurs vu un salaire poche invariable, des rentrées étatiques identiques disponibles sur bénéfice, et le même bénéfice pour l’entreprise assorti du même impôt de société.

Si donc de prime abord rien n’est changé au point de vue de l’importance des flux financiers, l’on peut se demander quel intérêt cela représente de transformer les charges sur salaires en un complément d’impôt sur le bénéfice, d’autant plus que celles-ci seraient hypothéquées par toute baisse des prix.

a) Point mort

Mais je soulignais ensuite qu’une donnée fondamentale et primordiale était changée, celle du point mort de l’activité ou son seuil de rentabilité, lequel se trouve drastiquement diminué. C’est dire que entreprendre devient plus aisé et que le risque en est moindre. Il en résulte un besoin réduit de capitalisation.

Au point de vue du financement c’est dire aussi que plus de la moitié, soit 55%, du coût salarial se déplace de l’amont, soit un financement ex ante à charge de l’entreprise anticipativement et indépendamment de sa vente, vers l’aval, soit un financement ex post, en fait au moment où les ventes se réalisent, ce qui signifie que les acheteurs en opèrent en fait le financement. Or pour les acheteurs rien n’est changé car ils payent le même prix que actuellement.

On pourrait considérer en quelque sorte que le financement de plus de la moitié du coût salarial au lieu d’être fixe, devient variable en fonction des ventes.

D’autres avantages majeurs pour les entreprises, les travailleurs et l’État étaient mentionnés :

  • diminution du nombre de faillites vu une maîtrise plus aisée des coûts de fonctionnement,
  • en conséquence une chute des irrécouvrables pour la communauté citoyenne et une meilleure stabilisation de l’activité économique.
  • facilité accrue pour réorganiser ou liquider une activité.
  • un besoin moins net de délocalisations d’entreprises.
  • une concurrence réduite de l’économie souterraine
  • une revalorisation de la main d’œuvre par rapport aux machines.
  • une revalorisation de la main d’œuvre de bas salaires.
  • une réduction probable du chômage.
  • une diminution du stress chez les travailleurs, un meilleur épanouissement et des coûts de santé sociétaux réduits.
  • l’annonce d’un pouvoir d’achat accru.
  • une garantie probable de paix sociale
  • une stabilité économique.
  • des frais de fonctionnement diminués pour L’Etat.

b) Mais focalisons l’attention sur le capital.

La présence de capitaux est nécessaire dans une société pour deux raisons (Adam Smith) :

L’une sert à financer anticipativement, avant encaissement des ventes, les charges nécessaires pour acheter, produire et vendre, notamment les coûts salariaux conditionnés par les charges salariales sociales et l’IPP, et également les investissements non couverts par des emprunts.

En termes actuels nous pointons le fond de roulement. De fait le fond de roulement est à couvrir par des capitaux permanents, c’est à dire ceux apportés par les actionnaires (Pierre Lassègue :‘Gestion de l’entreprise et comptabilité’, Précis Dalloz).

L’autre raison sert à assumer le risque de l’activité et de ces financements. Et ces risques se réduisent conjointement avec le point mort.

En outre si un capital est requis, il en est de même de sa rémunération, appelée profit (Adam Smith). Et le profit est une composante du prix de vente : plus le profit est élevé, plus les prix de vente sont élevés.

Or notre économie est meublée d’une myriade de capitaux inutiles destinés à financer anticipativement des taxes et des rentrées étatiques.

Et il est aisé de démontrer que ces besoins de financement s’accroissent au travers d’une chaîne économique en cascade (Adam Smith), comme autrefois la perversité de la taxe de transmission.

A ces capitaux inutiles sont immanquablement associés des profits inutiles qui grèvent indûment les prix et ainsi écornent le pouvoir d’achat des travailleurs ; situation absurde, et d’autant plus dommageable que les charges sur salaires sont élevées.

Evidemment si à l’origine celles-ci étaient une charge supportable (au départ en 1914, 3 tranches à l’IPP en France : 10%, 15%, 20%), maintenant elles ont plus que doublé (en Belgique, de 25% à 50%), et les charges sociales s’y sont ajoutées.

De fait, ce que j’appelle la loi de « l’appesantissement progressif des charges » (**Explicitations) a transformé au fil du temps ces charges en fardeaux impossibles à porter.

Le capitalisme réel et justifié s’est ainsi enflé d’un capitalisme virtuel et superflu, engendrant une déviance économique.

Virtualité due non pas à des banques déviantes, ni à des spéculateurs ou à une économie casino, mais elle a malencontreusement été imposée et instaurée par l’Etat comme moyen pour couvrir ses besoins.

En faisant cela il a brisé l’étalon universel de la valeur du travail pour lui donner une valeur artificielle qui pollue les coûts et les frais généraux, FG, de toutes les activités économiques. Celles-ci sont dès lors contraintes de prêter le flanc à une concurrence déloyale dans un contexte mondialisé.
Une économie non déviante s’appliquerait à financer taxes et rentrées étatiques sur base du résultat des activités économiques et non anticipativement par des capitaux lesquels ne devraient être destinés qu’à l’essentiel, soit le moteur et les investissements des activités, et pas à leurs conséquences. Ceci n’est que le propre d’une saine gestion et d’une saine Administration.

Nous voici arrivés au cœur du problème : y a-t-il moyen de revenir à une économie non déviante et pour cela que les charges sur salaires ne soient plus des charges d’exploitation pour les entreprises, et ce sans risquer d’amputer les rentrées de l’État ?

Nous allons voir que oui et cela est la bonne nouvelle.

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