La rémunération comme thermomètre de l’opinion politique

Je viens de consulter par curiosité (c’est proposé en lien sur Le Monde en ligne) un site qui répertorie la rémunération des présentateurs de télé. J’ai tout d’abord été rassuré en voyant que j’arrive à me faire autant dans l’année que le plus mal payé des 30 ou 40 dans la liste, mais j’ai été frappé de voir que des personnes qui me semblent de notoriété équivalente se font des rentrées allant de 45.000 € à un million d’euros dans l’année. Comment expliquer une telle disparité ?

Je ne les connais pas tous, mais pour ceux qui me sont familiers, il me semble que les gens sont plus ou moins bien payés selon qu’ils sont de droite ou de gauche ; j’ai l’impression que la jauge, c’est ça . Est-ce parce que les gens de droite rapportent davantage à la chaîne, ou que les gens de gauche sont considérés comme des « idéalistes » qui se fichent de l’argent et ne verront de toute manière pas la différence ? Ou est-ce tout simplement que les firmes annonceuses subventionnent plus royalement les personnes qui prennent dans le sens du poil les vues de leurs dirigeants ?

Si le principe était d’application générale, il y aurait peut-être là un moyen d’appréciation du lieu où se situe une personne sur l’éventail politique. Appelons « g » (pour « grugé »), la fraction d’argent « s » (pour salaire) que vous avez reçue en rémunération de votre travail dans la firme par rapport à l’argent que vous lui avez fait gagner « p » (pour pèse), alors si g = s / p, plus g est faible, plus vous êtes de gauche.

Vous me direz : « M. Jorion, vous avez vous-même été banquier, ce qui ne vous empêche pas de vous affirmer de gauche ! ». C’est vrai, mais dans la finance, il y a les décideurs grassement payés et les techniciens payés comme des salariés ordinaires et, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer, le test auquel on vous soumet de temps à autre  si vous êtes un bon technicien pour voir si vous feriez un bon décideur est celui de votre tolérance à la fraude – test auquel échouent hélas lamentablement les bons techniciens de gauche ! Ce qui est en réalité tout à fait rationnel (au sens curieux que les économistes attribuent à ce mot) puisqu’ils font ainsi la preuve qu’ils ne comprennent rien à la façon dont les choses marchent vraiment

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7 réflexions sur « La rémunération comme thermomètre de l’opinion politique »

  1. Ce billet me parle très clairement et mets des mots sur une sensation bien nette que j’éprouve régulièrement.

    Je sais aussi, dans un autre cadre, exactement ce qu’il suffirait que je fasse pour  » que mes affaires marchent mieux  » et je m’y suis toujours opposé.

    A vingt ans j’avais sidéré un ami de l’IUT qui me proposait un placement juteux, en lui disant  » plus tu me proposes de rémunération du capital, moins ça m’intéresse « ….

  2. Je ne regarde les chaines et autres émissions « d’informations » que pour observer la rouerie de ces présentateurs-journalistes et comparer les mécaniques enseignées par la bande ou développées personnellement par ces premiers de cordées à la soldes du pouvoir et justifiant leurs salaires.

    A ce jeu on est pris d’une addiction grave et très vite l’écran devient l’espace d’un second théâtre montrant les coulisses d’une manipulation de masse.
    Les mimiques, les intonations jusqu’aux tenues de ces dames aux longueurs et pointes étudiées dessinent la panoplie complète de la grande infox officielle.
    J’avais commencé voilà plusieurs mois une DECLINAISON sur le sujet mais affolé par le nombre de représentant(e)s des deux sexes, je n’aurais su qui choisir parmi les trop zélé(e)s prétendant(e)s.
    Départager les meilleurs s’est vite avéré une trop rude tâche … et … fort dépité, craignant de commettre une injustice dans la distribution des médailles, j’ai dû abandonner.
    (;-))

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    1. C’est un peu comme repérer dans le dernier James Bond, les sponsors grandes marques qui ont abondé le budget de production…

      La meilleure illustration que je connaisse :

      https://youtu.be/C_SUm0vQvBM

      ( M Moore « The big one », un très très bon doc, qui fait du bien )

  3. Cette disparité de rémunération est aussi un indicateur de l’état de pourrissement d’un des acteurs démocratique du pouvoir.
    Il permet aussi de poser la condition Sine qua non d’application de la fameuse règle économique du « ruissellement de l’argent des riches » qui se trouve être,
    Si tous les citoyens lambda consentent à faire allégeance au riche (avoir la langue brune), alors la règle du ruissellement s’applique et réduit les tensions sociales en simplifiant la notion de mérite qui se mesure par les « nuances de brun ».

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  4. m’efforce de ne plus regarder les « grands messes » informationnelles mais il y a relaps parfois.. Oh pour pas bien longtemps. Peut être que le miroir tendu ne me reflète pas vraiment et devrais je m’en inquiéter. Le phénomène est cousu de fils blancs, on ne s’embête plus d’ailleurs à les camoufler. Je trouve que l’état et le Capital dans leur suffisance, leur recherche commune du consentement (logique, faut placer ses produits) , du « feel good », du paternalisme en veston classieux et à diction chamarré collaborent vraiment bien et font de l’hybride bon teint, il y a pas de mal à se faire du bien quand même..

  5. Tiens en parlant de rémunération, l’opération démolition Ruffin, a déjà démarré :

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/05/27/francois-ruffin-l-ascension-d-un-opportuniste-la-strategie-du-coup-d-eclat-permanent-passee-au-crible_6081701_3232.html

    Le gars serait jaloux de Macron.

    Même si on peut légitimement toujours s’interroger sur la similarité des parcours des 2 jeunes ados adultes, passés par le même lycée de province…

    Comme on peut toujours s’étonner du petit cercle de gens qui se connaissaient avant déjà (même ville, lycée, groupe d’amis) dans beaucoup de succès et de réussites (tant politiques, que artistiques ou intellectuels,…).

  6. @ Paul (et à tous).

    Vivement des rémunérations au mérite! ( Pas sûr qu’on soit pour autant sorti de l’auberge…)

    Quand on se réclame d’un courant de pensée à préoccupation sociale et surtout si son gagne-pain dépend du jugement d’une opinion publique toujours plus prompte à crier à la « profitation » à mesure que les inégalités se creusent, on ne saurait s’étonner qu’une bonne partie des « gens biens » aient à coeur d’avoir l’air raisonnables…

    Ce qui n’épargne pas à beaucoup, quelques petites faiblesses tout à fait subsidiaires :
    Sentiment de supériorité assumé.
    Recours maladif au népotisme (avec commission ou renvoi d’ascenseur).
    Dissimulations et/ou phobies fiscales chroniques assorties de comptes numérotés aux Iles Caïman.

    Toutes tendances qui n’ont pas grand-chose à envier au pires penchants de la classe politique opposée,
    et qui sont aujourd’hui partiellement cause de cette désaffection généralisée vis à vis d’une gauche en recherche d’un idéal moins contraignant à traîner que cet ultime « boulet de la nécessaire probité des gens de gauche », qui freine injustement des instincts d’animal politique refoulés à grand peine.

    Mais n’en doutons pas, aucune tentation de ce type ne fera plier du côté obscur notre cher Paul Jorion.
    En douter serait simplement ignorer l’exigence de sa rigoureuse formation morale initiale…

    …D’abord tirée de sa Belgique natale probablement au sein d’une de ces écoles religieuses ou blasphème, hypocrisie et
    mensonge ne savent exister mais qui transformerait les meilleurs esprits, et surtout les plus libres, en athée forcené.
    Puis de différents établissements universitaires anglophones réputés, placés sous l’égide rassurante
    d’Autorités aussi vénérables que vénérés, mais dont nul n’oserait encore aujourd’hui témoigner des mauvais côtés,
    de peur du jugement de tant de camarades oubliés, tous usagers et amers gardiens d’une parcelle de la notoriété des maîtres.
    Enfin de ces peuplades « sous-développées » d’Afrique, tout juste libérées de l’odieux joug colonial européens,
    et désormais promises au progrès, sous la juste protection des autorités onusiennes!

    Douter d’un tel bagage, serait (sans aucun doute) voir le mal partout.
    Comme de penser qu’avoir un temps apporté son concours à des établissement de crédit US,
    (non sans les avoir publiquement dénoncé après avoir démissionné! ), alors que l’on ne songeait, au pire, qu’à faire ses
    preuves et à gagner sa vie au mieux, pourrait être considéré comme une forme de complicité avec « Le Système »!

    En douter, serait alors voir seulement dans la volonté d’action, de service, de prévention, d’alerte,
    que témoigne ce cumul frénétique d’activités multiples allant de l’exercice conjoint de la sociologie, de la
    psychologie, de la psychanalyse, de la prospective économique, de la colapsologie, de la mathématique, de l’écriture,
    discipline pourtant indispensable pour témoigner de son travail…
    … une intention habilement dissimulée d’enrichissement personnel.

    Qui donc ici oserait prétendre un si pitoyable calcul de la part de Paul.
    Personne.
    Lui-seul est en proie au doute, pour ses actions passées, présentes et à venir.
    C’est ce qui fait de ses jugements non pas des vérités indubitables, mais juste
    Une expérience précieuse, une référence qui compte pour nous tous.

    Pour moi, peu importent les actes en eux même, seul nos choix sont importants et plus encore, sans doute, les raisons
    profondes qui font que nous les assumons. La plus grande difficulté des humains réside probablement dans le choix du
    niveau de conscience qu’ils entendent adopter pour supporter le poids de leurs décisions.
    Manque de chance, cette conscience humaine selon Paul ( si je l’ai bien compris), serait une pure imposture…

    Eric.

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