Comment Al Capone est tombé

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Tout le monde connaît l’histoire d’Al Capone, que l’État américain n’arriva jamais à coincer pour ses activités de racket mais qui tomba pour une affaire de fraude fiscale. Vous savez aussi que les banques américaines donnent du fil à retordre aux autorités depuis que celles-ci tentent de remettre un peu d’ordre dans un secteur qui provoqua une crise inédite du système capitaliste tout entier. Vous lirez du coup avec intérêt une dépêche de l’agence Bloomberg intitulée : JPMorgan, Lehman, UBS Named as Conspirators in Muni Bid-Rigging, autrement dit, et en rendant les choses un peu plus explicites : « JP Morgan, Lehman Brothers, Union de Banques Suisses désignés comme co-conspirateurs dans un cas d’enchères truquées sur le marché des obligations émises par des communautés locales ».

Si vous lisez l’article vous noterez que le titre de la dépêche se contente de nommer les plus gros poissons. D’autres noms sur la liste : Bank of America, Bear Stearns, Société Générale, General Electric et Salomon Smith Barney, qui appartenait autrefois à Citigroup. Wachovia est aussi mentionnée, rachetée depuis par Wells Fargo, ainsi que Financial Security Assurance Holdings Ltd., un rehausseur de crédit qui était à l’époque une filiale de Dexia.

Les co-conspirateurs nommés dans cette action en justice dans le cadre de la loi anti-trust participaient à des enchères truquées organisées par une compagnie nommée CDR Financial Products Inc. Étaient escroquées, des « munis », des communautés locales, communes, États, académies, qui recevaient des intérêts artificiellement bas sur leurs investissements dans le cadre de ce qu’on appelle des « guaranteed investment contracts », un marché dont le volant est de 2 800 milliards de dollars. Les co-conspirateurs versaient des pots-de-vin à CDR en échange de ses bons services.

Des poursuites n’ont pas encore été engagées mais gageons que le passage d’une nouvelle réglementation sur les activités financières aux États-Unis se trouve soudain facilité.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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34 réflexions sur « Comment Al Capone est tombé »

  1. Alors, si c’est Bloomberg qui n’a plus peur des mots! De la théorie à la pratique, nous y voilà peut-être.
    “If the government is saying they are co-conspirators, the government believes they have sufficient evidence that they can show they were part of the conspiracy,”

    1. Là, JBA, vous mettez le doigt sur justement le cœur du débat. Surtout que la crédibilité américaine… Les faits nous ont montré à de nombreuses reprises qu’une chasse aux sorcières était bénéfique pour le « business-as-usual »…

    2. J’avais envie d’ « affiner ». Ce genre d’envie subite qui vient comme Piotr a envie de mettre un string.

      Je n’ai rien spécialement contre les ricains, mais d’autres que moi semblent faire remonter un paquet de « malaises » pour lesquels l’origine interne ou externe devient difficile à cerner.
      http://www.dedefensa.org/article-la_bataille_derriere_le_desordre_du_monde_18_03_2010.html
      « La bataille derrière le désordre du monde »

      Peut-être que le « tout argent » a des limites, après tout…

  2. Seule consolation, le nombre d’établissements mis en cause va rendre difficile l’emploi de l’argument de la pomme pourrie !

    Comment est-ce que ça marche ces enchères ?

    C’est genre, on choisit les gros débiles qui acceptent le taux de rémunération le plus bas ? Ou est-ce que cela dépend du nombres acquéreurs ?

    Comment est-ce que le taux de rémunération est fixé ?

    C’est quoi les ficelles de l’arnaque organisée par les banques ?

    Elles étaient là en tant qu’acquéreur pour fausser les enchères ou elles vendaient les « GIC » ?

    arf…rien capté !

  3. Après avoir bouclé le dossier de la sécurité sociale, Obama semble maintenant vouloir s’attaquer au bandits de toujours. C’est une bonne nouvelle.

  4. alors c’est une bonne et excellente nouvelle, vous semblez contenir cette joie qui devrait s’afficher !

    « les pots-de-vin à CDR », c’était du Côte du Rhône, CdR pour CDR …

  5. N’oublions jamais que ces conspirateurs qui s’arrangent sur les prix avant les enchères sont les mêmes qui financent les économistes vantant les mérites de la loi de l’offre et de la demande.

    1. Cela s’appelle le sens des valeurs Mr Gauvin. C’est confortable intellectuellement, moins financièrement. D’autres font le choix inverse, n’est-ce pas?

    2. @Moi: quand quelqu’un vise des (catégories de) personnes, il peut être sûr de s’attirer les foudres de monsieur Gauvin. C’est un avocat, ne l’oublions pas, il estime qu’il faut des preuves avant de lancer des accusations.

    3. Crapaud, des preuves, il y en a foultitude. Elles s’accumulent depuis des milliers d’années. Pensez-vous que les puissants de maintenant soient différents de ceux du passé? Si non, ouvrez un bouquin d’histoire et voyez leur morale en action. Si oui, qu’est-ce qui vous fait penser cela?

    4. Réponse à Moi. Vous persistez: vos propos sont trop faciles, autant qu’inutiles, pour mériter la contradiction. Je cesse là l’échange avec vous sur ce sujet. Bien cordialement,

    5. @Alain Gauvin :
      Et vous écrivez @ Moi : « vos propos sont trop faciles, autant qu’inutiles »
      Vous postulez en tant que modérateur libéral sur le blog de Paul ?

  6. ……………ARNAQUE………..Vous avez dit ARNAQUE ????

    Reportez vous au livre de Jean de Maillard :

    L’ARNAQUE
    La finance au-dessus des lois & des règles
    ( le débat / Gallimard- 2010)***** mérite le détour.

  7. Emission très pédagogique ce matin sur France Inter . Le sujet était le secret banqauaire suisse .

    Où l’on apprend que les suisses , ayant compris que le secret bancaire qu’ils estiment associé au droit continental devrait cèder devant la pression européenne, ont décidé que pour rester concurrentiesl vis à vis de leurs concurrents anglo -saxons , ils se donnaient trois à quatre ans pour former quelques centaines de spécialistes de ce droit là , et annoncer alors qu’ils abandonnent le secret bancaire mode suisse , pour , à l’instar des anglo-saxons , faire de la gestion des fortunes obscènes à l’abri des trusts .

    Si j’ai bien compris , les trusts , tout en donnant l’apparence de respect des lois fiscales , permettent la même abstraction de fait à l’impôt , grâce au rideau de fumée des sociétés écrans .

    Dans un cas on camoufle l’identité du propriètaire , dans l’autre on obtient le même résultat en camouflant carrément le propriétaire .

    Les suisses sont des gens sérieux .

    Et le droit permet bien des choses : ils en font une brillante démonstration .

    Les juristes , je ne sais pas .

    Les suisses se contentent de dire qu’ils leur faut un peu de temps pour les  » former » .

    1. Bonjour,

      Oui en effet, je vous confirme que les trusts anglo-saxons (que certains juristes français ont vraiment très envie d’intégrer au droit français) est un moyen efficace (très efficace) d’évasion fiscale.
      Cette notion de trust (comme son nom l’indique) nous vient du droit anglo-saxon ; grâce à l’aide précieuse de juristes bien intentionnés et de certains lobbies, la rencontre de 2 types de droit tend à devenir l’invasion du droit continental par le droit anglo-saxon.
      Tout cela nous ramène aux paradis fiscaux, car les trusts (et autres constructions juridiques anglo-saxonnes) y sont très actifs et efficaces… J’ajoute que la créativité initiatrice de tous ces montages « intéressants » est à rechercher du côté des banques…

      Cordialement,

    2. Aux États-Unis, le Clayton Antitrust Act du 15 octobre 1914 fut voté pour remédier aux insuffisances du Sherman Antitrust Act de 1890, la première loi du droit moderne de la concurrence rendant illégales certaines pratiques anticoncurrentielles.

      Le Clayton Act rend illégaux :
      * la discrimination par les prix entre les acheteurs si une telle discrimination restreint substantiellement la concurrence ou a pour effet de créer un monopole (Section 2, art. 15 § 13 U.S.C.)
      * les ventes exclusives et les ventes liées (également couvert par la section 1 du Sherman Act) mais seulement si elles restreignent substantiellement la concurrence (Section 3, art. 15 § 14 U.S.C.)
      * les concentrations d’entreprises quand elles ont pour effet de restreindre substantiellement la concurrence (Section 7, art. 15 § 18 U.S.C.)
      * le fait pour toute personne de diriger plusieurs entreprises concurrentes (Section 8, art. 15 § 19 U.S.C.)

      Le Clayton Act permet aux entreprises ayant subi un dommage du fait de ces pratiques de demander des dommages punitifs et de requérir des injonctions contre les entreprises à l’origine des pratiques.

      La Federal Trade Commission et la Antitrust Division du département américain de la Justice (DoJ) peuvent également se saisir de faits tombant sous le coup du Clayton Act.

      Exemples
      * American Tobacco fut démantelée en 1911 sur la base du Sherman Antitrust Act.
      * Standard Oil fut poursuivie par le Gouvernement américain le 8 novembre 1906 et démantelée par décision du 5 mai 1911.
      * AT&T fut démantelée le 8 janvier 1982 après 6 ans de procédure du Ministère de la Justice américain. Ce cas passe pour le plus emblématique.
      * À partir de 1982, IBM fit l’objet d’une instruction sur le fondement du Sherman Act mais les poursuites furent abandonnées.
      * Microsoft fut également poursuivie pour infraction au Sherman Act à partir de 1991. Les poursuites furent abandonnées après une transaction[réf. nécessaire] en 1994 sous la présidence de George H. W. Bush.
      Source : Wikipédia

    3. @ Pierre :

      Il me semble que vous confondez le « trust » en tant que forme juridique avec le lois anti-concentration et anti-entente ; pas grave, ça peut arriver…

      Cordialement

    4. Rebonjour,

      Pour ceux que ça intéresse, le trust traduit en droit français par les individus que je mentionnais plus haut s’appelle la fiducie. Tout (du trust anglo-saxon) n’est pas encore traduit en droit français, mais j’ai bon espoir que ça arrive bientôt (vu les moyens mis en œuvre pour ce faire –> mon commentaire est bien évidemment ironique) ; il reste pourtant quelques sérieuses difficultés juridiques (dont je ne doute pas que nos éminents juristes viendront à bout).

      Je crois que le droit devrait décidément intéresser plus de monde que les seuls juristes : apparaîtrait ainsi clairement (au grand jour) l’arsenal (récent et « moderne ») de combat dont dispose le monde financier et les moyens (le bras armé) des dérives du capitalisme vers sa financiarisation.

      J’ajoute, au risque d’outrer certains, que le « bouclier fiscal » est une plaisanterie au vu de l’intégralité du problème ; ni la cause du problème ni le moyen de le résoudre : au-delà de l’idéologie (de gauche qui lutte contre le bouclier fiscal) les faits sont obstinés : ils s’appellent évasion fiscale, grand capitalisme qui rime avec grand banditisme ; tout ce qui n’est pas « grand » n’a pas droit de cité. Le bouclier fiscal, voyez-vous, ne concerne que les personnes imposées en France : or, l’appauvrissement collectif et général ne provient pas de ces gens là, si vous pensez le contraire vous êtes vraiment loin du compte (et je rappelle, à l’adresse des soupçonneux et des dubitatifs, que je ne suis absolument pas concerné par le bouclier fiscal).

      @ Monsieur Leclerc
      qui écrivait : « Je connais une excellente manière de ne pas pénaliser la consommation et de réduire le déficit public: fiscaliser les revenus financiers au niveau de ceux du travail et surveiller à la loupe les prix de transfert des grandes entreprises. »
      –> Je réponds que j’ajoute, comme autre excellente manière de réduire les déficits : interdire les délocalisations… coûteuses en terme de politique sociale et génératrices de pertes sèches en terme de budget, sans compter les dommages collatéraux du style : délitement social.
      Les prix de transfert se traduisent certes par des pertes sèches pour l’Etat français (en l’occurence) mais, en terme de pénalisation du budget de l’Etat, ces opérations ne jouent pas dans la même cour que les délocalisations. Quoiqu’en réalité, les prix de transfert sont liés aux délocalisation car les restructurations d’entreprises à des fins d’optimisation des coûts sont des problématiques de prix de transfert et se traduisent par des délocalisations : d’où il résulte que vous avez raison de dire qu’il faut lutter contre les prix de transfert mais pour des raisons de « mentalité » (toujours plus) des actionnaires principaux des entreprises multinationales.

      Avec l’évasion fiscale vers les paradis fiscaux par le truchement de montages juridico-financiers (avec l’aide précieuse et créative de l’ingéniosité bancaire) : là on tient un gros poisson… La lutte contre les paradis fiscaux va d’ailleurs de paire avec la lutte contre le blanchiment d’argent et les activités dangereuses à l’humanité (trafic en tous genre). Le point commun à toutes ces pratiques sont : les banques, au centre et bénéficiaires de toutes ces activités « intéressantes ».

      Mais voyez-vous, tout se tient, et on en arrive toujours aux problèmes générés par la mondialisation à tout crin : car les très grosses boîtes (multinationales) tendent, comme les banques, à être des entités intégrées au niveau supranational, elles tendent à devenir apatrides et donc non soumises aux contingences fiscales de leur Etat d’origine (d’où des déperditions générales d’argent pour les Etats, tous les Etats). D’où il résulte qu’il faut revoir les mécanismes de fonctionnement qui relient ce que jusqu’à aujourd’hui on nommait Etat souverain avec le peuple qui vit sur un territoire donné.

      D’une façon générale : les gens veulent maintenant passer à un autre type de « contrat social » que l’organisation résultant de la révolution industrielle (on peut appeler ça le bon sens populaire, ou autrement) ; dans ce contexte, l’interdiction des délocalisations arriverait maintenant trop tard et ne serait plus qu’une mesure très partielle et loin d’être à même de répondre aux nouveaux besoins, aux nouvelles attentes de la société et aux nécessités énergétiques et climatiques.

      Des mesures fiscales (qui sont des mesures que j’appellerai ciblées) ne suffiront pas à la tâche…
      Il faut maintenant penser large : comment réorganiser les relations sociales, quelles sont les règles élémentaires sur lesquelles tout le monde (enfin le maximum) est d’accord et qui permettront de bâtir un cadre loyal grâce auquel on pourrait à nouveau envisager un avenir.

      Penser global et agir local : oui, à la stricte condition de ne pas retirer au peuple le droit d’arbitrage nécessaire à une société libre. Les citoyens contribuables devront toujours pouvoir conserver le dernier mot dans l’organisation politique qui verra le jour : est-ce bien clair pour tout le monde ?

      Cordialement,

    5. @Pierre :

      Je ne suis pas un spécialiste des trusts et des lis anti-trusts . Je note simplement que mes voisins suisses ave un pragmatisme et une candeur digne d’un bucheron des alpages , énoncent que le système anglo-saxon leur permet les mêmes tours de magie que le secret bancaire actuellement en vigueur chez eux . Ils demandent simplement trois à qutre ans pour changer la machine àlaver le linge plus ou moins sale .

      Mais ce qui relie les deux modes , c’est que le pognon privé ne regarde pas la puissance publique , ce qui me semble être le pilier on aime bien les pilers en Suisse) même du capitalisme .

      Si l’on veut autre chose que le capitalisme , il faut donc à l’évidence remettre en cause le droit de propriété , qui , reconnu dans notre constitution n’y est pas moins sujet à condition .(Tiens , que raconte le TCE ?).

      Je ne vois pas pourquoi , ni au nom de quoi , on devrait être plus laxiste et stupide , vis à vis du droit d’avoir des richesses et d’en user , que le droit de l’urbanisme , qui en droit français , prévoit explicitement cette atteinte au droit de propriété ( du sol ) en énonçant de façon assez ( certains disent trop ) sophistiquée ses conditions d’usage et même ( quelle horreur !) d’expropriation .

    6. J’ai aussi entendu parler sur le net de ces nouveaux « trusts »: des entités juridiques que l’on trouve dans les paradis fiscaux et qui servent à garantir l’anonymat. Ce serait un moyen encore plus efficace que le secret bancaire.

      Face à l’imagination des riches et leurs moyens colossaux, que peut faire la « société civile » ? On se le demande…

    7. Bonsoir,

      @ Batracien écarlate :

      « J’ai aussi entendu parler sur le net de ces nouveaux « trusts »: des entités juridiques que l’on trouve dans les paradis fiscaux et qui servent à garantir l’anonymat. Ce serait un moyen encore plus efficace que le secret bancaire.
      Face à l’imagination des riches et leurs moyens colossaux, que peut faire la « société civile » ? On se le demande… »

      Les trusts anglo-saxons n’ont rien de nouveaux, ce qui est nouveau c’est leur introduction en droit français.
      Vous commencez donc à entrevoir la vérité… Bien, il va falloir que tout cela se sache, et le plus tôt sera le mieux. Pas de dogme, seulement des faits : et le peuple saura alors vraiment ce qui le guette, à quel sauce il s’apprête à être digéré (car il est déjà mangé).

      Cordialement,

    8. @VB
      Trust signifie confiance en anglais et désigne plusieurs choses suivant son contexte : Pardon, c’est vrai, je n’étais pas dans le texte de juan nessy….. mais en recherche d’entente cordiale afin de rendre illégales certaines pratiques anticoncurrentielles. Le trust juridique anglo-saxon en faisant partie! Depuis très peu….

      Plusieur significations donc.

      Philosophie politique
      * Doctrine du trust : doctrine selon laquelle les sujets peuvent renverser le gouvernement quand ce dernier n’assure plus la liberté de ses sujets ni leur propriété individuelle. C’est un des sens qui me convient le mieux.

      Économie
      * Trust, une entreprise existant à la fin du XIXe siècle ayant un monopole
      * Loi antitrust, loi états-unienne visant à empêcher les abus des sociétés détenant un monopole. C’est là où j’en étais avant votre intervention et votre passionnant complément d’information.

      Toujours dans le virtuel, Informatique
      * Trust est une marque de périphériques informatiques (souris, clavier,…)

      Justice. Nul n’étant censé ignorer la loi .
      Je suis donc nul…. et chez l’écureuil je trust. Pffff!!!
      * Le trust est un terme anglais pour désigner un outils juridique connu dans le droit français sous le nom de fiducie. En France, la fiducie a été introduite dans le Code civil (articles 2011 et suivants) par la loi du 19 février 2007, suite à une proposition de loi du sénateur Philippe Marini. Elle est définie comme « l’opération par laquelle un ou plusieurs constituants transfèrent des biens, des droits ou des sûretés, ou un ensemble de biens, de droits ou de sûretés, présents ou futurs, à un ou plusieurs fiduciaires qui, les tenant séparés de leur patrimoine propre, agissent dans un but déterminé au profit d’un ou plusieurs bénéficiaires ».

      La fiducie, en droit civil français, peut être utilisée comme instrument de gestion ou comme sûreté. Son usage est toutefois très encadré : au départ, seules les personne morales soumises à l’impôt sur les sociétés pouvaient être constituant (article 2014 du Code civil, supprimé par la loi du 4 août 2008 – voir paragraphe suivant) et seuls les établissements de crédit, entreprises d’assurance ou entreprises d’investissement pouvaient être fiduciaires. Elle ne peut être utilisée à fin de libéralité, l’article 2013 du Code civil disposant que « le contrat de fiducie est nul s’il procède d’une intention libérale au profit du bénéficiaire ». Outre la nullité absolue (sanction civile), la fiducie-libéralité encourt de lourdes sanctions fiscales (articles 792 bis et 1792 du Code général des impôts).

      La loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 autorise qu’une ordonnance permette à toute personne physique ou morale, à l’exception des mineurs et personnes sous tutelle d’être constituant. Est visée l’ouverture aux avocats de la qualité de fiduciaire. Par ailleurs, la durée maximale est désormais de 99 années. Le régime de la fiducie a été complété par l’ordonnance no 2009-112 du 30 janvier 2009, conformément à l’habilitation qui a été donnée au gouvernement dans le cadre de la loi de modernisation de l’économie. L’objectif de cette nouvelle réforme est notamment de concilier le régime de la fiducie avec le droit des procédures collectives et le droit fiscal.

      Vous avez donc eu mille fois raison de m’éclairer sous ce nouvel angle, mais je ne dois pas être le seul, a ignorer cette nouvelle citoyenneté économique……

      Musique
      * Trust est un groupe de hard rock français, créé en 1977;

      Source : In Wikipédia we trust.

    9. @ Pierre,

      Oui, vous avez trouvé. Mais derrière Marini se cachent beaucoup d’autres gens bien intentionnés et qui savent où ils veulent aller. Gageons que nous irons avec eux…
      J’ajoute que je peux vous dire qu’il ne fait pas bon être malencontreusement placé sur leur chemin…

      Sinon, pour le reste, vos autres définitions (que je ne connaissais que partiellement) me satisfont, surtout la première (que je ne connaissais pas mais à laquelle nous ne pouvons qu’adhérer).

      Cordialement,

  8. Réponse à Bertrand. Par nature, un modérateur devrait être libéral, au bon sens du terme. Et je vous lis déjà, vous ou Crapaud Rouge, m’interroger sur « le bon sens du terme » libéral », ou même me rétorque qu’associer « libéral » à « bon sens » est un nom-sens. Ce que j’écris là n’est pas une attaque. Pas sûr que je sois, lorsque je m’exprime, libéral. Je pense simplement – je peux bien me tromper – que dénoncer les pratiques financières actuelles sans remettre en cause l’entier système est vain, car ces pratiques procèdent de ce système et/ou l’engendrent, on (je) ne sais plus très bien. Donc, si les pratiques sont contestables, ce qu’il revient à chacun de juger, c’est le système, pour ne pas dire la société, son fonctionnement, qu’il convient de renverser. Je ne dis pas que je suis contre. Même si « Moi Dit » semble suggérer que j’ai choisi le confort financier plutôt que le confort intellectuel (ce qui n’a guère de sens. Bien cordialement,

    1. Je ne pense pas que le système change jamais en son essence. Le monde des bisounours n’existera pas.
      Ce que je disait au départ c’est que certains économistes ont servi une certaine cause, et étaient (bien) rémunérés pour le faire. Des avocats le font aussi (et j’ai bien l’impression que vous en êtes, mais je n’ai aucune certitude sur ce point). On les reconnait souvent à leur réaction outrée lorsque cette évidence (car ça en est une) est formulée. Rien ne change en ce bas monde, sauf les formes (on avait des prêtres, on a maintenant des économistes, voilà tout).
      Mais que voulez-vous dire par « c’est facile »? Que c’est une évidence? Que je n’ai pas le droit moral de montrer certains du doigt? Que la morale est dépassée? Autre chose?

    2. Mr Gauvin. Par votre dernier commentaire, vous êtes un plus explicite, et j’allais vous reprocher le contraire.
      Coté modération, l’exemple est excellent, et le modo ici ne me contredira pas.
      L’art extrêmement difficile de la modération consiste à accepter le maximum de concepts, vues, idées,.. MEME si elles ne suivent pas votre (celui du modo) opinion personnelle mais en n’oubliant JAMAIS la ligne rouge qui est extrêmement difficile à fixer dans quelque dimension que ce soit.
      En cela, nous pouvons parler de libéralisme.
      (Chose dont je suis incapable, je le reconnais, car très à cheval sur mes principes de personnellement moi je (même si j’écoute toujours) et TRES critique (mais critique aussi envers moi-même, ce qui tempère un peu.)

      Le parallèle est ainsi parfait en ce sens où les gros possesseurs font exactement le contraire (comme ont toujours fait la QUASI totalité des puissants de ce monde, soit, refuser toute idée qui ne serait pas dans leur intérêt (tuer le contre-pouvoir), ainsi qu’ils ont LARGEMENT dépassé toute ligne rouge en devenant leur propre juge et partie.

      De là à refaire le système complet, oui, pourquoi pas. Sachant que leur argument étant que la complexité est trop grande pour une analyse lucide et complète, étant leur retourner cet argument en pleine figure, ce qui risque de leur arriver.

      Bien (immatériellement) votre.

    3. @Alain Gauvin :
      « Donc, si les pratiques [financières] sont contestables, ce qu’il revient à chacun de juger, c’est le système, pour ne pas dire la société, son fonctionnement, qu’il convient de renverser. »

      Si l’on considère que depuis septembre 2008 plus rien ne sera comme avant, nous nous acheminons peut-être vers une rupture historique. C’est donc une réflexion sur notre civilisation et les droits qu’elle octroie aux citoyens devant les faits économiques érigés comme science qui devrait animer les bancs des universités puis créer de « l’animation » dans les rues. Quand la classe politique dans son ensemble se coupe du réel et s’en affranchit en utilisant des arguments d’autorité et de droits, l’humain réapparait tel qu’il est en exprimant son ressentiment.

    4. « Et je vous lis déjà, vous ou Crapaud Rouge, m’interroger sur « le bon sens du terme » libéral » » : non, pas en ce qui me concerne. J’ai horreur de m’attaquer aux personnes, je ne m’intéresse pas aux étiquettes, et je fuis les termes vagues. De plus, étant incapable de tout militantisme, je ne reproche à personne de ne pas s’engager. Je note seulement que le cas de Paul mérite d’être salué, car il aurait pu renoncer à son idéal de chercheur scientifique pour vivre peinard dans l’industrie financière.

      Cela dit, je suis bien d’accord avec votre post, la crise est suffisamment grave pour justifier une contestation globale, et pas seulement les agissements de quelques uns. Toutefois, je considère que certains, en particulier les économistes, sont plus responsables que d’autres. Nixon n’a pas abandonné la parité or/dollar parce qu’il avait fait un rêve, – comme l’empereur Constantin avant de se convertir au christianisme -, mais parce qu’il a été conseillé par des spécialistes. Idem pour Reagan et Tatcher qui ont puisé dans la littérature ultra-libérale pour décider de leur politique, entraînant le reste du monde à leur suite et poursuite. A travers leurs « think tank » les ultralibéraux se sont battus pour voir leurs idées mises en pratique: n’est-ce pas leur rendre justice que d’en faire les premiers responsables de cette crise, déclenchée sous leurs auspices ?

      Bien cordialement

    5. @ Bertrand :

      « C’est donc une réflexion sur notre civilisation et les droits qu’elle octroie aux citoyens devant les faits économiques érigés comme science qui devrait animer les bancs des universités puis créer de « l’animation » dans les rues. Quand la classe politique dans son ensemble se coupe du réel et s’en affranchit en utilisant des arguments d’autorité et de droits, l’humain réapparait tel qu’il est en exprimant son ressentiment. »

      Oui, c’est exactement cela…

      Cordialement,

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