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L’actualité de la crise: banques qui rient, banques qui pleurent, par François Leclerc

Billet invité.

BANQUES QUI RIENT, BANQUES QUI PLEURENT

C’est en passe d’être réalisé : une loi de régulation financière va être dans les semaines à venir promulguée par Barack Obama, après un rapprochement des textes successivement adoptés par la Chambre des représentants et du Sénat qui va permettre d’encore en édulcorer l’ensemble. Les mégabanques ont d’ores et déjà remporté aux Etats-Unis une écrasante victoire dont elles entendent se prévaloir, dans le monde entier, afin de poursuivre leurs jeux délétères. Il n’y a pas à tergiverser, mais à s’interroger sur ses conséquences.

Avec l’appui de l’administration – en dépit de quelques batailles menées par des agences de régulation et d’escarmouches à portée limitée – et avec le soutien qui ne s’est pas démenti, sauf à l’occasion d’alertes qui n’ont pas duré, d’un Congrès miné par le lobbying et la corruption, les mégabanques viennent d’illustrer le fameux « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». La gloire n’était qu’accessoire, elles se contenteront de la victoire. Seuls quelques élus auront tenté de sauver l’honneur, sans succès.

Durant ces mois de travail législatif, Barack Obama n’aura cessé de mettre en scène son courroux et sa détermination pour masquer qu’il n’entendait pas mettre la bride sur le cou au capitalisme financier dont il est en réalité, avec son administration, partie largement prenante. Justifiant l’utilisation du concept d’oligarchie pour qualifier le pouvoir qu’il représente, certains préférant le terme de ploutocratie.

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L’actualité de la crise: le marché a toujours raison mais ne dit pas en quoi…, par François Leclerc

Billet invité.

LE MARCHE A TOUJOURS RAISON MAIS NE DIT PAS EN QUOI…

Avec un bel ensemble, toutes les bourses européennes, japonaises et américaines viennent à nouveau de louper une grosse marche. De son côté, l’euro continuait de descendre par rapport à toutes les monnaies, à l’exception de la livre anglaise. Dans le monde entier, les dirigeants s’alarment de la situation de l’Europe, depuis Pékin et Tokyo jusqu’à Washington. Timothy Geithner, secrétaire d’Etat Américain au Trésor, est à nouveau dépêché en ambassade auprès des Allemands, des Britanniques et de la BCE, à peine finie sa mission à Pékin. Barack Obama s’entretient une fois encore au téléphone avec Angela Merkel.

Plus la crise européenne se poursuit, moins son issue s’éclaire, plus elle acquiert une dimension internationale.

Pour tous, les sujets d’inquiétude sont en effet multiples. La chute de l’euro et la perspective d’une récession européenne viennent freiner les ambitions commerciales de tous ceux qui voient dans le développement de leurs exportations la seule opportunité de développer leur croissance. Le danger d’une déstabilisation du système bancaire européen, provenant de défauts jugés inévitables de certains des pays de la zone euro, pourrait menacer le système bancaire américain et déclencher un nouveau cataclysme, sévère rebond d’une crise qui ne manque pas d’occasions à cet égard.

Le Peterson Institute for International Economics estime que les banques américaines seraient globalement exposées à hauteur de 1.500 milliards de dollars dans l’Union européenne. Citigroup, pour sa part, évalue à 190 milliards de dollars l’exposition des cinq plus grandes banques américaines à la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et l’Espagne.

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L’actualité de la crise: le pivotement du monde, par François Leclerc

Billet invité

LE PIVOTEMENT DU MONDE

Il y a comme une confusion et une précipitation montantes dans l’air, rien sur le marché boursier ou sur le cours de l’euro ne préfigurant une accalmie, comme si la crise était rampante et durable et pouvait à tout moment jouer un nouveau tour. Ce n’est pas seulement le cas en Europe, où le gouvernement allemand continue de jouer en solo pour se faire entendre, mais également aux Etats-Unis. A l’occasion, là-bas, du bouclage de la loi de régulation financière, qui continue d’être à rebondissements. Elle est pour l’instant bloquée, un compromis sur les produits dérivés n’ayant pu être trouvé, les banques jouant l’intransigeance via leurs alliés au Sénat, après avoir été pris à contre-pied.

La face du monde – et la poursuite de la crise – ne vont pas pour autant en être changés, mais il faut prendre cette situation pour ce qu’elle est : l’expression d’une grande indécision à propos de ce qu’il convient de faire, alors que l’étau continue de se resserrer et les contradictions de s’intensifier. Ce tunnel, décidément, est sans fin, et a-t-il une issue ? Des dynamiques contradictoires s’affrontent avec vigueur, entre ceux qui veulent reprendre le cours de leurs occupations spéculatives et ceux qui doivent gérer les dégâts que les premiers ont laissé derrière eux, sans en avoir les moyens.

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L’actualité de la crise: les démiurges malfaisants à l’oeuvre, par François Leclerc

Billet invité.

LES DEMIURGES MALFAISANTS A L’OEUVRE

Il avait pu sembler aux gouvernements européens qu’ils avaient gagné un répit prolongé, les faits viennent de les détromper. Non seulement la crise continue, mais elle a repris une mauvaise tournure en cette fin de semaine. Deux signes qui ne trompent pas : l’euro continue d’être très attaqué sur les marchés et les cours des valeurs financières (les banques) font un nouveau grand plongeon. Seuls, les taux obligataires sous surveillance renforcée et interventions de la BCE restent stables, mais à un niveau qui reste très élevé. Ce n’est pas encore tout à fait la Bérézina, mais ce n’est pas du tout le soleil qui se lève sur Austerlitz. Les marchés sont tenaces et ont les moyens de le faire savoir.

Les gouvernements grec, espagnol, portugais, et même italien, continuent de donner des gages en annonçant de nouvelles mesures d’austérité, mais les marchés n’en ont cure, car c’est l’euro qu’ils ont pris pour cible dans l’immédiat, en attendant de voir jusqu’où la BCE est prête à aller dans son soutien au marché obligataire. Certains annoncent que le tour de la livre sterling ne devrait pas tarder à venir, ces rumeurs continentales étant alimentées par les réactions qu’a suscité le refus britannique de participer au plan de sauvetage européen…

Qu’attendent donc les marchés, ces intervenants que l’on n’ose même pas identifier par leur nom, et qui aspirent au rôle de démiurges malfaisants ? Ils doutent d’abord de l’issue de la partie qui s’annonce : la réduction des déficits et la baisse de la demande des Etats sur les marchés obligataires, à laquelle ils poussent avec acharnement. Car déjà s’installe l’idée, chez ceux qui en ont encore les moyens, que pour être politiquement jouables les sacrifices vont être étalés dans le temps.

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L’actualité de la crise: l’Europe prise en tenaille, par François Leclerc

Billet invité.

L’EUROPE PRISE EN TENAILLE

Au vent de panique qui eu pour effet l’adoption du plan de sauvetage européen succède désormais une nouvelle phase faite de sourde inquiétude sur l’avenir, qui s’annonce de longue durée, sauf rebondissement peu probable dans l’immédiat.

Une seule journée à été nécessaire pour que les commentaires passent de l’expression du soulagement au mode de l’interrogation : appliqué dans la précipitation, le plan européen est certes un pansement indispensable et probablement efficace, mais une politique économique cohérente à la hauteur de la situation va-t-elle en résulter, et si oui laquelle? Dans la bouche d’Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, cela a donné hier à Bruxelles : « Le paquet est crédible, a la bonne taille et va fournir le temps nécessaire pour examiner objectivement (la situation)».

Comme d’habitude, les marchés se sont révélés plus rapides, exprimant à leur manière leur profond doute à ce propos. Ni l’évolution des taux obligataires – ce marché étant maintenant largement sous le contrôle de la BCE, son premier acheteur, comme les émissions italienne et portugaise d’hier et d’aujourd’hui l’ont montré – ni le yoyo boursier, après avoir effectué une figure spectaculaire, ne sont en l’espèce les bons indicateurs.

Le cours de l’euro par rapport au dollar est en réalité plus illustratif : l’euro est reparti à la baisse après s’être un peu rétabli, entrant désormais dans une zone dangereuse. Celle où les investisseurs internationaux – dont l’euro n’est pas la devise – vont commencer à hésiter à son égard, car sa valeur risque de descendre encore et de les mettre en perte, étant donné la valeur moyenne à laquelle ils ont acquis les réserves en euro qu’ils possèdent déjà. D’après Bank of New York Mellon, rapporté par le Financial Times, celles-ci ont été constituées au cours moyen de 1,2877 dollar pour 1 euro. Mercredi après-midi, le taux de change était tombé à 1,2672.

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Une occasion manquée, par Jean-Pierre

Billet invité

Formidable! Il leur a fallu trois jours pour arriver enfin à une conclusion que l’on attendait depuis plus de trois mois. Et nos doctes dirigeants estiment avoir résolu le problème. Ils ne se rendent pas compte qu’ils viennent de l’aggraver. Pourtant, dans leurs élucubrations de dernière minute se cachait une idée formidable. Elle a malheureusement été balayée d’un revers de main par deux acteurs éminents : la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

De quoi s’agit-il? Comme on le sait, la Banque Centrale Européenne (BCE) n’a pas le droit d’acheter des emprunts d’Etat directement auprès des trésors concernés. Elle n’accepte ces titres que dans le cadre d’avances sur nantissement. Les titres doivent néanmoins être de qualité et leur notation ne peut être inférieure à BBB-. Mais depuis la rétrogradation de la Grèce sous ce seuil, la BCE n’a pas eu d’autre alternative que d’accepter tous les titres des pays membres de l’Union. Ne pas le faire eût sonné le glas de l’euro.

Bien sûr, cette procédure ne concerne que les banques. Ces dernières souscrivent aux émissions d’Etat après en avoir convenu les modalités avec le Trésor émetteur. Ensuite, ces banques négocient ces emprunts avec les investisseurs intéressés. De temps à autre, en fonction de leurs besoins en liquidités, elles mettent ces titres en pension auprès de la BCE et obtiennent un crédit très bon marché de sa part. La BCE gère ses différentes fenêtres de crédit en fonction de sa politique monétaire.

Depuis que la crise financière sévit, la BCE a dû introduire de nouvelles facilités pour soutenir le système bancaire. Elle acceptait des titres de piètre qualité, provenant même du secteur privé. Depuis le début de l’année, cependant, la BCE a commencé à enlever prudemment tous ces nouveaux filets de sauvetage. La crise était jugulée, paraissait-il. Jusqu’à ce que la prise de fonction d’un nouveau Premier Ministre en Grèce en octobre 2009, George Papandreou, ne fasse, par ricochet, trembler toute la zone euro. Comme tout politicien qui se respecte, la première chose qu’il entreprit après son élection fut de critiquer ses prédécesseurs, en affirmant avoir hérité de caisses vides et de comptes gravement déséquilibrés. Jusqu’alors, personne ne s’en souciait véritablement. Le 5 novembre, le gouvernement annonçait un déficit de 12,7% du PIB et une dette à 113,4%. Le 11 novembre, la Commission déclenchait une procédure pour déficits excessifs. Le 8 décembre, l’agence de notation Fitch abaissait la note de la Grèce de A- à BBB+.

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L’actualité de la crise: première carte forcée, par François Leclerc

Billet invité.

PREMIERE CARTE FORCEE

Hier critiquée de toute part, aujourd’hui très courtisée, la BCE peut ne pas être totalement mécontente : elle a été installée au centre du dispositif de sauvetage permanent que les dirigeants européens ont décidé de mettre sur pied lors de leur sommet de vendredi soir.

Jean-Claude Trichet, son président, n’avait rien voulu lâcher à Lisbonne jeudi, accentuant la crise faute d’un geste attendu par les marchés. Affirmant qu’une implication de la BCE dans l’achat de la dette souveraine européenne, dont la perspective était envisagée par les analystes, n’avait pas été discutée. Une manière de reconnaître qu’il n’en serait pas nécessairement toujours ainsi, avait-il été remarqué.

N’ayant pas le choix, la BCE est donc sortie dès le lendemain de son Aventin, en acceptant d’envisager, d’après Silvio Berlusconi, l’achat direct de la dette souveraine des Etats membres de la zone euro, en raison des circonstances exceptionnelles actuelles. La BCE s’est dans l’immédiat formellement déclarée prête à participer à un « mécanisme de stabilisation » européen, et va vouloir très strictement encadrer ses interventions. La Commission pourrait pour sa part procéder par emprunt, déchargeant d’autant les Etats.

A ce double titre, c’est l’amorce d’un tournant pour la zone euro.

Le sommet a donné mandat à la Commission de définir le projet, une clause de style puisqu’une réunion des ministres des finances européens a été convoquée dimanche, avec obligation de résultat avant l’ouverture des marchés de lundi matin. La BCE devrait de son côté clarifier ses intentions.

« Compte tenu des circonstances exceptionnelles, toutes les institutions de la zone euro, le Conseil (l’organe des Etats de l’UE), la Commission européenne, la Banque centrale européenne et tous les pays membres se sont mis d’accord pour utiliser toute la gamme des instruments disponibles pour garantir la stabilité de la zone euro » explique le communiqué final du sommet.

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L’actualité de la crise: la danse endiablée des balais, par François Leclerc

Billet invité.

LA DANSE ENDIABLEE DES BALAIS

Avons-nous été proches de la fin du monde, dans la nuit européenne ? D’après les traders du New York Stock Exchange, cela a bien été le cas pendant quelques minutes, vers 14 heures 30 heures locales, lorsque la Bourse a effectué un plongeon comme jamais vu. Faisant revivre à ceux qui l’ont accompagné les pires instants de la crise financière, lorsque le monde de la finance s’écroulait, nous précipitant à sa suite.

De Tokyo, le jour s’étant levé, la cloche de Wall Street ayant retenti et les transactions devenues litigieuses annulées, on apprenait qu’une conférence téléphonique des 7 était dans l’urgence organisée, cet après-midi de vendredi. Que s’est-il passé ? Que va-t-il se passer  ?

La journée et la soirée d’hier ont été fertiles en événements, et il n’y a que l’embarras du choix pour rechercher les causes de cet effondrement imprévu, si l’on ne veut pas s’en tenir à l’explication d’une simple erreur de saisie d’un trader.

Depuis Lisbonne, la BCE décevait les attentes des marchés n’annonçant aucune nouvelle mesure afin de faire face à une crise européenne en plein dérapage, tandis que montait irrésistiblement, comme une crise d’angoisse, la crainte d’un inévitable défaut de la Grèce et d’une contagion atteignant dans l’immédiat et ensemble le Portugal et l’Espagne. Alors que les rues d’Athènes retentissaient à nouveau des protestations de ceux qui sont sommés de régler l’addition, accréditant l’idée que le gouvernement n’allait pas respecter sa feuille de route. Au Royaume-Uni, le scénario redouté d’une imparfaite victoire des Conservateurs se confirmait, installant un vide politique dans le pays, risquant de continuer à geler des décisions qui ne peuvent plus attendre, la livre sterling sur une pente de plus en plus glissante.

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L’actualité de la crise, premiers enseignements d’un sauvetage bâclé, par François Leclerc

Billet invité.

PREMIERS ENSEIGNEMENTS D’UN SAUVETAGE BÂCLE

Sans attendre les deux dernières étapes formelles du sauvetage financier de la Grèce, la réunion des chefs d’Etat et de gouvernements et la décision du FMI, de premiers enseignements peuvent être tirés de cette crise européenne, qui ne fait que commencer.

1. Ce premier épisode à démontré combien les gouvernements et les autorités européennes étaient peu préparés, ainsi que les difficultés extrêmes qu’ils ont rencontré pour réagir. Il n’est pas certain que les uns et les autres en ont même tiré les leçons, rien en effet n’en témoigne aujourd’hui à la lecture des déclarations des uns et des autres.

2. La crise grecque a mis en évidence que la fragilité de la zone euro ne résultait pas uniquement de l’importance de la dette publique, que l’Allemagne a fortement contribué à dramatiser, mais également de la forte interconnexion des banques européennes, qui ont assuré le financement d’une très grande partie de celle-ci grâce aux liquidités de la BCE dans la dernière période. On a constaté que l’effet domino dont on redoutait qu’il intervienne d’un pays à l’autre, résultant de brutales augmentations successives des taux obligataires, a été secondaire par rapport à celui qui a menacé les banques. En tout cas à ce jour. Ce n’est pas pour rien qu’une partie du plan qui a été décidé pour la Grèce va être consacré à aider ses banques.

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Fonds vautours : le début de la fin ?, par « Moi »

Billet invité

Le but de cet article n’est pas d’expliquer ce que sont les fonds vautours, ni de décrire leurs méthodes rapaces qui les conduisent à fondre sur des Etats endettés qui retrouveraient une certaine solvabilité et, parfois, à s’emparer directement de manière légale des aides au développement. Nous renvoyons pour cela au rapport de la plate-forme « Dette et développement » et du CNCD qui nous a servi de base de travail pour l’élaboration du présent article, ou encore aux articles déjà parus sur ce blog ainsi qu’aux débats qui s’en sont suivis. Nous allons plutôt nous attacher à décrire les actions possibles, et qui nous semblent efficaces, pour lutter contre ces fonds, avec une perspective sur l’actualité récente.

Il est utile, dans un premier temps, de rappeler la situation historique qui rend possible l’existence de ces fonds vautours. Ainsi, il convient de remarquer que, jusque dans les années 1950, le recouvrement des dettes d’Etat n’était pas chose courante. Il était par ailleurs illégal d’acheter une créance dans le seul but d’obtenir un remboursement via une action judiciaire. C’est comme par hasard dans les années 80, celles de la révolution néo-libérale, que la situation change. Sous l’effet de plans de rééchelonnement des dettes inspirés par Washington et leur transformation en actifs commercialisables sur le marché secondaire, les premiers fonds vautours apparaissent aux Etats-Unis. Ils restent aujourd’hui encore majoritairement d’origine anglo-saxonne, mais basés dans des paradis fiscaux, ce qui empêche toute action à leur égard.

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L’actualité de la crise: un manège qui tourne à vide (partie III et fin), par François Leclerc

Billet invité.

UN MANEGE QUI TOURNE A VIDE (partie III et fin)

L’édifice de la régulation financière repose sur une idée toute simple, tandis que sa mise en oeuvre ne l’est par contre pas du tout : les crises sont inévitables (certains disent même qu’elles sont nécessaires), mais il faut éviter leur débordement incontrôlé, le désormais fameux risque systémique. En d’autres termes, ne pas s’attaquer aux racines mêmes de la crise, mais s’efforcer d’en circonscrire à l’avenir les effets, saupoudrant quelques mesures préventives pour la forme, pour se concentrer sur des actions curatives. Celles-ci sont aujourd’hui l’objet de débats aussi serrés que le sont ceux qui se déroulent à propos de Bâle III.

Devant l’ampleur des dégâts et des réactions de l’opinion publique qui s’en suivirent, il a été ajouté un volet à ce concept passablement défaitiste, afin d’accréditer la promesse que les futurs naufrages du système financier n’impliqueront pas à nouveau l’utilisation des fonds publics. A cette occasion, on a découvert qu’un redoutable aléa moral planait au-dessus de nos têtes et qu’il convenait de le domestiquer pour s’en prémunir. Un danger pour lequel cette anodine expression a été préférée à celle d’appel au meurtre, lorsque celui-ci est impuni d’avance. Un nouveau gang appelé les TBTF (too big to fail – trop gros pour faire faillite) étant suspecté de se préparer à le commettre.

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L’actualité de la crise: l’Islande payera ! par François Leclerc

Billet invité.

L’ISLANDE PAYERA !

Depuis hier lundi, 45 comédiens se relayent sur la scène du théâtre de Reykjavik afin de faire une lecture des 2000 pages du « Rapport Vérité » sur l’effondrement du système financier islandais en octobre 2008. Le site Internet du théâtre relaye cette manifestation inédite pour des événements dramatiques, qui a trouvé non sans logique un plateau de théâtre comme lieu d’une catharsis. Il fallait semble-t-il cette mise en scène d’un rapport parlementaire très attendu pour contribuer à aider les 320.000 islandais à surmonter le traumatisme qu’ils ont subi, telle une déroute collective. Ou pour les inciter à en accepter les conclusions afin d’endiguer leur colère.

Celles-ci sont doublement à charge, pour les principaux responsables politiques et financiers de l’équipe de droite précédemment au pouvoir, limogée à la faveur d’élections, ainsi que pour les trois principaux banquiers. Les premiers sont accusés d’ « extrême négligence » et d’avoir sciemment dissimulé la situation au sein même de leur gouvernement, les seconds de s’être octroyé, parachevant l’édifice qu’ils avaient construit avant qu’il ne s’écroule, des prêts personnels très avantageux.

La question d’éventuelles poursuites pénales est laissée par le rapport à l’appréciation des parlementaires. L’ordre de mission à l’origine du « Rapport Vérité » était de  « révéler des faits et fournir une vue globale des principaux événements qui ont conduit à la chute des banques islandaises, et en identifier les causes ». Au vu des compte-rendus disponibles, il n’est pourtant pas certain que les causes en aient été identifiées. La « négligence » des principaux acteurs du drame, qui ont consacré à la situation financière islandaise de discrètes réunions entre eux (premier ministre, gouverneur de la banque centrale, ministres des affaires étrangères et des banques), est pour le moins le minimum de ce qui pouvait leur être reproché. Un procès en incompétence, exprimé également dans le rapport, serait certainement un moindre mal.

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L’actualité de la crise: la dette, un cadavre dont on ne peut se débarrasser comme ça, par François Leclerc

Bilet invité.

LA DETTE, UN CADAVRE DONT ON NE PEUT SE DÉBARRASSER COMME ÇA

La série à suspens grecque a focalisé ces dernières semaines toute l’attention, faisant presque oublier que la crise de la dette publique était globale et touchait potentiellement tous les pays occidentaux.

L’Europe, et plus particulièrement la zone euro, était et reste sur le devant de la scène, faisant passer au second plan des situations tout aussi préoccupantes (pour manier la litote) mais pas encore arrivées à maturité : celles du Japon et des Etats-Unis. Les deux premières puissances occidentales où ont été émises les plus grandes masses de dette publique, ce qui mérite d’être rappelé.

Le Japon, plus que jamais condamné à une déflation dont il ne parvient pas à sortir, est dans une situation à force inextricable. On dit souvent, pour décrire le financement de son énorme dette publique, qu’il provient de l’épargne intérieure, à la différence de celui des Etats-Unis. Ce qui est exact mais omet de préciser qu’une grande partie de la dette japonaise est en réalité achetée par les banques du pays, qui se financent auprès de la Bank of Japan où elles déposent en garantie les obligations souveraines qu’elles ont acquises.

L’épargne des ménages joue parallèlement son rôle, mais elle parvient de moins en moins à éponger les nouvelles émissions, tandis que le bilan des banques – et de la BoJ – continuent de gonfler. Par voie de conséquence, le Japon commence à se tourner vers les marchés financiers internationaux, ce qui ne va pas être sans conséquences pour les autres pays.

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L’actualité de la crise: une taxation des banques pour solde de tout compte, par François Leclerc

Billet invité.

UNE TAXATION DES BANQUES POUR SOLDE DE TOUT COMPTE

Faut-il y voir une illustration de la crise de la dette publique qui monte et du besoin qu’ont les Etats de réunir des fonds, ou bien l’expression de la nécessité dans laquelle les gouvernements occidentaux sont de répondre au moins symboliquement aux attentes de leur opinion publique ? Le dossier de la taxation des banques est quoiqu’il en soit en passe de revenir en force dans l’actualité.

Le coup d’envoi de la saison va être donné mercredi par le gouvernement allemand, qui va dévoiler son propre projet en conseil des ministres, en présence très médiatisée de Christine Lagarde.

On se rappelle que le FMI avait reçu mandat du G20 de fournir un rapport à ce sujet en avril. Nous y sommes presque, et le FMI vient de prévenir qu’il va ramasser les copies, afin de s’atteler à la rédaction de la motion de synthèse. Car tous ou presque s’y sont mis : les Américains, les Britanniques, les Allemands, même les Suisses… Les Français étant à la traîne.

Chacun vient avec son projet, généralement encore très flou, augurant d’une belle cacophonie que le FMI va avoir pour tâche de réduire. Alors que l’enterrement d’une taxe sur les transactions financières, dans la lignée de la taxe Tobin, est désormais acquis, au profit d’une taxe sur les établissements financiers. Ce qui est loin de simplifier le problème, tout au contraire, comme on va le voir !

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L’actualité de la crise: l’épreuve du feu, par François Leclerc

Billet invité.

L’EPREUVE DU FEU

La Grèce devrait, au cours de la semaine qui vient, lancer un emprunt de 5 milliards d’euros sur les marchés. Le taux de l’obligation grecque à 10 ans s’étant détendu vendredi, à 6,193% contre 6,246% la veille, la question est posée : quel taux va devoir être consenti à cette occasion ? Cela va être sans tarder l’épreuve du feu pour l’accord financier des 16 de la zone euro. Dans le cas ou cette annonce ne serait qu’un ballon d’essai, l’objectif poursuivi par le gouvernement grec serait le même: mettre au pied du mur ses partenaires de la zone euro.

Les rendements restant à un niveau proche, va-t-il alors être considéré par les 15 autres pays membres de la zone euro que ces conditions financières justifient (ou non) l’activation du plan de soutien financier adopté en fin de semaine, afin que la Grèce ne soit pas à nouveau dans l’obligation de faire appel aux marchés ? L’ambiguïté qui a présidé à l’accord de compromis à propos de ce plan va devoir alors être levée, avant tout du côté allemand, risquant de faire l’objet d’une bataille d’interprétation sur le sens (dans le texte anglais) de « insufficient market financing » (conditions de marchés insuffisantes)…

A vrai dire, une autre divergence d’interprétation de l’accord est immédiatement apparue, à peine était-il signé, à l’occasion de la traduction par l’anglais « governance » du français « gouvernement » figurant dans le texte de l’accord. Joliment qualifié par le président de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, de « traduction asymétrique », cet écart sémantique est lourd de conséquences quant à la portée de ce qui a été par ailleurs qualifié, plus modestement, de « coordination économique » européenne.

Les diplomates, comme chacun sait, sont plus à cheval sur les mots que sur les principes, bien qu’ils se drapent volontiers dedans ! Les politiques, eux, savent les solliciter afin de valoriser leur rôle et revendiquer leurs victoires.

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