L’Écho, Paul Jorion et Bruno Colmant: « La situation est grave. En l’absence de solutions, c’est la rue qui décidera », le 22 juin 2019

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Paul Jorion et Bruno Colmant : « La situation est grave. En l’absence de solutions, c’est la rue qui décidera »

Paul Jorion et Bruno Colmant évoquent les défis sociaux et climatiques ainsi que la montée des populismes. Et ils parlent d’une certaine urgence.

©Kristof Vadino

Bruno Colmant, professeur de finance et membre de l’Académie royale de Belgique et Paul Jorion, anthropologue et professeur associé des facultés de l’Université catholique de Lille, se sont rencontrés pour la première fois en 2009 lors d’une émission de radio de la RTBF. Depuis lors, ils aiment débattre et échanger leurs idées.  

Comment expliquer le malaise actuel ? On a vu cette année des gilets jaunes dans les rues, puis des gilets verts qui se battent pour le climat. Et les élections en Europe ont montré un éclatement des voix, avec un repli des partis dominants et une montée des partis extrémistes.        

Bruno Colmant : Les Etats sont aujourd’hui écartelés entre, d’une part, des populations mécontentes qui se rendent compte que des avantages sociaux disparaissent et, d’autre part, des marchés qui échappent à ces mêmes Etats. On a voulu conserver des Etats-providence  dans un système anglo-saxon mais c’était une ambiguïté. On ne s’est pas rendu compte que le maintien de ces Etats providentiels supposait une certaine protection contre les marchés. Aujourd’hui, on a le pire des deux mondes: des Etats providentiels sous-financés et une sphère marchande qui échappe aux Etats. Signe révélateur, les gilets jaunes ont freiné la circulation dans les ronds-points. C’était une manière de ralentir le transport des biens et des personnes. Et également de dire qu’ils ne sont pas d’accord avec cette accélération de la sphère marchande. Ils désirent que cette sphère adopte un tempo plus lent.  

Paul Jorion : Selon moi, une grave erreur a été commise. On a fait dépendre l’Etat-providence de la croissance économique: quand la croissance est là, l’Etat-providence est également présent. Or, il aurait dû être inscrit dans la Constitution même de nos pays. Aujourd’hui que constate-t-on ? La croissance n’est plus au rendez-vous et en conséquence l’Etat-providence est mis entre parenthèses. On aurait dû se rendre compte que cet Etat-providence doit constituer le pivot autour duquel tout le reste s’articule: il aurait fallu le concevoir selon une logique de fin et non de moyens. Or, qu’avons-nous fait? Nous avons confié à la logique des moyens de régler le cours de nos sociétés. Au lieu de dire : « Nous visons tel objectif » – et l’État-providence en est un excellent exemple – nous avons dit :  » Nous disposons de tels moyens, minimisons les coûts, et nous verrons bien ce que nous obtenons à l’arrivée« . Nous avons cessé de vouloir que nos sociétés soient heureuses, nous avons fait du bonheur des gens ordinaires quelque chose qui se concrétiserait ou non dans un contexte de laisser-faire économique et financier, qui s’assimile au final à un « Malheur aux vaincus! » généralisé.
 

Les gilets jaunes veulent ralentir le tempo, dites-vous. Mais Donald Trump ralentit aussi à sa façon la mondialisation avec ses mesures protectionnistes.   

Bruno Colmant : Oui, effectivement, mais Trump agit au profit des seuls Etats-Unis. Le populisme américain promeut le capitalisme. Il ne faut pas oublier que les Américains ont élu un milliardaire comme président. C’est très différent en Europe. Le populisme européen s’oppose au capitalisme.

Puisque le capital va éclipser entièrement le travail, il faut aboutir à une situation où tout le monde vivra des gains du capital.
 

Paul Jorion : La politique de Trump, c’est une politique de repli sur tous les plans : relations étrangères, le militaire, l’économique et le commercial. Et c’est une politique survivaliste : «  Dans un monde qui s’écroule, nous serons les derniers à tenir!« . 

Il faut savoir que la révolution numérique implique aujourd’hui de plus en plus l’élimination du travail classique : 87% des emplois disparus aux États-Unis au cours des dernières vingt années l’ont été pour cette raison. 13% seulement sont dus à la délocalisation. Or une politique  » à la Trump » ne peut s’occuper que de ceux-là. Quand une entreprise a le choix entre un recrutement d’un personnel supplémentaire et l’achat de machines, c’est la deuxième solution qui est privilégiée car c’est la moins chère. Auparavant, il y avait des gains provenant de deux sources: les gains du capital (le travail des machines) et les salaires que les travailleurs gagnaient en louant leur force de travail. Pour ces derniers, les choses vont continuer de se dégrader étant donné la révolution numérique. Il faut dissocier du coup l’acquisition de revenus et le fait d’effectuer un travail, parce que cette option va cesser d’exister. Cela pourrait paraître paradoxal aux yeux des mouvements de gauche traditionnels, mais puisque le capital va éclipser entièrement le travail, il faut aboutir à une situation où tout le monde vivra des gains du capital.   

Bruno Colmant : Si je comprends bien ce que dit Paul ici, ce serait une société où tout le monde serait actionnaire puisqu’on vivrait tous du capital. Mais ce serait un actionnariat d’Etat.  

©Kristof Vadino
 

Ce n’est pas une sorte de capitalisme communiste ?

Paul Jorion : Cela n’a jamais fonctionné comme cela en Union soviétique. Dans le cadre d’une propriété commune des moyens de production, je vois cela comme une généralisation de ma proposition d’une taxe Sismondi. Quand une machine remplace un homme, la richesse supplémentaire créée constitue un bien commun qui doit être partagé. Comme le disait au tout début du XIXe siècle le philosophe et économiste suisse Sismondi, la mécanisation est en tant que telle un progrès pour l’humanité, et pas seulement un revenu supplémentaire, confisqué pourrait-on dire, pour celui qui a pu acheter la machine.

Comment s’assurer qu’un tel type de solution puisse fonctionner sachant que le capital est très mobile ?

Paul Jorion : Il faut faire de la reconstitution d’un ordre monétaire mondial une priorité absolue. Celui que proposait Keynes à Bretton Woods en 1944 était excellent et reste d’actualité, il prévoyait d’ailleurs d’empêcher la circulation des capitaux spéculatifs. Le mécanisme de l’euro – enfin complété – constituerait une plateforme et un tremplin pour un tel ordre mondial indispensable.  

Il y a davantage de place aujourd’hui, dans le désarroi global, pour des solutions innovantes. Nous avons pris la mauvaise habitude d’exiger que tous les pays mettent en œuvre la même solution en même temps. Dans la logique du XIXe siècle, si on trouvait une bonne solution, on était certain qu’elle aurait valeur d’exemple pour les autres qui auraient envie de la mettre en application. Mais il faut faire léger: aller dans le sens des comportements spontanés et ne pas se laisser tenter par des approches purement bureaucratiques.   

Comment concilier les préoccupations de fin du monde et de fin du mois ?

Paul Jorion : Ce sont deux problèmes essentiels qui se posent en même temps. Je renvoie au politologue un peu alarmiste et sensationnaliste Peter Frase. Qui dit que si on ne traite pas le problème de fin du mois dans un contexte de fin du monde éventuelle, on tombera dans des solutions exterministes, c’est-à-dire l’élimination d’une partie de la population décidée par une autre partie de la population pour résoudre les problèmes. C’est déjà arrivé dans l’histoire et cela pourrait se reproduire. Ce qui pourrait encore encourager la tentation exterministe du point de vue des élites dirigeantes, c’est que si les transitions nécessaires n’ont pas lieu, la rue voudra décider du déroulement des événements à la place des représentants au Parlement, inefficaces.

Bruno Colmant: Le phénomène des Gilets jaunes doit à cet égard nous interpeller. Avec les moyens digitaux, les capacités de mobilisation deviennent permanentes.

Il serait nécessaire de retrouver des Etats stratèges, plus directifs, qui jouent un rôle plus important dans l’économie
 

Mais les revendications des gilets jaunes sont très disparates, voire contradictoires.

Bruno Colmant : Oui mais les programmes des partis politiques sont également pétris de contradictions. Certains partis annoncent des mesures dont certaines ne sont tout simplement pas finançables. Je reste un fervent défenseur de la démocratie représentative, mais dans les faits on risque d’évoluer vers une démocratie de plus en plus participative.

Paul Jorion :  Les jeunes nous donnent une leçon de désobéissance civile en n’allant pas à l’école afin de manifester pour le climat, ils prennent en main – parce qu’ils savent qu’ils seront un jour seuls en charge – la dimension « fin du monde ». Les gilets jaunes attirent l’attention sur la « fin du mois ». S’il y a fin du monde, il y aura aussi de facto, résolution de la question économique. Il est de l’intérêt de gouvernements immobilistes d’opposer les deux types de contestataires, mais comme le problème est un, il n’est pas impossible qu’il y ait convergence des revendications.  

Bruno Colmant : Il serait nécessaire de retrouver des Etats stratèges, plus directifs, qui jouent un rôle plus important dans l’économie. Face à la transition numérique, l’Etat doit aussi s’inscrire dans une logique protectrice. On ne peut pas vivre avec une population qui est dans une anxiété permanente face aux changements. Certains pensaient que les Etats n’avaient plus rien à faire. En Belgique, plus aucun grand travail d’infrastructure n’a été réalisé en quarante ans. D’aucuns diront que c’est une coïncidence, pour ma part, je ne le pense pas.

Les jeunes nous donnent une leçon de désobéissance civile en n’allant pas à l’école afin de manifester pour le climat, ils prennent en main – parce qu’ils savent qu’ils seront un jour seuls en charge – la dimension « fin du monde ».

Certains économistes disent qu’il faut mieux expliquer les enjeux à la population, leur dire ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas.

Paul Jorion : C’est là une perspective classique de « rationalité économique » : les économistes se sont convaincus (c’est la « révolution marginaliste » de la fin du XIXe siècle) qu’une solution « technique » est nécessairement liée à une réduction des coûts, plutôt que mise sur pied en vue de réaliser l’objectif d’une vie paisible et harmonieuse des citoyens. On dit à la population : il y a une solution technique, nous la connaissons et nous allons vous la communiquer. Mais ces solutions techniques sont souvent décalées des réalités vécues par les gens qui, du coup, les appellent « théoriques » au lieu de « pratiques », et les rejettent. On a oublié qu’une société ne pouvait vivre qu’avec un ressentiment réduit au minimum au sein de la population : la logique du profit était censée rendre riche tout le monde, mais, en elle, est inscrite la concentration inéluctable de la richesse. C’est notre rôle en tant qu’intellectuels de rappeler cela et de proposer des solutions vraiment innovantes et crédibles.

Pour la BCE, on peut parler du syndrome Onoda. C’est le soldat japonais à qui on n’avait pas dit que la guerre était terminée.

Au niveau économique, les banques centrales paraissent un peu seules pour soutenir l’activité. C’est le cas de la BCE dans la zone euro.

Bruno Colmant: Je pense que la BCE va encore abaisser ses taux à -0,50 ou -0,60 point (contre -0,40 point actuellement). Je reste toujours pantois face à son seul objectif qui est celui de la stabilité des prix. Car les prix sont stables. La BCE devrait ajouter à son mandat, comme la Federal Reserve américaine, un objectif de plein-emploi. Actuellement, pour la BCE, on peut parler du syndrome Onoda.

Iro Onoda est un soldat japonais à qui on n’avait pas dit que la guerre était terminée. On l’a retrouvé sur une île des Philippines en 1974. Il ne voulait pas déposer les armes sauf si son supérieur hiérarchique lui en donnait l’ordre. Finalement, on a retrouvé son commandant qui vivait encore et qui était libraire à Tokyo. Et ce dernier lui a donné l’ordre de déposer les armes. La poursuite de la seule stabilité des prix par la BCE, c’est le combat d’Onoda qui continuait une guerre qui était terminée depuis longtemps.

Paul Jorion : Je suis nettement moins catégorique que Bruno. Quand les USA inscrivent à la fois le plein-emploi et la stabilité des prix dans les missions de la banque centrale, ce sont deux choses qui peuvent tirer dans des directions opposées. J’ai d’ailleurs le sentiment que demander aujourd’hui à une banque centrale d’assurer le plein-emploi, c’est lui demander de résoudre la quadrature du cercle, en raison d’une disparition programmée du salariat liée à la révolution numérique.   

Paul Jorion, en tant que Belge vivant en France, comment avez-vous perçu le résultat des dernières élections en Belgique?

Paul Jorion : On constate que globalement les partis dominants sont en chute. C’est le cas en Angleterre, en France comme en Belgique. Nous sommes dans une période de transition et les gens ne comprennent pas ce qui leur arrive. Ils ne se reconnaissent plus dans les options qui leur sont offertes. Avec la poussée en Flandre du Vlaams Belang, un parti nationaliste et extrémiste, qui propose aussi certaines mesures sociales de gauche, il est difficile de mettre en place des coalitions.

Ce qu’on observe en Belgique s’observe bien entendu en ce moment à l’échelle du monde. C’est la tentation du repli que j’ai mentionnée à propos de Trump. Devant les crises, les signes d’effondrement, la menace qui reste un peu abstraite d’extinction de l’espèce humaine, la réaction instinctive est « suvivaliste » : « Sauvons-nous, nous-mêmes, par priorité« . Et l’on restreint la définition du « nous » de manière « identitaire », qui est le mode instinctif. « Nous », ce sont ceux qui parlent la même langue que nous, ont la même religion, habitent sur ce versant-ci de la montagne, etc. Une démarche qui permettra peut-être à de petits groupes de survivre 50 ans de plus que d’autres, mais qui ne sauvera pas l’espèce : le nuage de Tchernobyl ne s’est pas arrêté aux frontières.

Ce qu’on observe en Belgique, s’observe bien entendu en ce moment à l’échelle du monde. C’est la tentation du repli que j’ai mentionnée à propos de Trump.
 

Le repli instinctif est inévitable, et il est compréhensible parce qu’il offre une solution partielle, même si elle n’est que provisoire. Pour la solution globale, seule une approche mondiale est possible. Malheureusement, la mondialisation n’a encore été mise au service que d’une seule préoccupation: la constitution d’un marché.

Cela a réussi, au point que Trump le découvre pour son malheur : le monde est devenu une colossale symbiose économique où les frontières comptent pour rien. Mais il faut maintenant que la mondialisation – qui est le cadre où peut s’exercer la raison, par opposition à l’instinct – modifie drastiquement ses priorités. Elle s’était mise au service entièrement du profit et, ce faisant, elle a produit un enrichissement global mais qui s’est accompagné d’une concentration de la richesse, d’un consumérisme effréné, gaspilleur et destructeur de ressources, et qui menace aujourd’hui la survie même de l’humanité.

De la survie provisoire des petits groupes, ceux-ci s’occuperont eux-mêmes. De la survie de l’espèce, ce sont les institutions globales qui doivent s’en occuper mais en s’identifiant de nouveau à l’intérêt général et non aux seuls intérêts particuliers.

Pour revenir à la Belgique, le confédéralisme est la voie vers laquelle nous engage l’instinctUne Belgique unie, nation européenne militante, fer de lance d’une conception du « Nous » à l’échelle de l’espèce humaine tout entière (et du « vivant » en général à l’échelle de la planète), est la voie vers laquelle nous engage la raison.

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17 réflexions sur « L’Écho, Paul Jorion et Bruno Colmant: « La situation est grave. En l’absence de solutions, c’est la rue qui décidera », le 22 juin 2019 »

  1. Rien à voir avec la teneur de l’échange, mais je déteste cette méthode photographique consistant à fixer ainsi la gestuelle de deux personnes débattant entre elles. Cela doit avoir un nom chez les professionnels puisque je retrouve ce procédé dans bien des publications, notamment dans l’organe de propagande (oups, pardon, de communication/valorisation) de mon institut de recherche. Si un historien/sociologue de l’image passe par ici, j’apprécierais une petite analyse de ce type de clichés. Heureusement que ma notoriété n’atteint pas un degrés suffisant me contraignant à me plier à cet exercice (je vous ai raconté sur un autre fil mes déboires avec les vidéastes)

    @Paul
    J’ai enfin reçu « Mes vacances à Morro Bay » (mon libraire de fils a un peu tardé à rendre visite à son vieux père en province et à me livrer le tant entendu ouvrage). La semaine prochaine s’annonçant caniculaire et mes obligations professionnelles me conduisant à dormir à l’hôtel (que je sais être doté d’une terrasse ombragée), je sens que le moment est venu de me lancer dans cette lecture, une bière fraiche à la main.
    Existe-t-il un prix littéraire des lecteurs contraints de dormir à l’hôtel en sus de celui des campings 😉

  2. « il faut que la mondialisation modifie drastiquement ses priorités »
    C’est une idée naive. La mondialisation n’est et ne sera jamais autre chose que commerce et capital. De nombreux gens rêvent d’un monde unifié, humaniste (un peu dans style de l’ancien candidate à la présidentielle, Ségolène Royal: « aimons nous…..), ou encore plus ancien: « Freude schöner Götterfunken ». Cela ne peut marcher, pour différentes raisons. Le seul liant, c’est l’argent, les intérêts économiques. On le voit bien: la courbe « évolution du commerce mondial depuis la fin des années 50 », monte en dents de scie, mais elle est significativement ascendante, dynamique, suivi, presque de manière symétrique, de l’endettement privé et publique, du chômage de masse, de la paupérisation d’une partie de la population…….Et si vous intérrogez les gens dans rue, je suis prêt à parier que la majeure partie sont pour la mondialisation. Qu’il y a de plus en plus de gens pauvres (ou « relativement pauvres », comme on aime dire) n’intéresse pas les profiteurs de la mondialisation (et Tartufe Macron non plus). Ce que je constate: non seulement il y a protéctionisme accru au niveau de certains pays, mais aussi au niveau individuel: sauve qui peut, chacun pour soi, le lien social se défait, comme dans le processus d’une maladie maligne, les gens ont le sentiment d’être exposé et délivré aux puissance qu’ils ne peuvent même pas combattre. Les partis politiques classiques n’auront pas de réponse ni remède à cela, d’autant plus qu’ils sont encastrés dans le système.

  3. Quand les anarchistes ont rêvé d’une société sans maître, sans l’oppressante autorité de l’Etat centralisé immanquablement voué à la protection des intérêts des puissants, nos systèmes communistes et capitaliste les ont pris pour des fous et les ont combattu jusqu’à la dernière extrémité.

    Puis le capitaliste à fait la démonstration éclatante, avec la mondialisation notamment, qu’il était parfaitement possible de construire une société transnationale et supra géographique ! Tout cela serait du plus bel effet (un vrai paradis pour ceux qui savent en tirer parti) si ce capitalise ne menaçait pas, en définitive, l’équilibre de nos sociétés et notre survie sur la planète.

    Alors que faire ?

    Il y a bien cette solution qui consiste à poursuivre avec le capitalise en intégrant la préservation de notre environnement comme nouveau levier de rentabilité du capital et en lâchant un peu de lest pour calmer les crève-la-faim (et si cela ne suffit pas, leur désigner des ennemis à combattre on gagnera du temps !). C’est l’option considérée comme la plus réaliste par les vainqueurs actuel de la lutte des classes. C’est donc ce qui continuera d’être tenté en absence de tout bouleversement. Cette option bénéficie de l’immense avantage de la continuité c’est-à-dire du moindre changement.

    Il y a également une option dont l’acceptation pourrait dépendre de la continuité ou de l’impression de continuité (de moindre changement) qu’impliquerait sa mise en application. Il s’agit d’extirper (ou de faire glisser subrepticement) le capitalisme concentrationnaire de l’équation pour construire une société un peu plus égalitaire, sans maîtres et par-delà la déjà bringuebalante autorité des Etats (nations). Le capitalisme nous a montré que le parcours était faisable à l’échéance de la moitié d’un siècle.

    Comme l’affaiblissement des Etats est déjà un fait, l’on peut supposer que la moitié du temps (25 ans) suffirait. Ce qui est fort compatible avec nos exigences du moment. Encore faut-il parvenir à prendre de court le retour nauséabond des Etats-nations autoritaires ?

    Reste à savoir comment extirper subrepticement le capitalisme de nos sociétés, dans les meilleurs délais ? J’espère ne pas passer pour un original si je m’en sors avec une formule du genre ‘le comment est bien avancé sur ce blog, il nous faut l’enraciner sur le terrain pour emporter l’adhésion de la multitude’. Je m’étais arrête à un billet qui disait que les choses bougent et promis de me rendre à la prochaine rencontre physique. Je suis toujours partant…

      1. J’en espérais pas tant !
        J’e pensais plutôt aux réunions locales de lancement du nouveau parti ou de la formule retenue.
        Si je peux contribuer d’une manière ou d’une autre aux préparatifs (j’imagine qu’il y en a), mon mail accompagnant mes posts est valide.

  4. « la montée des populismes. », accroche alléchante.

    J’allais enfin comprendre ce qu’est le populisme.
    Est-ce le même chose que ce que veut ma voisine retraitée, et immigrée d’un pays asiatique: vivre le moins mal possible avec sa toute petite retraite et qu’elle a quelques idées pour ce faire? Ou bien tout autre chose, par exemple laisser mourir en mer tous ces immigrés? Rafaler dans le tas avec successivement plusieurs armes soigneusement disposées -changer de chargeurs peut être trop long- , est-ce aussi du populisme?

    Espoir déçu. Non, ce ne sera pas dit ce qu’est ce mystérieux populisme.

    Faut croire que ‘populisme’ vit dans la tête des autres, si fortement et si prégnant que sa définition en devient inutile. Ne parlons pas d’exemples choisis, c’est trop.
    Ce mot recouvre une connotation morale expéditive qui me met mal à l’aise.

    1. Je pense que pour définir le populisme, le plus simple c’est de remonter à Platon.

      Quand vous imaginer comment la structure politique doit fonctionner, plusieurs choix se présentent à vous. La démocratie, par exemple, ou le concept du Philosophe-Roi de Platon, qui est fondamentalement anti-démocratique.

      Et il est vrai qu’il est quand même mieux que la classe dirigeante soit instruite, dotée de raison, avec un sens moral et philosophique élevé.

      Les systèmes politiques « démocratiques » modernes ont la prétention de concilier le besoin de prendre en prendre les besoins populaires, la « démocratie », et le gouvernement par une élite « intellectuelle » « rationnelle ».

      Le populisme, c’est la remise en cause de cet arbitrage. Vu par les élites, la remise en cause de cet arbitrage est assimilé à une remise de cause de la Raison.

      Cas concret: Vous êtes contre les vaccins? Vous êtes alors contre la Science. Donc contre la Raison. Donc contre le Philosophe-Roi. Donc populiste.

      C’est un énorme raccourci intellectuel. Mais je pense qu’on ne peut comprendre le concept de populisme qu’à travers l’existence factuelle de ce raccourci intellectuel.

      1. Merci. En effet, raccourci intellectuel.
        Vu comme ça, la philo apparaît comme un marqueur de la supériorité des ‘élites’ sur le peuple.

        Je suis donc un populiste, et la montée des populismes ne m’indispose pas. Puisque, si populisme il y a il est uniquement dans l’œil de l’observateur du haut de sa chaire. Partial et supérieur, par rapport aux cloportes qui rament pour ne pas crever, tout en essayant de garder leur humanité. Voir Gilets Jaunes.

        Paul pronostique un chômage massif et préconise quelques solutions de fond. Le pronostic n’est guère contestable, de plus le phénomène en cours sera rapide à se généraliser. Les solutions sont très lointaines, inatteignables dans la situation politique actuelle.

        Il me semble que les beaux esprits devraient s’armer à faire face à la montée des populismes.
        Cesser de baver sur le populisme serait un bon point de départ.

      2. Anti-vaccination :

        Version « plouc » – « La vaccination rend sourd et aveugle », lu sur « PERSONNE N’EN PARLE !!! MESSAGE À DIFFUSER LE PLUS POSSIBLE !!! »

        Version « bobo » – Passager clandestin : « Mon enfant évitera un risque minime du fait que les enfants de ploucs se seront fait eux vacciner »

        Résultat, quand il y a trop de bobos dans une population, comme en Californie : U.S. measles cases in first five months of 2019 surpass total for any year since 1992, le 30 mai 2019.

      3. @daniel: « Vu comme ça, la philo apparaît comme un marqueur de la supériorité des ‘élites’ sur le peuple. »

        Je ne pense pas qu’il faille le penser comme cela. La philosophie devient une nécessité vitale pour faire sens de votre monde quand vous commencez à vous approcher du pouvoir d’une manière ou d’une autre. Vous avez un besoin d’autojustifier votre action par une théorie qui vous explique qu’il y a une légitimité à faire ce que vous faites. Et vous cherchez donc mécaniquement la théorie philosophique la moins idiote possible.

        « Je suis donc un populiste, et la montée des populismes ne m’indispose pas. Puisque, si populisme il y a il est uniquement dans l’œil de l’observateur du haut de sa chaire. Partial et supérieur, par rapport aux cloportes qui rament pour ne pas crever, tout en essayant de garder leur humanité. Voir Gilets Jaunes. »

        Disons que c’est une question de dosage. Je pense qu’à l’heure actuelle beaucoup de gens demandent plus de populisme. Le problème, c’est que le peuple n’est pas plus savant qu’il ne l’est, ne fais pas toujours des choix très intelligents, est grégaire mais en même temps difficilement dirigeable même si l’idée lui prenait de se diriger lui-même. Bref. Un pouvoir un minimum éclairé reste nécessaire.

        Mais disons qu’entre la Suisse et la Corée du Nord, il y a différentes manières et gradations pour arbitrer entre populisme et « élitisme ».

        « Les solutions sont très lointaines, inatteignables dans la situation politique actuelle. »

        Certes. L’élite n’a pas un logiciel qui permettrait ce changement. Il n’est malheureusement pas certain non plus du tout que le populisme le puisse, même s’il le voulait.

        « Il me semble que les beaux esprits devraient s’armer à faire face à la montée des populismes.
        Cesser de baver sur le populisme serait un bon point de départ. »

        Effectivement. Le traiter par le mépris comme on le ferait d’un lépreux putride a ses limites. Il va falloir aboutir à des nouveaux arbitrages sur cette répartition du pouvoir et de sa légitimité. Ca a l’air très mal parti.

        @Paul Jorion: la thématique des vaccins n’est qu’un exemple que je voulais illustratif. Il ne s’agit pas dans mon propos de dire quoi en penser. Juste d’illustrer en quoi le raccourci intellectuel opère.

    2. Populisme : se faire élire en prétendant défendre les intérêts du « peuple » = les laissés pour compte, tout en étant de mèche avec les nantis, ou en s’étant promis de régler le compte des nantis en devenant encore plus riche qu’eux (un exemple récent dans l’actualité).

      Tiens, une occasion de dire quelque chose de positif sur Hitler (c’est pas tous les jours comme on sait !) : au moins lui était sincère : il croyait à sa propre version mystique du « peuple allemand ». Les « pas-Allemands », de la « vermine » à exterminer (Juifs, Roms), où à asservir (Slaves), dans un cas exemplaire de non-réciprocité.

  5. Bonsoir,

    La mondialisation et son intériorisation subjective – seule condition pour un développement universel des consciences – est encore loin d’être acquise, car elle se couple avec l’intercesseur technologique/numérique qui reste une gageure pour ceux nés avant 1980 – et pour les autres affranchis du saut technologique, le gradient induis par cet outil ne favorise pour le moment que l’hyper mimétisme/narcissisme – donc loin des visées humanistes/universalistes attendus par les sages/désintéressés qui professent/répandent une parole puisée dans l’expérience de conflits/sociologie du XX ème siècle .
    Le destin du monde est entre les mains d’une génération, qui fera comme non pas la précédente, mais celle encore la précédent, l’expérience des grandes catastrophe et des grandes leçons à en tirer.

  6. Si la gratuité sur l’essentiel (nourriture, logement, santé, vêtements, réseaux) ne correspond qu’à 3% du PIB, alors la sagesse voudrait que l’on commence à l’organiser, de sorte à offrir un parachute de survie à la population, moins difficile que le dénuement total et la soupe populaire, ce qui pourrait en France, nous précipiter dans des affrontements au sein de la population.

    Rien de tout cela chez E. Macron. Il en sera rendu responsable, puisqu’en même temps, il a reconnu publiquement à plusieurs reprises qu’une grande crise du capitalisme est imminente (« Le capitalisme ultra-libéral et financier, trop souvent guidé par le court terme et l’avidité de quelques-uns, va vers sa fin », on ne peut pas être plus clair…).

    Le déni de la précarité grandissante, ou celui de la disparition du travail, et les fausses solutions qu’il envisage nous montre qu’il n’est qu’un valet de ce capitalisme, dont il reprend tous les poncifs les plus éculés, la « valeur travail », le « sens de l’effort » que n’auraient pas les jeunes, la « mauvaise gestion de l’Etat » pour certain biens publics qu’il veut vendre, etc. Et ce ne sont pas ses multiples postures, ou discours ronflants sur les sacrifices des résistants de 39-45 qui y changent quelque chose…

    Vivement qu’on passe à autre chose. La gratuité sur l’essentiel, inscrite dans la constitution par exemple. Et pourvu qu’on arrive à le faire avant cette grande crise !

  7. « Iro Onoda est un soldat japonais à qui on n’avait pas dit que la guerre était terminée. »
    Pas tout à fait. On lui a dit à différentes reprises que la guerre était finie, mais:
    1: il était dans le déni.
    2: il refusait de se rendre sans un ordre formel de son supérieur hiérarchique

  8. « l’Etat-providence est mis entre parenthèses. »
    Est-ce bien vrai ? Je constate que la sécurité sociale reste assurée : Les allocations familiales, le chômage, et les retraites sont payées. Des études démontrent que le niveau de vie augmente pour toujours plus de gens.
    Je crois que ce qui se passe chez nous – pas en Inde – avec nos gilets jaunes, verts, rouges, noirs, arc-en-ciel, électeurs de LePen, Mélenchon, brexit, Trump, PTB ou Vlaams belang, c’est que la frustration augmente plus vite que le niveau de vie. Le ressenti prime le réel.
    Il ne faut pas confondre la façon de financer (ex : les travailleurs paient les retraites) et la possibilité de financer. En ce sens, la taxe sismondi solutionne les déficits (ex : les robots paieront les retraites).
    Le problème c’est la durabilité de nos gaspillages. Nous mettons en perce de plus en plus de nos tonneaux de ressources qui ne se renouvellent pas.
    Rappel :
    DES= POP*CoM où :
    DES= destruction de la biosphère ; mesurable par le PIB ;
    POP= population ;
    CoM= consommation moyenne de ressources non renouvelables ; mesurable par le pouvoir d’achat.
    Lire JM Jancovici qui se concentre sur l’énergie fossile. https://jancovici.com/

  9. Pour faire évoluer utilement ce capitalisme mondial et lui proposer gentiment de mieux répartir les richesses qu’il produit, ne faudrait-il pas créer une instance mondiale qui lui en fasse la demande ? Comment crée-t-on cela ? Est-ce qu’un tel cénacle existe déjà, même de manière embryonnaire ?

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