Archives par mot-clé : interdiction des paris sur les fluctuations de prix

« Allez, tous ensemble, on construit une cabane… »

Vous avez été jeune, voire même vous l’êtes toujours ! Vous avez été scout… ou vous avez regretté de ne pas l’être ! Vous avez été misanthrope toute votre vie mais devant la tournure que prennent les événements, vous avez compris qu’il était temps de changer ! Alors voilà un petit projet pour le weekend.

Durant la vidéo que j’ai enregistrée tout à l’heure, j’ai fait allusion à un mail que je venais de recevoir, me disant que je pouvais être utile. Je viens de le lire ainsi que la documentation attachée et je crois que c’est vrai. Mais il faut qu’on s’y mette tous ensemble. Ça peut être aussi amusant que de construire une cabane et je promets qu’il y aura feu de camp tous les soirs avec des gens qui chantent mieux que moi. Tout le monde ne coupe pas du bois aussi bien mais il y a aura des choses à faire pour tout le monde.

Alors voilà de quoi il s’agit : la CFTC, non : pas le syndicat français, la Commodity Futures Trading Commission américaine a lancé une enquête sur une règle qu’elle envisage d’instaurer, qui limite drastiquement l’accès des spéculateurs aux marchés à terme des matières premières. Comme vous le verrez dans l’article que je recopie ci-dessous, ceux qui répondent à l’enquête, ce sont essentiellement les spéculateurs eux-mêmes. On n’en sera pas surpris : ils ont les ronds, ils ont les équipes. Nous, on n’a comme financement que les donateurs du Blog de Paul Jorion, mais on a une fine équipe. Les commentaires sont ouverts aux étrangers, donc on n’a pas d’excuses !

Vous ne connaissez peut-être pas la finance mais vous savez peut-être traduire un texte anglais en français ? Quand je vous disais qu’il y aura du travail pour tout le monde !

Le site est ici. La copie doit être rentrée pour le 26 !

On commence. Un volontaire tout de suite pour traduire en français ce qui suit !

Un silence de mort accueille la consultation de la CFTC

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« Contre-appel du 22 mars »

Il y a eu le vote protestataire, où l’on n’accorde pas sa voix en faveur d’un parti mais contre un autre. Il y a eu le vote blanc ou le vote nul, où l’on déverse sur le bulletin la rage que l’on a au cœur. Il y a eu enfin l’abstention, quand le pire ennemi de mon pire ennemi m’est lui aussi devenu à ce point indifférent, que lui non plus ne mérite plus que je me dérange.

Comment en arrive-t-on là ? Quand dans son ensemble la classe politique parle d’un monde qui a cessé d’exister. Nous aimerions tant qu’un de ses membres dise en public – et non comme aujourd’hui en privé, dans le creux d’une oreille – « La machine est cassée ! » Mais non, on demande aux vieilles recettes de continuer à servir, non sur la foi de leurs succès passés mais par simple habitude. En changeant, dans le meilleur des cas, les proportions de divers ingrédients rassis, rancis, voire franchement frelatés. Le monde a changé et la classe politique poursuit imperturbablement le bavardage d’une conversation qui n’évoque plus que l’ancien temps.

Nous vivons une période que l’on peut sans emphase qualifier d’historique : le capitalisme meurt sous nos yeux et nous entraîne dans sa perte. Toute tentative de rafistolage du système épuisé ayant implosé devant nous, sera certainement douloureuse et plus que certainement, vaine. Une finance fondée sur des paris sur les fluctuations des prix s’est nourrie sur le corps affaibli d’un monde ayant cessé de compter sur la richesse pour vivre à crédit, et s’est – comme il était à prévoir – effondrée. Après un temps de latence, elle entraîne désormais à sa suite les États qui s’étaient portés à son secours. Les peuples sont appelés à régler l’addition : il n’est question que de plans de rigueur et de luttes contre les déficits publics ; la protection sociale conquise sur un siècle, n’aura pas duré davantage.

On parle encore avec emphase de croissance, porteuse d’abondance et chargée de tous les bienfaits, mais ceux ayant ces mots à la bouche savent qu’elle s’alimente depuis toujours à la gabegie d’une planète pillée sans répit. La recette en est de toute manière perdue. À la place, la précarité et le chômage progressent d’une marche inexorable : les emplois perdus, le sont à jamais.

Cette fin d’un monde qui s’est cru éternel exige des actes, dès aujourd’hui. Le manque d’imagination, le manque de courage ne sont plus de mise désormais. Si rien n’est fait – et l’encommissionnement est une forme du rien – il n’y aura plus bientôt ni planète viable pour notre espèce, ni économie qui ne soit simple rapt par la finance de toute richesse créée, ni même aucun revenus, car les nations vieillissent, et les vieillards qui occupent les postes s’y accrochent à mesure que fondent leurs retraites, monopolisant la ressource devenue rare qu’est le travail humain.

Quelle initiative alors prendre ?

L’ Appel du 22 mars annonça le Joli Mai et le dépoussiérage que celui-ci opéra d’une société en voie de fossilisation avancée. Mais rien ne sert de convoquer les symboles au titre de fleurs ou couronnes : la soupe refroidie n’est au goût de personne. Nul n’a le droit de les évoquer s’il n’est digne d’eux : à la hauteur aujourd’hui de ce qu’ils furent en leur temps.

Il n’est question ici ni de nouveaux slogans, ni d’un nouveau parti : le cimetière des espérances déçues déborde de tous ces lendemains qui nous firent déchanter. Il s’agit au contraire de mettre en mots, en images et en actes, les prémices du monde nouveau qui se dessine à nos yeux. Toutes les mesures à prendre ne sont pas encore connues, certaines n’existent encore qu’à l’état d’ébauches à peine esquissées, mais qu’importe ! Le monde auquel nous aspirons est l’inverse de celui qui, petit à petit, s’est installé dans nos vies et pire encore, se trouve maintenant logé à demeure dans nos têtes. À l’égard de celui-ci, nous sommes déjà, au plus profond de nous-mêmes, des insoumis. C’est cette insoumission-même qui émerge aujourd’hui sous sa forme collective.

Le bourgeois a perdu son Dieu et l’a remplacé par l’argent. L’argent a tout envahi. Le « capital humain », un lobe de foie ou un rein, tout a désormais un prix : tout se vend, tout s’achète. On évoque aujourd’hui la « loi du marché » comme on parlait auparavant de la « gravité » : inscrites toutes deux désormais au même titre sur des tables d’airain. La plus grande richesse créée par les machines aurait dû signifier notre libération, mais aussitôt créée, elle se trouve confisquée et disparaît dans des comptes secrets.

Le temps n’est-il pas venu de désamorcer la machine infernale ? D’affirmer que le commerce humain n’est pas nécessairement celui de l’argent ? De faire advenir la solidarité là où la rivalité règne aujourd’hui en maître ? De promouvoir un double respect : celui des humains dans leur diversité, les uns vis-à-vis des autres, et celui d’eux tous réunis, envers la planète qui les accueille et leur dispense ses bienfaits ? « Penser global pour agir local » ont dit à juste titre, les écologistes. Le moment est venu d’agir aussi globalement : local et global, l’un ne va pas sans l’autre.

La démocratie se voit chaque jour un peu plus menacée par les manifestations d’un contrôle social envahissant. Les moyens qui s’offrent à nous pour la faire progresser, pour qu’elle s’approfondisse sur le plan politique et pour qu’elle s’instaure enfin au sein de l’économie, par le biais d’une constitution pour l’économie, définissent le monde nouveau qui pourrait être le nôtre.

Bien sûr, nous savons faire la part du rêve mais c’est pour mieux l’affirmer d’abord comme ce but auquel nous ne saurions renoncer. Nous nous inscrivons, de cette manière, dans la lignée de tous les résistants, « dissidents » de toutes les époques, dont on découvre plus tard qu’ils eurent raison d’avoir si longtemps tort, sans jamais renoncer.

Il y aura toujours de « prochaines élections », même s’il existe pour nous Dieu merci d’autres moyens d’exprimer nos espoirs. La manière optimale de les préparer – l’action politique sous son jour le meilleur – est de commencer par rêver à voix haute. Nous associons à notre rêverie partagée, un programme immédiat pour être sûrs qu’elle ne sera pas abandonnée aussitôt évoquée : les dix, cent, mille mesures qui devront être prises pour que les idées généreuses se traduisent en des réalités qui ne le seront pas moins. Ce catalogue, livre de doléances ou quel que soit le nom qu’on veuille bien lui donner, ne sera pas l’aboutissement de tractations entre partis, mais le produit d’une élaboration « apartidaire », fruit de la tenue d’États généraux, témoignage que les temps difficiles sont ceux où s’entend la voix des sans grade, guidés seulement par leur foi en la lumière et leur bonne volonté !

Paul Jorion et François Leclerc

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Reformuler les règles du jeu dans leur ensemble, par Corinne Lepage

Billet invité.

La vitesse à laquelle se dégrade la cohésion européenne d’une part, la situation économico-sociale en Europe, aux Etats-Unis, voire en Chine, contraste avec la pauvreté des propositions et l’incapacité ou plutôt l’absence de volonté réelle du système politique d’entamer une réforme fondamentale du système financier.

Les cris d’orfraies des banques à la simple évocation du renforcement des règles prudentielles, qui ne sont qu’une petite mesure évidemment indispensable, suffit à mesurer l’étendue de la reconquête que le pouvoir politique devrait entreprendre pour s’attaquer aux racines du mal !

Mais deux sujets d’une autre ampleur devraient être abordés :

– l’encadrement voire la réduction drastique des paris sur les fluctuations de prix via les ventes à découvert et le jeu spéculatif sur les CDS, comme le propose Paul Jorion. Il est indispensable que risques éventuels et avantages de cette solution soient pesés de telle sorte qu’elle puisse être soutenue avec tous arguments à l’appui. En particulier, la question de l’assèchement du crédit qui est opposée par le monde de la finance, doit être approfondie et prouvée par ses défenseurs. Compte tenu de ce qui s’est passé en Grèce, et de ce qui menace désormais sur le même schéma, plusieurs pays de la zone euro, ainsi que la cohésion européenne, il est urgent d’agir.

– Le rôle du dollar et la reconstruction d’un nouveau système monétaire international. La proposition du panier de monnaies comme nouvel étalon international parait la solution la plus sage. Ce n’est pas pour autant qu’il s’agit de la solution qui sera choisie. Pour le moment, l’impression est plutôt à la confortation du système qu’à son bouleversement.

Mais, au-delà de tout cela, ce sont bien les règles du jeu qui sont à reformuler dans leur ensemble et l’affaire de la Grèce en est le symbole. Je ne sais pas si ce qu’a fait Goldman Sachs en montant le système permettant à la Grèce de trouver un subterfuge pour dissimuler son endettement est ou non légal. Je ne sais pas si le fait d’avoir ensuite spéculé contre la Grèce avant de placer à nouveau sur les marchés la dette grecque avec une augmentation de 2 ou 3 points du taux d’intérêt est légal ou pas. Ce que je sais, c’est que cela ne devrait pas l’être.

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Le duc d’Aiguillon, le vicomte de Noailles, le vicomte de Beauharnais et le duc du Châtelet

La discussion d’hier dans « N’est-il pas temps, alors, de s’engager ? » a attiré mon attention sur une différence importante voire même fondamentale, entre certains d’entre vous et moi-même, alors que nous disons les mêmes choses et semblons pourtant viser les mêmes buts.

Pour moi, le but est clairement défini, disons pour faire vite : « un monde meilleur », et ceux qui s’opposent à ce monde meilleur que j’entrevois, constituent une masse indéterminée qu’il s’agit essentiellement de rallier à mes idées. Pour certains d’entre vous, l’ennemi est clairement défini, alors que le but est moins circonscrit, en gros : « me débarrasser de mon ennemi ».

La différence est cruciale parce que ce qui m’apparaîtra dans ma cause « centrée sur le but », comme une victoire apparaîtra aux yeux de celui « centré sur l’ennemi », comme ma défaite. Ce qui m’apparaît comme le fait d’avoir pu convaincre mon « ennemi d’un jour » après une longue lutte (il ne s’agit bien sûr que d’une première bataille et non de la guerre), apparaît à mon ami « ennemi-centré » comme le fait que je me sois rallié au camp de l’ennemi. Comme il me l’a été dit hier dans un mail anonyme : le fait que Mme Merkel, Mrs Sarkozy, Papandréou, Barroso, réclament désormais une interdiction partielle des paris sur les fluctuations de prix, fait de moi un « vendu ».

Quel est le raisonnement qui conduit là ? Le fait que vous ayiez convaincu l’ennemi fait que vous et lui disiez désormais la même chose, et c’est vous qui parlez donc désormais comme l’ennemi. Si ma mesure avait été bonne, jamais Mme Merkel, Mrs Sarkozy, Papaandréou, Barroso, jamais de tels « ennemis jurés », ne l’auraient adoptée. Or ils l’ont fait, et le faisant, ce n’est pas moi qui les ai fait rejoindre mon camp, c’est eux qui m’ont fait rejoindre le leur. Ou plutôt, ont révélé « qui j’étais vraiment ». La qualité d’ennemi est ici, je l’ai dit, intangible : elle est déterminée une fois pour toutes et rien ne la fera changer ; il ne s’agit pas, dans cette perspective, de convaincre, mais uniquement d’en découdre.

Ceci éclaire il me semble, non seulement la discussion d’hier mais aussi celle qui eut lieu précédemment à propos de la « création monétaire par les banques commerciales » : trier parmi les torts de l’ennemi est une perte de temps puisque son statut d’« ennemi » ne sera jamais mis en cause. Cela explique aussi pourquoi nous procédions, de notre côté, en proposant une démonstration toujours plus fouillée, toujours plus complète, alors que nos opposants s’efforçaient eux d’allonger la liste de ceux qui sont de leur avis. Cet argument « par le nombre » me déconcertait : « Quel importance, le nombre ! », me disais-je, mais le nombre n’est pas indifférent s’il s’agit de se compter, de compter « ceux qui sont comme nous » et « les autres ».

Qu’est-ce qu’il me reste à faire ? Je ne changerai pas de méthode bien entendu : il s’agira pour moi toujours de convaincre. Convaincre cette fois, ceux qui n’en sont pas convaincus, que ce n’est pas l’identité de l’ennemi qui compte mais la nature de l’objectif. Les guerres fondées sur l’ennemi se perdent ou, dans le meilleur des cas, leur issue se détermine au hasard, celles fondées sur le but sont plus certaines d’être gagnées. Et rappelez-vous : la nuit du 4 août, ce sont des aristocrates qui se réunirent pour abolir les privilèges. Merci au duc d’Aiguillon, au vicomte de Noailles, au vicomte de Beauharnais, au duc du Châtelet et aux autres, de vous être laissés convaincre : nous vous sommes toujours redevables.

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Légaliser les paris sur les fluctuations de prix

Mes excuses à ceux qui auraient déjà lu une partie de ceci en commentaire mais comme mon texte n’arrêtait pas de grossir, j’ai décidé d’en faire un billet indépendant.

Tout commence le 24 février dernier quand paraît dans La Tribune, un « point de vue » signé Alain Gauvin et intitulé : L’État schizophrène, promoteur de la spéculation.

Alain Gauvin, avocat, Lefèvre Pelletier & Associés, expliquait dans ce texte que la loi française interdisait de fait les paris sur les fluctuations de prix, les assimilant à de simples paris, dont la notion d’« exception de jeu » fait qu’ils ne sont pas protégés par la loi. Gauvin écrivait :

… les Français, ceux qui ne sont pas au fait de ce qui se passe dans la sphère financière, savent-ils que les pouvoirs publics soutiennent, pour ne pas dire promeuvent, ceux qui jouent, ceux qui se livrent à des paris financiers ? La loi les protège même contre toute attaque judiciaire.

Son verdict était sans appel :

Ce n’est pas un hasard, non plus, si l’article L. 211-35 du Code monétaire et financier dispose que « Nul ne peut, pour se soustraire aux obligations qui résultent de contrats financiers, se prévaloir de [l’exception de jeu], alors même que ces opérations se résoudraient par le paiement d’une simple différence ». En d’autres termes, un contrat financier qui ne serait rien d’autre qu’un pari échapperait à l’exception de jeu qui frappe les paris non financiers ! Pourquoi une telle dérogation en faveur de la finance ? Tout simplement parce que les pouvoirs publics craignent que les produits dérivés soient requalifiés en paris […] l’on ne peut s’empêcher de rapprocher cette loi pousse-au-crime aux cris d’orfraie des politiques face à la spéculation financière. Les pouvoirs publics doivent, d’urgence, se soigner de cette schizophrénie : fustigeant la spéculation en public, ils l’enfantent en coulisses.

Voici les détails, à l’intention des juristes :

Article L211-35. Créé par Ordonnance n°2009-15 du 8 janvier 2009 – art. 1. Nul ne peut, pour se soustraire aux obligations qui résultent de contrats financiers, se prévaloir de l’article 1965 du code civil, alors même que ces opérations se résoudraient par le paiement d’une simple différence.

Article 1965 du Code Civil. Créé par Loi 1804-03-10 promulguée le 20 mars 1804 : La loi n’accorde aucune action pour une dette du jeu ou pour le paiement d’un pari.

Il suffirait donc en France d’abroger cet article L. 211-35 du Code monétaire et financier pour interdire les paris sur les fluctuations de prix. Mais il faudrait d’abord comprendre pourquoi la légalité de ces paris financiers a été « verrouillée » en janvier 2009.

Parce que si on y réfléchit bien : « janvier 2009 » ? Si c’était, je ne sais pas : « 1996 », on dirait : « Ben, à l’époque, on ne comprenait pas encore toute la nocivité des CDS et des positions nues sur les marchés à terme… » Mais le 8 janvier 2009 ? Soyons sérieux ! … quatre mois après la chute de Lehman Brothers et d’AIG alors que ces produits financiers ont mis le système financier et l’économie mondiale toute entière à genoux ? Si cette date du 8 janvier 2009 est correcte, la question d’Alain Gauvin est excellente : qui a bien pu avoir à ce moment-là l’idée saugrenue – il faudrait même dire « obscène » –, de légaliser par une ordonnance, des produits financiers dont le danger venait d’être démontré par un cataclysme d’une ampleur inédite ?

Y a-t-il un juriste dans la salle qui puisse nous en dire un peu plus sur la genèse de l’article L. 211-35 du Code monétaire et financier ? Il y a là certainement matière à un intéressant roman… et au film passionnant qu’on ne manquera pas d’en tirer !

Mise au point (le 6 mars 12h23) : il s’avère, enquête faite (merci à tous !), que bien qu’il soit écrit « Article L211-35. Créé par Ordonnance n°2009-15 du 8 janvier 2009 », la rédaction initiale de cet article – dans le même esprit – date de 1885.

La dénonciation par Alain Gauvin de la « schizophrénie » des pouvoirs publics « fustigeant la spéculation en public, ils l’enfantent en coulisses », ne porte donc pas spécifiquement sur cette ordonnance du 8 janvier 2009, comme je l’avais cru en découvrant cette date mentionnée comme étant celle de la création de l’article L211-35.

La version initiale de mon billet contenait la phrase « Or, cette loi a été récemment modifiée dans l’intention expresse de légaliser ces paris sur les fluctuations de prix », que j’ai retirée puisqu’il s’agissait alors d’une erreur.

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Le temps qu’il fait, le 26 février 2010

La bulle du conformisme, par Manuel Maria Carrilho

Feu en la demeure

Philippe Maystadt veut combattre la spéculation

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L’Express, le 18 février 2010

Banques: « Il faut des mesures chirurgicales »

Les banques ont-elles tiré les leçons de la crise ?

Non. Mais pourquoi l’auraient-elles fait puisqu’on les laisse opérer dans le même cadre qu’hier ? Depuis le début de la crise, elles n’ont reçu aucune véritable directive, et maintenant on s’étonne qu’elles retombent dans leurs pires travers ! Aucune banque ne va prendre sur elle de réformer le système. Ce sont des entreprises commerciales, on ne peut pas leur reprocher de vouloir gagner de l’argent.

Est-ce à dire que les Etats ont trop ménagé les établissements financiers ?

Les Etats se sont contentés de froncer les sourcils, de prendre des mesures symboliques, histoire de satisfaire leurs opinions publiques. Mais, en réalité, ces mesures n’ont eu aucun impact réel. Le décor n’a pas changé.

Des mesures d’encadrement et de régulation ont quand même été votées…

D’abord, la plupart d’entre elles, comme la séparation, aux Etats-Unis, des activités bancaires, ne sont pas encore entrées en vigueur. Ensuite, ce ne sont que des mesures de surface qui prennent le sujet par le mauvais bout.

Que préconisez-vous ?

J’ai eu la chance de travailler dans la finance. C’est pourquoi je suis partisan de mesures chirurgicales. Depuis 2007, je fais une proposition qui soulève la terreur des banquiers : l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix.

C’est-à-dire ?

Aujourd’hui, nombre de produits financiers sont dévoyés. A l’origine, ils permettaient à leurs utilisateurs de se protéger moyennant un certain coût contre les fluctuations, par exemple d’un marché ou d’une matière première. Ces outils ont une fonction prudentielle qu’il faut conserver et même encourager. Mais ils ne doivent plus être accessibles à des intervenants venus dans le seul but de spéculer et de faire de l’argent. Quand on permet à n’importe quel acteur de faire des paris, on contribue à déstabiliser le système.

A vous entendre, l’économie serait devenue un casino…

Mais c’est un casino ! Il a diminué de taille du fait de la crise, cependant les règles n’ont pas changé.

Les banques européennes n’ont-elles pas montré plus de discipline que leurs homologues américaines ?

Allons donc ! Dominique Strauss-Kahn lui-même reconnaissait, voilà quelques semaines, qu’il restait encore d’importantes pertes cachées dans les bilans et que la proportion était plus forte en Europe qu’aux Etats-Unis.

La croissance repart un peu partout. La crise est-elle derrière nous ?

Il s’agit d’une reprise sans emplois, une reprise statistique : les entreprises reconstituent leurs stocks. Seules la Bourse et les banques semblent aller mieux, mais cela ne durera pas.

Sur quoi se fonde votre pessimisme ?

Nous avons devant nous deux bombes à retardement. D’abord, la dette des Etats. A eux seuls, en 2010, les Etats-Unis auront besoin d’emprunter sur les marchés 1 700 milliards de dollars. Ils seront en compétition avec l’ensemble des pays et des grandes entreprises. Comme il n’y aura pas assez d’argent pour tout le monde, les Etats les plus faibles devront offrir des taux d’intérêt plus élevés, ce qui ne manquera pas de les fragiliser davantage. L’autre bombe est encore plus prévisible : c’est l’immobilier commercial américain – bureaux, hôtels et autres stations touristiques. Ces actifs ont été construits à crédit. Or, en 2012, nombre de prêts vont arriver à échéance. Il va donc falloir trouver d’autres capitaux, mais qui voudra les apporter alors que la valeur de ces biens n’a cessé de se déprécier du fait de la crise ? Des entreprises vont tomber et, avec elles, les milliers de petites et moyennes banques qui les ont financées. Cela va être un massacre.

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La finance ne s’auto-policera pas

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ton vieux copain Michel

Selon un article du New York Times, les banques américaines (Goldman Sachs, JP Morgan), toujours elles, seraient responsables de l’aggravation de la dette grecque. Elles auraient consenti des prêts sous forme de produits dérivés sophistiqués afin que les dettes n’apparaissent pas dans la comptabilité nationale et que les échéances soient reportées… aux calendes grecques. En échange, la Grèce aurait gagé les revenus futurs de son trafic aéroportuaire et autoroutier et même les revenus de sa loterie nationale. Incroyable !

Oui, les banques se spécialisent dans le « loophole », la faille dans le système, et vont vendre les moyens qu’elles inventent pour détourner les règles en vigueur aux gouvernements (quand ces règles sont supranationales), comme ici la Grèce, mais surtout aux entreprises et aux particuliers. Mais il n’y a pas que les banques ! Il s’agit là aussi d’une spécialité des grandes firmes comptables : qui a oublié les démêlés en 2005 de KPMG avec la justice américaine pour avoir vendu des « packages » d’évasion fiscale fondés sur des « firmes » créées spécialement pour rassembler les pertes subies par d’autres ?

Deux leçons à tirer de cela :

Primo, on ne peut pas compter sur le milieu des affaires pour s’auto-policer, le concept lui est étranger : il va là où il y a de l’argent à faire, quitte à enfoncer ensuite pour cela – comme dans le cas de la Grèce – celui à qui il vient de « rendre service » en échange d’une somme coquette.

Secundo, les réglementations particulières contiennent toujours des failles, que quelqu’un payé pour les trouver et pour découvrir ensuite le moyen de les contourner, trouverera facilement. C’est pourquoi les grands principes d’une « moralisation » de la finance, comme l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix ne doivent pas être introduits à l’aide de réglementations ad hoc mais faire partie des articles d’une constitution pour l’économie.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le protectionnisme

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Comme vous avez pu le voir, on me somme de me prononcer plus clairement sur le protectionnisme. Certains ont cessé de se satisfaire de mon laconique « je ne suis pas pour » et voudraient bien que j’en dise davantage. D’autant que pratiquement tous ceux qui défendent des positions proches des miennes, Gréau, Lordon, Todd, se prononcent pour une certaine forme de protectionnisme.

Mon manque d’enthousiasme pour le protectionnisme est de la même nature que mon manque d’enthousiasme pour la fiscalité progressive : ce sont des mesures correctrices post hoc. Comme on n’a pas pu empêcher qu’un problème sérieux se pose, on arrive après la bataille et on s’efforce alors de minimiser ses conséquences négatives. C’est, de manière très typique, ce que j’appellerais « traiter les problèmes en aval ».

Pourquoi est-ce que vous ne m’avez jamais vu émettre la moindre opinion sur la taxe Tobin ou sur toute taxe sur les opérations financières ? Parce ce qu’il s’agit là aussi d’une mesure en aval et que dans ce cas-ci, j’ai proposé une mesure « en amont », l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, qui règle les problèmes avant même qu’ils ne se posent : avec cette interdiction, les produits financiers qu’une taxe de type Tobin vise à décourager n’existent plus et ceux qui existent toujours sont bénéfiques et il n’y a aucune raison de les décourager, bien au contraire.

Oui, je sais, il y en aura toujours un pour dire « interdiction = Staline », j’ai lu ça ici parmi vos commentaires, et je suis sûr que quand Moïse est descendu du Mont tenant les tables d’airain, il y en a eu au moins un parmi la foule des adorateurs du Veau d’Or pour s’écrier : « Staline ! » ou l’équivalent de l’époque. Tout système moral contient des interdits et à ceux qui défendent l’idée que la finance, voire l’économie en général, sont « amorales » et n’ont que faire de la morale, j’ai déjà eu l’occasion de répondre que cette extraterritorialité par rapport à la morale n’a que beaucoup trop duré et que l’homo oeconomicus est un dangereux sociopathe qu’il convient de mettre hors d’état de nuire sans tarder.

Je ne sais pas quelle mesure en amont préviendrait les effets que le protectionnisme s’efforce de corriger après la bataille, et je demande au cerveau collectif de se pencher sur la question ; je le lui demande poliment : je ne le « somme » pas.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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