L’actualité de la crise : Les comparses à la tâche (II), par François Leclerc

Billet invité

LES COMPARSES A LA TÂCHE (partie II)

Si l’on considère la régulation des produits financiers, les dérivés sont incontestablement la grosse affaire. Car la titrisation est toujours en panne, devenue mirage dangereux après avoir été considérée comme pêche miraculeuse, censée abolir tout risque. D’autant qu’il ne serait pas raisonnable de continuer à prêter à tire larigot, en raison de la crise économique, et de fabriquer des titres en les empilant pour les financer en aveugle. En revanche, les dérivés restent plus que jamais au coeur du business. Nerf de la guerre de la finance et à ce titre l’un des grands enjeux de la régulation.

Selon la BRI (Banque des règlements internationaux), le recours aux dérivés est reparti à la hausse après avoir fléchit en 2008. Fin juin 2009, la valeur totale de leurs sous-jacents était supérieure à 600.000 milliards de dollars, soit quarante fois la valeur de tous les titres cotés sur Nyse-Euronext (les Bourses de New York et de Paris). Ce sont des instruments financiers dont la valeur varie en fonction d’un actif (un sous-jacent), que le porteur du titre n’a pas besoin de détenir et qui peut être lui-même financier. Conçus au départ comme des produits d’assurance, afin de se prémunir contre certains risques (variation du taux de change, des cours des matières premières, risque de faillite d’une entreprise…), les dérivés sont devenus avant tout des outils spéculatifs, hautement rentables pour ceux qui savent les manipuler.

Ne parvenant pas à trouver un terrain d’entente à propos de leur régulation avec ses collègues républicains, qui ne veulent rien y changer, le sénateur Dodd, président démocrate de la commission bancaire et grand maître d’oeuvre de la loi de régulation financière au Sénat, confiait à la sénatrice Blanche Lincoln, présidente de la commission de l’agriculture, la mission d’élaborer une proposition sur ces instruments financiers. A la surprise générale, cette dernière ne s’est pas contentée de proposer que les dérivés cessent d’être échangés de gré à gré, pour être soumis à des chambres de compensation, et d’imposer des normes de fonds propres aux investisseurs qui les utilisent (afin de restreindre leur usage). Elle a été plus loin que ne le souhaitaient le gouvernement et la commission bancaire, s’inspirant des mesures préconisées par Paul Volcker, de restriction de certaines activités, les banques de dépôt ne devant plus manipuler les dérivés financiers, selon elle.

On est encore loin des seules mesures qui seraient à coup sûr efficaces- en premier lieu l’interdiction pure et simple de tout pari sur les fluctuation de prix – mais la sénatrice a introduit avec ses propositions un chien dans un jeu de quille, là où il était attendu d’elle une formule de compromis.

Pendant ce temps, Tim Geithner écrivait à Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, pour lui confirmer que les dérivés devraient obligatoirement utiliser les services de bourses et de chambres de compensation, témoignant du coup d’arrêt que l’administration Obama entend porter au lent effritement de ses propositions dans ce domaine, en raison de l’allongement qu’elle ne maîtrisait pas de la liste des exemptions demandées à ce principe. Les appels de marge (les fonds consignés en garantie) surenchérissant de manière insupportable les coûts opérationnels de ces produits pour les adversaires du projet… A l’arrivée, que peut-on escompter ? Les grosses têtes de la finance vont-ils rester sur le carreau ou trouver à s’employer en fabriquant en série des dérivés pourvus du label d’excellence « non standard », pouvant continuer à être négociés sous le manteau ?

Une autre question reste en l’air à propos des dérivés, en dépit d’un tumultueux épisode précédent. Il s’agit des CDS nus, ces Credit-Default-Swaps déconnectés de la possession des titres qu’ils sont censés couvrir, qui ont fait beaucoup parler d’eux en Europe lorsqu’il sont apparus être un levier de spéculation contre la dette souveraine. Début mars, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, Jean-Claude Juncker ainsi que Georges Papandréou demandaient conjointement à la Commission européenne qu’elle « diligente le plus rapidement possible une enquête déterminant le rôle et l’impact de la spéculation sur les CDS sur les obligations des Etats européens ». Si l’enquête se révélait positive, il était proposé « l’interdiction des transactions spéculatives sur les CDS », ainsi que l’imposition d’une « période minimale de détention des CDS » et « l’interdiction de l’achat de CDS qui ne sont pas utilisés à des fins de couverture ».

De passage devant le Parlement européen, Gary Gensler, en charge de la CFTC américaine (Commodity Futures Trading Commission), émettait alors des doutes à propos d’une telle interdiction, craignant que cela ne fonctionne pas pour des raisons selon lui techniques, reconnaissant toutefois que des mesures devaient être prises contre les abus, concluant par cette magnifique formule  : « ce marché est un océan ténébreux ». Il est vraisemblable que l’interdiction des CDS nus ne traversera pas l’Atlantique, quand bien même elle serait décidée à Bruxelles, ce qui serait alors en pure perte.

Préoccupé par les propositions européennes d’enregistrement et de contrôle de l’activité des hedge funds, Tim Geithner entretient décidément depuis quelques temps une correspondance suivie avec ses collègues européens, tout en faisant part sur son sol de ses inquiétudes devant les faits accomplis que les Européens pourraient créer, incitant à l’adoption rapide de la loi aux Etats-Unis pour mieux cadrer d’éventuelles initiatives intempestives. Ecrivant à quatre ministres européens des finances (Christine Lagarde, Elena Salgado, Alistair Darling et Wolfgang Schäuble) il leur a expliqué que le projet européen « serait discriminatoire pour les fonds et les gestionnaires de fonds de pays tiers », poursuivant dans la même veine: « J’espère que cette disposition sera revue pour fournir aux fonds, gestionnaires de fonds, et autres dépositaires de fonds internationaux non européens le même accès au marché que leurs concurrents de l’Union européenne ». Concluant de manière comminatoire, « J’espère que vous garderez à l’esprit notre engagement commun à créer un cadre de réforme de la régulation qui ne soit pas discriminatoire vis-à-vis des sociétés étrangères et assure des règles du jeu identiques pour tous ». Pour mémoire, les Européens envisagent simplement de demander aux hedge funds une plus grand transparence et le respect de certaines règles basiques qui ne sont pas prévues dans le projet de loi américain… Dérivés et hedge funds (soutenus par des banques quand celles-ci n’en sont pas actionnaires) sont les deux faces de la même fausse monnaie et à ce titre intouchables.

De son côté, Paul Myners, le secrétaire d’Etat britannique aux services financiers, indiquait alors à Londres devant des patrons de fonds d’investissement qu’il se battrait « pied à pied » pour défendre « la libre circulation du capital », après que Gordon Brown ait obtenu in extremis des délais de la présidence espagnole de l’Union européenne, afin que la réglementation ne soit pas adoptée. On en est toujours là, attendant de passer le cap des élections britanniques du 6 mai prochain pour essayer d’adopter ensuite avec eux un compromis reposant sur une classification des hedges funds en trois catégories, une formule risquant fort de noyer le poisson. « Il faut que l’Europe ne soit ni une forteresse, ni une passoire », a pour l’instant donné pour tout viatique le rapporteur au Parlement européen, le français Jean-Paul Gauzès, ne précisant pas les tailles des mailles du filet, contrairement à la grande période de Bruxelles (clin d’oeil aux interminables discussions quant à la réglementation de la taille des filets de pêche par la Commission européenne).

Après celui des dérivés, le second grand dossier de la régulation concerne les établissements financiers. On va beaucoup parler dans les semaines qui viennent des taxes auxquelles ils pourraient être soumis, un sujet qui donne lieu déjà à une belle foire d’empoigne. Puis viendra le moment d’aborder une problématique nettement plus technique et moins symbolique : les niveaux et modalités de renforcement des fonds propres de ces établissements. Mais une question un peu écartée doit en premier lieu être évoquée: celle des normes comptables. Car l’estimation du risque et toutes les dispositions qui visent à se prémunir de celui-ci dépendent d’elles. Or, le ver est dans le fruit, puisque le modèle mark-to-market de valorisation des actifs a déjà été abandonné outre Atlantique et que les européens multiplient les pressions pour que l’organisme chargé de définir les normes comptables, l’IASB, aille dans le même sens. Un tour de passe-passe comptable qui permet de ne pas enregistrer les pertes dans les bilans bancaires, une étonnante manière de lutter contre le risque d’un nouvel effondrement systémique du système financier en maquillant le calcul des ratios de solvabilité qui en dépendent.

On a ainsi vu Michel Barnier, le commissaire européen au marché intérieur et aux services financiers, proposer début avril, devant une assemblée de financiers à Londres, de modifier la composition de l’IASB afin qu’en soient dorénavant membres plus de représentants des régulateurs, des banques et des entreprises. Car ses membres actuels se refusent depuis des semaines à assouplir comme demandé par Bruxelles leur position. Dossier à suivre, mais dans le brouillard à la lueur d’une chandelle.

L’accroissement des fonds propres des établissements financiers est un enjeu plus visible, depuis que le Comité de Bâle a officielement clos sa consultation et rendues publiques ses propositions. Sans entrer dans les multiples arcanes complexes de la future réglementation, il peut être tout simplement retenu que les banques européennes s’efforcent de minorer les futures exigences à leur égard de Bâle III , qui prendra la succession logique de Bâle II, adopté en 2006 avec le succès que l’on sait.

Selon Baudoin Prot, directeur général de BNP Paribas et président de la Fédération bancaire française (FBF), « Nous ne sommes pas prêts de retrouver les retours sur fonds propres d’avant la crise », le rendement étant passé d’environ 20% en 2007 à 10% en 2009 dans le cas de BNP Paribas. « Nous avons changé de monde », a-t-il expliqué. L’augmentation des exigences de fonds propres, déjà largement anticipée par les banques selon lui, a fait baisser mécaniquement le ratio qui devrait, à l’écouter, tendre vers un maximum de 15% à l’avenir. Sans craindre de se contredire, il faisait par ailleurs état d’études de la FBF selon laquelle Bâle III pourrait coûter en moyenne entre 4 et 6 points de PIB sur une période de trois ans aux principaux pays européens, risquant, a-t-il commenté, de nous ramener à la croissance zéro. Un argument imparable pour demander qu’une nouvelle consultation soit lancée, afin que les futures dispositions réglementaires soient revues à la baisse. « On veut tout faire en un an », s’est exclamé Baudoin Prot lors de sa conférence de presse, effrayé par la rapidité avec laquelle la régulation prend corps, oubliant que Bâle III ne sera applicable qu’en 2012. Aujourd’hui mardi, la FBF vient de demander qu’une nouvelle « étude d’impact » soit lancée, afin de donner aux banques le temps de peser de tout leur poids.

De la BNP Paribas à JP Morgan et de HSBC à la Deutsche Bank, toutes les banques occidentales se sont pour une fois données la main afin de réclamer du Comité de Bâle compréhension, mansuétude et délais supplémentaires. Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, qui sait de quoi il parle, a même pronostiqué, au cas où les angles ne seraient pas arrondis  : « Quand les profits tombent trop brusquement, le capital va ailleurs, où il y a du profit à faire, par exemple sur les marchés non régulés ».

Les arguments ne manquent pas, dans le monde bancaire, pour s’opposer non pas à tel ou tel aspect de la nouvelle réglementation qui lui est proposé, mais à l’ensemble de ses conséquences une fois les additions faites. Comment attirer les investisseurs avec de tels faibles retours sur investissements et remplir les exigences d’augmentation des fonds propres  ? Comment prêter avec de tels ratios aux entreprises et aux ménages pour contribuer à la croissance ? Comment faire alors autrement que de répercuter ces nouveaux coûts sur la clientèle des banques  ? Chacun met l’accent sur les dommages que telle ou telle mesure occasionnerait à son activité ; tous se retrouvent en cherchant dans les obligations hybrides contingentes convertibles (les Cocos) une porte de sortie élégante que le Comité de Bâle a à priori fermée. La voie des compromis n’est pas fermée, a-t-il été reconnu… Est-ce à dire que la porte pourrait être entrebâillée et les CoCos s’engouffrer ?

Les Américains se font quant à eux discrets sur ce dossier, moins concernés sans doute parce qu’ils ont leur propres méthodes éprouvées de respect des ratios de solvabilité, appliquant déjà des normes comptables complaisantes et utilisant des structures hors bilan appelées Special Purpose Vehicles (SPV), qui leur permettent de mettre à l’écart ce qui dérange. Mais, par l’intermédiaire de l’Institute of International Finance (IIF), le lobby des mégabanques, ils ont fait savoir que si les mesures étaient trop draconiennes, cela en serait fini de tout espoir d’une approche globale et coordonnée permettant d’inclure les États-Unis dans le dispositif. Un discret rappel du fait que les banques Américaines font cavalier seul et n’appliquent toujours pas les dispositions de Bâle II !

Mario Draghi, le président du Financial Stability Board (FSB), affectait de prendre la situation avec plus de sérénité lors de la dernière réunion des ministres des finances à Madrid. « Le système bancaire sera moins profitable, avec moins de profits mais de plus faibles risques. Il sera plus solide et moins spéculatif. […] Plus nous serons proches de la fin de notre travail (ndlr : de régulation), plus nous verrons l’industrie financière s’efforcer de stopper ce processus… ». Le FSB présentera aux ministres des finances du G20, sous peu à Washington, un « menu » des réformes possibles: obligations en matière de fonds propres pour les banques systémiques, restrictions d’activités, développement de la transparence de leurs activités et réduction des risques sur le marché des dérivés. Afin de faire passer la pilule de l’augmentation des fonds propres, il préconisera l’utilisation de CoCos, ces obligations d’un troisième type qui transmutent en capital, selon un signal convenu d’avance (un niveau donné du ratio McDonough de solvabilité, par exemple). En ne manquant pas de préciser, pour n’effaroucher personne, qu’il n’était pas dans son intention d’agir selon le fait du prince et que tout prendrait le temps qu’il faut. Il est des domaines où les banquiers ne comptent pas le temps.

S’essayant le même jour et dans les mêmes circonstances à la synthèse, Michel Barnier liait toutes les mesures envisagées, en remarquant : « Si nous parvenons, ce qui n’est pas encore le cas, à bâtir une vraie supervision efficace et crédible, une surveillance et une prévention des futures crises crédibles, alors je tiendrai compte de ça dans le calibrage des mesures réglementaires en matière bancaire. […] Il y aura une réglementation bancaire, il y aura des obligations de capitalisation. Mais toute la question est: où on met le curseur? » avant de suggérer ensuite l’image des vases communicants : « On ne peut pas ne rien avoir. On ne peut pas avoir une supervision artificielle, une surveillance faible, et en même temps pas de capitalisation ou de réglementation bancaire pour que chaque établissement se protège lui-même ». Ce langage se réclamant de la raison est-il partagé par ses interlocuteurs ?

(A suivre)

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19 réflexions sur « L’actualité de la crise : Les comparses à la tâche (II), par François Leclerc »

  1. Trés bon article, Monsieur Leclerc.

    Je remarque néanmoins que vous semblez de plus en plus reconnaître qu’une éventuelle « régulation » ou une « supervision » claire sont des chimères qui, en plus, s’éloignent.

    Ceci écrit, j’adore le pragmatique et l’hypocrisie de nos amis cowboys…

  2. De la BNP Paribas à JP Morgan et de HSBC à la Deutsche Bank, toutes les banques occidentales se sont pour une fois données la main afin de réclamer du Comité de Bâle compréhension, mansuétude et délais supplémentaires.

    Si le pouvoir politique voulait reprendre les commandes, il ordonnerait aux banques centrales qui le représentent à Bâle, de répondre non.

  3. Tour de passe-passe comptable + libre circulation des capitaux + attention de ne pas faire de discriminations + attention les fonds propres sont une entrave à l’économie + attention les investisseurs vont aller sur les marchés de gré à gré = zéro à l’arrivée. Rien ne changera parce que les politiques ont trop peur de déstabiliser les marchés, bien qu’ils soient sur le point de s’écrouler. Je me demande ce que nos présidents et ministres trouveront à dire quand ils s’écrouleront vraiment…

    1. Si j’en juge à l’article de Chomsky sur ContreInfo, nos politiques finiront par être haïs, ce qui est pire que d’être boudés par les urnes. Je cite l’introduction pour les handicapé(e)s de l’anglais :

      « Je n’ai jamais rien vu de tel durant ma vie, s’alarme Noam Chomsky. « Je suis suffisamment âgé pour me souvenir des années 1930. Toute ma famille était au chômage. La situation était bien plus difficile qu’aujourd’hui. Mais il y avait beaucoup d’espoir. Les gens espéraient. » Alors qu’aujourd’hui l’atmosphère qui règne aux Etats-Unis est « effrayante » juge Chomsky, qui compare la situation à l’Allemagne de Weimar. « Les parallèles sont frappants », note-t-il. « Il y avait aussi une énorme désillusion envers le système parlementaire. Le fait le plus frappant concernant Weimar, ce n’est pas que les nazis aient vaincu les sociaux-démocrates et les communistes, mais que les partis traditionnels, les conservateurs et les libéraux, étaient haïs et ont disparu. Cela a laissé un vide que les nazis ont très habilement réussi à occuper. »

    2. Bonjour Crapaud Rouge, l’article de Chomski est effectivement impressionant mais la situation sous Weimar était un poil plus catastrophique, Allemagne exsangue, démoralisé, en rage contre l’injustice et les fauteurs de guerre mais sans perspectives politiques. La Wehrmacht des généraux défaits était garante du traité de Versailles et par conséquent au pouvoir « de fait », le réarmement et la vengeance qui était à leur programme ne pouvaient se faire qu’en contournant les traités, en dehors du droit international, tout le monde le savait, ce qui augmentait le désespoir.
      Il y a des parallèles oui mais bon…

  4. Un bon compromis vaut mieux qu’un mauvais procès. L’intervention des Européens sous forme de « Ukazes » dont Sarkozy est un spécialiste ne conduira à rien . Les activités financières continuerons a se faire, que les Européens soient d’accord ou pas, mais se transporterons de l’autre coté de l’Atlantique. Jamais nous ne pourrons obliger les citoyens américains à penser comme certains « ultras » chez nous. La pensée unique ce n’est pas la « tasse de thé » aux USA. Et chez les Britanniques on voit déjà des récalcitrants. C’est normal car c’est l’Esprit Anlo-Saxon qui réagit.

    1. Original!
      Sérieux, montrez nous un esprit anglo-américain;
      A quoi cela ressemble ?
      En quoi le refus anglo-américain devrait-il
      nous obliger à faire comme eux?
      Que n’ont pas refusé les anglo-américains
      en matière de finance, dans une période récente?
      Je suggère une réponse: tout; « ils » ont tout
      refusé. Le refus de réformes est chez eux
      total. L ‘esprit anglo-américain doit tenir
      dans le refus de faire n’importe quoi pour
      la première fois. Rien d’autre qu’une crainte
      compréhensible devant la nouveauté.
      L’ esprit anglo-américain, c’est peut-être cela:
      une timidité non « rassurable ».

      C ‘est d’accord, ils ne refusent pas le pognon,
      ni l’ idée selon laquelle faire du pognon pour
      accumuler du pognon est une grand’ oeuvre.
      Elle ne saurait être reglementée un tant soit peu.
      Substituer « armes » à « pognon » est encore
      conforme à la réalité…

      En tous les cas, je ne voudrais « obliger les citoyens
      américains à penser comme certains « ultras »
      chez nous ». Je voudrais simplement que leur
      corruption ne vienne pas brouiller la notre.

      Mon point de vue est que l’ opinion publique
      américaine ne peut pas s’exprimer librement,
      saturée par un matraquage idéologique.
      Cette opinion publique est malade d’isolationisme
      provinciale. Si elle prétend être le phare du monde,
      alors elle est dangereuse. Et nous devons nous
      en protéger.

    2. Pourriez vous nous citer les ukazes que Sarkozy a imposé à Obama lors de sa dernière visite aux USA, s.v.p.? Ils m’ont échappé. J’en suis toujours à la définition d’une décision prise par un tsar et imposée sans discussion au peuple russe. Pourriez vous moderniser ma pensée ?

      Est ce que vous situez Sarkozy trop à gauche ?

      Je note aussi que vous écrivez « Esprit Anglo-Saxon ». Je suis catholique romain. Dans ma religion, j’écris Esprit Saint pour désigner l’une des trois Personnes divines. Est ce que vous divinisez l’esprit anglo-saxon ? Si votre réponse à ma question est positive, alors vous ne pouvez pas plus adhérer à l’esprit anglo-saxon que moi devenir Dieu.

      Qu’est ce qui a provoqué votre conversion à l’esprit anglo-saxon ?

      Pour la pensée unique régnant de ce côté de l’Atlantique, je suis curieux de connaître ce qui vous permet de l’identifier. Comment séparez vous la pensée unique de votre pensée ?

      Vous êtes une source de questions tout à fait intéressantes.

  5. Question bête :
    « en premier lieu l’interdiction pure et simple de tout pari sur les fluctuation de prix »
    comment vas-t-on se protéger des variations de prix dans ces conditions ?

  6. Simplement dit (peut-être trop pour certains)… nous sommes en guerre.
    Ou plutôt, on nous fait la guerre. Qui ?
    Les Anglo-Américains (pardon… les Anglo-Etats-Uniens).
    Evidemment, je ne parle pas du vulgum pecus… il y a bien – allez – 80 à 100 M d’Etats-Uniens estimables mais qui n’en peuvent mais.
    Les autres sont « hopeless » : consommateurs gavés mais maintenant en manque (dangereux, ça !), minorités ou prolétaires qui essaient de survivre au quotidien et qui n’ont aucun goût pour la contestation politique ou même syndicale ; d’ailleurs tout est fait pour les en dissuader, par la force d’abord et par la démolition des réputations.

    Et il y a cette caste oligarque : 200 à 400 000 personnes dans les deux pays-rois de la finance… et leurs obligés (l’essentiel du personnel des médias, lobbyistes, politiciens achetés, plus de 90% d’entre eux, etc.).

    Je crois les choses simples, maintenant (c’est bien De Gaulle qui disait vouloir voler « vers l’Orient compliqué avec des idées simples) : cette caste oligarque fait la guerre à son peuple et au reste de la planète ; plus rien ne la retient ; les transferts et captations de richesse sont du jamais vu : des billions de dollars ! … »the biggest swindle known in human history », a dit Ralph Nader (« la plus grosse arnaque connue de mémoire d’homme »). Répugnant Paulson, l’un des auteurs des frauduleux CDS, ancien grand manitou de Wall Street (et de Goldman Sachs) se traînant aux pieds – quel mauvais théâtre ! – de Nancy Pelosi pour faire adopter par les Représentants le premier acte de l’arnaque : les 700 M $ du TARP initial dans les derniers jours du règne de Bush Jr.

    Il n’y a pas de différence entre ces financiers et haut fonctionnaires de droit divin (aucune action en justice nulle part à ce jour) et les militaro-industriels fauteurs de guerres ignobles (Irak et AfPak = plus d’un million de morts !) et autres tenants (millionnaires) ou séides (journalistes des MSM, chroniqueurs TV alias « pundits », polices et milices, etc.).

    La fraude Obama se révélant chaque jour davantage (intensification des guerres, protection des Bushistes, renforcement des violations bushistes des droits de l’homme tels les « renditions », les détentions illégales, les écoutes et enquêtes illégales, reconduction des auteurs du désastre financier tels Geithner ou Bernanke, etc.), il ne va plus rester à l’oligarchie que la manipulation pure et simple des foules frustrées par l’écroulement du « rêve américain ».

    Aucune réforme sérieuse de la sphère financière n’aura lieu et les faibles efforts européens seront sabotés (ce qui n’est pas difficile, tant le mythe de la bonne Amérique perdure et tant celle-ci conserve d’innombrables moyens de pression et de rétorsion). A rapprocher du sabotage de Copenhague par Obama (bien plus que par la Chine, qui fait d’énormes efforts vers les énergies renouvelables).

    Les Tea-parties ne sont qu’un ballon d’essai, la préfiguration du fascisme US qui vient.

    1. Nous ne sommes simplement revenus qu’au Moyen-âge:
      – Les Seigneurs
      – Les Bourgeois
      – Le Clergé
      – Les Serfs

      L’évènement qui a déclenché 1789 était une récolte catastrophique, due à la fois à des tempêtes et un nuage de cendres dû à une éruption explosive en Islande. Suivez mon regard…

      Nous sommes tous exaspérés par ce qu’il se passe. Est-ce pour autant qu’un mouvement va se produire?

      Je n’en suis pas sûr. Nous, qui fréquentons ce blog, connaissons une partie du dessous des cartes. Mais quid de la majorité?

      Ques se passerait-il si tout ceci était révélé au grand jour et faisait l’objet d’un vrai débat démocratique?

  7. Il est vrai que les spéculations à un tel niveau déboucheront, avec ou sans réglementations, sur des défauts de paiement gigantesques. Et alors, la crise systémique sera telle qu’aucun renflouement central ne sera plus en mesure de sauver le système d’un plongeon dans la déflation générale, suivie d’effondrements financiers globaux.

  8. Je retiens de cet article l’affrontement entre les régulateurs (éviter que tout recommence) et les financiers (rien appris). Je vois ces deux groupes de personnes agir selon des arguments rationnels pouvant même être considérés comme scientifiques. Les deux se voient donc en défenseurs de ce qui est bien. Dans ce genre de relations, c’est le plus fort qui gagne.

    Les régulateurs sont en position de faiblesse face aux financiers.

    Mon idée des financiers est qu’ils ont un but clair : Faire toujours plus d’argent. Le reste est de la communication au sens actuel du terme. Tous leurs actes sont orientés par la poursuite de ce but. Le reste ne compte pas. C’est un très gros avantage sur les régulateurs. Ils sont au coeur de tout le système et le vivent. Les régulateurs ne sont qu’à la marge et ne s’occupent que d’un aspect ou l’autre du problème.

    Les financiers ont pour eux l’avantage de l’initiative. Ce sont eux qui ont déclenché la catastrophe. Ce sont eux qui ont recommencé avec du « high frequency trading » ou de la spéculation sur CDS tout de suite après leur sauvetage financier. Les régulateurs interviennent après la catastrophe et seulement avec la permission bougonne des financiers.

    Les financiers connaissent intimement le territoire sur lequel ils se déplacent. Mieux, ils créent leur territoire et sont encouragés à le diversifier. Les régulateurs y sont des observateurs extérieurs plus tolérés qu’acceptés. Ils ne verront que ce que les financiers voudront bien leur montrer.

    Les financiers ont pour eux un corpus théorique fondé sur les travaux de gens comme Hayek, Friedman, vont Mieses, Adam Smith, Mandeville et j’en oublie. Ces travaux donnent une légitimité très forte à toutes les activités financières et donc s’opposent à toute activité de régulation. J’ai plus de peine à penser à des noms célèbres de défenseurs de la régulation.

    Les financiers ont aussi pour eux l’importance de leur domaine dans le PIB, au moins des USA. Ils ont aussi pour eux leur position centrale à toutes les relations humaines. Ils ont aussi pour eux le vide sidérant de sens de la vie de tous les jours en Occident. Ils ont pour eux cette désagrégation de ce qui se nommait, par exemple, lien social. Les toucher revient à toucher une grosse part du PIB, les relations humaines et ce qui nous sert de sens à la vie ou de lien social. Le régulateur perturbe trop de choses différentes et certainement contradictoires. Le financier est en harmonie totale avec tout ça.

    Un dernier gros désavantage des régulateurs est que ces derniers sont trop souvent des financiers. Réguler un truc qui vous a fait vivre, construit votre fortune et permit de faire une carrière enrichissante vous rendra forcément prudent dans votre activité. Dans ce cadre, toucher la finance ne pourra se faire que si cela n’implique pas que vos propres actes étaient discutables ou même répréhensibles.

    La réforme m’apparait aussi mal partie que nécessaire.

  9. @Didier

    C’est très amusant, le début de votre intervention me ramène aux ensembles de Mintzberg, que Paul Jorion doit bien connaître, puisque c’est du domaine de la sociologie des organisations.

    Selon Henry Mintzberg, une organisation (que ce soit une entreprise, une administration, un hopital, une ONG) peut être divisée en trois structures: le métier, les fonctions autocratiques (que je préfère dénommer fonction coercitives), et les fonctions support.
    L’importance relative de ces structures détermine le type d’organisation.

    Dans les fonctions coercitives, on trouve notamment tout ce qui est qualité, audit et contrôle interne, et maintenant compta/finance.

    C’est le reflet de la société actuelle. Les fonctions coercitives prédominent, actuellement par le biais de la phynance, puis sous peu via d’autres fonctions, disons, plus « autoritaires ».

    Pour une entreprise, c’est le signe d’une dérive vers un management autocratique (et non pas autocritique ;o). Pour une démocratie c’est le chemin vers une dictature, avérée ou non.

  10. Je suis un fidèle lecteur de ce blog depuis longtemps. Je ne suis jamais intervenu car je n’ai pas la même maîtrise des intervenants habituels.
    Mais je sais au fond de moi une chose. Le monde dans lequel nous vivons est décadent et fou!
    J’en ai chaque jour la preuve.
    Ceux à qui nous avons confiés les clés de notre destinée, banquiers, politiques, hommes d’affaires, etc…sont à tout le moins cupides, parfois stupides et souvent inconscients voire inconséquents.
    Nous n’avons que faire de leurs jeux de monopoly.
    Je n’en ai que faire de leur égo surdimensionné. J’ai ma famille, j’ai mes amis, j’ai mon jardin. Je me débrouille. Je n’ai pas besoin d’eux. Je n’ai pas besoin de portable, d’écran plasma/LCD, d’ordinateur et de tous ces gadgets modernes dont on me dit que je ne pourrais jamais m’en passer.
    J’ai besoin de « pain » mais je n’ai pas besoin de tous ces « jeux du cirque » dont on veut me gaver en permanence!

    Il nous faut leur reprendre les clés avant qu’ils nous mènent à l’abattoir.
    Je n’ai pas en tête la révolution mais juste de leur dire: « non »! tout simplement « non ».

    Voilà, ce sera ma seule intervention. Je voulais simplement le dire.
    Je continuerai de vous lire car je sais que vous avez raison.

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