Reformuler les règles du jeu dans leur ensemble, par Corinne Lepage

Billet invité.

La vitesse à laquelle se dégrade la cohésion européenne d’une part, la situation économico-sociale en Europe, aux Etats-Unis, voire en Chine, contraste avec la pauvreté des propositions et l’incapacité ou plutôt l’absence de volonté réelle du système politique d’entamer une réforme fondamentale du système financier.

Les cris d’orfraies des banques à la simple évocation du renforcement des règles prudentielles, qui ne sont qu’une petite mesure évidemment indispensable, suffit à mesurer l’étendue de la reconquête que le pouvoir politique devrait entreprendre pour s’attaquer aux racines du mal !

Mais deux sujets d’une autre ampleur devraient être abordés :

– l’encadrement voire la réduction drastique des paris sur les fluctuations de prix via les ventes à découvert et le jeu spéculatif sur les CDS, comme le propose Paul Jorion. Il est indispensable que risques éventuels et avantages de cette solution soient pesés de telle sorte qu’elle puisse être soutenue avec tous arguments à l’appui. En particulier, la question de l’assèchement du crédit qui est opposée par le monde de la finance, doit être approfondie et prouvée par ses défenseurs. Compte tenu de ce qui s’est passé en Grèce, et de ce qui menace désormais sur le même schéma, plusieurs pays de la zone euro, ainsi que la cohésion européenne, il est urgent d’agir.

– Le rôle du dollar et la reconstruction d’un nouveau système monétaire international. La proposition du panier de monnaies comme nouvel étalon international parait la solution la plus sage. Ce n’est pas pour autant qu’il s’agit de la solution qui sera choisie. Pour le moment, l’impression est plutôt à la confortation du système qu’à son bouleversement.

Mais, au-delà de tout cela, ce sont bien les règles du jeu qui sont à reformuler dans leur ensemble et l’affaire de la Grèce en est le symbole. Je ne sais pas si ce qu’a fait Goldman Sachs en montant le système permettant à la Grèce de trouver un subterfuge pour dissimuler son endettement est ou non légal. Je ne sais pas si le fait d’avoir ensuite spéculé contre la Grèce avant de placer à nouveau sur les marchés la dette grecque avec une augmentation de 2 ou 3 points du taux d’intérêt est légal ou pas. Ce que je sais, c’est que cela ne devrait pas l’être.

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159 réflexions sur « Reformuler les règles du jeu dans leur ensemble, par Corinne Lepage »

    1. Sympa, le message. Il me fait penser à une petite chose que je ne comprends pas bien: tantôt les politiques vous disent qu’ils ne peuvent pas faire ceci ou cela à cause de l’opinion, (en l’occurrence aider la Grèce), tantôt ils s’assoient dessus comme sur un bidet (réductions d’impôts en faveur des riches). J’ai comme l’impression que l’opinion a pour eux un double visage, et qu’il nous montre celui qui les arrange quand ça les arrange.

  1. Cher Madame Lepageme est que la « liberté des marchés » ne peut être avec la signe monétaire actuel. En effet, les contraintes posent exclusivement sur l’emprunteur et le bénéfices reviennent exclusivement exclusivement aux détenteurs de capitaux. Cla n’est pas équilibré, car le détenteur de capitaux est maître du temps, tandis que l’emprunteur paye la rente du temps que l’on appelle l’intérêt.
    Il s’agirait d’inventer un signe mnétaire, marqué par le temps, le SMT, qui, seul, rétablirait une véritable liberté du marché.
    Quant au keynesianisme, il conduit immanquablement à une impasse, car les dettes ne peuvent que croître dès lors que le signe monétaire est comme il est.
    Je vous adresserais volontiers un texte que j’ai rédigé autour de ce problème qui fait 90 pages et qui vous ferait sentir pouquoi toute la science économique est à revoir à la lumière de ce problème.
    Envoyez-oi un mail à johannes.finckh@wanadoo.fr si vos souhaitez aller au fond de ce problème.

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