Rions un peu – Les entreprises (I)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Vous aviez aimé les brevets sur la fraude fiscale ? Vous aimerez les contrats commerciaux à clauses politiques. FedEx annonce que si une nouvelle loi permet à ses 290.000 employés de se syndiquer (moins les 4.700 pilotes, qui eux le sont déjà), le transporteur de courrier express n’achètera pas trente avions à la compagnie Boeing.

Vous ne voyez pas le rapport ? Si, si explique la direction de FedEx : si nos employés avaient le droit de se syndiquer, la compagnie serait rapidement réduite à un petit tas de cendres.

Cela ressemble à du chantage à l’emploi ? Non, non, c’est une pure coïncidence, et puis, à un moment où les parlementaires américains sont tentés d’appliquer une nouvelle loi votée le 3 mars étendant le droit de se syndiquer, ceci leur donne une occasion de réfléchir plus posément à son bien-fondé.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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19 réflexions sur « Rions un peu – Les entreprises (I) »

  1. Tout cela me fait penser à une autre mesure « simple », qui n’a l’air de rien.

    La syndicalisation obligatoire (libre à chacun ensuite de se syndiquer pour telle ou telle organisation). L’avantage pratique serait d’empêcher ce genre de pression, puisqu’il s’agirait d’une disposition légale. La justification politique et morale est plus complexe à mettre en oeuvre (atteinte à la liberté d’association, atteinte aux libertés individuelles, etc etc… mais une justification complète ne parait pas du tout impossible, loin de là même…).

    Bien sûr on pourrait utiliser un mécanisme de « droit de sortie », limité par tel ou tel ensemble de règle (comme pour les dons d’organe, chacun étant présumé donneur en droit français à moins qu’il ne s’inscrive sur une liste de « non-donneur »).

  2. C’est un scandale, plus on avançe et plus on voit que les bonhommes en haut du somment veulent y rester… et comme avant !
    C’est mauvais signe une société qui veut pas changer quand celui ci est nécessaire d’après ce que j’ai put lire dans plusieurs revues anthropologiques.

    Allez Obama baisse pas les bras !

  3. Mieux vaut en rire qu’en pleurer.

    Curieusement ceci me fait penser à la controversée citation attribuée a Marie-Antoinette :

    S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche !

    S’il ne peuvent pas se syndiquer, qu’il fassent la grève !

  4. Ce qui est drôle avec cette espèce d’individus qui, en charge de fonctions dirigeantes, osent tenir ce genre de propos, c’est qu’ils font advenir ce qu’ils redoutent le plus : la lutte des classes.

    Ils n’y croient viscéralement pas mais leurs agissements revêtent un caractère de prophétie refoulée auto-réalisatrice.

  5. @A. : « Ils n’y croient viscéralement pas »

    Oh que si, ils y croient. Et c’est bien pour ça qu’ils agissent ainsi depuis des lustres. Par contre, ils poussent le bouchon tellement loin qu’ils risquent un retour de bâton de l’autre classe, qui elle ne croyait plus cette lutte nécessaire car anesthésiée par le recours au crédit. Là les prolos américains commencent à comprendre que le crédit n’est pas un revenu.

  6. Il n’y a que dans les cimetières ou l’éthique résiste à la cloche de la soupe . Que le syndicat des croque-morts ne le prenne pas mal car il n’est pas visé par cette plaisanterie.

  7. @ Antoine :

    « Tout cela me fait penser à une autre mesure “simple”, qui n’a l’air de rien.
    La syndicalisation obligatoire (libre à chacun ensuite de se syndiquer pour telle ou telle organisation) »

    Un vrai capitaliste saura vous convaincre du syndicat idéal où militer : Ce sera la centrale syndicale qui vous offira des taux préférentiels pour votre crédit (comme ce qui se passe en Suède). A mon avis, le préalable au syndicalisme efficient (le vrai partage des richesses) a pour pré-requis l’euthanasie des rentiers (au sens figuré) : Vous êtiez rentier en 2006 ? Vos placements vous dispensaient de travailler ? Et bien maintenant c’est terminé, ce « métier » n’existe plus.

    Je ne vois pas pourquoi le métier de rentier n’aurait pas vocation à péricliter tout comme le vendeur de peaux de lapins a vu son activité disparaitre avec l’industrie textile moderne.

  8. Les discussions avançant, une chose apparait assez clairement:

    TOUT LE MONDE A RAISON. (La blague du rabbi que j’ai lu quelque part sur ce blog n’est finalement pas si absurde) 🙂

    Les libéraux comme les anti-libéraux, les entrepreneurs, les rentiers, les salariés, tous ont, à quelques nuances près, parfaitement raison.

    Comment cela est-il possible?

    En algèbre linéaire, on démontre que 1 + 1 = 2, tandis qu’en algèbre booléen, 1 + 1 = 1. Les deux propositions sont absolument vraies, dans la mesure ou elles n’appartiennent pas au même référentiel. La problématique me parait être à peu de choses près transposable en matière de politico-économiquo-anthopo-sociologie.

    Pour celui qui ne tient pas compte des référentiels, la démarche comparative semble a priori logique, mais aboutit à une absurdité: 1 = 2. Il choisit alors de questionner l’un et l’autre modèles pour déterminer une hypothétique faute de raisonnement de l’un ou l’autre, qui invaliderait le fautif et donnerait la primauté à celui restant. L’authentique faute de raisonnement se situe en réalité dans cette comparaison de résultats différents obtenus dans des référentiels différents.

    (Ce raisonnement est assimilable dans une certaine mesure au théorème d’incomplétude de Gödel.)

    La question réelle devient alors la suivante: Comment effectuer la comparaison des résultats dans un référentiel commun?
    La traduction d’un résultat obtenu dans un référentiel vers un autre référentiel est un travail ardu, même en mathématiques. Elle l’est d’autant plus en sciences humaines, à tel point qu’il ne me semble pas irréaliste de la mettre en parallèle avec le mythe de la tour de Babel. Cela reviendrait en effet à définir un référentiel adopté par consensus mondial, toutes classes sociales confondues. Intellectuels de tous poils, à vos copies 🙂

  9. Encore un patron de poste timbré ?…maladie professionnelle?
    Marrant aussi, les différences de points de vues sur un même paysage.

    pour le figaro , fedex est accusé
    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/03/25/01011-20090325FILWWW00442-fedex-accuse-de-faire-du-chantage.php

    pour tf1 , fedex menace d’annuler une commande
    http://bourse.lci.fr/news.hts?urlAction=news.hts&idnews=AOT090325_00025198&numligne=0&date=090325

    pour reuters , fedex menace d’annuler des commandes
    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLP97309620090325

  10. Alors FedEx va acheter 3.000 charettes à bras à la Chine, et importer les 6.000 bras non syndiqués qui vont avec !

  11. En algèbre linéaire, on démontre que 1 + 1 = 2, tandis qu’en algèbre booléen, 1 + 1 = 1.

    Pardonnez ma question de néophyte, mais il me semble que les « 1 » ne sont pas identiques dans les 2 algèbres. Dans le premiers cas il s’agit d’une valeur, dans le second d’une simple représentation d’un état…

  12. @Candide

    Bien entendu, c’est bien pour cela qu’on ne peut pas les comparer rationnellement. C’est par le même argument que je prétends qu’on ne puisse pas confronter les logiques capitaliste et sociale rationnellement, dans la mesure où elles ne sont pas fondées sur un référentiel commun.

  13. @ Dissonance

    vous introduisez un thème très intéressant.

    Pour ma part, je pense qu’il s’agit moins de comparer des théories de système clos à système clos, élément pour élément, que de comparer les théories dans leurs effets pratiques et ce en fonction des critères que chacun aura privilégiés.
    On s’intéresse le plus souvent à une théorie pour la praxis qu’elle implique. On pourra vérifier éventuellement la justesse de certains raisonnement du point de vue de la logique, ou des équations mathématiques, mais ce n’est pas cela qui fait l’originalité d’une théorie.

    Lorsque l’on confronte, mettons les pensées de Friedrich Von Hayek et Paul Jorion, on a pas de référentiel englobant qui permettrait de juger sur pièces de façon absolue et indiscutable de la supériorité d’une théorie sur l’autre. (hormis la question des éventuelles fautes de raisonnement). La question n’a pas de sens. Ce que vous soulignez bien.
    Néanmoins, sur un thème particulier, on pourra de façon pertinente comparer les effets respectifs des dites théories.
    Du point de vue de la justice sociale — en termes d’égalités– par exemple, il n’est pas douteux que la théorie de Paul Jorion est supérieure à celle de VON Hayek.
    D’un point de vue idéologique, celle d’Hayek a plus d’utilité(s) pour les capitalistes car elle légitime les inégalités.

    Vous avez raison, chacun a ses raisons, mais si c’est bien le cas c’est d’abord que ces raisons se rapportent à l’agir, aux pratiques.
    Dès lors que l’on introduit des valeurs — une axiologie –, ce que comporte toute théorie, la comparaison reprend tous ses droits. Une théorie n’a pas prétention à représenter LA réalité, car elle est toujours une modélisation d’un monde possible, ceci en vue de modifier (ou maintenir le cas échéant) le monde existant, ce qui nous ramène à l’éthique et au politique, voire au religieux.

  14. Permettez que je joue au jeu du « vous auriez pu dire »:

    « […]en fonction des critères que chacun aura privilégiés. »
    -> En fonction du référentiel que chacun aura choisi.

    « Du point de vue de la justice sociale[…] »
    -> Dans le référentiel de la justice sociale…

    « D’un point de vue idéologique[…] »
    -> Dans le référentiel capitaliste…

    1 + 1 = 1 ne constitue pas la théorie booléenne, c’en est un effet pratique. J’aurai pu aussi bien dire que vous ne mesurez pas de contraction de la longueur d’une voiture qui roule à votre hauteur sur l’autoroute, alors même que la relativité restreinte d’Einstein la prédise. Parce que la contraction de longueur en question n’a de sens que dans le cadre relativiste, c’est à dire uniquement à la vitesse de la lumière (votre voiture n’atteint pas de telles vitesses? Rassurez-moi 🙂 ). Or, la contraction de longueur est un effet pratique de la relativité restreinte. Autrement dit, les effets pratiques, comme les théories (qui les induisent, c’est le point clé), ne sont mesurables que dans leur propre référentiel. On n’est donc toujours pas sorti du système clos.

    Quelle valeur ont les théories de P.J. dans le référentiel capitaliste? Quelle valeur ont les théories de Hayek dans le référentiel de justice sociale? Peut-être pas beaucoup, ce qui serait au final tout à fait sensé. L’une comme l’autre sont enchainées à leur référentiel, aussi surement que le 1 + 1 = 2 n’a pas de sens dans le référentiel booléen.

    La question d’un référentiel commun aux uns et aux autres demeure donc, de mon point de vue, pleine et entière. On peut appeler cela consensus, compromis ou que sais-je encore… Et cela passe sans doute, comme vous le suggérez en fin de commentaire, par une discussion sur une axiologie commune à adopter.

  15. @Dissonance et Pierre Yves
    La question de « la vérité » d une proposition devrait toujours être associée au cadre dans lequel elle a du sens.
    Formulée dans un autre cadre la proposition ne peut être considérée comme absolument fausse, sa valeur de vérité est « autrement que vrai ou faux », c est a dire encore « vrai dans le cadre ET faux en dehors de l espace ».
    La logique bivalente d aristote est inutilisable et nuisible en ce qui concerne les sciences humaines ou les phénomènes quantiques par exemple.

  16. @tigue:

    Le théorème d’incomplétude de Gödel a ceci de remarquable qu’il ne s’inscrit justement pas dans une logique bivalente, en introduisant également la notion de « théorème indécidable », ne pouvant être ni prouvé ni réfuté à l’intérieur dans son propre référentiel. Il en découle l’idée de produire un référentiel d’ordre supérieur afin de résoudre cette question.

    Albert Jacquard dit à ce propos:

    « Gödel l’a montré, en logique : aucune affirmation ne peut être prouvée sans référence à un corps de doctrine plus large, la recherche d’une preuve définitive ne peut s’arrêter que si l’on admet comme absolument vraie une parole initiale. Les religions en semblent être conscientes et se tirent du piège en prétendant être dépositaires d’une révélation; dès qu’une parole est supposée avoir été dictée par Dieu, il n’est plus possible de mettre en doute sa valeur. Si l’on refuse ce confort intellectuel, on doit accepter, en morale comme en logique, de faire place à de l’indécidable. »

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