Un témoignage sur la préparation aux accidents nucléaires, par Olivier Peyrouset

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Je souhaite réagir et apporter mon expérience suite au billet sur les accidents nucléaires et la façon dont on nous y prépare. Je suis médecin Anesthésiste Réanimateur et j’ai effectué mon service national en tant que médecin réanimateur dans un hôpital militaire. Un beau matin, j’apprends par le général commandant l’hôpital qu’il va y avoir un exercice de simulation d’accident nucléaire dans un grand centre de traitement de déchets nucléaires proche de l’hôpital. Et me voilà promu d’office responsable de la cellule de crise (j’avais en tout et pour tout eu 5 heures de cours sur ce sujet lors de mes classes).

Le service des urgences est entièrement recouvert de films plastiques blancs et nous revêtissons nos tenues de protections, comme on peut le voir dans les films catastrophes. Les premiers blessés arrivent et là, oh stupeur, tous les chariots de médicaments et d’appareils médicaux ont été mis derrière les films plastiques blancs et sont inaccessibles pour soigner les patients. Nous déchirons donc les films plastiques pour accéder au matériel, contaminant de la sorte tout ce qui devait rester non radioactif. La suite est tout aussi guignolesque puisque nous nous rendons rapidement compte que nos combinaisons intégrales nous empêchent de mettre le moindre stéthoscope dans nos oreilles afin d’écouter les poumons de nos patients irradiés.

Lorsque enfin les patients sont intubés et stabilisés, et que nous voulons leur instiller dans l’estomac les produits de décontamination, nous découvrons que c’est impossible car nous n’avons aucun soluté ni pilon pour fragmenter et diluer les comprimés afin de les injecter dans la sonde gastrique. Cet exercice m’a fait prendre conscience que si un accident nucléaire grave arrivait en France, l’armée n’est absolument pas préparée à y faire face et l’idée rassurante qu’elle pourrait maitriser et soigner les pauvres irradiés que nous serions devenus n’est qu’un mythe.

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16 réflexions sur « Un témoignage sur la préparation aux accidents nucléaires, par Olivier Peyrouset »

  1. …Lors d’une des dernières alertes potentiellement graves en Espagne, le personnel en charge de la sécurité s’est enfui.
    En Belgique un des réacteurs de Doel est à l’arrêt en raison d’une fuite d’huile, qui serait due à un sabotage. On n’en sait pas plus.

    Les civils sont prêts à suppléer les carences de l’armée!

  2. “Et me voilà promu d’office responsable de la cellule de crise (j’avais en tout et pour tout eu 5 heures de cours sur ce sujet lors de mes classes).”
    Ils préfèrent donc produire des armes à vendre plutôt que former et préparer leurs médecins à de tels risques tout à fait présents sur leurs territoire.

    Ma foi, jusqu’où ira ce tableau plus que maussade de notre société.(…)

  3. Nu clé air = nucléaire…Nu clé air … énergie nucléaire, merci messieurs les marchands de nu clé aire…et après nu . point…!

  4. En même temps on peut dire que c’était un exercice de simulation réussi puisqu’il a permis de mettre en évidence toutes ces impréparations et bugs .

    En fait , un exercice de simulation ( j’en est fait quelques uns de type viaduc explosé ou tunnel en feu) , ça n’est fait que pour ça .

    Au nucléaire près et à votre avancement accéléré près , c’était donc un exercice parfait .

    1. Assez d’accord, à ceci près qu’il faudrait alors tirer les conséquences de cet exercice… et adapter l’équipement et les procédures… ce qui n’a pas l’air d’avoir été le cas.

  5. Cet exercice m’a fait prendre conscience que si un accident nucléaire grave arrivait en France, l’armée n’est absolument pas préparée à y faire face et l’idée rassurante qu’elle pourrait maitriser et soigner les pauvres irradiés que nous serions devenus, n’est qu’un mythe.

    « Prendre conscience » est l’expression maîtresse de votre intéressant et très utile témoignage. Car, comme le souligne très positivement Juannessy, c’était un exercice parfait. La question est maintenant de savoir ce qui a été fait ensuite, des enseignements tirés de cette expérience.

    Au lieu d’en rester là, ne vous serait-il pas possible d’aller un peu plus loin. Sans donner le patronyme de général, il pourrait être utile de donner le nom de l’hôpital et la date de l’exercice en question. Votre témoignage pourrait alors être adressé, pourquoi pas, à la Présidence de la République.

    Placée devant sa responsabilité, elle pourrait ainsi réactiver le sujet et se faire remettre un rapport sur les suites données à cette question vieille d’au moins une dizaine années.

    Cela éviterait d’enterrer les problèmes détectés et, on peut l’espérer, de constater que des dispositions ont été prises par les responsables concernés pour remédier aux carences mises en évidence. Sinon de réactiver le sujet.

    Surtout, cela permettrait de donner à votre message une orientation positive, au moment où, au lieu de cultiver le pessimisme, il faut en appeler à une « prise de conscience » de la nécessité d’un sursaut national, dans tous les domaines.

    1. @Lucas 28 septembre 2014 à 08:23

      Où voyez-vous le ratage ?

      Au contraire, grâce à ce témoignage, on constate qu’au moins certaines personnes se soucient du futur de leurs concitoyens et de leur pays. Elles ont « conscience », tel Olivier Peyrouset, de leur propre responsabilité quand elles restent à ne rien dire et à ne rien faire, face à une question de survie de notre communauté nationale et plus généralement humaine.

      Maintenant que le signal d’alerte a été donné sur ce sujet, la responsabilité de ceux qui peuvent l’exploiter positivement, est engagée. S’ils s’abstenaient d’apporter leur concours pour qu’il soit tiré un bénéfice de ce signalement, ils se sentiraient responsables et verseraient dans « la mauvaise conscience ».

      Même ceux qui nourrissent des sentiments plus ou moins antimilitaristes et/ou antinucléaires ne peuvent pas s’en exonérer. Cela devrait les inciter à réagir en s’emparant et exploitant de ce sujet.

  6. @jducac

    On en tire des conclusions dans les deux cas oui, mais un exercice est réussi ou raté.
    ET je tenais à préciser que ce “parfait” exercice de simulation d’accident nucléaire fut raté.
    J’aimerai voir comment sont préparés les plus riches hôpitaux militaires aux USA, juste pour comparer.

    1. Il y a aux USA des hôpitaux militaires plus riches que d’autres ?

      Dans pas mal de domaines que je connais(sais) , ce ne sont pas les plus pauvres qui étaient les moins bien préparés .

      1. Les moins bien soignés en tout cas, je m’éloigne du sujet mais “l’Hôpital Américain” situé à Neuilly sur Seine me semble être une aberration.
        Aussi, en général, on m’a souvent dit que les américains prenaient grand soin de leurs riches (surtout très riches) compatriote. Et que, quand l’argent était là, le professionnalisme suivait.
        Enfin.. c’est ultra logique et vous savez déjà sûrement cela.

      2. Il y a effectivement un ” hôpital américain ” dans pas mal de pays. Ils sont en général bien dotés en matériel ; Pour ce qui est du personnel , l’oncle Sam a aussi appris à y faire travailler de nombreux praticiens des pays plus ou moins émergents( turcs par exemple en Albanie/Kosovo, ce qui est une sacrée ironie de l’histoire ) …parce que ça coûte moins cher.

        Je ne suis pas sur que dans le tas ,il y en ait qui soient spécialisés dans les accidents nucléaires .

        Même à Neuilly-Paris .

      3. “ce ne sont pas les plus pauvres qui étaient les moins bien préparés .”

        Oui, c’est très vrai, avec les temps qui arrivent, les personnes habituées au ‘système D’ s’en sortiront mieux que certaines autres, un peu plus riches, par exemple..

  7. Sur ce sujet réjouissant, il faut lire l’article de notre palmipède préféré daté du 10 septembre, intitulé Le nuage de Fessenheim.
    que faire si comme à Fukushima, la radio activité se ballade à 50km de la centrale? Et bien c’est 3 millions d’habitants à évacuer dans un rayon de 100km. …
    La question du dédommagement pour la perte de milliers d’habitation, les faillites, les soins médicaux, la décontamination? La réponse es assez clair. Il faudra faire appel à l’Etat puisqu’un accident majeur mettrait EDF en faillite…
    Qui l’eut cru?

    1. A tout hasard , l’Etat est déjà en faillite , et même s’il ne l’était pas , l’Etat c’est vous et moi et ceux qui sont “évacués”.

  8. Rassurez-vous, les nuages radioactifs s’arrêtent aux frontières, les alarmes sont fictives et personne ne sera informé. Circulons, il n’y a rien à craindre !

    La tomate de Fukushima, elle est belle, elle est bonne, achetez mes tomates, pas chères et juteuses.

    Le poisson de Tokyo, il est frais, il est bon, achetez ce poison, c’est l’EU qui conseille.

    J’ai aussi de la Toyota en stock, même les Russes n’en veulent plus, qui n’en veut, pas chères et garanti à vie.

    Sans blague, la panique c’est le pire…pour les autorités, et la SNCF ne peut faire face à une évacuation de cette ampleur. Et de grâce, ne parlons plus du lobby santé en France sans prendre un missile extranucléaire à têtes chercheuses !!

    Dormez braves gens, le mal est déjà fait.

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