De quoi ont-ils peur, eux qui ont tout ? par Hervé Connangle

Billet invité.

Bonjour M. Jorion,

Suite au message envoyé sous l’article de Michel Leis, où je faisais allusion à M. Peyrelevade, permettez-moi de faire une brève observation. Je précise l’information donnée après l’écoute de l’émission du 15 décembre 2014 sur France Culture :

La Grande table (2ème partie) par Caroline Broué

Émission intitulée : « Liberté vs égalité : l’économie dans la Constitution acte II » / Jean Peyrelevade

Le titre de l’émission ne m’est pas passé inaperçu. C’est précisément le contraire que vous préconisez, à savoir une CONSTITUTION POUR L’ECONOMIE.

Peyrelevade lui, imagine l’inverse. Il veut constitutionnaliser l’Economie de Marché, ce qui – si je ne m’abuse – est à l’inverse de vos vues, monsieur Jorion. Je comprends aisément bien pourquoi. Monsieur Peyrelevade tente un ultime coup de force pour redéfinir l’intérêt général selon ses propres intérêts et ceux de sa classe. Il ne peut y avoir dans sa conception censitaire de la démocratie de contre-pouvoirs là où règne « La-Liberté » pour le 1% de privilégiés ; cette aristocratie nouvelle qui fait de l’accroissement des inégalités et de la paupérisation généralisée l’alpha et l’oméga d’une bien étrange « utilité commune ».

Il y aurait beaucoup à dire sur la conception qu’a Monsieur Peyrelevade de l’État, personnifié en un mauvais spectre, lui qui l’a tant servi. Au delà du fait qu’il veuille en finir avec la République française telle qu’elle s’est incarnée démocratiquement dans l’Histoire et qu’il veuille verrouiller le système en mettant l’Entreprise – lieu où l’on ne vote pas – comme corps équivalent de l’État – lieu de la représentation nationale, espace de pouvoir issu de la délibération commune et garant des libertés individuelles et publiques – l’essentiel est ailleurs :

En voulant constitutionnaliser l’Économie de Marché, est-ce exagéré de dire que c’est une autre façon pour Monsieur Peyrelevade et ceux qu’il représente, de faire un putsch sur la démocratie sans y toucher ? Disons que c’est là un vœu pieu plus ou moins conscient si l’on sait lire entre les lignes et entendre l’intentionnalité première, entre les mots.

Je suis toujours cependant très étonné. Tandis que ces gens-là règnent sur tout ce qui bouge, respire ou remue, pourquoi sentent-ils encore le besoin de visser les boulons ? De quoi ont-ils peur, eux qui ont tout ? Est-ce parce que « Tout » n’est pas encore « Assez » ? Ou est-ce que « Monsieur Tout » est trop fragile pour durer ? D’où cette tentation de graver la fragilité, dans le marbre de la constitution française.

Le fameux « effet cliquet » dont vous parliez Monsieur Jorion et dont Monsieur Peyrelevade sait bien qu’il est un mécanisme implacable pour reconfigurer des institutions d’où il est quasiment impossible de sortir afin de revenir à une situation antérieure.

Avec le sentiment d’une victoire totale en prime ?

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