EXEMPLAIRE FUKUSHIMA, par François Leclerc

Billet invité.

Cinq années se sont écoulées depuis la catastrophe de Fukushima, et il continue d’être imperturbablement annoncé que quarante années seront nécessaires pour assurer le démantèlement des quatre réacteurs de la centrale, comme s’il fallait se raccrocher à l’idée que le site pourrait être rendu à la nature et aux humains et que rien ne s’était passé. Et que l’on pouvait estimer le temps que l’on mettrait pour y arriver. Cette vision doit pour le gouvernement désamorcer la contestation et favoriser la difficile relance des centrales nucléaires à l’arrêt. Mais qu’en est-il ?

Tepco, l’opérateur de la centrale, a tardivement reconnu la fusion du coeur de trois réacteurs, combustible nucléaire compris, et la création de coriums. Combien de temps faudra-t-il pour admettre que leur récupération ne sera pas possible et qu’il faudra trouver une autre solution ? Toyoshi Fureta, un membre de l’autorité de sûreté nucléaire japonaise, a déjà suggéré que l’extraction des coriums pourrait prendre soixante ou quatre-vingts ans. Précisant « il y a d’autres options, comme récupérer autant des coriums que possible et solidifier le reste ».

Mais, pour commencer, où se trouvent exactement ces coriums  ? Selon l’International Research Institute for Nuclear Decommissioning (IRID) – qui réunit le gratin mondial en matière de démantèlement – la situation du corium du réacteur n°1 est la plus préoccupante : il pourrait avoir traversé la semelle en béton et se trouver quelque part dans le sous-sol de la centrale.

Les ingénieurs de Tepco reconnaissent ne pas savoir exactement où tous les trois coriums se trouvent. Les moyens de détection les plus sophistiqués ont été déployés pour les localiser, sans résultat probant. Deux robots ont également été perdus corps et âme après avoir pénétré dans les enceintes des réacteurs en raison du très haut niveau de radioactivité, bien qu’ils aient été spécialement conçus pour cet usage.

Tepco peut se prévaloir de faire travailler les milliers d’ouvriers qui s’y affairent quotidiennement dans des conditions moins dangereuses et d’avoir écarté les périls les plus criants, comme celui que représentait la piscine du réacteur n°4, qui était susceptible de s’écrouler et dont le combustible a été extrait. Mais la relative stabilisation actuelle de la situation implique la poursuite du refroidissement des trois réacteurs en marche lors de la catastrophe, et cela crée une situation qui reste inextricable malgré tous les efforts.

A défaut de pouvoir rejeter à la mer les masses d’eau contaminées dans cette opération, l’opérateur cherche à réduire leur production, mais il va néanmoins devoir encore agrandir le gigantesque parc de réservoirs, prévoyant de devoir stocker un million de tonnes d’eau contaminée. La construction d’un mur souterrain de terre glacée autour des réacteurs se poursuit, en dépit des difficultés, afin que l’eau de refroidissement ne se mélange pas avec les eaux souterraines et que diminue la production quotidienne d’eau contaminée. Mais rien n’y fait, la centrale est devenu une usine qui fabrique celle-ci en continu…

Dans la région, le retour à la normalité s’annonce mal. Selon Greenpeace, la stratégie de décontamination qui est appliquée relève de l’illusion, « car plus de 70% de la préfecture de Fukushima est boisée, ce qui la rend impossible ». En conséquence, l’impact de la radioactivité sur la faune et la flore de la région va s’aggraver. Greenpeace rappelle que l’approche actuelle des autorités japonaises est « l’élimination de la litière de feuilles, d’une couche de sol et des plantes dans la bande de 20 mètres le long des routes et autour des maisons qui sont entourés par les forêts ».

Depuis le Rainbow Warrior III qui croise au large de Fukushima, Greenpeace établi des cartes en trois dimensions de la répartition de la radioactivité en utilisant un sous-marin télécommandé. Les efforts sont concentrés dans un rayon de 20 kilomètres autour de la centrale, zone où est enregistrée la plus forte concentration de césium radioactif dans les sédiments : comme sur terre, la contamination est en peau de léopard et certaines espèces marines sont particulièrement exposées aux radiations.

A Fukushima, l’industrie électronucléaire ne fait pas sa meilleure démonstration.

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