Coronavirus, la stratégie d’immunité de groupe ne fonctionnera pas, par Alexis Toulet

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Quelle stratégie le gouvernement français applique-t-il contre le coronavirus ? L’allocution d’Emmanuel Macron le 12 mars n’a pas permis de clarifier pourquoi au juste le gouvernement estime que les mesures décidées pourraient suffire à contenir la contagion. La France a-t-elle donc décidé d’appliquer la stratégie de l’immunité de groupe, comme le Royaume-Uni l’a annoncé et l’Allemagne semble y songer ?

Il faut souhaiter que non. Car cette stratégie ne fonctionnerait pas, débouchant à court terme sur une catastrophe sanitaire qui ne laissera d’autre possibilité que d’appliquer dans l’urgence confinement et quarantaine généralisées – mais avec des pertes humaines multipliées du fait du retard.

En réalité, contrairement à ce que le gouvernement semble penser, la solution à ce stade la moins coûteuse en vies humaines, le confinement et la quarantaine radicales à l’italienne, est aussi la moins coûteuse en argent.

La « mesure forte » annoncée par Emmanuel Macron lors de son allocution de jeudi soir 12 mars était la fermeture de toutes les écoles. Sera-t-elle suffisante pour freiner la progression de l’épidémie ? Rappelons que l’Italie a fermé toutes ses écoles et universités le 4 mars, alors qu’elle comptait 107 morts du coronavirus – ce qui n’a pas empêché que le 13 mars elle en recense douze fois plus. Mesure à coup sûr utile, il y a toutes raisons de croire que la fermeture des écoles sera cependant insuffisante à elle seule pour freiner véritablement la propagation du virus.

Ce qui laisse ouverte la question de la véritable stratégie choisie par le gouvernement français pour lutter contre le coronavirus.

On peut encore remarquer que Emmanuel Macron a également demandé aux personnes les plus âgées et les plus malades de rester autant que possible chez elles

C’est pourquoi je demande ce soir à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap, de rester autant que possible à leur domicile. Elles pourront, bien sûr, sortir de chez elles pour faire leurs courses, pour s’aérer, mais elles doivent limiter leurs contacts au maximum

Selon certaines analyses, la véritable stratégie du gouvernement français pourrait être de compter sur l’« immunité de groupe » pour résister à l’épidémie.

C’est en tout cas la stratégie explicitement revendiquée par le gouvernement britannique de Boris Johson. Et une stratégie dont en Allemagne le président du Syndicat des médecins conventionnés Andreas Gassen parle en bien

« Cela peut sembler choquant pour le profane, mais vu sobrement, cela n’a rien de menaçant : il y a des virus qui infectent pratiquement tout le monde au moins une fois (ce qui dans le cas du coronavirus pourrait) prendre quatre ou cinq ans. Plus ce sera rapide, plus grand sera le défi pour le système de santé. Mais je ne pense pas que même si le nombre de cas augmente encore rapidement, nous atteindrons nos limites »

Alors qu’est-ce au juste que l’immunité de groupe ? Et est-il raisonnable de compter dessus en face de l’épidémie de coronavirus ?

Qu’est-ce que l’immunité de groupe ?

L’immunité de groupe est un phénomène qui permet de bloquer la propagation d’un virus dans un groupe dont pourtant seule une partie est immunisée. En quelque sorte, ce sont les immunisés qui protègent les vulnérables. Pour cela, il est nécessaire que lorsque le virus « cherche » à se propager à partir d’un individu infecté, il rencontre suffisamment souvent un individu immunisé – qu’il ne peut infecter – pour que sa propagation s’épuise rapidement.

A titre d’exemple, imaginons un virus qui dans des conditions idéales pour lui se propagera à deux personnes à partir de chaque individu infecté. Si c’est dans une population dont plus de la moitié est immunisée, alors l’une de ces deux personnes sera immunisée et le virus ne se propagera qu’à une seule personne, voire à aucune si celle-là est immunisée aussi. Le calcul montre que sa propagation s’arrêtera assez vite – la contagion est évitée.

Pour qu’il y ait immunité de groupe, il faut que la proportion d’individus immunisés passe un certain seuil, qui se calcule comme Seuil = 1 – (1/ R0), R0 étant le taux de reproduction de base de la maladie, c’est-à-dire le nombre moyen de nouvelles infections qu’une personne infectée va générer dans une population qui n’a pas été exposée au virus auparavant. Le R0 du coronavirus SARS-CoV-2 est diversement estimé entre 2,2 et 3,5, avec une médiane dans la littérature scientifique qui s’établit à 2,79. L’immunité de groupe au coronavirus serait donc atteinte à partir du moment où la proportion de la population ayant déjà été porteur du virus SARS-CoV-2 et y étant donc immunisée atteindrait un seuil situé entre 55% à 71% de la population, avec une médiane à 64%.

Combien de Français devraient-ils développer la maladie Covid-19 avant que l’ensemble des autres soient protégés ?

Cela dépend de la proportion des personnes porteuses du virus qui ne développeront jamais cette maladie, parce que leur organisme y résistera. D’après les données fournies par le cas du navire de croisière Diamond Princess, dont la situation a pu être étudiée en grand détail, et qu’a rappelées l’Institut Pasteur, l’infection serait asymptomatique ou paucisymptomatique – pas ou peu de symptômes – chez 30% à 60% des patients infectés – c’est-à-dire que 70% à 40% d’entre eux seulement développeraient la maladie Covid-19.

En définitive, en combinant les hypothèses optimistes, on arrive à une proportion de 40% * 55% = 22% de la population qui devrait développer la maladie avant que l’immunité de groupe soit atteinte, et à une proportion de 70% * 71% = 50% en combinant les hypothèses pessimistes, l’hypothèse intermédiaire étant une proportion de 64% * 55% = 35%.

S’agissant de la population française estimée à 67 millions, le seuil d’immunité de groupe nécessiterait donc que 15 à 33 millions de Français développent la maladie à coronavirus – c’est-à-dire ne soient pas simplement des « porteurs sains », mais subissent pour de bon la maladie, même sous sa forme relativement bénigne – avec une médiane à environ 23 millions de malades nécessaires.

Il est donc possible que la stratégie du gouvernement doive être comprise ainsi : protéger les plus âgés « de plus de 70 ans » et les plus malades en demandant à eux seuls d’appliquer la quarantaine, laisser les autres continuer leurs activités notamment professionnelles en appliquant simplement quelques mesures pour limiter la vitesse de la contagion – mais sans espérer la stopper – puis lorsqu’un nombre suffisant de Français – entre 15 et 33 millions – auront eu la maladie il sera possible de relâcher les mesures, le virus étant vaincu par effet d’immunité de groupe.

La stratégie consiste en un mot à sacrifier un petit nombre de jeunes – entendre : des gens en-dessous de 70 ans – afin de sauver un grand nombre de vieux et de malades, cela sans suspendre l’économie ou plus exactement les activités économiques autres qu’essentielles soit en gros alimentation, santé, réseaux eau et électricité, pompiers et police. Bref, vaincre la maladie pour beaucoup moins cher qu’une suspension radicale comme celle qui a réussi en Chine ou celle que tente l’Italie.

Quelles sont les chances de succès d’une stratégie d’immunité de groupe ?

Nulles.

La question à poser est la capacité de la société française – de n’importe quelle société d’un pays développé – à supporter ce genre d’« épreuve du feu » tout en continuant à assurer le plus clair des activités économiques. En effet, c’est bien le maintien en marche de l’ensemble de l’économie, plutôt que seulement de l’essentiel, qui est visé. C’est l’avantage revendiqué de la stratégie d’immunité de groupe par rapport à la stratégie de confinement et quarantaine qu’a adopté l’Italie.

Une partie de la réponse doit faire intervenir la psychologie collective, et bien sûr les prédictions dans ce domaine sont notoirement difficiles et incertaines – j’en parlerai plus loin.

Une autre partie de la réponse est plus quantifiable. Les unités de soins intensifs des hôpitaux français sont-elles capables de faire face à l’afflux de patients que cette stratégie causerait ? Clairement, non !

La France compte environ 5 500 lits de soins intensifs, dont une partie est à l’évidence déjà occupée par des malades. Imaginant même qu’un effort titanesque permette de créer assez de nouveaux lits pour placer l’ensemble des malades actuellement en soins intensifs – rappelons qu’il s’agit de services de haute technicité, avec un matériel rare, servi par des personnels spécialement formés – les hôpitaux français ne pourraient pas accueillir plus de 5 500 malades du coronavirus en soins intensifs à la fois. Sachant qu’ils ont besoin en général d’au moins 3 semaines de ce traitement avant d’éventuellement se remettre, le système de santé français ne pourrait pas traiter les malades en soins intensifs à un rythme supérieur à 5 500 * 52 / 3 = 95 000 par an, même dans ce cas favorable probablement irréaliste.

Mais si 15 à 33 millions de Français développaient la maladie Covid-19, combien d’entre eux auraient-ils besoin de soins intensifs ? On peut l’estimer grossièrement à partir des retours d’expérience chinois donnant 6% de l’ensemble des malades en soins intensifs et 2,3% de décès, c’est-à-dire que le nombre de patients en soins intensifs est environ 2,6 fois plus élevé que celui de décès prévisibles.

Et combien de décès prévisibles dans la population des moins de 70 ans si 15 à 33 millions d’entre eux avaient la maladie ?

Estimer les décès prévisibles

La probabilité de décès du fait du coronavirus pour les malades recevant les meilleurs soins est estimée comme suit :

D’autre part, l’INSEE fournit la répartition par âge de la population française :

  • 8,0 millions entre 60 et 69 ans
  • 8,8 millions entre 50 et 59 ans
  • 8,6 millions entre 40 et 49 ans
  • 24,1 millions entre 10 et 39 ans
  • enfin, 7,8 millions en-dessous de 10 ans

Le croisement des chiffres de population et des probabilité de décès mesurées en Chine mène à une estimation de 485 000 décès si l’ensemble de ces 57,3 millions de personnes développaient la maladie. Cependant, compte tenu d’une estimation de 15 à 33 millions de malades avant d’atteindre le seuil d’immunité de groupe, le nombre des décès prévisible est réduit en proportion, dans une fourchette de 127 000 à 279 000 décès de personnes de moins de 70 ans.

En définitive, le nombre de patients à traiter en soins intensifs serait de 2,6 fois le nombre des décès finaux, soit 330 000 à 720 000 patients en soins intensifs. Dans l’hypothèse favorable plus haut de 95 000 patients pris en charge en soins intensifs chaque année, le système de santé français ne parviendrait donc à tenir que si l’arrivée des patients était étalée sur une période de 3,5 à 7,5 ans !

L’effondrement inévitable des services de soins intensifs

Le virus aura-t-il l’amabilité de ralentir suffisamment sa propagation pour que les patients puissent tous être traités ? Non, bien sûr. Le phénomène a une progression exponentielle, en France comme en Italie, comme dans tous les pays qui à la différence de Taiwan ou de Singapour n’ont pas réagi à la fois très rapidement et en multipliant les tests auprès des contacts des malades connus pour bloquer la progression.

C’est ainsi que le nombre de cas de coronavirus détectés en France augmente à un rythme stabilisé depuis cinq jours aux environs de 26%. Pour fixer les idées, ce rythme correspond à :

  • Doublement en 3 jours
  • Multiplication par 5 en une semaine
  • Multiplication par 10 en dix jours
  • Multiplication par 1 000 en un mois

Même s’il est permis d’espérer que la fermeture des écoles et les autres mesures annoncées le 12 mars par le président diminue un peu ce rythme – en Italie, qui a fermé les écoles le 5 mars, il a été réduit à environ 20% par jour – ce rythme correspond encore à un doublement en 4 jours, c’est-à-dire à une multiplication par 1 000 en quarante jours.

La question n’est pas si les unités de soins intensifs de France seront submergées par une telle progression, mais quand elles le seront. Rappelons que la Lombardie, région italienne la plus touchée par l’épidémie, a vu ses services de soin intensif débordés le week-end dernier 7-8 mars. Rappelons que la France n’a que 8 à 10 jours de retard sur les chiffres italiens du coronavirus. Clairement, c’est une question de jours, pas de semaines.

Lorsque les services de soin intensif d’un pays sont débordés, la proportion des décès parmi les malades du Covid-19 monte en flèche au-delà de la valeur de 2,3% observée en Chine. En Italie, elle a largement dépassé les 6%

Les conséquences de l’échec

Imaginer que des services de soins intensifs parviendront à prendre en charge dans de bonnes conditions, avec un taux de décès limité aux environs de 2,3%, les malades causés par une épidémie que l’on ne cherche qu’à ralentir au lieu de prendre toutes les mesures nécessaires pour la stopper, c’est prétendre qu’en renforçant et élevant une digue, on parviendra à s’opposer avec succès à un tsunami.

Ou encore c’est vouloir prendre d’assaut des nids de mitrailleuse en terrain découvert avec une masse d’hommes chargeant baïonnettes au canon et poitrines au vent, dans le plus pur style de la doctrine d’ « offensive à outrance » appliquée lors de la désastreuse bataille des frontières d’août 1914.

Est-il probable que le gouvernement applique vraiment une telle stratégie ? A chacun de l’apprécier.

Est-ce possible, certainement. Voir justement l’exemple de la doctrine militaire française du début du XXème siècle, et ses résultats en août 1914. Il n’est pas forcément courant qu’une organisation adopte puis maintienne une doctrine ou une stratégie faisant fi des réalités élémentaires – l’existence de la mitrailleuse il y a plus d’un siècle, le caractère exponentiel de l’épidémie aujourd’hui – mais ce n’est pas rare non plus.

L’ « immunité de groupe » de 2020 est-elle l’ « offensive à outrance » de 1914 ?

Mais les principaux concernés suivront-ils ?

La limite de la comparaison avec l’offensive à outrance de 1914, c’est bien sûr que les citoyens de moins de 70 ans ne sont pas des soldats. Il y a deux différences essentielles

Des soldats :

  • Savent qu’ils risquent volontairement leur vie
  • Pensent le faire pour une cause qui éventuellement justifierait leur sacrifice, telle que défense du pays ou propagation d’une idéologie

Les Français de moins de 70 ans :

  • Ne sont pas pleinement conscients que la stratégie suppose qu’ils passent par l’épreuve du feu
  • Ne seraient pas nécessairement convaincus que la cause – éviter la stratégie alternative et son coût la suspension des activités non-essentielles de l’économie de leur pays pendant plusieurs mois – justifierait le sacrifice de leur vie !

La réalité, c’est qu’il est difficile à imaginer que le prochain débordement des services de soins intensifs dans certaines parties de la France – la région Grand Est la première probablement – et la montée en flèche du taux de décès qui s’ensuivra soit accepté avec équanimité par les médecins d’abord, l’ensemble des Français ensuite. Le plus probable, c’est que le gouvernement décide alors de lui-même d’adopter en catastrophe la stratégie de confinement et de quarantaine, comme l’Italie, mais avec une semaine ou dix jours de décalage – et des pertes humaines multipliées en conséquence. Si le gouvernement n’agissait pas, ce serait les Français eux-mêmes qui appliqueraient cette stratégie, de manière spontanée et désordonnée, en refusant de se rendre au travail en nombre de plus en plus grand, comme les y inciteront des chiffres de décès et des descriptions d’hôpitaux devenus des mouroirs similaires à celles que la Lombardie a commencé à signaler il y a quelques jours

Le résultat serait alors un effondrement non contrôlé de l’activité, par retrait en désordre d’un grand nombre de travailleurs. Et un tel effondrement désordonné non contrôlé serait de toute évidence beaucoup plus dommageable qu’une suspension contrôlée des activités non essentielles. Ne serait-ce que parce qu’il concernerait aussi une partie au moins des activités essentielles.

En réalité, préservation des vies humaines et préservation de l’économie vont de pair !

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146 réflexions sur « Coronavirus, la stratégie d’immunité de groupe ne fonctionnera pas, par Alexis Toulet »

  1. Article très éclairant, qu’en est il aujourd’hui ? 22 avril , et que peut on dire du niveau d’immunité en Allemagne , (6% en France).
    merci

  2. @ Bastos (ou Gauloises, bref nicotine !)
    Belle anticipation !

    https://www.theguardian.com/world/2020/apr/22/french-study-suggests-smokers-at-lower-risk-of-getting-coronavirus

    En français
    https://www.jim.fr/en_direct/pro_societe/e-docs/des_patchs_a_la_nicotine_contre_le_covid_19_bientot_une_etude_francaise_182701/document_actu_pro.phtml

    L’étude du Pr Changeux :
    https://www.qeios.com/read/article/571

    Et la curiosité de tout ça, c’est que apparemment, le fameux récepteur ACE2 dont tout le monde parle (y compris Sansonetti, quoiqu’il dit que c’est compliqué), et qui est censé être à la surface des cellules des alévoles (ou au moins des épithelium associés) du poumon, …n’y est presque pas exprimé !

    Y’a des ACE2 dans l’intestin, dans le rein et pas mal d’autres endroits, certes, mais quasiment pas là où on disait (et là on regarde l’expression de la cellule, on espionner l’ARNm [messager…venu en général du noyau] qui commande la production « locale » d’ACE2). En revanche, il y a des récepteurs « nAChr » ou quelque chose comme ça, lié à la bonne vieille acétylcholine et au système vague (le syndrome vagal, c’est lui, cf. « sympathique/parasympathique ») qui lui est impliqué dans les facteurs nécrosants et peut inhiber la tempête de cytokine.

    Il y a donc là une pièce précieuse du puzzle, même si thérapeutiquement, le patch de nicotine dont on commence à parler n’était pas à la hauteur « superhydroxycholorquinienne » des attentes de quelques milliards de gens.

    1. Encore plus « social », à la fin de l’article de Changeux et al. il y a ce remerciements pour avoir mis en contact deux auteurs … de l’APHP tous les deux :

      « Acknowledgments
      We would like to specially thank Pr Serge Haroche for establishing the contact between JPC[Jean Pierre Changeux] and ZA[Zahir Amoura]. »

      Remerciement à Serge Haroche, prix Nobel de Physique, « un type bien » vraiment sous tout rapport.

      (les 4 auteurs pour ne pas faire de jaloux et noter l’aspect international des patronymes :
      Jean-Pierre Changeux, Zahir Amoura, Felix Rey, Makoto Miyara
      Apr 21, 2020
      Qeios ID: FXGQSB
      Open Access
      https://doi.org/10.32388/FXGQSB
      « A nicotinic hypothesis for Covid-19 with preventive and therapeutic implications »

      1. @Timiota il semble que l’appartenance soit distincte :
        Jean-Pierre Changeux :
        1.Institut Pasteur CNRS UMR 3571 Department of Neuroscience and Collège de France, Paris France,
        Zahir Amoura :
        2.Sorbonne Université, Inserm UMRS, Centre d’Immunologie et des Maladies Infectieuses (CIMI-Paris),
        3.Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Groupement Hospitalier Pitié-Salpêtrière, Service de Médecine Interne

        d’après https://www.qeios.com/read/article/581 (mise à jour du 22)

      1. Il y a principalement trois ennemis dans le tabac :

        le premier assassin c’est l’oxyde de carbone qui bousille les hématies ,
        le second assassin c’est les goudrons qui bousille les bronches et les poumons et amène les différents types de cancers ,
        le troisième n’est pas un assassin ( et c’est pour ça qu’on utilise parfois des patchs ) , c’est l’agent commercial qui assure la vente et la nécessité d’y revenir ( cf publicité ) , qui est l’agent du plaisir et crée l’addiction : la nicotine .

        Plus pas mal d’autres cochonneries qui étaient énumérées dans une merveilleuse planche dessinée dans mon CHU habituel et qui représentait l’autopsie d’une cigarette en écorché .

      2. Cela fait beaucoup de candidats pour contrer le coronavirus 🙂
        Ou alors, en descendant dans les bronches il se noie dans la mélasse goudronnée 🙂

  3. Salut Alexis,

    Comme on rallume sous ton boisseau je voudrais savoir un peu où tu en es. La réalité est que le moment de vérité va advenir. Si tu es bien informé, tu sais que quasiment l’intégralité du monde économique à l’exception des bars, restaurants, spectacles, est dans les starting blocks pour le 11 mai 2020.

    Même déjà dans beaucoup d’endroit ça pulse déjà grave et comme en 17 (avant le le 17 mars).

    Alors, est-ce que ton article tient encore la route, sachant qu’on nous dit qu’au grand max 6% de la population a été contaminé à cette date.

    Donc je te le demande, deuxième tournée vers la mi-août ou pas ? Sachant qu’au 11 mai il devrait y avoir dans les 50 000 péquenots encore positif au COVID 19 sans le savoir…

    Soubeyrand on ne l’entend même plus. Il doit finir ces dernières conserves en pariant sur la canicule maintenant.

    1. @Cloclo
      « ils » commencent tous à avoir compris qu’on n’est plus en stratégie « progressive », mais en « stratégie du choc ».
      Sauf qu’ils ne sont plus maitres de quelque manoeuvre que ce soit (réforme privatisantes de tout acabit, le programme Macron/Institut Montaigne/etc.).

      – Ils ont eu les gilets jaunes qui étaient un peu le coronatruc née de la rencontre rurale entre le pangolin voulant encore bosser hors grande ville et la chauve souris employeuse locale avec qui le pacte était « on se tient les coudes, mais plutôt sans l’Etat » (au sens de juannessy si je peux tirer profit de ses constats pointus et génériques en même temps, l’état est encore un peu partout, mais en zombie gigotant sans les conséquences solides qu’on attendrait).

      – Ils ont eu les ventilateurs à m… internationaux réglés pas loin du maximum (poursuite du Sahel, du Yemen, Trump jouant au plus « fin » avec l’ami nord-coréen au coeur malade, un Brexit en prime, une élection européenne informe)

      – Et bien sûr la covid19, déclencheur des mères de toutes les dépressions.
      Du coup, je ne pense pas qu’ils disent (à la E Warren) « I’ve got a plan for that », mais plutôt :
      « oh, facche, le rodéo il est fort là, mais avec les coups précédents, j’ai mis des super gros velcros aux étriers, alors on va faire avec les coups à venir, sans cordée verticale, juste la main bien accrochée à la selle, et on va surfer sur les « chocs ».
      Ils se voient plutôt en champion du choc. Et ils ont appris leur leçon (comme moi) : Jours Heureux, la séquence 1848-Napo^III, on attend avec la famine (sinon en Europe, du moins dans les Outre-mers mal fichus pour ça : Mayotte notamment) éventuellement qu’ils se rappellent Robespierre et le discours des subsistances, comme exercice de rhétorique. Quoi penser d’autres quand on est « disrupteur » pris dans les chocs que « à disrupté, disrupté et demi » ? Sauf que ça ne trace pas de cap. Le premier de cordée à l’horizontale a fait le tour du bord du volcan (le Puy de Pariou, sur les emballages Volvic(R), par exemple, si j’ai bonne mémoire), mais pour la survie de l’Espèce qui se passe plutôt direction plomb du Cantal ou Roche Sanadoire, faut plus tourner en « ronde de disruption », faut changer de puy (de silo dit-on en sciences).

      1. Moi je crois que c’est bien plus simple , et que le nouveau mentor , c’est plutôt Ledru-Rollin :

         » Il faut bien que je les suive , puisque je suis leur chef « .

        L’os , c’est que « ils  » ne disent pas forcément la même chose , déjà à l’intérieur de la France , alors que les « ils » internationaux sont tous enclins au chantier expérimental de la « reprise à risques » . On peut se rappeler aussi d’ailleurs que , dans une interview télévisée que je ne sais pas retrouver ,il y a deux ans environ , Macron avait indiqué comme une de ses trois préoccupations , celle de « tenir compte du monde comme il va « . Ça m’avait paru spécieux quand le monde va mal . On y est .

        Il n’y avait de sortie par le haut de cette pandémie que par l’analyse et la coopération mondiale : ça semble déjà raté et c’est plus que navrant , pandémie muselée ou pas .

        Le navire Monde n’a plus de capitaine ni de boussole .

      2. « Puisque ce mystère nous dépasse, feignons d’en être l’organisateur »,
        C’est du niveau Scapin et Valère (même si ce n’est pas Molière l’auteur de la citation.

        Pour le déconfinement, il y aura sans doute une course à l’échalote.
        Chacun va regarder le voisin (vu de France : surtout Espagne Italie Belgique Allemagne, Suisse, NL, là où existent des liaisons rapides et fréquentes), et souhaiter qu’il soit le premier à « déconner de nouveau » pour ne pas être accusé de laxisme. On pourra alors dire que c’est un peu la faute aux autres.
        Ou faire du confinement en « tournante » : les Hauts De France quand la Belgique a un covidhocquet un peu fort, la Nlle Aquitaine quand c’est les ibères qui ont la olà coronabostée, et la région PACA quand, malgré la coke coupée d’HCQ, c’est les amis de Dante qui nous franchisse le premier cercle de l’inferno.

        Ou aurait alors miraculeusement redonné naissance à un concept peut-être plus résilient que l’Europe des nations, où les égos sont surdimensionnés et les calmer est trop cher : l’Europe des régions, on les deals sont plus facilement réalisables (l’exemption de taxe machin pour tes agriculteurs montagnards des Tatra contre les aides aux migrants dans les iles de l’Egée orientale, et d’ailleurs, sans grosse nation en face, Erdogan n’aurait peut-être pas trouvé ses « chantages aux réfugiés » si faciles à faire)

      3. Cette poussée vers les régions en France est à l’œuvre depuis une bonne vingtaine d’année . Avec un raté majeure c’est la constitution à l’arrache des nouvelle grandes régions . L’idée est bel et bien den faire des entités capables d’avoir la taille et les forces critiques pour se frotter aux régions allemandes ,espagnoles , italiennes …en essayant d’inclure dans chacune d’elles une grande métropole économique ;

        Pour l’Etat l’enjeu est de donner de l’air sans être mis sur la touche , ce qu’il peut encore faire en ficelant les financement des CL ( DGF DGE …), et en évitant que les relations interrégionales avec les autres régions européennes ne vident la nation française de sa signification et signe la fin de la solidarité nationale entre tous ses territoires . C’est donc l’enjeu de toutes les réformes de décentralisation / déconcentration qui rebondissent une nouvelle fois avec le projet de loi 3 D . On se souviendra aussi que chez nous les baronnies et les ducs ( de Bourgogne ou d’ailleurs ) sont vite au rendez vous .

        Il est curieux à cet égard de voir avec quelle virtuosité les élus ( d’opposition ) stigmatisent , dans le contexte coronavirus , les « lourdeurs insupportables  » de l’administration française , qui font que chaque commune , département , région aient la même règle , dans le but évident d’avancer leurs pions ( et de se dédouaner des difficultés et ratés de la crise).

        Je suis curieux de voir comment ça va tourner quand les français seront confrontés à leur contradictions gauloises , et , en particulier ce qui va se passer pour le mammouth ( voir le système de soins payé par la sécurité sociale ) .

      4. Pour ce qui est des morts évitées par le confinement, un chiffre impressionnant si l’on prend la peine de de se souvenir le début exponentiel tel qu’il démarrait AVANT, il sera difficile de faire comprendre ce concept devenu abstrait. On a bien infléchi la courbe vers une sigmoïde mais à niveau asymptotique très élevé (~30k ?).

        Je vais redonner deux exemples pour l’expliquer (désolé de mes insistances).
        Le bug de l’an 2000 évité par le travail de milliers d’informaticiens ; l’épidémie de la vache folle éradiquée par l’extermination de milliers de troupeau. Dans les deux cas, les catastrophes évitées (avec de très grand efforts) n’ayant pas eu lieu, elles sont donc oubliées, niées. Des c*** ricanent en osant dire que c’étaient de fausses alertes.
        (On pourrait aussi évoquer les limitations de vitesse sur la route que des beaufs continuent à tenir pour négligeables dans la diminution drastique des accidents mortels.)

        On lit ça et là ce type de « raisonnements » pour minimiser le fléau (retour à la grippette raoultienne, eh oui!) ; heureusement il semble que nos compatriotes le comprennent mieux mais qu’en sera-t-il dans quelques semaines ? On va revoir fleurir les faux débats sur des mortalités « faibles » par rapport au nombre de morts usuels … et le fait que l’on a à ce jour évité grâce au confinement 60 0000 (ou même bien plus?) morts sera dénié.

        PS – Sans oublier les terrifiantes déclarations du type : ces morts, ce sont surtout des très vieux, de toutes façons juste bons à crever.

      1. Salut Juan

        Je ne sais plus où j’ai lu ce chiffre de 50 000 vers la mi mai, mais cela recouvrent les personnes qui seraient encore malades ET contagieuses sans le savoir à cette date, rien à voir avec les gens déjà infectés et guéris à priori.

        Or 50 000 malades potentiels si le R est inférieur à 1 ça chauffe déjà mais si il dépasse le 1, on est reparti pour un tour dans 2 mois environs, vu les délais moyens de ce bidule. Et malgré les gestes barrières et les masques, on va dépasser la digue très vite. Sauf à ce que Saint Raoult priez pour nous, ait raison et que le truc s’éteigne vers juillet comme le SRAS en 2003, qui a disparu va savoir comment et pourquoi !

      2. Les 50 000 :

        Sans doute dans le rapport assez bien fait de l’Institut Pasteur i ly a qqs jours?

        https://hal-pasteur.archives-ouvertes.fr/pasteur-02548181/document

        Fig 3C ==> 1000 nouvelles infection/jour le 11 mai.
        Avec une loi apparemment en exp(-(J-J0) /7) (le R0 de 0.5 serait alors compté sur 5 jours, intervalle admis entre contamination et symptôme, en moyenne).
        Donc l’intégrale est déjà a minima à faire sur ~10 j précédents, soit à la louche 4000 pendants 5 jours + 2000 pendants 5 jours = 30000 qui devraient être en quatorzaine et ne le seront pas tous.

        Plus un gros facteur x10 (x40 je crois est imaginable encore) de gens a-symptomatiques porteurs « sains ». Mais ça c’est au jour J en proportion des derniers 1000 symptomatiques nouveaux. donc on en rajoute 10000 ou 40000, tout ça tombe pas très loin de 50 000 en effet.

        Avec R0 de 1.414 sur 5 jours, on a un facteur 2 tous les 10 jours, et un facteur 128 sur 70 jours (11 mai => 20 juillet), on est alors remonté à la situation du 16 mars.
        Pour gagner du temps :
        – traçage et tests
        – masques mieux utilisés
        – Quelques pistes thérapeutiques (patch nicotine !) qui envoient un message ambigu toutefois : c’est pas grave docteur ?

      3. Salut Timiota,

        Oui peut-être une synthèse du document de l’Institut Pasteur déniché quelque part.

        Si on a les mêmes chiffres fin juillet que mi mars, ce qui reste somme toute théorique, on est dans le vivant, on ne sait pas les chemins de diffusions qui se déploient dans le réel, et l’impact des masques, du moindre déplacement, des distanciations sociales, des modifications de travail, d’habitudes, des gestes barrières, de la peur, de l’effet des UV sur les objets et sur la peau (vitamine D = meilleure défense), meilleur moral, du taux d’hydrométrie, des fenêtres plus ouvertes l’été, de la chaleur, bref, avec des si on peut mettre Paris en bouteille, donc si on se retrouve avec la même configuration, je me demande comment le gouvernement va réinstaller un deuxième confinement stricte sur le territoire national en plein cagnard ?

      4. Pour rajouter à la question, au delà de ce qui était justement écrit ici, et malgré l’hystérie à mon goût de Philippe Soubeyrand, qui ne comprend pas souvent que discuter n’est pas être un ennemi, ni ne pas penser comme lui dans l’échange n’est pas être un Troll, et qui dans la configuration actuelle avait bien raison de prôner le confinement stricte, je le dis sans rougir, car vu l’incurie des gouvernants ce mode archaïque de gestion de crise sanitaire était le seul à disposition, pour éviter une hécatombe (https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/23/coronavirus-plus-de-60-000-morts-evites-en-france-grace-au-confinement_6037474_3244.html). Car selon cet article si on avait laissé faire, en plus de morts induits s’amplifiant pour d’autres pathologies ne pouvant plus être prises en charge, le COVID 19 aurait tué donc dans les 85 000 personnes (25 + 60) pour seulement 23% de la population contaminée… Ca laisse songeur pour arriver au 65%/70% d’immunité de groupe.

        Quid de la deuxième vague, car nous ne sommes qu’à 38 jours de confinement stricte alors qu’ à Wuhan on a laissé les gens confinés 77 jours ! Et ils ont été confiné bien avant d’atteindre les seuils chez nous (enfin si les chiffres étaient correctement établis ici et là-bas…)

      5. @Cloclo
        Pour retourner « semi-normalement » dans nos labos, c’est au mieux vers le 26 mai « askip » (à ce qu’il parait).
        Depuis le 17 mars, on sera à 70 jours nous aussi…

      6. @timiota
        Oui, on entend dire que tout le monde ne va retourner au bureau en même temps. Un système de rotation avec du télétravail en alternance est envisagé. Une désinfection préliminaire des locaux est demandée par les syndicats et celle-ci semble difficile à réaliser pour le 11 mai (appels d’offres, disponibilité des prestataires, enfin la routine, quoi).

      7. Oui on sera à 77 jours après le 2 juin en gros (ça laisse un gros écart avec le 11 mai…= 3 semaines le temps d’apurer encore les porteurs asymptomatiques), et le confinement n’a pas été stricte comme à Wuhan. Donc c’est au petit bonheur la chance le truc. Mieux vaut un bon coup maintenant, que plusieurs coups à répétition, de toute façon le mal économique est fait, alors 3 semaines ou 1 mois de plus, tout le monde est dans l’expectative, le chômage en place, les procédures et approvisionnements en matériels de protection augmentent de jour en jour, la saison permet encore de « rester » confiné… Alors que tout rallumer trop tôt pour tout refermer dans 2 mois le cas échéant c’est très discutable.

    2. @ChloChlo…

      Soubeyrand on ne l’entend plus car si on acceptait pour une fois de l’entendre, alors crois moi, absolument tout le monde, sans exception, y compris notre hôte, en prendrait pleinement pour son grade, son titre, son matricule et son statut !

      Nous sommes en train de condamner toute une génération en procédant comme nous le faisons, nous le faisons par pure ignorance et surtout par peur absurde !

      Donc mon avis de systémicien à ce stade, tout le monde s’en fout littéralement a priori ! De plus, je pense avoir déjà tout dit, et ceci depuis longtemps : IL FAUT TOUT STOPPER !

      Alors Macron et son 11 mai ? Continuons comme ça, on va se marrer !

      So wait and see…

  4. Bonjour
    La comparaison avec les assauts des soldats de 1914 est bien evidemment ridicule, tout autant que de signaler qu’un soldat fait volontairement le choix du sacrifice vs les « jeunes de moins de 70 ans ». En prenant la decision de confiner c’est l avenir de vos « jeunes de moins de 25 ans » que vous mettez a la benne. Il faudra des generations pour se remettre de cette succession de decisions contre productives, et l’accumulation de la dette faussement decrite comme « gratuite » va mettre non seulement l’Europe aux abois, mais sans puissance industrielle demantelee genereusement ces 20 dernieres annees cette Europe sera aussi une cible facile pour les conflits a venir vis a vis des creanciers que nous ne pourrons pas rembourser. Ah oui j oublie qu’en fait on s’en fout car contrairement a une dette individuelle contractee vis a vis d’une banque, une dette nationale n’oblige pas le contractant a la rembourser, seulement ceux qui en heriteront, les generations futures.

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